Révolution Internationale - 2006 - n° 364 à 374

  

Révolution Internationale n° 364 - Janvier 2006

Pour construire l'avenir, il faut renverser le capitalisme

L'année 2005 avait déjà commencé sous les pires auspices : avec le sentiment d'horreur provoqué par les ravages du tsunami en Asie du Sud-Est qui avaient fait plus de 300 000 morts. Elle s'achève sur une double menace encore plus lourde de conséquences : une pollution des eaux suite à l'explosion d'une usine chimique qui expose la vie de plus de 5 millions de personnes en Chine et en Russie (voir article page 8) et le risque de propagation d'un nouveau fléau, la grippe aviaire, sur n'importe quel coin de la planète, avec le flux migratoire des oiseaux au printemps prochain.

Entre temps, c'est avec le même sentiment d'impuissance qu'on a assisté aux ravages du cyclone Katrina qui a quasiment rayé de la carte la ville de La Nouvelle Orléans et ses environs, puis à une vague sans précédent d'ouragans dévastateurs dans le golfe du Mexique, au tremblement de terre au Cachemire pakistanais et à d'autres cataclysmes similaires. Ces images d'apocalypse ne sont pas le produit d'une fatalité, de simples catastrophes naturelles. Ce sont les lois du capitalisme qui les ont transformé en épouvantables et dramatiques catastrophes sociales : c'est l'incurie de ce système qui est en cause, dans son incapacité de prévenir et de prémunir des effets de ces catastrophes, son incapacité de protéger les populations comme de les secourir efficacement.

Par ailleurs, la concurrence commerciale à outrance, la recherche de l'exploitation maximum et de la rentabilité immédiate, la transgression permanente des normes de sécurité les plus élémentaires, au mépris le plus total de la vie humaine, provoquent de plus en plus de catastrophes meurtrières, telles les catastrophes aériennes à répétition.  

Mais la folie et la barbarie du capitalisme se manifestent encore plus clairement  à travers le caractère de plus en plus irrationnel des guerres et des conflits sanglants qui ravagent la planète, entretenus par les appétits impérialistes de tous les Etats, engendrant toujours davantage de chaos et de destruction. Outre l'attisement de haines interethniques et de guerres claniques endémiques comme en Afrique, les foyers quotidiens de massacres en Irak, au Liban, au Moyen-Orient, dans le Caucase, trouvent un prolongement dans le recours systématique aux attentats kamikazes et dans leur multiplication comme arme de la guerre impérialiste. Depuis le 11 septembre 2001, les croisades anti-terroristes n'ont fait que les exacerber et leur donner une autre dimension, susceptible de frapper aveuglément n'importe quel coin du globe terrestre : on l'a vu avec la série d'attentats de Londres l'été dernier, mais aussi en Indonésie, en Egypte et en Inde.

Cette domination de la barbarie sur une large partie de la planète converge avec une accélération sans précédent des attaques contre la classe ouvrière dans les pays centraux du capitalisme. Celle-ci se retrouve frappée de plein fouet par l'aggravation de la crise économique. Et ce sont les mêmes mesures qui sont mises en place par tous les gouvernements, qu'ils soient de droite ou de gauche. Les prolétaires sont partout soumis à des conditions d'exploitation de plus en plus insupportables qui se traduisent par une très forte détérioration de leurs conditions de vie et une paupérisation croissante. L'aggravation du chômage, l'intensification des plans de licenciement dans tous les secteurs et la précarisation du travail viennent se cumuler à la détérioration de leurs conditions de travail, au démantèlement de la protection sociale, à la baisse de leur pouvoir d'achat, à la dégradation de leurs conditions de logement. Non seulement le capitalisme jette à la rue de plus en plus larges fractions de la classe ouvrière mais il s'avère de plus en plus incapable de leur assurer les moyens de survie les plus élémentaires. L'ampleur et la profondeur des attaques de la bourgeoisie contre la classe ouvrière révèlent l'enfoncement inexorable du capitalisme dans les convulsions de sa crise mondiale. Quant à la bourgeoisie, elle démontre qu'elle n'a plus les moyens d'étaler ses attaques contre les conditions d'existence les plus vitales de ceux qu'elle exploite.

Le capitalisme est contraint de dévoiler de plus en plus ouvertement sa faillite. L'accélération dramatique de cette situation sur la terre entière démontre clairement que, non seulement ce système d'exploitation est incapable d'assurer un meilleur sort pour l'humanité mais qu'il menace au contraire, de façon permanente, d'engloutir la planète dans un gouffre de misère et de barbarie.

 Face à la gravité d'un tel enjeu il n'existe qu'une seule issue : le renversement de ce système par la seule classe qui n'a à perdre que les chaînes de son exploitation, le prolétariat. La classe ouvrière détient la clé de l'avenir.

Elle seule, par le développement de ses luttes, a les moyens de sortir l'humanité de cette impasse. Elle est la seule classe capable de s'opposer à la perpétuation de ce système d'exploitation. Elle est la seule classe de l'histoire porteuse d'une autre société dont le moteur ne serait plus le profit et l'exploitation mais la satisfaction des besoins humains.

W (16 décembre)

Heritage de la Gauche Communiste: 

Luttes contre les licenciements : La défense du "service public", c'est la défense de l'exploitation capitaliste

Pour chaque prolétaire, il n'est guère possible d'avoir la moindre illusion sur les "solutions" proposées par le gouvernement pour "combattre" et "résorber le chômage" comme pour "améliorer" ses conditions de vie et de travail, alors que chaque mois, des dizaines de milliers d'emplois disparaissent réduisant au chômage et à la misère de nouvelles dizaines de milliers de familles ouvrières. Ainsi, plus de 7 millions de personnes vivent en France en dessous du seuil de pauvreté, les demandes de RMI ont augmenté de plus de 5% en un an, 51 000 entreprises ont déposé leur bilan depuis le 1er janvier 2005 (5,8% de plus que l'an dernier). Il est clair que le pouvoir d'achat dégringole, que les salaires stagnent, que les conditions de vie et de travail se détériorent, que les prestations sociales (pensions, retraites, remboursement des dépenses de santé, indemnités chômage) sont rognées ou remises en cause. Il ne fait aucun doute que les jeunes générations ont de plus en plus de difficulté à s'insérer sur le marché du travail, contrats nouvelle embauche ou pas.

Les prolétaires ne peuvent se résigner à cette situation. Plus ou moins confusément, ils savent qu'ils n'ont pas d'autre choix que de se battre, de résister aux attaques massives et incessantes du gouvernement et de toute la bourgeoisie.

Mais, dans leurs hésitations  à s'engager résolument dans la lutte,  ils sont aujourd'hui confrontés aux manœuvres de  la bourgeoisie pour les empêcher de se poser les véritables questions qui sont l'enjeu de ce combat : autour de quelles revendications ? Comment ? Avec qui se battre?

L'Etat "protecteur" : une pure mystification

D'emblée, les syndicats, les partis de gauche, les organisations gauchistes leur "offrent" de prétendues alternatives. Après la journée d'action du 4 octobre, où ils se sont assurés d'un contrôle général de la situation, et le rassemblement spécifique sur la défense du service public le 19 novembre, les syndicats ont ensuite organisé un feu roulant de journées d'action ou de grèves d'abord avec la grève des 21 et 22 novembre à la SNCF où 3600 postes ont été supprimés en 2005 (conducteurs, agents d'équipement et d'entretien, guichetiers), le 23 à la RATP, le 24 chez les enseignants, le 29 pour les agents des impôts, une "semaine d'action" du 21 au 26 novembre à La Poste, le 1er décembre à la Banque de France contre la réforme des retraites de ce secteur. Enfin, les syndicats ont promis une grande journée d'action nationale contre la privatisation d'EDF en janvier 2006.

Dans les principales grèves qui ont marqué ces derniers mois, dans leurs manifestations et leurs journées d'action, les uns et les autres n'ont cessé d'appeler à se mobiliser largement autour de "la défense du service public", contre la privatisation d'un certain nombre d'entreprises publiques. Ce combat leur est d'abord présenté comme un bon moyen de résister aux menaces de licenciements, de suppressions d'emploi, d'une précarisation grandissante. Le secteur public est présenté comme la meilleure garantie de l'emploi tandis que le privé serait assimilé au libéralisme, à l'insécurité de l'emploi, à la déréglementation et à la recherche effrénée de profits. Ce serait la faute de la logique libérale des entreprises privées qui recourent systématiquement à des plans de licenciements massifs bénéficiant des dérives d'un gouvernement de droite, qui privatiserait à tour de bras par complaisance envers le patronat privé.

Cette argumentation s'appuie sur une part de réalité. Ainsi, la privatisation de France Télécom en 2002 a été suivie par la suppression de 13 100 postes en 2003 (dont 7800 en France), 12 500 postes en 2004 et 8500 en 2005 ("compensés" par 3000 recrutements cette année dont plus de la moitié par des temps partiels). De même, la récente privatisation d'EDF et sa cotation en bourse qui a permis la vente record de 5 millions d'actions par le gouvernement a été suivie par l'annonce de 6000 suppressions d'emploi (non compensation de postes de départs en pré-retraite). Elle est donc venu relancer la campagne sur ce thème.

Mais il s'agit pourtant d'une gigantesque escroquerie idéologique. Par exemple, les 6000 postes supprimés à EDF ont été programmés par l'Etat lui-même avant la privatisation. Il n'est pas vrai non plus que les suppressions d'emploi soient réservées aux privatisations et que l'Etat traite mieux ses salariés. Chez les fonctionnaires, les suppressions de postes durent depuis des années et le projet à partir de 2006 est de ne plus remplacer les départs en retraite d'une personne sur deux. En trois ans, l'Education nationale a déjà supprimé 17 000 emplois contractuels, le nombre d'enseignants non titulaires embauchés s'est accru. Ce recrutement est passé d'un équivalent de 18 000 "plein temps" en 2004 à 8000 cette année. L'exemple dramatique de la réduction de postes dans le secteur hospitalier public est connu depuis des années. L'Etat-patron donne l'exemple en matière de précarité d'emploi : toujours dans l'Education nationale, 15 000 personnes sont employées avec des salaires inférieurs ou égaux au SMIC, sans couverture sociale ni congés payés. La Loi d'Orientation de la Loi des Finances (LOLF) mise en place et généralisée à tous les fonctionnaires début 2006 découpe le budget en "missions" dans une logique de gestion de la dépense publique axée sur "le résultat et la performance", et les économies réalisées sur les salaires (décès, décompte de journées de grève,…) serviront à augmenter les investissements de chaque centre gestionnaire. De même, l'Etat "délocalise" à tour de bras dans le même but : depuis plusieurs années, on assiste au "transfert" de budgets de gestion, d'emploi et de postes vers les départements ou des collectivités territoriales et locales de pans entiers de la fonction publique (notamment dans les secteurs les plus coûteux et prioritaires comme la santé et l'éducation justement pour faciliter les mesures de "déréglementation" sur l'emploi du personnel (baisse de subventions, de salaires, possibilité de licenciements, multiplication des emplois précaires). C'est justement parce que l'Etat participe au premier chef à la concurrence capitaliste sur le marché mondial qu'il s'attaque à l'hypertrophie d'un secteur public qui pèse lourd sur la compétitivité du capital national. Ainsi, la privatisation d'EDF n'est pas une "lubie" d'un gouvernement "trop libéral", c'est un enjeu dans un secteur essentiel qui vise à améliorer la compétitivité nationale de cette entreprise en Europe (en alignant ses tarifs sur ceux de ses concurrents) comme sur le plan international. La privatisation ou la nationalisation d'EDF n'est pas un enjeu pour la classe ouvrière, elle l'est seulement du point de vue du capitalisme et de la classe bourgeoise.

Le mythe d'un Etat protecteur est un pur instrument de propagande idéologique, véhiculé par toute la gauche et particulièrement "instrumentalisé" par les organisations gauchistes. Ainsi les appels de "Lutte Ouvrière" (LO) à se mobiliser "pour la défense du service public" sont particulièrement édifiants d'une argumentation "radicale" perverse. Dans son mensuel "théorique" Lutte de Classe n°92 (novembre 2005), LO écrit : "même 'à 100% service public', propriété d'Etat, EDF était avant tout au service des grands consommateurs d'électricité, des grandes entreprises, de la classe capitaliste. Elle remplissait cependant un rôle utile vis-à-vis de l'ensemble de la population. Idem pour la poste qui (…) répondait aux besoins de ceux qui s'en servaient le plus massivement en l'occurrence la bourgeoisie (…) Or, depuis bien des années, l'Etat se désengage des services publics (…) au nom de la recherche de la rentabilité (…) L'Etat abandonne ce qui dans ses fonctions, correspond un tant soit peu à l'intérêt de l'ensemble de la société pour consacrer une part croissante de ses ressources et de ses immenses possibilités aux intérêts privés (…)" pour conclure "Le recul de tous les services publics se traduit par une dégradation des conditions de vie de la classe ouvrière". C'est un véritable tour de passe-passe : la critique du "service public" ne sert qu'à endormir la méfiance des ouvriers envers l'Etat que LO ne nomme jamais pour ce qu'il est : un Etat bourgeois entièrement dévolu aux intérêts de la classe dominante et il est glissé sournoisement l'idée que la mission de cet Etat serait aussi la défense de l'intérêt général (et non plus de la classe dominante). A partir de là, LO a beau jeu  de tirer un trait d'égalité entre privatisation et abandon de l'intérêt général et de faire croire que le véritable rôle de cet Etat serait de "protéger les populations". Cela permet d'appeler les ouvriers à rejoindre la lutte pour la défense des services publics à côté de toute la gauche et de tous les syndicats.

Le "service public", c'est toujours l'exploitation capitaliste !

L'autre type de propagande est de présenter cette "défense du service public" comme un thème "unificateur" pour la classe ouvrière assurant à la fois la défense des salariés du secteur public contre les méfaits d'une société libérale et d'un gouvernement de droite qui cherche à privatiser des pans entiers de l'activité économique dans une pure logique de profit et les "usagers" qui auraient tout intérêt à assurer cette défense pour bénéficier de meilleurs services au moindre coût. Ce discours est totalement mensonger : en fait d'unité, on l'a vu en particulier avec les grèves dans les transports, la défense du service public est utilisée pour entretenir et exacerber la division entre ouvriers : la paralysie (souvent artificiellement entretenue par les syndicats qui bloquent les dépôts au moyens d'actions commandos même quand la grève est minoritaire) de transports en commun est essentiellement pénalisante pour les "usagers" autrement dit les autres secteurs de la classe ouvrière et nourrit le caractère impopulaire de la grève. C'est d'ailleurs cette hostilité envers les grévistes qui permet au gouvernement et aux élus de chercher à faire passer l'instauration d'un service minimum, voire la réquisition comme lors de la grève dans les transports marseillais. La bourgeoisie en a profité pour discréditer la grève récente des conducteurs sur les lignes D et B du RER à Paris, alors qu'il s'agit pourtant véritablement d'une lutte contre la dégradation des conditions de travail (un "service d'hiver" qui représente une surcharge de travail supplémentaire de 147 heures journalières avec l'embauche de seulement 11 personnes nouvelles). Le battage organisé autour de la défense du "service public" et l'entreprise de discrédit auprès des usagers désignés comme des nantis ou des privilégiés ont pour objectif d'isoler les salariés de la fonction publique et des entreprises d'Etat du reste de la classe ouvrière comme de masquer la réalité et la profondeur des attaques que la bourgeoisie est en train de porter contre eux.

En fait, le type d'unité dont peut se targuer ce genre de mobilisation s'illustre clairement à travers la manifestation du 19 novembre où une grande manifestation a rassemblé 30 000 personnes à Paris à l'appel de toutes les fractions de gauche, PS, PC, Verts, altermondialistes d'Attac de même que diverses organisation trotskistes (LCR, PT, LO). Organisé par une "Fédération des collectifs de défense des services publics" réclamant "des services publics de qualité partout et pour tous", ce rassemblement se voulait pour certains la continuation de celui de Guéret l'été dernier qui avait mobilisé 7000 personnes. "C'est un succès car on a réussi à construire les convergences entre les syndicats, les associations citoyennes, les forces politiques et les élus, ce qui est assurer la meilleure défense de l'emploi essentiel pour que les services publics se développent", commentait le président de cette association, Bernard Defaix. Belle "convergence" en effet à travers laquelle on fait passer l'unité circonstancielle entre les forces politiques et syndicales, les associations citoyennes et les élus pour une manifestation de l'unité ouvrière ! Il s'agit au contraire d'un rassemblement destiné à noyer les ouvriers dans un vaste mouvement interclassiste et à dévoyer la conscience de classe sur un terrain qui n'est pas celui du prolétariat dans un fatras démocratique, antilibéral citoyen, altermondialiste, réseaux associatifs qui sont de vulgaires appendices des partis de gauche et des syndicats.

Les luttes menées contre les privatisations, au nom de la défense du service public, comme à la SNCM puis à la STM de Marseille ont permis de faire passer les attaques et les licenciements, conduisant ces grèves à l'isolement le plus complet et à la plus cuisante des défaites (voir RI n°362 et 363). La "défense du service public" n'est qu'une mystification idéologique et ces journées d'actions défouloirs sans lendemain ne sont que des manœuvres visant à renvoyer à la classe ouvrière un sentiment d'impuissance. La répétition des journées d'action sectorielles ou nationales organisées par les syndicats sont autant de manœuvres destinées à  désamorcer, stériliser la colère des ouvriers et à faire passer les attaques du gouvernement, de l'Etat et du patronat. Le mot d'ordre de "défense du service public" ne sert qu'à mieux diviser et isoler les ouvriers derrière la défense d'intérêts sectoriels, et les empêcher de se battre tous ensemble. La classe ouvrière n'a pas à se mobiliser pour choisir un "meilleur" exploiteur, l'Etat, contre les "méchants" patrons privés. Elle doit se battre dans le public comme dans le privé et unifier ses luttes autour de ses propres revendications de classe : contre les licenciements, contre les suppressions de postes, contre l'augmentation des cadences, contre la baisse des salaires et du pouvoir d'achat. Pour mener une lutte efficace contre les attaques de la bourgeoisie, elle doit refuser de se laisser entraîner sur le terrain pourri des syndicats, des partis de gauche et des gauchistes. Défendre le service public, c'est toujours accepter et défendre l'exploitation et la misère capitalistes !

Wim (16 décembre)

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LCR-CNT : La lutte de classe ne passe ni par les émeutes ni par le bulletin de vote

Les émeutes qui ont embrasé les banlieues françaises au cours des mois d’octobre-novembre 2005, ont été pour le moins spectaculaires. Les mots "d’insurrection" et de "guerre civile" ont même fait leur apparition ici ou là. Finalement, l’idée du "quand ça brûle c’est bon signe", parce que cela serait une preuve tangible d’une authentique contestation sociale, a bel et bien traversé tout ce chaos. Mais le plus significatif, c’est que cette idée a été officiellement appuyée et relayée par voie de communiqués par des organisations du milieu anarchiste, telles la CNT-AIT qui, en plein milieu des événements a clairement laissé entendre que "dans une situation de crise, de misère économique et sociale, d’oppression étatique, qui nous excède tous, les jeunes qui se sont révoltés peuvent être l’étincelle pour une remise en question plus globale de cette société fondamentalement injuste". Ce que l’on retrouve encore dans un texte du bureau confédéral de la CNT, en date du 13 novembre, où il est dit que "cette implosion de violence est l’expression d’un affrontement contre un système capitaliste qui les marginalise."

La CNT-AIT fait l'apologie des émeutes…

En somme, il s’agit de faire des jeunes émeutiers "des insurgés" dont la violence serait le retour de flamme nécessaire pour faire sauter le couvercle de la marmite capitaliste. Comme si les fumées s’échappant des carcasses des bagnoles calcinées emportaient avec elles l’odeur d’un soulèvement populaire. Tout cela n’est ni gratuit ni fortuit mais vise un objectif bien précis, celui d’émasculer la classe ouvrière, réduire à néant son identité révolutionnaire en mettant un grand coup de gomme sur la lutte de classe pour lui substituer l’exemple de l’émeute aveugle et sans espoir.

Pourtant, c’est cette colère désespérée des jeunes de banlieues que la CNT-AIT monte en épingle pour en faire le nec plus ultra de la lutte contre le capitalisme. Pourquoi ? Parce qu’ainsi, elle peut jeter un voile sur la seule colère et la seule révolte capable de menacer l’ordre établi, à savoir celle qui émane de la classe ouvrière. En effet, celle-ci est autrement plus dangereuse pour la classe dominante parce qu’elle porte un avenir, la possibilité d’en finir avec la misère et la barbarie, la possibilité d’un autre monde, la perspective d’une société communiste qui est inscrite au plus profond de ses luttes, même les plus immédiates.

De plus, tout ce discours "radical" ne sert qu’à renvoyer à la classe ouvrière une image bien peu reluisante d’elle-même puisque l’acte révolutionnaire (qui est au cœur de son identité) est amalgamé ici avec la mise à sac, les déprédations, la folie suicidaire de jeunes sans avenir. En effet, la CNT-AIT applaudit les émeutiers qui brûlent les voitures de leurs parents et voisins, bien qu'elles soient des éléments indispensables de leurs conditions de travail et de survie dans les cités.

… la LCR défend la voie démocratique !

Comment redonner l’espoir à tout ces jeunes de cité ? Comment comprendre et quelle solution apporter au chômage massif, à la grande pauvreté qui frappe de plein fouet les banlieues populaires ? Evidemment, il n’est pas question pour la classe dominante de laisser entrevoir, ne serait ce qu’une fraction de seconde, la perspective que porte le prolétariat et ses luttes. Alors, pour bien couvrir le terrain et cadenasser tout effort de réflexion, elle ne s’est pas privée tout au long des événements, et encore aujourd’hui, de proposer une autre impasse, celle de la mobilisation sur le terrain électoral et démocratique.

C’est de cette façon que la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) se retrouve en première ligne pour faire bruyamment la promotion de ce terrain totalement pourri. Ici, il est question , dans un premier temps, de dédouaner le capitalisme de toute responsabilité face à la misère croissante en mettant en accusation une simple dérive du système, celle du libéralisme et de ses "méchants patrons" "sans foi ni loi", pour proposer de la contrecarrer à grand coup de mobilisations citoyennes et de réformes démocratiques. "Pour la LCR, le gouvernement est totalement responsable de la situation dégradée que connaissent les quartiers populaires… les jeunes et les populations des quartiers doivent, non pas s’opposer, mais trouver le chemin de la solidarité. La mobilisation populaire contre le gouvernement est indispensable pour […] stopper les réformes libérales." "La LCR en appelle à la population, aux jeunes, aux forces de gauche et démocratiques à ne pas se laisser diviser et à réagir, ensemble pour défendre leur exigence de justice ; d’égalité des droits et de dignité, et combattre les politiques libérales" (communiqués de la LCR du 7/11/05).

Ainsi, en même temps qu’elle se donne des faux airs de radicalité, de manière à flatter démagogiquement "les jeunes de banlieue", quitte à les inciter à aller au casse-pipe et à s'affronter aux forces de police comme lors de son appel "à braver le couvre-feu là où il serait instauré" le 9 novembre, la LCR renvoie, au bout du compte, tout le monde dans le marécage des initiatives citoyennes.

C'est d'abord en les poussant vers les isoloirs qu'Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR, compte "recréer de la solidarité et de l’espoir dans la jeunesse". C'est d’ailleurs toute la propagande que distille actuellement le collectif "Devoirs de mémoires" dans son appel publié le 8 décembre dans le Nouvel Observateur et qui commence par une nauséabonde évocation du cri du chant patriotique national : "Allons jeunes et moins jeunes de la patrie, le jour de s’inscrire sur les listes électorales est arrivé". Ce collectif, créé il y a un an par le rappeur Joey Starr, quelques autres vedettes du spectavle et… (faut-il s’en étonner ?) Olivier Besancenot, nous martèle que pour changer les choses, pour "construire l’avenir", il faut "s’inscrire" pour aller voter : "Chacun de nous est une voix, chacun de nous a des droits sur les choix sociaux, économiques, culturels et politiques, faisons-les valoir". En résumé, la LCR et son collectif nous incitent à tirer la conclusion que, pour changer la société, l’avenir, ce n’est pas la lutte de classe mais le bulletin de vote. Autrement dit, les "solutions concrètes" résident dans l’effort pour rendre le capitalisme plus juste, plus humain, plus démocratique mais surtout il s'agit de ne pas remettre en cause les fondements et l'existence-même de ce système. Quand ce collectif déclare dans son appel, "la démocratie n’attend que nous", il ne s'adresse aux ouvriers que pour les détourner de leur terrain de classe.

Tous ceux qui voudraient faire croire que les prolétaires n'ont pas d'autre choix que les émeutes ou le bulletin de vote ne font qu'agir dans le sens des intérêts de la bourgeoisie, en tentant de priver la classe ouvrière de tout moyen d'action et de stériliser toute réflexion en son sein sur la nécessité d'en finir avec ce monde incapable d'offrir la moindre perspective d'avenir. Ces organisations sous leur masque radical ne font en définitive que participer au sale travail de sape de l'identité de classe des prolétaires.

Azel (10 décembre)

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Mesures contre les immigrés : Une nouvelle attaque contre la classe ouvrière



Les émeutes qui se sont déroulées dans les banlieues de France ont sans aucun doute inquiété la bourgeoisie qui a vu des bandes incontrôlées mettre des quartiers entiers à feu et à sang. Mais quelle qu'ait pu être cette inquiétude, la classe dominante n'a pour autant pas oublié d'utiliser ces événements contre la classe ouvrière (voir RI 363). Elle s'est en particulier fixée pour objectif, à travers l'assimilation répétée des émeutiers avec la fraction immigrée de la classe ouvrière, d'en profiter pour accentuer sa pression contre les immigrés eux-mêmes.

Une attaque en règle contre les immigrés

Le gouvernement de Villepin, par la voix de Sarkozy qui déclarait fin novembre : "La France ne veut plus de ceux dont on ne veut plus nulle part dans le monde", compte bien "maîtriser l'immigration subie pour développer une immigration choisie".

Il a ainsi relancé à l'occasion de ces émeutes certains dispositifs propres aux populations immigrées, comme la double peine qui permet d'expulser un étranger condamné par la justice à l'expiration de sa peine ou la suppression des allocations familiales pour les parents dont les enfants ne vont plus à l'école ou sont interpellés dans la rue par la police.

Mais le gros de l'attaque, à côté de cette politique menée pour rendre la vie impossible aux immigrés, est d'accélérer les expulsions. 25.000 expulsions sont ainsi prévues pour 2006, après 12.000 en 2003, 15.000 en 2004 et plus de 20.000 en 2005. L'accélération est évidente. Mais à côté de ces mesures d'expulsion directes, le gouvernement prévoit de se doter d'un cadre répressif plus sévère pour contenir l'immigration. Pour "éviter que la scolarisation ne devienne une nouvelle filière de l'immigration illégale", les familles d'immigrants clandestins dont les enfants sont scolarisés pourront être expulsées, année scolaire ou pas.

L'accès aux soins pour les immigrés va également être limité. Il est d'ailleurs intéressant de voir l'utilité de la mise en place de la CMU qui a permis à l'Etat de répertorier de façon beaucoup plus précise le nombre d'immigrés et donc de prendre des mesures contre eux. Il en sera de même pour les hébergements d'urgence, qui ne seront permis que dans les situations d'attente de "retour au pays d'origine". C'est-à-dire dans les camps de rétention d'immigrés !

Le lien "automatique entre le mariage et le titre de séjour" pour les étrangers en situation irrégulière au moment de l'union va être supprimé, à moins de justifier de "conditions de ressources et de logement".

Le contrôle du "travail illégal", sous couvert, et c'est un comble, de lutter contre l'exploitation éhontée dont les immigrés clandestins sont l'objet et contre les "filières criminelles", va s'accentuer.

Droite ou gauche : une même politique anti-immigrée

Face aux organisations de gauche qui critiquent Sarkozy et l'appellent à ne pas y aller "trop fort", ce dernier s'est fait une fierté de répondre : "On va aller encore plus fort." Au-delà de l'aspect délibérément provocateur qui fait son fonds de commerce, les grands effets d'annonce de Sarkozy sont du pain béni pour cette gauche qui peut ainsi se positionner contre autant "d'inhumanité".

Cela lui permet en particulier de tenter de faire oublier que c'est elle, à l'instar de Chirac qui en juillet 1991 déclarait qu'un "travailleur français devient fou s'il a sur le même palier de HLM une famille immigrée, qui touche cinquante mille francs de prestations sociales sans travailler, plus le bruit et l'odeur", qui a mis en œuvre les mesures les plus contraignantes contre les immigrés. Des expulsions de Maliens au bulldozer en 1981 par le PCF à Montreuil-sous-Bois aux charters préconisés par Edith Cresson (PS) en 1991, en passant par "La France ne peut pas héberger toute la misère du monde" de Rocard (PS) fin 1989, de même que, suite aux émeutes de Vénissieux en 1981, Charles Hernu (PS) " demandait-il (…) devant la communauté urbaine de Lyon le "rejet des familles indésirables" des HLM et l'expulsion des "coupables du territoire" (Le Monde du 22 septembre 1981), la gauche s'est particulièrement distinguée dans ce domaine.

Les préoccupations de cette gauche qui a justifié toutes ses attaques répressives contre les immigrés sous le prétexte de s'inquiéter de leur sort et d'améliorer leur condition n'ont jamais été différentes lorsqu'elle était aux affaires de l'Etat de celles de la droite. Le discours unilatéral et musclé de Sarkozy sert en fait de cache-sexe à ses propres crapuleries anti-immigration. Et il sert également à masquer la réalité que ce ne sont pas que les immigrés qui sont visés dans cette attaque, mais bel et bien toute la classe ouvrière.

Car en instituant ces mesures contre les immigrés, non seulement la bourgeoisie accentue le flicage de l'ensemble des ouvriers, mais elle construit une barrière de division entre immigrés et français.

Comme nous le disions dans RI n°206 de novembre 1991 :

  • "Face à la misère et à la barbarie de ce monde en pleine putréfaction, il n'y a qu"une seule perspective pour la classe ouvrière : rejeter fermement la logique de la concurrence et du "chacun pour soi" de ses propres exploiteurs. Quelles que soient son origine, sa langue, sa couleur de peau, le prolétariat n'a aucun intérêt commun avec le capital national. Ses intérêts, il ne pourra réellement les défendre qu'en développant partout sa solidarité de classe internationale, en refusant de se laisser diviser entre ouvriers immigrés et ouvriers "autochtones". Cette solidarité, il doit l'affirmer en refusant partout d'adhérer aux campagnes bourgeoisies, qu'elles soient xénophobes ou anti-racistes, en développant massivement ses luttes sur son propre terrain de classe, contre toutes les attaques qu'elle subit quotidiennement.

Seule l'affirmation de ses intérêts communs, dans la lutte permettra au prolétariat de rassembler toutes ses forces, de s'affirmer comme classe mondiale solidaire et unie, pour abattre le Moloch capitaliste avant qu'il ne détruise toute la planète."

MUG (17 décembre)

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Morts de froid : Le capitalisme est le vrai responsable

Comme chaque hiver maintenant, les appels à la charité publique et à la "vigilance citoyenne" sont devenus endémiques. Les médias aux ordres réagissent dès qu’apparaissent les premières "victimes du froid". Alors se déclenche, comme on a pu le voir encore dernièrement, une nouvelle campagne idéologique destinée à couvrir en toile de fond cette tragédie du capitalisme.

Depuis quelques années, le nombre des victimes prend en effet des proportions de plus en plus grandes et dramatiques. Partout en Europe, les plus démunis font les frais des "politiques pour l’emploi" et sont jetés à la rue, exposés brutalement à la misère et à la mort face aux intempéries. En Pologne par exemple, depuis le mois d’octobre, c’est 178 victimes du froid qui sont recensées dont un quart sont sans abri (ce qui signifie que bon nombre de prolétaires n’ont plus les moyens de se chauffer quand ils ont la chance d’avoir encore un toit pour dormir). En France, nous en sommes déjà à 8 victimes officielles ! Et il ne s’agit plus seulement d’une partie de la population marginalisée au chômage qui est exposée. Maintenant, de plus en plus de salariés sont touchés par une grande précarité. La première victime recensée, au mois d’octobre en France, juste avant la trêve hivernale, résume à elle seule les conditions dans laquelle est plongée une partie croissante de la classe ouvrière : un prolétaire de 38 ans, intérimaire devenu chômeur, a été expulsé de son logement. Il a été retrouvé mort dans son véhicule (seul abri qui lui restait pour survivre !). Ce sinistre phénomène des "travailleurs pauvres", qui est apparu depuis plus d’une décennie, s’installe donc durablement : selon les chiffres de l’INSEE, un tiers des "sans domicile fixe" a un emploi. Et parmi eux, un quart est sur un CDI !

Conformément aux nécessités du capital pour faciliter l’exploitation d’une main d’oeuvre à bas prix, il n’est pas étonnant de devenir pauvre en travaillant. C’est aussi pour cela, par exemple, que le ministre Dominique de Villepin demande au SAMU social de tenter de garantir "un hébergement stable, pour un mois minimum, à toute personne sans toit disposant d’un contrat de travail". Les autres "SDF", ceux sans emploi, dont on ne peut extraire de la plus-value, peuvent par contre crever dehors ! Au mieux, ils peuvent tenter de s’entasser dans des centres d’hébergements pleins à craquer, dans une promiscuité dégradante, où ils seront virés à 6 heures le matin, ou mourir dans la rue sous les cartons ! Par cette mesure d’urgence qui est censée apparaître comme "du social", il est clair que l’Etat introduit une division supplémentaire au sein des prolétaires les plus fragilisés : entre ceux qui ont un contrat et les autres, parmi lesquels on isole sournoisement les immigrés. Une division que les révolutionnaires doivent dénoncer, comme ils doivent s’indigner et réagir au sort qui est réservé de plus en plus à tous les exploités.

Aujourd’hui, la situation est telle que le renforcement du centre d’appel d’urgence au numéro 115 et la hausse des capacités d’hébergements ne donnent plus l’illusion de répondre à la situation. C’est d’ailleurs pour cela que les médias et les politiciens de gauche ou les gauchistes de tous poils mettent plus en exergue "les dérives libérales" et "la mauvaise politique sociale" d’un gouvernement "de droite".

Cette "analyse", comme celle qui consiste à incriminer "le froid" en culpabilisant les ouvriers, a pour but essentiel de renforcer l’Etat bourgeois et de masquer la réalité d’une faillite totale du système capitaliste, d’un système qui ne peut plus générer autre chose que la misère et la mort.

WH (11 décembre)

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Situations territoriales: 

Venezuela : Toute la bourgeoisie unie pour attaquer la classe ouvrière

Nous publions ici un article d'Internacionalismo (publication du CCI au Venezuela) d'octobre dernier sur la situation au Venezuela. L'article montre bien ce qu'est le "socialisme" à la Chavez, au pouvoir depuis 7 ans, après des années de partage de pouvoir entre la droite (démocrate-chrétienne) et la gauche (AD, Social-démocrate), des années où aussi bien les uns que les autres se sont remplis les poches d'une façon si arrogante et éhontée qu'ils ne pouvaient que faire le lit à un démagogue comme Chavez, lui-même accué de "dictateur" par ses adversaires.

En fait, l'autoritarisme de Chavez n’est pas dirigé contre l'ancienne "classe dominante", les vieux partis politiques corrompus jusqu'à la moelle, qui ont même essayé d'organiser un coup d'État grand'guignolesque contre Chavez. En fait, au-delà des vantardises chavistes contre ceux qu'il appelle les "capitalistes", toute sa politique n'a eu qu'un but : contrôler la population, mater la classe ouvrière. Chavez a créé autour de lui une cour de protégés aussi corrompus que ceux de l'ancienne caste politicienne, en faisant des aumônes avec l'argent du pétrole dans un contexte permanent de dégradation des conditions de vie de la population. Tel est le nouvel héros des altermondialistes et des gauchistes de tout poil.

Début décembre, se sont tenues des élections au Venezuela. L'abstention a atteint 80 %. Ce taux d’abstention ne s'explique pas seulement par le fait que seuls les candidats chavistes se sont présentés, mais, surtout, il exprime le ras-le-bol de la population et surtout des travailleurs vis-à-vis du "socialisme" chaviste. Pas seulement du chavisme, mais de toute la bourgeoisie et de ses manigances.

La violente confrontation continuelle entre les fractions bourgeoises chavistes au pouvoir et les fractions bourgeoises dans l'opposition, a occulté une réalité : il existe entre elles un partage des tâches visant à attaquer les conditions de vie du prolétariat. Dans d'autres articles d'Internacionalismo, nous avons analysé l'émergence du chavisme comme une nécessité du capital national face à la débâcle des partis de la bourgeoisie qui ont gouverné jusqu'à la fin des années 1990 ; dans ce sens, le gouvernement de Chavez se situe dans la parfaite continuité avec la classe bourgeoise en ce qui concerne les mesures à prendre contre le prolétariat pour affronter la crise économique et survivre sur le marché mondial.

Ce partage des tâches se fait sur deux plans, très imbriqués et dépendants l'un de l'autre : l'attaque idéologique permanente pour affaiblir la conscience de la classe ouvrière et sa combativité ; et une attaque sans répit contre ses conditions d'existence.
 

Une attaque sans trêve contre la conscience de classe du prolétariat…
 

Pour préserver son système social en pleine décadence, la bourgeoisie a besoin d'oxygéner son appareil idéologique pour empêcher que le prolétariat, le "fossoyeur" du capitalisme (Manifeste Communiste), prenne conscience du fait que la seule façon d'en finir avec la misère et la barbarie auxquelles nous soumet le capitalisme est la révolution prolétarienne.

Déjà bien avant le triomphe de Chavez en 1998, les chavistes et l'opposition actuelle se faisaient concurrence sur qui était la meilleure expression de la démocratie, les uns défendant la "démocratie participative", les autres la "démocratie représentative". 7 ans se sont écoulés dans ce va-et-vient, dans ce tango qui a marqué le rythme électoral de la bourgeoisie : d'un côté, le chavisme essayant de fabriquer un socle pour sa "révolution bolivarienne" ; de l'autre, les opposants essayant de l'affaiblir en traitant Chavez de dictateur. Avec des campagnes électorales incessantes, la bourgeoisie est arrivée à créer une polarisation, une nasse dans laquelle la classe ouvrière a été attrapée, en cultivant des divisions en son sein, ce qui s'est concrétisé par une perte de solidarité de classe et une baisse significative de ses luttes contre les capitalistes privés ou d'État.

Par ailleurs, la bourgeoisie chaviste, pour fabriquer une base sociale à sa "révolution bolivarienne" a développé toute une série d'organes de contrôle social : les cercles bolivariens, les missions, les milices, etc., qui lui permettent de diluer les travailleurs dans la masse du "peuple" ; de son côté, l'opposition essaye de faire la même chose avec les "assemblées citoyennes" ; de cette manière, la nécessaire autonomie que doit avoir le prolétariat est diluée dans des couches de la petite bourgeoisie et les autres couches exploitées et appauvries de la population. Au sein même des travailleurs, le chavisme a introduit massivement le coopérativisme à la manière chaviste, la cogestion et l'autogestion, directement promues et financées par les partis et les organes de l'État, voulant ainsi donner un caractère "ouvrier" au nouveau gouvernement ; mais, en fait, ces coopératives sont devenues de plus en plus des moyens de contrôle idéologique des travailleurs pour les soumettre, en plus, à des conditions de travail précaires.

Mais la plus grande attaque idéologique contre la conscience du prolétariat a été l'identification que fait la bourgeoisie chaviste de son "projet" étatique avec le "socialisme". On sait que ce n'est pas la première fois que la bourgeoisie déguise ses politiques capitalistes d'État avec un discours "marxiste" et "révolutionnaire" : la bourgeoisie stalinienne, à la suite de la défaite de la Révolution russe imposa l'exploitation la plus féroce au prolétariat russe pendant presque 60 ans au nom du "socialisme soviétique" et de la même manière toutes les classes dominantes de l’ex- "bloc socialiste" ; et aujourd'hui les bourgeoisies de Cuba, de la Chine et de la Corée du Nord, font la même chose contre les prolétaires de leurs pays respectifs. Mais ce mensonge monstrueux de l'identification du capitalisme d'État, du stalinisme, avec le socialisme, n'aurait jamais eu l'impact idéologique qu'il a eu contre la classe ouvrière mondiale sans la participation des bourgeoisies du bloc adverse, autrement dit l'ancien "bloc américain" : tandis que les bureaucrates russes soumettaient le prolétariat à l'exploitation et la répression les plus féroces au nom de la "défense de la patrie socialiste", les bourgeoisies d'occident, avec les Etats-Unis à leur tête, matraquaient le prolétariat de leurs pays avec des campagnes sur les pénuries et les maux du "socialisme" et du "communisme", en présentant la démocratie comme le meilleur des mondes.

C'est ce même partage des tâches que nous voyons à l'heure actuelle au Venezuela : tandis que la bourgeoisie chaviste exploite le prolétariat vénézuélien au nom de la "révolution bolivarienne", préambule au "socialisme du 21e siècle", l'opposition se charge d'attaquer le "castro-communisme" des chavistes, en vantant ainsi les merveilles de la démocratie. Bref, les uns et les autres font la paire pour entretenir la confusion et l'affaiblissement de la conscience de classe.

Cette idéologie du "socialisme du 21e siècle" est complétée par celle de l'"anti-impérialisme", en utilisant le rejet de la population contre les agissements impérialistes de la bourgeoisie nord-américaine, pour tenter de ramener le prolétariat derrière les intérêts propres de la bourgeoisie chaviste, de la même manière que d'autres bourgeoisies dans le monde essayent de tirer profit de toutes les difficultés de la bourgeoisie américaine en Irak, Afghanistan et au Moyen Orient, pour tenter de faire croire que le seul impérialisme dans le monde serait celui des États-Unis ; ceci permet aux uns et aux autres de camoufler leurs propres appétits impérialistes. Le partage des tâches entre les fractions bourgeoises, chaviste et d'opposition, fonctionne aussi dans cette idéologie : les chavistes exprimant un anti-américanisme virulent, utilisant la fourniture du pétrole comme arme de chantage, alors que l'opposition est bien plus proaméricaine ; mais, finalement, les uns et les autres sont tous d'accord pour défendre et renforcer les intérêts de la bourgeoisie vénézuélienne dans leurs zones d'influence : les Caraïbes, l'Amérique Centrale et les pays andins (Colombie, Pérou, Bolivie et Équateur).

pour le soumettre à une  exploitation encore plus grande

Ce contexte a permis à l'ensemble de la bourgeoisie nationale pendant le régime chaviste d'accentuer les attaques contre les conditions de vie du prolétariat, sans que, pour l'instant, celui-ci n’ait été en mesure de riposter par des luttes importantes.

La plus grande attaque et la plus significative a été celle menée contre les travailleurs du pétrole. Avec l'action coordonnée des secteurs chavistes et ceux de l'opposition, la classe dominante est arrivée à assener le coup le plus rude que la classe ouvrière vénézuélienne ait reçu : elle n'a pas seulement réussi à diminuer le nombre d'ouvriers et d'employés (la moitié des 20 000 licenciés depuis l'arrêt de travail pétrolier de 2002-2003 contre Chavez), mais le gouvernement chaviste a réussi, entre autres choses, à faire passer une loi souhaitée depuis longtemps par la bourgeoisie vénézuélienne : l'élimination de l'économat qui, depuis le temps des multinationales pétrolières, permettait aux travailleurs et à leurs familles d'obtenir des denrées alimentaires à moindre prix. Et ceci avec des arguments comme "la situation est très dure" pour tous, les travailleurs du pétrole sont des privilégiés, ils sont une "aristocratie ouvrière".

Après cette attaque sans précédent contre les travailleurs du pétrole, où tous les partis et les syndicats ont été complices, aussi bien ceux au pouvoir que ceux de l'opposition, le gouvernement chaviste a eu les mains libres pour infliger de plus fortes attaques contre les conditions de vie des travailleurs actifs : gel des conventions collectives, augmentations ridicules du salaire minimum, bien en deçà des augmentations des prix de consommation courante, etc. On fait du chantage avec la menace de licenciements massifs aux travailleurs qui tentent de faire grève pour leurs revendications ; c'est ce qui a été fait face aux protestations des travailleurs de la santé ou de l'éducation tout au long de ces années de gouvernement chaviste ; ou avec les travailleurs du secteur de la Justice, ou de la Télévision d'État, que Chavez lui-même a menacé d’ "écraser" comme il l'a fait avec les ouvriers du pétrole.

Les conditions de vie des travailleurs, surtout du secteur public, sont attaquées par le biais de missions, de coopératives, des entreprises cogérées ou autogérées que le gouvernement a créées pour y exercer son contrôle politique et social. Avec ces organes, le gouvernement chaviste a progressivement réussi à "flexibiliser" la force de travail, parce que les travailleurs embauchés par le biais de ces organes le sont temporairement, sans aucun salaire social et pour la plupart d'entre eux avec des salaires plus bas que le salaire minimum officiel. C'est ainsi que la bourgeoisie chaviste fait la même chose que les bourgeoisies des autres gouvernements de droite et de gauche de la région, qui appliquent les mesures typiques du "neo-libéralisme sauvage" en faisant en sorte que l'emploi soit de plus en plus précaire et l'exploitation plus brutale. Voilà le vrai visage du "socialisme du 21ème siècle" ! Mais ces organes sont aussi des instruments de chantage contre les travailleurs actifs : avec les missions et les coopératives, le gouvernement a couvert progressivement les services publics, avec l'objectif explicite d'affaiblir et faire du chantage sur les travailleurs actifs qui réalisent ces services ; et s'ils se mobilisent pour mettre en avant des revendications, ils sont menacés de licenciement et d'être remplacés par des travailleurs organisés en coopératives. C'est ainsi que le chavisme pousse les travailleurs les uns contre les autres, les missions et les coopératives contre les employés du secteur public.

Derrière toutes ces attaques contre les travailleurs du secteur public se trouve, occultée, une vieille nécessité de la bourgeoisie vénézuélienne : celle de réduire de façon drastique les emplois publics. Lors du gouvernement Caldera, le ministre, de gauche, de Planification de l'époque, Teodoro Petkoff, disait qu'il fallait réduire d'un demi million les effectifs de la fonction publique. Les déclarations répétées de Chavez et ses acolytes pour dénoncer la "contre-révolution bureaucratique", n'ont qu'un objectif : dénigrer les employés du secteur public pour justifier des attaques toujours plus fortes contre leur condition de vie et les licenciements.

Mais les attaques de la bourgeoisie contre le prolétariat ne s'arrêtent pas là. Le chavisme, grâce au travail coordonné entre le gouvernement et l'opposition, a réussi à imposer une série de mesures qui, dans d'autres circonstances, auraient provoqué des protestations inévitables chez les ouvriers et la population : il s’agit de l'augmentation brutale des impôts et, surtout, de la TVA (qui accroît de 14% le prix de la plupart des produits et des services) grâce à laquelle l'État collecte plus de la moitié du budget de 2005 (plus de 15000 milliards de $ US) ; les taxes sur certains produits de consommation ont atteint 30% en 2005. Enfin, les lois approuvées par le parlement envisagent de créer d'autres impôts, tel que celui prévu pour les dépenses de santé, 4% pour tous les travailleurs, actifs, chômeurs, retraités et de "l'économie souterraine".

Les attaques contre les salaires et les baisses du salaire social des travailleurs, ajoutées aux nouveaux impôts de l'État, cumulées à une politique économique et fiscale qui engendre un taux d'inflation qui est le plus élevé de la région (23% en moyenne entre 2003 et 2004), qui érode mois après mois les salaires, tout cela est en train d'enfoncer des millions de travailleurs et leurs familles dans une paupérisation alarmante : d'après des statistiques non officielles, 83% des travailleurs (sur une force de travail totale de 12 millions) perçoivent le salaire minimum de 405 000 bolivars. (180 $ USA), alors que le "panier" alimentaire de base, d'après le gouvernement lui-même, coûte actuellement 380 000 Bs, alors que d'autres organismes le situent autour de 600 000 bolivars. Et cela sans parler des niveaux atteints par la malnutrition, les pandémies, etc. qui n'ont fait qu'augmenter dans la population. Le gouvernement fait tout pour maquiller les chiffres sur la pauvreté pour qu'ils puissent être cohérents avec son mensonge sur la "lutte contre la pauvreté", mais il est impossible d’occulter les évidences.

Par ailleurs, en plus du taux de chômage alarmant, la pauvreté et la misère qui écrasent les quartiers ouvriers, engendrent de plus en plus une décomposition sociale que la propagande officielle essaye d'occulter, mais qui est bien visible partout : mendiants issus des villes ou des campagnes, enfants vivant dans la rue, prostitution des enfants et des jeunes, etc. Un des fléaux qui n'a fait que s'exacerber et augmenter pendant l'administration chaviste est celui de la criminalité : chaque semaine se produisent environ une centaine de meurtres dans le pays, surtout dans les quartiers les plus pauvres, où habite un fort pourcentage de la classe ouvrière. Le gouvernement chaviste, faisant appel à ses cerveaux en manipulation médiatique, a trouvé un nom à son projet : la "révolution jolie", mais ce que la classe ouvrière vit au quotidien c'est la sale laideur du capitalisme en décomposition ; et c'est la seule réalité que la bourgeoisie peut nous offrir, qu'elle soit de droite ou de gauche.

La classe ouvrière menace toujours de riposter

Malgré les chantages et les intimidations, les travailleurs n'ont pas d'autre choix que lutter contre la détérioration sans répit de leurs conditions de vie.

On sent de plus en plus fréquemment monter l'indignation dans les rangs ouvriers : les protestations des chômeurs à la recherche d'un poste de travail, des retraités pour la satisfactions de leurs revendications qui ont été accordées mais pas appliquées (comme cela a été le cas avec les retraités de SIDOR et de la CVG dans la Zone du Fer), des médecins, des travailleurs du Métro, etc. ; et les menaces de lutte chez les employés du secteur public de l'éducation, de la santé, de la justice, etc. sont toujours là.

Conscient du fait que la lutte des travailleurs est la véritable menace qui pèse sur lui, le gouvernement prépare ses forces de dissuasion : les réservistes et les miliciens de la Garde Territoriale, qui dépendent directement de la présidence de la République, dont la tâche consiste à intervenir, en dernière instance, face aux "convulsions sociales". De la même manière, dans les hôpitaux et d'autres établissements publics, l'État y a introduit le dénommé "service de contrôle social", autrement dit, des groupes payés par le gouvernement pour servir de police contre les travailleurs.

Mais consciente que ce n'est pas toujours à coups de répression qu'on peut en finir avec un mouvement de classe, la bourgeoisie dans son ensemble joue une carte plus efficace contre les travailleurs : la rénovation syndicale et la dissidence syndicale à l'intérieur du chavisme même. C'est ce qui explique les tentatives de la Confédération des Travailleurs Vénézuéliens (CTV), avec Froilan Barrios et Alfredo Ramos a sa tête pour essayer de récupérer la CTV avec "un nouveau modèle de syndicalisme" ; mais, surtout, avec la montée de Machuca, dirigeant syndical adepte du chavisme, qui se profile comme un "leader ouvrier" non seulement dans la zone industrielle de Matanzas, mais au niveau national, promouvant des mobilisations ouvrières même contre Chavez, comme celle qui a eu lieu en en septembre dernier. De la même manière que la CTV contrôlée par Action Démocratique (AD, Social-démocratie) gardait à l'époque une certaine "distance" et faisait une certaine "opposition" par rapport aux gouvernements AD du moment, c'est la même chose que fait aujourd'hui un élément comme Machuca, lequel sait très bien faire son travail de contrôleur du mécontentement social puisque, et ce n'est pas un hasard, il reçoit des félicitations aussi bien du chavisme au gouvernement que de l'opposition.

Le prolétariat, pour en finir avec la bourgeoisie (chaviste et de l'opposition) doit canaliser son indignation pour renforcer son identité de classe, la solidarité entre prolétaires et sa conscience du fait qu'il est la seule classe qui peut et doit conduire la lutte des exploités pour en finir avec la barbarie à laquelle nous soumet le capital.

D’après Internacionalismo n° 55, organe du CCI au Venezuela

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La Côte d'Ivoire s'enfonce dans un chaos sans fin

Début décembre dernier, lors du dernier sommet franco-africain à Bamako, Chirac a fait le grand show de l’impérialisme français, meilleur défenseur mondial de l’Afrique. Reprenant le bon vieux ton du pays traditionnellement "protecteur" du continent, appelant à la "modernisation" des liens avec ce dernier, le bilan de la visite est mince. Il faut dire que ce 23e sommet, institué sous de Gaulle pour mieux maîtriser et diriger les chefs d’Etat placés aux ordres de la France, a été marqué par l’absence non négligeable et significative d’un certain nombre de dirigeants des régions d’Afrique qui participaient traditionnellement à ce sommet bisannuel : il en est ainsi du chef d’Etat guinéen, de ceux du Congo, du Burundi, du Rwanda, et de l’Angola, et chose à noter, de celui de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo. Mais plus significative encore est l’absence des chefs d’Etat algérien, tunisien et marocain. Il est vrai que la France avait bien préparé le terrain avec la publicité faite autour de l’adoption de la loi du 23 février qui fait en sorte que les programmes scolaires "reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord".

A l’heure où la France se trouve en situation de réelle difficulté pour conserver un minimum d’influence en Afrique, et où les Etats-Unis, mais aussi des pays comme l’Allemagne ou même la Chine, exercent une pression importante pour, non seulement marcher sur ses plate-bandes, mais aussi et surtout l’évincer de l’Afrique noire, ce ne sont pas les beaux discours humanitaires qui vont changer la donne. Ce que cachent en réalité ces événements c'est l’entrée dans une politique de plus en plus musclée de la France face à ses rivaux et au chaos qui s’aggrave, dans le but de conserver un minimum de positions sur ce continent.

Il y a un an, le 6 novembre 2004, des avions ivoiriens larguent des roquettes sur le camp français de Bouaké, tuant 9 soldats de l’armée tricolore. Aussitôt, cette dernière réplique en détruisant entièrement l’aviation ivoirienne, provoquant de ce fait des affrontements armés et des massacres au sein des populations locales, de même qu'un début de pogrome contre les ressortissants français qui seront évacués massivement par les autorités françaises.

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Depuis un an, la situation en Côte d'Ivoire est plus fragile que jamais, menaçant d'exploser à tout moment, alors que le pays est d'ores et déjà coupé en deux. On assiste épisodiquement à des tueries et des règlements de compte entre les forces armées en présence en particulier entre les soldats français et ceux de Gbagbo. Ainsi, un officier ivoirien, sortant d’une "cérémonie officielle" à l’ambassade de France à Abidjan, a été accusé de "complot" et mitraillé par les hommes du pouvoir ivoirien. En même temps, le chef d’état-major de l’armée ivoirienne est en fuite et, depuis l’étranger, jure de chasser le régime en place par tous les moyens. Pour sa part, l’armée française sur place est accusée régulièrement d’exactions, ou de crimes masqués, comme par exemple la mort par étouffement d’un chef de bande local, qualifié de "coupeur de routes". Pendant ce temps, la population s’enfonce dans la misère la plus atroce tandis que l’insécurité règne partout, à Abidjan comme dans les autres villes du pays. La Côte d'Ivoire est en guerre permanente, divisée entre le Nord et le Sud depuis les affrontements sanglants de septembre 2002 (voir RI n°327).

Face au chaos qui menace, les puissances impérialistes étalent leur cynisme et leur hypocrisie en brandissant une énième "nouvelle résolution" sur la Côte d’Ivoire, pour "instaurer la paix". En effet, devant la fin du mandat présidentiel de Gbagbo, le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté le 21 octobre dernier une résolution qui, d’une part, prolonge d’un an le mandat du président ivoirien et, d’autre part, charge deux des parrains locaux des belligérants (l'Afrique du Sud et le Nigeria) de mener des consultations "en vue de la nomination d’ici au 31 octobre 2005, d’un nouveau premier ministre(de transition) acceptable par toutes les parties ivoiriennes (…), qui exercera pleinement son autorité sur son cabinet(…) et disposera de tous les pouvoirs nécessaires".

En fait, ce "nouveau plan de paix" de l’ONU (proposé par la France) ressemble comme deux gouttes d’eau au précédent plan dit des "accords de Marcoussis", rédigé par le gouvernement Chirac en mars 2003, et qui n’a fait qu’aggraver la situation de chaos (voir RI n°332). Dans le cadre de son "plan de paix" initial, le gouvernement français avait fixé au 30 octobre 2005 l’organisation d’une élection présidentielle. Mais face à la situation qui règne en Côte d’Ivoire, les parrains impérialistes ont dû se résoudre à reporter le scrutin en fixant des nouvelles échéances. Personne ne se fait en réalité la moindre illusion sur la faisabilité de ce nouveau "chiffon". En effet, fort de son expérience du précédent "plan de Marcoussis", le président Gbagbo fait semblant d’accepter le nouveau plan de l’ONU pour gagner du temps, mais sans aucune réelle intention de passer la main à un rival quelconque.

De leur côté, les forces rebelles rejettent en toute logique la résolution de l’ONU qui prolonge le mandat de Gbagbo et proposent de nommer un de leurs chefs, Guillaume Soro, premier ministre du futur "gouvernement de réconciliation". Autrement dit, les "parties ivoiriennes" dont parle l’ONU, ne sont pas prêtes à se soumettre au "nouveau plan de paix", au contraire, elles se préparent à de nouveaux affrontements guerriers.

La récente nomination au poste de premier ministre d'un homme de la France, Charles Konan Banny, qui a pour mission de rassembler au sein du futur gouvernement toutes les tendances politiques ainsi que des représentants de la rébellion, n'annonce qu'une monstrueuse foire d'empoigne et le prétexte à de nouvelles flambées de violence. Son prédécesseur, Seydou Diarra, avait mis plus de trois mois pour former un "gouvernement de réconciliation" nationale après Marcoussis, avec le résultat que l'on sait.

La responsabilité criminelle des parrains impérialistes

 Non seulement les bourgeoisies locales pillent les matières premières pour s’armer, mais les parrains impérialistes n'hésitent pas à fournir des armes pour tenter d'influer sur le rapport de forces. L’hypocrisie criminelle du Conseil de Sécurité est évidente. D'une part, il fait semblant d’instaurer un embargo sur les armes à destination de la Côte d’Ivoire et, de l'autre, laisse les forces de l’ONU sur place fermer les yeux sur l’entrée massive d'engins de mort en provenance ou en transit des pays voisins. Il en est ainsi des avions de chasse de type Mig-23, des hélicoptères de combat, et d’autres armes, qui passent par la Guinée, le Togo, le Libéria, le Burkina. Voilà une démonstration éclatante de la responsabilité directe des puissances impérialistes dans les massacres.

Mais derrière cela, il y a aussi les luttes d’influence que se livrent dans la région les petites et grandes puissances entre elles. Par exemple, celles qui profitent de l’affaiblissement de l’impérialisme français en Côte d’Ivoire pour s’y faire une place. C’est d’abord le cas de l’impérialisme américain, bien content de voir son rival français se noyer dans le bourbier ivoirien, qui poursuit son objectif d’évincer définitivement la France de son ancien bastion colonial.

Il y a encore la poussée des puissances moyennes "émergentes", telle l’Afrique du Sud (accusée de "rouler" pour Gbagbo), qui avait réussi à s’emparer du "parrainage" des négociations de "paix" entre les cliques ivoiriennes, avant d’échouer à son tour devant l'opposition du Sénégal, du Nigeria et, bien sûr, de la France. Tandis que la Grande Bretagne et les Etats-Unis sont de la "mêlée" à travers leur parrainage du "Groupe international de travail" (GIT) sur la Côte d’Ivoire. Il n’ y a pas moins de 16 pays impliqués quasi-directement dans la situation ivoirienne, tous concurrents à des degrés divers : un répugnant panier de crabes.

En guise de plan de "paix", tous ces gangsters impérialistes se préparent en réalité à une nouvelle boucherie.

Quel terrible cynisme de la part des représentants des grandes puissances impérialistes, qui montrent qu’ils se fichent complètement du sort des populations, premières victimes non seulement des carnages mais aussi pillées, violées, spoliées, rackettées par toutes ces bandes armées qui ratissent la région.

Soumises à l'horreur des exactions guerrières, éreintées par la soldatesque, vivant dans des conditions de misère et d'insalubrité effroyables, crevant du paludisme et du sida : c'est cela la perspective qu'offre aux Ivoiriens et plus largement aux populations de toute l'Afrique la foire d'empoigne des capitalistes rivaux.

Amina (10 décembre)

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Suède : La fin d'un "modèle social"

Depuis le printemps 2003, avec les grèves et manifestations massives contre la réforme des retraites qui se sont déroulées en France, de nombreux pays sont touchés par une remontée de la combativité ouvrière, dont les moments les plus significatifs ont été les grèves en Allemagne en 2004 dans l’industrie automobile (voir Ri n°352) et les grèves sauvages de l’aéroport de Londres l’été dernier (voir RI n°360 ). Un pays comme la Suède, un des symboles tant vantés de la "paix sociale", où les ouvriers se font exploiter "en douceur", a été à l’automne le théâtre d’un certain nombre de grèves sauvages, vites récupérées par les syndicats, qui marquent ce retour international de la lutte ouvrière contre les attaques qu’elle subit sur tous les aspects de ses conditions de vie et de travail.

Ainsi, dans les hôpitaux de Malmö et Umea, de nombreuses réactions et grèves contre les conditions de travail, bien qu’elles soient restées dispersées et sans lendemain, se sont développées. Il faut rappeler ici que la Suède se targuait depuis dix ans d’être un des pays d’Europe connaissant le plus bas niveau de conflits sociaux depuis 1995, année où l’on avait justement vu 70 000 infirmières se mettre en grève contre leurs conditions de travail et exiger des augmentations de salaires.

Outre les mouvements récents dans les hôpitaux, nous avons aussi récemment vu une grève sauvage des ouvriers de la construction à la raffinerie de Preem à Lysekil, où des centaines d’intérimaires se sont mis en grève contre les conditions de travail inhumaines qui leur sont imposées. 200 d’entre eux, des ouvriers thaïlandais "loués" par une entreprise chinoise à fonds italien, se sont ainsi mis en grève sauvage début septembre, contre ces conditions de travail et pour exiger les augmentations de salaires promises par la direction. Les ouvriers se sont trouvés soumis à la fois aux menaces de la direction de les renvoyer chez eux (quatre d’entre eux ont été immédiatement renvoyés) et au discours des syndicats qui se disaient "solidaires" avec eux mais n’ont strictement rien fait, à part appeler la direction à "respecter les accords de travail suédois et la législation suédoise". Ainsi, la direction de Preem et les syndicats détournaient l’attention sur une responsabilité "extérieure" tandis que les médias opéraient un soigneux black-out en Suède même, de façon à accroître l’isolement des ouvriers thaïlandais. Le travail a repris au bout de dix jours, après la promesse faite aux grévistes qu'ils toucheraient leurs salaires… à la condition de reprendre le travail. Ce qui s’est avéré être un mensonge car, au bout du compte, non seulement la plupart d’entre eux ont été proprement virés et remplacés par des ouvriers d’autres régions d’Asie, mais ceux qui sont restés attendent toujours les augmentations promises.

Mais c’est aussi chez les salariés de Connex-SL entreprise internationale de transports urbains, que l’on a vu monter la colère.

Connex est la plus importante compagnie d’autobus en Suède et gère aussi 4 lignes de train, le métro de Stockholm, et des ferries dans l’archipel de Göteborg. La section du métro et des tramways de Stockholm du syndicat SAC-Syndikalisterna a mené plusieurs conflits contre Connex.  Ces derniers mois, Connex a dénoncé unilatéralement un certain nombre d'accords.

En premier lieu, celui qui permettait au personnel  de partir à la retraite à 63 ans, pour obliger les ouvriers à travailler jusqu’à l’âge de 65 ans. C’est pourtant un secteur constamment classé dans la catégorie des conditions de travail les plus stressantes et les plus dangereuses de Suède. Connex, afin de faire des économies, utilise au maximum les embauches à temps partiel et les contrats d’emploi "à l’heure", provoquant ainsi une explosion de la précarité parmi les salariés. C'est aussi l’accord local réglant les heures des programmes de service et de travail qui est dénoncé pour le substituer à des "programmes de travail"qui représentent une détérioration importante des conditions de travail.  Par exemple les durées journalières de service de dix heures ne sont pas rares, ce qui signifie qu’il est pratiquement impossible d’être parent en travaillant dans le métro.

De même, c'est depuis plus de six mois, que les règles d’administratives sur le temps de travail et les régimes de travail ont été unilatéralement modifiées. Les bulletins de paye sont envoyés avec des erreurs, le calcul des congés annuels et les commandes sont aussi truffés d’erreurs. Le nouveau système administratif est si opaque qu'il est impossible qu’un employé obtienne un rapport complet et détaillé de son décompte d'heures payées. Aussi, lesouvriers ne peuvent pas vérifier leurs bulletins de paye !

Devant la montée de la colère, la direction a licencié de façon provocatrice un syndicaliste, l’accusant de "manque de loyauté" à l’égard de l’entreprise pour avoir divulgué dans la presse des éléments sur les conditions de travail des employés de la Connex. Cela a permis au syndicat suédois, SEKO (une branche du syndicat LO, équivalent des TUC en Grande-Bretagne), de prendre la tête de la grève, après avoir laissé des syndicalistes de base lancer la grève, prétendument de façon "sauvage", le 6 octobre, en paralysant tous les services de métro de la capitale. Cela a encore permis, tout en faisant croire aux ouvriers qu’ils dirigeaient la grève, de détourner les revendications et la colère sur la nécessité de pouvoir "s’exprimer" et de "défendre le syndicalisme".

Au bout de trois jours, le mouvement s’est arrêté, sans que bien sûr les ouvriers de la Connex n’obtiennent quoi que ce soit, à part la réintégration du délégué syndical, c’est-à-dire de leur pire ennemi dans l’entreprise.

Cela dit, la perspective n'en est pas moins au développement de la lutte ouverte, contre les attaques dont les ouvriers sont tous l’objet, dans tous les secteurs, et dans tous les pays, contre leurs ennemis, le patronat, l’Etat et contre leurs faux amis comme les syndicats.

Chaque lutte qui se déroule aujourd’hui illustre cette dynamique et est un nouvel apport au développement international de la lutte prolétarienne.

D'après Internationell Revolutie, section du CCI en Suède

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Récent et en cours: 

Réunion publique du CCI à Toulouse : Les émeutes dans les banlieues n'ont rien à voir avec la lutte ouvrière


 
Le CCI organise, partout où il le peut, des réunions ouvertes à tous ceux qui veulent sincèrement changer le monde. Nos réunions publiques (RP) et nos permanences se veulent être des lieux de débats fraternels où chaque participant peut poser ses questions, confronter ses arguments et analyses.

Ainsi, tout au long des mois d’octobre et novembre, la section du CCI en France a tenu des RP à Tours, Marseille, Nantes, Toulouse, Paris et Lyon sur le thème "La révolution prolétarienne est la seule perspective d’avenir pour l’humanité". Inévitablement, l’actualité brûlante des émeutes est revenue dans chacune de nos salles comme une préoccupation centrale et récurrente : comment considérer la violence désespérée des jeunes banlieusards ?

Le débat qui s'est déroulé à Toulouse est particulièrement significatif du questionnement de la classe ouvrière sur ces émeutes, partagée entre un sentiment de solidarité envers la détresse de ses propres enfants et la colère de voir son voisin se faire agresser, sa voiture ou l’école du quartier être détruites.

Lors de la réunion publique du 19 novembre à Toulouse, nous avons, comme toujours, lancé le débat par un court exposé introductif. Celui-ci montrait en quoi la classe ouvrière est la seule force de la société qui puisse changer le monde en renversant le capitalisme à l’échelle internationale. Nous y avions intégré l’actualité des émeutes soulignant avec force le désespoir contenu dans ces explosions de violence.

Brûler des voitures, des écoles, des bus, des gymnases… tout ceci est purement autodestructeur. Aucune perspective, aucun espoir ne peuvent ressortir de tels actes. Ne sachant comment lutter, ces jeunes en souffrance s’en sont pris à leurs parents, leurs voisins… Ces fils d’ouvriers, involontairement, ont retourné leur colère contre leur propre classe.

Les émeutiers sont des fils d'ouvriers

Les réactions furent vives et immédiates. De nombreux participants critiquèrent notre prise de position sur Internet ([1]) dont s’inspirait l’exposé.

Dès la première intervention, un camarade a ainsi affirmé son profond désaccord : "Le tract du CCI ([2]) me pose problème. Les émeutes sont montrées comme une révolte en soi. Le tract peine pour mettre en jeu l’affrontement de classe. Le positionnement du CCI n’est pas assez combatif. Il y a également un aspect manquant, c’est la solidarité par rapport aux conditions de vie de ces jeunes. Il fallait montrer l’absurdité du capitalisme et non parler des jeunes des quartiers déshérités. C’est une partie de la classe ouvrière […]. Le tract passe à côté de la question de l’identité de classe. Comme le dit le PCI/Prolétaire ([3]) dans son tract, ces jeunes, qu’ils en soient ou non conscients, appartiennent à la classe ouvrière. De même, par rapport à cette révolte des jeunes, où en est le prolétariat en ce moment ? Face à ce couvre-feu social, il faut rattacher le combat de ces jeunes au prolétariat." Emboîtant le pas à cette intervention, un jeune contact, membre d’un cercle de discussion sur la ville rose, poursuivit en ces termes : "[…] J’ai habité en banlieue et pour moi les jeunes des banlieues n’ont certes pas de conscience de classe ni même de notion de classe mais ces actes de violence s’inscrivent contre le capitalisme. C’est une révolte contre le système [...]". Et enfin, un troisième participant conclut dans le même état d’esprit ce premier tour de parole : "au Mirail, il y a près de 50% de prolétaires qui sont au chômage. Les jeunes ne trouvent pas de travail ou que des petits boulots […]. Il fallait mettre en avant non les faiblesses mais la perspective du prolétariat […]."

Cette réaction n’est absolument pas surprenante. Bien au contraire. La souffrance exprimée par les enfants de notre classe et son utilisation cynique par la bourgeoisie expliquent en partie cette forte tendance parmi l'assistance à éprouver avant tout un sentiment de solidarité envers ces "laissés pour compte". L'explosion spectaculaire de la violence urbaine a révélé au grand jour les conditions de vie totalement insupportables d'une grande partie de la jeunesse ouvrière. D’ailleurs, contrairement à la critique portée sur notre prise de position prétendant qu'il y manquait "la solidarité par rapport aux conditions de vie de ces jeunes", nous affirmions sans ambiguïté : "Si les jeunes des banlieues se révoltent aujourd'hui […] c'est qu'ils sont plongés dans un profond désespoir […]. C'est dans leur chair et au quotidien, du fait du chômage, du mépris et de la discrimination que les jeunes "casseurs" des quartiers populaires ressentent cette absence totale d'avenir."

Ces émeutes sont étrangères à la lutte de la classe ouvrière

Pour autant, pouvait-on aller jusqu’à dire, comme le font ces camarades, que "ces actes de violence s’inscrivent contre le capitalisme" et que "c’est une révolte contre le système" ? Que fallait-il dire aux ouvriers ? Passer sous silence la totale absurdité de détruire pour détruire ? Ignorer qui sont les premières victimes de ces actes ?

Evidemment non. C’est aussi dans leur chair que les ouvriers ont ressenti ces émeutes. Comme l’a formulé très clairement l’un des participants : "[…] Quant aux destructions des voitures, certains camarades dans leurs interventions relativisent ces incendies. Eh bien, moi, je leur dit clairement que j’espère que ma voiture ne sera pas brûlée, car comme les autres ouvriers, j’en ai besoin pour aller travailler." Le soutien aux émeutiers, ou du moins, la sous-estimation de l’aspect nihiliste de ces événements ont donc fait réagir. Les camarades présents dans la salle se sont répondus dans un débat dynamique. "Je ne suis pas d’accord avec ce que disent les camarades sur ces émeutes. C’est une révolte contre l’Etat bourgeois, certes, mais elle n’a aucun avenir. On ne peut pas être solidaire avec ceux qui détruisent les voitures des voisins, des ouvriers. On peut les comprendre puisqu’ils sont laissés pour compte, la société capitaliste n’a plus rien à leur offrir. Il y a un ras-le-bol. Mais on ne peut pas être d’accord avec cette violence. Ils connaissent le chômage et la misère depuis déjà un certain nombre d’années. C’est une partie de la classe qui a été fortement attaquée. C’est vrai. Mais ce n’est pas par ces actes qu’on peut se sentir proche. Cela n’a rien à voir avec la lutte de la classe."

Ce type d’explosion de violence va en effet à l’encontre des intérêts de la classe ouvrière. Elle distille la crainte, le repli et la division en ses rangs. Tout ceci, la bourgeoisie l’a très bien compris. Elle a orchestré d’une main de maître une propagande de la peur afin de justifier le renforcement de son arsenal répressif. Ces émeutes n’ont pas alimenté la conscience du prolétariat. Elles ont au contraire créé un terrain propice à l’idéologie bourgeoise. La classe dominante a instrumentalisé cette frange désespérée de la jeunesse pour justifier ses mesures d’urgence sécuritaires et ainsi accroître le flicage des quartiers ouvriers. Surtout, elle a pu masquer momentanément la faillite de son système, accusant pêle-mêle la "racaille" et les immigrés d’être la cause de tous les maux.

Par conséquent, si nous rejoignons entièrement le camarade, intervenu en tout premier, quand il dit "ces jeunes, qu’ils en soient ou non conscients, appartiennent à la classe ouvrière", nous ne le suivons plus lorsqu’il affirme : "il faut rattacher le combat de ces jeunes au prolétariat".  En réalité, cette partie de la jeunesse impliquée dans les émeutes a tendance à s’éloigner du combat prolétarien. Et c’est justement parce que ce sont des enfants d’ouvriers, que leur comportement destructeur pèse autant contre la classe ouvrière. C’est ici une partie d’elle-même qui se trompe de chemin et de lutte. En ce sens, si le prolétariat est solidaire des victimes du capitalisme et donc de cette jeunesse désespérée, en même temps cela ne veut pas dire que nous devons saluer ce type de révolte car elle se situe à l’opposé des besoins du prolétariat. Ces émeutes n’appartiennent ni de près ni de loin à la lutte de la classe ouvrière.

Seule la classe ouvrière peut offrir une perspective d’avenir à l’humanité

Il n’était donc pas question d’encourager de tels actes de violence comme a pu le faire de manière ambiguë et fausse le PCI/Prolétaire ! En effet, le tract de cette organisation porte un titre enflammé : "La révolte des banlieues annonce la reprise de la lutte prolétarienne révolutionnaire". Et l’appui à de telles révoltes est encore plus marqué à la fin du texte : "vive la révolte des jeunes prolétaires des banlieues contre la misère, le racisme et l’oppression" !!!

Comment peut-on croire que ces actes de violence dirigés contre les ouvriers "annonce la reprise de la lutte prolétarienne révolutionnaire" ? Ici, ce groupe se laisse tout simplement abuser par le caractère spectaculaire de ces révoltes et perd la notion de ce qu’est la lutte de classe, tant dans sa forme que dans son contenu. Le prolétariat dans sa lutte tend vers l’unité et développe pour cela la solidarité. Ces émeutes sont le contraire, elles sont le produit de ressentiments individuels et n’ont comme perspective que la destruction et l’autodestruction.

Sous la plume du PCI/Prolétaire, tout est inversé. Ce sont ces jeunes égarés qui insuffleraient une dynamique à l’ensemble d’une classe ouvrière pour l’instant amorphe. C’est l’exact opposé qui est vrai. Le prolétariat a déjà commencé à reprendre le chemin de sa lutte. Depuis les grèves du printemps 2003 en France, la classe ouvrière réaffirme partout de façon certes embryonnaire mais croissante sa combativité et sa tendance naturelle à la solidarité. Ces émeutes ne sont donc pas un accélérateur mais au contraire un frein à ce développement de la lutte de classe.

Oui, les jeunes émeutiers sont des victimes du système capitaliste. Oui, ils constituent une partie de la classe ouvrière particulièrement en souffrance. Mais comment exprimer notre solidarité envers ces enfants d’ouvriers ? Certainement pas en semant des illusions ou en les suivant dans leur cri de détresse. La classe ouvrière n’a pas à suivre ces jeunes dans leur auto-destruction ; elle a au contraire à les embarquer derrière elle. Elle a le pouvoir et la responsabilité de montrer une perspective d'avenir. Comme nous l'affirmons dans notre prise de position sur Internet : "C'est parce que, jusqu'à présent, [ la classe ouvrière ] n'a pas encore trouvé la force d'affirmer cette perspective, à travers un renforcement et une extension de ses luttes, que des centaines de milliers de ses enfants sont amenés à sombrer dans le désespoir, exprimant leur révolte de façon absurde ou se réfugiant dans les chimères de religions qui leur promettent le paradis après leur mort. La seule véritable solution à la "crise des quartiers déshérités" est le développement des luttes du prolétariat vers la révolution qui permettra de donner un sens et une perspective à toute la révolte des jeunes générations" !!!

Un débat fraternel

Traditionnellement, nous finissons nos réunions par un 'tour de table‘ permettant à chacun qui le souhaite de donner son avis sur la tenue et la qualité de la réunion, pour réaffirmer un désaccord persistant ou poser toutes les questions qui n'ont pu être traitées et qui vont permettre la poursuite du débat.

De manière générale, les participants ont ressenti une certaine satisfaction et témoigné de l’intérêt réel pour cette réunion publique.

Les camarades qui avaient pointé leur désaccord ont eux aussi salué le débat. Néanmoins, deux de ces camarades ont regretté que le CCI ne soit pas intervenu dans les quartiers et dans le reste de la classe ouvrière avec un tract. Cette dernière remarque démontre que des divergences, certes limitées, existaient encore à la fin de cette réunion.

De toute manière, les réunions du CCI n'ont pas pour vocation d'imposer une démonstration exhaustive clôturant tout débat. Au contraire, la richesse et la dynamique de la discussion ont apporté beaucoup plus de questions que de réponses. Par exemple, nous n'avons fait qu'effleurer la différence fondamentale entre la violence destructrice de ces émeutes et la violence créatrice de la classe ouvrière, violence utilisée nécessairement dans son renversement de l'ordre capitaliste. Le sujet est donc loin d'être épuisé !

Nous conclurons par ces quelques lignes d'une lettre d’une jeune contact venant pour la première fois à une RP du CCI et témoignant de l'esprit fraternel qui a animé le débat :

"Ce que j’ai particulièrement apprécié dans la conduite du débat (et que j’avais rarement eu l’occasion de pratiquer dans d’autres situations que ce soit professionnelles ou personnelles), c’est qu’elle rend possible une véritable écoute de ce que chacun dit, elle s’attache à répondre aux préoccupations de personnes en présence, tout en ne perdant pas de vue la question posée et la nécessité de contribuer à y répondre […]. Ces événements (les violences urbaines) semblent absurdes, par leur absence d’objectif et par leurs moyens et ils ne semblent pas s’inscrire dans une logique de lutte des classes, mais ils suscitaient beaucoup de questions parmi les personnes présentes à la réunion et il semblait donc nécessaire de leur accorder une grande attention, et c’est ce que le CCI a fait. Ces événements ne s’inscrivaient pas dans une logique révolutionnaire (et même en terme de révolte, ces événements sont difficilement compréhensibles, compte tenu des cibles des violences qui ont eu lieu), mais il semblait nécessaire de les analyser pour les définir, pour caractériser les acteurs de ces événements, afin de pouvoir poser ensuite la question de l’organisation prolétarienne dans une perspective de révolution, des "signes" actuels de l’action prolétarienne en ce sens, des conditions nécessaires pour qu’elle ait lieu et du comment […]."

Pawel (15 décembre)

[1] "Emeutes dans les banlieues française : face au désespoir, seule la lutte de classe est porteuse d’avenir".

[2] Il s’agit en fait du texte Internet considéré malencontreusement comme un tract. Nous l’avons précisé au cours de la réunion.

[3] Organisation révolutionnaire bordiguiste présente en France et en Italie.

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Catastrophes en Chine : La réalité du "miracle économique"

En Chine les coups de grisou et les effondrements de galeries se succèdent à un rythme effrayant. Au mois d’août dernier, dans la province de Guangdong, 101 mineurs sont bloqués dans une mine noyée de millions de mètres cube d’eau. Au même moment un coup de grisou dans une mine de la province de Guizhou tuait 14 ouvriers mineurs. Récemment, une nouvelle explosion dans une mine au nord de la Chine dans la province de Dong fend a coûté la vie, à nouveau, à 134 mineurs. Cet automne, c’est pratiquement de manière quotidienne que des accidents ont frappé dans ce secteur. Ces accidents à répétition font des mines chinoises les plus dangereuses du monde, officiellement 6000 morts par an, sans doute plus près de 20 000 selon des sources indépendantes." Soit 45 fois plus que celles d’Afrique du Sud, et cent fois plus que celles des Etats-Unis. L’exemple des mines de charbon illustre dramatiquement la réalité barbare qui se cache derrière les fameux taux de croissance du capitalisme chinois. Dans les provinces de Stianxi, de Hebei, du Heilongjiang et en Mongolie intérieure, les ressources charbonnières sont abondantes. Depuis 10 ans, le gouvernement, afin d’augmenter à tout prix la production, a massivement privatisé les mines. Résultat, la licence s’achète à bon compte auprès des fonctionnaires sensibles aux pots-de-vin. Dans ces mines, on y entre et travaille à plat ventre, sans équipement de sécurité. Dans ces conditions d’exploitation féroce, les catastrophes ne peuvent que se multiplier, (éboulements, explosions). "En 2005, le nombre de morts dépasse celui de 2004 : 717 morts pour les 6 premiers mois de l’année, contre 347 à la même période l’an dernier (Selon le Bulletin d’information de la commission de sécurité d’Etat)" ([1]). Les ouvriers mineurs en Chine connaissent très bien tous les risques. Mais pour eux, il n’y a pas le choix. C’est accepter de prendre ce risque ou bien voir sa famille mourir de faim. Et pour un salaire de misère de 1 dollar par jour, 7 jours sur 7, dans des conditions inhumaines. Les conditions d’exploitation et de travail ne sont pas meilleures dans les mines publiques, où tout est sacrifié à la rentabilité. Les fonctionnaires, responsables provinciaux et gouvernementaux, pourris par la corruption, cachent la réalité par tous les moyens possibles et imaginables. Il est de bonne politique en France, d’essayer d’entraîner les ouvriers dans la défense du service public. La Chine démontre que lorsque la possibilité le permet le capitalisme ne fait aucune différence entre secteur public et secteur privé. Ainsi, dans les grands sites houillers publics : "Bu Guishing confirme que certains fonctionnaires locaux s’empressent de fermer les exploitations dangereuses dès qu’ils ont vent d’une visite d’inspection des autorités provinciales. Ces dernières trouvent des machines encore chaudes, mais la mine est vidée de son personnel, ce qui rend toute inspection impossible." (2) En Chine, on peut évaluer la classe ouvrière à 100 millions d’habitants, sans compter "les ouvriers paysans", avec une précarisation qui ne cesse de s’accélérer et un taux de chômage de plus de 50%. Les ouvriers licenciés s’appellent les xiapang (descendu de poste). Les conditions de vie effroyables, où chaque jour la classe ouvrière doit risquer sa vie pour ne pas mourir de faim, entraînent, malgré la répression, des explosions de colère souvent violentes. "Presque chaque jour, des protestations, des grèves ouvrières ou des agitations paysannes d’ampleur plus ou moins grande, se produisent en Chine. Ween Tiejun, un spécialiste des questions sociales, les évalue à 60 000 par an." ([2])

Le mépris de la bourgeoisie pour la vie des prolétaires

"Avis à la population de Harbin : en réponse aux craintes de la pollution de la rivière Song hua à la suite d’une explosion survenue dans une usine chimique de la ville de Jilin, le bureau de l’environnement de Jilin a déclaré qu’aucune trace de pollution n’avait encore été détectée." ([3]). Comme toutes les bourgeoisies du monde, la bourgeoisie chinoise pratique le mensonge éhonté en matière d’information, au mépris total de la vie humaine. La catastrophe n’a été reconnue que le 22 novembre, alors que celle-ci a effectivement eu lieu le 13 novembre. Les premières déclarations des autorités devant se justifier des coupures d’eau, évoquent des "manœuvres de maintenance". Harbin est une agglomération de 9 millions d’habitants, située sur le cours inférieur de la Song hua. Cette ville d’importance y puise depuis des centaines d’années, l’eau qui est nécessaire à la population. La pollution au benzène, produit extrêmement dangereux pour la vie humaine, a affecté tout le cours supérieur de la rivière, la nappe de pollution s’étendant sur plus de 80 km. Mais pire encore, la pollution du cours supérieur de la Song hua va forcément causer un désastre humain dans toutes les villes et districts situés en aval, comme Harbin, mais également Mulan, Tonghe et Jiamusi. Fin novembre, une nouvelle explosion chimique frappait le sud-ouest du pays, sans qu’aujourd’hui aucune nouvelle fiable ne sorte de la Chine. C’est ainsi que nous pouvons lire dans Libération du 28 novembre : "Les victimes de la mine de Dong feng, comme les dégâts environnementaux, encore difficile à évaluer dans l’opacité générale de la catastrophe de Jalin, s’ajoutent à une liste qui s’agrandit quotidiennement."

La nécessaire solidarité de classe avec les ouvriers en Chine

Cette succession de catastrophes en Chine révèle aux yeux du prolétariat du monde entier la réalité du "miracle économique chinois". Les taux de croissance à près de 10% cachent l’exploitation féroce des ouvriers dans ce pays, ainsi que le mépris total pour la vie humaine de la part de la bourgeoisie chinoise, à l’image de la bourgeoisie dans tous les pays du monde. La Chine est un mastodonte économique bâti sur du sable, qui se développe pour le moment en suçant, tel un vampire, le sang du prolétariat et en détruisant de manière accélérée les ressources et l’environnement. Face à la misère et aux dangers auxquels elle expose son prolétariat, les explosions de colère, le plus souvent réprimées très violemment, ne peuvent que se multiplier dans l’avenir. "Ce même 26 juin 2005, 10 000 personnes défilant dans les rues de Cizhou, province d’Anhui, mettent le feu aux voitures de police, au commissariat. L’affaire a débuté par un simple accrochage avec un de ces nouveaux riches que compte la Chine d’aujourd’hui qui a renversé un lycéen. L’incident a tourné à l’émeute quand la police a pris le parti du conducteur." (1). Les ouvriers de tous les pays, eux-mêmes exploités par leur propre bourgeoisie, doivent se sentir solidaire de leurs frères de classe en Chine. La bourgeoisie des pays les plus développés, comme en France déversent en permanence des larmes de crocodiles sur le sort de ouvriers en Chine. En réalité celle-ci utilise au maximum le fait que les ouvriers dans ce pays sont contraints pour survivre de travailler dans des conditions particulièrement dures, permettant une exploitation féroce pour y installer des entreprises à rentabilité maximum. De plus elle se sert de cette exploitation féroce pour justifier dans des pays comme la France la nécessité d’accepter des baisses de salaire croissantes sous peine de délocalisations, tentant ainsi de dresser hypocritement une partie du prolétariat contre une autre. En vérité seule la classe ouvrière, parce qu’elle est une classe internationale, défendant partout ses mêmes intérêts, peut ressentir dans sa chair les conditions de vie dégradées que subissent les ouvriers en Chine. Dans ce pays, malgré toute la volonté de se battre, la classe ouvrière est noyée dans une marée humaine de population sans travail qui subit la répression violente de l’appareil d’Etat chinois. Il revient aux ouvriers d’Europe par le développement de leur lutte de classe d’offrir une perspective au prolétariat en Chine ; c'est la seule voie face à cet avenir capitaliste fait de catastrophes et de barbarie.

Tony



[1] "Chine, l’envers de la puissance", de Cai Chongguo.

[2] "Chine, l’envers de la puissance", de Cai Chongguo.

[3] Courrier International /Le bonheur est hors des puits.

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Révolution Internationale n° 365 - Février 2006

Face aux attaques capitalistes massives : Ripostons tous unis

Depuis le début de l'année, la bourgeoisie française porte des coups de plus en plus rudes à la classe ouvrière sur tous les plans.

 

Toute une série de mesures sont mises en place pour accélérer le démantèlement de la protection sociale et imposer une réduction des dépenses de santé.

 

Un nouveau cap a été franchi dans la précarisation des emplois. Après la création, il y a six mois, du Contrat Nouvelle Embauche pour les entreprises de moins de 20 salariés (qui touche déjà 220 000 jeunes ouvriers), le Contrat Première Embauche élargit désormais la même mesure qui permet aux entreprises de moins de 50 salariés de licencier brutalement, sans motif ni autre procédure, les jeunes de moins de 26 ans pendant une période de deux ans. Et ce n'est pas fini : Villepin a fait part d'un projet de contrat de travail unique généralisant la "période d'essai" de 2 ans qui pourrait être adopté l'été prochain. Cette précarisation s'étendra d'ailleurs à toutes les tranches d'âge : pour les "seniors" (c'est-à-dire les travailleurs de plus de 57 ans) seront créés des contrats à durée déterminée de 18 mois, renouvelables une seule fois.

 

La flexibilité touchera aussi les plus de 60 ans, encouragés à reprendre un travail sous-rémunéré au-delà de l'âge de la retraite.

 

On dénombre déjà officiellement aujourd'hui 850 000 sans logis dont un tiers sont des salariés insuffisamment payés.

 

A cela s'ajoute un projet de révision de calcul du SMIC avec la mise en avant que la loi des 35 heures n'a pas été intégrée dans le calcul de base et qu'il devrait par conséquent être revu à la baisse.

 

De nouvelles lois viennent de durcir les conditions d'obtention des cartes de séjour et favoriser les mesures d'expulsion immédiate des travailleurs immigrés déjà surexploités.

 

Tandis que l'intensification des contrôles visent à radier de toute indemnisation un maximum d'ouvriers réduits au chômage, la réduction de la durée de leur indemnisation sera applicable aux nouveaux inscrits dès janvier 2006 grâce à l'accord d'une majorité des syndicats. 36 000 sans-emploi supplémentaires vont ainsi perdre leur allocation.

 

Les plans de licenciements continuent du plus belle : Ford dans la région bordelaise, les Chantiers de l'Atlantique, Seb, Nestlé, Areva, Arcelor, etc.

 

L'Etat donne également l'exemple à travers la détérioration des conditions de travail de ses fonctionnaires : 1 poste sur 2 n'est pas remplacé, suite aux départs en retraite ou aux mutations. Il en est de même dans la plupart des services publics, privatisés ou non (SNCF, La Poste, France Telecom, …) où des milliers d'emplois disparaissent au nom de la rentabilité insuffisante.

 

Pour prendre un seul exemple, dans l'Education nationale : parmi les récentes "réformes", le régime du cumul de 2 matières par enseignant pour le même salaire a été élargi, le recours au "volontariat" forcé pour pallier aux absences d'enseignants malades s'est généralisé. Cela se traduit par la suppression de 1500 postes d'enseignants dans le primaire où sont pourtant attendus 42 700 élèves supplémentaires, et de 2000 dans le secondaire (lycées et collèges) ; de même, il y a une diminution de 6000 postes dans les recrutements sur concours dans l'Education nationale, alors que se multiplient les embauches de non titulaires ou de titulaires sans poste fixe avec les divers statuts de vacataires, de contractuels, de maîtres-auxiliaires.

 

C'est l'ensemble de la classe ouvrière, quel que soit l'âge, le secteur d'activité, le niveau de qualification qui est frappée partout, massivement et simultanément. Ce que démontrent clairement ces attaques, c'est la faillite du capitalisme, c'est l'incapacité de plus en plus manifeste de ce système à assurer l'emploi, la protection sociale, le salaire, le logement, des conditions de travail et de vie décentes aux travailleurs qu'il exploite.

 

Ce qu'elles démontrent aussi, parce que tous les secteurs et toutes les générations de prolétaires sont attaqués aujourd'hui en même temps, c'est qu'il est nécessaire d'opposer à ces attaques une mobilisation massive et unie des ouvriers.

 

Face à l'éparpillement des luttes organisé par les syndicats (voir page 3), la classe ouvrière doit riposter massivement, autour de revendications unitaires, communes à tous. C'est le seul moyen de se défendre, de construire un réel rapport de forces face aux attaques de la bourgeoisie et de développer un combat capable de remettre en cause ce système d'exploitation.

 

W (27 janvier)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Grèves en Espagne et aux Etats-Unis : Partout la classe ouvrière développe ses luttes

Partout sur la planète, les attaques pleuvent avec une violence redoublée sur les prolétaires de tous les secteurs et de tous les âges. Mais cette offensive d’une bourgeoisie prise à la gorge par l’enfoncement dans la crise économique de son système voit la classe ouvrière se dresser de plus en plus ouvertement contre les mesures capitalistes d’aggravation de ses conditions de vie et de travail. Ainsi, faits significatifs, la dernière semaine de l’année 2005, en plein dans la "trêve des confiseurs" de Noël où la classe dominante rêve de faire croire au Père Noël à tous les exploités, s’est achevée par deux grèves ouvrières d'envergure à la fois sur le vieux continent (les ouvriers de la SEAT dans la région de Barcelone) et sur le nouveau (dans les transports new-yorkais). Ces grèves ne sont pas des phénomènes isolés mais sont la claire manifestation d'une combativité montante au sein de la classe ouvrière à l'échelle internationale. Elles démontrent une volonté de plus en plus forte au sein du prolétariat de se défendre et de riposter aux attaques capitalistes. Elles viennent rappeler que la classe ouvrière est une classe internationale, pour laquelle les intérêts sont les mêmes, au-delà des nationalités, des couleurs de peau et des générations.

 

Ces grèves sont venues également illustrer le fait que les syndicats restent encore et toujours les pires ennemis de la lutte ouvrière, les véritables saboteurs et les briseurs de grève, ceux dont le travail de fond est en outre d’enrayer toute prise de conscience de la nécessité et de la possibilité de détruire le système capitaliste. Les ouvriers doivent garder la mémoire de leurs luttes et en tirer les leçons pour celles à venir.

 

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Récent et en cours: 

Critique du bulletin "A trop courber l'échine" : Les doutes de l'anarchisme sur la classe ouvrière

Suite à la crise qui déchire le milieu anarcho-syndicaliste depuis quelques années, des débats animent toute une série de regroupements. La prise de position du bulletin « A trop courber l’échine » est représentative du type de questions qui y sont discutées :

  • "Nous sommes les héritiers de l’ancien mouvement révolutionnaire. Nous en avons conservé les moyens d’action et d’organisation essentiels tels le sabotage, l’internationalisme, l’auto-organisation et l’action directe. Nous en avons surtout gardé le projet : le communisme. (…) Mais aujourd’hui, quelle réalité avons-nous devant les yeux ? Voyons-nous une classe se battre afin de construire réellement son histoire ? (…) la notion de classe est de moins en moins valide pour éclairer nos analyses et guider nos actions. Nous constatons en effet qu’au sein des pays les plus riches et les plus industrialisés, la plupart de nos contemporains ne se reconnaissent plus dans l’appartenance à une classe sociale. Comment définirons-nous le prolétaire d’aujourd’hui ? (…) S’imaginer que les mouvements revendicatifs actuels ont quelque chose de commun avec l’ancien mouvement ouvrier révolutionnaire est une supercherie. (…) Mais ce qui fait défaut à l’essentiel de ces mouvements actuels, c’est exactement ce qui caractérisait l’ancien mouvement révolutionnaire : une conscience, une éthique et une volonté déterminée à changer radicalement le monde. (…) Quoi de commun en effet entre une grève de 24 heures pour réclamer une augmentation de salaire de 1% et les actes accomplis par le prolétariat révolutionnaire ? Rien. " [1]

Pourquoi la classe ouvrière est  la classe révolutionnaire

Pour les marxistes, le caractère révolutionnaire du prolétariat n’est pas une profession de foi ou une déification de cette classe. La nature révolutionnaire du prolétariat ne s’explique pas en premier lieu par sa capacité à entrer en révolte contre l’ordre établi. Bien des classes exploitées du passé ont pu s’affronter à la classe dominante, ainsi que la révolte des esclaves de l’Antiquité (Spartacus) ou celle des serfs au Moyen Age (les jacqueries), ont pu se revendiquer d'un communisme et d'un égalitarisme grossiers, sans pour autant constituer la classe révolutionnaire de leur temps. Pour le marxisme, les classes révolutionnaires se distinguent des autres classes de la société par le fait que, contrairement à ces dernières, elles ont la capacité de renverser la classe dominante. Tant que le développement matériel des forces productives était insuffisant pour assurer l’abondance à l’ensemble des membres de la société, celle-ci était condamnée au maintien des inégalités économiques et des rapports d’exploitation en son sein. Dans ces conditions, seule une nouvelle classe exploiteuse pouvait s’imposer à la tête du corps social. L’esclavagisme a été dépassé par la classe féodale ; le féodalisme a été détruit par la bourgeoisie.

La nature révolutionnaire du prolétariat ne se fonde pas non plus sur la perspective du rétablissement d’une "équité" en faveur du prolétariat spolié de "ses droits" par la classe dominante. Ce qui confère sa nature révolutionnaire au prolétariat, c’est la place qu’il occupe dans les rapports capitalistes de production : si le capitalisme s’effondre, c’est non pas parce qu’il produit trop peu mais parce qu’il produit trop, faute de trouver une demande solvable suffisante. C’est dans l’incapacité de la société à acheter la totalité des marchandises produites, bien que les besoins humains soient bien loin d’être satisfaits, que réside cette calamité vraiment absurde de la crise de surproduction. Celle-ci a pour racine le règne généralisé des rapports d’échange marchands. L’unique moyen d’en surmonter les contradictions réside dans l’abolition de toutes les formes de marchandises et en particulier, de la marchandise force de travail (le rapport social du salariat qui fait de la force de travail du prolétariat une marchandise comme une autre). Ce n’est que lorsque les richesses de la société seront appropriées par celle-ci collectivement que pourront disparaître l’achat et la vente. Le levier de cette contradiction, c’est le prolétariat, la classe associée productrice de l’ensemble des biens de la société mais privée du produit de son travail. Seul le prolétariat, qui subit la forme spécifique de l’exploitation capitaliste, le salariat, peut se donner la perspective du dépassement des rapports sociaux capitalistes.

Le capitalisme, comme tous les systèmes d’exploitation avant lui est un système transitoire dans l’histoire, voué à disparaître. En se développant, il a créé les conditions de l’abondance matérielle, préalable à l’abolition de toute exploitation, mais aussi la classe, celle des prolétaires, la première dans l’histoire apte à faire du communisme une réalité matérielle. La spécificité du prolétariat est justement d’être la première classe de l’histoire à être à la fois une classe exploitée et une classe révolutionnaire ([2]). La nature révolutionnaire de la classe ouvrière ne peut pas être comprise  si l’on ne voit pas la dimension historique de son combat. Toute conception politique qui s’attache à une vision photographique, immédiate, à l’apparence d’une classe ouvrière divisée et "intégrée" au capital, ne peut que faire le jeu (et même servir) des intérêts de la classe dominante.

Les doutes sur la nature révolutionnaire de la classe ouvrière

Le discours de A trop courber l’échine selon lequel la classe ouvrière d’aujourd’hui n’aurait plus rien à voir avec celle du passé pour affirmer, finalement, qu’on ne peut plus compter sur elle, n’est pas une nouveauté pour le mouvement ouvrier. Constamment les révolutionnaires ont dû - et devront - mener une lutte implacable contre ce type de poison. Ainsi, à la veille de 1905, comme le rappelle Trotsky, la bourgeoisie russe claironnait encore qu’"il n’y a pas de peuple révolutionnaire en Russie" au moment même où "le télégraphe transmettait au monde entier la grande nouvelle du début de la révolution russe… Nous l’attendions, nous ne doutions pas d’elle. Elle avait été pour nous, pendant de longues années, une simple déduction de notre ‘doctrine’ qui excitait les railleries de tous les crétins de toutes les nuances politiques. Ils ne croyaient pas au rôle révolutionnaire du prolétariat. (…) Il n’y avait pas de préjugés politiques qu’ils n’acceptassent les yeux fermés. Seule, la foi dans le prolétariat leur paraissait un préjugé." [3] 

Depuis quelques années, on assiste à la floraison de tout une littérature qui recycleles rengaines les plus éculées utilisées dans le passé par les adversaires de la classe ouvrière. Par exemple, pour le groupe "radical" Krisis, la lutte entre la bourgeoisie, "simple élite de fonction", et le prolétariat "dont les luttes ne permettent pas de sortir du capitalisme" n’est pas une lutte entre une classe dominante et une classe révolutionnaire, mais entre " deux intérêts différents" à l’intérieur du capitalisme. Il s’agirait de se libérer du travail "sans s’appuyer sur aucune loi de l’histoire" mais "sur le dégoût qu’éprouve l’individu face à sa propre existence." [4]

En vue de garantir son emprise sur les exploités, et de les maintenir dans la passivité, la classe dominante n’hésite pas, à chaque occasion, à prononcer sentencieusement la disparition du prolétariat, son intégration, son embourgeoisement, etc., quitte à être, à chaque fois… démentis par les faits !

Ainsi, à la fin de la période de contre-révolution, dans les années 1960, le groupe de Castoriadis Socialisme ou Barbarie avait annoncé que l’antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat, avait cédé la place à l’antagonisme entre "dirigeants et dirigés". Plus tard Marcuse, considérant la classe ouvrière "intégrée" à la société capitaliste, affirmait que les seules forces de contestation étaient les catégories sociales marginalisées, tels les noirs aux Etats-Unis, les étudiants ou les paysans des pays sous-développés. Ces élucubrations ont été balayées par la gigantesque grève de Mai 68 et le retour sur la scène de l’histoire du prolétariat dont les luttes des années 1970-80 allaient culminer avec la grève de masse en Pologne en 1980.

Les doutes sur la nature révolutionnaire du prolétariat de A trop courber l’échine ne sont pas seulement typiques des périodes où la lutte de la classe ouvrière ne révèle pas de façon explicite son caractère révolutionnaire. Plus généralement, ils expriment le poids et l'influence de l'idéologie de la classe dominante au sein de la société. Surtout, à la base de ces doutes, il y a les confusions de l’anarchisme.

Les confusions anarchistes au service des campagnes bourgeoises

Alors que devient de plus en plus apparente aux yeux de la classe ouvrière l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste, où l’effondrement économique sans issue condamne des parties de plus en plus importante de la population à la misère absolue, où la guerre ravage des régions entières de la planète, la classe ouvrière est poussée à rechercher une alternative à ce désastre. L’idéologie bourgeoise n’hésite pas aujourd'hui à se donner les couleurs de "l’anti-capitalisme" - à l’aide de l’altermondialisme - pour maintenir en vie les illusions sur la possibilité de réformer le système, pour mieux saboter la confiance du prolétariat dans ses propres forces et le détourner de sa perspective révolutionnaire. Grâce à cette idéologie soi-disant "anticapitaliste", les syndicats et partis de gauche rénovent leur discours pour se rendre plus attractifs afin de mieux mystifier les ouvriers.. Exploitant la vulnérabilité encore importante de la classe ouvrière, la bourgeoisie cherche à dissoudre le prolétariat dans la "population". Elle joue sur le sentiment "anticapitaliste" largement répandu pour amener le prolétariat à exprimer sa colère dans le cadre des institutions de l’Etat démocratique, dans les urnes électorales; c’est-à-dire là où il est complètement impuissant.

En complément de l'idéologie réformiste de l’altermondialisme, l’idéologie anarchiste (qui en forme le versant radical), montre toute son utilité pour la bourgeoisie. Quel avantage la classe dominante peut-elle tirer de l'anarchisme, de cette idéologie, en apparence aussi "anti-étatique" et anti-bourgeoise ?

Celui du ‘révolutionnarisme’, trompeur, car inoffensif et incapable à mettre en péril la domination de la bourgeoisie, et cela du fait que l'anarchisme partage avec la bourgeoisie "démocratique" certaines conceptions qui l’enchaîne à la société capitaliste :

  • reprenant la phraséologie de la Révolution Française, les courants anarchistes voient l’agent révolutionnaire dans le "peuple", sorte de pluriel de " l’individu libre et souverain" dont il fait sa base philosophique : il n’y a pas de classes, tout au plus une série de couches sociales juxtaposées. Tout caractère révolutionnaire est ou bien carrément dénié au prolétariat, ou bien fortement amoindri, ravalé au rang de catégorie économique parmi d’autres à côté des paysans sans terre, des exclus, des "sans", ou des femmes, des homosexuels, de tous ceux qui subissent d’une façon ou d’une autre et sans distinction, une quelconque forme d’oppression.
  • Idéologiquement, les courants anarchistes participent à dévaloriser la plus grande expérience révolutionnaire faite dans les années 1917-20 par le prolétariat en affirmant (avec la propagande bourgeoise), que les crimes du stalinisme sont un héritage de Marx et Lénine (à mettre au compte d’un prétendu "socialisme autoritaire").
  • Par leur adhésion à l'idéologie de "l’antifascisme", au nom du choix du "moindre mal", de l’anti-autoritarisme et de la défense de la "liberté", les anarchistes sont les meilleurs défenseurs de la dictature de la démocratie bourgeoise (comme on l'a vu pendant la guerre d'Espagne en 1936). Le débat qui se développe actuellement parmi les anarcho-syndicalistes sur le bien-fondé de la participation (sélective) aux élections ne peut que contribuer au maintien de la mystification bourgeoise : le bulletin de vote constitue un moyen aux mains des prolétaires pour changer leur situation !


Aujourd’hui, le traumatisme historique du stalinisme, font que beaucoup de prolétaires à la recherche d’une perspective réellement révolutionnaire sont séduits par le courant "libertaire".
Dans ce milieu autour de l’anarchisme  et de l’anarcho-syndicalisme, la clarification politique de ceux qui sont sincèrement attachés à la cause du communisme, passe par leur volonté de comprendre et de se réapproprier l'expérience historique réelle de la classe ouvrière.

Scott

[1] A trop courber l’échine n°13, c/o STA, BP 1201, 76171 Rouen cedex 1

[2] Nous n’abordons pas dans cet article la question : qui fait partie de la classe ouvrière ? Nous indiquerons seulement que c’est "le fait d’être privé de moyens de production et d’être contraint pour vivre, de vendre sa force de travail à ceux qui les détiennent et qui mettent à profit cet échange pour s’accaparer une plus-value, [qui] détermine l’appartenance à la classe ouvrière." Pour plus de détails lire l’article "Le prolétariat est bien la classe révolutionnaire" dans les numéros 73 et 74 de la Revue Internationale.

[3] L. Trotsky, 1905, Editions de Minuit, p. 76-77

[4] R. Kurz, E. Lohoff, N. Trenke, Manifeste contre le travail, 2002, Ed. Léo Scherr.

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Après Sharon comme après Arafat : La barbarie guerrière continue

L’article que nous publions ci-dessous a été rédigé avant les élections palestiniennes dont la tenue avait été auparavant unanimement saluée par toutes les grandes démocraties occidentales comme un pas important pour la démocratie au Moyen-Orient. La victoire retentissante du Hamas intégriste, évince d’emblée du pouvoir un Fatah profondément divisé et largement discrédité dans la population qui n’y a vu qu’un régime corrompu et rendu responsable d’années de misère et de répression. Cette victoire-surprise d’une fraction "extrémiste" jusqu’ici partisane d’une lutte à mort contre l’Etat d’Israël et dont la branche armée a signé les attentats-kamikazes les plus meurtriers et sanglants de ces dernières années, inquiète les principales puissances démocratiques de la planète. D’une part, cet événement constitue d’abord une illustration supplémentaire de l’enfoncement de cette région du monde dans l’engrenage d’une barbarie et d’un chaos que les grandes puissances ont de plus en plus de difficultés à contrôler. D’autre part, il représente en lui-même un puissant facteur d’accélération de ce chaos.

 La disparition maintenant certaine de la scène politique d’Ariel Sharon, avant même sa mort effective, ont donné lieu à un véritable concert de louanges de la part de la bourgeoisie : partout il est proposé à la classe ouvrière de pleurer "cet homme de paix". Le 7 janvier nous pouvions lire dans Libération : "Le successeur d’Ariel Sharon aura-t-il les épaules assez larges pour relancer le processus de paix. La question semble tarauder depuis mercredi soir tous les états-majors politiques qu’ils soient palestinien, arabe, occidental ou bien sûr israélien." Le président américain, pour sa part, n’a pas fait dans la nuance : "C’est un homme bon, un homme fort, qui avait une vision de la paix." Tout ceci n’est qu’un ramassis de mensonges et d’hypocrisie. Si la bourgeoisie des plus grands pays verse aujourd’hui des larmes de crocodile, c’est qu’elle trouve son intérêt à mettre en scène la mort politique de l’un des siens. La classe bourgeoise poussée dans une fuite en avant impérialiste et guerrière, dont elle maîtrise de moins en moins le déroulement, tente une nouvelle fois, à travers cette campagne idéologique, de faire croire à la classe ouvrière qu’il peut exister un avenir de paix dans cette société capitaliste pourrissante.

Ariel Sharon, grand serviteur de la bourgeoisie

Cet "homme de paix" commence sa brillante carrière militaire en tant qu’officier dès l’age de 28 ans. Il y commande alors en 1956, pendant la guerre de Suez, la 202e brigade. Sharon participe activement à l’offensive militaire menée conjointement par Israël, l’Angleterre et le France contre l’Egypte et qui aboutit après de violents affrontements à un échec retentissant. le Likoud. Commence alors parallèlement à une élection comme député du Likoud sa carrière de chef de guerre à la solde de l’Etat hébreu. Pendant la guerre du Kippour à la fin des années 1970, il se rendra célèbre en tant que commandant des blindés, dans son affrontement avec la 11e armée égyptienne. Les aviations égyptiennes sont mises hors de combat en quelques heures. La péninsule du Sinaï et la Cisjordanie sont totalement occupées. Les conditions de l’enfoncement dans la barbarie sont ainsi mises en place au Moyen-Orient. En 1982, Sharon est le chef incontesté de l’armée israélienne qui assiège Beyrouth au Liban. Les troupes israéliennes pénètrent dans la capitale en septembre, laissant les phalanges chrétiennes massacrer près de 1500 personnes. Il sera reconnu "indirectement" responsable par la commission d’enquête dirigée par le juge en chef Yizhak Kahan, de la cour suprême, du massacre de ces populations civiles palestiniennes des camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Il sera alors momentanément obligé de démissionner de son poste de ministre de la défense. Mais Sharon ne terminera pas là sa triste histoire politique. Sa présence provocatrice sur l’esplanade des Mosquées est le facteur déclencheur de la 2e Intifada. Elle traduit une volonté d’attiser la haine entre Palestiniens et Israéliens, après l’échec des négociations de Camp David à l’été 2000.

Réélu premier ministre de l’Etat d’Israël en mars 2003, il ne cessera depuis de mener la politique guerrière et barbare de l’Etat israélien en Cisjordanie et à Gaza. Au cours des trois dernières années, l’administration Sharon, tout en poursuivant raids et bombardements aériens sur les zones de population civile, ira jusqu’à légaliser les "attentats ciblés" : meurtres programmés et organisés par l’administration israélienne.

 Le départ d’Ariel Sharon du Likoud il y a quelques mois et la fondation d’un nouveau parti entièrement rassemblé autour de sa personne ne traduisaient en rien une volonté de paix de la part du chef israélien. La politique internationale menée par son gouvernement est au contraire la politique impérialiste la mieux adaptée à la défense des intérêts d’Israël. Lorsque Gaza a été évacuée l’été dernier, les médias bourgeois pouvaient parler d’un pas important effectué en direction de la paix. On voit aujourd’hui ce qu’il en est réellement. Gaza est un territoire encerclé, coupé du monde et plongé dans une totale anarchie où les bandes armées privées font régner leur loi. Ce retrait israélien de la Bande de Gaza, orchestré par Sharon, correspondait au besoin d’un renforcement de la présence d’Israël en Cisjordanie. Le mur bâti autour de cette région et dont le tracé a été modelé par la bourgeoisie israélienne va permettre l’implantation de nouvelles colonies ; il permet également l’isolement total de Jérusalem-Est. Les limites d’Ariel Sharon n’étaient ni les exigences de l’Autorité palestinienne, ni celles de la communauté internationale. L’accord d’une majorité de la bourgeoisie israélienne et de l’administration Bush lui étaient seuls nécessaires.

Pour le Financial Times, la réalité est encore plus clairement affichée. La politique de Sharon n’est en rien compatible avec un minimum de stabilisation dans cette partie du Moyen-Orient, "car sa conception de la sécurité d’Israël est incompatible avec l’avènement d’un cadre de vie pour les Palestiniens."

 

Chaque jour en Israël, à Gaza, en Cisjordanie, connaît son lot de violence et d’attentats. La crise au sein de l’Autorité palestinienne ne cesse de s’aggraver. Comme nous l’avions déjà écrit dans notre presse, la mort de l’ancien leader palestinien Arafat ne pouvait être qu’un facteur d’accélération du chaos et de la barbarie.

L’enfoncement dans la barbarie guerrière, seule perspective au Moyen-Orient

Pour la bourgeoisie israélienne, comme pour la bourgeoisie palestinienne, il n’existe pas d'autre choix que la fuite en avant dans l’affrontement. La perspective de la restauration d’une autorité forte en territoires palestiniens, embryon d’un futur Etat est une pure illusion. Quant à Israël, sa perspective de fuite dans la barbarie impérialiste n’est pas dépendante du "centrisme" affiché du nouveau parti d’Ariel Sharon, comme de la radicalisation à droite du Likoud de Netanyahou, pas plus qu’à la propagande pacifiste d’une partie de la gauche israélienne. Depuis la fin du 2e conflit mondial, jamais la guerre n’a cessé au Moyen-Orient, dont l'histoire est ponctuée par des affrontements impérialistes caractérisés, avec la guerre de Suez en 1956, celles des Six Jours en 1967, du Kippour en 1973 et du Liban en 1982.

Depuis mai 2003, les négociations ont repris autour "d’une feuille de route", proposé par les Etats-Unis, l’ONU, l’Union Européenne et la Russie. Mais le développement féroce des intérêts impérialistes toujours plus divergents entre ces grandes puissances est la garantie dramatique de l’aggravation de la barbarie dans cette région du monde. Il n’y a pas de paix possible dans le capitalisme.

Tino (19 janvier)

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Questions théoriques: 

Journées d'action : Lutter derrière les syndicats ne mène qu'à la défaite

Que nous proposent aujourd'hui les syndicats qui prétendent défendre nos intérêts pour résister aux attaques massives de la bourgeoisie ? Ils nous appellent à nous mobiliser à travers une ribambelle de journées d'actions à répétition en évoquant le "succès" de celle du 4 octobre dernier qui était restée sans lendemain.

Le 31 janvier, l'appel à des mobilisations inter-professionnelles locales "pour la défense de l'emploi, des salaires et des conditions de travail" est lancé par la seule CGT.

 

Le 1er février, syndicats d'enseignants et de parents d'élèves sont appelés à une manifestation contre le manque de moyens des écoles dans la banlieue parisienne.

 

 Le 2 février, c'est au tour de toute la fonction publique que les principaux syndicats (CGT, FO, FSU, CFDT) ont appelé à manifester pour réclamer une hausse des salaires des fonctionnaires et une refonte de la grille indiciaire, tout en faisant l'impasse sur les suppressions massives de postes et la dégradation des conditions de travail. En fait, pour mieux morceler cette "riposte", trois syndicats ont donné, quelques jours auparavant, leur accord (ce qui a clôturé la négociation) à une augmentation symbolique proposée par le gouvernement : deux augmentations salariales de 0,5 % en juillet et en… février 2007, agrémentées d'un dérisoire point d'incice supplémentaire à tous les agents de l'Etat en novembre prochain.

 

Le 7 février, en pleine période de vacances scolaires, (ce qui est un bon moyen d'éviter une mobilisation massive) CGT, FO, CFDT, CFTC, FSU, UNSA ainsi que le syndicat UNEF pour les étudiants et UNL pour les lycéens, appellent à un large rassemblement et à des manifestations communes pour "le retrait du contrat première embauche".

 

Enfin, à l'appel de la Confédération Européenne des Syndicats, une manifestation est organisée à Strasbourg contre l'hydre de la directive Bolkestein.

 

Que peuvent retirer les ouvriers de ces journées d'action ? Rien, sinon un épuisement stérile de leur combativité, un sentiment d'impuissance et de démoralisation avec l'impression que "lutter ne sert à rien". Et c'est exactement le but recherché par les syndicats et l'ensemble de la bourgeoisie. C'est aussi le but recherché par les organisations trotskistes, comme celle d' Arlette Laguiller, qui font semblant de défendre les luttes ouvrières contre le sabotage syndical.

 

Dans son n° 1956 du 27 janvier, le journal "Lutte Ouvrière" adopte un ton "radical" dans un article sur la journée d'action syndicale du 2 février :"Emploi et salaire sont des exigences partagées par tous. Malheureusement, l'égrènement des dates des journées fixées par les centrales syndicales dilue dramatiquement la réponse des travailleurs (…) C'est bien la même riposte qu'il faut construire". Mais dans le même numéro, un communiqué de LO en encadré appelle à participer à la journée d'action syndicale du 7 non pas contre TOUTES les attaques de la bourgeoisie, mais uniquement contre le Contrat Première Embauche avec comme mot s'ordre : "Villepin doit retirer son projet !"

 

La multiplication des mobilisations syndicales, l'éparpillement, le saucissonnage de la riposte, n'est ni un produit de la division syndicale, ni le résultat d'une tactique erronée. C'est une manœuvre de sabotage de la lutte qui correspond à la fonction que les syndicats occupent depuis près d'un siècle : être des organes d'encadrement de la classe ouvrière au service de l'Etat capitaliste (<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->). C'est pour cela que la mise en avant de revendications particulières à tel ou tel secteur, divisant, opposant, les intérêts des ouvriers entre eux constitue la tâche quotidienne, ordinaire et sans relâche des syndicats. Ce travail de division s'oppose directement aux besoins d'unité et de solidarité de la classe ouvrière. Les syndicats (et leurs appendices trotskistes) se posent d'autant plus comme des obstacles au développement des luttes ouvrières que les attaques massives actuelles n'épargnent aucun secteur ni aucune génération.

 

La multiplication actuelle de leurs "journées d'action" sert à émietter et défouler la montée du mécontentement social et à épuiser la combativité des ouvriers. C'est pour empêcher la classe ouvrière de prendre des initiatives que les syndicats prennent les devants en quadrillant tout le terrain social.

 

L'action des syndicats sert en même temps à paralyser la réflexion de la classe ouvrière et à l'empêcher de comprendre l'enjeu réel de ses luttes immédiates : la perspective de renversement du capitalisme, la possibilité de construire une nouvelle société qui abolira la misère, le profit et l'exploitation.

 

Alors que l'aggravation des attaques de la bourgeoisie est l'expression de la faillite irrémédiable du système capitaliste, l'idéologie syndicale veut faire croire que ces attaques seraient le produit d'un choix, d'une politique libérale d'un gouvernement de droite faisant le jeu du patronat privé. Bref, qu'il suffirait d'une "bonne" gestion de l'économie (ou de "prendre dans la poche des riches") pour améliorer le sort de la classe ouvrière.

 

Cette propagande est un complément de la mystification démocratique et électorale qui vise à faire croire qu'un bulletin de vote pourrait changer la donne.

 

Pour pouvoir développer leurs luttes, les ouvriers ne peuvent pas s'en remettre aux syndicats, ni rester à leur remorque. Ils doivent prendre eux-mêmes la direction de leur combat, à travers les Assemblées Générales massives, ouvertes à toute la classe exploitée, aux jeunes comme aux "seniors", aux ouvriers actifs comme aux chômeurs

 

L'expérience de la grève de masse en Pologne en août 1980 a montré que la classe ouvrière est capable de s'organiser sans les syndicats pour développer, unifier ses luttes et faire trembler la bourgeoisie. Cette expérience a montré que c'est grâce au syndicat Solidarnosc (soutenu par certains syndicats occidentaux) que la bourgeoisie en Pologne a pu briser la dynamique de la grève de masse. C'est à cause des illusions sur le syndicalisme "libre" et "démocratique", un syndicalisme "à l'occidentale", que les ouvriers de Pologne ont été battus (ce qui a permis le coup d'Etat du général Jaruzelski en décembre 1981) (<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]-->).

 

Pour se défendre, opposer un front massif et uni face aux attaques de la bourgeoisie, les ouvriers doivent tirer les leçons de cette expérience : lutter derrière les syndicats, c'est aller à coup sûr à la défaite !

 

 

W (28 janvier)

 

<!--[if !supportFootnotes]-->

<!--[endif]-->

<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> Lire notre brochure Les syndicats contre la classe ouvrière.

<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> Voir sur notre site Web notre article sur les leçons d'août 1980 en Pologne.

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Situations territoriales: 

Récent et en cours: 

Dix ans après la mort de Mitterrand : Les "trous de mémoire" d'Arlette Laguiller

A l’occasion de la commémoration des dix ans de la mort de Mitterrand, début janvier 2006, le groupe trotskiste "Lutte Ouvrière" (LO) a, une fois encore, dévoilé son hypocrisie et sa duplicité.

 

Dans l’éditorial de son hebdomadaire n°1954, Arlette Laguiller n’a aujourd’hui pas de mots assez durs pour dénoncer Mitterrand, en rappelant que "cet ‘homme de gauche’ avait commencé sa carrière sous Pétain comme homme de droite (…)" et qu’il "s’était illustré par des déclarations de guerre du genre (…) : ‘La seule négociation, c’est la guerre’" (lors de la guerre d’Algérie).

 

A la fin de son éditorial, Arlette appelle donc la classe ouvrière à se souvenir de Mitterrand comme "d’un homme qui a rendu au grand patronat et à la bourgeoisie le fier service de faire passer pour une politique de gauche une politique de soutien sans faille au grand patronat, au détriment des intérêts élémentaires du monde du travail."

 

Notre Arlette nationale, ne se prive pas, au passage, d’épingler le PCF : elle lui reproche d’avoir mystifié les ouvriers en les appelant à voter pour Mitterrand en 1974 et 1981. Et, mieux encore, LO reproche au PC d’avoir dévoyé les luttes ouvrières sur le terrain électoral puisqu’il a fait "croire aux travailleurs que Mitterrand représentait un espoir, en propageant parmi eux l’idée funeste que ce n’était pas par leurs propres luttes qu’ils pouvaient se défendre mais en permettant à la gauche d’arriver au pouvoir".

 

Que LO exhorte la classe ouvrière à ne jamais oublier "le mal" que Mitterrand "faisait aux travailleurs", c’est très bien ! Qu’elle dénonce le PC comme rabatteur pour le PS lors des campagnes électorales des années 1970-80, c’est très bien ! Qu’elle affirme aujourd’hui que les ouvriers devaient "se défendre" par "leurs propres luttes" et non pas en votant pour la gauche, bravo ! Arlette a fait un "sans faute"…ou presque.

 

En effet, il y a dans son pensum juste deux ou trois petites choses qu’elle a "oublié" de rappeler à ses lecteurs. D’abord, le PC n’est pas le seul à avoir appelé les ouvriers à voter pour Mitterrand. LO a fait exactement la même chose ! En 1974, au second tour des présidentielles, voilà ce qu’on pouvait lire dans son hebdomadaire : "Le 19 mai, les travailleurs doivent voter Mitterrand, (…) pas une seule voix ouvrière ne doit manquer à la gauche" ("Lutte Ouvrière" n° 298). En 1981, si Mitterrand a pu être élu président c’est aussi grâce à la campagne de LO dont le mot d’ordre était "Le 10 mai, sans illusion MAIS SANS RÉSERVE, votons Mitterrand" ("Lutte Ouvrière" n°675) (<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->).

 

Arlette semble avoir la mémoire bien courte, ou plutôt une mémoire très sélective (avec l’âge, l’éternelle candidate de LO commencerait-elle à avoir ce type de problèmes ?).

 

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. La vérité, c’est qu’avec ses grossiers mensonges "par omission", LO nous prend pour des imbéciles ! En appelant les travailleurs à "se souvenir" de la politique anti-ouvrière et militariste de Mitterrand, LO cherche tout simplement à faire oublier sa complicité avec le PC. Elle cherche à faire oublier son sale travail de dévoiement des luttes ouvrières sur le terrain bourgeois des élections et son propre rôle de rabatteur de la gauche.

 

C’est justement parce que LO a fait la même chose que le PC qu’elle utilise les mêmes méthodes que son grand frère stalinien. Ainsi, depuis 1992, LO refuse de nous attribuer un stand et des forums à sa kermesse annuelle, la "Fête de Lutte Ouvrière". La raison "officielle" invoquée par LO pour justifier cette décision était la suivante : nous aurions été "malpolis" à son égard lors d’un forum, l’année précédente. En effet, au cours d’une intervention, nous avions eu la "mauvaise idée" de rappeler, preuves à l’appui, que LO avait appelé les ouvriers à voter Mitterrand en 1974 et 1981. Dès que nous avons commencé à évoquer ces faits "gênants" en brandissant les pages de couverture de son hebdomadaire du 14 mai 1974 et du 9 mai 1981, LO nous a immédiatement empêché de parler en coupant le micro. C’est pour cela que nous avons protesté en dénonçant cette attitude digne des flics staliniens (voir RI n° 214, 244 et 291).

 

Aujourd’hui, LO a le culot d’affirmer, avec une répugnante duplicité, que les ouvriers "ne pouvaient se défendre" que "par leurs propres luttes" et non en votant pour Mitterrand. A travers ce "radicalisme" de façade, LO ne vise qu’un seul but : tenter de se refaire une virginité pour continuer à mystifier la classe ouvrière et mieux saboter ses luttes.

 

Si les ouvriers doivent se souvenir de la politique capitaliste de Mitterrand, ils doivent aussi se souvenir que cette politique n’a pu être menée que grâce à tous ceux qui, comme le PC et comme LO, ont appelé à voter pour lui. Ceux-là sont tous dans le camp de la bourgeoisie !


 

Sofiane

 

<!--[if !supportFootnotes]-->

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<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> Les premières pages des numéros 298 et 675 de Lutte Ouvrière, dont il est question, peuvent être adressés à tout lecteur qui nous en fera la demande.

Géographique: 

Situations territoriales: 

Grèves dans les transports à New York : Aux Etats-Unis aussi, la lutte de classe se développe

Une tactique commune dans les attaques capitalistes contre les retraites et les allocations de santé est la tentative de créer des systèmes "multi-niveaux", dans lesquels les nouveaux employés perçoivent des avantages ou des retraites plus faibles, que cela prenne la forme de baisse de la valeur des avantages perçus par les plus récents employés ou celle d’exiger d’eux un paiement plus élevé des contributions à l’assurance maladie ou aux fonds de pension. Les ouvriers plus anciens sont bridés par la promesse que les coupes ne les affecteront pas, mais seulement ceux qui seront embauchés à l'avenir. Traditionnellement, les syndicats aident à faire passer ces "marchés", saluant leurs "efforts" pour avoir préservé les ouvriers déjà employés comme des "victoires". Cette tactique monte les ouvriers les uns contre les autres, opposant les intérêts des ouvriers employés de longue date à ceux fraîchement embauchés, la vieille génération contre la jeune – une recette désastreuse pour l’unité de la classe ouvrière – permettant aux directions de diviser les ouvriers et de vaincre leur résistance. Cela a précisément été la l'option choisie : diviser les ouvriers qui s’est trouvée au cœur de la récente lutte dans les transports de la ville de New York. La Metropolitan Transit Authority, contrôlée par le gouverneur, et dans une moindre mesure par le maire, a cherché à reculer l’âge de la retraite pour les nouveaux embauchés, des actuels 55 ans à 62 ans, et à exiger que ces derniers paient 6 % de leur salaire pour les fonds de pension. L’âge de la retraite à 55 ans (après 25 ans de service) est depuis longtemps en place du fait de la reconnaissance des conditions de travail extrêmement pénibles dans lesquelles triment les ouvriers des transports, dans des souterrains vieux de cent ans, avec un air vicié, le pullulement des rats et le manque général de structures sanitaires. La proposition du gouvernement n’aurait cependant touché aucun des ouvriers déjà employés.

Mais les ouvriers du métro et des bus n’étaient absolument PAS prêts à se laisser diviser par cette escroquerie. Instruits par l'expérience vécue chez nombre de leurs camarades dans d'autres secteurs ayant déjà subi une attaque sur leurs retraites, les ouvriers des transports ont refusé d’accepter qu'on touche à leur régime de retraites. De fait, ils  se sont mis en grève pour protéger les retraites des ouvriers qui n’étaient pas encore au travail, ceux qu’ils appelaient "nos pas encore nés", leurs fururs collègues. En tant que telle, cette lutte est devenue l’incarnation la plus claire du mouvement pour réaffirmer l’identité de classe du prolétariat et sa solidarité à ce jour. Elle n’a pas seulement eu un impact profond sur les ouvriers qui ont participé à la lutte, mais aussi sur la classe ouvrière dans d’autres secteurs. Les ouvriers du métro se sont ainsi mis en grève par solidarité de classe avec la génération future, avec ceux qui n’étaient pas encore embauchés. Cette grève a eu un écho favorabche chez beaucoup d’ouvriers, dans de nombreuses industries, qui ont enfin vu des ouvriers se lever en disant : "Ne touchez pas aux retraites !".

La signification de la grève des transports new-yorkais 

La grève des 33 700 ouvriers du métro qui a paralysé la ville de New York trois jours durant dans la semaine avant Noël a été la lutte ouvrière la plus significative depuis quinze ans aux Etats-Unis. Elle a été importante pour un nombre de raisons qui sont liées :

  • au contexte international dans lequel elle s’est déroulée ;
  • au développement de la conscience de classe parmi les grévistes eux-mêmes ;
  • à l’impact potentiel de la grève sur les autres ouvriers.

La signification de cette grève ne doit pas être exagérée ; elle ne peut être comparée aux grèves des années 1980 qui ont non seulement été capables  de remettre en cause l'autorité de l'appareil d'encadrement syndical destiné à contrôler et à faire dérailler les luttes ouvrières mais  qui ont aussi posé la question de l’extension de la lutte à d’autres ouvriers. Cependant, considérant le contexte de conditions difficiles dans lesquelles la classe ouvrière lutte aujourd’hui, cette signification doit être clairement comprise.

Bien qu’elle soit restée strictement sous le contrôle d’une direction syndicale locale dominée par les gauchistes et les syndicalistes de base, la grève du métro a reflété non seulement la combativité montante de la classe ouvrière, mais aussi des pas en avant significatifs et importants dans le développement d’un sentiment retrouvé de l’identité et de la confiance en elle-même de la classe ouvrière, ainsi que de la compréhension de la solidarité de classe, de l’unité des ouvriers par-delà les frontières des générations et des lieux de travail. Les ouvriers du transports ont entrepris cette grève alors même qu’ils savaient être en violation de la loi Taylor de New York qui interdit les grèves dans le secteur public et pénalise automatiquement les grévistes de deux jours de salaire pour chaque jour de grève, ce qui veut dire perdre trois jours de salaire pour chaque jour de grève (un jour pour celui non travaillé et deux jours de pénalité). La ville a ainsi menacé de requérir une amende pénale de 25 000 dollars contre chaque ouvrier pour fait de grève, et de la faire doubler chaque jour : 25 000 dollars le premier jour, 50 000 le deuxième, 100 000 le troisième. Face à des manaces si lourdes brandies par la bourgeoisie, la décision de faire grève n’a pas été prise à la légère par les ouvriers mais a représenté un acte courageux de résistance.

Ce qui rend la grève des transports de New York si significative n’est pas simplement qu’elle a paralysé la plus grande ville de l’Amérique trois jours durant, mais par le niveau de progrès dans le développement de la conscience de classe qu’elle reflète.

Comme nous avons dit, la principale question dans la grève était la défense des retraites, qui subissent une attaque incroyable de la bourgeoisie partout dans le monde et spécialement aux Etats-Unis. Dans ce pays, les allocations gouvernementales de sécurité sociale sont minimales et les ouvriers comptent sur leur entreprise ou sur des fonds de pension liés à leur travail pour maintenir leur niveau de vie une fois à la retraite. Ces deux genres de pensions sont en danger dans la situation actuelle, la première sous les efforts de l’administration Bush pour "réformer" la sécurité sociale, et la deuxième à travers le véritable manque de finances et les pressions pour réduire le paiement des retraites.

Le développement de la conscience de classe parmi les grévistes 

La réaffirmation de la capacité de la classe ouvrière à se concevoir et à réagir en tant que classe a pu être constaté à plusieurs niveaux et dans de nombreuses manifestations dans la lutte des transports. Clairement, le problème central lui-même – la protection des retraites pour les futures générations d'ouvriers – contenait cet aspect. Ce n’est pas seulement à un niveau abstrait mais à un niveau concret qu’on pouvait le percevoir et l’entendre. Par exemple, à un piquet de grève d’un dépôt de bus de Brooklyn, des douzaines d’ouvriers se sont rassemblés en petits groupes pour discuter de la grève. Un ouvrier a dit qu’il ne pensait pas qu’il était juste de lutter sur les retraites pour de futurs ouvriers, pour des gens qu’on ne connaissait même pas. Ses collègues s'opposèrent à lui en argumentant que ces futurs ouvriers contraints d’accepter l’attaque contre les retraites "pouvaient être nos enfants". Un autre a dit qu’il était important de maintenir l’unité des différentes générations dans la force de travail. Il a montré que dans le futur il était probable que le gouvernement essaierait de diminuer les avantages médicaux ou le paiement des retraites "pour nous, quand nous serons en retraite. Et il sera important pour les gars au travail alors de se souvenir que nous nous sommes battus pour eux, afin qu’ils se battent pour nous et les empêchent de casser nos avantages". Des discussions similaires se sont passées ailleurs dans la ville, reflétant clairement et concrètement la tendance des ouvriers à se concevoir en tant que classe, à rechercher au-delà des barrières générationnelles que le capitalisme cherche à utiliser pour diviser les uns et les autres.

D’autres ouvriers passant devant les piquets de grève klaxonnaient en signe de solidarité et criaient des hourras de soutien. A Brooklyn, un groupe d’enseignants d’une école élémentaire a exprimé sa solidarité en discutant de la grève avec les élèves et a amené les classes d’élèves de 9-12 ans à rendre visite à un piquet de grève. Les enfants ont apporté des cartes de Noël aux grévistes avec des messages comme : "Nous vous soutenons. Vous vous battez pour le respect."

L’impact de la lutte pour les autres ouvriers 

La grève des transports est devenue un point de référence pour les ouvriers dans d’autres secteurs. A côté des démonstrations de soutien et de solidarité mentionnées ci-dessus, il y a eu de nombreux autres exemples. Les ouvriers qui nne travaillaient pas dans les transports étaient bienvenus aux piquets de grève. Par exemple, un groupe de maîtres-assistants de l’université de New York en grève a rendu visite au piquet de Brooklyn ; ils se sont présentés pour discuter des problèmes de la grève et de sa stratégie avec les ouvriers. Dans d’innombrables lieux de travail autour de la ville, d’autres ouvriers d’autres secteurs ont parlé de l’importance de la solidarité comme étant un exemple sur la question de la défense des retraites.

La sympathie pour les grévistes est restée forte malgré une intense campagne de diabolisation des grévistes menée par la bourgeoisie dès le deuxième jour de la paralysie des transports. Les tabloïdes, comme le Post et le Daily News, traitaient les grévistes de "rats" et de "lâches". Même le libéral New York Times dénonçait la grève comme "irresponsable" et "illégale".

L’illégalité de la grève elle-même a déclenché des discussions importantes au sein de la classe ouvrière à travers la ville et dans le pays. Comment pouvait-il être illégal pour les ouvriers de protester en se retirant du travail ? demandaient beaucoup d’ouvriers. Comme l’a dit un ouvrier lors d’une discussion dans une école de Manhattan, "c’est presque comme si on ne pouvait faire grève que si elle n’avait aucun effet".

Le rôle du syndicat dans le sabotage de la lutte 

Alors que le syndicat local des ouvriers des transports, conduit par les gauchistes et syndicalistes de base contrôlait clairement la grève, employait une rhétorique combative et adoptait un langage de solidarité pour tenir fermement en mains la grève, le rôle du syndicat a été de miner la lutte et de minimiser l’impact de cette grève importante. Très tôt les syndicats ont laissé tomber la revendication d’une augmentation de salaire de 8 % pendant trois ans, et ont focalisé entièrement sur les retraites.

La collusion entre le syndicat et la direction a été révélée dans un reportage publié après la grève dans le New York Times. Tandis que le maire et le gouverneur appelaient bruyamment à la reprise du travail comme pré-condition à l’ouverture de négociations, des négociations secrètes étaient en fait en route à l’Hôtel Helmsley, et le maire acceptait secrètement une proposition de Toussaint d’obtenir de la direction le retrait de l’attaque sur les retraites en échange d’une augmentation des contributions des ouvriers à la couverture maladie, pour dédommager le gouvernement du coût représenté par le maintien des retraites pour les futurs employés.

Cette fin orchestrée par le syndicat et le gouvernement n’est bien sûr pas une surprise, mais simplement une confirmation de la nature anti-ouvrière de tout l’appareil syndical, et n’enlève rien à la signification des apports importants réalisés dans le développement de la conscience de classe. Cela nous remet en mémoire les tâches importantes qui restent devant la classe ouvrière pour se débarrasser du carcan syndical et pour garder le contrôle de la lutte dans ses propres mains.

D'après Internationalism (publication du CCI aux Etats-Unis)

Décembre 2005

Géographique: 

Récent et en cours: 

Grève spontanée des ouvriers de SEAT en Espagne : Pour développer la lutte, il faut affronter le sabotage syndical

Le 23 décembre, dans l'entreprise automobile SEAT de Barcelone, les ouvriers des équipes du matin et de l’après-midi, se sont spontanément mis en grève, en solidarité avec les 660 camarades à qui la direction avait adressé le jour même une lettre de licenciement.

C’était le début de la riposte à une attaque criminelle contre leurs conditions de vie. Une attaque parfaitement préméditée et traîtreusement portée par le triangle infernal constitué par le patronat, la Généralité (<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->) et les syndicats. Une attaque qui va bien au-delà des 660 licenciements, puisqu’à ces derniers s’ajoutent les licenciements disciplinaires des ouvriers qui avaient participé aux actions de début décembre, des licenciements masqués sous couvert de 296 démissions "volontaires", les plans d’intensification de l’exploitation visant à augmenter la production et au moyen desquels on faisait payer aux travailleurs leurs "heures dues"… En définitive, c’est une attaque brutale qui ouvre la porte à de nouvelles attaques. Ce n’est pas gratuitement que le président de la compagnie a annoncé avec arrogance et de façon provocante que "les mesures contenues dans l’accord ne résorbent pas tout l’excédent de personnel".

Comme les camarades de SEAT et tous les travailleurs, nous devons lutter ; mais pour pouvoir lutter avec force, nous devons tirer au plus vite les leçons de la stratégie de manipulation et de démobilisation que le patronat, les gouvernants et les syndicats ont mise en place contre les travailleurs.

Une stratégie calculée pour démobiliser les travailleurs

Depuis l'annonce, à la mi-août, par l’entreprise de la "nécessité" de mener à bien une réduction de personnel, "échangeable" éventuellement contre une baisse des salaires de 10%, les dirigeants de l’entreprise, ainsi que ceux qui se prétendent "représentants" des ouvriers, c’est-à-dire les syndicats et le gouvernement de "gauche" de la Généralité, se sont partagé les rôles pour empêcher qu’une lutte ouvrière réelle puisse bloquer l’application du plan.

Pendant plus de deux mois, depuis août jusqu’au début de décembre, les représentants syndicaux se sont consacrés à tenter d’anesthésier l’inquiétude qui se propageait parmi les travailleurs face à la menace de licenciements, en disant que ceux-ci ne seraient pas justifiés puisque "l’entreprise était bénéficiaire", la crise de SEAT serait "conjoncturelle" ou conséquente à une "mauvaise politique commerciale". Avec de tels mensonges - que nous avons dénoncés dans notre tract "SEAT : Sauver l’entreprise signifie des licenciements et des contrats bidon. La seule riposte est la lutte ouvrière" - ils faisaient baisser la garde des travailleurs, leur faisant croire que ce n’était qu’une bravade du Patronat insatiable, à laquelle les études économiques des syndicats ou les pressions du gouvernement "progressiste" et de "gauche" de la Généralité, finiraient par mettre bon ordre. Ce même patronat a participé à cette mystification, jouant à cache-cache pendant des semaines jusqu’au 7 novembre où il a annoncé la ERE (Procédure de Régulation de l’Emploi) pour 1346 travailleurs.

Les syndicats avaient prévu ce jour-là une grève partielle, que les travailleurs ont débordée par des manifestations qui, dans la Zone Franche et à Martorell (<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]-->), ont coupé les routes. Face à une telle situation, la Plate-forme Unitaire (à laquelle participent l’UGT, les CCOO, et la CGT) (<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]-->) appellent à une grève d’une journée, le 10 novembre, et à une manifestation pour "exiger" que la Généralité "s’implique dans le conflit en faveur des travailleurs" (!). Les trois syndicats veulent par cette ‘action’ "confier notre sort à nos bourreaux, aux maîtres de la bonne parole et du coup de poignard dans le dos. L’État n’est pas le représentant du peuple mais le défenseur inconditionnel des intérêts du capital national. Toutes les autorités –du président du gouvernement au moindre maire- sont là pour veiller à la défense de celui-ci".

Après cette mascarade, les 3 syndicats se sont débarrassés du problème et n’ont plus appelé à la moindre action ! Jusqu’au 1er décembre ! Soit trois semaines pendant lesquelles les travailleurs ont été maintenus dans la passivité et l’attente, abrutis par d’interminables ‘négociations’, puis par la ‘médiation’ de Monsieur Rané, conseiller au Travail [à la Généralité]. Comme nous le dénonçons dans le tract, "cette tactique des 'pressions' et des 'pétitions' dupe les ouvriers et les rend passifs".

La Plate-forme Unitaire des 3 syndicats s’engagea à "revenir à la charge" après la semaine des "congés" (du 5 au 10 décembre). Mais ce n’était qu’un mensonge de plus ! Prétextant des limites légales imposées par le ERE, les pressions de la Généralité qui faisait planer la menace d’un "arbitrage",… ils ont "oublié" les mobilisations et, le 15 décembre, les CCOO et l’UGT (la CGT s’étant retirée le 13) ont signé l'accord pour les 660 licenciements.

Mais le pire était à venir : elles ont gardé le silence pendant toute une semaine sur l’identité des victimes, gardant pour le dernier jour précédant les vacances le "gros" des lettres de licenciements, et comble du cynisme et de l’humiliation, ils ont traité les travailleurs concernés de fainéants et de criminels. Cette manœuvre vile et lâche les démasque (ne disaient-ils pas avoir signé le "meilleur accord possible" ?) et démontre également qu’ils ont peur des travailleurs, car s’ils s’étaient sentis sûrs d’eux, ils auraient tout de suite annoncé les licenciements, et n’auraient pas multiplié les agents de sécurité privés qui gardent de près les sièges de l’UGT et de CCOO.

La lutte doit être menée par l’assemblée des travailleurs

 

La CGT joue le rôle du "bon syndicat" qui est proche des travailleurs. Il est certain que 145 de ses adhérents font partie des licenciés. Mais la souffrance de ces camarades et la solidarité avec eux ne peuvent cacher que la CGT n’a pas été une alternative à l’UGT-CCOO, et que, bien au contraire, elle n’a rien à leur envier. Pourquoi a-t-elle participé à la mascarade des "négociations" et de "lutte" de la Plate-forme Unitaire qu’elle n’a quitté qu’à la date tardive du 13 décembre ? Pourquoi, lorsque l’UGT et les CCOO ont signé, l’unique "mobilisation" à laquelle elle a appelé fut un rassemblement en dehors de l’usine, dont très peu d’ouvriers furent informés et à laquelle se rendirent 200 personnes seulement ? Pourquoi le matin du 23, avant les grèves spontanées, "la CGT a-t-elle décidé de limiter la protestation à quelques heures seulement" (Résumé du site Internet Kaosenlared, 24-12-05) alors que c’était le moment de foncer et qu’il y avait des forces comme le démontra l’équipe de l’après-midi qui se réunit en assemblée et décida de se mettre en grève pour la journée entière. Pourquoi toute alternative de sa part se réduisait-elle à "réviser au cas par cas chacun des licenciements et si nécessaire de faire un recours en justice." ?

Jusqu’au 23, les travailleurs ont été victimes d’une démobilisation, d’une stratégie pour empêcher toute riposte. Les syndicats ne se jouent pas de nous seulement en signant les licenciements ; ils se jouent de nous auparavant lorsqu’ils organisent leurs "Plans de Lutte". Leur action contre les ouvriers se concrétise en 3 facettes intimement liées :

-            leurs pactes et accords avec le patronat et le gouvernement ;

-            leurs plans de "lutte" qui sont en réalité des stratégies contre la lutte ;

-            leur défense inconditionnelle de l’intérêt de l’entreprise et de l’économie nationale qu’ils prétendent faire coïncider avec celui des travailleurs alors qu’ils sont diamétralement opposés.

En cela, la principale leçon de la lutte de SEAT que les ouvriers eux-mêmes commencent à tirer dans la pratique avec les grèves spontanées et les assemblées du 23, est qu'on ne peut pas confier la lutte aux syndicats.

Le 23, les licenciés, au lieu de rentrer chez eux ruminer de façon solitaire l’angoissante perspective du chômage, se sont tournés vers leurs camarades, et ceux-ci, au lieu de se laisser aller à la consolation du "ce n’est pas à moi que ça arrive", ou derrière la réponse individualiste du "chacun se débrouille comme il peut", ont manifesté la solidarité de la lutte. Ce terrain de la solidarité, de la riposte commune des licenciés et de ceux qui conservent encore leur emploi, des chômeurs et des actifs, des précaires et des contrats à durée "indéterminée", c'est la base d’une réponse effective aux plans inhumains des capitalistes.

L’année 2006 commence avec le drame des 660 licenciés de SEAT, mais qui peut croire que ce seront les derniers ? Nous savons tous que non. Nous savons que le coup de poignard des licenciements, que le crime des accidents de travail, que l’angoisse de ne pouvoir payer un logement décent, que les menaces sur les retraites, que la "réforme" du travail que concocte le trio infernal gouvernement-patronat-syndicats, seront la source de nouvelles souffrances. Que dans le secteur de l’automobile, comme dans tous les pays, les attaques contre les conditions de vie des ouvriers vont se poursuivre ; que les horreurs de la guerre, la faim, la barbarie qui accompagnent le capitalisme, comme la faux accompagne la mort, vont continuer.

C’est pourquoi il faut se lancer dans la lutte. Mais pour que la lutte soit efficace et puissante, le développement de la solidarité de classe est nécessaire, et elle doit être organisée et contrôlée par les ouvriers eux-mêmes.

Le besoin de la solidarité de classe

 

Le problème de SEAT ne se réduit pas aux 660 licenciés ; le problème concerne tout le personnel. Ce n’est pas seulement le problème des ouvriers de SEAT mais de tous les travailleurs, aussi bien les fonctionnaires ayant un "emploi garanti" (jusqu’à quand ?) que les travailleurs des entreprises du privé, aussi bien les sans-papiers que ceux qui en ont. Nous sommes tous ou nous serons tous dans la même situation que SEAT !

Notre force est la solidarité de classe, l’unité dans la lutte. Une lutte limitée à SEAT et enfermée dans SEAT serait une lutte perdue.

Mais en quoi consiste la solidarité ? Est-ce de boycotter l’achat de voitures de cette marque ? (Est-ce que par hasard les autres marques ne licencient pas ?) Est-ce de faire des rassemblements de licenciés devant les portes de l’usine ? S’agit-il des déclarations de "soutien" de la part du "secteur critique" des Commissions ouvrières ou de EUA (<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]-->)  ? Consiste-t-elle en des "actes citoyens" dans les quartiers, manipulation qui n'aura servi qu'à faire accepter les manoeuvres crapuleuses du trio infernal à la SEAT ?

Cette "solidarité" est aussi fausse que les "plans de lutte" de la Plate-forme Unitaire de SEAT. La seule solidarité effective est de s’unir dans la lutte ! Que les ouvriers des différents secteurs, des différents quartiers, se fondent dans une même lutte en brisant ces barrières qui nous affaiblissent tant : l’entreprise, le secteur, la nationalité, la race, au moyen de la force directe de délégations, d’assemblées et de manifestations communes.

La nécessité d'assemblées ouvrières souveraines

L’expérience de SEAT est claire : nous savons déjà ce qui arrive lorsque nous laissons les syndicats, les comités d’entreprise ou des "plateformes unitaires" jouer avec notre sort.

 

La direction de la lutte doit être entre les mains des travailleurs du début jusqu’à la fin. Ce sont eux qui doivent évaluer les forces sur lesquelles ils peuvent compter, les revendications à mettre en avant, les possibilités d’étendre la lutte. Leur riposte ne peut être influencée par les provocations de l’entreprise ou par les "plans de lutte" de ses complices des syndicats, mais par la décision collective des travailleurs organisés en assemblées et en comités élus et révocables. Les négociations avec le patronat ou avec le gouvernement doivent se faire sous les yeux de tous, comme ce fut le cas à Vitoria en 1976 en Espagne ou en Pologne en 1980. Ce sont les assemblées elles-mêmes qui prennent en charge la recherche de la solidarité, en organisant des délégations et des manifestations.

Le temps de la résignation, de la passivité et de la désorientation doit s’achever. La marge de manœuvre que cette situation a offert pendant des années au capital commence à diminuer. C’est l’heure de la lutte. La voix de la classe ouvrière doit se faire entendre avec de plus en plus de force.

Accion Proletaria

Section du CCI en Espagne

Décembre 2005

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<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> La Généralité (Generalitat) est le gouvernement autonome de la région de Catalogne.

<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> Zones industrielles de la banlieue de Barcelone.

<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]--> L’UGT (Union Générale des Travailleurs) est la confédération de tendance socialiste. Les CCOO (Commissions Ouvrières) est la centrale dirigée par le Parti "communiste" espagnol. La CGT (Confédération Générale du Travail) est une centrale de tendance "syndicaliste révolutionnaire" issue d’une scission "modérée" d’avec la CNT (Confédération Nationale du Travail) anarcho-syndicaliste.

 

<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]--> EUA ("Esquerra Unida i Alternativa – Gauche Unie et Alternative") : déguisement du Parti communiste espagnol en Catalogne.

Géographique: 

Récent et en cours: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

Quatre interventions publiques du CCI au Brésil : Un renforcement des positions prolétariennes au Brésil

  • Le CCI a effectué récemment un ensemble d’interventions publiques au Brésil dont nous rendons compte dans cet article. Il s’est agi en fait de trois réunions publiques successives dans trois villes différentes (Salvador da Bahia, Vitória da Conquista et São Paulo) et d’une présentation suivie d’un débat à l’Université de Vitória da Conquista, à l'occasion de la "IIe rencontre des étudiants en histoire de l'Etat de Bahia" (le thème de cette rencontre était : "les luttes sociales et leurs expressions dans l'histoire").  
  • Le thème des réunions publiques était le suivant "Face à la crise mortelle du capitalisme, l’avenir appartient à la lutte de classe" et celui de la présentation à l’université, "Les origines et les caractéristiques essentielles de la Gauche communiste internationale".

Une telle intervention au Brésil constituait une première pour le CCI ; elle n’a été possible que grâce aux bonnes initiatives de sympathisants sur place et à la collaboration avec le groupe prolétarien brésilien dénommé "Opposition Ouvrière"[1] qui était l'organisateur des réunions publiques. Pour cette première intervention publique au Brésil, le CCI avait choisi des thèmes lui permettant le plus possible d'exprimer sa vision historique quant à la possibilité et à la nécessité de la révolution prolétarienne. Ainsi, l’exposé commun aux trois réunions publiques, consultable sur notre site en portugais, développait en particulier les aspects suivants :

  • tout comme les systèmes d’exploitation qui l’ont précédé, le capitalisme n’est pas un système éternel ;
  • l’heure de son renversement par le prolétariat, la seule classe révolutionnaire de la société, a déjà sonné depuis longtemps et si celui-ci n’est pas en mesure d’accomplir sa tâche historique, alors la situation actuelle débouchera sur la fin de l’humanité ;
  • les perspectives contenues dans la situation actuelle sont au développement de la lutte de classe.

Dans une de ces réunions publiques, celle de Salvador, suite à la présentation du CCI, était prévue une présentation de l’Opposition Ouvrière mettant en particulier en évidence le rôle fondamental de l'organisation de la classe ouvrière en conseils ouvriers pour le renversement du capitalisme.

Quant à l’exposé de la présentation à l’université, basé essentiellement sur l’article de notre site, "la Gauche communiste et la tradition marxiste", il était articulé autour des axes suivants :

 ce qui distingue les fractions de gauche des autres organisations se revendiquant du marxisme ;

  • la Gauche communiste n’a jamais été un courant unique mais était constituée de différentes expressions correspondant toutes à l’effort historique de la classe ouvrière en vue de la clarification théorique-politique ;
  • la contribution de la Gauche communiste au développement du patrimoine politique-théorique du prolétariat est considérable et irremplaçable.

Pour rendre compte de ces quatre événements, nous avons pensé préférable de ne pas les traiter séparément mais bien plutôt de rapporter les questions et préoccupations qui, de façon dominante, se sont exprimées et ont donné lieu à des débats. Néanmoins, avant cela, nous pensons essentiel de faire ressortir l'importance qu'a revêtu cet événement tant par la participation nombreuse, parfois très nombreuse, à ces réunions que par le caractère animé et vivant de débats qui se sont à chaque fois poursuivis au delà du temps initialement prévu (aussi longtemps que le permettaient les contraintes locales).

Une participation et un dynamisme prometteurs

Il arrive que les révolutionnaires eux-mêmes soient surpris par l'importance de l'intérêt que leurs positions suscitent à un moment donné, alors que pourtant ils constituent cette partie du prolétariat chez qui existe au plus haut point la confiance dans les capacités révolutionnaires de leur classe, y compris lorsque celle-ci n’est pas traversée de façon immédiate par des préoccupations révolutionnaires explicites. Il faut reconnaître que nous avons été très agréablement surpris par l'ampleur de la participation à ces réunions dans la mesure où, pour certaines d'entre elles, elle a dépassé largement l'assistance ordinaire aux réunions publiques dans les villes où intervient régulièrement le CCI. En effet, près d'une centaine de personnes au total ont participé aux trois réunions publiques. Quant au thème de la Gauche communiste à l'université, il a attiré 260 personnes environ dans un grand amphithéâtre de celle-ci, pendant toute une première partie du débat. La réunion s’étant prolongée de presque deux heures, il restait encore environ 80 personnes lorsque nous avons dû clore, toutes les interventions n'ayant pas à ce moment-là reçu de réponse de notre part.

Il existe un faisceau de circonstances favorables qui ont favorisé une telle affluence. La première apparition publique d'une organisation révolutionnaire internationale n'existant pas au Brésil est évidemment de nature à susciter localement un intérêt particulier. De plus, les réunions publiques avaient bénéficié d’une publicité efficace, prise en charge par l'Opposition Ouvrière, seule ou bien conjointement avec nos sympathisants, selon les villes. Si on peut également invoquer l'intérêt académique, et pas exclusivement politique, qui a pu pousser certains étudiants et professeurs de l’université à participer au débat sur l’histoire de la Gauche communiste, il faut néanmoins prendre en considération le fait que, ce qui au départ, pour des raisons liées au règlement de l’Université, était annoncé comme la présentation d’un historien [2] a de plus en plus ouvertement pris la forme d’un meeting politique présidé par l'un des organisateurs du débat, l'Opposition Ouvrière, et le CCI, avec une table présentant la presse du CCI à l’entrée de l’amphithéâtre.

En réalité, ce succès de nos réunions est en bonne partie imputable à l’existence au Brésil d’une écoute favorable vis-à-vis d’une critique radicale de la société et de ses institutions démocratiques dans la mesure où, dans ce pays, à la tête de telles institutions se trouve le gouvernement de Lula, le grand "leader ouvrier" de gauche au nom duquel sont indissolublement liés ceux du PT (Parti du Travail, fondé en 1980) et de la CUT (Centrale Unique de Travailleurs, premier syndicat "indépendant" depuis la fin de la dictature, fondé en 1983). Aujourd’hui, l’alliance gouvernement, Lula, PT et CUT doit assumer ouvertement le rôle de fer de lance des attaques contre la classe ouvrière requises pour la défense du capital national brésilien sur l’arène internationale, comme n’importe quel gouvernement ou parti de droite le ferait, permettant ainsi de faire apparaître au grand jour leur véritable nature d’ennemis de la classe ouvrière qu’ils ont toujours été. Au Brésil, comme dans les autres pays, la réponse de la classe ouvrière est encore loin de correspondre à l’ampleur des attaques capitalistes qu’elle subit continuellement. Néanmoins (et c’est justement là que réside l’essentiel de l’explication à l’intérêt certain pour ces réunions publiques), il existe aussi dans ce pays une préoccupation croissante pour l’avenir face à la faillite de plus en plus avérée du capitalisme et qui se traduit par un regain d’intérêt pour la perspective d’une alternative à la société actuelle.

Loin d’avoir été reçues comme des dogmes, l'analyse de l'histoire de notre classe et les perspectives de lutte politique en vue de la future société communiste, contenues dans nos présentations et interventions, ont suscité tout un questionnement et un enthousiasme, quelquefois aussi le scepticisme, mais également des marques de sympathie que certains ont tenu à venir nous manifester explicitement à la fin des réunions, en plus de nombreuses autres questions de leur part qu'ils n'avaient pas eu le temps de poser au cours de la séance.

Si l'importance de la participation à ces réunions nous a quelque peu surpris, elle a par ailleurs confirmé cette tendance croissante de la jeunesse à se situer au premier plan d'un questionnement politique face à l'avenir. C'est tellement vrai que, dans l'une des réunions publiques, à Vitoria da Conquista, plus de la moitié de l'assistance était constituée de jeunes et de très jeunes.

 Les principales discussions

Nous rapportons ci-après les principales questions qui nous ont été posées de même que les réponses que nous leur avons apportées. Souvent les questions et nos réponses se sont recoupées d'une réunion à l'autre sans pour autant être identiques à chaque fois. Plutôt que de synthétiser par thème la problématique de l'ensemble des questions, nous avons pris le parti, pour chacun des thèmes, de retenir une question particulièrement représentative, ceci afin de refléter le caractère vivant qu’on eu les discussions. Pour ce qui est de nos réponses, nous les rapportons à travers de l'essentiel de l'argumentation que nous avons développée sur l'ensemble des réunions.

Nous sommes bien conscients que ce compte-rendu déjà long omet des questions précises tout à fait intéressantes. Afin de remédier en partie à cet inconvénient, nous appelons tous ceux qui prendront connaissance de ce compte-rendu à ne pas hésiter à nous faire part par écrit de tous leurs questionnements et désaccords n'ayant pas encore trouvé de réponse satisfaisante de notre part. Des réponses leurs seront faites individuellement qui, avec leur accord, pourront éventuellement participer d'animer un débat public dans la presse du CCI ou sur Internet. Nous encourageons également les lecteurs de ce compte-rendu à adopter une démarche analogue vis-à-vis de l'Opposition Ouvrière qui ne manquera pas de leur répondre. A ce sujet, nous voulons préciser que certaines réponses rapportées ci-dessous, n'ont pas été prises  en charge par nous-mêmes mais par l'Opposition Ouvrière. Néanmoins, comme elles correspondaient tout à fait à ce que nous aurions dit, nous les faisons nôtres. Ce qui, par ailleurs, ne signifie pas que toutes les réponses apportées par l'une ou l'autre de nos organisations aient totalement été partagées par elles deux.

La nature des syndicats

  • "Comment expliquer le rôle actuel des syndicats ? Alors qu'a existé une certaine époque où ils constituaient réellement des outils de la lutte de classe ouvrière, aujourd'hui ils sont clairement au service des intérêts de la classe bourgeoise en paralysant les réactions des ouvriers face aux attaques ?"

Il n'existe en effet pas un seul pays où les syndicats, tous les syndicats, ne soient pas des défenseurs de l'ordre bourgeois. S'il en est ainsi c'est parce qu'ils sont devenus partout des organes de l'Etat bourgeois ayant pour fonction spécifique d'encadrer la classe ouvrière afin de saboter ses ripostes aux attaques et d'éviter qu'elles ne débouchent sur la remise en cause du capitalisme en crise.

Pour comprendre les facteurs profonds d'une telle situation, il est effectivement nécessaire de ne pas perdre de vue qu'au 19e siècle les ouvriers se battaient pour obtenir le droit de s'organiser en syndicats. C'est en menant des luttes importantes au moyen de ceux-ci qu’ils ont réussi à arracher des réformes durables ayant réellement permis des améliorations de leurs conditions de vie au sein du capitalisme. De plus, même si les idées réformistes (qui visaient à réduire le combat de la classe ouvrière aux seules luttes pour des réformes) étaient fortement présentes au sein du mouvement syndical, il n'en demeure pas moins que les syndicats constituaient également, à cette époque, un lieu privilégié de la propagande en faveur des idées révolutionnaire, une « école du communisme », comme le disait Marx.

  • Quand et pourquoi les syndicats ont-ils donc perdu cette nature ouvrière qui était la leur ?

Au début du 20e siècle s'est produit un événement considérable, inédit dans la vie du capitalisme, l'éclatement de la première guerre mondiale. En l'espace d'un temps relativement bref, les contradictions du capitalisme ont engendré une destruction considérable de forces productives, sans aucune mesure avec les conséquences des guerres ou des crises cycliques qui avaient jusque là émaillé la croissance du capitalisme. De telles contradictions étaient l’expression du fait que, de facteur de progrès de la société, le système s'était mu en menace de mort pour celle-ci. Ce sont le déchaînement d'une telle barbarie et la menace pour l'existence même de la vie de la société qui avaient constitué le ferment de la première vague révolutionnaire du prolétariat mondial.

Face à l'irruption de contradictions inconnues jusqu'alors dans la société bourgeoisie, l'État acquiert un rôle d'une importance qu'il n'avait jamais eue auparavant sous le capitalisme. C'est à lui qu'il revient de maintenir sous un corset de fer l'ensemble de la société afin de mobiliser et canaliser toutes ses ressources en vue de la défense nationale. Dans ce contexte, les ouvriers voient leurs anciens organes de lutte que sont les syndicats échapper à leur contrôle pour devenir des organes chargés de faire accepter la militarisation du travail. Un tel mouvement est irréversible et ceux des syndicats qui, comme la CNT espagnole, ne seront pas soumis à ce moment de vérité, parce que l'Espagne n'était pas impliquée dans la première guerre mondiale, seront néanmoins absorbés ultérieurement par l'Etat. Désormais, les seules organisations de masse et unitaires de défense des intérêts de la classe ouvrière ne peuvent surgir et se maintenir qu'avec la mobilisation de la classe ouvrière pour la lutte.

  • "Mais pourtant Lénine défendait les syndicats ?"

L'avant-garde du prolétariat mondial avait pris conscience qu'avec la Première Guerre mondiale et la première vague révolutionnaire était née l'époque des "Guerres et des révolutions", comme le proclamait la Troisième Internationale, posant comme enjeu à la lutte du prolétariat l'alternative suivante pour la société : "Socialisme ou barbarie". La massivité des faits imposait cette compréhension. Il était par contre nécessaire de pouvoir disposer de plus de recul pour en saisir toutes les implications concernant la vie de la société (le développement du capitalisme d'Etat)  et les conditions de la lutte de classe : impossibilité pour la classe ouvrière de continuer à utiliser pour sa lutte le Parlement (dont la seule fonction est devenue celle de la mystification démocratique) et les syndicats. Mais, toutes les fractions du prolétariat mondial ne sont pas placées dans les mêmes conditions concernant leur propre expérience de la confrontation aux syndicats. Et, sur ce plan, la situation du prolétariat russe est spécifique vu que, dans ce pays, le régime tsariste, totalement anachronique, s'était montré incapable d'opérer l'intégration à l'Etat de syndicats par ailleurs assez peu puissants et apparus tardivement. De ceci il a résulté une plus grande difficulté de Lénine et de ses compagnons pour saisir pleinement la fonction de ces organes dans la nouvelle phase du capitalisme.

L'organisation de la classe ouvrière en conseils ouvriers et le rôle des révolutionnaires

  • "Comment surgissent les conseils ouvriers ?"

C'est une question importante puisque ces paroles de Lénine avant la révolution de 1917, "les soviets sont la forme enfin trouvée de la dictature du prolétariat", n'avaient pas une validité limitée à la première vague révolutionnaire mais une portée universelle.

Ainsi, dans les futures luttes révolutionnaires du prolétariat, celui-ci sera de nouveau organisé en soviets (le mot russe désignant les conseils). Ceux-ci font leur première apparition lors de la révolution de 1905 en Russie. Il sont la création spontanée de la classe ouvrière qui découvre ainsi par elle-même les moyens de lutte qui lui sont nécessaires afin de développer son combat dans des conditions nouvelles. Quelle est donc leur fonction ? La classe ouvrière en Russie trouve face à elle le pouvoir de l’Etat qui, de façon intransigeante et malgré la montée de la mobilisation, refuse de céder sur les revendications des ouvriers. Cette situation préfigure la situation générale du capitalisme dans la phase de décadence de ce système où les contradictions croissantes auxquelles il est confronté lui interdisent non seulement d’accorder des réformes durables à la classe ouvrière, comme cela pouvait être le cas en ascendance, mais encore le pousse en permanence à attaquer les conditions de vie des ouvriers. Dans ces conditions, la dynamique de la lutte elle-même amène les ouvriers à s’opposer à l’Etat capitaliste et à l’affronter de façon en plus en plus massive. De ce fait, la lutte acquiert spontanément une dimension politique qui se superpose à la dimension économique toujours présente.

Les syndicats ne correspondent plus aux nécessités de cette nouvelle forme de lutte ni à ses enjeux, et ce sont les soviets capables de regrouper l’ensemble de la classe ouvrière qui s’imposent alors. Désormais, les syndicats deviennent des organes inutilisables pour la lutte de classe. Mais, loin de dépérir, ils seront récupérés par l'Etat. Par ailleurs, cet épisode est l’aboutissement de tout un processus de constitution du prolétariat en classe au travers duquel il a acquis une maturité lui permettant désormais de construire dans le feu de l’action ses propres organes de lutte, sans être dépendant, pour entrer en lutte, de l’existence préalable de syndicats comme c’était le cas au 19e siècle.

  • "Comment favoriser le surgissement des conseils ouvriers ?"

Les soviets ne surgissent pas à tout moment indépendamment du niveau de la lutte de classe. Ils apparaissent lorsque la classe ouvrière est capable de poser le problème d’un affrontement décisif avec l’État capitaliste. Ils sont le produit d’une telle mobilisation du prolétariat et, lorsque celle-ci reflue, ils disparaissent ou bien ils sont investis par l’Etat. Cela signifie qu’il n’est pas possible qu’une minorité de la classe, plus avancée, mette en place la structure des soviets en vue de hâter la mobilisation ouvrière avant que celle-ci ne se manifeste explicitement.

Cela signifie-t-il que, en dehors des soviets, il n’existe pas de possibilité pour que s’expriment la mobilisation ouvrière et la lutte de classe, vu que les syndicats ne sont plus d’aucune utilité pour cette dernière ? Bien sûr que non. L’expérience vivante de la lutte de classe montre qu’une des formes élémentaires de la mobilisation des ouvriers est l’assemblée générale. Et ce n’est pas un hasard si les syndicats font tout afin qu’elle ne puisse se tenir ou, lorsqu’ils ne peuvent l’empêcher, afin qu’elle ne remplisse pas la fonction de lieu d’organisation et de décision de la lutte. Avec le développement de la lutte se fait sentir la nécessité de son organisation, de sa centralisation avec l’élection par les assemblées de délégués révocables. Un tel mode d’organisation de la classe ouvrière, en dehors de périodes pré-révolutionnaires, préfigure l’organisation en soviets, mais elle n’en est pas l’embryon. Elle en constitue une préparation indispensable en ce sens que c’est à travers ce type d’organisation que les ouvriers prennent confiance en eux-mêmes et en leur capacité de s’organiser.

Par ailleurs, si les évènements de 1905 illustrent la capacité de la classe ouvrière à s’auto organiser ainsi que sa nature de classe spontanément révolutionnaire, cela n’amoindrit pas pour autant le rôle fondamental de l’organisation des révolutionnaires et du parti. En effet, à propos des évènements de 1905, Rosa Luxemburg met en évidence que l’intervention de la social-démocratie révolutionnaire avait participé à préparer le terrain à l’irruption de la grève de masse. De même, en 1917, sans l’intervention du parti bolchevique au sein des conseils ouvriers pour combattre en leur sein l’influence dominante des partis liés à la bourgeoisie, ceux-ci n’auraient pas pu constituer l’instrument de  la révolution prolétarienne. De même, aujourd’hui, il est de la responsabilité des révolutionnaires de rappeler à leur classe comment elle s’est organisée par le passé, de mettre en évidence que pour développer son combat il n’existe pas d’autre moyen que de prendre ses luttes mains à travers des assemblées générales souveraines.

La révolution russe, sa dégénérescence et la contre-révolution

  •  «La révolution d'octobre n'aurait-elle pas mis fin à une vague démocratique mondiale, comme l'affirme l'historien français Jacques Courtois ?»

Nous ne savons pas exactement ce qu’a dit Jacques Courtois, mais c’est tourner le dos à la réalité que d’affirmer une telle chose alors que les principaux pays du monde, impliqués dans la guerre mondiale, adoptent tous des mesures de militarisation de la société civile en vue d’imposer aux populations, et aux ouvriers en particulier, les sacrifices que requiert la boucherie mondiale, dont celui de leur propre vie sur les champs de bataille. Et c’est justement en réaction à une telle barbarie que se développe la vague révolutionnaire mondiale dont l’avant poste a été constitué par la prise du pouvoir par le prolétariat en Russie en 1917.

Il est possible que Jacques Courtois se fasse l’avocat des thèses bourgeoises du Menchevisme selon lesquelles la révolution d’Octobre n’avait été qu’un putsch ayant porté un coup fatal à l’œuvre démocratique de la révolution de février. Ce refrain bien connu des dénigreurs de la révolution russe veut lui aussi occulter la réalité des faits. Ce sont en effet les masses ouvrières, et à leur suite les masses paysannes, qui ont ôté le pouvoir à la bourgeoisie alors que celle-ci, arrivée au pouvoir en février et tenant une position majoritaire au sein des conseils ouvriers, démontrait dans la pratique, à travers la poursuite de la guerre impérialiste et d’une politique anti-ouvrière, qu’elle était la digne représentante d’un système à renverser qui ne pouvait qu’engendrer la guerre et la misère.

  • «Comment expliquer la dégénérescence de la révolution russe ?»

Pour bien comprendre ce qu’a signifié la défaite de la révolution russe à travers sa dégénérescence, il faut d’abord être clair sur ce que cette révolution a réellement représenté. Un îlot de socialisme au sein d’un monde capitaliste ? Certainement pas dans la mesure où l’abolition du capitalisme ne peut être réalisée qu’à l’échelle mondiale après la victoire de la révolution mondiale. Après la prise du pouvoir, tous les efforts et les espoirs du prolétariat révolutionnaire en Russie étaient tendus en direction de l’extension de la révolution mondiale, et notamment dans le pays déterminant pour l’évolution du rapport de forces entre les classes à l’échelle internationale, l’Allemagne. L'assaut révolutionnaire du prolétariat dans ce pays fut vaincu comme on le sait en janvier 1919, ouvrant ainsi la voie à une série de défaites majeures qui eurent raison de la vague révolutionnaire en Allemagne et à l’échelle mondiale. Dans ces circonstances, isolé et sorti exsangue de la guerre civile et de l’encerclement imposés par les principales puissances capitalistes, le pouvoir prolétarien en Russie dégénéra.

Ainsi, ce qui changea avec la contre-révolution en Russie, ce ne sont pas les rapports de production mais le fait que le pouvoir cessa d’être prolétarien. Le retour de la bourgeoisie s’y effectua, non pas avec le retour de l’ancienne classe bourgeoisie déchue, mais à travers la transformation en nouvelle classe exploiteuse de la bureaucratie au sein de l’Etat.

Sur le plan politique, la manifestation la plus significative du changement de nature du pouvoir en Russie, incarné désormais par le stalinisme, fut l’abandon de l’internationalisme prolétarien à travers l’adoption de la thèse du « socialisme en un seul pays ». Le plus dramatique de la défaite de la révolution russe, c’est la manière dont elle s’est produite, suite à sa dégénérescence interne et non pas à son renversement, permettant ainsi à la bourgeoisie mondiale, de l'extrême droite à l’extrême gauche, d’entretenir le mensonge du « socialisme en URSS », au nom duquel staliniens et trotskistes appelaient les prolétaires du monde entier à lutter, et à se faire massacrer durant la seconde guerre mondiale pour la défense de l'impérialisme russe.

Parti et Gauche communiste internationale

  • "Quelle est votre conception du rôle du parti ?"

Nous partageons avec Lénine la conception d'un parti minoritaire d'avant-garde de la classe ouvrière ayant pour rôle de participer activement à la prise de conscience du prolétariat. Cependant, contrairement à lui (et à l’ensemble des marxistes d’avant 1917), nous estimons que son rôle n’est pas de prendre le pouvoir au nom du prolétariat, tâche qui revient à l’ensemble de la classe organisée en conseils ouvriers. Concernant le mode d’organisation du parti, nous nous revendiquons, pour l’essentiel, de la conception défendue par Lénine dans le congrès de 1903 du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) et telle qu'elle a été  assumée en particulier par le parti bolchevique et, plus tard, par le KAPD (Parti Communiste Ouvrier d'Allemagne). De ce congrès, à propos duquel Lénine a écrit Un pas en avant, deux pas en arrière, nous retenons bien sûr la définition de qui est militant, quiconque s'engage à militer pour défendre les positions du parti, contre celle des mencheviks selon laquelle pour être membre du parti il suffit de partager  ces mêmes positions. Mais nous retenons également le combat, au moins aussi important, qui y a été mené par Lénine en faveur d'un comportement militant animé par l'esprit de parti, contre l'esprit de cercle alors dominant au sein du  POSDR du fait de ses origines à partir de toute une série de petits cercles qui étaient apparus en Russie et dans l’émigration à la fin du 19e siècle.  En particulier, nous défendons l’idée d’un Congrès souverain dont les décisions doivent être appliquées avec discipline par l’ensemble des militants et nous rejetons la position des mencheviks qui estimaient qu’on pouvait se dispenser de cette discipline si on n’était pas d’accord avec ces décisions.

  • "Pourquoi dans votre résumé de l'histoire de la Gauche communiste internationale, le nom de Gramsci n'est-il pas cité ?"

Ce n'est pas un oubli, et si le nom de Gramsci était apparu, cela aurait été pour le définir comme un des représentants de la politique de plus en plus opportuniste de l'Internationale Communiste au sein du Parti communiste d’Italie. Alors qu'au sein de ce parti, la Gauche avec Bordiga à sa tête était, de 1921 à 1924, largement majoritaire face à la tendance de droite animée par Gramsci, ce dernier fut placé autoritairement par l'IC à la tête du parti en vue de bâillonner la gauche. La démarcation vis-à-vis du Stalinisme que Gramsci a opéré par la suite a fait de lui une référence plus acceptable que Staline, mais pas révolutionnaire pour autant.

La nature de classe des partis sociaux-démocrates, des partis « communistes » et du courant trotskiste

«Quelle est la signification du programme de transition rédigé par Trotski en 1938 ?»

Trotski et l'Opposition de gauche ont animé dans les années 1920 une réaction prolétarienne face à la dégénérescence de la révolution russe et au stalinisme. Mais elle n'était pas la seule, ni la plus claire concernant d'une part les implications de la défaite de la vague révolutionnaire sur la classe ouvrière et, d'autre part, la fidélité au marxisme face au développement de l'opportunisme dans les rangs des partis de l'Internationale communiste. La Gauche communiste internationale a combattu très tôt, dans les années 1920, les différentes manifestations de cet opportunisme et en particulier la politique de Front unique avec d'anciens partis ouvriers passés dans le camp bourgeois, avec l'argument de ne pas se couper des masses ouvrières restées sous leur influence. De même, elle a su voir que, loin de pouvoir se lancer à nouveau dans une vague révolutionnaire, le prolétariat était face à une période de contre-révolution qui ne lui permettrait pas de s'opposer à la venue d'une seconde guerre mondiale dans laquelle ses différents secteurs nationaux allaient se trouver embrigadés derrière la défense d'un camp impérialiste ou d'un autre. Au contraire, Trotsky croit que la révolution est encore possible au cours des années 1930 et que ce qui lui manque est une direction véritablement révolutionnaire, ce qui le conduit à voir à tort les prémisses de mouvements révolutionnaires dans les mobilisations de 1936 en France et en Espagne. Son « Programme de transition », en réintroduisant des revendications minimum destinées selon lui à établir un pont avec le programme de la révolution socialiste, ne fait rien d'autre que tromper les masses avec l'idée qu'il pourrait exister, à l'époque des guerres et des révolutions, un programme de réformes au sein du capitalisme alors que le seul programme réaliste, même s’il n’est pas réalisable à tout instant, ne peut être que celui de la révolution. A travers le mot d'ordre de « Front unique ouvrier » avec les partis anciennement prolétariens, sociaux-démocrates et staliniens ayant trahi la cause du prolétariat, il ne fait que désarmer ce dernier face à ses pires ennemis.

  • « Quelle analyse faites-vous du trotskisme ? »

Il existe des évènements majeurs de la vie de la société, comme la guerre et la révolution, qui tranchent dans la pratique la nature de classe d’une organisation, quoi qu’elle proclame sur son propre compte. Ainsi, en s’opposant à la révolution d’Octobre, les mencheviks signèrent leur appartenance au camp de la bourgeoisie. Face à la Première Guerre mondiale, la plupart des partis sociaux démocrates trahirent l’internationalisme prolétarien, et donc la classe ouvrière, en prenant fait et cause pour la défense du capital national. L’histoire démontre qu’une telle trahison est irréversible, c'est-à-dire qu'à partir du moment où elle a eu lieu, c'est en permanence une politique bourgeoise que défendent les anciens partis du prolétariat passés dans le camp ennemi. Aboutissement de leur dégénérescence opportuniste, les PC passèrent à leur tour dans le camp de la bourgeoisie dans les années 1930 alors que plus rien en leur sein ne s'opposait désormais à la défense nationaliste d'un camp impérialiste, préparant ainsi l'embrigadement du prolétariat en vue de la seconde guerre mondiale. L'éclatement de la Seconde Guerre mondiale a également constitué l'heure de vérité pour le Trotskisme qui a choisi son camp : non pas celui de l'internationalisme et du prolétariat comme Lénine en 1914, mais celui de la défense de l'impérialisme russe et de la démocratie (avec cependant des réactions en son sein de la part d’éléments qui, à cette occasion, ont rompu avec lui). Cet aboutissement tragique de la dynamique opportuniste d'un parti du prolétariat est le produit de la méthode politique erronée de Trotsky tout au long des années 1930. Cela dit, les graves erreurs qu’il a commises ne permettent pas d’affirmer qu’il aurait maintenu sa position jusqu’au bout du conflit impérialiste mondial. S'il n'avait pas été assassiné avant la fin de la guerre, peut-être celle-ci aurait-elle constitué une épreuve lui permettant de remettre en question ses dérives opportunistes passées. Après sa mort, sa femme, Natalia Sedova, qui avait toujours lutté à ses côtés, a rejeté la politique de défense de l’URSS et a rompu avec le mouvement trotskiste. De même, les derniers écrits de Trotsky annoncent une telle possible remise en cause de ses positions antérieures.

La décadence du capitalisme

  • "Les crises cycliques du capitalisme étaient surmontées par la bourgeoisie, par quels mécanismes la bourgeoisie parvient-elle à contrôler l'enfoncement dans la crise actuelle pourtant insurmontable ?"

Le capitalisme d'Etat est la réponse du capitalisme à l'irruption des contradictions insurmontables qui l'assaillent avec l'entrée en décadence, sur les trois plans : celui de la guerre, de la lutte de classe et de la crise. La crise de 1929 impose à la bourgeoisie de renouer avec les mesures de capitalisme d'Etat qui avaient été relâchées une fois terminée la première guerre mondiale. Ces mesures ne feront que se renforcer durant les années 1930, notamment  avec les politiques keynésiennes d’injection massive de capitaux dans l’économie nationale par l’Etat, des politiques qui se sont notamment concrétisées par de grands travaux d’équipement et par le développement des armements en préparation de la Seconde Guerre mondiale.

Elles se poursuivront et seront intensifiées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Avant même que ne soit épuisée la période de prospérité ayant succédé à la Seconde Guerre mondiale, la bourgeoisie aura recours à des politiques d'endettement de plus en plus massif. Elle parvient ainsi à reporter dans le futur l'éclatement des contradictions de son économie, mais en aggravant celles-ci.

  • "Si le système est entré en décadence, comment expliquer la croissance d'après la seconde guerre mondiale. N'est-ce pas à partir de l'épuisement de celle-ci qu'il faut dater le début de la décadence du capitalisme ? "

La période de décadence se traduit sur le plan économique par un freinage du développement des forces productives et non pas, comme le disait Trotsky dans le « Programme de transition », par un blocage complet de leur croissance. Pour vérifier si l'évolution économique au cours de la décadence exprime une telle tendance au freinage au développement des forces productives, il convient de considérer l'ensemble de cette période et non pas une phase spécifique de celle-ci, notamment celle, particulièrement faste, qui suit la Seconde Guerre mondiale. Or, le développement des forces productives sur la période couvrant les 70 premières années du 20e siècle s'effectue à un rythme inférieur à celui de la seconde moitié du 19e siècle. La différence serait encore plus importante si l'on considérait l'ensemble du 20e siècle.

La période de prospérité d'après la Seconde Guerre mondiale est un phénomène tout à fait exceptionnel au sein de la décadence qui ne se reproduira jamais plus dans la mesure où les facteurs qui sont à son origine sont épuisés :

1. l'utilisation d'un « trésor de guerre » issu de cycles passés de l'accumulation, les réserves d'or de l'Etat américain, injectées en bonne partie dans les économies d'Europe occidentale et du Japon afin de reconstruire et développer leur appareil productif, non par philanthropie mais en vue de les soustraire aux tentative de l'impérialisme russe de les placer dans sa sphère d'influence ;

2. l'exploitation méthodique et systématique des derniers marchés extra capitalistes, tant au sein des pays industrialisés, mais disposant encore d'un vaste marché agricole pré-capitaliste, que dans les ex-colonies en voie de décolonisation ;

3. un début de fuite en avant dans l'endettement de la part des principaux pays industrialisés, alors que le niveau global de l'endettement est encore relativement faible.

Il n'existe aucune perspective de solution véritable à la crise ouverte à la fin des années 1960 ; au contraire, elle est condamnée à une aggravation sans merci. Néanmoins, faire correspondre la phase de décadence avec cette seule période, c'est évacuer un phénomène majeur de la décadence, la Guerre mondiale, d’une ampleur et avec des destructions aux proportions totalement inconnues lors des guerres des périodes précédentes et qui constitue un facteur essentiel de risque de destruction de la société.

  • "Comment agit la baisse du taux de profit ?"

La baisse tendancielle du taux de profit est effectivement une contradiction du mode de production capitaliste, ainsi que Marx l’a mis en évidence dans le livre 3 du Capital.

Néanmoins, elle n’est pas la seule et pas nécessairement la plus déterminante. Comme nous l’avons déjà dit, l’avant-garde révolutionnaire était unanime, lors de la fondation de l’IC en 1919, pour reconnaître l’entrée du système en décadence. Elle était beaucoup plus hétérogène, on l’a vu également, concernant les implications de cette modification de la vie du capitalisme. C’est encore plus vrai concernant l’analyse des causes économiques du changement de période. Rosa Luxemburg et Lénine donneront deux analyses différentes de l'impérialisme. Celle de Rosa Luxemburg prend plus largement en compte la dynamique de développement du capitalisme au sein d'un monde non capitaliste et qui a besoin de marchés extracapitalistes pour se développer. Lorsque ces derniers commencent à se trouver en nombre insuffisant face aux énormes besoins de l'accumulation, alors la machine commence à se gripper. C’est au sein de ce cadre que, de notre point de vue, il faut prendre en compte la baisse tendancielle du taux de profit dont les effets négatifs pour l’économie capitaliste se conjuguent à ceux de la saturation des marchés.

Le pourrissement sur pied de la société capitaliste

  • «Comment comprendre la vague de violence dans les banlieues françaises ?»

Il n’est pas une réunion où cette question ne nous ait pas été posée. Il existe au moins deux raisons à cela : d’une part le battage médiatiques auxquels ces évènements ont donné lieu au Brésil, comme dans la plupart des pays du monde d’ailleurs ; d’autre part, la perplexité qu’ils suscitent. Nous ne rentrerons pas ici dans le détail de notre analyse qui est développée dans un communiqué sur notre site Internet, y inclus en langue portugaise. Nous avons surtout mis en évidence que ces révoltes stériles et sans lendemain exprimaient le désespoir et le manque total de perspective de cette partie des enfants de la classe ouvrière qui n’a jamais été intégrée au travail et ne le sera jamais, sinon dans la précarité et des conditions misérables. Nous avons bien insisté sur le fait que, non seulement, ils ne constituaient en rien une expression, même confuse, de la lutte de classe mais que, de plus, ils ne pouvaient qu’être utilisés contre la classe ouvrière, notamment à travers le renforcement des mesures de quadrillage policier des quartiers ouvriers.

  • «Quelles sont la signification et les implications de la montée de l’intégrisme ? On a vu qu'il servait aussi de prétexte à déclencher des guerres, comme au Moyen-Orient»

La montée de l’intégrisme est une autre manifestation de l’absence totale de perspective au sein de la cette société qui conduit à des aberrations comme les attentats suicides. Et bien que de telles aberrations soient le produit de son propre système, cela n’empêche évidemment pas la bourgeoisie de les utiliser comme prétextes au déclenchement de guerres pour la défense de ses intérêts impérialistes. En fait, ce phénomène de pourrissement sur pied de la société capitaliste est le produit de l’accumulation des contradictions du capitalisme, et qui pourrait conduire à la destruction même de l’humanité si la classe ouvrière n’était pas capable d’imposer sa propre solution révolutionnaire.

Les luttes des opprimés et des couches non exploiteuses

  • « Il existe une voie alternative à celle de la lutte de classe, c’est celle de la lutte des ethnies opprimées ou pour la libération de la femme »

La société de classes porte avec elle l’oppression de minorités, la discrimination raciale, l’inégalité entre hommes et femmes… Le capitalisme ne fait pas exception à cela. Cela dit, la lutte spécifique pour l’émancipation de la femme ou contre le racisme, non seulement n’a aucune chance d’aboutir tant que se perpétuera la société de classes mais, de plus, elle n’est pas de nature à changer la société dans la mesure où elle ne constitue pas une remise en cause des fondements de celle-ci. Toutes ces questions ne pourront trouver de solution véritable que lorsque aura été aboli le capitalisme et au cours de la transformation de la société vers des rapports communistes sur l’ensemble de la planète. Il n’existe donc aucune alternative à la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière pour débarrasser l’humanité des inégalités et fléaux qui l’accablent actuellement.

  • « Comment la lutte de la classe ouvrière et celle de couches non exploiteuses peuvent-elles converger dans une lutte commune pour le renversement du capitalisme »

La classe ouvrière est la seule classe révolutionnaire de la société. Néanmoins cela ne signifie pas qu’elle fera la révolution contre toute la société. Tout au contraire, il lui faudra pouvoir entraîner derrière elle, dans sa lutte révolutionnaire, toutes les classes non exploiteuses de la société, lesquelles ont objectivement intérêt au renversement du capitalisme. Mais pour être en mesure de jouer ce rôle d’entraînement, elle doit être capable de s’affirmer à travers sa lutte, comme la classe révolutionnaire de la société, et avec son projet révolutionnaire de renversement du capitalisme et d’instauration d’une autre société. La pire chose qui puisse arriver est que la classe ouvrière, en se diluant dans les mouvements de révolte de toutes ces couches plongées dans la misère par la crise, mais sans perspective aucune, soit incapable de s’affirmer en tant que force révolutionnaire de la société. Un tel danger est bien réel comme l’ont mis en évidence, par exemple, les révoltes stériles de 2001 en Argentine au sein desquelles de nombreux prolétaires avaient été entraînés aux côtés d’éléments de toutes sortes et en particulier de franges de la petite et moyennes bourgeoisies ruinées par la crise.

  • « Quelle alliance possible de la classe ouvrière avec des mouvements comme le Mouvement des Sans Terre ? »

Cet exemple constitue une illustration de l’impossibilité actuelle de faire converger le mouvement de la classe ouvrière avec, derrière elle, celui des paysans sans terre tant que celui n’abandonne pas sa spécificité. Il est à présent de notoriété publique que ce mouvement est totalement encadré par l’Etat. En quoi ses revendications sont-elles conciliables avec celles de la classe ouvrière ? En rien. Alors que le refus par la classe ouvrière de subir les attaques requises par la crise du capitalisme constitue déjà la base de la remise en question de l’ordre capitaliste, il en va tout autrement des revendication parfaitement réactionnaires du Mouvement Sans Terre qui se résument au droit à la propriété pour tous.

Chavez, Lula, Castro, …, altermondialisme, … un même combat de la gauche du capital contre le prolétariat.

  • "Comment analysez-vous la politique de Chavez ?"

De nombreuses interventions ont signalé que la politique du gouvernement de gauche de Lula ne se différenciait pas de celle des gouvernements de droite qui l'ont précédé, ce que confirme déjà l'augmentation de la paupérisation au Brésil. Cependant la question du gouvernement Chavez a été l'objet de nombreuses interrogations, doutes et mêmes des marques de sympathie dans les interventions considérant que celui-ci mettait les ressources de l'Etat au service d'un combat courageux contre l'impérialisme américain, bien différent du timide positionnement de la bourgeoisie brésilienne.

Le fait qu'au Venezuela soit arrivée au pouvoir une fraction de la bourgeoisie "radicale" de gauche est une conséquence du haut niveau de décomposition de la bourgeoisie vénézuélienne qui s'est trouvée incapable de mettre au pouvoir des secteurs modérés de gauche comme cela a été le cas, par exemple, au Brésil. C'est pour cette raison que la fraction chaviste du capital national, constituée de secteurs de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie qui, dans leur majorité, avaient été exclues des gouvernements antérieurs, développe une politique d'exclusion vis-à-vis des autres secteurs de la bourgeoisie, ce qui occasionne une confrontation permanente entre fractions de la bourgeoisie, dans laquelle le prolétariat vénézuélien s'est trouvé impliqué.

Le Chavisme, qui bénéficie de l'appui du gouvernement cubain et d'une pléiade de dirigeants et intellectuels latino-américains et dans le monde, des mouvements anti-globalisation et altermondialistes, de même qu'il dispose d'une montagne de dollars provenant des exportations pétrolières (et de l'exploitation de la classe ouvrière vénézuélienne) a mis en place un programme de gouvernement appelé "révolution bolivarienne" dont le fondement est le programme national de capitalisme d'Etat symbolisé par les forces de la guérilla dans les années 1960. La dite "révolution bolivarienne" n'a rien à voir avec la révolution prolétarienne, tout au contraire. Elle vit de l'exploitation de la classe ouvrière à laquelle elle inflige une attaque idéologique et physique, à la manière des régimes staliniens et fascistes. Le Chavisme, tout comme les gouvernements de Lula au Brésil, Kirchner en Argentine, etc. n'a que des illusions à vendre au prolétariat et ne peut que redistribuer la misère entre les pauvres, ce qui est le propre de tout gouvernement qui a pour fondement l'exploitation de la classe ouvrière ; ceci expliquant que le niveau de paupérisation augmente au Venezuela comme dans les autres pays capitalistes.

Concernant "l'anti-impérialisme".

Dans le capitalisme décadent, tout Etat développe nécessairement une politique impérialiste contre les autres nations. Ceci résulte fondamentalement du fait que, face aux contractions croissantes sur le plan économique, chaque nation se voit obligée de renforcer toujours davantage une politique militariste pour se maintenir sur l'arène impérialiste mondiale.

L'influence d'un pays sur l'arène impérialiste dépend de sa force économique, militaire et de conditions géopolitiques. Par exemple, il est évident que les Etats-Unis, première puissance mondiale, disposent des capacités les plus grandes pour imposer leur politique impérialiste au niveau mondial.

"L'anti-impérialisme" bruyant de Chavez contre Bush et les Etats-Unis, n'est rien d'autre qu'une campagne idéologique développée tant au niveau interne qu'externe afin d'obtenir le soutien de la classe ouvrière et des exploités à la politique impérialiste de la bourgeoisie vénézuélienne pour le contrôle de ses aires d'influence (les Caraïbes, le Centre et d'autres parties de l'Amérique du Sud). Le gouvernement Chaviste engage d'importantes ressources financières au service d'une telle campagne afin que les dirigeants, les intellectuels et les groupes de la gauche "radicale" de la région lui servent de caisse de résonance. De même, il tente également de mettre à profit les difficultés de l'impérialisme américain dans d'autres parties du monde (principalement en Irak), celles-ci ne faisant qu'augmenter son impopularité et rendre plus difficile son opposition aux velléités  impérialistes de la bourgeoisie vénézuélienne.

Les bourgeoisies de la région, en particulier ses fractions de gauche, partagent, appuient et utilisent en leur faveur la mégalomanie de Chavez et son anti-américanisme frénétique, dans la mesure où le discours chaviste correspond  à leurs intérêts géopolitiques. En particulier, la stratégie impérialiste de la bourgeoisie brésilienne, plus discrète que celle du Venezuela, et se situant sur un plan plus diplomatique, est d'une plus grande efficacité contre les intérêts des Etats-Unis. On peut s'en rendre compte à travers la grande influence du Brésil dans les négociations de l'ALCA, où il utilise le fait qu'il est la première puissance économique de la région comme un atout géopolitique important que le gouvernement Lula exploite de façon très intelligente.

Le prolétariat doit confronter et dénoncer l'idéologie "anti-impérialiste", alors qu'elle est utilisée afin de l'embrigader derrière les oripeaux et intérêts du capital national. La lutte du prolétariat contre l'impérialisme est inscrite dans sa lutte quotidienne  contre sa propre bourgeoisie car l'impérialisme est le mode de vie du capitalisme décadent.

La perspective révolutionnaire

  • « Comment concevoir une perspective révolutionnaire au sein d’une société de consommation ? »

La société actuelle n’est pas une société de consommation pour tout le monde. Ce n’est pas très difficile de s’en rendre compte. Le capitalisme a étendu et généralisé, comme aucune société ne l’avait fait avant lui le règne de la marchandise. Dans ce monde tout s’achète, tout est marchandise. Le capitalisme est aussi le système qui été capable de développer les forces productives comme aucun autre avant lui, si bien qu’il a rendu parfaitement imaginable la possibilité de l’abondance pour tous sur terre. La seule chose qui s’y oppose, c’est ce système lui-même qui produit non pas en vue de la satisfaction des  besoins humains, mais en vue de faire du profit et d’accumuler. Une contradiction du monde actuel réside en ceci qu’une proportion croissante de l’humanité et de la classe qui produit les richesses, la classe ouvrière, n’a accès qu’à une partie toujours moindre des marchandises produites,  même s’agissant de celles qui sont vitales. Ce contraste énorme entre ce que pourrait être la vie dans la société bénéficiant de toutes les richesses accumulées et ce qu’elle est en réalité est un facteur de prise de conscience de la nécessité du renversement révolutionnaire du capitalisme.

  • « Le caractère anti-démocratique de la révolution ne risque-t-il pas de repousser la classe ouvrière ? »

Selon la propagande bourgeoise, la révolution est la pire chose qui pourrait arriver parce qu’elle est anti-démocratique. De quoi s’agit-il en réalité. Elle est le renversement d’une classe minoritaire, la bourgeoisie, en vue du bien-être de l’immense majorité, la classe ouvrière et l’ensemble des couches non exploiteuses de la société.

Quant à la démocratie bourgeoise, elle n’est que le masque hypocrite de la dictature du capital. Et plus la classe ouvrière sera amenée à se confronter au capital, plus cette dictature apparaîtra dans sa réalité crue.

  • « Comment faire la révolution mondiale alors que le prolétariat aux Etats-Unis soutient sa propre bourgeoisie ? »

Qu’est-ce qui peut faire dire que la classe ouvrière aux Etats-Unis soutient sa propre bourgeoisie, à part une certaine propagande qui a intérêt à entretenir ce mensonge ?

La classe ouvrière aux Etats-Unis n’a pas actuellement les moyens de s’opposer à la guerre en Irak. Cela résulte d’un niveau encore insuffisant de la lutte de classe internationalement et dans ce pays. Cela signifie-t-il pour autant que cette fraction du prolétariat international adhère à cette guerre ? Certainement pas, comme en témoignent les difficultés de l’Etat américain pour recruter de nouveaux effectifs. Comme en témoignent également les actions de mères de familles pour interdire les accès des écoles aux sergents recruteurs. Nous ne sommes pas dans une période où des fractions majoritaires du prolétariat des pays les plus importants sont prêtes à soutenir l’effort de guerre de leur propre bourgeoisie, comme cela pouvait être le cas dans les années 1930. A cette époque, les prolétaires américains, anglais, allemands, français, russes, … se faisaient massacrer par millions, et massacraient, dans les armées régulières ou de résistance nationale, pour des intérêts qui n’étaient pas les leurs mais bien ceux des différentes fractions nationales de la bourgeoisie mondiale.

  • « Comment les chômeurs  peuvent-ils se mobiliser? »

Les chômeurs sont une partie de la classe ouvrière et leur lutte n’est pas différente de celle de la classe ouvrière dans son ensemble. Le fait d’être privé d’emploi, et ainsi de la proximité de camarades de lutte, rend la mobilisation plus difficile en particulier du fait de l’atomisation croissante de la vie sociale. C’est la raison pour laquelle il est important qu’ils fassent tout ce qui est possible pour rejoindre les mobilisations des ouvriers ayant encore un emploi, lorsqu’elles se produisent, et que ces derniers appellent les chômeurs à participer à leurs manifestations.

Par ailleurs, il faut être conscient que l’Etat bourgeois ne reste pas inactif vis-à-vis du potentiel explosif que représente le nombre des chômeurs. C’est la raison pour laquelle il s’emploie à les encadrer, notamment en prenant en charge certains de leurs besoins les plus vitaux, à travers la distribution de nourriture assumée par des associations, l’église, les partis de gauche à sa solde (par exemple, dans des "Comedores" en Argentine). Une telle assistance n'est évidemment pas neutre et a pour objectif de maintenir les ouvriers qui en bénéficient dans la dépendance vis-à-vis de l'Etat, sans remettre en cause les fondements de la misère. Par ailleurs, de telles institutions sont également utilisées pour dévoyer la lutte de ceux qui sont au travail vers une fausse solidarité, opposée à la solidarité de classe (comme ce fut le cas lors de la vague de lutte durant l'été 2005 en Argentine).

  • « La classe ouvrière aujourd’hui n’est-elle pas différente de celle qui fit la révolution en 1917 ? »

La classe ouvrière aujourd'hui est toujours la classe qui produit l'essentiel des richesses de la société. Elle est toujours la classe exploitée et, sans elle, le capitalisme ne peut pas exister. Quelles que soient les modifications sociologiques ayant pu intervenir en son sein, celles-ci ne modifient en rien sa nature révolutionnaire. Si lors de la vague révolutionnaire de 1917-23, la proportion d'ouvriers industriels dans l’ensemble de la classe ouvrière était certainement plus importante qu'elle ne l'est à présent, ce n'est pas pour autant qu'il n'existe pas au sein de celle-ci des secteurs autres que les ouvriers de l’industrie capables d’une grande combativité et de développer une prise de conscience. La mobilisation dans le secteur de l’enseignement en Italie en 1987 a déjà illustré ce fait en plaçant ce secteur momentanément à la pointe de la volonté de s'organiser en dehors et contre les syndicats. Les ouvriers en Russie en 1917 avaient également cette réputation, bien que ne sachant généralement pas lire, de bien connaître l'histoire de leur classe, et en particulier l'histoire de la Commune de Paris. Sur ce plan, il existe effectivement une différence puisque les nouvelles générations sont caractérisées par une ignorance assez importante de l'histoire. Mais nous avons confiance dans la capacité du prolétariat révolutionnaire à se  réapproprier sa propre histoire à mesure que les enjeux l'exigeront. Pour cela il pourra compter sur l’intervention des organisations révolutionnaires visant à susciter et accompagner un tel effort.

  • « La révolution n’est-elle pas une idée dépassée ? »

La révolution est plus que jamais une nécessité et elle est encore possible. La première vague révolutionnaire mondiale s'est développée en réaction à la plongée brutale dans la barbarie occasionnée par la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, la classe révolutionnaire chargée d'appliquer la sentence de mort que l'histoire a prononcée contre le capitalisme dispose d'énormes réserves de combativité pour développer sa lutte face à une crise économique insoluble et qui ne pourra que s'approfondir. Depuis qu'il a repris le chemin historique de sa lutte en 1968, le prolétariat a connu de nombreuses difficultés, en particulier un recul de plus de 10 ans de sa conscience et de sa combativité avec les campagnes sur « la mort du communisme » qui ont accompagné l'effondrement des régimes staliniens. Mais aujourd'hui il est de nouveau en mesure de développer, dans la lutte, sa conscience et la confiance en ses capacités révolutionnaires.

Une expérience à renouveler

C'est un bilan tout à fait positif que le CCI tire de ces quatre interventions publiques.
En plus de constituer une première pour le CCI, du fait qu’elles se déroulaient au Brésil, ces réunions ont constitué une des rares occasions qu’a eu le CCI d’effectuer une intervention commune avec une autre organisation prolétarienne[3]. Pour notre part, c'est également un bilan très positif que nous tirons de cette expérience en ce qui concerne tant la qualité de la collaboration avec l'Opposition Ouvrière que l’impact qu’a pu avoir sur l’auditoire une telle unité d’intervention. En effet, le fait que deux organisations distinctes, avec des différences ou divergences existant entre elles, s’adressent conjointement à leur classe préfigure la capacité des différents éléments de l’avant-garde révolutionnaire à travailler ensemble pour la défense de la cause qui leur est commune, la victoire de la révolution. A ce sujet, il était entendu entre nos deux organisations que, dans les interventions des réunions publiques, la priorité serait donnée à la question de l’organisation du prolétariat à travers ses propres organes que sont les conseils ouvriers pour sa lutte révolutionnaire, ainsi qu'à celle de la dénonciation de la mystification démocratique et parlementaire et du rôle contre-révolutionnaire des syndicats. Mais il était également entendu entre nous que nous ne chercherions pas à masquer des approches parfois différentes concernant les explications à telle ou telle situation, et qui se sont effectivement exprimées dans l’argumentation des uns et des autres, ou même des différences concernant telle ou telle question. Il était également convenu entre nos deux organisations que ces différences devraient faire l’objet d’un débat approfondi entre elles visant à en cerner mieux la réalité et les implications.

Pour notre part, nous sommes plus que jamais disposés à renouveler l'expérience. Encore une fois, nous remercions nos sympathisants pour la qualité de leur engagement à nos côtés et nous saluons l'Opposition Ouvrière pour son attitude ouverte et solidaire, en un mot : prolétarienne.

CCI (2 décembre 2005)


 



[1] Ce groupe, avec lequel le CCI développe une relation de discussion et collaboration politiques, appartient clairement au camp du prolétariat du fait en particulier de son engagement dans le combat internationaliste en vue de la victoire du communisme. Il démontre par ailleurs une clarté significative concernant la nature des syndicats et la mystification démocratique et électoraliste. Pour consulter son site :  http://opop.sites.uol.com.br/.

[2] L’objectif militant était cependant clairement présent dés le départ dans l’intitulé de notre présentation puisque celle-ci avait comme surtitre "Le futur appartient à la lutte de classe".

[3] Un précédent avait été constitué par la tenue d'une réunion publique commune avec la CWO (Communist Worker's Organisation), représentante du BIPR en Grande-Bretagne, à l'occasion du 80e anniversaire de la révolution de 1917. Malheureusement cette expérience n'a pas eu de suite, la CWO et plus généralement le BIPR estimant impossible de la renouveler à cause du prétendu idéalisme du CCI illustré en particulier par son analyse de l'existence d'un cours historique aux affrontements de classe.

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A propos du film "Joyeux Noël" : Les fraternisations contre la guerre n'étaient pas du cinéma

"La guerre de 14-18 comme jamais nous ne l’avions vue au cinéma". C’est ainsi que débute la critique, pour le moins dithyrambique, du magazine Historia à propos du film Joyeux Noël de Christian Carion, sorti le 9 novembre dernier dans les salles, et sélectionné pour représenter la France aux Oscars 2006.

Que peut-il y avoir de si merveilleux dans ce film qui mérite un tel engouement ?

Le cinéaste a choisi de traiter une "soirée particulière" au cours de cette vaste boucherie, celle du 24 décembre 1914, la première nuit de Noël depuis le déclenchement de la guerre en août. Ce soir-là, comme le dit Carion dans le roman inspiré de son film, "l’impensable s’est produit". Malgré l’impératif qu’ils avaient de s’entretuer, malgré la haine du "boche" ou du "französe" apprise 10 ans plus tôt sur les bancs de l’école primaire en vue de cette guerre, les soldats de part et d’autre vont, ce soir-là, poser les fusils, chanter ensemble quelques cantiques de Noël puis vont tout aussi spontanément sortir des tranchées pour se serrer la main et partager le vin, le schnaps, le pain et les cigarettes. Des parties de football seront même organisées le lendemain, d’après les archives militaires. Ce sont ces moments de fraternisations de décembre 1914 que met en scène le film.

Evidemment, la bourgeoisie ne laisse pas entrer n’importe quel film dans le Panthéon de sa grande cinémathèque, surtout lorsqu’il traite d’un sujet aussi délicat que les fraternisations de la "Grande Guerre". Alors, si elle est prête à la gratifier d’un Oscar, c’est que la version de Carion lui convient parfaitement.

En effet, si les moments du film où les soldats fraternisent ne peuvent que nous submerger d’émotions vives, la signification, ou plutôt l’absence de signification donnée à cet événement est un véritable seau d’eau glacée jeté à la face du spectateur qui ne relève que de la falsification historique.

Finalement, Noël 1914 devient une jolie et émouvante parenthèse sans lendemain, qui devra très vite se refermer parce que "les affaires" doivent nécessairement reprendre. Les dialogues entre les officiers français, britanniques et allemands sont édifiants :

"- L’issue de la guerre ne se jouera probablement pas ce soir… Personne ne nous reprochera d’avoir posé nos fusils une nuit de Noël !

- Rassurez-vous ! C’est juste pour cette nuit renchérit Horstmayer, [l’officier allemand] qui veut "rassurer" son homologue français…"

Et dans l’épilogue du roman, on peut lire en guise de conclusion : "Bien sûr, la guerre a repris ses droits (…) Lorsque Noël 1915 a pointé son nez, les états-majors avaient bien retenu la leçon et ne se sont pas laissé prendre au dépourvu : ils ont fait bombarder les secteurs trop calmes à leurs yeux. Il n’y a plus eu de fraternisations comme en 1914." Et voilà, fin de l’histoire, pour reprendre les mots d’Audebert (l’officier français), la "parenthèse est refermée".

Dès 1914, les journaux, notamment ceux d’Angleterre, sont au courant des fraternisations de Noël mais ils ne chercheront pas à les dissimuler, bien au contraire, ils en feront l’étalage dans leurs colonnes avec un traitement similaire à celui que l’on retrouve aujourd’hui dans Joyeux Noël. Ainsi, on pouvait lire dans le Manchester Guardian du 7 janvier 1915 : "‘Mais ils sont rentrés dans leurs tranchées’ pourrait dire un observateur parfaitement avisé et totalement inhumain, venu d’une autre planète, ‘et ils se sont brutalement remis à tuer et à se faire tuer. A l’évidence, cette attitude qui partait d’un bon sentiment est restée sans lendemain’. Ce à quoi, naturellement nous aurions raison de lui rétorquer qu’il y avait encore beaucoup à faire – qu’il fallait encore délivrer la Belgique de l’horrible joug qui pesait sur elle, comme il nous fallait apprendre à l’Allemagne que la culture ne pouvait être imposée par l’épée."

"Il y a encore beaucoup à faire, donc trêve de plaisanterie et regagnons nos tranchées respectives", c’est exactement ce que Carion fait dire aux soldats de son film, à l’image de l’un des personnages principaux, le soldat allemand Nikolaus qui refuse la désertion que lui propose sa belle parce que, tout de même, "Je suis soldat ici ! J’ai des devoirs, des obligations comme tous les autres !".

C’est ici, dans cette morale à deux sous, que le film dérape copieusement pour devenir une pure fiction, un fantasme de la classe dominante qui réécrit l’Histoire à sa guise et confisque de cette manière celle de la classe ouvrière.

Les fraternisations de Noël 1914 n’ont jamais été ces sortes de "miracles sans lendemain" ou "une pause, un entracte avant l’acte suivant du drame effroyable", pour reprendre l’expression de l’historien Malcolm Brown, coauteur avec Marc Ferro de Frères de tranchées (disponible en librairie un peu avant la sortie du film de Carion).

Avant décembre 1914 et bien après, tout au long de la guerre, les scènes de fraternisation se sont répétées sur tout les fronts : à l’Ouest entre soldats allemands et britanniques ou français, à l’Est entre soldats russes et allemands ou austro-hongrois, sur le front austro-italien entre soldats autrichiens et italiens. Partout, les mêmes scènes de partage de boisson, nourriture et cigarettes qui volent de tranchée à tranchée, les mêmes tentatives pour s’échanger quelques mots (certains regrettent de ne pas parler la langue de celui d’en face). Et l'on s’entend le plus souvent pour ne pas s’entretuer (les historiens eux-mêmes ont appelé ça le "vivre et laisser vivre"). Les cas de fraternisation sont parfois si poussés que les officiers sont obligés de demander à l’artillerie ennemie de canarder leurs hommes pour qu’ils daignent enfin retourner dans leurs tranchées.

L’idée selon laquelle les fraternisations étaient "sans lendemain" implique un autre mensonge que celui consistant à dire que le phénomène fut "rare et limité". Le "sans lendemain" veut dire aussi "sans espoir" de mettre un terme au carnage. Le film, appuyé par une ribambelle d’historiens bourgeois, cherche en effet à vider de tout contenu politique de tels événements. Comme le fait Marc Ferro en disant : "C’était un cri de désespoir poussé contre les offensives inutiles par des soldats qui n’en pouvaient plus… Mais elles n’ont pas été un pas vers une remise en cause de la guerre", mieux, elles n’ont "pas eu de contenu révolutionnaire".

Si un prix Nobel de la mauvaise foi existait, alors Monsieur Ferro serait un sérieux concurrent. Il est pourtant évident que des soldats que l’on envoie s’entredéchirer et qui, au contraire, posent leurs fusils pour aller se serrer la main, remettent de facto en cause la guerre.

"Ces fraternisations n’ont pas de signification politique", mais c’est tout le contraire qui est vrai. En effet, elles expriment la nature internationale de la classe ouvrière, le fait qu’elle n’a aucun intérêt à se faire massacrer pour des intérêts qui sont ceux de ses exploiteurs et de leur patrie. Les fraternisations depuis 1914 puis les mutineries de 1917 (voir RI n°285, décembre 1998) [1] sont l’expression de la révolte montante de la classe ouvrière, excédée au front comme à l’arrière par les souffrances imposées par la guerre, dont le point d’orgue sera la révolution russe de 1917. Les exemples de ce qu’annoncent les fraternisations ne manquent pas. Ainsi, le caporal Barthas rapporte qu’en décembre 1915, dans le secteur de Neuville-Saint-Vast, les tranchées étant inondées, soldats français et allemands durent sortirent et commencèrent à fraterniser. Un peu plus tard, après un discours, un soldat allemand brise son fusil dans un geste de colère, alors, écrit Barthas, "des applaudissements éclatèrent de part et d’autre et l’Internationale retentit". De même, un soldat français rapporte en janvier 1917 : " Les boches nous font signe avec leurs fusils qu’ils ne veulent plus tirer sur nous ; si on les obligeait, ils lèveraient en l’air" (lever la crosse en l’air est un signe de mutinerie). Encore dans le témoignage de Barthas, cette fois dans les Vosges en septembre 1917 : " … il y en a un [soldat allemand] qui a pris son fusil et l’a agité la crosse en l’air et il a achevé son geste en mettant son fusil en joue mais en nous tournant le dos et en visant vers l’arrière. C’était très explicite et nous en avons déduit qu’il faudrait qu’ils tirent mais vers ceux qui les menaient ".

Le mouvement ouvrier sait pertinemment la valeur et la signification des fraternisations. Lénine, lui-même, dans un article de la Pravda en date du 28 avril 1917 le dit magistralement : "Les capitalistes tournent en ridicule les fraternisations… or les ouvriers, les semi-prolétaires et paysans pauvres qui, guidés par l’instinct même des classes opprimées, marchent dans les traces des ouvriers conscients, voient les fraternisations avec la plus vive sympathie ; il est évident que les fraternisations sont une voie vers la paix."

Il est évident que cette voie ne va pas dans le sens des gouvernements capitalistes, mais va au contraire dans un sens opposé. Elle développe, renforce, consolide le sentiment de confiance fraternelle qui unit les travailleurs de différents pays. Elle commence à miner la discipline maudite des casernes-prisons… Il est évident que les fraternisations constituent une initiative révolutionnaire des masses, qu’elle signifie l’éveil de leur conscience, l’esprit de courage des classes opprimées, qu’elles sont en d’autres mots un des nœuds de la chaîne qui conduit à la révolution socialiste prolétarienne.

Vivent les fraternisations : vive la révolution socialiste mondiale prolétarienne !"

C’est cette réalité que le film Joyeux Noël fait disparaître. Il choisit les fraternisations de 1914 en escamotant leur contenu et ce qu’elles préfigurent : l’éclatement de la révolution prolétarienne de 1917 en Russie. Ce genre de film, sous couvert de bons sentiments humanistes et pacifiques " tourne en ridicule les fraternisations" pour confisquer et altérer la mémoire de la classe ouvrière et par là sa perspective révolutionnaire.

Azel (2/01/2006)

[1] Article : "Les mutins de 1917 appartiennent à la mémoire du prolétariat international, pas à celle de la nation !"

 

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Noël sous le capitalisme

Révolution Internationale n° 366 - Mars 2006

'Lutte Ouvrière' exclue de ses forums un sympathisant du CCI

Nous publions ci-dessous une lettre d’un de nos sympathisant qui a « commis le crime » de rappeler, preuves à l’appui, l’appel à voter Mitterand aux élections présidentielles de 1974 et 1981.

Pour cela, LO l’a purement est simplement interdit d’accès à ses forums !

Une telle pratique de la part de cette organisation d’extrême gauche de la bourgeoisie ne doit pas nous étonner. Comme le rappelle notre sympathisant, c’est à peu de chose près ce qui est arrivé au CCI en 1992 à la fête de LO. Quand nous avons montré ces mêmes premières pages de Lutte Ouvrière LO a immédiatement coupé le micro pour nous faire taire !

Aussi pour mémoire, sous la lettre du camarade, nous publions également les unes du journal de « Lutte Ouvrière », appelant à voter Mitterand.


Chers camarades,

Depuis quelques mois, je me suis lancé dans des discussions politiques sur des forums Internet dont celui des amis de Lutte Ouvrière. En tant que sympathisant du CCI, j’y défends les positions révolutionnaires. Autant dire que dans un forum trotskiste c’est une opération un peu kamikaze. La simple évocation du CCI leur colle des ulcères.

Récemment, j’ai posté un sujet sur le forum de LO que j’ai appelé LO et Mitterrand[1]. En fait, je me suis inspiré de votre article Dix après la mort de Mitterrand, les « trous de mémoire » d’Arlette Laguiller paru sur internet dans le Révolution Internationale de février. J’en ai cité un large extrait pour montrer qu’aujourd’hui LO fait mine de critiquer Mitterrand et la gauche alors qu’en 1974 et 1981 elle appelait en première page de son journal à voter pour ce même Mitterrand.

Cette discussion n’a pas dû leur plaire parce que depuis, l’accès de ce forum m’est interdite. D’ailleurs, la méthode employée par LO pour m’expulser vaut son pesant de cacahuètes : censure et flicage…tout un programme !

Alors que la discussion se développait, j’en ai parlé à un collègue de travail dont je connais la sensibilité pour les idées de LO (en fait, il vote à chaque élection pour cette organisation). Mais il se trouve que par rapport aux épisodes de 1974 et 1981, il m’a exprimé ses critiques à l’égard de LO et particulièrement sur leur appel de 1981 à voter Mitterrand. Au bout d’un moment, j’ai finalement réussi à le convaincre d’intervenir dans la discussion sur le forum pour qu’il exprime ses critiques. Ce qu’il a fait en utilisant, tout comme moi, les ordinateurs du boulot. Résultat somme toute logique, les messages de maurizio (mon pseudo sur Internet) et ceux de Laquille (celui du collègue) sont partis du même réseau informatique. Il n’en fallait pas plus pour les modérateurs, les flics de LO sur le forum, pour nous expulser. Ils ont profité de cette commodité, l’utilisation en commun de postes informatiques, pour nous foutre dehors. Ce serait marrant que LO vienne reprocher aux travailleurs de discuter politique au boulot et de « voler » un peu de temps aux patrons pour profiter d’Internet. Qu’elle vienne leur dire qu’ils sont « malhonnêtes », j’aimerais sincèrement voir ça !

En tout cas, en ce qui me concerne, ils ne se sont pas privés de m’insulter publiquement de « personne malhonnête ». Là, c’est vraiment le monde à l’envers. Le message du modérateur dit ceci : « Note de la modération: ce fil a été créé par Maurizio, qui a également posté des messages sous le nom de "Laquille" au bout d'un moment, pour se donner du crédit. Il faut donc le lire en ayant cette information à l'esprit. Le procédé en dit long ». C’est du grand délire mais c’est surtout franchement dégueulasse. Leur attaque est publique et je devrais avoir un droit de réponse publique, mais visiblement c’est plus commode pour eux de m’insulter sans que je puisse dire quoi que se soit pour me défendre. D’ailleurs, le modérateur du forum n’a même pas indiqué que Laquille et moi étions expulsés sans droit de réponse… laissant ainsi croire à tous les participants que je me serais éclipsé la queue entre les jambes. Un autre participant, lui aussi sympathisant du CCI, à qui j’ai expliqué toute l’affaire, a essayé de répondre à ce procédé puant mais son message a tout simplement été supprimé au bout de quelques minutes !!! Le modérateur a justifié cette mesure en affirmant que tout commentaire sur la modération était interdite donc… « circulez y’a rien à voir ». Il est évident que c’est à partir du moment où le collègue a envoyé les images des premières pages de LO de 1974 et 1981 appelant à voter Mitterrand (images que je vous avais demandé et que je me suis fait un plaisir de lui transmettre) qu’ils ont eu comme un malaise et qu’ils ont envoyé leurs tontons flingueurs pour nous faire fermer nos gueules. Bizarrement, c’est à peu de chose près ce qui est arrivé au CCI en 1992 à la fête de LO puisque c’est lorsque vous avez montré ces mêmes premières pages de Lutte Ouvrière que LO a coupé le micro pour vous faire taire.

Si le modérateur ne veut pas que je donne les explications de pourquoi mes messages et ceux de Laquille sont partis du même endroit, c’est surtout parce qu’il a trouvé là un prétexte pour me virer tout simplement du forum et en finir avec une discussion gênante. Le message d’un participant visiblement ardent défenseur de la politique et des méthodes de LO est d’ailleurs très révélatrice de la volonté de mettre un terme à cette discussion « indésirable » : « ça tourne en rond. Ce qui ne gêne pas les intervenants CCI-RIstes tant ils en ont l'habitude. Il va falloir songer à clore ». Rappeler la vérité, ils n’aiment pas du tout ça chez LO…encore plus si ça vient de sympathisants du CCI.

Flicage des ordinateurs et censure…c’est le menu stalinien des méthodes de LO et c’est plutôt ça qui en dit long.

Merci de bien vouloir me laisser un droit de réponse car je n’ai pas de site internet personnel.

maurizio


[1] Si vous voulez aller voir, voici le lien direct vers le « débat » : http://forumlo.cjb.net/index.php?showtopic=15969

Courants politiques: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

Face aux attaques de la bourgeoisie : C'est tous ensemble qu'il faut se battre

Les attaques que le gouvernement et l'ensemble de la bourgeoisie française mènent en particulier contre les jeunes générations ouvrières à travers le contrat nouvelle embauche (CNE) ou le contrat première embauche (CPE) sont accompagnées d'une intense propagande idéologique.

Que les sirènes de la bourgeoisie persuadent les uns qu'il s'agit d'une "chance", d'une "occasion à saisir" ou qu'elles poussent les autres derrière les partis de gauche et les syndicats dans de stériles journées d'action défouloirs (comme celles du 7 février ou du 7 mars) en leur faisant miroiter l'illusion d'une autre gestion possible du capitalisme, tout cela n'est que de la propagande. La classe dominante tente de profiter ainsi du fait que les jeunes générations de prolétaires n'ont aucune expérience concrète de la lutte ouvrière, contrairement à leurs aînés qui ont mené le combat dans les années 1980.

L'objectif est de tenter d'empêcher ces jeunes prolétaires de développer leur réflexion en profondeur, d'entrevoir une remise en cause du système capitaliste. Cela, en dévoyant leur réactions soit sur le terrain de la "débrouille" individualiste, soit sur celui de "la mobilisation citoyenne" où la bourgeoisie les empêche de prendre conscience de leurs conditions de prolétaires. Toute cette entreprise mystificatrice est non seulement destinée à diviser au maximum les jeunes prolétaires entre eux, à les déboussoler ; mais surtout, à les cloisonner, les isoler du reste de la classe ouvrière et à créer un fossé entre les générations ouvrières en tentant de faire apparaître le CNE ou le CPE comme un problème spécifique "pour les jeunes".

La bourgeoisie masque ainsi que des attaques comme le CNE et le CPE préparent une généralisation de la précarité à l'ensemble de la classe ouvrière. Le gouvernement Villepin a d'ailleurs annoncé la couleur en dévoilant son projet d'étendre les mêmes dispositions à tous les contrats de travail d'ici l'été prochain. Il s'agit donc d'empêcher la classe ouvrière dans son ensemble de prendre conscience que cette attaque est un révélateur de la faillite du système capitaliste.

C'est pourquoi se battre contre la précarisation croissante de l'emploi n'est nullement un combat réservé "aux jeunes". Il concerne au contraire toute la classe ouvrière.

La bourgeoisie prend ainsi les devants pour éviter une mobilisation massive contre le CNE ou le CPE. Elle tente de dévoyer et d'enrayer le sentiment spontané de sympathie dont bénéficient les jeunes générations ouvrières face à cette nouvelle attaque. L'assassinat barbare et crapuleux d'un jeune homme d'origine juive par une bande de voyous sans scrupules a constitué du pain bénit pour toute la classe politique bourgeoise afin de lancer une gigantesque campagne médiatique. Le but principal de ce battage est de jeter l'opprobre et le discrédit sur la partie de la classe ouvrière la plus déshéritée mais aussi la plus fragilisée et sans doute la moins consciente. Ainsi, les jeunes de banlieue, dont une grande partie sont d'origine immigrée, sont montrés du doigt comme un foyer potentiel de criminels racistes et antisémites. Par ailleurs, la bourgeoisie ne s'est pas privée d'évoquer le spectre des émeutes de novembre dernier et les voitures cramées. Le message est clair : ces jeunes ne sont pas que des "pauvres victimes" de la misère, du chômage, de la précarité, ils peuvent être non seulement des vandales mais aussi des bourreaux en puissance. Ainsi, cette odieuse propagande est destinée d'abord à diviser davantage les prolétaires entre eux mais plus largement à marginaliser et isoler davantage les enfants des cités de banlieue du reste de la classe ouvrière. Nous développons par ailleurs (voir article en page 2) les autres aspects idéologiques de cette campagne qui visent tous à saper la conscience des ouvriers et à paralyser l'expression de toute solidarité de classe.

Cependant, la classe ouvrière a les moyens de réagir. Lors de la grève des transports publics à New York en décembre dernier, par exemple, alors que l'attaque sur les retraites ne visait explicitement que ceux qui seraient embauchés dans le futur, nous avons déjà évoqué et salué la capacité des ouvriers de refuser une telle manœuvre de division (voir RI n°365). La grève a été largement suivie car la plupart des prolétaires avaient pleinement conscience que se battre pour l'avenir de leurs enfants, pour les générations à venir, faisait partie de leur combat de classe. Ce sont de telles manifestations de solidarité qui sont aujourd'hui une nécessité pour développer le combat de classe. C'est aussi la responsabilité des prolétaires les plus expérimentés de ne pas laisser leurs jeunes camarades isolés face aux attaques de la bourgeoisie et de ne pas se laisser piéger et diviser par ses manœuvres idéologiques. La seule réponse possible est dans le développement des luttes massives, toutes générations, tous secteurs de la classe ouvrière confondus.

W (25 février)

Géographique: 

Situations territoriales: 

Journées d'action à répétition : Les syndicats organisent la dispersion des luttes

Depuis le début de l’année, le gouvernement accélère ses attaques contre toute la classe ouvrière. Sur le terrain de la précarisation des conditions de vie de la classe ouvrière, après le contrat nouvelle embauche de l’automne dernier, Villepin nous a sorti le contrat première embauche, destiné plus spécialement à imposer aux moins de 26 ans des conditions d’exploitation aggravées. Dans la fonction publique, ce sont entre 20 000 et 25 000 emplois qui vont sauter. France Telecom va licencier 17 000 employés et, dans l’ensemble du secteur privé, les fermetures d’entreprises et les licenciements qui les accompagnent sont en constante augmentation. Pendant ce temps, le gouvernement veut faire croire qu'il fait baisser le chômage alors qu'il ne fait qu'accentuer la pression sur les chômeurs et éjecter des milliers d’entre eux des listes de l’ANPE.

Face à cette offensive en règle du capital français, les syndicats sont montés au créneau et ont organisé toute une série de journées d’action, alors qu’ils étaient restés particulièrement silencieux depuis le mois d’octobre.

Le 2 février, nous avons eu droit au spectacle de "l’unité syndicale", CGT, FO, FSU, CFDT, UNSA, CGC, etc. appelant à manifester contre les accords salariaux passés dans la fonction publique… accords déjà entérinés quelques jours auparavant par des négociations entre la CFDT, la CFTC, l’UNSA et le gouvernement.

Le 7, l’ensemble des syndicats ainsi que les organisations lycéennes et étudiantes appelaient à manifester contre le CPE, en pleines vacances scolaires, ce qui n’empêchait pas que le texte soit voté au parlement dans la nuit du 8 au 9 février. Le 16, le 20 puis le 23 février, les appels à des manifestations sur tout le territoire se répétaient, de la part des organisations de jeunesse et de la CGT en particulier. Et c’est encore pour le 7 mars que FO, rapidement suivie par l’ensemble des syndicats, proposait une journée d’action interprofessionnelle pour le retrait du CPE.

Tout cela donne ainsi l’impression d’une riposte en règle de la part des syndicats pour contraindre Villepin à retirer le CPE, pendant que ce dernier multiplie les déclarations provocatrices du type : "Le CPE, c’est plus de chance sur le marché du travail et plus de sécurité dans l’emploi." Il est évident qu’il n’en est rien et que ce "contrat" est un marché de dupes, mais il s’agit de donner du grain à moudre aux syndicats pour mieux donner l’illusion qu’ils se mobilisent pour défendre les intérêts de la classe ouvrière.

En effet, ces journées d’action n’ont aucunement pour objectif de pousser le gouvernement à retirer ses mesures anti-ouvrières mais, tout au contraire, à les faire passer en déboussolant la classe ouvrière et en défoulant une partie de la combativité comme on l’a vu lors de certaines manifestations lycéennes et étudiantes en province.

La multiplication de ces mobilisations syndicales, cet éparpillement d’une prétendue riposte sont des manœuvres de sabotage de la lutte. En mettant en avant des revendications particulières à tel ou tel secteur de la classe ouvrière, les syndicats organisent la division voire l’opposition des ouvriers entre eux. Et même lorsqu’ils font semblant de mobiliser les ouvriers "tous ensemble", c’est pour mieux mettre en avant dans les manifestations des intérêts catégoriels et spécifiques. Les ouvriers ne peuvent rien en retirer qu’un sentiment d’impuissance, de lutte stérile et sans lendemain qui débouche sur la démobilisation et la démoralisation. C’est ce que cherchent les syndicats, qui en rajouteront une couche en cherchant de surcroît à culpabiliser les ouvriers eux-mêmes en les rendant responsables de leurs conditions de misère, parce qu'ils ne se mobiliseraient pas assez dans les journées d'action à répétition.

Le but recherché aujourd’hui est de créer une fausse impression de riposte qui serait menée par les organisations syndicales et de faire barrage à des initiatives de la part de la classe ouvrière. Ceci afin de mieux saboter la prise de conscience de la nécessité pour les ouvriers de prendre leurs luttes en main et que c’est réellement tous ensemble qu’il faut lutter, que l’on soit du privé ou du public, jeunes ou vieux, au chômage ou au travail.

Cependant, cette nécessité commence de plus en plus clairement à germer dans les rangs ouvriers, bien que la réflexion soit encore embryonnaire et limitée à une minorité dans la classe ouvrière.

Ainsi, lors des interventions du CCI dans certaines de ces mobilisations, nous avons eu de nombreuses discussions avec des manifestants. Lors de la manifestation du 2 février à Paris en particulier, dans une ambiance d’encadrement syndical sinistre et apathique, soigneusement organisée par des syndicats qui avaient fait en sorte de saucissonner le défilé en paquets bien encadrés par les différents services d’ordre derrière les banderoles de chaque chapelle syndicale, les critiques fusaient de la part d’ouvriers (dont des syndicalistes) qui suivaient le cortège sur les trottoirs. "On est là mais ça ne sert à rien" "Ce type de manif ne sert à rien." "C’est du sabotage." Ou encore plus précisément : "Ce qu’il faut, c’est la révolution." De telles réflexions sont exemplaires d’un état d’esprit qui se développe dans la classe ouvrière, celui du besoin de lutter pour ne pas se faire avoir, mais pas n’importe comment, ainsi que d’une certaine prise de conscience que les syndicats ne font que nous balader.

Bien qu’elle ne soit que naissante, cette dernière est significative du tournant qui s’opère depuis quelques années dans la classe ouvrière. Et c’est pour cette raison que les gauchistes, trotskistes en tête, montrent autant de dynamisme dans le recrutement de jeunes lycéens et étudiants, comme on a pu le voir dans la manifestation du 7 février, car toute une réflexion en profondeur se développe dans la tête de ces futurs exploités. En particulier, quand une réelle méfiance par rapport aux centrales syndicales existe chez les jeunes, les trotskistes se chargent de la récupérer, non pas pour développer une conscience claire de la nécessité de détruire le capitalisme, mais pour mieux les rabattre dans le carcan du syndicalisme, avec l’illusion mortelle qu’on peut réformer le capitalisme.

Les syndicats et les gauchistes ne sont nullement les ennemis du gouvernement et du patronat, ils sont au contraire les meilleurs alliés de la bourgeoisie et les meilleurs défenseurs de ses attaques anti-ouvrières.

Mulan (25 février)

Situations territoriales: 

Récent et en cours: 

Du procès d'Outreau au "gang des barbares" : La pourriture de la propagande bourgeoise contre la classe ouvrière

Entre l'affaire d'Outreau et le fait divers du gang des barbares de Bagneux, l'actualité des dernières semaines fut particulièrement sordide. Torture, meurtre, enfants violés, vies détruites… l'étalement de toutes ces horreurs  met à nu le pourrissement de cette société.

Mais ce qui confine à l'écœurement, c'est l'exploitation cynique  par  la bourgeoisie de ces atrocités. Sans aucune vergogne, les médias et les hommes politiques de tous bords se sont jetés sur ces événements tels des charognards. En braquant ainsi tous les projecteurs sur des monstruosités et des individus en particulier, la bourgeoisie a cherché à jeter une ombre sur la misère et la barbarie générales de son système.

Un battage médiatique  au service de la bourgeoisie

Dans la presse, les magazines, les émissions spéciales et les 20 heures, le procès d'Outreau et ses suites tiennent le haut du pavé de l'information. Non seulement, le juge d'instruction  tout désigné comme bouc-émissaire a été jeté dans la fosse aux lions pendant des heures sous l'œil de caméras de télévision mais, comment ne pas éprouver un malaise devant l'aspect dégradant,  choquant et indécent du spectacle de télé-réalité organisé auquel nous avons été conviés : celui d'hommes et de femmes tardivement innocentés  (sans compter le drame de 25 enfants traumatisés à vie et séparés de leurs parents) dont les vies ont été irrémédiablement broyées, saccagées et qui sont jetés en pâture au spectacle télévisuel. Leur désarroi, voire leur désespoir, est exploité pour les balader comme des zombies errants de tribunaux en prétoires, de caméras en micros pour répéter sans fin leur haine parfois, leur incompréhension et leur hébétude. Pourquoi ? A quoi peut bien servir un tel déballage de souffrance ?

Ce flot de propagande pousse chaque "citoyen" à prendre partie et à se prononcer pour savoir qui doit être tenu pour responsable de ce fiasco. On voudrait nous faire croire, soit que l'erreur est à la charge d'un juge d'une immaturité flagrante, soit que la faute incombe à un appareil juridique inadapté. Quelle hypocrisie ! Avec un cynisme incroyable quand on sait qu'à Outreau pas moins de 67 magistrats ont participé au dossier d'instruction en soutenant et cautionnant les décisions du juge Burgaud, la bourgeoisie déploie la politique du bouc-émissaire en faisant porter le chapeau à un magistrat, lâché par ses corélligionnaires et livré au réquisitoire implacable d'une commission d'enquête parlementaire de circonstance. La vrai responsabilité ne repose pas sur tel ou tel individu ni sur une justice imparfaite mais sur l'ensemble de la bourgeoisie. C'est pour défendre ses intérêts, pour développer une propagande mystificatrice qu'elle a jeté en 2001 son appareil judiciaire sur un événement sordide et local stigmatisant la pédophilie.

La focalisation des médias sur un fait divers n'est en effet jamais gratuite. A l'origine, ce gigantesque battage médiatique a permis de frapper les esprits  face à la "découverte", particulièrement horrible et monstrueuse, d'un vaste réseau pédophile impliquant une vingtaine de personnes. Le retentissement  avait été comparable à l'affaire Dutroux en Belgique en 1996. La publicité était à la mesure de ce qu'on nous présentait avec cynisme comme un des plus "fameux procès du siècle". Alors que les affaires de pédophilie se multipliaient, ce procès devait être "exemplaire" de la fermeté de la justice. L'heure n'était pas à la prudence… les chiens étaient lâchés.

La réalité, c'est que plus un phénomène paraît horrible et monstrueux, plus il sert à masquer l'horreur et la monstruosité du système social qui l'engendre. Car l'objectif principal de cette vaste campagne idéologique était d'empêcher la remise en cause du système capitaliste dans son ensemble. Il s'agissait de masquer que le véritable responsable de la multiplication de pratiques sexuelles perverses et criminelles, notamment contre des enfants, c'est le capitalisme. La misère et la barbarie que le capitalisme porte en lui et qu'il diffuse à profusion tous les jours partout sur la planète sont indissolublement liées à une misère sexuelle et affective grandissante pour l'humanité. La réduction à des rapports humains marchands pousse à la frustration, au sadisme, à la violence et à la perversion. Ce sont les produits contaminés d'une société capitaliste pourrissante et déshumanisée qui s'enfonce dans le fumier de sa propre dégénérescence.

C'est le lien profond entre l'existence du capitalisme et la putréfaction des rapports sociaux que cette propagande médiatique et judiciaire cherchait à masquer. Et il ne faut pas croire qu'à travers toutes les commissions parlementaires actuelles ou les excuses gouvernementales, l'esprit qui anime les dirigeants politiques et les médias est aujourd'hui différent ou plus humain.

Derrière la prétendue remise en cause des institutions judiciaires, la dénonciation des "dysfonctionnements de la machine judiciaire", il s'agit encore et toujours de semer un maximum d'illusions sur la possibilité de réformer la justice.

Une diversion dirigée contre la classe ouvrière

 Avec l'affaire du "gang des Barbares", la bourgeoisie utilise de nouveau l'horreur au service de sa propagande.L'enlèvement crapuleux et le  meurtre sadique d'Ilan Halimi constituent une nouvelle manifestation édifiante de la décomposition du tissu social et le reflet abject d'un monde où il s'agit de gagner de l'argent par n'importe quel moyen. Mais l'énorme publicité médiatique là encore assurée à cet événement a permis d'en dénaturer le sens. S'il a été bruyamment présenté comme un "crime raciste et antisémite", c'est en fait que la bourgeoisie y trouvait son intérêt. Toute la classe politique a cyniquement exploité et instrumentalisé cet horrible assassinat pour appeler la population à une "union sacrée" autour de la défense des valeurs citoyennes et démocratiques. Ainsi, de l'extrême gauche jusqu'à … Le Pen, tous ont sauté sur l'occasion pour appeler à une grande manifestation à Paris sur le thème de "l'antiracisme". Plus insidieusement, c'est la jeunesse immigrée de banlieue, majoritairement noire ou maghrébine, qui se retrouve potentiellement stigmatisée et sur  laquelle on fait retomber le soupçon de racisme et d'antisémitisme. Le déclenchement de cette campagne, elle-même vécue comme une provocation par ceux qui sont ainsi montrés du doigt, ne peut en retour que mettre de l'huile sur le feu, attiser pour de bon des réflexes racistes et développer  un climat de haine et de tension entre communautés ethniques.

La fonction idéologique la plus pernicieuse de ce type de propagande est qu'elle participe d'une entreprise systématique pour saper la confiance et la solidarité des prolétaires entre eux. Une partie de la classe ouvrière est opposée à une autre. La bourgeoisie dresse des barrières entre différentes communautés ethniques ou religieuses pour mieux diviser les prolétaires entre eux. Plus largement, la classe dominante a recours à cette méthode pour alimenter une méfiance généralisée envers l'autre, pour susciter un sentiment de peur et d'insécurité envers lui. On pousse chacun à percevoir le collègue de travail, le voisin de palier,  l'enseignant,   les parents des copains de vos enfants, le quidam qui vous aborde dans le la rue, dans les transports, comme un ennemi potentiel susceptible d'être reconnu demain comme un individu asocial, un assassin monstrueux, un terroriste intégriste ou un dangereux pédophile. Cette entreprise vise à alimenter un sentiment d'isolement, d'atomisation individuelle parmi les exploités. La presse a d'ailleurs enfoncé le clou en multipliant les témoignages de voisins n'ayant rien vu ni rien entendu ou se déclarant sidérés d'avoir côtoyé si longtemps tel ou tel criminel qui paraissait si poli, calme et gentil. Le message ici délivré est qu'en banlieue, les prolétaires vivent cloîtrés, sans se soucier de l'autre. Plus écœurant encore, les commentaires journalistiques insinuaient que même ceux qui savaient n'ont pas réagi par peur et indifférence. Il s'agit d'entretenir à tout prix la division entre les ouvriers. La bourgeoisie et ses médias tentent ainsi d'empêcher les prolétaires de se reconnaître entre eux comme ayant les mêmes intérêts de classe à défendre et de les détourner de la nécessité de lutter ensemble face aux attaques massives du capitalisme. Elle cherche, derrière cette propagande, à briser la force collective que représente la classe ouvrière et à étouffer dans l'œuf tout élan de solidarité potentielle entre prolétaires. Il s'agit en fait de les empêcher de prendre conscience de la force collective qu'ils représentent et de s'opposer à leur unification qui n'est possible qu'à travers le développement de leurs luttes sur un terrain de classe.

Wim (23 février)

Situations territoriales: 

Questions théoriques: 

Epidémie de chikungunya : Le capitalisme est une maladie mortelle

Il est aujourd’hui encore très difficile de faire un réel bilan humain de l’épidémie de chikungunya qui frappe depuis près d’un an l’île de la Réunion. Officiellement, nous en sommes à 52 décès ; et 110 000 personnes sur une population totale d’environ 700 000 habitants auraient été touchées ([1]). Soit plus d’un habitant sur sept !

Mais en réalité l’horreur va certainement bien au-delà. Durant l’année 2005, les statistiques notent une augmentation significative de la mortalité sur l’île. Un communiqué publié par le ministère de la santé précise ainsi "On compte [...] en 2005, 396 décès de plus qu‘en 2004, 258 de plus qu’en 2003" (Libération du 17 février). De plus, les scientifiques n’ont pour l’instant aucune idée des conséquences sur les enfants nés de mères infectées. Ils constatent néanmoins d’ores et déjà des pathologies d’encéphalites chez ces bébés.

Et le pire reste encore à venir. Alors que durant toute l’année 2005, ‘seulement’ 10 000 cas avaient été recensés, nous en somme déjà à plus de 100 000 depuis le début 2006. Le rythme de contagion ne cesse de s’accélérer : elle est aujourd’hui de 22 000 nouveaux cas par semaine !

Sous le capitalisme, une vie humaine ne vaut pas grand chose

Comment une situation aussi désastreuse a pu voir le jour ? Le chikungunya est-elle une maladie si virulente et si incontrôlable ? Absolument pas.

Si une cinquantaine de personnes sont mortes au cours de ces derniers mois, c’est tout simplement parce que l’Etat français n’a strictement rien fait pour lutter contre la maladie. Qu’on en juge ! Lors de la déclaration des premiers cas en février 2005, aucune précaution n'a été prise pour procéder à l'isolement réel (hospitalisation) ou seulement virtuel (protection à domicile des porteurs de la maladie). Pourtant, les Aedes (l'espèce de moustiques vecteur de la maladie) devient porteur en piquant un être malade. Une simple mesure de quarantaine aurait donc pu suffire dès le départ à enrayer la propagation. Quand les cas ont commencé à se multiplier, l'Etat a réagi en… attendant l'hiver austral, spéculant sur une extinction spontanée des Aedes. En novembre 2005, alors que les autorités reconnaissent enfin officiellement au Sénat une "véritable catastrophe sanitaire" qui "ravage l'île", le ministère de la santé attend encore un mois pour réagir. Et pour faire quoi ? Pour débloquer la somme de 52 000 Euros et un renfort de 20 personnes pour poursuivre la  démoustication. A l'aune de ces quelques deniers, la déclaration de Xavier Bertrand du 30 janvier affirmant sur le sol réunionnais qu'il lance une "stratégie globale de lutte pour ne pas se faire prendre de vitesse" apparaît aussi ridicule que révoltante.

A partir de février 2006, le nombre de morts commence à inquiéter. L'Etat bombe le torse, se veut protecteur et rassurant. Il prend les choses en main en le clamant haut et fort. Le quotidien Libération titre ainsi "La France accentue son effort" (le 9 février 2006). Seulement, encore une fois, la réalité des moyens débloqués est dérisoire. Le 8 février, le ministre Xavier Bertrand annonce que la situation s’est aggravée puis annonce triomphalement une série de nouvelles mesures : augmentation de la capacité d'accueil des hôpitaux de 65 lits et envoi de 30 infirmiers et 20 médecins (Libération du 9 février). Il faut le lire et le relire encore pour le croire : contre 20 000 nouveaux malades chaque semaine, l'Etat 'offre' 65 lits, 30 infirmiers et 20 médecins !

Sous le capitalisme, la recherche médicale est un secteur économique comme un autre

La lenteur de la réaction et la médiocrité des moyens mis en place révèlent quelle valeur a la vie humaine pour la bourgeoisie et son Etat : moins que rien.

Mais le cynisme n'a pas de limite. Les responsables et les médias aux ordres avancent comme excuse la méconnaissance de la maladie. Un communiqué du ministère délégué à la recherche indique ainsi qu'il s'agit maintenant de "mieux comprendre, connaître et surtout mieux combattre cette maladie émergente". Le chikungunya, une maladie émergente, une maladie nouvelle et méconnue ? De qui se moque t-on ? Ce virus est connu de longue date. Il a été identifié la première fois en Ouganda en 1953 ! Il y a plus de 50 ans ! Depuis, il circule en permanence en Afrique de l'Est, en Asie du Sud-Est et dans le sous-continent indien. Et il ne faut pas croire que la recherche scientifique s'est désintéressée depuis tout ce temps de ce virus. Au contraire, des centaines de millions de dollars lui ont été consacrés pour… en faire une arme de guerre. Le 24 septembre 2001, 13 jours après l'attaque des Twin Towers, l'OMS avait établi une liste concernant les agents biologiques susceptibles d'être utilisés à des fins terroristes. Parmi eux figurait en septième position l’inoculation du virus du chikungunya. Plus loin dans le temps, dans les années 1980, l'armée américaine s'était intéressée à en faire une arme bactériologique. Et par contre pas un   sou pour la recherche médicale. Aucun vaccin, pas le moindre médicament. Il n’y a aucune rentabilité économique à investir pour soigner des populations misérables.

La mortalité est un produit de la misère

Ce qui surprend le plus le corps médical est la nature mortelle de certaines contaminations. Jusqu' alors, le chikungunya était considérée comme une maladie grave, entraînant des troubles importants et parfois des séquelles mais nullement mortelle. Chikungunya signifie littéralement "marcher  courbé". Pourquoi aujourd'hui ce virus tue-t-il ? Les 52 décès officiellement reconnus sur l'île de la Réunion concernaient des patients déjà fragilisés par d'autres pathologies. En d'autres termes, si le chikungunya fait aujourd'hui des ravages, c'est qu'il touche des populations affaiblies. Comme toute les maladies, ce virus trouve dans la misère le terreau le plus fertile à son développement et à sa virulence.

Ce n'est donc pas un hasard si cette épidémie dépasse largement les frontières de la petite île et commence à toucher toutes les régions bordant l’océan Indien : aux Seychelles, à Mayotte, sur l'île Maurice, à Madagascar… Et cette liste ne fait que s'allonger.

La façon dont la maladie touche l’île de Madagascar est particulièrement caractéristique du développement des maladies au fur et à mesure que la capitalisme pourrit sur pied. Dans les hôpitaux, les médecins sont incapables d'établir un quelconque diagnostic quand les malades débarquent aux urgences. Pourquoi ? Tout simplement parce que le nombre de maladies répandues dans la population est considérable. Les symptômes du chikungunya peuvent être ainsi confondus avec ceux du paludisme, de la dengue ou autre arbovirose. Et les médecins en viennent à espérer que le malade soit touché par le chikungunya car c'est la maladie la moins mortelle du lot !

L'avenir du capitalisme, c'est plus de misère et plus d'épidémies

Face au chikungunya, la bourgeoisie a encore une fois montré toute son incurie 3 ans après les 15000 morts de la canicule en France méropolitaine. Cette classe domine un système qui est incapable de protéger la population. Pire, en développant la misère, elle livre sans soin une population affaiblie aux ravages de tous les virus qui passent.

C'est pourquoi tous les discours sur le sacro-saint principe de précaution, sur les mesures préparatoires afin de faire face à la grippe aviaire ne sont que de grossiers mensonges.

Chikungunya, paludisme, sida, retour de la lèpre et de la tuberculose pour des pans entiers du globe, voilà la seule promesse d'avenir que le capitalisme sera capable de tenir !

 

Pawel (20 février)



[1] Une semaine après l'écriture de cet article, il faut noter que le décompte des victimes est déjà passé à 150 000 malades et 77 morts.

Situations territoriales: 

Grève aux usines SEAT en Espagne : Notre intervention face au sabotage de la lutte par les syndicats

Nous publions ici un bilan de notre intervention dans la lutte des travailleurs de SEAT contre les licenciements ([1]). Cette intervention a eu comme axe principal celui de soutenir le début d’une lutte ouvrière authentique et de dénoncer le sabotage syndical de cette manifestation de combativité et de solidarité ouvrières. Si nous publions un compte-rendu de ce qui a été défendu par notre organisation aux portes des usines de SEAT, lors des assemblées, dans les manifestations, c’est justement pour montrer que l’alternative : ou bien on accepte ce que les syndicats organisent ou bien on reste, démoralisés, à ruminer notre impuissance, est une alternative fausse. Une autre idée fausse est celle qui prétend que l’activité d’une organisation révolutionnaire serait celle d’une espèce de club organisant des débats stériles et distants. Notre intervention chez SEAT a montré que nos positions politiques, fruits des leçons de plus de 200 ans de luttes ouvrières contre l’exploitation, peuvent et doivent se concrétiser en propositions et en orientations pour renforcer la lutte des travailleurs d’aujourd’hui et de demain, et les mettre en garde contre les pièges de leurs ennemis. Nous sommes allés dire aux travailleurs : "Faites des assemblées pour diriger vous-mêmes votre lutte", "Ne vous laissez pas diviser" "Ne laissez pas casser votre combativité avec des mobilisations qui vous affaiblissent et vous isolent, à travers lesquelles ceux qui vous ont trahi essaient de récupérer votre confiance", …

Ainsi, nous avons dit à haute voix ce qu’un bon nombre de travailleurs de SEAT ou de n’importe quel autre secteur ou n’importe quel pays pensent sans oser l’exprimer ouvertement. Et nous continuerons à le faire parce que ce sont les bases de la véritable lutte ouvrière, celle du 23 décembre chez SEAT, dans l’automobile en Allemagne en 2004, en Argentine l’an dernier,… C’est la seule manière pour que la classe exploitée gagne en solidarité, en force, en confiance en elle-même pour s’opposer au capitalisme.

Voici ce que nous avons défendu dès le premier moment de notre intervention comme l'exprime le premier communiqué que nous avons réalisé dans les premiers jours de janvier et dont nous reproduisons ici quelques extraits :

Intervention du CCI en solidarité avec les travailleurs de SEAT

Avec nos forces limitées, nous nous sommes mobilisés pour soutenir les travailleurs de SEAT. Lundi 2 janvier, à 5h30 du matin, premier jour après la parenthèse des vacances, nous sommes allés aux portes de SEAT pour y distribuer notre tract "Pour lutter il faut affronter le sabotage syndical"[2].

Cette action est en continuité avec notre présence active dans la lutte chez SEAT : aux portes de l’usine d’abord depuis le mois d’octobre, dans les manifestations par la suite (voir notre tract : "SEAT: Sauver l’entreprise veut dire : licenciements et contrats poubelle. La réponse c’est la lutte ouvrière !"[3] et le 23 décembre, lorsque la grève spontanée a éclaté.

Aux portes de l’usine il y avait un groupe de licenciés de SEAT. C’est une initiative très positive de ne pas rester chez soi, de s’adresser aux camarades qui tôt ou tard pourront être eux aussi victimes de licenciement. Ils scandaient : "Non aux licenciements", "Aujourd’hui c’est nous, demain ça pourrait être vous", ils dénonçaient les syndicats signataires du pacte des 660 licenciements. Il est important d'éviter la séparation entre les camarades licenciés et ceux qui restent. L’unité est nécessaire et cette action va dans le sens de la défendre. Les licenciés ne doivent pas rester isolés, il faut rejeter fermement toutes les mesures qui vont dans le sens de l’isolement, du chacun pour soi, comme celle de se présenter devant les tribunaux pour exiger le licenciement individuel, cas par cas.

Nous soutenons les camarades : REINTEGRATION DES LICENCIÉS. AUCUN LICENCIEMENT. Une idée qui pourrait être utile : organiser des délégations vers les autres usines, les quartiers, les autres lieux de travail, poser le problème des licenciements chez SEAT, demandant la vraie solidarité : aujourd’hui pour moi, demain pour toi. Lutter aujourd’hui pour empêcher les licenciements chez SEAT c’est développer les forces pour lutter contre de futurs licenciements dans d’autres entreprises, dans d’autres secteurs. Beaucoup de travailleurs sont attentifs à ce que font les camarades de SEAT et ils se sentent stimulés par leur lutte.

D’autres camarades se joignent à notre intervention

Nous avons reçu des lettres de soutien de la part des camarades qui ont montré leur disposition à nous aider dans notre intervention solidaire. Il y a des camarades qui collaborent avec nous dans la distribution des tracts dans les usines et les quartiers. Un camarade nous a envoyé la prise de position suivante :

"Chers camarades : je viens de recevoir aujourd’hui même, 28 [décembre], votre courrier avec votre tract sur SEAT, et je vous répond de suite et brièvement :

Le tract résume, à mon avis, d’une façon approfondie les événements de SEAT. C’est une analyse parfaitement juste, surtout en ce qui concerne l’importance qualitative de la tentative des travailleurs pour entreprendre leur lutte autonome en brisant les brides syndicales et le reste de l’appareil d’Etat et du patronat qui sont derrière les syndicats. Je salue donc votre intervention, je me solidarise avec son contenu et avec les travailleurs qui, malgré la police syndicale, se sont mis en grève spontanée, c’est cela qui est vraiment significatif. Je ne pense pas que la CGT[4] s’en tire, de ce rapport de force, aussi renforcée que certains le prétendent, étant donné que les illusions non seulement sur les syndicats mais aussi sur le syndicalisme sont en train de tomber chez les travailleurs. Etre affilié à un syndicat ne sert même pas de garantie pour ne pas être inclus dans la charrette du dernier "plan social". Il va y avoir une réflexion chez les ouvriers sur cet aspect. Il faut dénoncer très spécialement le syndicalisme radical, proposant même aux travailleurs de demander la démission des délégués du comité d’entreprise et de la table de négociation, etc. Signé : German".

Cette mobilisation de nos camarades est une grande satisfaction pour nous et renforce notre détermination à continuer le combat.

Nous avons pris position sur la "Lettre" que les licencié(e)s de SEAT ont adressée au PDG de l’entreprise :

"Camarades :

Nous voulons d’abord vous exprimer notre solidarité sans faille et ajouter notre voix pour que le cri "réintégration des licenciés, aucun licenciements de plus", se fasse entendre le plus fort possible.

En deuxième lieu, nous vous proposons ceci : Pourquoi ne pas faire une lettre adressée à tous les travailleurs ? Voilà ce que faisaient d’habitude les licenciés lors des luttes des années 70 : c’est une bonne tradition que nous devrions reprendre. Une lettre montrant que les licenciements de SEAT sont le couronnement de bien d’autres qui s’étaient produits auparavant : par exemple chez Gearbox, ou à Unidad Hermética, ou dans Papelera etc., et l’annonce de beaucoup d’autres dans bien d’autres entreprises, SEAT elle-même y incluse, comme le PDG l’a lui-même annoncé avec toute son arrogance hypocrite, une fois signé l’accord de la honte de ce 15 décembre. Une lettre pour dire qu’aujourd’hui c’est vous, mais demain ce sera peut-être le tour de beaucoup d’autres. Une lettre pour demander la solidarité de tous les travailleurs, dans le sens de la vrai solidarité : aujourd’hui pour toi, demain pour moi, aujourd’hui pour les camarades de SEAT de sorte que demain ils aient de la force face aux nouveaux licenciements. Cette solidarité aurait pu se concrétiser dans la convocation d’une manifestation au centre de Barcelone où des travailleurs de toutes les entreprises sans distinction de secteur, sexe ou nationalité, puissent se rendre. Une manifestation unitaire pour dire clairement au patronat, au Gouvernement et aux deux syndicats majoritaires que les ouvriers en ont marre et qu’ils ne se laisseront plus agresser, une manif pour pouvoir sentir dans la pratique la force des travailleurs.

Dans votre lettre apparaît l’idée suivante : "…et laissez [s’adressant au PDG] que SEAT continue à être ce quelle a toujours été, une entreprise espagnole, vraiment compétitive, avec ses problèmes mais sans licenciements.". Nous vivons dans une société où la concurrence est la loi. Les nations se font une concurrence à mort entre elles pour le partage du marché mondial. Le slogan hitlérien "Exporter ou mourir" pourrait être le leur. De la même façon, les entreprises se font une concurrence féroce dans leur secteur. Dans cette concurrence il y a des Etats qui gagnent et d’autres qui perdent, des entreprises qui s’imposent au détriment des autres. Cependant, aussi bien chez les gagnantes que chez les perdantes, il y a ceux qui perdent toujours : les travailleurs et la plupart des humains. Chez les gagnants parce que pour être compétitifs ils vont licencier, étendre la précarité, baisser les salaires, imposer des horaires d’enfer, avec des trucs comme les "bourses d’heures". Chez les perdants, parce qu’on ferme les usines, ils licencient des gens pour se maintenir un peu hors de l’eau. C’est la compétitivité qui est à la base des licenciements, de la précarité, de l’attaque contre nos conditions de vie. Nous, les travailleurs, comme le reste des êtres humains, avons besoin de nous nourrir, nous habiller, de vivre sous un toit, digne d’un avenir pour nos enfants, des nécessités que nous ne pouvons pas faire dépendre du fait que l’Espagne ou l’entreprise soient compétitives. Le capitalisme est un système où la vie est sacrifiée à la production, alors que la société à laquelle les travailleurs aspirent est une société où la production sera au service de la vie. A leur compétitivité nous devons opposer notre solidarité.

Salut, camarades. Solidarité et lutte !"

Dans un autre article : "Leçons de la lutte chez SEAT,..."[5], nous mettons en avant que les syndicats ont tout fait pour retarder et escamoter la vraie lutte et cela depuis septembre, comptant sur la démobilisation des vacances de Noël pour que l’indignation et la combativité du 23 décembre se dilue. La CGT qui avait assumé le "parrainage" des licenciés, s'est arrangée pour que n'ait lieu en tout et pour tout qu'un seul rassemblement des travailleurs de SEAT dans les 10 jours suivant le 23 décembre. Et encore s'agissait-il d'une réunion éloignée de l’usine où ne pouvaient participer que les licenciés. Nous y sommes allés quand même, nous avons diffusé nos tracts, nous avons discuté avec les présents à l’assemblée, et nous avons de suite rédigé un deuxième communiqué sur notre intervention que nous résumons ci-dessous.

L'assemblée du 2 janvier

Ce court texte n’a pas la prétention de faire une analyse, mais d’informer sur comment nous avons continué notre intervention face à la situation générée par les licenciements chez SEAT.

Le 3 janvier une Assemblée de Licencié(e)s de SEAT était convoquée. Elle était organisée par la CGT et elle a été perçue ainsi : "La CGT nous a informé hier que ce sont les camarades licencié(e)s qui assisteront à l’assemblée et c’est eux qui décideront le type d’action à mener. Les autres camarades de la CGT ou d’autres syndicats et organisations anti-capitalistes comprenons que nous devons être présents à l’extérieur du lieu de l’assemblée, pour montrer notre soutien à ces camarades et pour bien monter que, bien que ce soit eux qui doivent mener la lutte, ils ne sont pas seuls… La majorité des camarades consultés pensent qu’une fois que l’assemblée aura décidé des actions à mener, nous pourrons montrer notre solidarité" (Kaosenlared 2-1-06[6]). Dans le forum Internet Alasbarricadas une personne qui signait "Cegetero" (Cégétiste) signalait : "Attention : la convocation à l’assemblée de SEAT n’est pas claire. Sur l’affiche en tête et autour du dessin y est écrit : contre les licenciements de SEAT, sois présent ! Mais sur l’en-tête de la nouvelle dans Rojo y negro[7] il y est dit : Assemblée des licencié(e)s de SEAT. Autrement dit, on ne fait pas appel à tous les effectifs de SEAT, mais seulement aux personnes licenciées. Plus bas il est écrit qu’on ne laissera pas entrer les affilié(e)s de la CGT qui n’appartiennent pas à SEAT".

Il faut que les travailleurs décident par eux-mêmes. Mais cela ne veut pas dire du tout qu’ils ne puissent pas compter sur la participation, l’aide et le soutien d’autres secteurs ou sur les apports de militants organisés etc. La présence d’autres secteurs de la classe ouvrière est encourageante, elle permet d’oser entreprendre des actions dont on ne se sentirait pas capables si on était seuls et isolés. De plus, les affaires d’un secteur de la classe ouvrière sont les affaires de toute la classe ouvrière, parce que ce sont des problèmes qui touchent tout le monde : licenciements, précarité, bas salaires etc.

Et voilà qu’on ne permet même pas l’entrée aux travailleurs de SEAT qui n’ont pas été licenciés ! Quelle unité peut se développer dans de telles conditions ? Et, par ailleurs, même les affilié(e)s d’autres secteurs et d’autres entreprises ne sont pas autorisés à entrer.

L’argument peut paraître très "démocratique" : seuls ceux qui sont touchés doivent décider. Mais, est-ce que les travailleurs n’ont pas la capacité de jugement pour savoir quelles sont les propositions qui leur conviennent ? Pourquoi faut-il les "protéger d’influences extérieures" ?

Tout cela ne conduit qu'à l’enfermement et à l’isolement des licenciés, leur séparation par rapport au reste de la classe ouvrière, en commençant par leurs propres camarades de SEAT. Ceci ne peut que les entraîner vers un sentiment d’impuissance, d’abandon, vers cette idée si répendue dans cette société d’individualisme et de concurrence, comme quoi chacun doit "se débrouiller comme il le peut", vers la méfiance vis-à-vis du "reste du monde" qui ne "devrait pas s’immiscer".

Aux portes de la salle et sur les différents lieux où les ouvriers se réunissaient, nos militants ont distribué notre tract et ont défendu que la seule possibilité pour développer la lutte était que tous les licenciés, ensemble et en bloc, aillent aux portes de l’usine et affirment devant les autres ouvriers (qui demain peuvent aussi subir le chômage) la nécessité d’une lutte commune autour de l’objectif "Réintégration des licenciés. Aucun licenciement". C’était le point de départ de la grève le 23 décembre et c’était la seule possibilité valable pour continuer le combat.

Comment se sont posés les problèmes lors de l’Assemblée ? "En deuxième partie, il a été fait un exposé juridique de la situation et sur comment , d’un point de vue légal, il faudrait mener la lutte pour la défense des postes de travail" (texte relatant l’Assemblée, paru sur Kaosenlared 3-1-06). Ça veut dire quoi ça ? La meilleure réponse est donnée par un camarade qui signe "Travailleur de SEAT" dans un commentaire où il répond au document précédent : "Et maintenant, la CGT fait une assemblée, amène une avocate (qui va être payée comme tout le monde, ce qui est juste car les avocats mangent aussi), accepte les conditions signées par l’UGT et les CO[8] (même si elles sont très mauvaises), en conseillant de s’inscrire à une réadmission qui, selon la CGT, n’existe pas. Là, ou il a quelqu’un qui est dans l’incohérence, ou on veut nous faire avaler des couleuvres. La seule alternative est la mobilisation permanente" (Kaosenlared 3-1-06).

Ce qui a été proposé à l’Assemblée n’était pas du tout de lutter en commun, mais sauve qui peut ! C’est ce qu'exprime parfaitement un commentaire signé, où il est très clairement écrit en majuscule : "Quelle honte !!! Tout ça n’est qu’une manipulation. Epouse d’un ouvrier licencié, je n’ai qu’une chose à dire : Honte à tous les syndicats, UGT, CCOO et CGT. Mon mari était affilié à cette dernière et maintenant il est à la rue parce qu’il est à la CGT. J’aimerais voir plus d’actions de la part de ce syndicat, parce que la réunion d’hier m’a paru un mensonge de plus. La vérité c’est qu’il y a 660 personnes à la rue et les autres sont dedans et il est très facile de parler de l’intérieur, et il est très triste qu’on jette quelqu’un dehors soi-disant par manque de "polyvalence"… !! MENSONGE !!! et maintenant SEAT qui fait des appels à des entretiens pour y être engagé, celui qui comprendra ça peut-il me l’expliquer ?. Arrêtez de profiter des licenciés, arrêtez votre pub et luttez vraiment pour tous ces gens qui sont dans la rue" (Kaosenlared 3-1-06).

Cette camarade a tout a fait raison et elle dit les choses haut et clair. Parce que, à part les réclamations légales, quel genre de mobilisation a été proposé ? Le texte cité plus haut dit que "La troisième partie a été consacrée à préparer la mobilisation ; le débat a été profond et on a décidé de continuer le 12 janvier, même lieu. Les propositions ont été très variées, très suggestives et déterminées. Elles seront rendues publiques au moment approprié" (Kaosenlared 3-1-06). Autrement dit, rien. Attendons donc au 12 janvier. Et, si par hasard on a toujours envie de faire quelque chose, "il a été décidé de participer à la manifestation et à la journée de lutte des travailleurs européens de l’automobile qui aura lieu à Saragosse le 20 janvier".

On nous dit d’impulser une alternative au syndicalisme traître des CO et l’UGT. Mais est-ce vraiment une "alternative" ? N’est pas un peu la même soupe ?

Les travailleurs doivent tirer une leçon claire de cette histoire : aucun syndicat va nous défendre, ni le jaune genre CO-UGT ni le plus ou moins rose genre CGT, ni aucun autre, la seule alternative est : ou bien on organise la lutte nous-mêmes avec des assemblées et des comités élus et révocables, ou, si on laisse nos affaires aux mains de ces "spécialistes", c’est la démobilisation et la défaite.

Notre intervention qui, rappelons-le, proposait des réponses concrètes à la lutte, paraissait avoir gêné un petit cercle de syndicalistes qui se sont avancés vers un de nos camarades nous, ont pris et jeté ses tracts en l’appelant "vendu au patronat" ; après, face au calme du camarade, qui n’est pas tombé dans leurs provocations, ils se sont adressés à une camarade. Celle-ci n’est pas non plus tombée dans leur petit jeu et leur a demandé des arguments pour démonter en quoi nos tracts, nos propositions montreraient que nous étions à la solde du patronat. Finalement, ils ont préféré s’éclipser.

Nous déclarons notre plus totale solidarité avec nos camarades et dénonçons ce comportement de provocation grossière. Nous n’allons pas reculer apeurés. Nous sommes ouverts à la discussion avec des camarades qui ne partagent pas nos positions, mais nous répondrons fermement à toute tentative d’insulte, de calomnie ou de nous faire taire[9].

Avec "l’assemblée" du 3 janvier, la lutte a reçu un coup mortel. On a spolié les licenciés de leur véritable force, c'est-à-dire de la mobilisation unitaire de tous les travailleurs contre les licenciements et, par contre, on va les attacher à une noria "d’actions" plus apparentes qu’efficaces, qui vont permettre à la CGT et ses compères de se présenter comme les champions de la lutte, quand, en fait, ils ont consacré leur temps à la saboter. C’est pour cela que face à l’assemblée convoquée pour le 12 janvier, véritable acte de "liquidation" définitive de la lutte, notre organisation a décidé de ne pas intervenir pour les raisons que nous avons expliqué dans un troisième communiqué que voici :

Pour quoi nous ne sommes pas allés intervenir à "l’Assemblée de Licenciés" du 12 janvier ?

Nous avons été présents lors des manifestations de novembre, nous avons été avec vous le 23 décembre quand on vous a communiqué les 660 licenciements et que vous avez débrayé spontanément (personne ne vous a convoqué, personne ne vous a "organisé") en solidarité avec les licenciés et en révolte contre l’accord signé par l’UGT, les C.O. et le patron. Nous avons été présents le 2 janvier pour voir s’il était possible de continuer avec la même dynamique de lutte. Nous sommes aussi allés à l’Assemblée du 3 dans un local d’Hostafranchs[10]. Nous sommes allés cette même semaine aux portes de l’usine de la Zona Franca de Barcelone et celle de Martorell[11] pour vous montrer encore et toujours notre solidarité face à une attaque contre vos conditions de vie qui nous touche tous, et pour expliquer quelles sont les raisons qui, à notre avis, ont rendu possible ce coup de hache sur les travailleurs. Nous avons assisté à toutes les concentrations et les réunions où il pouvait exister un minimum de dynamique de lutte collective des ouvriers, avec l’objectif de l’impulser comme on peut le voir dans nos communiqués précédents. Par contre, nous ne voulons pas devenir complices d’une réunion dont le but est de renforcer la défaite et l’enterrement qui ont été imposés le 3 janvier.

Le syndicalisme agit de telle manière que, lorsque la force et la combativité des travailleurs sont présentes, toute excuse est bonne pour retarder la lutte, diluer la combativité, l’affaiblir en fin de compte. Par contre, quand la lutte se termine, quand les ouvriers sont abattus et ressentent la réalité de la défaite, alors le syndicalisme devient "radical", lançant des propositions ultra-combatives dont le seul but est, en réalité, d’accroître la démoralisation et l’humiliation des travailleurs.

Le 23 décembre, il y a eu une explosion de solidarité et de combativité des travailleurs contre les 660 licenciements. Qu’est-ce que les syndicats ont fait ? Ne parlons pas de l’UGT et des CO qui se sont évaporées. Mais la CGT elle-même qui prétend "s’engager" dans la lutte contre les licenciements ne voyait que des inconvénients partout : les arrêts de travail sont illégaux, on ne peut rien faire jusqu’au 3 janvier et patati et patata,...

Le 2 janvier il y a toujours dans l’air l’inconnu de savoir si les travailleurs vont poursuivre ce qu’ils ont laissé le 23, ou si, au contraire, ce qui va peser c’est la démobilisation de Noël organisée avec la complicité des syndicats qui, évidemment, se sont bien gardés de convoquer la moindre action ces jours-là. Et que trouvent les ouvriers de SEAT ? Une convocation de la CGT non pas à se rendre aux portes des usines, mais dans un local dans Barcelone. Les syndicats affirment être nécessaires à notre lutte parce qu’ils possèdent une "capacité d’appel", parce qu’ils disposent des locaux et des moyens organisationnels pour les ouvriers. Lors de la lutte chez SEAT, il a été une fois de plus démontré que cet appareil syndical n’est pas au service des travailleurs, mais il est surtout là pour empêcher une véritable lutte.

L’assemblé du 3 janvier fut un coup de massue brutal. Les licenciés ont dû aller aux bureaux de l’entreprise pour y signer le récépissé de leur licenciement En attendant, le nouvel appel à se réunir ce sera pour…dix jours plus tard !, le 12 janvier…Et pendant ce temps ? Nada, rien de rien, mais la CGT présente tout ça, avec le plus grand des cynismes, comme "une forte ambiance de lutte".

Du 3 au 12 janvier, on parcourt le chemin du néant à la misère. Le 12, un mois après l’accord qui jette dehors 660 camarades à la suite du pacte signé par le patron, les syndicats (CO et UGT) et le Gouvernement tripartite[12] de Catalogne, avec le soutien de la plupart des organisations gauchistes, ont fait une grande proposition de solidarité avec les licenciés : la création d’un Comité de Solidarité avec les licenciés de SEAT "unitaire, ouvert aux réseaux, plateformes, organisations, mouvements et entités sociales, syndicales, politiques et citoyennes, avec l’objectif d’organiser la solidarité vis-à-vis des licencié(e)s de SEAT, de se mobiliser pour leur réintégration et s’opposer à l’offensive patronale qui cherche à rendre encore plus précaire l’emploi et meilleurs marchés les licenciements" (publié dans Kaosenlared). À cela s’ajoutent des propositions aussi ridicules que stériles, telles que des "actions" contre les concessionnaires de la marque,…

Bref, éteindre par tous les moyens tout ce qui pourrait rester de la véritable riposte massive et unitaire des travailleurs, et essayer d’enterrer sous une couche de sable les véritables leçons de la lutte de SEAT. Les ouvriers ont pu vérifier avec les 660 lettres de licenciement du 23 décembre, que les "mobilisations" (les manifestations de novembre) pour sensibiliser l’opinion publique n’avaient servi à rien. Eh bien, maintenant ce qu’on leur propose c’est tout simplement un peu plus de la même soupe. Le 23 décembre ou le 2 janvier les travailleurs ont pu se rendre compte par eux-mêmes qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, sur leur lutte, sur leur solidarité de classe d’abord ; et voilà que maintenant on veut encore leur vendre la même camelote frelatée selon laquelle la médiation des citoyens, des organes politiques et syndicaux, pourraient faire réintégrer les gens licenciés. Et le comble c’est qu’ils prétendent le faire en se ventant d'avoir été au sein de la lutte des ouvriers de SEAT contre les licenciements.

Entre la lutte ouvrière du 23 et la gesticulation du Comité citoyen de Solidarité c’est le jour et la nuit. La première était une tentative authentique et solidaire des travailleurs avec leurs camarades licenciés, la deuxième est une cynique plaisanterie contre la solidarité de classe.

C’est pour cela que nous n’avons pas voulu participer à ce simulacre de solidarité. C’est pour cela que nous défendons que la vraie solidarité avec les licenciés de SEAT consiste à faire en sorte que les travailleurs puissent tirer les véritables leçons de cette défaite. Ces leçons vont nous servir pour préparer de nouvelles luttes, parce qu’il ne faut pas se faire d’illusion : les licenciements vont pleuvoir sur le textile, sur l’automobile, et, entre autre, sur la SEAT encore ; la précarité va se renforcer avec la nouvelle "reforme" du travail. Nous serons obligés de lutter avec force en luttant tout d’abord contre le sabotage syndical.

 

CCI, 14 janvier 2006.



[1] Faute de place, nous ne publions ici que de larges extraits. La version intégrale en français est reproduite sur notre site.

[2] Lire l’article “Grève spontanée des ouvriers de SEAT en Espagne : Pour développer la lutte, il faut affronter le sabotage syndical” (R.I. nº 365, février 2006)

[3] Ce tract peut être lu en espagnol sur https://es.internationalism.org/AP/185_SEAT.htm

[4] La CGT (Confédération Générale du Travail) est une centrale de tendance "syndicaliste révolutionnaire" issue d’une scission "modérée" d’avec la CNT (Confédération Nationale du Travail) anarcho-syndicaliste (NDR)

[5] Cet article « Leçons… » a été  publié dans le même numéro de AP que ce « Bilan… » (Acción Proletaria 187, janvier-mars 2006:“Lecciones de la huelga de SEAT: No a las «movilizaciones» sindicales, Sí a la lucha obrera” et “Balance de nuestra intervención en SEAT

[6] Kaosenlared et Alasbarricadas : Forums alternatifs sur Internet

[7] Rojo y negro est le journal de la CGT.

[8] L’Union Générale des Travailleurs est le syndicat « socialiste » et les Commissions Ouvrières c’est le syndicat lié historiquement au PC et à ses variantes et avatars.

[9] Nous voulons remercier par leur importance, les manifestations de solidarité comme celle exprimée par quelqu’un qui se fait connaître comme “Germán”. La voici : «Solidarité active avec les militants et les sympathisants du « Courant Communiste International » (CCI) et contre les provocations et les menaces de la « pieuvre syndicalei».

Aujourd’hui même je reçoit l’information via Internet, des provocations à l'encontre des militants du CCI de la part d’éléments syndicalistes essayant de réprimer par la force la diffusion d’un tract sur le conflit chez SEAT, un tract que j’ai pu lire et avec lequel je suis d’accord parce qu’il cadre bien les choses, et boycottant, en plus, les interventions orales de ces camarades.

C’est une honte que les « forces spéciales » du syndicalisme aient recours à ces viles méthodes pour faire taire des militants ouvriers. Ceux-ci voulaient se solidariser avec les camarades licenciés et discuter avec eux sur comment lutter contre ces licenciements et contribuer ainsi à la nécessaire clarté devant permettre aux travailleurs de prendre conscience qu’on ne peut pas avec des représentants et des fondés de pouvoir sortis d’élections syndicales convoquées et réglementées par l’Etat capitaliste. Au contraire, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces, sur notre auto-organisation, sur l’extension de la lutte, étant donné que l’isolement veut toujours dire défaite et triomphe du patronat et de ses fidèles serviteurs, les syndicats, même ceux qui se prétendent ultra-révolutionnaires. Qu’est-ce qu’ils se croient ces petits messieurs ? Qu’ils ont le monopole et l’exclusivité de la mobilisation ? Pas du tout ! Bien au contraire, il sont les spécialistes émérites dans l’anesthésie des luttes, dans l’enfermement de celles-ci dans une légalité imposée par les capitalistes et leur État totalitaire et dont le premier objectif est de créer chez les ouvriers un sentiment d’impuissance et, en même temps, de dépendance vis-à-vis des syndicats. Je n’ai aucune certitude pour affirmer que les provocateurs soient des dirigeants de la CGT ou d’un autre syndicat, mais je pense que chez les ouvriers en général, y inclus chez ceux qui sont syndiqués, il commence à se faire jour l’impression comme quoi le syndicalisme n’est plus une arme des ouvriers mais du patronat. C’est pour cela que les bonzes syndicaux deviennent nerveux quand des camarades, non seulement ne veulent pas éviter la discussion mais, au contraire, la recherchent parce la discussion ouverte est une arme de la classe ouvrièr. Les bonzes syndicaux craignent, comme le système dans son ensemble, la réflexion des ouvriers. Pourquoi les chefs syndicaux ont si peur qu’on parle publiquement de syndicalisme ? Dorénavant et suite à la lutte dans SEAT, je propose un débat dans tous les forums sur la nature des syndicats aujourd’hui, c'est-à-dire : sont-ils des organes de la classe ouvrière ou bien de l’Etat et du capital ?

Excusez la brièveté de mon intervention. Je voulais faire une prise de position rapide à cause de mon irritation causée par les comportements des chefs syndicaux  vis-à-vis des militants qui ont subi ces provocations. Soit dit en passant, est-ce qu’on va voir ce même « courage » de la part des chefs syndicaux pour défendre les travailleurs face au patronat ?

J’envoie ma plus chaleureuse solidarité à tous les camarades de SEAT licenciés et aux militants et sympathisants du CCI provoqués et/ou menacés.

Barcelone, 5/1/2006. German

[10] Quartier de Barcelone

[11] Usines de SEAT

[12] Le gouvernement catalan (Généralité) est dirigé par une coalition « de gauche » : PS, PC (avec une étiquette plus « moderne » et catalaniste) et ER (gauche indépendantiste catalane)

Géographique: 

Récent et en cours: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

Caricatures de Mahomet : Quand la bourgeoisie s'empare de quelques dessins pour attiser la haine et le nationalisme

Ce qu’il est convenu maintenant d’appeler l’affaire "des caricatures de Mahomet" a envahi l’espace médiatique bourgeois. Chaque jour de nouvelles manifestations pro-islamistes éclatent dans le monde. La simple publication de dessins montrant un Mahomet belliqueux a donné immédiatement lieu à une empoignade généralisée entre les Etats impérialistes, non seulement dans le monde musulman, mais également à l’échelle de la planète. Ces événements sont en réalité une dramatique illustration du niveau de tension existant entre les différentes puissances capitalistes.

 Une affaire de gangsters impérialistes

 Le 30 septembre dernier, le quotidien danois Jyllands-Posten a publié douze caricatures représentant le prophète Mahomet affublé de bombes, mèches de dynamites et autres ustensiles terroristes. Ces dessins seront repris dans les semaines suivantes par de nombreux journaux, tel France-Soir. La suite, nous la connaissons. Des manifestations, parfois ultra violentes, éclatent à travers l’ensemble des pays dits musulmans. En  Afghanistan, certains affrontements se traduisent même par des morts et des blessés graves. Comment quelques caricatures ont-elles pu engendrer une telle déflagration de haine ? Comment et pourquoi de simples dessins d’un journal danois se sont-ils retrouvés au cœur d’une tempête internationale ?

Pourtant au début d’octobre 2005, cette affaire n’avait encore que des répercussions nationales au Danemark. C’est alors que onze ambassadeurs de pays musulmans vont demander un entretien avec Fagh Rasmussen, premier ministre du Danemark et proche du journal Jyllands-Posten. Celui-ci refusant de les rencontrer, une délégation de représentants des associations musulmanes au Danemark va faire une tournée dans de nombreuses capitales du monde musulman, officiellement pour sensibiliser l’opinion publique sur cette affaire. Le résultat ne s’est alors pas fait attendre. Des manifestations commencent à éclater au Pakistan. A partir du mois de janvier, les manifestations vont gagner l’ensemble du "monde musulman" et notamment le Moyen-Orient. Ces manifestations prennent rapidement une ampleur et une violence anti-occidentale qui ne peuvent que surprendre au regard de la banalité apparente que peuvent représenter quelques caricatures journalistiques de Mahomet. Cependant, pour comprendre, il est nécessaire de se souvenir que, depuis la Seconde Guerre mondiale, cette région du monde et plus encore le Moyen-Orient n’ont jamais cessé de connaître un enfoncement dans la guerre et la barbarie. Depuis la fin des années 1980, les tensions deviennent de plus en plus explosives et incontrôlables. Ainsi, la déstabilisation irréversible du monde musulman en Afghanistan, en Irak, au Liban, en Palestine, souvent sous l’effet direct de la fuite en avant militaire et guerrière des grandes puissances impérialistes (au premier rang d’entres elles les Etats-Unis) se traduit aujourd’hui inévitablement par une montée du radicalisme religieux le plus archaïque au sein des populations complètement désorientées de ces régions. L’impasse totale dans laquelle se trouvent ces pays ne peut produire qu’un phénomène de montée en puissance des fractions les plus rétrogrades de la bourgeoisie. Tel est le sens, par exemple, de l’arrivée au pouvoir en Palestine du Hamas, mouvement politique radical, adepte jusqu’à ce jour du fanatisme anti-israélien le plus caricatural. C’est la même réalité du fondamentalisme le plus rétrograde qui explique la présence au pouvoir en Iran du parti ultraconservateur de Mahmoud Ahmadinejad. Les tensions entre chaque puissance de cette région et de celles-ci envers les Etats-Unis s’étalent chaque jour un peu plus. Il est bien évident que dans cette situation de montée des archaïsmes et du chacun pour soi, la bourgeoisie et les différentes cliques armées de cette partie du monde ne pouvaient que se saisir de cette opportunité, offerte par la publication de ces fameuses caricatures, afin de renforcer leurs positions sur place et de participer au mieux de leurs intérêts à la foire d’empoigne généralisée impérialiste au niveau mondial. Derrière ces manifestations apparemment spontanées se trouvent en réalité le bras armé des cliques bourgeoises, locales ou étatiques. Après des attaques d’ambassades danoise ou française, la Libye décide de fermer son ambassade à Copenhague. L’ambassadeur du Danemark au Koweït est convoqué. Les gouvernements Syriens et Irakiens se déclarent publiquement particulièrement choqués. Tout cela n’a rien plus à voir avec la publication de quelques dessins dans la presse bourgeoise occidentale et Jordanienne. Ces caricatures sont en réalité devenues des armes de guerre aux mains des classes bourgeoises dans le monde musulman, répondant ainsi à la politique impérialiste toujours plus agressive de la part des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne ou de l’Angleterre notamment. Comment, par exemple, ne pas faire le lien entre cette utilisation de quelques dessins avec la montée des menaces envers l’Iran à propos de son programme nucléaire de la part de la France ou des Etats-Unis ? La manipulation, à des fins de politique impérialiste, par les différentes bourgeoisies, de populations de plus en plus réduites à la misère, subissant en permanence la guerre, est alors un cynique jeu d’enfant. Ces manifestations violentes de masses croissantes de désespérées ne surgissent donc pas si "spontanément" ou si "naturellement". Elles sont le produit des politiques de guerre, de haine, et d’embrigadement idéologique nationaliste de toutes les bourgeoisies aux quatre coins de la planète.

Alors que les Etats-Unis se font depuis les attentats du 11 septembre 2001, les champions de la défense des valeurs de l’occident, les pourfendeurs du fanatisme religieux musulman et de la lutte contre le mal qu’il est censé incarner, nous assistons à propos des caricatures de Mahomet à une très surprenante compréhension de l’administration Bush face aux réactions en Iran et ailleurs. Pourquoi ? Bien entendu, tout ceci n’a rien à voir avec la défense du droit de chacun à choisir librement sa religion comme ils peuvent le prétendre. La réalité est beaucoup plus cynique. Les Etats-Unis sont bien trop satisfaits de voir des pays impérialistes concurrentiels tels que la France embourbés à leur tour dans une situation d’affrontement politique avec plusieurs états du Moyen-Orient et du monde arabe. Dans ce monde pourri, en guerre perpétuelle, de tous contre tous, chaque Etat capitaliste ne peut que se réjouir de voir des concurrents tomber dans une chausse trappe.

Et la perfidie des fractions bourgeoises et leur volonté d’utiliser tous les aspects de la vie du capitalisme pourrissant sont encore plus criantes quand on regarde le positionnement du Hamas dans cette affaire. Le Hamas, parti radical religieux s’il en est, adepte jusqu’à maintenant de la lutte armée et du terrorisme, propose tout simplement ses bons offices en tant que médiateur dans cette affaire ! Le chef du bureau politique du mouvement palestinien Hamas, Khalel Mechaal déclare en effet à ce propos : "le mouvement est disposé à jouer un rôle pour apaiser la situation entre le monde islamique et les pays occidentaux à condition que ces pays s’engagent à mettre fin aux atteintes aux sentiments des musulmans." (Le Monde du 9 février 2006). Afin de se faire un peu plus reconnaître sur le plan international, le Hamas est ainsi prêt à rentrer momentanément ses griffes.

Au regard de cette véritable foire d’empoigne, où chaque nation et clique bourgeoise attise la haine, toute la propagande des ‘grandes démocraties’ sur la liberté de la presse et le respect des religions apparaît ainsi pour ce qu’elle est : une vaste fumisterie.

Liberté de la presse et respect des religions, deux poisons au service de la bourgeoisie

The Independant, journal anglais cité par le Courrier International, résume très bien la campagne idéologique bourgeoise : "Il ne fait aucun doute que les journaux devraient avoir le droit de publier des dessins que certaines personnes estiment offensants". Voilà ici mis en scène le sacro saint droit de liberté d’expression, dont toute une partie de la bourgeoisie nous rabat les oreilles aujourd’hui. D’un autre côté, affirme immédiatement le même journal, "dans une situation aussi complexe, il est facile de se réfugier dans de banales déclarations sur les droits de la presse libre. Le plus difficile n’est pas de trancher entre le vrai et le faux, mais de prendre une décision qui tienne compte des droits des uns et des autres. Il y a le droit à l’expression libre de toute censure. Mais il y a aussi le droit pour de nombreux musulmans de vivre dans une société plurielle et laïque sans se sentir oppressés, menacés, raillés. Elevé un droit au dessus des autres est le masque du fanatisme." Le piège idéologique, développé par la démocratie bourgeoise contre la classe ouvrière, est ici clairement exposé. Elle se doit de choisir entre ce qui serait un droit, la liberté d’expression, et un devoir moral, le respect des croyances d’autrui. En tout état de cause, le prolétariat est appelé à faire preuve de modération et de compréhension dans cette affaire pour le plus grand bénéfice de… ses maîtres bourgeois ! Voici ce que pensait Lénine dans les thèses sur la démocratie au premier congrès de l’IC ([1]) : "La liberté de la presse est également une grande devise de la ‘démocratie pure’. Encore une fois, les ouvriers savent que les socialistes de tous les pays ont reconnus des millions de fois que cette liberté est un mensonge, tant que les meilleures imprimeries et les plus gros stocks de papiers sont accaparés par les capitalistes, tant que subsiste le pouvoir du capital avec d’autant plus de clarté, de netteté et de cynisme que le régime démocratique et républicain est développé comme par exemple en Amérique." Et encore, Lénine et les communistes de son époque ne connaissaient pas les moyens de matraquage idéologiques d’aujourd’hui, que sont la radio et la télévision.

Quant à l’autre choix, celui du respect des croyances de chacun, il suffit de citer une phrase de Marx pour savoir ce que les communistes en pensent : "La religion est l’opium du peuple." Quelle que soit cette religion, la croyance comme toute forme de mysticisme est un poison idéologique que l’on distille dans la tête des ouvriers. C’est un des nombreux pare-feu que possède la classe bourgeoise contre la prise de conscience du prolétariat.

La liberté de la presse n’est donc rien d’autre que la liberté pour la bourgeoisie d’enfoncer son idéologie dans le crâne des ouvriers ! Et le respect des religions est le respect de la classe dominante pour tout ce qui mystifie le prolétariat !

Il est évident que cette prolifération de manifestation et de violence à partir de quelques dessins publiés dans la presse bourgeoise ne peut laisser la classe ouvrière indifférente. Il est vital que la classe ouvrière ne se laisse pas impressionner par cette levée massive d’agitations anti-occidentale dans le monde musulman. Tout cela ne fait que traduire l’accélération du chaos dans la société capitaliste et rendre plus urgent le développement de la lutte de classe. La réponse du prolétariat ne se trouve pas dans le faux choix proposé par la bourgeoisie. A l’irrationalité grandissante du monde capitaliste, le prolétariat doit opposer la rationalité de la lutte de classe, du développement de sa conscience et du communisme.

Tino (20 février)



[1] International Communiste, troisième Internationale.

Questions théoriques: 

A propos du livre d'Attali : Karl Marx était-il un démocrate ou un révolutionnaire ?

Jacques Attali, le très médiatique ex-conseiller de Mitterrand à l'Elysée, nous a récemment gratifiés d'un bouquin sur la vie de Marx : Karl Marx ou l'esprit du monde. La sortie de ce livre, plus de quinze ans après le début des campagnes de la bourgeoisie sur la mort du communisme et alors que la classe ouvrière commence à relever la tête, n'est pas le fruit du hasard. Face aux interrogations et à la perspective d'un développement des luttes du prolétariat, la bourgeoisie sait que sa meilleure arme est de dévoyer son ennemi sur le terrain de la défense de la démocratie. C'est pour cela qu'aujourd'hui l'un de ses intellectuels les plus en vue cherche à faire de Marx une icône inoffensive aux antipodes du communisme, un des "pères fondateurs de nos démocraties modernes".

Son ouvrage à peine publié, le sherpa de Mitterrand se vantait d'avoir écrit une biographie de "référence", "objective" et "la plus complète possible" (en effet, pas une seule des crises de furonculose du vieux Marx ne nous est épargnée... c'est dire tout le sérieux de l'ouvrage). Evidemment, elle n'a "d'objective" que le point de vue d'un intellectuel bourgeois et de sa classe qui ne peuvent s'empêcher de cracher sur l'un des plus grand combattant de la classe ouvrière.

Sous la plume d'Attali, Marx n'est plus le diable aux idées "sanguinaires", image dont la bourgeoisie a toujours aimé se repaître à l'instar de Françoise Giroud et de son Jenny Marx ou la femme du diable. Non, ici, il est "l'esprit du monde"...mais un esprit totalement démocrate : "journaliste avant tout, la liberté de penser lui paraît le plus sacré des droits ; pour lui la démocratie parlementaire doit être protégée, quoi qu'il arrive." (p. 203) A travers l'utilisation de ce genre de raccourcis, en dehors de tout contexte, notre biographe porte une virulente attaque contre Marx : "Ce livre permet...de réinterpréter ce 19e siècle dont nous sommes les héritiers et de comprendre comment certains de ses successeurs [ceux de Marx] ont crée nos démocraties, pendant que d'autres, récupérant et distordant ses idées, en ont fait la source des deux principales barbaries de l'histoire. " (4e de couverture)

Karl Marx, un authentique militant révolutionnaire

Sous les lauriers, le poignard... et voilà Marx intronisé père spirituel de la démocratie bourgeoise dont l'authentique filiation résiderait dans le réformisme petit-bourgeois qui fleurira au sein de la 2e Internationale autour des révisionnistes de l'acabit de Bernstein.

En somme, Marx n'a jamais été marxiste. Mieux, le marxisme (à savoir la conception révolutionnaire du monde) serait à l'exact opposé de la pensée de Marx : "ce qui deviendra après Marx, contre Marx, le marxisme".  Il fallait oser, Attali l'a fait. Mais pour que la sauce d'un Marx "champion du parlementarisme bourgeois" prenne, encore faut-il trouver un ingrédient pour le moins consistant. Attali va donc se servir principalement d'une interview de Marx accordée au journal américain le New York World, en juillet 1871, au sujet du mouvement ouvrier en Angleterre : "Quand le journaliste l'interroge sur les formes démocratiques ou violentes que doit prendre la conquête du pouvoir, il répond que la révolution est inutile en situation démocratique" [suit la déclaration de Marx] "En Angleterre, par exemple, la voie ouvrière qui mène au pouvoir politique est ouverte à la classe ouvrière. Une insurrection serait folie là où l'agitation pacifique peut tout accomplir avec promptitude et sûreté." (p. 351)

Ce qui échappe à Jacques Attali, c'est que Marx n'était pas un "cerveau infaillible". D'ailleurs, le marxisme n'est pas la théorie de la vérité toute faite et tombée directement du ciel ; c'est une méthode de pensée vivante qui se nourrit constamment de l'expérience historique pour se critiquer elle-même, revenir sur ses erreurs et incompréhensions et finalement les dépasser. C'est pourquoi, la pensée de Marx n'était pas à l'abri d'erreurs ([1]) que lui-même ou le mouvement ouvrier ont corrigé par la suite. L'extrapolation abusive des possibilités ouvertes par le développement du mouvement ouvrier en  Angleterre constitue typiquement une telle erreur.

Marx passera la moitié de sa vie à Londres en côtoyant le prolétariat le plus développé, engendré par la première puissance industrielle du 19e siècle, et aussi le plus organisé avec ses trade-unions (les premiers syndicats). Il est logique que beaucoup de révolutionnaires, dont Marx, aient porté leurs espoirs sur cette avant-garde du prolétariat mondial. Cependant, elle ne donnera pas les fruits escomptés. Le poids des trade-unions, de la lutte pour la défense des intérêts économiques dans les conditions légales de la démocratie vont miner de l'intérieur le développement politique du mouvement ouvrier en Angleterre. Alors que Marx voyait dans la Première Internationale fondée en 1864 à Londres, l'expression de l'unification du prolétariat mondial, base nécessaire pour la révolution future, les chefs trade-unionistes n'y voyaient que l'immédiate possibilité d'arracher des succès dans la lutte gréviste en empêchant l'introduction en Angleterre de briseurs de grèves.

Toutefois, aussi décevant qu'ait pu être le développement du mouvement ouvrier anglais et malgré son erreur d'en conclure à une particularité de ce dernier, Marx n'a jamais perdu de vue que la lutte de classes était le moteur de l'histoire. Engels, trois ans après la mort de son vieil ami et camarade de combat écrira dans la préface de la traduction anglaise du Capital : "Certes, on devait écouter...la voix d'un homme dont la théorie est le résultat d'une vie consacrée à l'étude des conditions économiques de l'Angleterre ; cette étude l'amena à conclure que, du moins en Europe, l'Angleterre est le seul pays dans lequel l'inévitable révolution sociale pourrait s'effectuer par des moyens légaux et pacifiques. Il n'oubliait jamais d'ajouter qu'il ne s'attendait pas à ce que les classes dominantes de l'Angleterre se soumissent sans 'rébellion esclavagiste' à cette révolution 'pacifique et légale'."

Attali s'exerce en fait à un vrai bidouillage, somme toute classique, ne retenant que certaines déclarations de Marx, en dehors de leur contexte historique. Il est vrai que Marx, depuis la Ligue des communistes de 1848, a combattu l'abstentionnisme, le boycott des élections érigé en principe par les blanquistes et plus tard les bakouninistes, les partisans du "prenons tout, tout de suite". Mais cette politique ne fait certainement pas de Marx un chantre du parlementarisme. Elle correspondait à un des premiers enseignements du socialisme scientifique. La révolution prolétarienne n'est possible que si l'économie capitaliste de par le développement de sa production industrielle pose les conditions matérielles d'une société nouvelle, capable de libérer l'humanité de ses chaînes. La participation aux élections au 19e siècle pour soutenir les fractions les plus progressistes de la bourgeoisie ne visait qu'une chose pour Marx : accélérer le mouvement de l'Histoire, faire tomber les entraves de l'absolutisme, favoriser partout le développement du capitalisme et de la classe ouvrière, et ainsi rapprocher l'échéance de la mise à l'ordre du jour de la révolution communiste mondiale. Et il était très clair pour Marx que celle-ci ne pouvait se faire avec l'assentiment démocratique de la bourgeoisie. Ainsi, malgré l'erreur qu'il commet au sujet de l'Angleterre (comme au sujet de l'Amérique et de la Hollande) il ajoutera de suite "nous devons reconnaître aussi que, dans la plupart des pays du continent, c'est la force qui doit être le levier de nos révolutions ; c'est à la force qu'il faudra en appeler pour un temps, afin d'établir le règne du travail." (discours prononcé à Amsterdam en septembre 1872). On pourrait multiplier les citations qui attestent qu'il s'agit là du sens profond du plus illustre père du socialisme scientifique :

- "Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe, s'il s'érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence l'ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l'antagonisme de classe, (...)" (Le Manifeste communiste).

- "Au Moyen-Age, il y avait en Allemagne un tribunal secret, la "Sainte-Vehme", qui vengeait tous les méfaits commis par les puissants. Quand on voyait une croix rouge sur une maison, on savait que son propriétaire aurait affaire à la Sainte-Vehme. Aujourd'hui, la croix rouge mystérieuse marque toutes les maisons d'Europe [autrement dit les nations européennes]. L'histoire elle-même rend la justice, et le prolétariat exécutera la sentence." (discours de Marx prononcé à une fête des chartistes de Londres le 14 avril 1856).

Le mouvement communiste, seul héritier des apports de Karl Marx

Marx "parlementaire et père fondateur de la démocratie moderne" n'est qu'une calomnie. Pourtant, Jacques Attali, qui n'a pas froid aux yeux, persiste dans sa lancée. Finalement, si nous ne connaissons pas ce " Marx démocrate", comme lui le connaît du haut de son érudition bourgeoise, c'est parce que le "grand penseur de la démocratie" a été trahi par son plus fidèle camarade, Friedrich Engels qui (toujours selon Attali) dans son Anti-Dühring "...commence le dévoiement de la philosophie de la liberté que Marx a élaboré dans ses propres textes". (p. 390) C'est donc à Engels que J. Attali pense lorsqu'il dit : "ces idées [de Marx] qui seront un jour, peut-être le pressent-il, accaparées et détournées par des diables...",(p. 286), il fallait bien que le "diable marxiste" ressurgisse de sa boîte.

Attali ne fait pas qu'inventer et sortir de son chapeau un "Marx démocrate", il en fait aussi un schizophrène ! En effet, la plupart des œuvres de Marx et Engels ont vue le jour grâce à une étroite collaboration entre les deux hommes. Il en va ainsi de L'idéologie Allemande, du Manifeste du parti communiste, du Capital....jusqu'à l'Anti-Dühring. Au delà de l'humilité d'Engels, qui s'est toujours considéré comme "un second violon", il y a la réalité d'un travail mené de concert. Ce qu'il décrit dans la préface de son  Anti-Dühring en septembre 1885 : "Une remarque en passant : les bases et le développement des conceptions dans ce livre étant dus pour la part de beaucoup la plus grande à Marx, et à moi seulement dans la plus faible mesure, il allait de soi entre nous que mon exposé ne fût point écrit sans qu'il le connût. Je lui ai lu tout le manuscrit avant l'impression et c'est lui qui, dans la partie sur l'économie a rédigé le dixième chapitre."

Attali, en accusant Engels de trahison, arrive nécessairement à cette conclusion absurde : Marx s'est trahi lui-même !

L'acharnement sur Engels est pitoyable, mais soyons en sûrs, si Attali avait pu, il ne se serait pas privé de le faire passer lui aussi pour autre chose qu'un militant révolutionnaire. D'autres, auparavant, ont essayé et s'y sont cassé les dents. Ainsi, le courant révisionniste au sein de la social-démocratie allemande a tenté de travestir Engels en réformiste en trafiquant sa préface au texte de Marx sur Les luttes de classes en France. Rosa Luxembourg, dans son Discours sur le programme s'insurgea contre cette supercherie : "Engels n'a pas vécu assez longtemps pour voir les résultats, les conséquences pratiques de l'utilisation que l'on fit de sa préface (...) Mais je suis sûre d'une chose : quand on connaît les œuvres de Marx et d'Engels, quand on connaît l'esprit révolutionnaire vivant, authentique, inaltéré qui se dégage de leurs écrits, de tous leurs enseignements, on est convaincu qu'Engels aurait été le premier à protester contre les excès qui ont résulté du parlementarisme pur et simple (...) Engels et même Marx, s'ils avaient vécu, auraient été les premiers à s'insurger violemment contre cela, à retenir, à freiner brutalement le véhicule pour empêcher qu'il ne s'enlise dans la boue." Rosa ignore à ce moment là qu'Engels avait déjà vivement protesté contre ces manipulations de bas étage. Le 1er avril 1895, il écrivit à Kautsky pour exprimer son indignation de trouver dans le journal Vorwärts un extrait remaniée de sa préface qui le faisait "apparaître comme un partisan à tout prix de la légalité." Il se plaignit également à Lafargue en ces termes : "[Wilhelm] Liebknecht vient de me jouer un joli tour. Il a pris de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique à tout prix paisible et non violente qu'il lui plaît de prêcher depuis quelques temps".

Il est vrai que contrairement à Engels, Marx ne vécut pas assez longtemps pour se défendre lui-même. Seul les communistes, ses véritables héritiers, peuvent défendre sa mémoire. Ce que fit naturellement Engels dans le discours qu'il prononça aux funérailles de Marx : "...il était d'abord et avant tout un révolutionnaire. Sa mission dans la vie était de contribuer, d'une façon ou d'une autre, à abattre la société capitaliste et les institutions d'Etat qu'elle a crées pour libérer le prolétariat moderne dont il a été le premier à définir les conditions de l'émancipation. Combattre était son élément. Et il combattait avec une passion, une ténacité et un succès sans rivaux [...]. Marx était l'homme le plus haï et le plus calomnié de son temps. Les gouvernements absolutistes ou républicains l'ont déporté. Bourgeois, conservateurs ou démocrates, se sont unis contre lui. De tout cela il ne s'est pas occupé, sauf en cas d'extrême nécessité. Et il mourut adoré, révéré et pleuré par des millions de camarades révolutionnaires, des mines de Sibérie, en Californie, en Europe et en Amérique." Contrairement aux saloperies déversées par Attali, pour qui le marxisme est né sur la tombe de Marx, ce dernier a été l'un des grands militants révolutionnaires et certainement pas le père du réformisme petit-bourgeois.

"Décidément, la voie de la révolution est inutile, pense Marx"... (p. 315) ou devrait-on dire "pense Monsieur Attali", puisque finalement c'est de cela qu'il s'agit.

Comment prendre au sérieux un seul instant un conseiller élyséen qui prétend s'immiscer dans l'esprit de Marx, pour lui prêter de telles âneries qui n'ont de sens que dans la bouche de Monsieur le conseiller ?

Le Manifeste communiste de 1848, rédigé par Marx et Engels, montre très clairement que le but qu'ils poursuivaient était sans équivoque : "Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leur projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé. Puissent les classes dirigeantes trembler à l'idée d'une révolution communiste ! Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner."

 

Azel (1er février 2006)


 


 

[1] Notamment en 1848 et 1864 lorsqu'il pensait que les conditions matérielles de la révolution étaient déjà présentes. Il dira par exemple dans une correspondance avec Engels en 1857 : "Je travaille comme un fou pour finir mon livre sur l'économie politique parce que, sinon, le système va s'écrouler avant que j'ai fini mon livre !"

 

Heritage de la Gauche Communiste: 

Le « socialisme » à la Chavez : L’art de redistribuer la misère

Au cours du périple qui l’a conduit dans de nombreux pays en 2004 (au Brésil, en Uruguay, en Argentine, en Inde, au Qatar et en France), le président Chavez a non seulement démontré son antiaméricanisme, mais il s’est en outre permis de proclamer, face à des auditoires acquis à sa cause, qu’on ne pourrait supprimer la pauvreté du Tiers Monde en restant dans le système capitaliste de libre entreprise, qu’il faudrait pour y parvenir inventer « le socialisme du XXIe siècle ».

Nous allons voir comment cette « invention » n’en est pas vraiment une, qu’elle ne signifie qu’une adaptation du capitalisme d’Etat à des conditions de crise plus aiguë et surtout à des niveaux importants de décomposition de l’ordre capitaliste. Cette situation exige une réadaptation tant des politiques économiques que de l’ensemble de l’arsenal idéologique que doit développer chaque bourgeoisie nationale pour tromper et soumettre le prolétariat. Toutes les bourgeoisies nationales, et plus encore celles des pays de la périphérie, n’ont d’autre perspective que celle de redistribuer la misère. Le « néo-socialisme », proposé par Chavez et applaudi par tous les altermondialistes, le démontre car il est impossible d’éradiquer la misère sans révolution communiste.

Le « projet » chaviste : un projet clairement bourgeois

Le projet « chaviste » trouve ses origines dans le mouvement civico-militaro-bolivarien développé par les idéologues de la guérilla des années 60 qui avaient rompu avec le Parti communiste du Venezuela, projet qui fut repris dans les années 80 par le mouvement MBR-200 ([1]) ; ce projet vise au développement d’une véritable « bourgeoisie nationaliste », diamétralement opposée à la bourgeoisie « oligarchique » qui avait émergé après la déroute de la dictature du général Marcos Perez Jimenez en 1958. Ce mouvement s’inspire du modèle capitaliste d’Etat à la sauce stalinienne (dite « marxiste-léniniste » par la gauche), pimenté par un soupçon de tropicalisme à la mode bolivarienne ; il se situe à l’extrême gauche des forces politiques de la bourgeoisie vénézuélienne et, comme tout projet capitaliste, se nourrit de la plus-value extraite par l’exploitation de la classe ouvrière au Venezuela.

L’irrésistible ascension de Chavez est fondamentalement le fruit du niveau élevé de décomposition qui affecte la bourgeoisie vénézuélienne et qui n’est jamais que l’expression de la décomposition du système capitaliste dans son ensemble. Les secteurs de la bourgeoisie qui avaient gouverné tout au long des dernières décennies du siècle dernier étaient incrustés au pouvoir, protégés par une ambiance d’impunité et de corruption. Ils ont perdu la capacité de mystifier par des illusions les secteurs le plus pauvres de la société : pour pouvoir affronter la crise économique, ils ont progressivement réduit les plans sociaux pour les plus pauvres (grâce auxquels ils avaient pu maintenir la « paix sociale »), provoquant l’explosion de la paupérisation tandis qu’ils ont appliqué de draconiennes mesures d’austérité contre la classe ouvrière, et aussi une envolée du chômage et la chute du pouvoir d’achat des masses travailleuses.

L’incapacité de ces secteurs de la bourgeoisie au pouvoir à gérer une situation explosive fut mise en évidence par les émeutes de la faim en 1989, lorsque des milliers de commerces furent mis à sac, principalement à Caracas, et qu’ils ne furent capables que d’infliger une répression terrible (les chiffres, il est vrai non officiels, parlent de plus de dix mille morts). Malgré ce cri d’alerte et de désespoir lancé par les secteurs paupérisés, la bourgeoisie nationale fut incapable de réaliser le minimum de réformes nécessaires dans ses structures de pouvoir pour contenir le mécontentement social.

Ce contexte a préparé le terrain pour que se concrétise le premier pas du projet chaviste, la tentative de coup d’Etat de 1992 qui, malgré son échec, a permis de mettre au premier plan un parfait inconnu, Chavez. Celui-ci se lança dans l’arène électorale dès sa libération en 1994, faisant une critique dévastatrice des fractions de la bourgeoisie alors au pouvoir. Fort d’un puissant charisme personnel, il adapta petit à petit le projet de « révolution bolivarienne » des années 60 à la nouvelle période historique caractérisée par la disparition des deux grands blocs impérialistes, attirant dans ses rangs des millions de pauvres en leur laissant croire que son accession au pouvoir les sortirait de leur misère.

Après son écrasant triomphe lors des élections de 1998, commence un processus qui domine la scène politique jusqu’à nos jours, marqué par la confrontation de deux fractions du capital national : d’un côté, la « vieille » bourgeoisie représentée par les partis traditionnels (principalement AD, COPEI, quelques secteurs du MAS, etc.), de l’autre la « nouvelle bourgeoisie » (les partis et groupes de gauche, gauchistes militaires, etc.) qui avait été exclue du pouvoir pendant la seconde moitié du siècle dernier. En fait, quand les chavistes et consort disent que le gouvernement bolivarien est celui des « exclus », il ne fait pas référence à l’immense masse croissante des pauvres qui vivent dans ce pays, mais à ces secteurs de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie qui détiennent aujourd’hui le pouvoir et qui se partagent le butin constitué par les recettes de l’Etat, attaquant aujourd’hui avec toute la force de leur rancoeur les autres fractions de la bourgeoisie nationale. Comme leurs prédécesseurs « adecos » et « copeyanos » ([2]), ils n’ont d’autres options que celles d’accentuer les conditions d’exploitation des travailleurs et de s’attaquer à cette masse de pauvres qu’ils prétendent défendre, généralisant la misère, répartissant « socialement » des miettes parmi les secteurs les plus appauvris par le biais de soi-disant « Missions » ([3]) pour tenter de maintenir la « paix sociale », utilisant bien sûr tout un verbiage « révolutionnaire » basé sur la démagogie et le populisme.

Le chavisme : un mouvement décomposé de naissance

Il serait faux de voir le chavisme comme un produit « made in Venezuela », produit de caractéristiques purement nationales. Le « phénomène » chaviste est le produit des contradictions propres au système capitaliste, de la crise qui secoue le capitalisme au niveau mondial depuis la fin des années 60 et qui exige de chaque bourgeoisie nationale l’attaque permanente des conditions de vie des masses travailleuses et de la population dans son ensemble. Mais il est aussi le résultat de la période de décomposition dans laquelle s’enfonce le capitalisme depuis deux décennies, décomposition dont l’expression majeure a été la disparition du système de blocs impérialistes après l’implosion de l’ex bloc « socialiste » en 1989.

Dans le cas particulier du Venezuela, l’apparition du chavisme exprime de façon caricaturale la décomposition de la bourgeoisie nationale, qui atteint de telles proportions que ses conflits d’intérêt ont créé les conditions pour que le gouvernement tombe entre les mains de secteurs de la petite-bourgeoisie gauchiste qui ont clairement l’intention de s’y maintenir à tout prix. Le secteur « chaviste » de la bourgeoisie tente de se différencier « radicalement » de l’idéologie démocratique de la « vieille oligarchie » en adaptant la virulence aigrie de la gauche du capital vénézuélien et du gauchisme aux temps nouveaux de la « fin de l’histoire » ([4]), en se référant :

– au bolivarisme, repris de la guérilla gauchiste des années 60, mêlé de références à l’idéologie zamorienne et robinsonienne ([5]), auxquelles il faut ajouter l’indigénisme et la négritude, saupoudrant le tout d’une dose de mysticisme et de religion qui viennent donner une connotation fondamentaliste à l’idéologie bolivarienne ;

– à la démocratie représentative qui faisait vivre les vieux partis, le chavisme oppose la démocratie « participative et protagoniste » qui serait la base du « socialisme » chaviste.

Pourquoi ?

La « démocratie participative et protagoniste » a permis au chavisme de mobiliser la population pour adapter juridiquement le modèle démocratique bourgeois et contrôler les institutions de l’Etat par l’adoption d’une nouvelle constitution. L’aspect « innovant » de ce modèle bourgeois se trouve dans le fait qu’il renforce la « nouvelle bourgeoisie » chaviste sur deux plans :

                     sur le plan économique, le soi-disant « développement endogène » basé sur le coopérativisme, la cogestion et l’autogestion permet de développer les politiques de capitalisme d’Etat par l’attribution des ressources de l’Etat à la nouvelle bourgeoisie chaviste et aux secteurs du capital privé qui soutiennent le projet ;

                     sur le plan économique et social, l’attribution des ressources de l’Etat par le biais d’organisations comme les Cercles bolivariens, les Missions, les milices, etc., permet au chavisme un contrôle politique et social des secteur les plus misérables que sont la majorité de la population (le chavisme ne se distingue en rien à ce niveau des régimes staliniens ou fascistes). Et cette attribution des ressources permet surtout au chavisme de distribuer des miettes qui légitiment tous les discours idéologiques sur la « redistribution des richesses » et « l’égalitarisme » de la gauche ; c’est là ce qui, selon le chavisme et l’ensemble de la gauche, ouvrira la voie au « socialisme du XXIe siècle ».

Mais ce « socialisme », avant de « redistribuer les richesses » (vieille rengaine bourgeoise pour justifier sa dictature de classe) se propose en fait la redistribution de la misère, « l’égalisation » de la société par le bas, par la précarité. Le travail des Missions permet en fait d’informaliser les conditions de travail, ce qui « flexibilise » (c’est-à-dire précarise) la force de travail à travers les coopératives dans lesquelles les travailleurs perçoivent des salaires inférieurs au salaire minimum déjà misérable sans bénéficier de la moindre protection sociale. Par ailleurs, toutes les branches de service ou de production dont s’occupent ces Missions en violant allègrement toutes formes de conventions collectives,  sont le théâtre  d’attaques des conditions de travail des travailleurs réguliers qui sont victimes du chantage au licenciement s’ils n’acceptent pas les conditions imposées par l’Etat. Enfin, dans la mesure où les Missions ont essentiellement comme fonction politique le contrôle social, le militantisme « pro-révolutionnaire » étant exigé pour pouvoir grappiller les miettes distribuées par l’Etat, la qualité des services publics est en chute libre. Au fur et à mesure que grandit la couverture sociale des Missions, la précarité s’étend aussi à l’ensemble de la classe ouvrière et à l’ensemble de la société. Par ailleurs le coopérativisme, la cogestion et l’autogestion, formes d’organisation de la production à laquelle la gauche et les gauchistes prêtent une nature magique « anticapitaliste », n’éliminent en rien l’exploitation des travailleurs par le capital, qu’il soit privé ou étatique : les rapports de production de biens ou de services propres à toutes les formes d’organisation de la production capitaliste sont maintenus, et les biens et services produits par les travailleurs devront tôt ou tard être soumis aux lois du marché. En d’autres termes, c’est ce dernier qui décidera des prix et donc du salaire des travailleurs.

Ici comme ailleurs, la bourgeoisie n’a d’autre choix que de jouer avec la misère, et le chavisme s’est révélé être un maître en la matière. Il tente d’imposer ses idéologies à l’ensemble de la société par le sang et par le feu, créant une ambiance de terreur, de persécution, de chantage et d’attaque permanente sur les conditions de vie des travailleurs à travers le chômage, les salaires de misère, les charges sociales, développant une paupérisation qui se traduit, dans les faits, par une augmentation significative de la pauvreté et de la malnutrition ([6]), de la criminalité et de la prostitution infantile et juvénile, pendant que les nouveaux riches chavistes se répartissent le butin des ressources de l’Etat en s’allouant des traitements et des salaires des dizaines de fois supérieurs à ceux d’un travailleur, promouvant et permettant en outre des niveaux de corruption tels que les régimes antérieurs passent pour des enfants de chœur. Et tout ceci au nom de la soi-disant « supériorité morale » de la gauche du capital, qui n’est rien d’autre que la morale hypocrite bourgeoise hissée à son paroxysme.

Dans ce sens, non seulement le chavisme est un pur produit de la décomposition de la bourgeoisie vénézuélienne, mais il est en outre un facteur accélérateur de ce pourrissement de la classe bourgeoise et de la société vénézuélienne dans son ensemble. Et c’est précisément cette putréfaction que les gauchistes et la gauche dans le monde entier baptisent « révolution » ! Quelle impudence !

La seule révolution possible est la révolution prolétarienne

Leur radicalisme petit-bourgeois pousse les secteurs gauchistes qui composent le chavisme à baptiser « révolution » un phénomène qui, comme nous l’avons vu, n’est rien d’autre qu’une variante du capitalisme d’Etat : une « nouvelle » forme juridique d’administration de l’Etat bourgeois pour poursuivre l’exploitation du travail par le capital national. Que Chavez et ses disciples et adulateurs l’appellent « socialisme » n’est pas en soi un phénomène nouveau : la gauche et les gauchistes de tout poil n’ont pas cessé, tout au long du XXe siècle, de qualifier de « socialiste » le moindre gouvernement dont l’Etat assume le contrôle de la vie économique, politique et sociale (comme ce fût le cas pour tous ces pays en orbite de la Russie qui formaient le fameux « bloc socialiste » et dont ne survivent que la Chine, la Corée du Nord et Cuba), dans lesquels est éliminé ou tend à l’être le capital privé et que les moyens de production passent sous contrôle de l’Etat et de la bureaucratie. Aujourd’hui, la gauche du capital, en tant que force protectrice des intérêts du capital national, hisse à nouveau le drapeau de ce « socialisme », c’est-à-dire du capitalisme d’Etat, mais sous les nouvelles couleurs des mouvements anti-globalisation et altermondialistes, pour tenter de donner un fond idéologique à son mot d’ordre : « Un autre monde est possible ».

Ce « néo-socialisme » reprend aussi les thèmes populistes auxquels recourt la bourgeoisie dans ses moments de crise économique et politique. La bourgeoisie recourt toujours dans ces cas-là à la manipulation des secteurs les plus pauvres de la population et de la petite bourgeoisie paupérisée, pour tenter de contrôler le mal-être social généré par l’accroissement de la pauvreté et de les utiliser pour maintenir sa domination de classe.

Le chavisme, armé de cette vision du « socialisme du XXIe siècle », nous promet d’éradiquer la misère… à l’horizon de 2021. Il est effectivement possible que le chavisme parvienne pour cette date à créer une société « égalitaire », dans le sens où il aura réussi à plonger la quasi-totalité de la population dans une « égale paupérisation » (à l’exception évidemment des nouveaux riches du chavisme), comme la bourgeoisie est parvenu à le faire à Cuba, en Corée du Nord ou en Chine, ces résidus du vieux « socialisme ». L’accroissement des indices de la misère ne peut plus se déguiser et il est inéluctable : malgré les manipulations éhontées des chiffres par les organismes de l’Etat, l’Institut national de statistiques (INE) indique que l’indice de pauvreté a augmenté de dix pour cent pendant les six années de gouvernement chaviste ([7]).

Cette augmentation de la misère n’est cependant pas due à la mauvaise gestion du chavisme, comme tentent de le faire croire les secteurs de la bourgeoisie dans l’opposition : il est impossible d’éradiquer la misère dans le capitalisme, car ce mode de production non seulement requiert une attaque permanente sur les salaires et les conditions de vie des travailleurs mais, en outre, avec son entrée en décadence, il crée une masse toujours plus grande de prolétaires qui sont laissés à la rue sans qu’existe pour eux la moindre possibilité d’être intégrés à l’appareil productif. La bourgeoisie face à la crise n’a d’autre choix que de rendre toujours plus précaires les conditions de vie du prolétariat pour pouvoir rester compétitive sur le marché mondial et, bien sûr, pouvoir maintenir les privilèges dont elle jouit en tant que classe dominante.

Mais la bourgeoisie chaviste doit compter sur un facteur qui contrariera ses plans : l’approfondissement de la crise du capitalisme et de la décomposition de l’ensemble de la bourgeoisie. Malgré les revenus importants tirés de l’augmentation historique du prix du baril de pétrole sur lesquels compte la bourgeoisie vénézuélienne, ils ne sont cependant pas éternels et par ailleurs sont insuffisants pour répondre au coût de la « révolution ». L’approfondissement de la crise ne tardera pas à faire tourner court l’appareil populiste et les Missions mis en place par le chavisme. Alors les masses se manifesteront de nouveau. Mais ces manifestations seront condamnées à finir dans les impasses de la révolte stérile et de l’impuissance si la classe ouvrière n’a pas la capacité de donner une perspective aux masses les plus pauvres, vers la destruction et le dépassement du capitalisme. Il est donc de la première importance que les travailleurs réagissent par leur lutte contre les attaques faites à leurs conditions de vie et affrontent toute cette idéologie bolivarienne égalitariste.

Dans le capitalisme décadent, la bourgeoisie, de droite ou de gauche, n’a d’autre choix que de recourir à toutes sortes de variantes du capitalisme d’Etat, qu’elle les nomme bolivarisme ou autres noms d’oiseaux. Le « néo-socialisme », ce fameux « socialisme du XXIe siècle » préconisé par Chavez, n’est que l’imposition progressive de conditions de vie toujours plus précaires aux travailleurs et à l’ensemble de la société. Les forces de droite ou de gauche du capital ne peuvent plus réaliser de réformes véritables du système capitaliste, encore moins faire une révolution. L’époque où la bourgeoisie était une classe révolutionnaire est révolue depuis que le mode de production capitaliste a atteint les confins de la planète. L’entrée du capitalisme dans sa phase de décadence avec la Première Guerre mondiale, a mis depuis un siècle un terme à cette période où le prolétariat

Nous ne pouvons ici développer la vision marxiste de la révolution prolétarienne ([8]). Mais nous pouvons affirmer que seul le prolétariat en armes organisé en Conseils ouvriers est à même de donner un caractère révolutionnaire à un mouvement de révolte, en donnant comme perspective la destruction de fond en comble de l’appareil d’Etat de la bourgeoisie et en s’affirmant comme classe dominante de la société, en prenant le contrôle des moyens de production et en incorporant à sa cause les masses non exploiteuses. Là se trouvent les leçons basiques des plus grandes expériences des mouvements révolutionnaires de la classe ouvrière : la Commune de Paris, la Révolution russe de 1905, la vague révolutionnaire internationale qui fut inaugurée par la Révolution russe de 1917. Là se trouve l’unique voie pour passer du règne de la pénurie qu’impose le capitalisme au règne de l’abondance, le communisme.

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[1] Mouvement bolivarien révolutionnaire-200, formé en majorité par les militaires qui participèrent avec Chavez à l’insurrection en 1992.

[2] Partisans des « vieux » partis de la bourgeoisie, AD et COPEI.

[3]  Organisations crées et financées par l’Etat, qui travaillent dans des services publics tels que le domaine de la santé, de l’éducation, de la distribution de la nourriture, etc. Ces Missions permettent aussi de développer le travail précaire à travers le coopérativisme. Le réseau tissé par les Missions permet aussi aux partis qui soutiennent le gouvernement d’exercer un réel contrôle social, puisqu’il est exigé de s’engager en faveur de la « révolution bolivarienne » pour pouvoir recevoir des aides de l’Etat.

[4] Un des conseillers de Chavez dans les années 90 était l’argentin Norberto Ceresole, qui avait imaginé un modèle baptisé “post démocratie” qui combinait un ensemble d’idéologies allant du fascisme au bolivarianisme en passant par le stalinisme. Nous voyons là les origines, typiques de la décomposition, du cocktail idéologique de Chavez.

[5] Références faite au « guerrier » Ezequiel Zamora, leader des insurrections paysannes de la moitié du XIXe siècle et à Simon Rodriguez, qui vécut fin XVIIIe et début XIXe siècles, professeur de Bolivar et qui se fit appeler Samuel Robinson ; son modèle avançait que l’Amérique espagnole devait se doter de gouvernements et d’institutions « originaux » hors des modèles donnés par l’étranger.

[6] Une étude récente de l’Institut vénézuélien de recherches scientifiques avance qu’un tiers des enfants entre 2 et 15 ans sondés dans les Etats du centre du pays souffrent d’anémie. Ce niveau terrifiant va jusqu’à 71 % des enfants de moins de 2 ans dans l’un de ces Etats. Il est bon de se souvenir que, dans les années 80, le pourcentage était proche de celui des pays développés.

[7] L’Institut national de statistiques signalait que la pauvreté était passé de 42,8 % en 1999 a 53 % en 2004. Une récente étude de l’entreprise Datos signale cependant que la pauvreté touche 81 % de la population, c'est-à-dire quelques 21 millions de personnes (el Nacional, 31 mars 2005).

[8] Nous invitons nos lecteurs à mieux connaître nos positions et nos analyses sur ce sujet en consultant notre site Internet : www.internaciotionalism.org.

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Questions théoriques: 

Révolution Internationale n° 367 - Avril 2006

La solidarité du mouvement des étudiants, un exemple pour toute la classe ouvrière

Le mouvement des étudiants en France contre le CPE n'a rien à voir avec la plupart des mouvements précédents, interclassistes, de la jeunesse estudiantine. Il s'inscrit pleinement dans le combat de toute la classe ouvrière mondiale. Face à une attaque particulièrement ignoble contre les jeunes générations de travailleurs, une attaque qui institutionnalise la précarité au nom de la "lutte contre la précarité", les étudiants ont d'emblée compris et assumé le caractère de classe de leur combat.

Ainsi, alors que certains voulaient mêler des revendications spécifiquement étudiantes (comme le retrait du LMD – la norme européenne des cursus universitaires) à la revendication centrale de retrait du CPE, les assemblées étudiantes ont décidé de ne garder que les revendications qui concernent l'ensemble de la classe ouvrière.

Ce qui a fait la force de ce mouvement, c'est justement qu'il s'est placé résolument sur le terrain de la lutte de classe des exploités contre les exploiteurs. Et cela en adoptant des méthodes et des principes de lutte qui sont justement ceux de la classe ouvrière. Le premier de ces principes est celui de la solidarité. Rompant avec le "chacun pour soi", l'idée que "si je fais de bonnes études, si je me tiens à carreau pendant deux ans, alors je pourrai passer entre les gouttes", les étudiants ont adopté la seule attitude possible pour la classe ouvrière contre les attaques du capitalisme : la lutte unie. Et cette solidarité ne s'est pas manifestée seulement "entre étudiants". D'emblée, ils se sont adressés aux salariés, non seulement pour gagner leur solidarité, mais aussi parce qu'ils ont bien compris que c'est toute la classe ouvrière qui est attaquée. Par leur dynamisme, leur combativité et leurs appels, ils ont réussi dans beaucoup de facultés à entraîner le personnel de celles-ci - enseignants et agents administratifs - dans la lutte en leur proposant notamment de tenir des assemblées générales communes.

Un autre trait clairement prolétarien du mouvement, c'est sa volonté de développer la conscience de ses participants. La grève des universités a commencé par des blocages. Mais ces derniers n'étaient pas conçus comme des "coups de force" par lesquels une "minorité d'énergumènes impose sa loi à la majorité", comme le rabâchent tous les dimanches après la messe les petits groupes d'"anti-bloqueurs" en tenue blanche de premiers communiants. Les blocages étaient un moyen que se sont donné les étudiants les plus conscients et combatifs pour manifester leur détermination et surtout pour entraîner un maximum de leurs camarades vers les assemblées générales où une proportion considérable de ceux qui n'avaient pas compris la signification des attaques du gouvernement ou la nécessité de les combattre ont été convaincus par le débat et les arguments.

Et justement, ces assemblées générales qui ont réussi à s'organiser de façon croissante, qui se sont donné des comités de grève et des commissions responsables devant elles, qui ont constitué le poumon du mouvement, ce sont des moyens propres à la lutte de la classe ouvrière. En particulier, ces assemblées étaient ouvertes vers l'extérieur, et non pas repliées sur elles-mêmes comme le sont en général les assemblées syndicales où ne sont autorisées que "les personnes de la boîte", ou à la limite des syndicalistes patentés d'autres "boîtes" ou des "instances syndicales supérieures". Très vite on a vu la participation de délégations d'étudiants d'une université aux AG d'autres universités, ce qui outre le renforcement du sentiment de force et de solidarité entre les différentes AG a permis à celles qui étaient en retrait de s'inspirer des avancées de celles qui étaient plus en pointe. C'est là aussi une des caractéristiques importantes de la dynamique des assemblées ouvrières dans les mouvements de classe ayant atteint un niveau important de conscience et d'organisation. Et cette ouverture des AG vers l'extérieur ne s'est pas limitée aux seuls étudiants d'autres universités mais elle s'est étendue également à la participation de personnes qui n'étaient pas des étudiants. En particulier, des travailleurs ou des retraités, parents ou grands parents d'étudiants et lycéens en lutte, ont reçu en général un accueil très chaleureux et attentif de la part des assemblées dès lors qu'ils inscrivent leurs interventions dans le sens du renforcement et de l'extension du mouvement, notamment en direction des salariés.

Face à cette mobilisation exemplaire des étudiants sur le terrain et avec les méthodes de la classe ouvrière, on a assisté à la constitution d'une sainte alliance entre les divers piliers de l'ordre capitaliste : le gouvernement, les forces de répression, les médias et les organisations syndicales.

La stratégie de pourrissement par la violence

Le gouvernement a d'abord essayé plusieurs ficelles pour faire "passer en force" sa loi scélérate. En particulier, il a usé d'une "kolossale finesse" en essayant de la faire adopter par le Parlement pendant les vacances scolaires. Le coup a manqué : au lieu de démoraliser et de démobiliser la jeunesse étudiante, il a réussi à provoquer sa colère et une extension de sa mobilisation. Ensuite, il s'est appuyé sur les forces de répression pour empêcher que la Sorbonne ne puisse, à l'image des autres universités, servir de lieu de regroupement et de réunion pour les étudiants en lutte. Ce faisant, il comptait polariser la combativité des étudiants de la région parisienne autour de ce symbole. Dans un premier temps, certains étudiants sont tombés dans ce piège. Mais, rapidement, la majorité des étudiants a fait preuve de sa maturité et le mouvement a refusé de tomber dans la provocation quotidienne que constituent ces troupes de CRS armés jusqu'aux dents en plein Quartier latin. Ensuite, le gouvernement, avec la complicité des organisations syndicales avec qui sont négociés les trajets des manifestations, a tendu une véritable souricière aux manifestants parisiens du 16 mars qui se sont retrouvés coincés en fin de parcours par les forces de police. C'était une nouvelle provocation dans laquelle ne sont pas tombés les étudiants mais qui a permis que des jeunes des banlieues se livrent à des violences abondamment filmées par les chaînes de télévision, des violences qui se sont poursuivies autour de la Sorbonne toute proche (le choix du lieu de dispersion n'était évidemment pas le fait du hasard). Il s'agissait de faire peur à ceux qui avaient décidé d'aller à la grande manifestation qui devait se tenir deux jours plus tard. Nouvel échec de la manœuvre : la participation à celle-ci a été exceptionnelle. Enfin, le 23, c'est avec la bénédiction des forces de police que des "casseurs" s'en sont pris aux manifestants eux-mêmes pour les dépouiller, ou tout simplement pour les tabasser sans raison. Beaucoup d'étudiants étaient démoralisés par ces violences : "Quand ce sont les CRS qui nous matraquent, ça nous donne la pêche, mais quand ce sont les gamins des banlieues, pour qui on se bat aussi, ça fout un coup au moral". Cependant, la colère s'est surtout tournée contre les autorités tant il était évident que la police avait été complice de ces violences. C'est pour cela que Sarkozy a promis que désormais la police n'allait plus permettre que se reproduisent de telles agressions contre les manifestants. En fait, il est clair que le gouvernement essaie de jouer la carte du "pourrissement", en s'appuyant notamment sur le désespoir et la violence aveugle de certains jeunes des banlieues qui sont fondamentalement des victimes d'un système qui les broie avec une violence extrême. Là aussi la réponse de beaucoup d'étudiants a été très digne et responsable : plutôt que d'essayer d'organiser des actions violentes contre les jeunes "casseurs", ils ont décidé, comme à la fac de Censier, de constituer une "commission banlieues" chargée d'aller discuter avec les jeunes des quartiers défavorisés, notamment pour leur expliquer que la lutte des étudiants et des lycéens est aussi en faveur de ces jeunes plongés dans le désespoir du chômage massif et de l'exclusion.

Les médias au service de Sarkozy

Les différentes tentatives du gouvernement de démoraliser les étudiants en lutte ou de les entraîner sur le terrain des affrontements à répétition avec les forces de police on reçu de leur part une réponse pleine de sagesse et surtout de dignité. Ce n'est pas la même dignité qu'on a vu de la part des médias. Ceux-ci se sont même surpassés dans leur rôle de prostituées de la propagande capitaliste. A la télévision, les scènes de violence qui se sont produites à la fin de certaines manifestations sont passées en boucle dans les "news" alors qu'il n'y a rien sur les assemblées générales, sur l'organisation et la maturité remarquables du mouvement. Mais comme l'amalgame étudiants en lutte=casseurs ne passe décidément pas, même Sarkozy déclare et répète qu'il fait une différence très nette entre les gentils étudiants et les "voyous". Cela n'empêche pas les médias de continuer avec l'étalage obscène des images de violence qu'on passe juste avant d'autres scènes de violence (telle l'attaque par l'armée israélienne de la prison de Jéricho ou bien un attentat terroriste bien saignant en Irak). Après l'échec des grosses ficelles, c'est l'heure des spécialistes les plus pointus de la manipulation psychologique. Ce qu'on veut provoquer c'est la peur, l'écoeurement, l'assimilation inconsciente du message manifestation=violence même si le message officiel prétend le contraire.

Le rôle des syndicats

Tous ces pièges, ces manipulations, la grande majorité des étudiant et des travailleurs les ont déjoués. C'est pour cela que la 5e colonne de l'État bourgeois, les syndicats, a repris les choses en main et en y mettant les grands moyens. En sous-estimant les ressources de combativité et de conscience que portent en eux les jeunes bataillons de la classe ouvrière, le gouvernement s'est mis dans une impasse. Il est clair qu'il ne peut pas reculer. Raffarin l'avait déjà dit en 2003 : "Ce n'est pas la rue qui gouverne". Un gouvernement qui bat en retraite devant la rue perd son autorité et ouvre la porte à des mouvements bien plus dangereux encore, surtout dans la situation actuelle où s'est accumulé un énorme mécontentement dans les rangs de la classe ouvrière suite à la montée du chômage, de la précarité et de toutes les attaques qui pleuvent quotidiennement sur ses conditions de vie. Depuis la fin janvier, les syndicats ont organisé des "journées d'action" contre le CPE. Et depuis que les étudiants sont entrés dans la lutte appelant les salariés à engager le combat à leur tour, ils se présentent, avec une belle unanimité, qu'on n'avait pas vue depuis longtemps, comme les meilleurs alliés de leur mouvement. Mais il ne faut pas se laisser berner : derrière leur intransigeance affichée, menton en avant, face au gouvernement, ils ne font rien pour mobiliser réellement l'ensemble de la classe ouvrière.

Si on entend souvent à la télé les déclarations martiales de Thibault, Mailly et consort, au niveau des entreprises, c'est le silence radio. Très souvent, les tracts syndicaux (quand il y en a) appelant à la grève ou à la manifestation arrivent dans les services le jour même, voire le lendemain. Les rares assemblées générales organisées par les syndicats ont eu lieu dans les entreprises (telles EDF et GDF) ou ils sont particulièrement puissants et où ils ne craignent pas d'être débordés. De plus, ces assemblées n'ont rien à voir avec ce que nous avons connu dans les facultés depuis un mois : les travailleurs y sont invités à écouter sagement les discours soporifiques des permanents syndicats qui viennent à tour de rôle prêcher pour leur chapelle en vue des prochaines élections au Comité d'entreprise ou des "délégués du personnel". Lorsque Bernard Thibault, invité du "Grand Jury RTL" du 26 mars, insistait lourdement sur le fait que les salariés avaient leurs propres méthodes de lutte différentes de celles des étudiants et qu'il ne voulait pas que les uns veuillent faire la leçon aux autres et réciproquement, il ne parlait pas en l'air : hors de question que les méthodes des étudiants soient reprises par les salariés car cela voudrait dire que les syndicats ne contrôleraient plus la situation et qu'ils ne pourraient plus jouer leur rôle de pompiers de l'ordre social ! Car c'est là leur fonction principale dans la société capitaliste. Leurs discours, même les plus radicaux comme ceux d'aujourd'hui, ne sont là que pour garder la confiance des travailleurs et pouvoir ainsi saboter leurs luttes quand le gouvernement et les patrons risquent d'être mis en difficulté.

C'est là une leçon que non seulement les étudiants, mais aussi l'ensemble des travailleurs devront retenir en vue de leurs combats futurs.

A l'heure où nous écrivons, nous ne pouvons encore prévoir comment va évoluer la situation. Cependant, même si la sainte alliance entre tous les défenseurs de l'ordre capitaliste vient à bout de la lutte exemplaire des étudiants, ces derniers, comme les autres secteurs de la classe ouvrière, ne devront pas sombrer dans la démoralisation. Ils ont déjà remporté deux victoires très importantes. D'une part, la bourgeoisie va devoir pour un temps limiter ses attaques sous peine d'être à nouveau mise en difficulté comme elle l'est aujourd'hui. D'autre part, et surtout, cette lutte constitue une expérience inestimable pour toute une nouvelle génération de combattants de la classe ouvrière.

Comme le disait il y a plus d'un siècle et demi le "Manifeste communiste" : "Parfois, les ouvriers triomphent; mais c'est un triomphe éphémère. Le résultat véritable de leurs luttes est moins le succès immédiat que l'union grandissante des travailleurs." La solidarité et le dynamisme de la lutte, sa prise en main collective par les assemblées générales, voila des acquis de la lutte actuelle des étudiants qui montrent le chemin aux futurs combats de l'ensemble de la classe ouvrière.

Courant Communiste International (28 mars 2006)

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Récent et en cours: 

Trois ans de guerre en Irak : Toujours davantage de chaos et de barbarie

Il y a maintenant trois ans que la guerre en Irak a commencé. L’offensive militaire gigantesque dirigée par les Etats-Unis devait participer activement à apporter la sécurité au monde. La croisade américaine contre le terrorisme international, dont l’Irak de Saddam Hussein se devait d’être un bastion, avait été lancée au nom de la paix, du progrès de la civilisation et de la lutte contre la tyrannie et l’obscurantisme. Après trois années de carnages et de tueries, qu’en est-il effectivement aujourd’hui ? Dans quelle situation se trouvent l’Irak et l’ensemble de la région du Moyen-Orient ? Quel avenir nous réserve ce monde en pleine décomposition ?

 

L’enfoncement irrémédiable de l’Irak dans une guerre généralisée

Il n’y a qu’à regarder la situation tragique que connaît actuellement la population en Irak pour avoir un début de réponse à ces questions. Le mois de février a connu une accélération des attentats suicides. Plus de 75 personnes ont été tuées au cours d’une nouvelle flambée de violence, le mardi 28 février, dans cinq explosions à Bagdad. En une semaine seulement, du 22 au 28 février, le pseudo-gouvernement irakien annonce tout simplement que 458 personnes auraient été blessées et 379 auraient été tuées et ceci sans compter les victimes dues à l’attentat qui a frappé le sanctuaire chiite de Samarra. La violence et la barbarie qui se développent actuellement dans ce pays sont de plus en plus sanglantes et inhumaines. Le mardi 28 février, plus de trente deux personnes ont été tuées et plus de cent autres blessées dans l’explosion quasi simultanée de deux bombes par des kamikazes fanatisés. L’enfoncement au quotidien dans l’horreur est malheureusement de plus en plus visible et certain. Ces deux attentats ont été perpétrés dans une file d’attente de personnes qui achetaient du fuel domestique dans le quartier Al Amine au sud-est de Bagdad, ainsi qu’à proximité d’un bureau de poste de cette agglomération. En Irak, les attentats sont devenus quotidiens, plongeant la population dans une peur permanente.

Le développement du chaos en Irak s’est particulièrement concrétisé à partir du 22 février dernier. L’Irak déjà soumis sans cesse à des attentats anti-américains mais également sur des bases d’affrontements communautaires, se voit alors ce jour confronté à un évènement lourd de conséquences : l’attentat qui a endommagé la mosquée sacrée chiite de l’Imam Ali de Bassorah, dans le sud de l’Irak. Cette explosion a causé un mouvement de panique dans la ville, au sein d’une région à majorité chiite. Cet attentat a provoqué une violente accélération des affrontements armés entre Chiites et Sunnites. Depuis ce moment, l’affrontement à caractère confessionnel a sans aucun doute fait plus de 300 morts. Les affrontements les armes à la main se sont multipliés. La torture et les assassinats sommaires tendent à se généraliser : "Les corps de 15 jeunes irakiens, les mains ligotées et portant des traces de pendaison, ont été découverts dans une fourgonnette dans l’ouest de Bagdad. Par ailleurs, 29 autres corps criblés de balles, les mains ligotées ont été retrouvés dans une fosse commune dans l’est de Bagdad. Ces corps ont été enterrés récemment et il pourrait y en avoir d’autres, a ajouté la source du ministère." (cité par Courrier International le 14 mars 2006). La classe ouvrière en Irak n’est pas épargné : en effet, aux alentours du 25 février, 45 ouvriers d’une briqueterie, de confession chiite ou sunnite, ont été retrouvés, criblés de balles, sans que personne ne sache qui étaient les assassins. L’horreur capitaliste est vécue au quotidien par la population irakienne. La flambée de violence, la montée irréversible et en puissance de la guerre entre communautés a poussé le "gouvernement" dans ce pays à imposer à partir du 22 février un couvre-feu entre 20 heures et 6 heures dans les régions situées au nord de la capitale où se trouve notamment Samarra. Cette mesure visait à ramener un peu de calme dans ce pays. La poursuite et l’accélération des massacres et des attentats, malgré les directives du pouvoir irakien, démontrent sa totale impuissance à contrôler la situation. La présence massive de l’armée américaine, son potentiel en armement terrestre et aérien, loin d’être, comme le souhaite la bourgeoisie des Etats-Unis, un facteur de stabilisation afin de mieux contrôler le pays, est un élément déterminant et croissant du développement de l’instabilité et du chaos. L’Irak est définitivement ingouvernable. Même si au même moment, les chefs des groupes parlementaires ont commencé, sous la houlette de l’ambassadeur des Etats-Unis Zalmay Khalizad, à "négocier" la formation d’un nouveau gouvernement. Le président Jalal Talabami a annoncé à cet effet la création d’une commission parlementaire. Dans ce panier de crabes où chaque clique bourgeoise vient aux négociations les armes à la main, la question de la nomination du premier ministre et de ses prérogatives fait voler en éclats le vernis démocratique  : "Les Kurdes et les Sunnites refusent la reconduction à son poste du premier ministre sortant Ibrahim Jaa Fari, souhaitée par les Chiites conservateurs, majoritaires." (Courrier International, 13 mars 2006). Dans une situation d’enfoncement dans la guerre et le chaos, chaque chef des différentes bourgeoisies communautaires se battra toujours plus férocement pour obtenir pouvoir, bénéfices militaires et pécuniaires.

 

Une tentative de réaction américaine vouée à un échec certain

Trois ans après son offensive et face à la visibilité patente de l’échec total de leur politique militariste en Irak, les Etats-Unis se devaient de tenter de frapper un grand coup. Leur affaiblissement en tant que première puissance mondiale, leur enlisement toujours grandissant dans le bourbier irakien ne pouvaient pas laisser la bourgeoisie américaine sans réaction. Et ceci, d’autant plus que la politique guerrière de l’administration Bush est de plus en plus contestée par la population américaine, donnant naissance à des manifestations appelant au retrait pur et simple de l’armée américaine d’Irak. Les 2291 morts de soldats américains officiellement recensées depuis mars 2003, pèsent très lourdement dans un tel contexte d’échec de la politique impérialiste américaine. Alors que les Etats-Unis intervenaient à l’ONU pour appeler au calme, de peur que le pays qui a basculé dans une guerre ouverte entre la minorité sunnite hier encore au pouvoir, et la majorité chiite pleine d’appétit, ne devienne totalement incontrôlable, ils n’en préparaient pas moins une nouvelle offensive militaire sur les zones sensibles en Irak. Celle-ci se voulait la plus massive depuis le déclenchement de la guerre, il y a trois ans. A grand renfort de publicité, des nuées de bombardiers, d’hélicoptères s’envolaient des bases américaines au Moyen-Orient afin de porter un rude coup "aux terroristes et autres activistes nostalgiques du pouvoir de Saddam Hussein". De fait cette formidable offensive a fait long feu, démontrant une fois encore la fragilisation et l’affaiblissement croissant des Etats-Unis en Irak et dans le monde.

 

Le chaos et la guerre ne peuvent que se propager dans l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient

Tout récemment, lors de sa visite en France, le roi de Jordanie Abdallah II a manifesté publiquement ses inquiétudes sur le danger bien réel d’une extension de la guerre ouverte entre Chiites et Sunnites à tout le Proche et le Moyen-Orient : "En parlant de croissant chiite, j’exprimais des craintes de voir le jeu politique, sous couvert de religion, déboucher sur un conflit entre Sunnites et Chiites, dont nous assistons aux prémices en Irak. Le risque potentiel d’un conflit inter-religieux existe. Cela serait désastreux pour nous tous." ( Le Monde Diplomatique, mars 2006). La présence massive des Chiites au Kurdistan, en Arabie Saoudite et surtout en Iran, rend ce danger plus que probable. La politique iranienne de défense de ses intérêts impérialistes en Irak à travers la majorité chiite est un facteur important participant du développement de la guerre dans toute la région. Le conflit israélo-palestinien s’inscrit totalement dans cette extension du chaos. La présence du Hamas au pouvoir en Palestine, hier encore fraction bourgeoise (archaïque et irrationnelle) adepte du terrorisme ne peut que conduire à terme à accélérer la fuite en avant guerrière de l’impérialisme israélien. La déstabilisation croissante de cette région mais également de la Jordanie risque ainsi de rejoindre la poudrière irakienne.

La poursuite du conflit en Irak affaiblit durablement l’armée américaine. Le représentant démocrate John Murtha qui avait provoqué une vive polémique en novembre 2005 en demandant le retrait immédiat d'Irak des troupes américaines justifiait sa position en invoquant le fait que "des officiers lui avaient expliqué que l’armée était au bord de la rupture." (d'après Le Monde.fr du 20 mars 2006). Les Etats-Unis sont de plus en plus dans l’incapacité matérielle et politique de maintenir les 138 000 soldats présents en Irak. C’est pour cela que malgré la perte de contrôle de la situation en Irak, l’Etat américain se voit obligé d’envisager le retrait de 38 000 soldats avant la fin 2006. Cette incapacité croissante de soutenir la guerre en Irak se manifeste également dans l’échec de la campagne de recrutement de l’armée américaine en 2005 : "Le résultat en a été le plus mauvais depuis un quart de siècle." (Le Monde.fr, 20 mars 2006). Aujourd’hui la bourgeoisie américaine est contrainte de recruter essentiellement dans des classes d’âge de plus en plus jeunes de 17 à 24 ans, tout en étant moins exigeante au niveau de la sélection physique. Le développement de la misère aux Etats-Unis ne pousse plus les jeunes générations à s’enrôler dans l’armée. Le mécontentement de la population face à la guerre en Irak s’exprime ainsi ouvertement. Le Pentagone offre aujourd’hui 20 000 dollars de prime aux recrues. De plus, l’âge pour s’engager devrait passer après accord du Congrès de 35 à 42 ans. Tout ceci traduit ouvertement et crûment l’affaiblissement accéléré de la première puissance militaire mondiale.

Cet affaiblissement de l’impérialisme américain ne peut que le pousser toujours plus en avant dans sa politique guerrière. Celle-ci s’exprime clairement dans la déclaration du président américain G.Bush cité dans Courrier International du 17 mars dernier : "L’Iran est peut-être le plus grand défi que nous pose un pays." Certes, la perte de contrôle des Etats-Unis en Irak et l’influence grandissante de l’Iran dans ce pays à travers la communauté chiite, se concrétise par des tractations diplomatiques entre les deux pays. Mais la montée irrésistible des antagonismes impérialistes, conjuguée à l’affaiblissement accéléré américain ne permettra de fait aucun répit. Cette confrontation américano-iranienne à venir pourrait bien commencer à se concrétiser au Proche-Orient en terre libanaise. Alors que la bourgeoisie libanaise s’entredéchire, après le retrait de l’armée syrienne, l’importance du Hezbollah, mouvement chiite qui défend ouvertement la guerre contre Israël est une arme importante de l’Iran face aux Etats-Unis. A l’intransigeance de Téhéran en matière de politique nucléaire correspondent les déclarations belliqueuses des Etats-Unis à son encontre. Le soutien de plus en plus manifeste de la Russie à l’Iran, conjugué à la montée irrationnelle de la politique guerrière des Etats-Unis, ne présage ainsi rien de bon.

L’affaiblissement des capacités d’occupation militaire des Etats-Unis, leur incapacité à développer leurs troupes au sol, laissent entrevoir la possibilité de poursuite de la barbarie capitaliste sous la forme de bombardements massifs, ne laissant derrière eux que ruines et désolation. La bourgeoisie des principaux pays impérialistes concurrents acharnés des Etats-Unis tels la France, l’Allemagne, la Russie et même la Chine ne peuvent que se réjouir cyniquement de cet affaiblissement américain. Ils n’auront aucun scrupule à participer activement autant que possible à l’enlisement militaire des Etats-Unis, tel que cela se passe déjà en Afghanistan et en Irak.

 

Face à la montée de la barbarie capitaliste il faut opposer la lutte de classe

Au moment où la barbarie capitaliste connaît une nouvelle phase d’accélération, l’espoir de toute l’humanité se manifeste concrètement dans le développement de la lutte de classe : aux Etats-Unis, en Allemagne, en Angleterre et surtout maintenant en France. Seule cette lutte de la classe ouvrière, en se développant de manière toujours plus unie et solidaire, pourra par la révolution communiste stopper le bras armé du capitalisme pourrissant. Les jeunes générations ouvrières, aujourd’hui en plein combat contre le capitalisme, doivent savoir que c’est leurs frères de classe qui ont, en 1917, par la révolution prolétarienne victorieuse en Russie, obligé la bourgeoisie mondiale à mettre fin à la première boucherie impérialiste. Cette révolution et la vague révolutionnaire de l’époque qui s‘est tout particulièrement développée en Europe centrale et en Allemagne n’était pas une exception, un accident passé de l’histoire. Elle est dans notre époque historique, possible et nécessaire.

Tino (24 mars)

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France : Salut aux jeunes générations de la classe ouvrière

La mobilisation massive des étudiants en France contre les attaques économiques du gouvernement Chirac/Villepin/Sarkozy qui a voulu faire passer son "Contrat Première Embauche" (CPE) par la violence, s'inscrit pleinement dans la dynamique actuelle du renouveau de la lutte du prolétariat mondial. Ce mouvement n'a rien à voir avec les mouvements précédents, interclassistes, de la jeunesse estudiantine. Il appartient au combat de toute la classe ouvrière. D'emblée, ce mouvement s'est situé sur un terrain de classe, contre une attaque économique, contre le "no future" que le capitalisme promet aux jeunes générations. Et c'est justement pour cela que les étudiants en lutte ont été capables de mettre de côté leurs revendications spécifiques (telle la réforme du système des diplômes LMD) au profit de revendications communes à toute la classe ouvrière : "Non au CPE ! Non à la précarité, aux licenciements et au chômage !"

Ce qui a fait la force de ce mouvement, c'est d'abord et avant tout le renforcement de la SOLIDARITÉ active dans la lutte. C'est en resserrant les rangs, en construisant un tissu très serré, en comprenant que l'union fait la force que les étudiants (et les lycéens) ont pu mettre en pratique le vieux mot d'ordre du mouvement ouvrier : "Tous pour un, un pour tous !" C'est comme cela qu'ils ont pu entraîner derrière eux les travailleurs des universités (professeurs et personnels administratifs) qui ont tenu eux aussi des assemblées générales. Ensuite, les étudiants des facultés d'Île de France ont ouvert leurs AG à leurs propres parents-travailleurs, à d'autres travailleurs et même à des retraités (notamment à Paris 3 - Censier). Ils leur ont demandé de prendre la parole et de leur donner des "idées". La "boîte à idées", l'"urne" du mouvement a circulé à toute vitesse partout, dans la rue, dans les AG, dans les supermarchés, sur tous les lieux de travail, sur tous les sites Internet, etc. Voilà comment les bataillons les plus conscients et déterminés du mouvement ont pu faire vivre la solidarité de la classe ouvrière et élargir leur lutte à toute la classe ouvrière !

Les Assemblées Générales massives sont le poumon du mouvement

Au lendemain de la manifestation du 7 mars, dans toutes les facs à Paris comme en province, se développent des AG massives d'étudiants : l'"homme de fer" Villepin, maintient sa politique de fermeté : le CPE sera voté à l'Assemblée Nationale car il est hors de question que ce soit "la rue qui gouverne" (comme le disait en 2003, l'ex-premier ministre Raffarin, qui a fait passer sa réforme du système des retraites pour jeter dans la misère les vieux travailleurs salariés après les avoir exploités pendant 40 ans !). Les étudiants ne cèderont pas à ce bras de fer. Les amphithéâtres où se tiennent les AG sont pleins à craquer. Les manifestations spontanées se multiplient, notamment dans la capitale. Les étudiants lèvent eux-mêmes le black-out des médias et les obligent à "débloquer" la loi du silence et du mensonge.

Du 8 au 18 mars, "dix jours vont ébranler le monde" de la bourgeoisie française. Les étudiants s'organisent de plus en plus pour élargir la riposte dans une seule direction : SOLIDARITÉ et UNITÉ de toute la classe ouvrière.

Dans la capitale, cette dynamique est partie du parvis de la fac de Censier qui sera aux avant-postes du mouvement vers l'extension et la centralisation de la riposte.

Dans les AG, les travailleurs qui "passaient par là" sont en général accueillis à bras ouverts. Ils sont invités à venir participer aux débats, à apporter leur expérience. Tous les travailleurs qui ont assisté aux AG à Paris comme dans plusieurs villes de province (notamment Toulouse) ont été sidérés par la capacité de cette jeune génération à mettre son imagination créatrice au service de la lutte de classe. A la fac de Censier, notamment, la richesse des débats, le sens des responsabilités des étudiants élus dans le comité de grève, leur capacité à organiser le mouvement, à tenir la tribune, à distribuer la parole à tous ceux qui veulent exprimer leur point de vue, à convaincre et à démasquer les saboteurs à travers la confrontation des arguments donnés dans la discussion, toute cette dynamique a vérifié toute la vitalité et la puissance des jeunes générations de la classe ouvrière.

Les étudiants ont défendu en permanence le caractère souverain des AG, avec leurs délégués élus et révocables (sur la base de mandats et remises de mandat), à travers le vote à main levée. Tous les jours, ce sont des équipes différentes qui organisent le débat à la tribune. Dans ces équipes, sont représentés des étudiants syndiqués et non syndiqués.

Pour pouvoir répartir les tâches, centraliser, coordonner et garder la maîtrise du mouvement, le comité de grève de Paris 3 - Censier avait décidé d'élire différentes commissions : presse, animation et réflexion, accueil et information, etc.

C'est grâce à cette véritable "démocratie" des AG et à la centralisation de la lutte que les étudiants ont pu décider des actions à mener, avec comme principale préoccupation l'extension dumouvement aux entreprises.

La dynamique vers l'extension du mouvement à toute la classe ouvrière

Les étudiants ont parfaitement compris que l'issue de leur combat est entre les mains des travailleurs salariés (comme l'a dit un étudiant dans une réunion de la coordination francilienne du 8 mars "si on reste isolés, on va se faire manger tout cru"). Plus le gouvernement Villepin refuse de céder et plus les étudiants sont déterminés. Plus Sarkozy cogne et plus il renforce la colère des salariés et fait "râler" ses "électeurs".

Les travailleurs salariés les plus aguerris à la lutte de classe (et les secteurs les moins stupides de la classe politique bourgeoise) savent que ce bras de fer contient la menace de la grève de masse (et non pas de la "grève générale" préconisée par certains syndicats et les anarchistes) si les voyous qui gouvernent s'enferment dans leur "logique" irrationnelle.

Et cette dynamique vers l'extension du mouvement, vers la grève de masse, a démarré dès le début de la mobilisation des étudiants qui ont envoyé partout, aux quatre coins du pays, des délégations massives vers les travailleurs des entreprises proches de leurs lieux d'études. Ils se sont heurtés au "blocage" syndical : les travailleurs sont restés enfermés dans leurs entreprises sans possibilité de discuter avec les délégations d'étudiants. Les "petits sioux" des facs de Paris ont dû imaginer un autre moyen de contourner le barrage syndical.

Pour mobiliser les travailleurs, les étudiants ont fait preuve d'une riche imagination. Ainsi, à Censier ils ont fabriqué une urne en carton appelé "boîte à idées". Dans certaines universités (comme celle de Jussieu à Paris), ils ont eu aussi l'idée de bavarder tranquillement dans la rue, de s'adresser aux passants afin de leur expliquer sans agressivité les raisons de leur colère. Ils ont demandé à tous les "badauds" s'ils avaient des idées à leur proposer car "toutes les idées sont bonnes à prendre". C'est notamment grâce au respect des travailleurs qui passaient par là ou étaient venus leur apporter leur solidarité, que les étudiants ont pu récolter dans leur "urne" des idées qu'ils ont mises en pratique. Grâce à leur expérience, ils ont vu quelles étaient les "bonnes idées" (celles qui vont dans le sens du renforcement du mouvement) et les "mauvaises idées" (celles qui vont dans le sens de l'affaiblir, de le saboter afin de livrer les étudiants à la répression, comme on l'a vu avec "l'occupation de la Sorbonne").

Les étudiants de beaucoup de facultés, celles qui étaient les plus en pointe, ont ouvert les amphithéâtres dans lesquels se tiennent leurs AG, aux travailleurs salariés et même à des retraités. Ils leur ont demandé de leur transmettre leur expérience du monde du travail. Ils avaient soif d'apprendre des vieilles générations. Et les "vieux" avaient soif d'apprendre des "jeunes". Tandis que les "jeunes" gagnaient en maturité, les "vieux" étaient en train de rajeunir ! C'est cette osmose entre toutes les générations de la classe ouvrière qui a donné une impulsion nouvelle au mouvement. La plus grande force de la lutte, la plus belle victoire du mouvement, c'est bien la lutte elle-même ! C'est la solidarité et l'unité de la classe ouvrière, tous secteurs et toutes générations confondues !

Et cette victoire a été gagnée non au Parlement mais dans les amphithéâtres universitaires. Malheureusement les espions au service du gouvernement qui étaient présents dans les AG n'ont rien compris. Ils n'ont pas été capables de donner des "idées" à Monsieur Villepin. Le trio infernal Villepin/Sarkozy/Chirac s'est retrouvé à cours d'"idées". Il a donc été contraint de montrer la vrai visage de la "Démocratie" bourgeoise : celui de la répression.

La violence de l'État policier révèle le "no future" de la bourgeoisie

Le mouvement des étudiants va bien au-delà d'une simple protestation contre le CPE. Comme le disait un professeur de l'université de Paris-Tolbiac, à la manifestation du 7 mars : "le CPE n'est pas seulement une attaque économique réelle et ponctuelle. C'est aussi un symbole." Effectivement, c'est le "symbole" de la faillite de l'économie capitaliste.

C'est aussi une réponse implicite contre les "bavures" policières (celle qui, à l'automne 2005, avait provoqué la mort "accidentelle" de deux jeunes innocents dénoncés comme "cambrioleurs" par un "citoyen" et poursuivis par les flics). En mettant au Ministère de l'Intérieur un pyromane (Monsieur Sarkozy), la bourgeoisie française n'a pas été capable de tirer les leçons de son histoire : elle a oublié que les "bavures" policières (entre autres, la mort de Malik Oussékine en 1986) peuvent être un facteur de radicalisation des luttes ouvrières. Aujourd'hui, la répression des étudiants de la Sorbonne qui voulaient seulement pouvoir tenir des AG (et non pas détruire les livres comme le prétend mensongèrement Monsieur de Robien) n'a fait que renforcer la détermination des étudiants. Toute la bourgeoisie et ses médias télévisées aux ordres n'ont cessé, heure après heure, de faire de la publicité mensongère pour faire passer les étudiants pour des "voyous" (la "racaille" selon le terme employé par le gentleman Sarkozy à l'égard des jeunes des banlieues).

Mais la ficelle était trop grosse. La classe ouvrière n'a pas mordu à l'hameçon des "guignols de l'info". C'est cette violence des voyous de la bourgeoisie qui a révélé au grand jour la violence du système capitaliste et de son État "démocratique". Un système qui jette sur le pavé des millions d'ouvriers, qui veut réduire à la misère les retraités après 40 ans d'exploitation, un système qui fait régner le "droit" et "l'ordre" par la matraque. En continuant à faire la sourde oreille, Monsieur Villepin a vérifié cette blague : "la dictature c'est ferme ta gueule. La démocratie, c'est cause toujours !". Mais le trio Villepin/Sarkozy/Chirac a fait encore mieux. Il a répondu aux étudiants : "cause toujours et ferme ta gueule !"

Et pour pouvoir maintenir leur pouvoir, ces Messieurs ont pu bénéficier de la "solidarité" des médias, et surtout de son instrument d'intoxication idéologique, le journal "télé-visé". Ce que visent les images ignobles des médias, c'est la fascination exhibitionniste de la violence aveugle, la manipulation des foules, le pourrissement de la conscience. Mais plus la télé en rajoute pour intimider la classe ouvrière et la paralyser, plus ses caméras donnent la nausée à la classe ouvrière (et même à l'électorat de la droite).

Et c'est justement parce que les nouvelles générations de la classe ouvrière, et ses bataillons les plus conscients, détiennent entre leurs mains les clefs de l'avenir, qu'ils ont refusé de céder à la provocation de l'État policier (et de ses forces d'encadrement syndicales). Ils ont refusé d'utiliser la violence aveugle et désespérée de la bourgeoisie, des jeunes émeutiers des banlieues, de certains "anars" et autres "gauchistes" excités.

Les enfants de la classe ouvrière qui sont aux avant-postes du mouvement des étudiants sont les seuls qui puissent ouvrir une perspective à toute la société. Cette perspective, la classe ouvrière ne peut la développer que grâce à une vision historique, grâce à la confiance en sa propre force, grâce à la patience et aussi à l'humour (comme le disait Lénine). C'est justement parce que la bourgeoise est une classe sans avenir historique, que la clique de Villepin s'est affolée et ne pouvait utiliser que la violence aveugle du "no future" des jeunes émeutiers.

La détermination de Monsieur Villepin à ne pas céder à la demande des étudiants (le retrait du CPE), révèle encore une chose : la bourgeoisie mondiale ne lâchera pas son pouvoir sous la pression des "urnes". Pour renverser le capitalisme et construire la véritable communauté humaine mondiale, la classe ouvrière sera obligée, dans le futur, de se défendre aussi par la violence contre la violence de l'État capitaliste et de toutes les forces d'appoint de son appareil répressif. Mais la violence de classe du prolétariat n'a strictement rien à voir avec les méthodes du terrorisme ou des émeutes des banlieues (comme veut le faire croire la propagande bourgeoise pour justifier la poursuite du flicage, de la répression des travailleurs, des étudiants et bien sûr des véritables militants communistes).

La contre-offensive de la bourgeoisie pour saboter et pourrir le mouvement

Pour tenter de faire passer toutes ses attaques économiques et policières, la bourgeoisie avait miné le terrain de la riposte anti-CPE. Elle a d'abord misé sur le calendrier des vacances scolaires pour disperser la colère des étudiants et lycéens. Mais les étudiants ne sont pas des enfants de chœurs (même si certains d'entre eux vont encore à l'église). Ils ont maintenu la mobilisation et ont pu la renforcer après les vacances. Évidemment, les syndicats étaient présents dès le début du mouvement et ont mis toutes leurs forces dans la bataille pour le noyauter.

Mais ils n'ont pas prévu qu'ils seraient massivement débordés dans la plupart des villes universitaires.

Par exemple, à Paris, plus d'un millier d'étudiants se retrouvent sur le parvis de la faculté de Paris 3-Censier pour partir tous ensemble à la manifestation. Les étudiants s'aperçoivent que les syndicats, CGT en tête, ont déplié leurs banderoles pour se mettre à la tête du cortège et encadrer la manif. Immédiatement, les étudiants font demi tour, utilisent les différents moyens de transports et la vitalité de leurs jambes pour contourner les syndicats. Ils prennent la tête de la manif et déplient leurs banderoles unitaires. Ils lancent une multitude de slogans unificateurs : "Étudiants, lycéens, chômeurs, travailleurs précaires, du public et du privé, même combat contre le chômage et la précarité !"

La CGT est ridiculisée. Elle se retrouve à la queue des étudiants avec une multitude de banderoles : "CGT de la  métallurgie", "CGT de la RATP", "CGT de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière" "CGT de la ville de Pantin", "CGT de la Seine Saint-Denis" etc. Derrière chacune des énormes banderoles rouges de la CGT, une poignée de militants complètement déboussolés. Pour requinquer leurs troupes, les cadres du parti stalinien "rénové" de Maurice Thorez (qui demandait au lendemain de la seconde guerre mondiale, aux mineurs ou aux ouvriers de Renault en grève de rependre le travail, de "retrousser les manches" car "la grève est l'arme des trusts") lancent alors des mots d'ordre "radicaux". Ils essaient de couvrir la voix des étudiants avec leurs hauts parleurs. Les cadres de la CGT et du parti "communiste" FRANÇAIS secouent leurs troupes en leur faisant chanter "L'Internationale". Le vieux dinosaure stalinien se ridiculise encore plus. Beaucoup de manifestants et de passants sur les trottoirs sont pliés de rire. On entend des commentaires du style : "c'est les guignols de l'info !".

Le soir même, le leader de la CGT Bernard Thibault dira à la télé : "il est vrai, qu'il y avait une part d'inconnu".

Les syndicats se sont démasqués eux-mêmes par leurs propres magouilles. C'est ce que Monsieur de Robien n'a toujours pas compris lorsqu'il s'est ainsi "indigné" des actes de vandalisme des "étudiants" à la Sorbonne (en exhibant quelques livres déchirés par les spécialistes bourgeois de la manipulation) : "c'est une petite minorité qui dirige la révolte des étudiants". Monsieur de Robien a mis à l'envers ses lunettes de presbyte : c'est effectivement une "petite minorité" qui dirige, non pas le mouvement des étudiants mais toute la société humaine. Une minorité qui ne produit rien d'autre que l'exploitation et la répression de la grande majorité de la classe des producteurs.

Les syndicats, CGT et FO en tête, n'ont pas encaissé le mauvais coup du 7 mars. C'est pour cela que certains journalistes parmi les plus intelligents ont pu dire à la télévision : "les syndicats sont été humiliés". Ils ont été "humiliés" également par les manifestations spontanées des étudiants dans les rues de la capitale le 14 mars. Incapables de réfréner leur colère contre les "humiliateurs", contre les travailleurs qui ont témoigné leur solidarité active aux étudiants en se joignant à la manifestation du 16 mars, les syndicats ont fini par montrer publiquement, devant les caméras, leur complicité avec les troupes de Monsieur Sarkozy.

A PAris, le"service d'ordre" de la CGT (lié au parti stalinien) et de FO (fondé grâce à l'appui de la CIA après la deuxième guerre mondiale) était à la tête de la manifestation, main dans la main, face aux CRS. Le cordon syndical s'est relâché comme par enchantement à la fin de la manifestation pour donner un ticket d'entrée aux petits "kamikazes" infiltrés dans la manifestation et qui se sont précipités vers la Sorbonne pour  commencer leur partie de chat et de souris avec les CRS. Tous ceux qui étaient aux premières loges et ont assisté à ces nouvelles scènes de violence ont raconté  que c'est grâce au "service d'ordre" des syndicats CGT/FO que Villepin/Sarkozy ont encore cogné et rempli leurs paniers à salade.

 Mais surtout, les images insistantes des affrontements violents qui ont suivi la manifestation à Paris ont pour objectif de faire peur avant la grande manifestation du 18 mars. Beaucoup de travailleurs ou de jeunes qui comptaient y participer risquent de renoncer par peur de ces violences

Les présentateurs du journal télé-visé annoncent la bonne nouvelle aux téléspectateurs : on va vers le "pourrissement du mouvement" (d'après les "info" du soir du 16 mars)

Ceux qui veulent "pourrir le mouvement", ce sont les complices de Sarkozy, les forces d'encadrement syndicales. Et cela la classe ouvrière commence à le comprendre. Derrière leurs discours "radicaux" et hypocrites, ce que veulent les syndicats, c'est sauver la mise au gouvernement. Pour le moment, c'est raté !

Le parti stalinien et sa CGT ont maintenant leur place dans le grand Panthéon de Jurassic Park (à côté des brontosaures de l’UMP). Si les syndicats n’ont pu jusqu’à présent jouer leur rôle de pompiers sociaux, c’est parce que les pyromanes Sarkozy/Villepin ont mis le feu à leurs banderoles le 16 mars.

Et, si les travailleurs sont venus soutenir les étudiants en lutte, c'est parce qu'ils ont vu que les syndicats avaient relayé, dans les entreprises, le black-out des médias sur les AG massives des étudiants.

Depuis la manifestation du 7 mars, les syndicats ont traîné la savate, fait toutes sortes de contorsions pour paralyser les travailleurs salariés. Ils ont fait toutes sortes de manœuvres pour diviser, émietter la colère de la classe ouvrière Ils ont essayé de saboter le mouvement des étudiants. Ils ont radicalisé leurs discours avec un train de retard en "exigeant" le retrait du CPE avant toute ouverture des négociations (alors qu'ils n'arrêtent pas depuis le début de "négocier" dans le dos de la classe ouvrière). Ils ont même brandi la menace de la "grève générale" pour faire "plier" le gouvernement. Bref, ils ont dévoilé ouvertement qu'ils ne voulaient pas que les travailleurs se mobilisent en solidarité avec les étudiants. Le dos au mur, ils ont fini par sortir de leur manche l'"as de pique" : en utilisant quelques gamins excités pour déchaîner encore et toujours la violence.

La seule issue à cette crise politique de la bourgeoisie française, c'est un ravalement de la vieille façade de l'État républicain. Et ce cadeau, c'est la gauche parlementaire qui a voulu l'offrir sur un plateau d'argent à Monsieur Villepin : PS/PC/Vert tous unis ont saisi le Conseil Constitutionnel pour déposer leur "recours" contre le CPE. Finalement, c'est peut-être ce coup de main du PS qui permettra au gouvernement de sortir de l'impasse en retirant le CPE à la demande des "12 sages" : il pourra encore faire sienne la formule de Raffarin, "ce n'est pas la rue qui gouverne", mais en y ajoutant, "c'est les 12 retraités du Conseil constitutionnel" !

La plus grande victoire, c'est la lutte elle-même

En voulant «nettoyer au karcher» les étudiants de la Sorbonne (et leurs camarades qui sont venus leur apporter de la nourriture), Monsieur Sarkozy a ouvert une boîte de Pandore. Et dans cette boîte à "idées noires", le gouvernement Villepin/Sarkozy a fait sortir les "faux amis" de la classe ouvrière, les syndicats.

Le prolétariat mondial peut donc remercier la bourgeoisie française. En agitant son épouvantail Le Pen aux dernières présidentielles, la classe dominante tricolore a réussi à remettre au gouvernement la droite la plus bête du monde. Une droite qui a appliqué une politique de "république bananière" !

Quels que soient les scénarios de l'issue du mouvement, cette lutte de toute la classe ouvrière est déjà une victoire.

Grâce aux nouvelles générations, la classe ouvrière a réussi à briser le "blocage" de la solidarité par les syndicats. Tous les secteurs de la classe ouvrière, et particulièrement ses nouvelles générations, ont vécu une riche expérience qui va laisser des traces profondes dans leur conscience.

Cette expérience appartient au prolétariat mondial. Malgré le black-out des médias "officiels", les médias "parallèles", les caméras "sauvages" et autres radios "libres", et aussi la presse des révolutionnaires, vont permettre aux prolétaires du monde entier de s'approprier cette expérience. Car cette lutte n'est qu'un épisode de la lutte de la classe ouvrière mondiale. Il s'inscrit à la suite de toute une série de luttes ouvrières depuis 2003 qui confirmaient que la classe ouvrière de la plupart des pays industriels était sortie du recul que lui avaient fait subir toutes les campagnes déchaînées par la bourgeoisie au lendemain de l'effondrement du bloc de l'Est, en 1989, et des régimes présentés comme "socialistes" ou "ouvriers". Une des caractéristiques essentielles de ces luttes, c'est le resurgissement de la solidarité entre travailleurs. C'est ainsi que dans deux des pays les plus importants du monde capitaliste, les États-Unis et la Grande-Bretagne, c'est la solidarité qui avait été à l'origine de la lutte ouvrière. Dans les transports de New-York, juste avant Noël 2005, les travailleurs sont entrés en grève non pas pour eux-mêmes, mais pour préserver aux jeunes travailleurs qui seraient embauchés dans le futur les garanties qu'ils avaient acquises pour leur retraite. De même, la grève des bagagistes qui a bloqué plusieurs jours l'aéroport de Heathrow à Londres, en août 2005, était en solidarité avec des travailleurs du secteur de la restauration victimes d'une attaque inique de leur employeur, Gate Gourmet.

Ces grèves particulièrement significatives s’inscrivaient dans une tendance au développement des luttes qui n’a cessé de se confirmer depuis 2003 et le mouvement pour la défense des retraites en la France mais aussi l’Autriche qui avait connu les manifestations de rue les plus importantes depuis la seconde guerre mondiale. Une tendance qui s’est notamment exprimée en 2004 en Allemagne par les luttes dans le secteur de l’automobile (notamment à Daimler-Chrysler et à Opel) qui, face aux licenciements, a posé clairement la question de la solidarité entre travailleurs. Une tendance qui s’est encore confirmée en Espagne, en décembre 2005, à l’entreprise SEAT de Barcelone où les ouvriers ont mené leur lutte en dehors et contre les syndicats qui avaient signé dans leur dos «les accords de la honte» prévoyant le licenciement de 600 de leurs camarades.

 

Le mouvement des étudiants en France appartient donc à une lutte qui se développe à l’échelle de l’Histoire et dont l’issue finale permettra de sortir l’espèce humaine de l’impasse de la barbarie capitaliste. Les jeunes générations, qui ont engagé la lutte sur un terrain de classe ouvrent aujourd’hui les portes de l’avenir. Nous pouvons leur faire confiance : dans tous les pays, elles vont continuer à préparer un monde nouveau débarrassé de la concurrence, du profit, de l’exploitation, de la misère, et du chaos sanglant.

Évidemment, le chemin qui mène au renversement du capitalisme est encore long et parsemé d’embûches, de pièges de toutes sortes, mais il a commencé à se dégager.

 

Courant Communiste International (17 mars 2006)

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Récent et en cours: 

Un exemple de sabotage syndical

La première grande grève dans le secteur public en Allemagne depuis une bonne décennie n´est pas une surprise. Les attaques de l´Etat sont trop brutales pour être plus longtemps acceptées, vu le mécontentement des salariés.

Pour faire passer ces attaques frontales contre les conditions de vie et de travail des ouvriers, l´État patron a utilisé exactement les mêmes moyens que les patrons privés : la calomnie et la répression. Ainsi les éboueurs, comme le personnel des hôpitaux, qui ont pourtant des conditions de travail pénibles, ont été traités de fainéants parce qu´ils refusent de travailler "18 minutes de plus par jour". La quasi-totalité du personnel de soins a été réquisitionné en service d´urgence, ce qui signifie qu´ils peuvent être purement et simplement licenciés s´ils se mettent en grève. Dans les autres secteurs, les grévistes ont été ouvertement menacés d´être remplacés définitivement par des entreprises privées s´ils n´acceptaient pas le diktat du capital. Les médias ont eu leur part dans ce sale travail en assénant que, malgré les suppressions massives de postes, les fonctionnaires du secteur public sont des privilégiés qui bénéficient de la sécurité de l´emploi !

Les patrons et les syndicats (principalement Ver.di et l´Union des fonctionnaires allemands, DBB) ont mis la question du temps de travail au centre du débat. Bien qu'il s'agisse d'une véritable attaque (l'équivalent de plusieurs semaines supplémentaires par an devront être travaillées gratuitement), elle sert d'écran de fumée à toutes les autres attaques.

Les patrons l´ont fait pour monter les ouvriers du secteur privé contre ceux du public. Dans de nombreuses entreprises privées, l’augmentation du temps de travail sans compensation salariale a été imposée dans le cadre des"pactes pour l´emploi". Que ce soit chez AEG à Nuremberg ou chez Volkswagen, l´emploi n´a absolument pas été garanti. L'argument utilisé est qu'il n´y a "aucune raison pour qu´il n'en aille pas de même dans le service public".

Du côté des syndicats, la question du temps de travail est un thème très sensible. En effet, depuis des années, ils affirmaient à l'unisson que la réduction du temps de travail mènerait à la création de nouveaux emplois et donc à la réduction du chômage. Cette prétention est battue en brèche par la réalité de cinq millions de sans-emploi.

Les syndicats du service public arguent donc aujourd´hui que l´augmentation du temps de travail mènera à de nouveaux licenciements massifs. Derrière cette vérité, ce qu'ils cherchent à masquer, c´est qu'ils ont eux-mêmes créé les conditions de la flexibilité dans leurs accords (bien sûr en prétendant ainsi "préserver la garantie de l'emploi"). Les salariés peuvent sauter d´un poste à l´autre en fonction des besoins et c'est ainsi que des postes peuvent être supprimés.

Après des années de baisse continue des salaires réels, les attaques actuelles signifieront pour beaucoup la chute dans la misère pure et simple. Là-dessus, Etat, patrons et syndicats gardent le silence.

Par contre, l´ensemble des "partenaires sociaux" utilisent les négociations salariales dans le secteur public pour mettre en scène un désaccord sur quelle serait la politique salariale, qui permettrait "une plus forte croissance de l´économie".

Les patrons prônent une réduction impitoyable de la part salariale dans le budget. Les syndicats, eux, avancent au contraire qu´une politique budgétaire "socialement plus équilibrée" aux dépens des riches remplirait aisément les caisses de l'Etat.

En bref, patrons et syndicats instrumentalisent la grève dans le secteur public afin de démontrer à la population laborieuse que le capitalisme n´est absolument pas en faillite, mais qu´il lui faut simplement une politique générale et salariale raisonnable" pour repartir à nouveau dans le bon sens.

Les syndicats affirment cela alors qu'ils participent partout à abaisser les salaires à travers leurs accords par branches.

En réalité, les hausses de salaires, par exemple en Allemagne, pourraient tout à fait momentanément stimuler la conjoncture. Mais le principal gagnant en serait la concurrence étrangère, du fait que le capital allemand y perdrait une partie de sa compétitivité. Et c´est la raison pour laquelle les revendications salariales de Ver.di et de l´IG Metall ne sont rien d´autres qu´une radicalité de façade et une esbroufe.

Des hausses de salaire sont absolument indispensables ! Mais pas parce qu´elles seraient bonnes pour le capital, mais bien parce que c´est pour la classe ouvrière qu´elles le sont ! Les intérêts du travail salarié et du capital sont inconciliables. C´est ce que les "partenaires sociaux" et les médias cherchent de concert à dissimuler.


D'après Welt Revolution,

organe du CCI en Allemagne

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Récent et en cours: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

Grèves en Grande-Bretagne, en Suisse, en Inde... : La solidarité ouvrière est au coeur du combat de classe

La lutte contre le CPE en France, qui a notamment mis en évidence le potentiel des jeunes générations de prolétaires, n'est pas la seule expression d'une remontée des luttes ouvrières. Même si elles ne sont pas aussi spectaculaires, chaque mois se déroulent dans le monde de nouvelles luttes montrant une des caractéristiques essentielles du développement actuel des luttes ouvrières à l'échelle internationale : la solidarité ouvrière au-delà des secteurs, des générations, des nationalités. Elles portent des germes annonçant l'avenir. C'est ainsi que d'autres manifestations récentes de solidarité ouvrière se sont produites récemment en Grande-Bretagne, en Suisse et en Inde.

 

De nouveaux exemples de solidarité ouvrière en Europe…

La lutte la plus significative au Royaume-Uni s'est déroulée en Irlande du Nord où après des décennies de guerre civile entre catholiques et protestants, 800 postiers se sont spontanément mis en grève en février pendant deux semaines et demie à Belfast contre les amendes et les pressions de la direction pour leur imposer une forte augmentation des cadences. A l'origine, ces travailleurs se sont mobilisés pour empêcher l'exécution de mesures disciplinaires à l'encontre de certains de leurs camarades de travail dans deux bureaux de postes, l'un "protestant", l'autre "catholique". Le syndicat des communications a alors montré son vrai visage et s’est opposé à la grève. A Belfast, un de leurs porte-parole a même déclaré : "Nous refusons la grève et demandons aux travailleurs de retourner au travail, car elle est illégale". Mais les ouvriers ont poursuivi leur lutte, ne tenant aucun compte du caractère légal ou non de leur lutte. Ils ont ainsi démontré qu'ils n'avaient pas besoin des syndicats pour s'organiser.

Lors d'une manifestation commune, ils ont franchi la "frontière" séparant les quartiers catholiques et protestants et ont défilé ensemble dans les rues de la ville, montant d'abord par une grande artère du quartier protestant, puis redescendant par une autre du quartier catholique. Ces dernières années, des luttes, principalement dans le secteur de la santé, avaient déjà montré une réelle solidarité entre ouvriers de confessions différentes. Mais c'était la première fois qu'une telle solidarité s'affichait ouvertement entre ouvriers "catholiques" et "protestants" au cœur d'une province ravagée et déchirée depuis des décennies par une sanglante guerre civile.

Par la suite, les syndicats, aidés par les gauchistes, ont tourné casaque et ont prétendu à leur tour apporter leur "solidarité", notamment en organisant des piquets de grève dans chaque bureau de poste. Cela leur a permis d'enfermer les travailleurs dans leurs bureaux de poste, de les isoler ainsi les uns des autres, et de saboter finalement la lutte.

Malgré ce sabotage, l'unité ouverte des ouvriers catholiques et protestants dans les rues de Belfast durant cette grève ont fait revivre la mémoire des grandes manifestations de 1932, où les prolétaires des deux camps divisés s'étaient unis pour lutter contre la réduction des allocations de chômage. Mais c’était dans une période de défaite de la classe ouvrière. Aujourd’hui, il existe un plus grand potentiel pour rejeter, dans l'avenir, les politiques de division pour mieux régner de la classe dominante qui ont si fortement contribué à préserver l’ordre capitaliste. Le grand apport de la dernière grève a été l’expérience d’une unité de classe entreprise en dehors du contrôle des syndicats. Cet apport ne vaut pas que pour les employés des postes impliqués dans cette lutte mais pour chaque ouvrier encouragé par cette expression de l’unité de classe.

A Cottam, près de Lincoln dans la partie orientale du centre de l'Angleterre, fin février, une cinquantaine d'ouvriers dans les centrales électriques se sont mis en grève pour soutenir des travailleurs immigrés d'origine hongroise payés en moyenne la moitié moins que leurs camarades anglais. Les contrats de ces travailleurs immigrés étaient également très précaires, sous la menace d’être licenciés du jour au lendemain ou transférés à tout moment sur d'autres chantiers n'importe où en Europe. Là encore, les syndicats se sont opposés à cette grève vu son "illégalité" puisque, de part et d'autre, pour les ouvriers hongrois comme pour les ouvriers anglais, elle n'avait pas été décidée à l'issue d'un vote "démocratique". Les médias ont également dénigré cette grève, une feuille de chou locale rapportant même les propos d'un intellectuel de service à la botte de la bourgeoisie disant qu'appeler les ouvriers anglais et hongrois à se mettre ensemble dans les piquets de grève allait donner une image "inconvenante" et constituait une "dénaturation du sens de l'honneur de la classe ouvrière britannique".  A l'inverse, pour la classe ouvrière, reconnaître que tous les ouvriers défendent les mêmes intérêts, quels que soient la nationalité ou les détails spécifiques de salaires et de conditions de travail, est un pas important pour entrer en lutte comme une classe unie.

En Suisse, à Reconvilier, 300 métallurgistes de Swissmetal se sont spontanément mis en grève de fin janvier à fin février en solidarité avec 27 de leurs camarades licenciés, après une première grève en novembre 2004. Cette lutte a démarré en dehors des syndicats. Mais ceux-ci ont finalement organisé la négociation avec le patronat en imposant le chantage suivant : soit accepter les licenciements, soit le non paiement des journées de grève, "sacrifier" soit les emplois, soit les salaires. Suivre la logique économique du système capitaliste, cela revenait, selon la formule utilisée par une ouvrière de Reconvilier, à "choisir entre la peste et le choléra". Accepter la logique du capitalisme ne peut conduire les ouvriers qu'à accepter toujours plus de nouveaux "sacrifices". Une autre vague de licenciements concernant 120 ouvriers est d'ailleurs déjà programmée. Mais cette grève est parvenue à poser clairement la question de la capacité des grévistes de s'opposer à ce chantage et à cette logique du capital. Un autre ouvrier tirait d'ailleurs la leçon suivante de cet échec de la grève : "C'est une faute que nous ayons laissé le contrôle des négociations dans d'autres mains".

 

… et en Inde

En Inde, il y a moins d'un an, se déroulait la lutte de milliers d'ouvriers de Honda à Gurgaon dans la banlieue de Delhi en juillet 2005 qui, après avoir été rejoints dans la lutte par une masse d'ouvriers venus d'usine voisines d'une autre cité industrielle et avaient reçu l'aide de la population, s'étaient confrontés à une répression policière extrêmement brutale et à une vague d'arrestations parmi les grévistes.

Le 1er février dernier, ce sont 23 000 ouvriers qui se sont mis en grève dans un mouvement touchant 123 aéroports du pays contre les menaces sur leur emploi. Cette grève était une riposte à une attaque massive de la direction qui projetait d'éliminer progressivement 40 % des effectifs, principalement les travailleurs les plus âgés qui risquent de ne plus retrouver d'emploi. A Delhi et à Bombay, le trafic aérien a été paralysé pendant 4 jours, il a été également arrêté à Calcutta. Cette grève a été déclarée illégale par les autorités. Celles-ci ont envoyé la police et des forces paramilitaires dans plusieurs villes, notamment à Bombay, pour matraquer les ouvriers et leur faire reprendre le travail, en application d'une loi permettant la répression "d'actes illégaux contre la sécurité de l'aviation civile". En même temps, en bons partenaires de la coalition gouvernementale, syndicats et gauchistes négociaient parallèlement avec cette dernière dès le 3 février. Ils ont appelé ensuite conjointement les ouvriers à rencontrer le Premier ministre et les poussaient ainsi à reprendre le travail en échange d'une vaine promesse de celui-ci de réexaminer le dossier du plan de licenciements dans les aéroports. Ils contribuaient ainsi à les diviser dans un partage des tâches efficace entre partisans de la reddition et partisans de la poursuite de la grève.

La combativité ouvrière s'est également exprimée aux usines Toyota près de Bangalore où les ouvriers ont fait grève pendant 15 jours à partir du 4 janvier contre l'augmentation des cadences de travail, à l'origine d'une part d'une multiplication des accidents de travail sur les chaînes de montage, et d'autre part d'une pluie d'amendes. Ces pénalités pour "rendements insuffisants" étaient systématiquement répercutées sur les salaires. Là encore, ils se sont spontanément heurtés à l'opposition des syndicats qui ont déclaré leur grève illégale. La répression a été féroce : 1500 grévistes sur 2300 ont été arrêtés pour "trouble de la paix sociale". Cette grève a reçu le soutien actif d'autres ouvriers de Bangalore. Cela a obligé les syndicats et les organisations gauchistes à monter un "comité de coordination" dans les autres entreprises de la ville en soutien à la grève et contre la répression des ouvriers de Toyota, pour contenir et saboter cet élan spontané de solidarité ouvrière. Mi-février également, des ouvriers d'autres entreprises de Bombay sont venus manifester leur soutien à 910 ouvriers de la firme Hindusthan Lever en lutte contre des suppressions d'emploi.

 

Une maturation internationale des luttes porteuse d'avenir

Ces luttes confirment pleinement un "tournant" et une maturation, une politisation dans la lutte de classes qui s'est dessinée avec les luttes de 2003 contre la "réforme" des retraites, notamment en France et en Autriche. La classe ouvrière avait déjà manifesté clairement des réactions de solidarité ouvrière que nous avons régulièrement répercutées dans notre presse, en opposition au complet black-out organisé par les médias sur ces luttes. Ces réactions se sont exprimées en particulier dans la grève chez Mercedes-Daimler-Chrysler en juillet 2004 où les ouvriers de Brême s'étaient mis en grève et avaient manifesté aux côtés de leurs camarades de Sindelfingen-Stuttgart victimes d'un chantage aux licenciements en échange du sacrifice de leurs "avantages", alors même que la direction de l'entreprise se proposait de transférer 6000 emplois de la région de Stuttgart vers le site de Brême.

Il en est de même avec les bagagistes et employés de British Airways à l'aéroport d'Heathrow, qui, en août 2005, dans les jours suivants les attentats de Londres et en pleine campagne antiterroriste de la bourgeoisie, se sont mis spontanément en grève pour soutenir les 670 ouvriers d'origine pakistanaise de l'entreprise de restauration des aéroports Gate Gourmet menacés de licenciements.

Autres exemples : la grève de 18 000 mécaniciens de Boeing pendant 3 semaines en septembre 2005 refusant la nouvelle convention proposée par la direction pour baisser le montant de leur retraite et la diminution des remboursements médicaux en s'opposant à la fois à la discrimination des mesures entre les "jeunes et les anciens ouvriers ainsi qu'entre les usines. Plus explicitement encore, lors de la grève dans le métro et les transports publics à New York en décembre 2005, à la veille de Noël, et alors que l'attaque sur les retraites ne visait explicitement que ceux qui seraient embauchés dans le futur, les ouvriers ont démontré leur capacité de refuser une telle manœuvre de division. La grève a été largement suivie malgré la pression des médias car la plupart des prolétaires avaient pleinement conscience de se battre pour l'avenir de leurs enfants, pour les générations à venir (ce qui apporte un cinglant démenti à la propagande d'un prolétariat américain intégré ou inexistant et alors que traditionnellement, les prolétaires aux Etats-Unis ne sont pourtant pas considérés comme l'avant-garde du mouvement ouvrier). En décembre dernier, aux usines Seat dans la région de Barcelone, les ouvriers se sont opposés aux syndicats qui avaient signé dans leur dos des "accords de la honte" permettant le licenciement de 600 d'entre eux.

En Argentine, la plus grande vague de grèves depuis 15 ans a touché notamment les hôpitaux et les services de la santé, des entreprises de produits alimentaires, les employés du métro de Buenos Aires, les travailleurs municipaux de plusieurs provinces, les instituteurs, durant l'été 2005. A plusieurs reprises, des ouvriers d'autres entreprises se sont joints aux manifestations en soutien aux grévistes. Ce fut le cas en particulier des travailleurs du pétrole, des employés de la justice, des enseignants, des chômeurs qui ont rejoint dans la lutte leurs camarades employés municipaux à Caleta Olivia. A Neuquen, des travailleurs du secteur de la santé se sont joints à la manifestation des instituteurs en grève. Dans un hôpital pour enfants, les ouvriers en lutte ont exigé la même augmentation pour toutes les catégories professionnelles. Les ouvriers se sont heurtés à une répression féroce ainsi qu'à des campagnes de dénigrement de leurs luttes dans les médias.

Ce ne sont pas encore des luttes massives mais ce sont des manifestations significatives d'un changement dans l'état d'esprit de la classe ouvrière. Le développement d'un sentiment de solidarité face à des attaques très lourdes et frontales, conséquences de l'accélération de la crise économique et de l'impasse du capitalisme, tend à s'affirmer dans la lutte au-delà des barrières qu'imposent partout chaque bourgeoisie nationale : la corporation, l'usine, l'entreprise, le secteur, la nationalité. En même temps, la classe ouvrière est poussée à prendre elle-même en charge ses luttes et à s'affirmer elle-même, à prendre peu à peu confiance en ses propres forces. Elle est ainsi amenée à se confronter aux manœuvres de la bourgeoisie et au sabotage des syndicats pour isoler et enfermer les ouvriers. Dans ce long et difficile processus de maturation, la présence de jeunes générations ouvrières combatives qui n'ont pas subi l'impact idéologique du recul de la lutte de classe de "l'après- 1989" constitue un ferment dynamique important. C'est pourquoi les luttes actuelles, malgré toutes leurs limites et leurs faiblesses, constituent un encouragement et sont porteuses d'avenir pour le développement de la lutte de classes.

 

Wim (24 mars)

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Récent et en cours: 

Les délocalisations illustrent les lois de l'exploitation capitaliste (2e partie)

Nous publions ci-dessous la seconde partie de l’article sur les délocalisations paru dans RI n° 362. Dans la première partie, contre les mensonges gauchistes et altermondialistes, nous avons traité du fait que les délocalisations ne sont pas un phénomène récent ou nouveau, mais qu’elles sont nées avec le capitalisme comme produit de la concurrence effrénée entre capitalistes inhérente à ce système et comme un des moyens de rechercher une exploitation maximum de la classe ouvrière. Dans cette seconde partie, nous verrons que les délocalisations sont un moyen de mettre en concurrence les prolétaires du monde entier tout en faisant partie de l’ensemble des attaques capitalistes contre ceux-ci. Et le battage effectué par les secteurs de gauche contre ces délocalisations sert au fond à en faire une attaque particulière, qui serait "évitable" et donc moins "acceptable" que les autres, et à masquer la réalité de la crise mortelle du système capitaliste et de son effondrement.

Les délocalisations ont causé la destruction de milliers d’emplois dans les pays occidentaux. En quelques décennies des filières industrielles entières, comme le textile, ont été quasiment entièrement transférées vers des pays à plus faible coût de main d’œuvre. "La filière textile française n’emploie plus que 150 000 personnes, soit autant que la tunisienne, contre un million il y a trente ans."([1]) Dans d’autres secteurs, elles expliquent, pour une part, la baisse continue de l’emploi. Ainsi, "les effectifs salariés dans l’automobile en France, passés de 220 000 à 180 000 depuis 1990 malgré l’arrivée de constructeurs étrangers comme Toyota, devraient encore diminuer."([2]) Les délocalisations forment l’une des attaques, parmi les plus brutales, de la classe dominante contre le prolétariat. D’abord par la proportion que peut prendre, à certains moments, cette attaque parmi les autres. Ainsi, en Belgique entre 1990 et 1995, plus de 17 000 travailleurs ont été touchés par les délocalisations, ce qui représente 19% des licenciements collectifs. Ensuite du fait que les ouvriers concernés ont toutes les chances de ne pas retrouver d’emploi et de rejoindre les rangs des chômeurs de longue durée. Enfin, les délocalisations s’étendent à de nouvelles catégories d’ouvriers, celle des "cols blancs" et à la main-d’œuvre très qualifiée. En France "200 000 emplois dans les services [dont 90 000 relèvent du service aux entreprises, 20 000 de la recherche et développement] sont menacés d’être transférés en Europe de l’Est ou en Asie, d’ici 2010."([3])

Cependant, les effets des délocalisations ne frappent pas uniquement ceux qui perdent leur emploi dans les pays occidentaux. C’est l’ensemble du prolétariat mondial qui se trouve soumis à la pression de la folle course concurrentielle entre nations capitalistes et au chantage à la délocalisation, aussi bien dans les pays de départ que de destination des délocalisations. Il y a, en Inde, la crainte de la concurrence de la Russie, du Pakistan et de la Chine. La classe ouvrière de l’Est de l'Europe dans certains secteurs (alimentation, textile, pétrochimie et équipements de communication) est aussi confrontée aux délocalisations vers les pays d’Asie. La recherche de la production à moindre coût a fait de la délocalisation à l’intérieur de la Chine vers les régions du centre et de l’est, pauvres, une tendance dominante du secteur du textile. Le capital n’a pas attendu que la directive Bolkestein soit mise sur le tapis pour utiliser les délocalisations "inverses" en faisant venir des travailleurs d’un pays "à différentiel économique" pour remplacer une main-d’œuvre existante. Le recours à l'emploi illégal connaît une croissance considérable depuis les années 1990 ; il atteint 62% dans l’agriculture en Italie !

Ce qu’illustrent en réalité les délocalisations, c’est l’impitoyable mise en concurrence de différentes parties de la classe ouvrière au plan international.

Le renforcement de l’exploitation capitaliste pour toute la classe ouvrière

En délocalisant vers l’Est européen et la Chine, les grandes entreprises et les Etats occidentaux visent à profiter des terribles conditions d’exploitation qu’y impose le capital. Ainsi en Chine, où "des millions de personnes travaillent entre 60 et 70 heures par semaine et gagnent moins que le salaire minimum de leur pays. Elles vivent dans des dortoirs où s’entassent parfois jusqu’à vingt personnes. Les chômeurs qui ont récemment perdu leur emploi sont quasiment aussi nombreux que ceux du reste du monde réuni."([4]) "Les primes de licenciement et les allocations promises aux travailleurs ne leur sont jamais versées. (…) les travailleurs peuvent se voir refuser le droit de se marier, il leur est souvent interdit de se déplacer dans les usines (où ils sont logés) ou d’en sortir en dehors des heures de travail.(…) Dans les usines de la zone spéciale de Shenzhen, au sud de la Chine, il y a en moyenne 13 ouvriers qui perdent un doigt ou un bras chaque jour et un ouvrier qui meurt d’un accident de travail tous les 4,5 jours."([5])

Ce qui pousse le capital à délocaliser vers l’Est de l'Europe, c’est le même but d’y exploiter "une population bien formée et peu coûteuse. (…) Tous ces pays ont des durées de travail plus longues qu’à l’Ouest, respectivement, 43,8 et 43,4 heures en Lettonie et en Pologne. Surtout cette amplitude s’accompagne d’une moindre, voire d’une absence, de rétribution des heures supplémentaires. [On y] observe également une forte progression du travail à temps partiel. Celui-ci est souvent l’apanage des personnes âgées, des handicapés et des jeunes entrant sur le marché du travail. En Pologne, 40% des travailleurs à temps partiel sont soit des retraités, soit des personnes ayant une infirmité. (…) [Les nombreuses entreprises à capitaux étrangers] sont aussi celles qui pratiquent le plus souvent le travail "asocial" : il est courant de trouver des grandes surfaces ouvertes sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre."([6])

Dans les pays occidentaux, les délocalisations signifient la mise au rancart de travailleurs, dont l’exploitation est insuffisamment profitable pour le capital. Cependant, la part prise par les délocalisations parmi les autres attaques montre que les délocalisations sont loin de représenter l’unique source du chômage et de la remise en cause des conditions de vie du prolétariat et que le but recherché par la bourgeoisie n’est certainement pas d’imposer massivement le transfert de l’ensemble de la production vers des pays à bas salaires. Ainsi, "leur impact sur l’emploi n’est pas nul, mais reste limité. (…) les délocalisations n’expliquent que 7% des restructurations et 5% des emplois supprimés en Europe. (…) Entre 1990 et 2001, les délocalisations d’entreprises allemandes vers les pays d’Europe centrale et orientale ont conduit à la destruction de 90 000 emplois en Allemagne soit 0,7% des effectifs des sociétés concernées et 0,3% de l’emploi allemand total"([7])

En France, "95 000 emplois industriels auraient été supprimés et délocalisés à l’étranger entre 1995 et 2001, soit en moyenne 13 500 par an. A titre de comparaison, les suppressions d’emplois annuelles dans l’industrie sont de l’ordre de 500 000. (…) Les présomptions de délocalisations s’élèvent au total à 2,4 % des effectifs de l’industrie hors énergie (…) Un peu moins de la moitié seulement des délocalisations sont à destination des pays dits "à bas salaires". Ces derniers accueillent environ 6400 emplois délocalisés par an, soit 0,17% de l’emploi industriel hors énergie. Autrement dit, les délocalisations vers les nations émergentes expliqueraient seulement moins de 2% des suppressions d’emplois industriels. Environ une fermeture d’établissement industriel sur 280 correspondrait à une délocalisation vers un pays à bas salaire." ([8]) Les dires mêmes de la bourgeoisie mettent en pièces le mensonge qui fait des délocalisations l’explication principale à la désindustrialisation et au chômage de masse.

Par contre, le recours systématique au chantage aux délocalisations par la bourgeoisie comme moyen de faire accepter au prolétariat des sacrifices toujours plus grands, indique où se situe l’enjeu réel pour la bourgeoisie : imposer des conditions d’exploitation plus dures et la réduction du coût de la force de travail (la baisse des salaires) là où la production n’est pas délocalisable et ne doit pas l’être, là où les enjeux de puissance économique sont les plus importants pour le capital et la concurrence entre requins capitalistes la plus rude.

L’exemple de l’Allemagne est particulièrement illustratif. C’est au nom de la compétitivité de "l’entreprise Allemagne" et grâce au chantage aux délocalisations et aux suppressions d’emplois que la flexibilisation du temps de travail a été imposée, soit réduction avec perte de salaire, soit élévation sans compensation de salaires. Ainsi Siemens : après avoir transféré ses activités de services et de développement en République tchèque, en Inde, en Russie et en Chine, il impose en 2004 la semaine de 40 heures sans compensation salariale à une grande partie de ses 167 000 salariés allemands sous la menace de la délocalisation d’au moins 5000 emplois. En 2005, après avoir annoncé 2400 suppressions de postes dans sa filiale de service informatique SBS, la direction impose aux 4600 salariés de la filière communication Com une réduction du temps de travail à 30 heures hebdomadaires (au lieu de 35,8) avec réduction de salaires ! Parallèlement, c’est le secteur public qui se fait le champion du "travailler plus". La compagnie ferroviaire DB est passée aux 40 heures et de nombreux Etats régionaux ont fait passer le temps de travail des fonctionnaires régionaux de 40 à 42 heures. Au total, c’est ainsi qu’en Allemagne où la bourgeoisie a en ligne de mire les coûts de main-d’œuvre les plus élevés parmi les grands pays de l’OCDE, "les rémunérations ont, en valeur réelle, reculé de 0,9% entre 1995 et 2004"([9]) Là comme ailleurs, le chantage aux délocalisations n’est pas dissociable des autres attaques et va de pair avec la réforme du fonctionnement du marché du travail ainsi que la remise en cause des systèmes de retraites et d’assurance maladie.

Une gigantesque campagne idéologique contre la conscience de la classe ouvrière

Si les campagnes bourgeoises mettent pleins feux sur les seules délocalisations, c’est aussi parce la classe dominante en tire avantage contre le prolétariat afin de désarmer sa lutte. Lorsque syndicats, partis de gauche, gauchistes et altermondialistes vitupèrent les délocalisations pour stigmatiser le retour à des conditions dignes du 19e siècle, c’est pour mieux masquer au prolétariat la signification réelle de la situation qui lui est faite dans la société.

Le marxisme n’a jamais dénoncé les tendances à l’allongement de la journée de travail et à l’abaissement des salaires vers le minimum de la subsistance vitale comme imputables au caractère carnassier de tel ou tel capitaliste en particulier, mais comme le produit des contradictions inscrites dans la nature même du système capitaliste. C’est en véritable vampire invétéré de la force de travail dont il tire le profit et se nourrit, que le capitalisme saigne littéralement à blanc ceux qui en sont les porteurs, les prolétaires. "Dans sa passion aveugle et demeurée, dans sa gloutonnerie de travail extra, le capital dépasse non seulement les limites morales, mais encore la limite physiologique extrême de la journée de travail. (…) Le capital ne s’inquiète donc point de la durée de la force de travail. Ce qui l’intéresse uniquement, c’est le maximum qui peut en être dépensé dans une journée. Et il atteint son but en abrégeant la vie du travailleur.(…) La production capitaliste, qui est essentiellement production de plus value, absorption de travail extra, ne produit donc pas seulement par la journée de travail qu’elle impose la détérioration de la force de travail, en la privant de ses conditions normales de fonctionnement et de développement, soit au physique, soit au moral - elle produit l’épuisement et la mort précoce de cette force."([10])

L’énorme différence avec aujourd’hui, c’est qu’au 19e siècle, le prolétariat pouvait espérer une atténuation de sa situation au sein du système capitaliste. "Les premières décennies de la grande industrie ont eu des effets si dévastateurs sur la santé et les conditions de vie des travailleurs, ont provoqué une morbidité si effrayantes, de telles déformations physiques, un tel abandon moral, des épidémies, l’inaptitude au service militaire, que l’existence même de la société en paraissait profondément menacée. (…) Il fallait donc dans son propre intérêt, pour permettre l’exploitation future, que le capital impose quelques limites à l’exploitation présente. Il fallait un peu épargner la force du peuple pour garantir la poursuite de son exploitation. Il fallait passer d’une économie de pillage non rentable à une exploitation rationnelle. De là sont nées les premières lois sur la journée de travail maximale." 11 Encore ce résultat ne fut-il imposé que contre la résistance farouche des capitalistes et après des décennies d’une implacable lutte de classes. Il ne pouvait être obtenu que parce que le système capitaliste se trouvait alors dans sa phase d’ascendance, en pleine expansion.

Aujourd’hui l’implacable concurrence entre nations capitalistes en lutte pour des marchés toujours plus étroits, sursaturés de marchandises, ne peut que provoquer l’inexorable remise en cause générale du "standard de vie" établi dans les pays occidentaux, sans espoir de retour en arrière. Tous ces faits confirment les prévisions du marxisme, l’effondrement du capitalisme dans la catastrophe sociale.

Il reste aux ouvriers du monde entier à apprendre à se considérer comme des camarades de lutte et à se tendre la main par dessus les limites des secteurs et les frontières, pour faire de leurs mouvements une seule lutte contre le capitalisme et développer leur conscience que cette lutte ne peut trouver sa finalité que dans la destruction du système capitaliste, c’est-à-dire l’abolition du salariat et du caractère marchand de la force de travail, racine de l’esclavage du prolétariat.

Scott



[1] L’Expansion, 27 octobre 2004

[2] L’Expansion, 27 octobre 2004

[3] L’Expansion.com, 19 avril 2005

[4] CISL en ligne, 9 décembre 2005

[5] Chine Amnesty International, 30 avril 2002

[6] Le Monde, 18 octobre 2005

[7] Le Monde, 26 mai 2005

[8] Dossiers et documents du Monde, novembre 2005

[9] L’Humanité, 14 février 2006

[10] Marx, Le Capital, Livre 1, chapitre X. Pour les notions de force de travail, plus value, travail extra (surtravail) se reporter à la première partie de cet article dans RI n° 362

Récent et en cours: 

Questions théoriques: 

Courrier des lecteurs

Une lectrice nous a envoyé une lettre contenant une réflexion sur l’article "L'avenir, c'est la lutte de classe" (RI nº 362, novembre 2005) qui analysait les dernières luttes de notre classe partout dans le monde, des luttes qui montrent que le prolétariat est "bien vivant", contrairement à toutes les campagnes de la bourgeoisie qui l’ont déclaré moribond ou inexistant. Nous y décrivions plus particulièrement des grèves comme celles de l’aéroport londonien d'Heathrow, celle de 18 500 mécaniciens de Boeing aux Etats-Unis, ou celles de l’Argentine.

Parmi les préoccupations soulevées par notre camarade, la plus importante nous semble être la suivante : " Cependant une phrase dans le premier article du journal me pose question. Vous dîtes au sujet des ouvriers mécaniciens de Boeing : ' La colère était d’autant plus forte que les bénéfices de l’entreprise ont triplé au cours des 3 dernières années. ' (…) J’aurais besoin d’explications sur ce discours qui est tenu par les gauchistes et les syndicats scandalisés de voir une entreprise en ‘bonne santé’ qui licencie."

Syndicats et gauchistes enferment et divisent dans la logique des entreprises

Cette remarque est très juste. Il existe en effet une ambiguïté regrettable dans la formulation du journal car ce discours consistant à "dénoncer" les entreprises qui licencient alors qu’elles font des bénéfices a justement servi à de nombreuses reprises, comme le signale la camarade, aux gauchistes et aux syndicats pour dévoyer la riposte ouvrière. Cette question est d'ailleurs très importante car elle touche à ce qui constitue deux fondements du système capitaliste, la course au profit et la recherche de l’exploitation la plus forte de la force de travail. Les syndicats et les gauchistes veulent ainsi faire croire que le système capitaliste pourrait être autre chose qu’un système de profit. Ils cherchent ainsi à masquer que le capitalisme est une société d'exploitation qui tire forcément son profit, sa plus-value, d'une exploitation constante et féroce de la force de travail de la classe ouvrière et non pas d’une simple mauvaise répartition de la richesse sociale. L'idée selon laquelle il pourrait y avoir une autre répartition des richesses si l'entreprise fait des bénéfices est illusoire et dangereuse et, de plus, masque le fait que le capitalisme se trouve dans une situation de crise insurmontable. Quand une entreprise fait des bénéfices, elle vire des ouvriers et baisse les salaires, d'une part en prévision d'une aggravation de la situation économique dans un futur proche, d'autre part pour augmenter la part de ses bénéfices pour réaliser une accumulation de capital imposée par les lois du capitalisme. Cette accumulation devient particulièrement problématique dans les périodes de récession économique. Si les entreprises qui licencient ne parviennent pas forcément à surnager et à faire face à la concurrence, le recours à des licenciements de plus en plus massifs a été le moyen le plus efficace depuis plus de trente ans pour affronter la guerre économique et "faire des bénéfices". Comme l’avait dit Charles Bickers, un des porte-parole de Boeing : "Nous ne pouvons donner notre accord à une proposition limitant notre capacité à être compétitif et à gagner de nouveaux marchés. La concurrence est de plus en plus agressive. Nous devons mettre l'accent sur la productivité et la qualité." (Libération du 19 septembre 2005). C’est cette référence à la nécessité d’ouvrir les vannes à l’exploitation la plus féroce du fait de la situation de crise définitive du capitalisme que veulent cacher les meilleurs défenseurs du capital que sont les syndicats et les gauchistes.

Quelle différence y-a-t-il entre des ouvriers licenciés parce que leur entreprise a fait faillite, c’est-à-dire n’a pas fait de profit, et des ouvriers licenciés alors que la leur fait du profit ? Aucune, ils sont mis à la porte dans les deux cas et se retrouvent ensemble au chômage.

Mais il est vrai que le fait de savoir que l’entreprise avait triplé ses bénéfices ne pouvait qu’attiser le sentiment de révolte et d’injustice pour l’ensemble des ouvriers frappés de licenciements.

Aussi, est-ce que les ouvriers doivent se sentir plus motivés pour lutter lorsque les entreprises font des profits ? Et à l'inverse, les ouvriers devraient-ils se résigner lorsqu'ils sont mis à la porte d'une entreprise en faillite ? C'est ce faux questionnement qu'introduisent et alimentent les défenseurs patentés de l'ordre capitaliste qui insistent sur l'idée fausse qu’il pourrait exister un capitalisme à "visage humain" dont les lois pourraient être au service des êtres humains. Il s'agit d'opérer une division entre ces deux catégories de licenciés en en démoralisant une partie et en créant l'illusion dans l'autre.

 La LCR propose : "Il faut imposer, tous ensemble, un Smic européen et interdire les licenciements dans les entreprises qui font des profits." ("Bolkenstein fait des petits", LCR, mai 2005). LO n’est pas en reste : "Prendre sur ces profits pour assurer un salaire à tous, voilà pourtant la seule vraie solution au chômage et aux licenciements. Une solution que les travailleurs auraient la force d'imposer." (Lutte Ouvrière n°1779 du 6 septembre 2002). Quant aux altermondialistes d’ATTAC, où l’on retrouve de tout, y compris différentes composantes des partis de gauche et des syndicats, ils proposent "pour en finir avec les licenciements de convenance boursière", des mesures du style : "définir les critères permettant de caractériser les "difficultés économiques", attribuer aux Comités d’entreprise un droit suspensif des licenciements, exiger des entreprises qu’elles fournissent toute l’information économique et financière utile ; favoriser la possibilité de reprise des entreprises par leurs salariés ; augmenter significativement les indemnités de licenciement.."

Cette vision implique que quand une entreprise "ne fait pas de profits", il est normal qu’on licencie. Faire dépendre la lutte pour les salaires ou contre les licenciements des profits des entreprises, c’est rester dans la logique même du capitalisme, c’est mettre en concurrence les ouvriers entre eux. Cette vision demande la "protection" de la loi et de l’Etat qui serait le prétendu défenseur des "acquis sociaux", quand il est, en fait, le garant de l’exploitation des ouvriers.

Autrement dit, on pourrait aménager ce système et y vivre en "harmonie", sous le règne de la "paix sociale" : des exploités, heureux et silencieux, aux côtés de leurs exploiteurs, partageant leurs bénéfices.

Ce discours sert ainsi à engager les ouvriers dans des luttes portant l’illusion mortelle d’une autre gestion possible du capitalisme.

Mais au delà, il sert aussi à les ligoter, les enfermer dans le cadre strict de la défense de l’entreprise et de ses intérêts, qui sont diamétralement opposés aux leurs. C’est ce qu’on avait vu avec les ouvriers de LU-Danone, les Moulinex, etc. qui sont restés, malgré toute la publicité faite autour de "leur" lutte, complètement enfermés dans les problèmes de "leur entreprise" qui "faisait des bénéfices" (voir RI n°312, avril 2001). C’est un levier idéologique dont se sont servis la bourgeoisie et ses syndicats pour enfermer, diviser les ouvriers entre eux, alimenter le corporatisme le plus étroit, tout en poussant les ouvriers vers la défaite dans des luttes isolées, jusqu’au-boutistes, épuisantes et démoralisantes, non seulement pour les ouvriers concernés mais pour l’ensemble de la classe ouvrière.

La solidarité ouvrière, une force pour l'avenir

Les luttes immédiates autant que les perspectives des luttes à venir passent par la recherche de la solidarité, la recherche de l’unité du mouvement, de l’extension à d’autres secteurs. Voilà qui est à la fois une nécessité et un moteur pour la lutte et non pas le "scandale des sur-profits". C’est ce besoin de solidarité qui est brisé et court-circuité par les forces de la bourgeoisie qui font tout leur possible pour le dénaturer et pousser au contraire dans la division. C’est ce que la camarade rappelle dans sa lettre en disant : "…ce que je retiens de l’article, c’est qu’il y a eu un rapport de force et le refus de division entre "nouveaux" et "anciens" et l’exigence que les propositions s’étendent aux autres sites de Boeing". En effet, c’est une leçon fondamentale qui ressort de la grève à Boeing : les ouvriers ont été capables d'opposer un rapport de force à la bourgeoisie grâce à la solidarité. Dans ce cas, c’est entre les générations que cela s’est manifesté. Les ouvriers ont refusé les divisions entre anciens et nouveaux embauchés, puisque la direction voulait faire signer des contrats différents pour les jeunes, ce qui avait pour conséquence la suppression de toute couverture médicale attachée à la retraite pour les nouveaux employés.

Ce sont de tels éléments que nous avons pu vérifier dans les luttes des dernières années. Depuis les grèves en France en 2003, en passant les grèves en Argentine, en Angleterre, au métro de New York ou chez Boeing aux Etats-Unis, chez Seat en Espagne et dernièrement dans la lutte contre le CPE en France, c’est cette pratique de la solidarité, la volonté d’union qui ressortent, contre les attaques menées par la bourgeoisie.

La camarade dans sa lettre nous dit encore : "Répondez- moi car j’ai besoin de reprendre des forces pour mieux lutter". Nous ne pouvons que saluer ce souci qui s’inscrit complètement dans celui de l’ensemble du prolétariat et du CCI. Avoir des réponses claires, développer sa conscience des enjeux dans les évènements auxquels la classe ouvrière est confrontée, c’est aussi développer la confiance en soi et c’est prendre des forces pour le futur. C’est pour cette raison que les idéologues bourgeois et autres troupes de sabotage des luttes ouvrières s’efforcent de casser la prise de conscience dans les rangs ouvriers de la véritable situation de faillite dans laquelle se trouve le capitalisme. C’est pour cette raison qu'ils font tout leur possible pour émietter et diviser les ripostes ouvrières contre les attaques capitalistes et s'opposer au développement de la lutte de classe. C’est encore pour cette raison que les prolétaires ne doivent jamais hésiter à faire part de leurs questionnements et à développer la discussion la plus large en leur sein.

DP

Vie du CCI: 

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Heritage de la Gauche Communiste: 

Révolution Internationale n° 368 - Mai 2006


Calomnie et mouchardage, les deux mamelles de la politique de la FICCI envers le CCI

La prétendue "Fraction Interne du CCI" (FICCI) est un tout petit groupuscule composée d’anciens membres du CCI exclus lors de notre 15e congrès international pour mouchardage. Ce n'est pas la seule infamie dont ces éléments s'étaient rendus responsables puisque, reniant les principes fondamentaux de comportement communiste, ils s'étaient également distingués par des attitudes typiques de voyous, tels que la calomnie, le chantage et le vol. Pour ces autres comportements, bien qu'ils soient très graves, le CCI n'avait pas prononcé d'exclusion à leur égard, mais une simple suspension. C'est-à-dire qu'il était encore possible pour ces éléments de revenir un jour dans l'organisation à condition évidemment qu'ils restituent le matériel et l'argent qu'ils avaient dérobés à celle-ci et qu'ils s'engagent à renoncer aux comportements qui n'ont pas leur place dans une organisation communiste. Si le CCI a décidé finalement de les exclure, c'est qu'ils ont publié sur leur site Internet (c'est-à-dire au vu de toutes les polices du monde) des informations internes facilitant le travail de la police :

  • la date où devait se tenir la conférence de notre section au Mexique ;

  • les véritables initiales d'un de nos camarades présenté par eux comme "le chef du CCI", avec la précision qu'il était l'auteur de tel ou tel texte compte tenu de "son style" (ce qui est une indication intéressante pour les services de police). [1]

Il faut préciser qu'avant de procéder à leur exclusion, le CCI avait adressé à chacun des membres de la FICCI une lettre individuelle lui demandant s'il se solidarisait individuellement de ces mouchardages. Lettre à laquelle la FICCI avait finalement répondu en revendiquant collectivement ces comportements infâmes. Il faut préciser également qu'il avait été donné à chacun de ces éléments la possibilité de présenter sa défense devant le Congrès du CCI ou encore devant une commission de 5 membres de notre organisation dont 3 pouvaient être désignés par les membres de la FICCI eux-mêmes. Ces courageux individus, conscients que leurs comportements étaient indéfendables, avaient rejeté ces ultimes propositions du CCI.

La FICCI se présente comme "le véritable continuateur du CCI" qui aurait connu une dégénérescence "opportuniste" et "stalinienne". Elle déclare qu'elle poursuit le travail, abandonné à ses dires par le CCI, de défense dans la classe ouvrière des "véritables positions de cette organisation".

En fait de défense des positions communistes dans la classe ouvrière, son activité consiste essentiellement dans la publication sur son site Internet d'un "Bulletin Communiste" lequel est envoyé aux abonnés de notre publication en France dont les membres de la FICCI ont volé le fichier des adresses bien avant qu'ils aient quitté notre organisation. De plus, chacune des livraisons de ce "Bulletin" est consacrée pour une bonne partie à des calomnies, voire à des ragots de concierge, contre notre organisation. Il lui arrive quand même de diffuser de temps en temps un tract face à des événements importants comme les émeutes dans les banlieues à l'automne 2005 où les récentes mobilisations étudiantes sur le CPE. En réalité, même ce type d'intervention est considéré par la FICCI comme secondaire par rapport à sa préoccupation principale : répandre le maximum de calomnies contre le CCI sur la base du principe : "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose !"

La meilleure preuve de cela nous a été donnée par le communiqué qu'elle a publié le 11 mars sur son site Internet et intitulé : "Communiqué de la 'Fraction Interne du CCI' à tous les groupes et militants se revendiquant de la Gauche communiste : Cette fois, ça y est ! Ils ont physiquement agressé et frappé nos militants !" En matière d'intervention dans la lutte contre le CPE, il a fallu attendre le 18 mars pour que la FICCI daigne faire quelque chose sous la forme d'un tract qu'elle a diffusé à la manifestation qui s'est tenue ce jour-là. Avant cette date, pas la moindre prise de position, même sur son site Internet. Visiblement, sur ce sujet, la FICCI était en mal d'inspiration puisque le document qu'elle a finalement publié constituait par endroits une sorte de "copié-collé" des deux tracts que nous avions déjà diffusés et qui avaient été placés sur notre site Internet. A cette date également nous avions déjà tenu une réunion publique à Paris sur le thème " Mobilisation des étudiants contre le CPE : Étudiants, lycéens, futurs chômeurs ou futurs précaires, ouvriers au travail ou sans travail, même combat contre le capitalisme !" Et c'est justement à la suite de cette réunion publique et à son propos que la FICCI s'était réveillée pour nous gratifier de sa prose. Que pouvons-nous lire dans ce "Communiqué" ?

" Parce que notre première responsabilité de Fraction est de combattre, par tous les moyens, la dérive opportuniste dans laquelle est engagée notre organisation, nous avons dépêché, ce samedi 11 mars, à sa dernière réunion "publique", 2 de nos militants. (…) La camarade et le camarade qui avaient pour tâche de distribuer un tract à l'entrée de la "réunion", ont été reçus par une dizaine de gros bras, formant une véritable milice à la stalinienne. Nos camarades ont été empoignés violemment, frappés à plusieurs reprises et reconduits manu militari jusqu'au métro 150 mètres plus loin. Précisons bien que ces agressions ont eu lieu, encore une fois, dans la rue et que, pour notre part, nous n'avons jamais cherché à répondre physiquement à la provocation qui nous était imposée sauf pour en limiter la brutalité. Malgré cela, les gros bras (qui se prennent encore pour des militants communistes), complètement excités, ont continué à cogner nos camarades (rappelons que l'un des deux est une femme) sous l'oeil effaré des passants, nombreux à cette heure-là sur l'avenue de Choisy à Paris."

Cette déclaration n'a rien à voir avec la réalité. Effectivement, et nous expliquerons plus loin pourquoi, une équipe du CCI (qui était loin d'atteindre la dizaine de membres, et dont les bras n'ont rien à voir avec la description athlétique qu'en donne la FICCI) a reconduit jusqu'au Métro les deux individus de la FICCI qui s'étaient présentés devant l'entrée de notre réunion publique. Mais, à aucun moment, nos camarades n'ont "frappé à plusieurs reprises" et encore moins " continué à cogner" ces individus. En ce sens, nous pouvons rassurer la personne qui signe "Bm" et qui a envoyé un message à la FICCI déclarant "La première chose est de savoir si vous n'êtes pas blessés et si vous n'avez pas besoin d'une aide quelconque." ("Bulletin Communiste" n° 35) Si les éléments de la FICCI ont exhibé des bosses ou des bleus, ils ne sont pas le fait des militants du CCI.

En réalité, la "reconduite au Métro" des membres de la FICCI que nous avons pratiquée le 11 mars fait suite à la politique que nous menons depuis l'été 2003 et explicitée dans notre article de Révolution Internationale 338, "Les réunions publiques du CCI interdites aux mouchards".

Dans cet article, nous écrivions :

"Le CCI a pris la décision d'interdire la présence à ses réunions publiques et à ses permanences des membres de la prétendue "Fraction interne" du CCI (FICCI).

Cette décision fait suite à l'exclusion de ces mêmes membres de la FICCI lors de notre 15e congrès, au printemps 2003 et résulte des motifs de cette exclusion : l'adoption par ces éléments d'une politique de mouchardage contre notre organisation. (…)
Pour que les choses soient bien claires : ce n'est pas en soi parce que ces éléments ont été exclus du CCI qu'il ne peuvent pas participer à ses réunions publiques. Si le CCI était conduit à exclure un de ses membres à cause, par exemple, d'un mode de vie incompatible avec l'appartenance à une organisation communiste (comme la toxicomanie), il ne l'empêcherait pas ensuite de venir à ses réunions publiques.
C'est bien parce que ces éléments ont décidé de se comporter comme des mouchards que nous ne pouvons tolérer leur présence à celles-ci. Cette décision du CCI s'applique à tout individu qui se consacre à rendre publiques des informations pouvant faciliter le travail des services de répression de l'État bourgeois.
(…)

Au vu de ses bulletins, les ragots et les mouchardages sur le CCI et ses militants sont un des principaux fonds de commerce de la "Fraction" :

  • dans le n°18, nous trouvons un rapport détaillé sur une réunion publique du PCI-Le Prolétaire, où sont détaillés tous les faits et gestes de "Peter alias C.G." ;

  • dans le n°19, on revient à la charge sur Peter "qui diffusait seul" dans telle ou telle manifestation et on soulève une question "hautement politique" : "Enfin, et vous comprendrez que nous posions aussi cette question : où est Louise ? Absente des manifestations, absente des réunions publiques, est-elle de nouveau 'malade' ?"

En fait, la principale préoccupation des membres de la FICCI lors de leur participation aux manifestations et aux réunions publiques du CCI est de savoir QUI est absent, QUI est présent, QUI fait quoi et QUI dit quoi afin de pouvoir par la suite faire état publiquement de tous les faits et gestes de nos militants. C'est un travail digne des agents des Renseignements généraux ! Nous ne pouvons pas interdire aux membres de la FICCI de sillonner les manifestations de rue pour nous surveiller. En revanche, nous pouvons les empêcher de faire leur sale besogne de flicage dans nos réunions publiques. A ces dernières, ils n'ont pas la possibilité de s'exprimer depuis que nous avons exigé comme condition à leur prise parole qu'ils nous restituent d'abord l'argent volé au CCI. La seule raison motivant leur présence est la surveillance de type policier et le racolage des éléments intéressés par nos positions."

Malgré l'interdiction des membres de la FICCI dans la salle de nos réunions publiques, nous avons continué de permettre pendant plus de deux ans que ces individus soient présents devant le portail d'entrée du lieu où elles se tiennent, ce qui leur permettait de tenter de dissuader nos contacts et sympathisants d'y participer en dénigrant systématiquement notre organisation dans des tracts truffés de calomnies et en leur disant "méfiez-vous, ce sont des staliniens". En même temps, nous avons supporté les quolibets, les insultes et les provocations qu'ils ne manquaient pas d'adresser à nos camarades faisant partie du "piquet anti-mouchards".

Là où nous avons commencé à réagir plus fermement, c'est lorsqu'un des membres de la FICCI, celui qui se fait appeler "Pédoncule", a adressé une menace de mort à un de nos camarades, lui promettant de lui "trancher la gorge". [2] Nous avons alors décidé d'interdire l'approche du lieu de nos réunions publiques à cet élément en expliquant que l'interdiction ne concernait pas les autres membres de la FICCI, épisode que la FICCI a rapporté à sa façon dans son Bulletin 33 ("Application de l'état d'urgence contre notre fraction, Le CCI nous interdit la rue et veut nous imposer le couvre-feu !") en faisant croire que c'étaient TOUS les membres de la FICCI qui étaient interdits de séjour devant le lieu de nos réunions, ce qui à ce moment là était totalement faux, et la FICCI le savait.

Si nous avons finalement décidé de mettre effectivement en pratique une telle attitude c'est pour les raisons suivantes :

  • suite à la publication de notre article sur les comportements du sieur Pédoncule, il n'y a jamais eu la moindre critique dans les bulletins de la FICCI des menaces de mort qu'il avait proférées ; au contraire, le texte qu'elle avait publié en réponse à notre article se solidarise totalement avec cet individu ;

  • c'est de façon totalement mensongère que la FICCI a rapporté l'interdiction faite à Pédoncule d'approcher du lieu de notre réunion publique ;

  • mais surtout, suite à notre intervention au sein de la mobilisation des étudiants contre le CPE, nous attendions la venue de nouveaux éléments à notre réunion publique du 11 mars consacrée justement à cette mobilisation (ce qui effectivement a été le cas à Paris et dans d'autres villes) et nous ne voulions pas que la FICCI ait l'occasion de poursuivre devant et à l'égard de ces nouveaux éléments la politique qu'elle a menée depuis des années : les calomnies, les provocations et surtout le flicage.

En effet, les sympathisants qui venaient auparavant à nos réunions publiques étaient connus depuis longtemps par les membres de la FICCI. En ce sens, le travail parasitaire et policier dont elle s'est fait une spécialité ne pouvait s'appliquer à eux. Par contre, nous ne pouvons tolérer que de nouveaux éléments qui s'intéressent à la politique communiste soient immédiatement "fichés" par la FICCI. Dans la mesure où l'arrivée de ces nouveaux éléments se confirme et tendra probablement à s'amplifier dans le futur, le CCI a donc décidé d'interdire dorénavant aux membres de la FICCI, non seulement l'entrée du lieu de nos réunions publiques, mais également les abords de celui-ci.

Cette décision, comme nous l'avons déjà indiqué dans notre presse à propos des autres mesures que nous avons été conduits à prendre contre la FICCI où ses membres, n'a rien à voir avec un "refus du débat politique", comme nous en accuse la FICCI. De même, elle n'est nullement en contradiction, comme elle le prétend également, avec le principe que nous avons toujours défendu de rejeter la violence au sein de la classe ouvrière.

En 1981, avec l'accord, voire la participation, de certains membres actuels de la FICCI, nous avions récupéré "manu militari" le matériel que l'individu Chénier et des éléments de sa "tendance" avaient dérobé à notre organisation dans la mesure où leur attitude de voleurs les avaient mis en dehors du camp prolétarien. Par bien des côtés, les comportements des membres de la FICCI ont dépassé en infamie ceux des amis de Chénier. C'est la même politique que nous menons à l'égard de ceux-là.

Quant aux témoignages de "solidarité" reçus par la FICCI et publiés dans son Bulletin 35 dans la rubrique "La saine réponse du camp prolétarien", ils manifestent (si ce ne sont pas des faux) soit l'ignorance, soit la volonté de ne pas connaître la réalité des comportements de voyous et de mouchards de la FICCI, soit la haine que la politique communiste du CCI provoque nécessairement chez des éléments de la petite bourgeoisie ou du lumpen. En tout cas, parmi ces témoignages de "solidarité" envers la FICCI, il en est un que nous avons reçu et que la FICCI s'est bien gardée de publier : en en prenant connaissance sur notre site, chacun pourra comprendre pourquoi.

(CCI, 18/05/2006)

1 Voir notamment à ce sujet nos articles "XVe Congrès du CCI, Renforcer l'organisation face aux enjeux de la période" dans la Revue internationale n° 114 et "Les méthodes policières de la FICCI" dans Révolution internationale n° 330.

2 Voir notre article à ce propos dans Révolution Internationale n°354 ("Défense de l'organisation : Des menaces de mort contre des militants du CCI").

 

Vie du CCI: 

Courants politiques: 

Chronologie des évènements lors de la lutte contre le CPE

1 - Janvier 2006 : Les prémisses du mouvement
16 janvier       
Annonce de la création du CPE (contrat première embauche) par le premier ministre français Dominique De Villepin. Dans la continuité du CNE (Contrat Nouvelle Embauche), adopté sans difficulté particulière en Août 2005, il pense qu'une nouvelle mesure favorisant la flexibilité d'embauche des jeunes de moins de 26 ans passera également sans problème. Dans la compétition qui l'oppose à Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, pour être le candidat de la droite aux prochaines élections présidentielles de 2007, cette mesure est destinée à montrer la capacité du premier ministre à agir, et agir vite. C'est pourquoi il ne prend pas la peine de consulter ni les syndicats, ni le patronat. Tout le monde est pris de court par une mesure nécessaire sur le fond pour l'Etat français, mais pas nécessairement dans la forme proposée par le premier ministre.

    
17 et 19 janvier
Premières réactions au CPE

Le 17 janvier, François Bayrou (UDF) voit dans le CPE un "contrat de précarité absolue pour les jeunes". Tandis que le PS accuse le premier ministre d'avoir "tué" le CDI. Quant au Medef, il estime qu'il "faut aller beaucoup, beaucoup plus loin" dans la libéralisation du droit du travail.
Le 19 janvier, une douzaine d'organisations politiques de jeunes et de syndicats étudiants (dont l'UNEF) créent un collectif pour obtenir le retrait du CPE.
   
 24 janvier
Premier appel à manifester contre le CPE.
Le gouvernement annonce l'examen en urgence, le 31 janvier, du projet de loi sur l'égalité des chances incluant le CPE. Les confédérations syndicales (sauf la CFE-CGC), l'UNEF, l'UNL et la Confédération étudiante appellent à manifester le 7 février. Le syndicat étudiant UNI (syndicat étudiant de droite) qualifie le CPE de "véritable avancée sociale".

2 – La montée du mouvement :
   
7 février
Entre 218 000 personnes, selon la police, et 400 000, d'après les syndicats, manifestent dans toute la France pour le retrait du CPE.
L’appel à la manifestation s’est fait sans appel à la grève. Les salariés se sont débrouillés comme ils ont pu pour aller manifester !

Dans les entreprises, hormis l'appel à la manifestation du 7 février, aucun syndicat n'appellent à  une quelconque action ou AG.
   
Du 9 au 27 février
Adoption du CPE par l'Assemblée nationale :
L'Assemblée Nationale adopte le CPE après une longue bataille de procédure. Le gouvernement fait usage de l’article 49-3, c’est à dire qu’il fait passer en force le CPE, sans possibilité pour le parlement d’en amender tout ou partie.

Les 14 et 16 février, plusieurs milliers d'étudiants et de lycéens manifestent à Paris, Toulouse, Rennes et Lyon. Le débat sur le CPE débute le 27 février au Sénat, qui acceptera le texte le 1er mars.
   
1er mars     
Le 1er mars, treize universités sont en grève. Blocages, filtrages ou fermeture totale des universités sont décidés par les assemblées générales des étudiants en grève.  Ce sont de véritables AG ou il règne une réelle vie, qui décide des actions à mener, qui sont ouvertes et dans lesquelles nous pouvons intervenir.

Pour les fractions de gauche de la bourgeoisie, il s'agit de coller au mouvement, aussi, onze partis et formations de gauche et d'extrême gauche réaffirment leur hostilité au CPE.

Le lendemain, Jacques Chirac, qui ne comprend pas encore la gravité de la situation, qualifie le CPE d'"instrument capital pour ouvrir les portes des entreprises".


3 – Le mouvement étudiant affirme sa force

7 mars
La protestation s'intensifie:
Entre 400 000 et un million de manifestants – syndicalistes, étudiants, lycéens et élus de gauche – défilent dans toute la France. On commence à voir des salariés se joindre à la manif, mais soit dans les cortèges étudiants, soit sur les trottoirs, rarement derrière  les banderoles syndicales.
A Paris, les syndicats se mettent en tête de la  manifestation. Voyant cela, les étudiants se précipitent et s'imposent à la tête de la manifestation.
Une vingtaine d'universités sont en grève, avec toujours plus d'AG souveraines. 

8 mars
En réaction à l'extension de la grève dans les universités,  le ministre de l'éducation, Gilles de Robien, qualifie le blocage des facultés d'"inadmissible". (Ce ministre va régulièrement se distinguer par des déclarations d'une profonde bêtise !)

Le 8 mars, toujours, des étudiants de la Sorbonne occupent leur fac pour pouvoir tenir des assemblées générales et discuter de leur participation au mouvement de protestation contre le CPE et les attaques ignobles portées contre les jeunes travailleurs par le gouvernement Villepin.
Le rectorat de Paris exige l'évacuation des locaux classés "monuments historiques".
Les étudiants refusent et sont encerclés par les forces de l'ordre qui transforment l'université en une véritable souricière.
   
9 mars
Le 9 mars, le Parlement adopte définitivement le CPE. Dominique de Villepin annonce qu'il sera appliqué "dans les prochaines semaines".

10 mars
Le vendredi 10 mars, les étudiants des autres facs décident de se rendre massivement et PACIFIQUEMENT à la Sorbonne pour apporter leur solidarité et de la nourriture à leurs camarades affamés et pris en otage sur ordre du recteur de l'académie de Paris et du ministère de l'Intérieur. Une partie d'entre eux, accompagnés de travailleurs précaires du spectacle en lutte, réussissent à entrer dans les locaux et décident de prêter main forte à leurs camarades présents sur les lieux depuis plus de deux jours. Dans la nuit du 10 au 11, les forces de "l'ordre" à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, envahissent la Sorbonne. Ils expulsent les étudiants en lutte et en arrêtent plusieurs dizaines.

11 mars
Le 11, les députés UMP Nicolas Dupont-Aignan et Hervé de Charette demandent la suspension du CPE.
C’est révéléteur de la situation de blocage dans laquelle se trouve la bourgeoisie française.
   
12 et 13 mars
Intervention du premier ministre sur TF1 :
Sur TF1, Dominique de Villepin confirme que le CPE "s'appliquera" dans les prochaines semaines. Il propose de le "compléter" par de "nouvelles  garanties" à négocier avec les partenaires sociaux.
Pour contrer l'action du gouvernement, Ségolène Royal, présidente (PS) du conseil régional de Poitou-Charentes, décide de réserver les aides régionales aux entreprises n'utilisant ni CNE ni CPE.
Le 13 mars, des manifestants anti-CPE occupent le Collège de France quelques heures avant d'en être évacués par les CRS.
   
14 mars
Annonce d'un possible "aménagement" du CPE :
Laurence Parisot, présidente du Medef (organisation patronale), accepte les offres de discussion du gouvernement sur le CPE, mais réclame une discussion globale sur le marché du travail. Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, affirme que "l'article 8" de la loi sur l'égalité des chances offre la possibilité d'"aménagements".
Le PS dépose un recours contre le CPE devant le Conseil constitutionnel.
La fraction la plus intelligente de la bourgeoisie française offre une porte de sortie à la droite, possibilité que cette dernière gâchera.
A Paris, près de 6 000 étudiants et lycéens opposés au CPE manifestent de la place d'Italie à la Sorbonne.

   
15 mars
Réunion du gouvernement autour du premier ministre De Villepin :
La consigne, délivrée par Jacques Chirac en conseil des ministres, est au "dialogue" pour tenter d'apaiser la fronde qui gagne du terrain dans les universités et les lycées. M. de Villepin réunit l'ensemble de ses ministres à Matignon sur le thème de l'emploi des jeunes, afin de “conforter la cohésion gouvernementale après les flottements apparus dans la majorité”, dit la presse en terme feutrés. "Nous sommes tous ouverts au dialogue, nous sommes tous mobilisés pour répondre aux inquiétudes des jeunes et mieux les accompagner vers l'emploi", assure le premier ministre.
Le niveau d’affrontement au sein du gouvernement atteint un sommet jamais atteint.

16 mars   
Manifestations en France, extension du blocage des universités :
Des dizaines de milliers d'étudiants et de lycéens sont dans la rue pour exiger le retrait du CPE. A Paris, la manifestation rassemble au moins 30 000 personnes, selon une première estimation de la police, et plus de 120 000 personnes, selon l'UNEF.
Le premier ministre réaffirme qu'il est ouvert au dialogue pour "améliorer" son texte.
L'UNEF annonce que 64 des 84 universités sont bloquée.
Le ministère de l'éducation nationale fait état de 21 universités "totalement bloquées" et de 37 autres "perturbées à des degrés divers".

   
17 mars
68 % des Français pour le retrait du CPE :
Les Français sont à 68 % favorables au retrait du CPE, soit 13 points de plus que le 8 mars (55 %), selon un sondage CSA réalisé pour le journal Le Parisien-Aujourd'hui en France et la chaine de télévision “i-télé”. 27 % se disent contre le retrait, taux comparable à celui de la semaine dernière (26 %). En revanche, le nombre d'indécis a baissé puisqu'ils étaient 19 % à ne pas se prononcer le 8 mars et qu'ils ne sont plus que 5 %. Questionnées sur leur attitude face à la manifestation programmée pour samedi, 63 % des personnes interrogées disent la soutenir ou avoir "de la sympathie". 27 % y sont "opposées" ou "hostiles".

   
18 mars
Démonstration de force des anti-CPE :
Syndicats de salariés, étudiants et lycéens revendiquent près d'un million et demi de personnes dans la rue dans toute la France, une mobilisation supérieure aux précédents défilés unitaires des 7 février et 7 mars contre ce nouveau contrat de travail destiné aux jeunes de moins de 26 ans.
"Nous sommes de 1,3 à 1,4 million de manifestants sur la France, dont 380 000 à 400 000 à Paris", déclare un porte-parole du syndicat FO. La CGT a évalué à 1,5 million le nombre des manifestants pour toute la France, dont 350 000 à Paris. Selon le ministère de l'intérieur, cette journée a mobilisé 503 000 personnes, dont 80 000 à Paris.

   
Affrontements place de la Nation.
Sur la place de la Nation, la manifestation se termine par une série d'affrontements avec les forces de l'ordre. Un manifestant de 39 ans, membre de SUD-PTT, est blessé lors des heurts. Il est hospitalisé dans le coma à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil.
Nous avons l'occasion de voir la CGT, organiser l'arrivée de jeunes casseurs des banlieues, à la fin de la manifestation. Il s'agit à la fois de discréditer le mouvement par la violence, d'empêcher toute discussion à la fin de la manif et de  terroriser les jeunes qui se font agresser par les casseurs (vols de portables, coups, etc.)

Les leaders syndicaux brandissent l'ultimatum d'une journée de grève interprofessionnelle si le premier ministre, Dominique de Villepin, reste sourd à cette nouvelle démonstration de force.
Il s’agit là de gesticulation, sachant que les syndicats ne font rien dans les entreprises qui pourrait déclencher l’entrée en lutte de secteurs de la classe ouvrière.

19 mars   
Les syndicats “brandissent la menace d'une grève générale” :
Les syndicats brandissent la menace d'une grève générale en France après avoir lancé un appel "solennel" au retrait du CPE, que le gouvernement de Dominique de Villepin continue de refuser malgré la journée de manifestations massives de la veille.
Bien sûr les syndicats ne font pas plus. Inquiets de voir cette mobilisation croissante, cette solidarité qui commence à apparaître de plus en plus au grand jour avec la lutte des étudiants contre une précarisation toujours plus croissante, ils sont obligés de coller au mouvement mais ils n'en ont pas encore le contrôle.
   
20 mars
M. de Villepin exclut tout retrait du CPE. Une nouvelle journée d'action est prévue pour le 28 mars :
Dominique de Villepin exclut tout retrait du CPE, auquel "il faut donner sa chance", mais "regrette" que sa "méthode ait suscité de l'incompréhension", dans un entretien au mensuel Citato.

Une trentaine de représentants des syndicats de salariés, d'étudiants et de lycéens appellent à une "journée d'action interprofessionnelle avec arrêts de travail, grèves et manifestations", mardi 28 mars.

   
21 mars
Forte mobilisation lycéenne :
Un quart des lycées sont bloqués par le mouvement anti-CPE, selon la FIDL, la principale fédération lycéenne. La police recense 40 000 manifestants dans toute la France.

Devant les parlementaires UMP qu'il a réunis pour un "pot amical", le premier ministre indique qu'il refuse tout "retrait", "suspension" ou "dénaturation" du CPE. Il précise que la période d'essai de deux ans pourra être réduite par des accords de branche.
   
22 mars
Le gouvernement veut renouer le dialogue :
Lors de la séance de questions à l'Assemblée Nationale, Dominique de Villepin lance : "Je souhaite avancer avec les partenaires sociaux sans a priori."  Nicolas Sarkozy propose une solution pour sortir de l'impasse du CPE. Il demande "une expérimentation" suivie d'une évaluation. "Si le CPE crée des emplois, pourquoi le redouter et pourquoi le refuser ?", demande-t-il dans un entretien dans Paris-Match du 23 avril. Le ministre de l'éducation nationale, Gilles de Robien, estime que "la preuve la plus éminente de la bonne foi serait d'essayer le CPE et de faire un bilan six mois après son lancement" dans un entretien dans le quotidien Le Progrès du 23 mars.
   
 
23 mars
De Villepin veut ouvrir le dialogue :
Le premier ministre invite les syndicats à le rencontrer "le plus rapidement possible" pour une réunion de travail sur l'emploi des jeunes. Dans une lettre adressée aux grandes confédérations syndicales, à cinq jours de la journée nationale de mobilisation anti-CPE, Dominique de Villepin précise qu'une "démarche équivalente" est entreprise auprès des organisations étudiantes et lycéennes.

A l'issue des manifestations à Paris et en province, la FIDL revendique 450 000 jeunes dans la rue, contre 500 000 une semaine auparavant. Le ministère de l'intérieur comptabilise pour sa part 220 000 manifestants pour toute la France.

420 personnes sont  interpellées en marge des manifestations, dont 141 lors de violents heurts entre forces de l'ordre et casseurs sur l'esplanade des Invalides, à Paris.
Pendant plusieurs heures, les forces de l'ordre vont tendre un véritable guet-apens aux manifestants, prisonniers sur l'esplanade des Invalides, entourés de cordons de CRS.  Les manifestants, pour la plupart des jeunes, vont subir pendant plusieurs heures la violences des casseurs sous les yeux des CRS et gardes mobiles qui n'interviendront pas. Il s'agit encore une fois de semer la terreur parmi les jeunes pour tenter ainsi de faire retomber la mobilisation.
Cette manoeuvre ne marchera pas et le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy est obligé de reconnaitre que les forces de l'ordre devront faire la distinction entre les bons étudiants et les voyous !

   
27 mars
Nicolas Sarkozy favorable à une suspension du CPE :
Le ministre de l'intérieur et président de l'UMP affirme, lors d'une réunion publique à Douai, que "le dialogue social est une condition essentielle à la réussite de toute réforme".
M. Sarkozy réitère son appel au "compromis" sur le CPE et ajoute : "il me semble utile qu'avant toute initiative d'explication, on prenne le temps que la négociation aboutisse." En clair, M. Sarkozy demande une "suspension" du CPE, le temps que gouvernement et partenaires sociaux aboutissent sur des aménagements.
   
28 mars
Mobilisation record :
Entre un et trois millions de manifestants défilent dans toute la France : ils sont 92 000 à Paris, selon la police, 700 000, selon les syndicats. Ces chiffres sont deux fois supérieurs à ceux enregistrés lors de la plus importante journée anti-CPE jusqu'ici, le 18 mars. La mobilisation est même plus importante qu'en décembre 1995. Les défilés sont appuyés par d'importantes grèves : 30 % des fonctionnaires ont répondu au mot d'ordre des syndicats.

Malgré la pression de la rue, M. de Villepin affirme une nouvelle fois qu'il n'est pas question de retirer le CPE. Nicolas Sarkozy appelle à un "compromis".
   

31 mars
Allocution présidentielle :
Jacques Chirac annonce qu'il va promulguer la loi sur l'égalité des chances, incluant le CPE, mais la suspend de facto. Il demande en effet aux employeurs d'attendre une nouvelle loi sur la question, réduisant la période d'essai à un an et inscrivant "le droit du jeune salarié à connaître les raisons" d'une éventuelle rupture de contrat.


2 avril    
Parution au "Journal Officiel":
Comme attendu, la loi sur l'égalité des chances est publiée au Journal officiel.  La veille, les parlementaires UMP ont été chargés de rédiger la nouvelle proposition de loi, après "le dialogue le plus approfondi possible" avec les syndicats, annonce Nicolas Sarkozy.
   
 4 avril
Cinquième journée de mobilisation réussie :
Après l'affluence record du 28 mars, les anti-CPE ne faiblissent pas ce mardi 4 avril. Pour cette cinquième journée de mobilisation nationale contre le contrat première embauche, les manifestants sont très nombreux, partout en France, atteignant des chiffres similaires à la précédente journée d'action. Entre 1 028 000 manifestants, dont 84 000 à Paris, selon la police, et 3,1 millions, dont 700 000 à Paris, selon les syndicats. Les grèves sont en revanche moins bien suivies, notamment dans le public.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, estime que les crises des banlieues en novembre et du contrat première embauche (CPE) actuellement "[mettent] en danger l'économie du pays".

4 – Le mouvement entre dans sa phase de recul

5 avril
Blocages dans toute la France :
A l'appel de la coordination étudiante, les jeunes mobilisés bloquent de nombreuses routes, gares, et centres économiques du pays, notamment la gare du Nord à Paris ou le pont de l'Europe à Strasbourg.


5, 6 et 7 avril
L'UMP reçoit les syndicats sans leur donner de réponse

Le 7, à l'issue de trois jours de rencontres avec les organisations syndicales, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, et son homologue du Sénat, Josselin de Rohan, annoncent, lors d'une très brève conférence de presse qu'ils vont réaliser une "synthèse"  pour "élaborer, dans la concertation, une proposition de loi" sans donner aucune précision sur les possibles évolutions du CPE.
   

8 avril
Valéry Giscard d'Estaing (ex-président de la république et ennemi déclaré de Chirac qui a entraîné sa défaite en 1981, face à Miterrand) évoque la désorganisation des institutions.

Dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche, Valéry Giscard d'Estaing réclame un "geste clair et sans équivoque" du gouvernement : l'abrogation du contrat première embauche, seule solution à ses yeux pour "sortir de ce bourbier". Pour l'ancien président de la République, "la désorganisation des institutions a atteint un niveau inconnu depuis le début de la Ve République". Pour lui, "le fonctionnement normal des institutions doit être rétabli. Pour cela, le gouvernement devrait inscrire à l'ordre du jour du prochain conseil des ministres un projet de loi comportant comme seul article l'abrogation de l'article 8 de la loi instaurant le contrat première embauche", écrit-il.
   

9 avril
François Bayrou dénonce une "crise de régime" :
Le président de l'UDF, François Bayrou, estime sur France-Inter que"la crise du CPE est désormais une crise de régime dans laquelle le désordre et le chaos président aux institutions", et "rien n'est plus urgent que de sortir de ce désordre et de ce chaos". "S'il y a une once de responsabilité chez le président de la République, le premier ministre et le ministre de l'intérieur [Nicolas Sarkozy], a martelé M. Bayrou, ils doivent aujourd'hui mettre un terme à ce vaudeville, ils doivent remettre les institutions d'aplomb, ils doivent faire en sorte que l'exécutif retrouve sa place et sa dignité."

Il a estimé que la crise du CPE a aussi été provoquée "par une rivalité interne au gouvernement et à l'UMP qui oppose Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, et qui donne aujourd'hui un aspect de vaudeville à la situation".

10 avril
Annonce d'une nouvelle loi, supprimant l'article 8 de la loi “sur l'égalité des chances” (le CPE) et mettant en place toute une série de dispositifs alternatifs renforçant, pour la plupart, des dispositifs déjà existants pour une “meilleure intégration des jeunes sur le marché du travail”.

A partir de cette date, la pression va devenir de plus en plus forte pour la reprise des cours dans les universités et les lycées.
Le retrait du CPE va entraîner une démobilisation d'une partie des étudiants en grève depuis prés de 2 mois, alors qu'une minorité, encouragée par les syndicats et les gauchistes, principalement la LCR, poussent au maintien du blocage des universités. Dans ce contexte, les AG, quand il y en a, perdent de plus en plus leur caractère vivant pour devenir un terrain d'affrontements entre partisans du blocage et ceux qui sont contre.



 

Situations territoriales: 

Récent et en cours: 

Courrier de lecteurs : A propos du mouvement contre le CPE

Nous publions ci-dessous le message de soutien qu’un cercle de discussion en Inde nous a demandé de publier dans notre presse, de même que des extraits de deux courriers que nous avons reçus à propos du mouvement des étudiants contre le CPE.
Le premier nous a été adressé par un postier (abonné à notre presse) qui a été témoin des manœuvres de sabotage syndical sur son lieu de travail. Dans son courrier, ce lecteur dénonce en particulier la politique de sabotage de la solidarité menée par le syndicat SUD  : face à la répression dont Cyril Ferez a été victime, les leaders de SUD se sont précipités dans les coulisses pour aller rencontrer Monsieur Sarkozy au lieu d’appeler les travailleurs de la Poste à se mobiliser en solidarité avec leur camarade Cyril qui s’est fait piétiner et tabasser par les CRS à la fin de la manifestation du 18 mars. Ce lecteur nous a adressé la motion adoptée dans une AG de son centre de tri postal et remise au syndicat SUD.
La deuxième lettre, est un soutien d’une sympathisante du CCI aux orientations que nous avons défendues dans ce mouvement.

Lettre de Lulu :
"Nous n’avons pas à aller demander aux ministres – de la police en particulier – de faire en sorte que toute la lumière soit faite, alors que les faits sont déjà confirmés, alors qu’on voit bien qu’ils font tout pour masquer la vérité. La seule question qui doit être la nôtre, c’est de savoir si la lutte et la manifestation à laquelle il (Cyril Ferez) participait étaient justes ou pas, si cette lutte contre le chômage et la précarité sont les nôtres, nous la reconnaissons comme nôtre. Et là-dessus, pour ma part, il n’y a aucun doute à avoir. Cette lutte anti-CPE, ça fait partie de notre lutte. Alors la question que je me pose, c’est pourquoi, les organisations syndicales, quand un ouvrier tombe sous les coups de la répression policière dans une lutte qui est la nôtre, n’ont pas immédiatement appelé à la mobilisation, à la riposte collective, et n'ont pas appelé le soir même ici, et partout, à des débrayages. Pour dénoncer ce qui s’est passé et prévenir d’autres actes de répression.  Et qu’on vienne pas me dire qu’il n’y a pas eu le temps de poser de préavis. L’absence de préavis dans ce cas là est de rigueur, inévitable, sans compter que ça n’a jamais été la condition indispensable pour se mettre en lutte, pour riposter… Quand un ouvrier est frappé, ce sont tous les ouvriers qui sont touchés. Pour ma part, je propose en conséquence qu’on arrête de travailler dès midi et demi… En tout cas, pour ma part, j’y suis prêt. C’est à nous d’en décider".

Motion transmise au syndicat SUD
L’AG du 21 mars 2006 de l’établissement X de la Poste, située à… en banlieue parisienne, réunissant les personnels des brigades de nuit D, demi-nuit, et brigade E, adopte à l’unanimité la motion suivante (à transmettre à toutes les autres brigades, à tous les établissements, aux médias, à la hiérarchie, aux ministres et à toutes les organisations syndicales).

  1. L’AG se déclare totalement solidaire et partie prenante des luttes, grèves et manifestations contre le chômage et la précarité que les nouveaux contrats CNE et CPE ne font qu’aggraver.
  2. Elle dénonce toutes les formes de répression policières des manifestants et se déclare totalement solidaire de C. Ferez sauvagement matraqué et piétiné par les forces dites "de l’ordre démocratique".
  3. Elle appelle tous les collègues de l’établissement, tous les agents de la Poste, tous les salariés et les chômeurs, à se réunir en AG pour pouvoir riposter ensemble à toutes les manœuvres de division et de répression qui vont se multiplier contre le mouvement de luttes et de manifestations.


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Lettre de B. :

"La lutte que les étudiants et les lycéens sont en train de mener est une véritable gifle à tous les mensonges que nous subissons depuis des années, aussi bien de la droite que de la gauche, les syndicats et les gauchistes. En ouvrant les assemblées générales aux travailleurs, retraités, chômeurs, pères et mères de famille, les étudiants s’attaquent à un des fléaux de la lutte de classe : le corporatisme, la lutte par secteurs, la division de la classe ouvrière. Et déjà, même si la lutte s’arrête là, ils ont posé les jalons pour une transformation des conditions de lutte pour l’ensemble de la classe ouvrière.
(…) Je pense, comme vous l’avez affirmé, que nous assistons à des événements très importants, une rupture avec les années de désespoir,  et d’impuissance, entraîné par la propagande intensive de l’ensemble de la bourgeoisie mondiale qui assimilait stalinisme et communisme et portait le message suivant : il n’y a que le capitalisme et sa "démocratie" comme système politique possible.
Lors des manifestations, j’ai discuté avec de nombreuses personnes et notamment, à plusieurs reprises, avec des chômeurs ou des Rmistes. J’ai été frappée naturellement par leur désespoir et leur solitude, mais j’ai pu constater que ce mouvement leur ouvrait enfin une perspective, même si ce n’était qu’une ébauche (…)."

____________________

Lettre d’un cercle de discussion en Inde  :
"Nous, les participants d’un groupe de discussion du Bengale en Inde, avons pris connaissance des évènements en France à partir des documents publiés sur votre site web en anglais. Nous considérons que le mouvement en France est un moment significatif de la lutte de la classe ouvrière, surtout dans cette phase où les attaques capitalistes prennent un caractère de plus en plus généralisé, ce qui appelle une réponse de plus en plus généralisée de la part de la classe ouvrière. Nous attendons avec impatience son développement sur un terrain entièrement prolétarien. Nous pensons qu’il est de notre devoir, en tant que partie du mouvement ouvrier international, d’envoyer notre solidarité au mouvement. Cette lettre doit être considérée comme une déclaration de solidarité, de la part des membres du groupe de discussion, à tous les camarades qui luttent contre le CPE, et contre la pourriture du capitalisme en général. Nous serions très heureux si vous pouviez transmettre cette déclaration de solidarité aux camarades en lutte. Salutations à vous tous, de la part du groupe de discussion du Bengale."

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Situations territoriales: 

Récent et en cours: 

Du Darfour au Tchad : Les confrontations sanglantes des puissances impérialistes

Les confrontations armées qui se déroulent actuellement au Tchad résultent directement du chaos sanglant du Darfour. Le gouvernement soudanais et le régime tchadien poursuivent ici leurs règlements de comptes criminels. Et comme à chaque fois, de grandes puissances impérialistes comme la France et les Etats-Unis portent une belle part de responsabilité dans ces massacres, en attisant les conflits ou en y participant directement.
 Depuis le 30 mars, le Tchad est le théâtre d’affrontements armés sanglants dont l’objet est le contrôle du pouvoir central. L’offensive militaire menée par des rebelles et leurs soutiens soudanais vise à renverser le régime du président Idriss Déby. Quinze jours après le première offensive, on dénombre déjà entre 400 et 1000 morts alors que les combats se poursuivent dans tous les coins du pays. Encore une fois les populations civiles se retrouvent au milieu d’une guerre chaotique où s’affrontent tous azimuts les multiples bandes armées rivales.
En effet, le caractère hétéroclite, fait de bric et de broc, de la coalition armée contre le président Déby ne peut qu’accentuer le désordre et la barbarie. Pas moins de 10 groupes qui forment la coalition dite "Front uni pour le changement" (FUC). D’ailleurs, certains d’entre eux s’affrontaient militairement au Darfour jusqu’à ces derniers jours (par exemple, les "zaghawas" tchadiens et les "janjawids" soudanais). Toutes ces alliances ne sont qu’éphémères, se faisant le jour et se défaisant la nuit. L’existence de tous ces groupes (les FUC, SCUD, RDL, etc.) montre le degré d’éclatement de ces bandes de tueurs sur lesquels divers Etats impérialistes viennent s'appuyer, sans pouvoir pour autant les contrôler. Ce qui veut dire que rien ne peut brider ces assassins et que le risque est grand de les voir mettre à feu et à sang toute la région (Soudan, Tchad, Centrafrique, Congo, Ouganda, Cameroun et Nigeria).

La responsabilité de la France dans le chaos tchadien

 "Si la France maintient une forte présence militaire au Tchad (1 350 soldats, 6 avions de chasse Mirage et 3 hélicoptères), c’est pour des raisons historiques, stratégiques et diplomatiques. A deux reprises, de 1980 à 1984 et en 1985-1986, elle a décidé de se retirer et à chaque fois, elle a dû renvoyer un contingent militaire à N’Djamena. Depuis l’indépendance en 1960, tous les présidents tchadiens, de François Tombalbaye au général Malloum, d’Hissène Habré à Idriss Déby, ont entretenu des rapports étroits avec Paris" (Le Monde du 17 avril).
 Autrement dit, la France est au Tchad pour défendre ses intérêts impérialistes. C’est la vraie raison qui la pousse à être au cœur du conflit, en décidant de s’opposer par tous les moyens à tous ceux qui veulent mettre en cause son influence dans ce pays. Voilà pourquoi le Tchad est à feu et à sang, un pays qui n’a jamais connu de "paix" depuis son indépendance, il y a plus de 40 ans, qui n’a jamais cessé d’être un jouet des puissances impérialistes, et particulièrement de la France qui porte une lourde responsabilité dans la ruine du pays et la misère de la population.
 Mais malgré l’importance des moyens guerriers déployés et sa détermination à conserver sa zone d’influence par tous les moyens, y compris les massacres, la France est dans une situation extrêmement difficile. D’abord, parmi les puissances régionales, l'implication militaire de la Centrafrique dans ce conflit n'est pas sans inquiéter Paris qui se retrouve dans une situation cornélienne où deux de ses poulains (centrafricain et tchadien) sont face à face. Ensuite, pour compliquer le tout, la France se heurte au Tchad à diverses formes de concurrences impérialistes, notamment soudanaise et libyenne qui appuient la rébellion. Enfin, un adversaire de poids participe à cette danse macabre. La puissance américaine soutient en effet activement certains opposants tout en contrôlant la production du pétrole tchadien. La France a ainsi été particulièrement alertée par la tentative de coup d’Etat du 14 mars dernier, derrière lequel se cache l’ancien ministre de l’intérieur de Déby et de son chef de cabinet… tous deux réfugiés aux Etats-Unis. Dans le même temps, et ce n’est certainement pas un hasard, le président de la Banque mondiale a décidé de sanctions contre le Tchad pour le "non respect de certaines clauses" liées à la production du pétrole. Derrière ce type de manœuvre se déroule, à peine voilée, la confrontation entre Paris et Washington pour le contrôle de cette zone stratégique

L’hypocrisie des grandes puissances (France/Etats-Unis)

Tout le monde sait donc que l’armée française participe directement aux massacres en prêtant main-forte à l’armée tchadienne. C’est elle qui a repoussé hors de la capitale les forces rebelles. Pourtant, les autorités françaises proclament leur "innocence" en n’admettant qu’ "un tir de semonce" par un mirage F1. De même, on connaissait déjà le rôle de la France dans le conflit du Darfour qui s’est cachée derrière le régime tchadien, principal soutien des rebelles en lutte contre le pouvoir soudanais. Et dans les deux cas, la France nie son implication.  De l’autre côté, on sait que les Etats-Unis sont les principaux "parrains" du régime soudanais depuis la signature des "accords de paix" de Nairobi (janvier 2005) entre le gouvernement soudanais et les anciens rebelles sudistes (APLS). Donc, c’est en tant que "garants de la paix" au Soudan, que la bourgeoisie américaine a pu laisser le pouvoir de Khartoum perpétrer des dizaines milliers de morts chaque année (plus de 300 000 en 3 ans) au Darfour.
Le summum de l’hypocrisie, c’est l’attitude de la France et des Etats-Unis, membres du Conseil permanent de sécurité, qui en tant que membres de l'ONU, votent régulièrement des "résolutions de paix" sur le Darfour, mais sur le terrain arment et protègent les Etats membres qui massacrent les populations.
Comme on le voit de façon très claire en Afrique, la dynamique du chaos guerrier n'est ni plus ni moins que la dynamique du capitalisme à l'heure actuelle

Amina, (20 avril)

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Elections en Italie : Le grand cirque électoral

En plein mouvement social en France, les medias ont fait une large place à la campagne électorale en Italie. Dans ce pays, elle a été omniprésente sur les écrans de télévision depuis plus de 6 mois. C’est une tactique délibérée de la classe dominante d’utiliser le cirque électoral, comme elle l’a fait récemment en Allemagne, en France pour le referendum, et ailleurs, pour détourner la colère ouvrière sur le terrain du vote "populaire", pour enchaîner le prolétariat à son Etat "démocratique". C’est pour cela aussi que tous les partis en Italie se sont jetés dans la campagne, que se sont créées des coalitions, de droite comme de gauche, sensées ouvrir de nouvelles perspectives à une société minée par la crise économique. Cependant, ce que la classe dominante n’a pas pu cacher, c’est que de droite comme de gauche, les deux camps de la bourgeoisie en présence n’avaient absolument rien d’autre à offrir à la classe ouvrière que plus de sacrifices pour rendre l’Italie plus compétitive sur le marché mondial déjà saturé, plus de misère, plus d’oppression. La campagne électorale s’est transformée en farce médiatique dans laquelle les deux camps se sont lancés dans des confrontations, non pas sur leurs projets respectifs pour la société, mais pour diaboliser la fraction adverse. D’un côté, Berlusconi était présenté comme un tyran, un dictateur, un raciste, un mafieux, un homme qui n’a que des insultes à proférer contre les "couillons" du camp d’en face ; de l’autre, la coalition de gauche n’aurait été que l’esclave des "communistes" ennemis de la "liberté", qui font "bouillir les enfants pour en faire des engrais pour les champs". C’est ce torrent d’insultes et de mensonges qui a occupé tout l’espace à la télévision, dans les journaux, une campagne qui faisait appel à tout ce qu’il y a de plus irrationnel dans chaque individu : la peur de la délinquance, de l’immigration, les ressentiments, le dégoût. Pour la bourgeoisie, le résultat sorti des urnes est à la hauteur de son incapacité à trouver une issue à la crise du capitalisme et à la situation spécifique du capitalisme italien dans ce cadre. C’est effectivement la crise mortelle de ce système, son pourrissement sur pied, qui font que la classe dominante a de plus en plus de peine à maîtriser ses mécanismes électoraux, difficulté particulièrement aiguë en Italie mais qui s’est fait jour également aux Etats-Unis ou en Allemagne dans les dernières élections. D'ailleurs, un perdant, il y en a eu un, le prolétariat comme à chaque élection.
Plus qu’une "élection sans perdants" (Le Monde), c’est une élection sans gagnants qui a eu lieu en Italie. D'ailleurs, Berlusconi disait "à plus de 83% de participation, c’est nous qui gagnons". Prodi ne doit sa "victoire" qu'à une coalition invraisemblable allant de l'extrême-gauche au centre droit, ce qui augure de futures furieuses bagarres entre cliques et d'une grande instabilité politique. Effectivement, sa classe, la bourgeoisie, a remporté une victoire … contre la classe ouvrière, après un an de campagne assourdissante, en la divisant en autant de citoyens dans les isoloirs. "Non seulement, la bourgeoisie plonge le prolétariat dans la paupérisation absolue, mais en plus, elle l’humilie en lui donnant ‘des jeux et du cirque électoral’ (Revue Internationale, n°122)". De droite comme de gauche, l’Etat italien ne peut que continuer à attaquer les conditions de vie de la classe ouvrière.

Mel (21 mai)

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Gauchisme : Comment "Lutte Ouvrière" s'est engagée sur le front anti-CPE

Pour ne pas "se couper" du mouvement social, la gauche a été contrainte de "durcir " peu à peu le ton contre le gouvernement Villepin, son CPE, son CNE et sa loi sur "l'égalité des chances", sous peine de se discréditer aux yeux de la classe ouvrière. Il a été frappant de voir se reconstituer à l'issue de ce mouvement la grande famille de la "gauche plurielle". 


  La "Sainte-Alliance" de la gauche plurielle

Celle-ci tente de nous refaire le coup du Front populaire en présentant toutes ses forces réunies dans une union sacrée contre le gouvernement comparable à celle de 1936. C’est ainsi qu’à partir de la fin du mois de mars, se sont succédés les déclarations, appels, pétitions, conférences de presse et autres meetings communs à l’initiative de ce beau monde allant du PS jusqu’à la LCR (sans oublier notamment les altermondialistes, la Confédération paysanne, le PCF et les Verts), à l'image de la vaste union syndicale affichée dans le mouvement.
Mais la situation sociale n'est nullement la même qu'à cette époque de contre-révolution triomphante où la gauche avait ainsi embrigadé la classe ouvrière pour l'amener aux massacres de la guerre impérialiste. Elle n'est pas non plus identique aux plus beaux jours de l'union de la gauche et du programme commun. L'histoire, rappelait déjà Marx dans Le 18 Brumaire, quand elle semble se répéter prend souvent la première fois la forme d'une tragédie, et la seconde fois celle de la comédie. Et dans cette farce, toute la gauche a joué les intermittents du spectacle : pendant les manifestations et les AG, on ne les voyait ni entendait guère alors qu'elle occupait bruyamment la scène pour recueillir les applaudissements et s'approprier le mérite du retrait du CPE. Tous ces gens-là n'ont certes pas le même programme mais ils se retrouvent ensemble dans une "union sacrée" dès qu'il s'agit de faire face à la classe ouvrière et à ses luttes.
En effet, le programme du PS, du PC et consorts, on le connaît. Le PS au gouvernement (avec ou sans le PC) a mené une politique antiouvrière. Même aujourd'hui, au sein du PS, l'ancien gauchiste Julien Dray, rêve ouvertement de briguer le ministère de l'Intérieur en 2007. La politique tant décriée de la droite a toujours été en continuité de la politique de la gauche, la seule différence c'est que les uns tendent à parler franc et ne n'embarrassent pas de fioritures pour mener leurs attaques tandis que les autres enrobent les mêmes attaques d'un discours idéologique mystificateur. C'est d'ailleurs le vote protestataire contre la politique de Jospin qui a permis l'élection de Chirac en 2002.

Les contorsions hypocrites de LO

Au milieu de ces meetings de la dernière heure, on pouvait remarquer la présence inattendue, de l’organisation trotskiste Lutte Ouvrière, d’ordinaire plus discrète et distante à l’égard de ses congénères sociaux-démocrates et staliniens. Fait que nous illustrons ci-contre par la reproduction d’un tract diffusé lors de la manifestation du 28 mars à Toulouse. Il faut souligner que  de semblables appels étaient lancés  simultanément  à Lyon, à Rouen et dans de nombreuses villes de province annonçant la tenue, le lendemain, d’un " meeting unitaire de l’ensemble des forces de gauche ", comme l’indique la guirlande de signatures, apposée au bas de ces tracts. Ne manque même pas le MRG de Tapie (jadis tenu pour un parti totalement bourgeois auquel LO avait toujours refusé de s'associer jusqu'ici, notamment au temps de l'union de la gauche justifiant ainsi son refus de s'associer au programme commun).
Evidemment, l’organisation d’Arlette Laguiller n’a pas tenu à faire une trop grande publicité dans sa presse au sujet de cette "Sainte Alliance". Et pour cause, on comprend bien que tremper trop souvent dans le même jus que des partis tels le PC ou le PS, qui, lorsqu'ils étaient au gouvernement n’ont eu de cesse d’attaquer les conditions de vie de la classe ouvrière, peut être préjudiciable à une organisation qui se prétend "prolétarienne".
Tout ceci est-il fait pour nous étonner ? Pas le moins du monde. LO, malgré ses flots de paroles pleines de " radicalité" et "d’intransigeance"  vis-à-vis de la gauche s’est toujours débrouillée pour soutenir sociaux-démocrates et staliniens.
On se souvient parfaitement (et à son grand dam) de ses appels, en première page, à voter " sans réserve" pour Mitterrand en 1974 et 1981 (voir RI n°365).
Il faut savoir sauver les apparences…
C’est pourquoi LO, passée maître dans l’art de l’hypocrisie et du double langage, nous tient d’un côté un discours radical à l’encontre de la gauche pour, de l’autre, s’associer avec elle publiquement (mais pas trop quand même…). D'ailleurs, à Paris, LO n'est apparu à la tribune aux côtés des autres partis de gauche dans les "débats" organisés dans les universités que dans l'enceinte de quelques amphithéâtres.
Tout au long du mouvement contre le CPE, le journal Lutte Ouvrière a justement rappelé le pedigree des gouvernements de gauche en matière de précarisation :
" …c’est véritablement à partir de 1981, après l’élection de François Mitterrand, que le nombre des emplois précaires a explosé…Le premier gouvernement Mauroy a d’abord institué, dès 1981, les "stages 16-18", destinés aux apprentis, offrant ainsi de la main d’œuvre quasi gratuite aux employeurs. Ces stages avaient été surnommés les stages Rigoud, du nom du ministre communiste à la formation professionnelle […] " (LO du 17/02/2006).
Puis viendront en 1990 avec Rocard les CES et en 1997 avec Jospin les "emplois jeunes".
Conclusion : " Pour inventer des formules de contrats précaires les dirigeants du PS en connaissent un rayon…" (LO du 7/04/2006). Plus directement encore, Arlette Laguiller n’a pas hésité à dire, lors de son meeting du 7 avril à Grenoble (qui n’était pas en commun celui là !)  que "…les partis de droite comme les partis de gauche sont des partis bourgeois car ni les uns ni les autres ne veulent toucher l’ordre existant mais, au contraire, le gérer tel qu’il est…" Pourtant, c’est avec ces mêmes partis, acquis depuis belle lurette à la cause du capital, que LO s’attable et s’affiche et pas seulement de façon "occasionnelle". C’est la LCR qui, dans son journal Rouge du 6 avril, crache le morceau avec un article au titre long mais lourd de signification :
" Riposte contre la droite : les travaux pratiques
Face au contrat première embauche, la gauche se rassemble pour réclamer le retrait de la mesure gouvernementale. De LO au PS, des réunions se tiennent régulièrement. La LCR en est partie prenante. " (souligné par nous).
L'absence de LO dans les débuts du mouvement anti-CPE a été telle que lors de la manifestation du 18 mars, des vieux copains d'Arlette, surpris par l'ampleur de la mobilisation, affolés et complètement dépassés par la situation, se sont rangés sur le bord du trottoir, se sont contentés de gonfler leurs ballons et de coller précipitamment à la sauvette des badges sur les manifestants en leur demandant s'ils viendraient à la prochaine fête de LO le week-end de Pentecôte. Dans la lutte contre le CPE, la LCR et LO, qui avaient discrètement planqué leur drapeau en se fondant dans la masse pendant le mouvement ont pris ouvertement ensuite le relais des chefs syndicaux Thibault, Mailly et Chérèque A LA FIN DU MOUVEMENT pour entraîner les étudiants dans des actions minoritaires et jusqu'au-boutistes et appeler d'autres ouvriers à rejoindre la lutte à ce moment-là. 

Lors de la récente commémoration des 10 ans de la mort de Mitterrand, on pouvait lire dans Lutte Ouvrière du 13 janvier ce passage plein de bon sens et qui résonne aujourd’hui, à l’heure des meetings communs, comme un écho ironique : " A côté des ex-ministres socialistes, étaient également présents au cimetière de Jarnac le directeur de cabinet de Chirac, un de ses ministre en exercice et son ancien Premier ministre, Raffarin. ‘Qui se ressemble s’assemble’ ! "
Et bien oui, "qui se ressemble s’assemble" et ça marche aussi dans l’autre sens "qui s’assemble se ressemble".
Pour le coup, LO n’aura jamais été aussi proche de la vérité, en théorie comme en pratique !

Azel (15 avril)

 

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Récent et en cours: 

Courants politiques: 

La FICCI reçoit le type de solidarité qu'elle mérite

Nous publions, suivie d’une courte réponse, une lettre de menaces qui nous a été adressée par un « supporter » d’une petite association de malfaiteurs autoproclamée « Fraction interne du CCI » (composée de quelques éléments que le CCI a exclus de ses rangs pour leurs comportements de mouchards).


Paris le 13 mars 2006
AU C.C.I.
Vous avez encore brillé par votre mépris pour la confrontation politique et même pour la moindre bienséance sociale.
Vraiment vous jouez un jeu qui ne pourra demain encore plus qu'hier ruiner le peu de crédit politique qui vous reste parmi les camarades qui vous suivent,vous devenez un camp d'entraînement pour le coup de main après en avoir été un de la bêtise politique.
Cela ne me touche pas trop pour vos intérêts de boutiques tant il sont déjà définitivement ruinés à mes yeux, mais pour les personnes qui vous observent naïvement attendant de vous une illustration de ce qu'est une politique prolétarienne, c'est un désastre ! Ils ne peuvent qu'avoir une resuccée sordide
de ce qu'était la politique stalinienne contre ses opposants dans cette sinistre partie du XX° siècle, bel exemple pour la jeunesse !
Tenez vous le pour dit : si par malheur un de vous portait la main en ma présence sur un proche ou sur moi-même, je n'hésiterai pas une seconde à porter plainte. Je n'ai aucun scrupule là-dessus sachez-le et je serai tenace : pas de merci pour les cochons ! Je suis très bien renseigné en la matière. En outre, contrairement à la FICCI, je me défendrai physiquement très sérieusement.
A bon entendeur, salut,
A.


Notre réponse

Le courrier de ce sympathisant de la FICCI appelle quelques remarques.

1) A. se permet de nous faire une petite leçon de « morale prolétarienne » et dénonce avec virulence notre mépris de la « bienséance sociale ». N’importe quel lecteur dont les neurones n’ont pas été complètement détruits par la pourriture de la décomposition capitaliste pourra se faire une idée claire de ce qu’est la « bienséance sociale » et la « politique prolétarienne » préconisée par notre détracteur.

2) A. commence par affirmer qu’il n’aura « aucun scrupule » à « porter plainte », si l’un de nos camarades s’avisait de porter la main sur « l’un de ses proches » (c’est-à-dire ses copains de la FICCI !). La première chose qu’on doit constater, c’est que ce « supporter » apporte aujourd’hui publiquement et sans détour sa bénédiction aux moeurs de gangsters de la FICCI (vol, mouchardage, calomnie, mensonges grossiers, menaces de mort contre nos camarades) !

Mais la « politique prolétarienne » selon notre donneur de leçons ne s’arrête pas là. Le sieur A. n’a « aucun scrupule » à affirmer haut et fort qu’il n’hésitera pas à faire appel aux forces de répression de l’Etat bourgeois contre nos camarades. Bravo ! Monsieur Sarkozy peut compter sur A. pour nettoyer au Kärcher les militants du CCI. Il peut maintenant décerner aux hommes de mains de la FICCI la médaille d’or de la « bienséance sociale » !

3) Cette politique soi-disant « prolétarienne » préconisée par A. n’est pas pour nous surprendre. Quant on fricote avec des mouchards, il n’est pas étonnant qu’on finisse par... appeler les flics à la rescousse. Qui se ressemble s’assemble !

Pour notre part, nous avons toujours rejeté la politique typiquement BOURGEOISE consistant à faire appel aux forces de répression de l’Etat capitaliste lorsque notre organisation est attaquée. C’est bien pour cela que le CCI n’est pas allé « porter plainte » au commissariat lorsque, en 1981, l’individu trouble Chénier et ses complices nous avaient volé du matériel. Nous sommes allés nous-mêmes récupérer ce matériel. C’est dans la continuité de cette politique (qui a toujours été celle du mouvement ouvrier) que nous n’avons pas « porté plainte » lorsque les petits voyous de la FICCI nous ont, à leur tour, volé de l’argent et du matériel politique (notamment le fichier d’adresses des abonnés de notre publication en France).

Nous tenons, à ce propos, à informer aujourd’hui nos lecteurs que, au printemps 2002, une délégation du CCI est allé récupérer une partie du matériel de l’organisation (les archives de l’organe central du CCI) dans la résidence secondaire d’un membre de la FICCI, Olivier. Nous savions que l’alarme de cette résidence était reliée directement à la gendarmerie (afin de protéger les objets de valeur contre les cambriolages). C’est pour cela que nous avons attendu qu'Olivier soit présent pour venir récupérer nos archives qu’il s’apprêtait à « déménager ». Le citoyen Olivier n’a tenté aucune résistance et nous a remis tous les documents internes qui étaient entreposés dans ce lieu. Cette opération de récupération de notre matériel politique s’est déroulée sans aucune échauffourée et dans le plus grand respect des règles de « bienséance sociale » (à tel point que la compagne d’Olivier qui était présente sur les lieux et a été témoin de la « scène » nous a même proposé de prendre l’apéro !). C’est bien pour cela qu'Olivier n’est pas allé crier sur tous les toits qu’il a été brutalisé par nos camarades.

4) Cette lettre de menace révèle surtout que la « bienséance sociale » dont se revendique son auteur s’apparente davantage aux moeurs des hooligans et des gangs maffieux que des méthodes de la classe ouvrière : « je me défendrai physiquement très sérieusement ». Ces aboiements de pitbull se situent dans la pleine continuité des menaces de mort proférées, devant plusieurs témoins, par le petit malfrat Pédoncule ("éminent" membre de la FICCI) à l’un de nos camarades : « Je vais te trancher la gorge ! ». Voilà la belle « morale prolétarienne » dont se gausse ce « supporter » de la FICCI ! Les mouchards peuvent compter sur la loyauté indéfectible et sans principe de ce preux chevalier de la « bienséance sociale » !

Pour sa part, le CCI ne se laissera pas intimider par les propos « musclés » de A. et autres menaces de mort de ses « copains égorgeurs ». Nous continuerons à défendre les principes du mouvement ouvrier en ne permettant pas que des éléments provocateurs (dont la seule « morale » est celle du lumpen) viennent saboter nos réunions publiques. Nous ne permettrons pas que des mouchards infiltrent les réunions publiques du CCI pour fliquer nos camarades et nos contacts.

Quant à nos prétendues méthodes « staliniennes », nous ne pouvons que conseiller à A. de lire notre article intitulé « Réponse aux calomnies honteuses d’un petite association de malfaiteurs » dans lequel nous dénoncions, à l’automne 2005, la complicité de la FICCI avec un crypto stalinien en Argentine, le citoyen B. Mais, sur cette sordide affaire, A. préfère sans doute se mettre la tête dans le sable, comme les autruches, pour rester fidèles à ses « proches » de la FICCI ! De toute évidence, la fréquentation de ses « proches » lui a porté sur le ciboulot. S'il tient réellement à savoir ce que signifie la "morale prolétarienne », nous ne pouvons que lui conseiller de prendre un peu de distance avec eux.

CCI

Vie du CCI: 

Courants politiques: 

La littérature "politique people" : Un produit juteux de la décomposition capitaliste

Au moment et au lendemain de la lutte contre le CPE en France, on a vu l'étal des libraires envahi par une profusion de pavés (la plupart écrits par des journalistes)  dressant des portraits bien peu flatteurs de tel ou tel homme politique ou de tel ou tel prétendant à la présidence de la République. Ces ouvrages constituent une vulgaire récupération commerciale de la crise politique de la bourgeoisie française. Parmi cette "foire aux livres", émergent quelques "best-sellers" : "La Tragédie du Président" du journaleux du Figaro (journal "de droite"), F. -O. Giesbert, transfuge du Nouvel Observateur  (journal "de gauche"), "Place Beauvau, la face cachée de la police "  par un trio O. Recasens, J. M. Décugis, C. Labbé  qui se présentent eux-mêmes comme des "journalistes d'investigation" à l'hebdomadaire Le Point ou encore une autre "enquêtrice" tirant à boulets rouges sur le maire "socialiste" de Paris, B. Delanoë. Aucun de ces prétendus "témoins de l'actualité" n'ont participé aux  assemblées générales des étudiants et n’ont rendu compte de la réalité de leur mobilisation contre le CPE. . Pour eux, la "politique" se joue dans un monde clos, les allées du pouvoir, qu'ils fréquentent avec assiduité.  Et leur étiquette de "journalistes politiques" n'est qu'un alibi pour la chasse au "scoop",  faisant flèche de tout bois, du moindre ragot, de l'anecdote la plus "croustillante" pour alimenter les commérage sur la vie intime ou  les traits psychologiques   de nos gouvernants et "témoigner" de leurs sordides règlements de compte. On n'ignore plus rien des frasques amoureuses de la femme de Sarkozy avec un riche industriel, de la fragilité mentale d'une fille de Chirac (dont on révèle même l'adresse ou encore le nom de son médecin traitant), on fait son miel avec les coups les plus tordus de la rivalité sans merci  entre Sarkozy et Villepin au ministère de l'Intérieur par guerre des polices interposées (alors que leurs relations à couteaux tirés sont devenues depuis longtemps des secrets de polichinelle). Le seul vernis politique de toute cette presse « people » est tout au plus d'expliquer les rivalités entre tel ou tel ministre  par  des "goûts" et des "tendances" qui portent les uns ou les autres vers le "libéralisme" ou vers "l'autoritarisme" au service de leur ambition personnelle.
Cela n'est pas nouveau, ce genre de "littérature" fait fureur et assure à leurs auteurs la garantie de bonnes ventes auprès des lecteurs habituels de Gala, Voici, Paris-Match mais aussi d'un plus large public alléché précisément par l'étiquette plus sérieuse  de "journalisme politique".   D'ailleurs, ces mêmes "auteurs" (et bien d'autres) ont réalisé  en d'autres temps, notamment sous l'ère Mitterrand, des bouquins sur  le cancer non avoué ou sur Mazarine, la fille alors cachée du défunt président. Déblatérerrer à longueur de pages sur la vie « privée » de Mitterrand  servait aussi à l'époque à mieux masquer la politique ouvertement anti-ouvrière du PS au gouvernement.
Si ces "dessous de la politique" sont exhibés  sur la place publique au moment où le pouvoir de la bourgeoisie vient d'être secoué par un puissant mouvement social, c'est parce que tous ces journalistes veulent divertir le lecteur et non pas l’amener à réfléchir aux causes véritables de la crise de l’Etat démocratique. . Sous couvert de « révélations », c'est une entreprise  de décervelage et de dépolitisation, destinée  à conforter la mystification selon laquelle les "ratés" de Chirac, Villepin ou Sarkozy seraient dus au profil psychologique de ceux qui nous  gouvernent. Moralité : il suffit de nettoyer au karcher le gouvernement,  de remplacer le vieux Chirac incompétent par un  "bon" chef d’Etat avec des ministres " propres" pour que tout baigne dans l’huile (du moins jusqu’à ce que l’on découvre les vices cachés des nouveaux élus !).
Ce n'est pas un hasard si en même temps aujourd'hui, ressort un autre "scandale" à la une de l'actualité des médias avec la contre-enquête du ministère de l'Intérieur sur "l'affaire Clearstream" après qu'un "corbeau" (probablement chiraquien) haut placé ait tenté il y a déjà plusieurs mois de compromettre le clan Sarkozy dans une affaire de blanchiment d'argent sale. Même si certains ont plus de casseroles aux fesses que d’autres, tous les politiciens de droite comme de gauche  qui se retrouvent  au sommet des Etats sont des « ripoux », menteurs, tricheurs, "tueurs" professionnels : même les "Guignols de l'info" ont bâti depuis des années leur spectacle quotidien de marionnettes et leurs caricatures autour de cette évidence.   Les règlements de compte entre fractions bourgeoises sont une donnée permanente des mœurs de voyous  de la bourgeoisie décadente. C'est la publicité qui leur est donnée et leur déballage à certains moments sur la place publique  qui est la manifestation la plus édifiante de leur manipulation médiatique. 
Cette littérature "people" qui va chercher dans les égouts du pouvoir des arguments de vente, plutôt que de combattre la politique du gouvernement  a une fonction idéologique précise. Elle invite à regarder l'actualité politique par le petit bout de la lorgnette (et par le trou de la serrure) pour empêcher le lecteur de comprendre que les mœurs  de la bourgeoisie décadente  ne sont qu’ une illustration  de la faillite de la société capitaliste. Et ces plumitifs qui arpentent les alcôves du pouvoir pour jouer alternativement les "fayots" et les mouchards au gré de leurs intérêts mercantiles ne font que singer et refléter la pourriture des anti-héros dont ils font leur modèle.

W. (23 avril)

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Situations territoriales: 

La prétendue 'solidarité du CCI avec les CRS' : comment la FICCI essaie de masquer ses propres comportements policiers

Pour la FICCI, aucun mensonge n'est trop gros pour calomnier notre organisation. C'est ainsi que sur son site Internet (Bulletin Communiste 35) on peut lire un texte intitulé "Manifestations et grèves en France : le nouveau CCI affirme sa solidarité avec les CRS et la police anti-émeutes !" qui se donne comme objectif de démontrer que le "nouveau CCI" a commis une "trahison ouverte, évidente, de la véritable position du CCI, de la Gauche communiste et de toute l'histoire du mouvement ouvrier" puisque "dans la réalité de la lutte des classes, [il] se solidarise avec la police, les CRS et la gendarmerie". Quelles sont d’après la FICCI les "preuves" de cette "trahison" du CCI ?

"Une nouvelle fois, le CCI actuel liquide une des positions de principe du mouvement ouvrier. Face à la répression violente des manifestations étudiantes et ouvrières en France par la police bourgeoise, il exprime sa solidarité avec... les CRS :

"L'assemblée générale de l'université de Censier a adopté une motion "en soutien aux étudiants blessés, contre les destructions faites aux immeubles, et en solidarité avec les CRS blessés". Le point important de cette motion est qu'elle n'est absolument pas en soutien à la répression par la police, mais qu'elle reconnaît que les enfants des CRS qui sont mal payés, sont eux-mêmes touchés par les attaques du gouvernement (comme certains étudiants ont essayé de l'expliquer à la police anti-émeute durant des confrontation non-violentes (...)." (Notes sur les luttes étudiantes en France, 19 mars 2006, uniquement paru sur le site anglais du CCI, traduit et souligné par nous).

Qu'il s'agisse d'une motion adoptée (et connue du seul CCI) dans une assemblée, ne change rien au fait que le CCI l'appuie ouvertement, comme un exemple à suivre. Le CCI des liquidateurs exprime ainsi publiquement sa "solidarité" avec la police, avec les CRS et les gardes mobiles. Et alors même que ces derniers venaient juste, lors de la manifestation de la veille, d'envoyer un ouvrier à l'hôpital qui se trouve encore aujourd'hui dans le coma, entre la vie et la mort. Et il ne s'agit pas là d'un dérapage isolé lié à un simple opportunisme vulgaire vis-à-vis d'étudiants qu'on ne voudrait pas contredire pour mieux les caresser dans le sens du poil et recruter :

"Les étudiants et les jeunes en lutte ne se font aucune illusion sur le rôle des prétendues "forces de l'ordre". (...) Cependant, certains (...) ont tenté de discuter avec les Gardes Mobiles (...) Ceux qui ont essayé de discuter avec les gardes mobiles ne sont pas des naïfs. Au contraire, ils ont fait preuve de maturité et de conscience. Ils savent que derrière leurs boucliers et leurs matraques, ces hommes armés jusqu'aux dents sont aussi des êtres humains, des pères de famille dont les enfants vont être eux aussi frappés par le CPE (...)" (tract du CCI du 11 mars 2006, nous soulignons).

Ici, le CCI appelle à dialoguer, à comprendre et à se solidariser avec les CRS, la police anti-émeute, anti-ouvrière, sous le prétexte qu'ils sont des "êtres humains" et "des pères de famille avec des bas salaires" ! "

Au delà de cette dénonciation de la trahison du CCI des principes du mouvement ouvrier, il serait nécessaire que la FICCI dénonce également la "trahison" de Trotsky lorsqu'il décrit et approuve l'attitude des ouvriers russes en février 1917 à l'égard des cosaques dont il ne cache pas pourtant "qu'ils étaient fort pénétrés d'esprit conservateur" et qu'ils étaient de "perpétuels fauteurs de répression et d'expéditions punitives". (Histoire de la Révolution russe, T.1, page 147)

Que nous dit Trotsky ? "Cependant, les Cosaques attaquaient la foule, quoique sans brutalité (…) ; les manifestants se jetaient de côté et d'autre, puis reformaient des groupes serrés. Point de peur dans la multitude. Un bruit courait de bouche en bouche : "Les Cosaques ont promis de ne pas tirer." De toute évidence, les ouvriers avaient réussi à s'entendre avec un certain nombre de Cosaques."  (Ibid. page 145) (…) Les cosaques se mirent à répondre individuellement aux questions des ouvriers et même eurent avec eux de brefs entretiens. (Ibid. page 147) (…) Un des authentiques meneurs en ces journées, l'ouvrier bolchevik Kaïourov, raconte que les manifestants s'étaient tous enfuis, en certain point, sous les coups de nagaïka de la police à cheval, en présence d'un peloton de Cosaques ; alors lui, Kaïourov, et quelques autres ouvriers qui n'avaient pas suivi les fuyards se décoiffèrent, s'approchèrent des Cosaques, le bonnet à la main : "Frères Cosaques, venez au secours des ouvriers dans leur lutte pour de pacifiques revendications ! Vous voyez comment nous traitent, nous, ouvriers affamés, ces pharaons [les policiers à cheval]. Aidez-nous !" Ce ton consciemment obséquieux, ces bonnets que l'on tient à la main, quel juste calcul psychologique, quel geste inimitable ! Toute l'histoire des combats de rues et des victoires révolutionnaires fourmille de pareilles improvisations."  (Ibid. page 150)

Les ouvriers russes savaient parfaitement quelle était la fonction des cosaques. Ils savaient qu'ils étaient, pour citer la FICCI à propos des CRS : "un corps institutionnel organisé et discipliné, hautement entraîné tant physiquement qu'idéologiquement dans l'art de casser sans remord les crânes d'ouvriers et d'étudiants. C'est-à-dire que leur unique "travail", leur unique fonction, [était] de réprimer brutalement les mouvements des masses ouvrières." Ils connaissaient leurs états de service parmi lesquels les assassinats d'ouvriers ne se comptaient plus. Pourtant, ces mêmes ouvriers s'étaient "entendus avec un certain nombre de Cosaques", ils discutaient avec eux et leurs "posaient des questions", ils ont "retiré leur bonnet" devant eux et leur ont parlé "sur un ton obséquieux". Et le pire, c'est que Trotsky salue leur attitude ! Le traître ! Ce n'est donc pas seulement le CCI mais Trotsky lui-même que la FICCI doit accuser de vouloir "cacher le caractère répressif de l'État capitaliste et instiller la confiance dans ses instruments !" Nous attendons avec impatience une telle prise de position de la FICCI dénonçant cette "trahison crapuleuse" commise par Trotsky dans son livre "La Révolution russe". Ce faisant, il faudra qu'elle s'aligne sur les staliniens qui n'ont jamais perdu une occasion pour affirmer que toute la politique de Trotsky au cours de la révolution de 1917 a consisté à tenter de saboter la véritable ligne révolutionnaire représentée par Lénine et… Staline. Il faudra qu'elle fasse une critique impitoyable des positions de la Gauche communiste, notamment celle d'Italie, qui a toujours salué le rôle de premier plan joué par Trotsky dans la victoire de cette révolution et la grande qualité politique du livre qu'il a écrit à son sujet.

Sérieusement, il ne faut pas avoir une profonde connaissance de l'histoire du mouvement ouvrier pour savoir qu'une révolution n'est possible que lorsqu'une partie significative des forces de "maintien de l'ordre bourgeois" soit manifeste sa "neutralité", c'est-à-dire qu'elle renonce à défendre les exploiteurs, soit passe carrément du côté de la classe ouvrière. Il est clair qu'un tel processus ne peut aboutir que lorsque sont données les principales conditions de la révolution mais même dans des affrontements sociaux qui ne sont pas révolutionnaires, le danger d'un manque de fiabilité des forces de répression constitue une préoccupation de la bourgeoisie. C'est ainsi qu'en 1968, il est arrivé en plusieurs endroits (notamment à l'usine d'aviation de Marignane) que les ouvriers et les CRS s'engagent dans une sorte de démarche de "fraternisation". Ainsi, les CRS qui étaient basés devant l'usine de Marignane avaient proposé aux ouvriers qui occupaient celle-ci de venir manger à leur cantine ce qui fut l'occasion de longues discussions. Il va sans dire que cette compagnie de CRS a été déplacée au bout d'une semaine pour être installée à plusieurs centaines de km de là.

Tout cela, les membres de la FICCI devraient le savoir s'il leur restait le moindre souvenir de ce qu'ils avaient appris quand ils étaient dans une organisation révolutionnaire, la nôtre. Mais chez eux les références aux acquis du mouvement ouvrier ne sont là que pour donner le change à ceux qui veulent encore croire à leurs mensonges et pour masquer leur véritable trahison de ces acquis. Ce qui les intéresse avant tout c'est de "démolir le CCI" à qui ils vouent une haine inexpugnable. Et pour ce faire, tout est bon, y compris les mensonges les plus crapuleux.

C'est ainsi que la FICCI essaie de faire croire que le CCI veut "cacher" que "l'État actuel est l'organe de domination de la classe capitaliste, domination qui repose sur deux piliers : la mystification idéologique et la répression (…) que la police anti-émeute, les CRS et les gardes mobiles en France sont un des principaux instruments de répression dont dispose l'État capitaliste. Il voudrait "cacher" que "la présence des CRS dans les manifestations actuelles n'a pas pour objet de s'affronter aux groupes minoritaires violents (souvent manipulés par la police elle-même), ni de protéger les vitrines des boutiques (et encore moins de "protéger" la liberté de manifestation !), mais avant tout de terroriser les masses qui veulent lutter, les dissuader d'essayer de sortir du cadre de l'ordre établi et imposé par la bourgeoisie". Et dans quel but le CCI ferait-il toutes ces cachotteries ? La FICCI nous donne le fin mot de l'histoire : "pour cacher le caractère répressif de l'État capitaliste et instiller la confiance dans ses instruments ! (…) pour cacher que, tôt ou tard, dans un prochain mouvement, quand les masses ouvrières s'affronteront et briseront le contrôle idéologique et politique des syndicats et des partis de gauche du capital, ces masses (et non les groupes minoritaires) devront aussi s'affronter et s'opposer à la répression menée par les institutions spécialisées de l'État que sont les CRS et les gardes mobiles !

En somme, la volonté du CCI serait d'envoyer les ouvriers au casse pipe en leur cachant la répression qui les attend. Il fallait oser ! 

En fait, c'est probablement dans ce but que nous avons écrit dans nos articles et dans nos tracts récents :

"Les étudiants et les jeunes en lutte ne se font aucune illusion sur le rôle des prétendues "forces de l'ordre". Elles sont les "milices du capital" (comme le scandaient les étudiants) qui défendent, non pas les intérêts de la "population" mais les privilèges de la classe bourgeoise. "L'ordre républicain", c'est le "désordre" d'une société qui condamne au chômage, à la précarité et au désespoir des masses croissantes de jeunes qui se décarcassent pour essayer d'avoir une vie décente. (…) A ceux qu'on attaque avec des mesures ignobles comme le CPE et qui veulent utiliser les facs comme lieux de discussion et de débat pour organiser leur riposte, on envoie la répression, les grenades lacrymogènes et les matraques. Voila le vrai visage de notre belle "démocratie républicaine". Voilà le vrai visage du fameux "Liberté, égalité, fraternité" issu de la révolution bourgeoise de 1789 !" (Notre tract du 10 mars : "Les CRS à la Sorbonne : Non à la répression des enfants de la classe ouvrière !", derrière le sous-titre "L'ordre" des matraques et des grenades lacrymogènes)

"Les étudiants et lycéens qui ont protesté sans violences dans les manifestations le 7 mars et encore le 14 mars ne se battent pas seulement pour eux-mêmes. Ils manifestent massivement pour l'avenir de TOUTE la société, pour toutes les générations, pour les chômeurs et les travailleurs précaires, pour donner une perspective aux jeunes des banlieues et leur permettre de surmonter le désespoir qui les a poussés dans une violence aveugle en novembre dernier. Ils luttent contre la décomposition du tissu social, contre la concurrence de tous contre tous, contre le "chacun pour soi" ! La seule réponse qu'ils ont reçue, c'est la répression de l'État policier de Monsieur Sarkozy ! "L'ordre républicain" que cet État est censé préserver, c'est le "désordre" d'une société qui condamne au chômage, à la précarité et au désespoir des masses croissantes de jeunes qui se décarcassent pour essayer d'avoir une vie décente. C'est l'ordre de l'intimidation et de la matraque ! C'est la provocation des bandes réactionnaires de l'extrême droite auxquelles apportent une contribution involontaire quelques petits groupes d'inconscients qui s'imaginent affaiblir l'État en bombardant les CRS, sous les caméras des médias aux ordres, de canettes de bière ou de barrières métalliques ! Un "ordre" qui trouve un soutien puissant dans la manipulation et le black-out organisés par les médias, notamment par la télévision. Un "ordre" que soutiennent aussi les syndicats de salariés qui refusent de dénoncer les mensonges et les manipulations du journal télévisé, qui refusent, malgré leurs déclarations officielles, de faire des tracts et d'appeler à des assemblées générales massives dans les entreprises pour dire la vérité aux salariés." (Notre tract du 16 mars "Solidarité de tous les travailleurs salariés avec les étudiants et lycéens en lutte contre le CPE !")

"Celle-ci [la classe ouvrière], dans son combat contre le capitalisme, est contrainte d'employer la violence. Le renversement du capitalisme sera nécessairement une action violente puisque la classe dominante, avec tous les moyens de répression dont elle dispose, défendra bec et ongle son pouvoir et ses privilèges. L'histoire nous a appris, notamment depuis la Commune de Paris de 1871 parmi beaucoup d'autres exemples, à quel point la bourgeoisie est capable de fouler aux pieds ses grands principes de "démocratie" et de "liberté-égalité-fraternité" quand elle se sent menacée : en une semaine (la "semaine sanglante") ce sont 30.000 ouvriers parisiens qui ont été massacrés parce qu'ils avaient tenté de prendre le pouvoir entre leurs mains. Et même dans la défense de ses intérêts immédiats, dans des luttes qui ne menacent pas directement le règne de la bourgeoisie, la classe ouvrière est souvent confrontée à la répression de l'État bourgeois ou des milices patronales, répression à laquelle elle oppose sa propre violence de classe." ("Émeutes dans les banlieues françaises : Face au désespoir, seule la lutte de classe est porteuse d'avenir" dans Révolution Internationale n° 363).

"Pour renverser le capitalisme et construire la véritable communauté humaine mondiale, la classe ouvrière sera obligée, dans le futur, de se défendre aussi par la violence contre la violence de l'État capitaliste et de toutes les forces d'appoint de son appareil répressif. Mais la violence de classe du prolétariat n'a strictement rien à voir avec les méthodes du terrorisme ou des émeutes des banlieues (comme veut le faire croire la propagande bourgeoise pour justifier la poursuite du flicage, de la répression des travailleurs, des étudiants et bien sûr des véritables militants communistes)." ("Salut aux jeunes générations de la classe ouvrière" dans Révolution Internationale n° 367).

La FICCI veut nous faire passer pour des auxiliaires de la répression policière. Pour ce faire, elle "cache" nos véritables prises de position en les remplaçant par des (…). Mais ce qu'elle ne réussit pas à cacher, c'est sa volonté de tenter de retourner contre notre organisation l'accusation que nous lui faisons de faire le jeu de la répression policière par ses mouchardages. Et pour étayer notre accusation, nous n'avons pas besoin de cacher quoi que ce soit. Au contraire, nous encourageons les lecteurs à lire attentivement les propres écrits publics de la FICCI, et notamment son Bulletin 14 de même que nos articles à son propos ("Les méthodes policières de la 'FICCI'" dans Révolution Internationale n° 330 et "Les réunions publiques du CCI interdites aux mouchards" dans RI n° 338).

 

CCI (2 juin 2006)

Courants politiques: 

Mai 1968 : la classe ouvrière revient sur la scène de l'histoire

La force du mouvement contre le CPE a été la recherche de l'unité par la classe ouvrière. Les étudiants ont très vite compris l'importance vitale d'étendre la lutte, d'aller chercher les travailleurs. Et les ouvriers, s'ils n'ont pas à leur tour pris en main l'organisation du combat, se sont néanmoins mobilsés massivement dans les manifestations de rue.
La bourgeoisie a évidemment saisi immédiatement le danger, pour elle, d'une telle dynamique. C'est pourquoi elle a tout fait pour endiguer les tentatives d'extension et briser  le lien inter-générationnel. Si les syndicats ont été ici d'une redoutable efficacité, la propagande et les mensonges sur les luttes passées ont aussi joué leur petit rôle. Mai 68 fut ainsi présentée comme une simple agitation étudiante pour masquer ce qui fut la force réelle du mouvement : l'implication de toute la classe ouvrière. Les événements de Mai 68 ont eu une portée internationale et ont signifié le retour du prolétariat sur la scène sociale après plus de quarante ans de contre-révolution. Le silence convenu sur les millions d'ouvriers en grève, est en réalité à la mesure de la peur que lui avait inspiré, non la révolte des étudiants, mais le réveil historique du prolétariat
.
Après avoir massacré physiquement la classe ouvrière pendant les années 1920 à la suite de la vague révolutionnaire du premier après-guerre, après l'avoir démoralisée et complètement déboussolée au nom de la défense de la "patrie socialiste russe" et de "l'anti-fascisme" dans les années 1930, après l'avoir précipitée dans les charniers de la seconde guerre mondiale, la bourgeoisie confondait l'épuisement du prolétariat avec son asservissement. Ivre de ses victoires, ivre de la "prospérité" de l'après-guerre fondée sur des millions de cadavres, elle se croyait devenue immortelle et se moquait ouvertement de la classe porteuse du communisme et de sa conception du monde, le marxisme.

La fin des mystifications sur la disparition du prolétariat

Le mouvement de Mai 68 allait sonner le glas de ces illusions. Le repas de funérailles n'était pas encore desservi que le défunt, bien vivant, mettait fin au banquet. Et de quelle façon ! Pour son premier réveil après plusieurs décennies de torpeur, le prolétariat mondial allait mener en France la plus grande grève de son histoire : neuf millions d'ouvriers, la presque totalité de la classe ouvrière du pays, bloquant la production pendant près d'un mois.
Nous ne pouvons évidemment pas, dans le cadre de cet article, faire un historique, même résumé, de ces événements. Nous nous contenterons d'indiquer quelques uns des faits les plus importants permettant aux lecteurs qui ne les ont pas vécus de s'en faire une idée.
Même si la grève de mai 68 a surpris presque tout le monde et notamment la plupart de ses protagonistes, on ne peut dire qu'elle a éclaté comme un éclair dans un ciel bleu. En fait, depuis plus d'un an, il s'était développé en France toute une série de conflits sociaux, tels que grèves, occupations, manifestations, heurts avec la police (Dassault-Bordeaux début 1967, Renault-Le Mans, Rhodia, Berliet-Vénissieux à l'automne 1967, Caen, Fougères, Quimper, Redon, début 1968) qui révélaient un profond mécontentement ouvrier.
Mais l'événement qui agit comme détonateur en mai 1968, c'est la répression qui s'abat au début du mois sur les étudiants. Parmi ces derniers, l'agitation s'était développée à partir de fin mars, notamment à l'université de Nanterre. Le 2 mai, cette université est occupée par les CRS et fermée. En protestation, quelques centaines d'étudiants occupent la cour de la Sorbonne le lendemain : ils en sont chassés par les CRS qui procèdent à des arrestations. Le mot d'ordre "Libérez nos camarades" mobilise des dizaines de milliers d'entre eux toute la semaine suivante jusqu'aux barricades du 10 mai qui donnent lieu à une répression policière sauvage. Face à la colère qui s'empare de la grande majorité de la population et particulièrement de la classe ouvrière, les centrales syndicales appellent à des manifestations pour le 13 mai. Malgré la libération précipitée des détenus, ces manifestations revêtent une ampleur sans précédent : presque un million de personnes à Paris.
Ainsi, une agitation étudiante, dans l'ensemble moins importante que celle qui s'est déroulée auparavant dans beaucoup d'autres pays, a abouti, par la grâce d'une série de maladresses d'un gouvernement dépassé par la situation, et d'une répression aussi brutale que stupide, à la mobilisation de millions d'ouvriers. Mais l'incompétence et la surprise des autorités n'expliquent pas tout. Derrière cette énorme mobilisation se trouve un mécontentement beaucoup plus profond dans la classe ouvrière qui ne tarde pas à s'exprimer.
Dès le lendemain, la grève est déclenchée spontanément à Sud-Aviation-Nantes, puis à Renault-Cléon. Le 16 mai, c'est au tour de Renault-Billancourt, l'usine phare de la classe ouvrière, d'entrer dans la lutte, ce qui constitue un signal attendu par des millions d'ouvriers pour se lancer.

Grâce à la gauche et aux syndicats, la bourgeoisie reprend la situation en mains

Prise au dépourvu par cette grève qui s'étend comme une traînée de poudre dans tout le pays, la CGT lance le même jour un "appel à la lutte". Comme on le dit alors : "Elle prend le train en marche". Les autres centrales syndicales l'imitent. Toutes n'ont plus qu'une seule préoccupation : reprendre le contrôle d'un mouvement qui s'est déclenché indépendamment d'elles, quand ce n'était pas contre leur volonté. Elles s'y emploient avec ardeur, notamment en prenant en charge systématiquement les occupations des usines qui, derrière les piquets syndicaux, deviennent de véritables prisons pour les ouvriers.
Pour les syndicats et le PCF, il s'agit, au nom de "la protection de l'outil de travail" contre les "provocateurs" qui auraient "infiltré" les étudiants, d'éviter que les groupes "gauchistes" (maoïstes et trotskistes) dont ils craignent la concurrence, et surtout les révolutionnaires, ne viennent "contaminer" les ouvriers. Il s'agit surtout de diviser, d'isoler les différents secteurs de la classe ouvrière, chacun dans son coin, pour empêcher celle-ci de se constituer en une force unie qui représenterait un danger bien plus important pour la bourgeoisie et serait bien plus difficile à vaincre par cette dernière.
Ces manoeuvres ne suffisent pas à empêcher l'extension du mouvement - laquelle se poursuit jusqu'à la fin du mois - ni le déroulement, souvent dans les facultés occupées, de nombreuses discussions impliquant des dizaines de milliers d'ouvriers et abordant toutes sortes de sujets intéressant la classe ouvrière : le rôle des syndicats, les conseils ouvriers, la révolution, comment lutter aujourd'hui, etc.
Avec un certain retard sur le PCF et les syndicats, les autres secteurs de l'appareil politique bourgeois reprennent leurs esprits. Le 24 mai, le gouvernement, en même temps qu'il provoque une nouvelle fois les étudiants en expulsant Cohn-Bendit, le leader des étudiants de Nanterre, propose l'ouverture de négociations réclamées à cor et à cri par les syndicats. Les 25 et 26 mai, tous les dirigeants des centrales syndicales et des organisations patronales élaborent, sous la présidence de Pompidou, premier ministre, les accords dits de Grenelle destinés à brader la grève ouvrière. Ces accords, s'ils comportent une augmentation de 35% du salaire minimum (ce qui ne concerne que 7% de la classe ouvrière) ne proposent que 10% d'augmentation ce qui équivaut (compte tenu d'une perte moyenne de 4% du salaire due à la grève et aux hausses de prix qui s'annoncent), à une élévation du pouvoir d'achat bien moindre que celle des années précédentes (qui déjà n'étaient pas fameuses).
Les ouvriers ressentent ces accords comme une gifle. Venu les présenter à Renault-Billancourt le matin du 27 mai, Séguy, secrétaire général de la CGT, se fait abondamment siffler. Il ne réussit à sauver sa mise qu'en se désolidarisant d'un texte qu'il a élaboré pendant deux jours avec ses comparses du patronat et du gouvernement et alors qu'il a déclaré aux journalistes quelques heures auparavant : "La reprise ne saurait tarder." Pour ne pas perdre le contrôle de la situation, la CGT reprend à son compte le mot d'ordre "Le combat continue ! ", pendant que d'autres forces bourgeoises de "gauche" viennent compléter son travail de sabotage.
C'est ainsi que, le même jour, se tient au stade Charléty, à Paris, un grand rassemblement destiné à récupérer derrière une "alternative de gauche" les ouvriers écoeurés par les manoeuvres de la CGT. On y retrouve côte à côte la CFDT (syndicat proche du PS mais qui, durant les grèves, s'est donné des airs de "radicalisme" vis-à-vis de la CGT), les groupes gauchistes (maoïstes, trotskistes et anarchistes), Cohn-Bendit (rentré illégalement en France) et Mendès-France (ancien Président du Conseil). La CGT n'est pas en reste : le 29, elle organise une grande manifestation à Paris où elle fait acclamer le slogan "Gouvernement populaire".
Le 30 mai, c'est aux autorités officielles de repasser à l'offensive. De Gaulle fait un discours où il annonce la dissolution de l'Assemblée Nationale et la tenue d'élections fin juin. En même temps, ses troupes sont rameutées et participent à une grande manifestation sur les Champs-Elysées. Le gouvernement appelle à ouvrir des négociations branche par branche. Les syndicats, et en particulier la CGT, se précipitent sur cette opportunité permettant de faire reprendre les secteurs (tel EDF-GDF) où les propositions patronales vont au-delà des accords de Grenelle. Ils renforcent cette pression en faveur de la reprise par toutes sortes de manoeuvres comme la falsification des votes, les mensonges sur de prétendues "reprises", l'intimidation au nom de la lutte contre les "provocateurs gauchistes".
Un de leurs grands arguments est qu'il faut reprendre le travail afin que les élections, censées "compléter la victoire ouvrière", puissent se dérouler normalement. L'Humanité titre : "Forts de leur victoire, des millions de grévistes reprennent le travail". Malgré cela, de nombreuses poches de résistance se maintiennent, comme à Renault-Flins, Peugeot-Sochaux où la répression fait plusieurs morts, ainsi qu'à Citroën-Javel où le travail ne reprend qu'après le premier tour des élections, le 23 juin.
Finalement, la formidable grève de mai-juin 1968 devait aboutir à une défaite pour la classe ouvrière. Mais ce fut une expérience incomparable où des millions d'ouvriers ont été confrontés aux problèmes qui se posent à leur classe, où en particulier ils ont dû affronter le sabotage des syndicats (de nombreuses cartes syndicales furent déchirées en juin 1968).

La reprise historique du prolétariat mondial


Mais surtout, Mai 68, par son ampleur, révélait qu'il ne s'agissait pas d'une simple péripétie "française" de l'agitation estudiantine des années 60, la révolte contre "la société de consommation" ou la "société du spectacle". C'était bien une nouvelle période qui s'ouvrait dans l'histoire du prolétariat mondial.
Cette nouvelle période, seuls pouvaient en prévoir et reconnaître la venue ceux, les révolutionnaires marxistes, qui savaient que le capitalisme décadent est totalement incapable de surmonter ses contradictions économiques. C'est sur cette base que nos camarades d'Internacionalismo au Venezuela (groupe précurseur du CCI) saluaient, dans le numéro 9 de leur revue, l'année 1968 car elle devait se signaler par un surgissement mondial des luttes ouvrières stimulées par l'aggravation de la crise.
Pour sa part, évidemment, l'intelligentsia tendait encore à pérorer. En particulier, en s'appuyant sur le rôle de détonateur joué par l'agitation des étudiants et sur le succès du verbiage révolutionnaire en leur sein, elle surévaluait complètement leur rôle dans les événements de mai afin de rabaisser celui de la classe ouvrière. Ainsi, Castoriadis éructait péniblement : "Il est de première importance de dire bien haut et avec calme qu'en Mai 68, le prolétariat n'était pas l'avant-garde révolutionnaire de la société, qu'il n'était que l'arrière-garde muette."
L'insistance avec laquelle cet idéologue patenté s'efforce d'appeler la bourgeoisie à garder son calme est touchante : le prolétariat n'existait pas puisque lui-même l'avait enterré !
La bourgeoisie ne manquait pourtant pas de raison pour s'affoler ; car la vague de luttes qui commença en France en Mai 68 allait secouer le monde jusqu'en 1974 : d'Italie en Argentine (1969), d'Espagne en Pologne (1971) en passant par la Belgique et la Grande-Bretagne (1972), en Scandinavie et en Allemagne, la classe ouvrière allait démontrer dans la réalité sociale cette vivacité que permet de prévoir la vision marxiste et qui avait tant fait rire la bourgeoisie :

"Mai 68 est la première riposte importante de la classe ouvrière à un processus de crise aiguë du système capitaliste dont l'approfondissement inévitable verra se radicaliser les luttes prolétariennes jusqu'à déboucher sur la révolution mondiale." (RI ancienne série, n°3, p. 48)
Le marxisme avait permis de prévoir l'inévitable crise économique qui allait permettre de poser la question du renversement du système capitaliste. Il avait aussi permis de prévoir le retour fracassant du prolétariat sur la scène de l'histoire, pour mener à bien ce renversement et construire la société communiste.
Mais alors que ceux qui l'avaient enterré parlaient de révolution en mai 1968 - dans le but de souligner son échec et de rendre ainsi illusoire et utopique l'idée-même de révolution - le marxisme ne permettait pas cette impatience ; si le prolétariat s'était affirmé à nouveau après cinquante années de contre-révolution, il n'avait cependant pas atteint, ni en France en 1968, ni mondialement, la maturité nécessaire pour s'imposer à la bourgeoisie et lui livrer les combats décisifs qui décideront du destin de l'humanité : socialisme ou barbarie généralisée.
La révolution sera nécessairement l'oeuvre consciente de l'immense majorité des travailleurs et cette conscience ne peut se forger qu'à travers une longues série de luttes de plus en plus radicales, avec des moments d'avancées et de reculs, répondant à une dégradation de plus en plus profonde des conditions d'existence de la classe ouvrière. C'est là le sens profond de toutes les vagues de luttes internationales que nous avons vécues depuis 1968.

La méthode marxiste est vivante, ses fossoyeurs sont mal en point. C'est elle qui a permis aux révolutionnaires de ne pas céder aux chants de sirène des visions modernistes, c'est elle qui leur a permis de comprendre et d'intervenir dans les luttes du prolétariat. C'est elle qui leur permet aujourd'hui de combattre les mensonges répandus par la bourgeoisie sur la "mort du communisme". C'est elle enfin qui leur permet d'affirmer que l'aggravation catastrophique de la crise du capitalisme a créé les conditions pour une nouvelle reprise des combats ouvriers dans tous les pays.
Par le cadre international et historique qu'elle exige, seule cette méthode peut permettre aux révolutionnaires de participer activement à l'achèvement de ce processus réamorcé en 1968 par la classe ouvrière, et rendre ainsi possible le triomphe de la révolution mondiale.

(d'après RI n°168 et 223)

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Mouvement contre le CPE : Une riche expérience pour les luttes futures

Le mouvement des étudiants en France contre le CPE est parvenu à faire reculer la bourgeoisie qui a retiré son CPE le 10 avril. Mais si le gouvernement a été obligé de reculer, c’est aussi et surtout parce que les travailleurs se sont mobilisés en solidarité avec les enfants de la classe ouvrière, comme on l’a vu dans les manifestations des 18 mars, 28 mars et 4 avril.


Malgré la "stratégie du pourrissement" décidée par le gouvernement pour faire passer son "Contrat pour se faire entuber" par la force, les étudiants ne se sont pas laissés impressionner par l’ordre de l’intimidation capitaliste, avec ses flics, ses fayots et ses mouchards.
Par leur détermination, leur courage exemplaire, leur sens profond de la solidarité, leur confiance dans la classe ouvrière, les étudiants en lutte (et les lycéens les plus mûrs et conscients) ont réussi à convaincre les travailleurs et à les entraîner dans la rue avec eux. De nombreux salariés de tous les secteurs, du public comme du privé, étaient présents dans les manifestations.
Ce mouvement de solidarité de toute la classe ouvrière a suscité une profonde inquiétude au sein de la bourgeoisie mondiale. C’est pour cela que les médias ont systématiquement déformé la réalité et que la bourgeoisie allemande a été obligée de freiner la mise en application du frère jumeau du CPE en Allemagne. En ce sens, la répercussion internationale de la lutte des étudiants en France est une des plus grandes victoires de ce mouvement.
Les plumitifs les plus médiocres du capital (comme ceux de Libération qui annonçaient dans leur quotidien rose que le "grand soir" des enfants de la "classe moyenne" allait se transformer en "petit matin") peuvent toujours chanter la messe ou La Marseillaise : le combat contre le CPE n’était pas une "fronde" de coupeurs de têtes dirigée par des jacobins des temps modernes, ni une "révolution orange" orchestrée par des fans de chansons "yéyé".
Même si, du fait de leur manque d’expérience, de leur naïveté et de leur méconnaissance de l’histoire du mouvement ouvrier, la grande majorité des étudiants en lutte n’ont pas encore une conscience claire de la portée historique de leur combat, ils ont ouvert les portes de l’avenir. Ils ont repris le flambeau de leurs aînés : ceux qui ont mis fin à la guerre de 1914-18 en développant la solidarité internationale de la classe ouvrière sur les champs de bataille ; ceux qui ont continué à défendre, dans la clandestinité, les principes de l’internationalisme prolétarien pendant le deuxième holocauste mondial ; ceux qui, à partir de mai 68, ont mis fin à la longue période de contre-révolution stalinienne (voir article sur Mai 68) empêchant ainsi le déclenchement d’une troisième guerre mondiale.

Les syndicats à la rescousse du gouvernement … et réciproquement 

Si la bourgeoisie a reculé, c’est aussi pour pouvoir sauver la mise de ses syndicats. La classe dominante (qui a pu bénéficier de la "solidarité" de toute la classe capitaliste des grandes puissances d’Europe et d’Amérique) a fini par comprendre qu’il valait mieux "perdre la face" momentanément plutôt que de plomber son appareil d’encadrement syndical. C’est bien pour sauver les meubles que la cheftaine des patrons, Laurence Parisot (qui, pour la circonstance, a joué brillamment son rôle de "médiateur" et de "partenaire" de la paix sociale) est allée "négocier" avec l’intersyndicale.
 Si le gouvernement a fini par céder aux pressions de la rue, c’est  parce que, dans la plupart des entreprises, un questionnement s'est fait jour sur l'attitude des syndicats. Ceux-ci n'ont rien fait pour favoriser l'expression de la solidarité des travailleurs avec les étudiants, tout au contraire. Dans la grande majorité des entreprises du public comme du privé, il n’y a eu aucun tract syndical d’appel à la manifestation du 18 mars. Les préavis de grève de la "journée d’action et de mobilisation" du 28 mars et du 4 avril ont été déposés par les directions syndicales à la dernière minute dans la confusion la plus totale. Et si les syndicats ont tout fait pour éviter la tenue d’assemblées générales souveraines, c’est avec l’argument que les salariés n’ont pas "les mêmes méthodes de lutte que les étudiants" (dixit Bernard Thibault, à l'émission Le grand jury de RTL le 26 mars) ! Quant à leur menace de déclencher la "grève générale reconductible" à la fin du mouvement, elle est apparue ouvertement aux yeux d’un grand nombre de travailleurs comme une esbroufe digne du Grand Guignol !
Le seul secteur où les syndicats ont fait un maximum de publicité pour appeler les travailleurs à faire grève lors des journées d’action du 28 mars et du 4 avril, est celui des transports. Mais ces appels à la mobilisation avaient pour seul objectif de saboter le mouvement de solidarité de toute la classe ouvrière contre le CPE. En effet, le blocage total des transports est une manœuvre classique des syndicats (et notamment de la CGT) pour rendre la grève impopulaire et monter les ouvriers les uns contre les autres.. Le fait que les appels syndicaux au blocage des transports aient été peu suivis a permis qu’un maximum de travailleurs puisse se rendre aux manifestations. Il est également révélateur d'une perte de crédit des syndicats dans les entreprises, comme en témoigne encore le fait que, dans les manifestations, un nombre très important de salariés se sont regroupés sur les trottoirs et le plus loin possible des banderoles syndicales.
Et c’est parce que les ouvriers du secteur privé (comme ceux de la SNECMA et de Citroën dans la région parisienne) ont commencé à se mobiliser en solidarité avec les étudiants, contraignant les syndicats "à suivre" pour ne pas perdre le contrôle, que le patronat a fait pression sur le gouvernement pour qu’il recule avant que des grèves spontanées n’éclatent dans des entreprises importantes du secteur privé.
Pour éviter que ses syndicats ne soient complètement discrédités et débordés par un mouvement incontrôlable des salariés, la bourgeoisie française n’avait donc pas d’autre alternative que de voler à la rescousse des syndicats en retirant le CPE le plus vite possible après la manifestation du 4 avril.
Les journalistes les plus intelligents avaient vu juste lorsqu’ils affirmaient à la télé le 7 mars : "il y a des poches de grisou partout" (Nicolas Domenach).
En ce sens, Monsieur Villepin a dit une partie de la vérité lorsqu’il réaffirmait devant les guignols de l’Assemblée Nationale, au lendemain de cette "journée d’action", que sa principale préoccupation, n’est pas la défense de son orgueil personnel, mais "l’intérêt général" (c'est-à-dire du capital national !).
Face à cette situation, les secteurs les moins stupides de la classe dominante ont tiré la sonnette d’alarme en prenant la décision d’annoncer une "sortie rapide" de la crise après la journée d’action du 4 avril où plusieurs millions de manifestants (dont de nombreux travailleurs du secteur privé) sont descendus dans la rue.
Malgré la superbe démonstration de "solidarité" de l’État capitaliste envers ses syndicats, ces derniers ont perdu trop de plumes pour pouvoir mystifier la classe ouvrière avec leurs discours "radicaux". C’est justement pour pouvoir contrôler et quadriller tout le terrain social que, une fois encore, la carte traditionnelle de la "division des syndicats" a été sortie à la fin du mouvement entre les vieilles centrales (CGT, CFDT, FO, CGC, UNEF) et les syndicats "radicaux" SUD et CNT.
Quant à la "coordination nationale", on a pu voir, à la fin du mouvement, de façon très claire que son principal objectif était d’épuiser les étudiants, de les démoraliser et les ridiculiser devant les caméras de télévision (comme cela s’est passé à Lyon le week-end des 8 et 9 avril où, pendant deux jours, les délégués des universités venus de toute la France, ont passé leur temps à voter sur… ce qu’ils doivent voter !)

La contribution des gauchistes à la "stratégie du pourrissement"
Face à la perte de crédit des syndicats, on a vu enfin publiquement l’entrée en scène des intermittents du spectacle de cette comédie française : après les grandes centrales syndicales, les "copains" et "copines" d’Arlette Laguiller sont entrés dans la danse à la manifestation du 11 avril pour jouer, à leur tour, les mouches du coche (alors que le 18 mars, les militants de Lutte Ouvrière gonflaient des ballons sur les trottoirs et collaient avec frénésie des auto-collants "LO" sur quiconque s'approchait d'eux !).
Alors que le gouvernement et ses "partenaires sociaux" avaient décidé d’ouvrir les négociations pour une sortie de crise "honorable" et que le CPE a été retiré le 10 avril, on a pu voir LO gesticuler dans la manifestation-enterrement du 11 avril à Paris. Ce jour-là, un maximum de lycéens et d’étudiants jusqu’au-boutistes avaient été appelés à sortir dans la rue pour "radicaliser" le mouvement derrière les drapeaux rouges de LO (aux côtés des chiffons bleus et blanc de SUD ou noirs et rouges de la CNT).
Toutes les cliques gauchistes ou anarchoïdes se sont retrouvées à battre le pavé dans une touchante unanimité derrière le mot d’ordre : "retrait du CPE, du CNE et de la loi sur l’égalité des chances !" ou encore "Villepin démission !".
Le but d’un tel tintamarre, les travailleurs les plus expérimentés le connaissent trop bien. Tromper des étudiants en recherche de perspective politique en faisant valoir un radicalisme de façade derrière lequel se dissimule le caractère foncièrement capitaliste de leur politique. C’est également la carte du "syndicalisme de base" ou "radical" que ces faux révolutionnaires (et vrais saboteurs patentés) cherchent maintenant à mettre en avant pour tenter de parachever la "stratégie de pourrissement" du mouvement. Les gauchistes et les anars les plus excités ont essayé à Rennes, Nantes, Aix ou encore à Toulouse de pousser les étudiants jusqu’au-boutistes paquets par paquets à des affrontements physiques avec leurs camarades qui commençaient à voter en faveur de la levée du blocage des facs.
La mise en avant du syndicalisme "de base", "radical" n’est qu’une manoeuvre bien ficelée de certaines fractions de l’État visant à ramener les étudiants et les travailleurs les plus combatifs derrière l’idéologie réformiste.
Tout le terrain de la réflexion est aujourd’hui bien quadrillé par les saboteurs professionnels de LO, de SUD (né d’une scission de la CFDT dans le secteur des PTT en 1988) et surtout par la LCR (qui a toujours considéré les universités comme sa "chasse gardée" et n’a cessé de cautionner les syndicats en appelant les étudiants à "faire pression" sur leurs directions   pour qu’elles appellent à leur tour les travailleurs à entrer dans la lutte). Toutes ses fractions "radicales" de l’appareil d’encadrement de la classe ouvrière n’ont cessé de coller aux basques des étudiants pour dénaturer ou récupérer le mouvement en le rabattant vers le terrain électoral (tout ce beau monde présente des candidats aux élections) c'est-à-dire vers la défense de la "légalité" de la "démocratie" bourgeoise.
Par ailleurs, c’est bien parce que le CPE était un symbole de la faillite historique du mode de production capitaliste que toute la gauche "radicale" (rose bonbon, rouge et verte) se déguise maintenant derrière la vitrine du grand caméléon ATTAC pour nous faire croire qu’on peut construire le "meilleur des mondes" au sein même d’un système basé sur les lois aberrantes du capitalisme, celles de l’exploitation et de la recherche du profit.
Dès que les travailleurs ont commencé à manifester leur solidarité avec les étudiants, on a pu voir les syndicats, les partis de gauche et les gauchistes de tout poil occuper tout le terrain pour tenter de ramener les étudiants dans le giron de l’idéologie interclassiste de la petite-bourgeoisie bien pensante. Le grand supermarché réformiste a été ouvert dans les forums de discussion : chacun a été convié à consommer la camelote frelatée de José Bové, de Chavez (colonel, président du Venezuela et coqueluche de la LCR) ou de Bernard Kouchner et autres "médecins sans frontières" (qui régulièrement viennent racketter et culpabiliser les prolétaires en leur faisant croire que l’argent de leurs dons "humanitaires" pourrait résoudre les famines ou les épidémies en Afrique !).

Quant aux travailleurs salariés qui se sont mobilisés contre le CPE, ils sont appelés maintenant à faire confiance aux syndicats qui sont les seuls à détenir le monopole de la grève (et surtout de la négociation secrète avec le gouvernement, le patronat et le ministère de l’Intérieur).

Après le retrait du CPE, quelles perspectives ?

Dans les AG qui se sont tenues à la rentrée, après les vacances, les étudiants ont fait preuve d’une grande maturité en votant majoritairement pour la levée du blocage et la reprise des cours, tout en manifestant leur volonté de rester soudés pour poursuivre la réflexion sur le formidable mouvement de solidarité qu’ils viennent de vivre. Il est vrai que beaucoup de ceux qui veulent maintenir le blocage des universités éprouvent un sentiment de frustration car le gouvernement n’a fait qu’un petit pas en arrière en reformulant un article de sa loi sur "l’égalité des chances". Mais le principal gain de la lutte se situe sur le plan politique car les étudiants ont réussi à entraîner les travailleurs dans un vaste mouvement de solidarité entre toutes les générations.
De nombreux étudiants favorables à la poursuite du blocage ont la nostalgie de cette mobilisation où "on était tous ensemble, unis et solidaires dans l’action".
Mais l’unité et la solidarité dans la lutte peuvent aussi se construire dans la réflexion collective car dans toutes les universités et les entreprises des liens se sont tissés entre étudiants, entre travailleurs. Les étudiants et les travailleurs les plus conscients savent très bien que "si on reste tout seuls, on va se faire manger tout crus" demain, et cela quelle que soit la couleur du futur gouvernement (n’est-ce pas le ministre socialiste Allègre qui avait mis en avant la nécessité de "dégraisser le mammouth" de l’Éducation Nationale ?).
C’est pour cela que les étudiants, de même que toute la classe ouvrière, doivent comprendre la nécessité de tirer un bilan clair du combat qu’ils viennent de mener contre le CPE autour des questions suivantes : qu’est-ce qui a fait la force de ce mouvement ? Quels ont été les pièges dans lesquels il ne fallait pas tomber ? Pourquoi les syndicats ont-ils autant traîné les pieds et comment ont-ils récupéré le mouvement ? Quel a été le rôle joué par la "coordination" ?
Pour pouvoir mener cette réflexion et préparer les combats futurs, les étudiants et les travailleurs doivent se regrouper pour continuer à réfléchir collectivement, en refusant de se laisser récupérer par ceux qui veulent aller à la soupe et s’installer à Matignon ou à l’Élysée en 2007 (ou tout simplement "faire un score" dans les élections de 2007). Ils ne doivent pas oublier que ceux qui se présentent aujourd’hui comme leurs meilleurs défenseurs ont d’abord tenté de saboter la solidarité de la classe ouvrière en "négociant" dans leur dos la fameuse "stratégie du pourrissement" par la violence (n’est-ce pas l’intersyndicale qui avait conduit à plusieurs reprises les manifestants vers la Sorbonne et a permis ainsi aux bandes de "casseurs" manipulés d’attaquer les étudiants ?).
Le mouvement anti-CPE a révélé le besoin de politisation des jeunes générations de la classe ouvrière face au cynisme de la bourgeoisie et de sa loi sur l’"égalité des chances". Il n’est nul besoin d’étudier Le Capital de Karl Marx pour comprendre que l’"égalité" tout court dans le capitalisme est un miroir aux alouettes. Il faut être complètement idiot pour croire un seul instant que les enfants d’ouvriers au chômage qui vivent dans des cités ghetto peuvent faire des études supérieures à l’ENA ou à Sciences Po. Quant à "l’égalité des chances", l’ensemble de la classe ouvrière sait pertinemment qu’elle n’existe qu’au loto ou au tiercé. C’est pour cela que cette loi scélérate est une grosse "boulette" de la classe dominante : elle ne pouvait être perçue par la jeunesse estudiantine que comme une pure provocation du gouvernement.
La dynamique de politisation des nouvelles générations de prolétaires ne pourra se développer pleinement sans une vision plus globale, historique et internationale des attaques de la bourgeoisie. Et pour pouvoir en finir avec le capitalisme, construire une autre société, les nouvelles générations de la classe ouvrière devront nécessairement se confronter à tous les pièges que les chiens de garde du capital, dans les universités comme dans les entreprises, n’ont pas fini de leur tendre pour saboter leur prise de conscience de la faillite du capitalisme.
L’heure est venue pour que la "boîte à actions-bidon" des syndicats, des anars et des gauchistes se referme afin que s'ouvre à nouveau la "boîtes à idées", que toute la classe ouvrière puisse partout réfléchir et discuter collectivement de l’avenir que le capitalisme promet aux nouvelles générations. Seule cette réflexion peut permettre aux nouvelles générations de reprendre, demain, le chemin de la lutte encore plus forts et plus unis face aux attaques incessantes de la bourgeoisie.

Courant Communiste International

(23 avril 2006)

 


Situations territoriales: 

Récent et en cours: 

Polémique avec le PCI – Le Prolétaire : La violence aveugle et destructrice n’est pas une arme de la classe ouvrière

Dans son numéro 479, daté de novembre 2005 à février 2006, Le Prolétaire  consacre près de quatre pages aux émeutes de cet automne. Colonne après colonne, cette organisation  apporte un soutien inconditionnel à la violence des jeunes banlieusards. Elle va même jusqu’à en faire un point de départ pour le combat de toute la classe ouvrière, un modèle à suivre. "La révolte des banlieues annonce la reprise de la lutte prolétarienne révolutionnaire ! " pouvait-on lire en gras et en majuscules dans son tract .
Pourtant, les étudiants qui sont entrés en lutte quatre mois plus tard ont emprunté un tout autre chemin. Pas de voitures brûlées par centaines. Pas d’écoles saccagées. Pas même de nuits entières à affronter les flics, caillasse à la main. Au désespoir et à la haine, à l’autodestruction et au "no future", ces enfants de la classe ouvrière ont préféré l’unité et la solidarité, l’auto-organisation et la construction de l’avenir.


Quels sont les points communs entre le mouvement des étudiants et les émeutes de l’automne ?

En ne regardant que la chronologie des événements, il est facile de penser que la lutte contre le CPE  succède logiquement aux émeutes, qu’elle en est une sorte de prolongement. D’ailleurs, il y a effectivement quelques points communs. Le premier, le plus visible, est l’implication de la jeunesse. Dans les deux cas, ce sont les enfants de la classe ouvrière qui sont descendus dans la rue. Ce qui induit le second point commun. La profondeur de la crise économique et la faillite du capitalisme rendent totalement insupportables les perspectives d’avenir. Les jeunes ne peuvent éprouver qu’une profonde angoisse  et une véritable colère face au chômage, aux petits boulots sous-payés et autres galères qui les attendent. C’est pourquoi les émeutes aussi ont eu et ont encore une signification importante pour la classe ouvrière. Ces explosions de violences ont révélé l’état de pauvreté et de désespoir régnant dans les ghettos de béton. Le monde entier a pu découvrir que  "même en France"  les conditions de vie des ouvriers et de leurs enfants se dégradent et deviennent intolérables. Voici ce qu’il y a de commun entre les émeutes de banlieue et le mouvement des étudiants : l’inquiétude de la jeunesse pour l’avenir. l'horizon bouché, la perspective de lendemains toujours plus sombres.
Mais la ressemblance s’arrête là.

Pourquoi les étudiants ne sont pas tombés dans le piège de la stérilité de la lutte émeutière ?

La bourgeoisie et ses médias aux ordres ont tout tenté pour pourrir le mouvement étudiant. Les journaux télévisés se sont répandus en images de violences. Lorsqu’un million de personnes manifestaient dans la rue, que des milliers d’étudiants s’organisaient en assemblées générales et discutaient dans les universités, le journal télévisé  de 20 heures tournait quant à lui en boucle sur les scènes de déprédations et d'affrontements de quelques casseurs avec les CRS. Les images de la Sorbonne bloquée et de l’échelle jetée par la fenêtre sur les flics ont fait le tour du monde, et plusieurs fois ! Pire : en utilisant les méthodes les plus dégueulasses de la provocation et de l’infiltration, les forces de l’ordre ont essayé à maintes reprises de faire dégénérer les cortèges de manifestants. De nombreux témoins  ont été frappés par l'évidence que les flics laissaient passer les  bandes afin de créer une sensation de peur. Et il ne fait presque aucun doute que  ces groupes qui arpentaient les trottoirs pour dépouiller les étudiants étaient excités, manipulés et même peut-être dirigés en partie par la police.
Ainsi, en saluant les méthodes émeutières de l’automne, en proférant de façon grandiloquente à la fin de son tract "Vive la révolte des jeunes prolétaires des banlieues contre la misère, le racisme et l’oppression ! Vive la perspective du prolétariat en lutte pour ses seuls intérêts de classe ! Vive la reprise de la lutte générale de classe y compris sur le terrain de la violence que la bourgeoisie utilise en permanence contre les prolétaires ! " et en qualifiant les actes désespérés des jeunes émeutiers de " violence prolétarienne des banlieues ", Le Prolétaire a participé involontairement au piège tendu par la bourgeoisie.
Mais la jeunesse étudiante n’a ni répondu aux provocations étatiques ni suivi la direction indiquée par le 'Parti Communiste International'. Au contraire, elle a rejeté les méthodes émeutières en organisant des services d’ordre pour se protéger des pillages, empêcher la casse et ne pas tomber dans les provocations des CRS, tout en avançant des mots d’ordre unitaires pour toute la jeunesse ouvrière, des banlieues ou d’ailleurs. Ces futurs prolétaires ont fait preuve d’une grande force. Ils ont défendu les valeurs de la classe ouvrière : celles de la solidarité, de la capacité à s’organiser et à lutter collectivement, de se battre pour soi et pour les autres. C’est donc leur niveau de conscience qui a permis aux étudiants de ne pas tomber dans le piège des émeutes. Ils ont compris que les affrontements aux CRS étaient totalement stériles, que la destruction pour la destruction était à bannir, que donc les méthodes émeutières constituaient une impasse. Mieux encore, les cortèges étudiants se sont organisés pour se protéger contre le dépouillage des bandes des banlieues. Et pourtant, malgré ou plutôt grâce à tout cela, ils ont exprimé un sentiment profond de solidarité vers les émeutiers. Régulièrement dans les AG, des interventions retentissaient du type : "en refusant le CPE, nous luttons autant pour nous que pour les plus démunis".  La démonstration la plus éclatante est sans nul doute la revendication d’amnistie pour tous les jeunes condamnés durant l’automne chaud. Lors des manifestations, le contraste était saisissant entre les banderoles réclamant l’amnistie et des bandes de jeunes pillant sans vergogne portables et portefeuilles. Nous avons vu des étudiantes molestées pleurer en répétant inlassablement "c’est pourtant aussi pour eux qu’on se bat !  ".
La force du mouvement anti-CPE, la capacité des étudiants à porter dans la lutte un sentiment de solidarité a eu un résultat immédiat : celui d’embarquer dans ce combat la très grande majorité de la jeunesse des banlieues. Au fur et à mesure du développement de la lutte, les élèves des lycées des périphéries sont venus de plus en plus nombreux manifestations après manifestations, laissant à la marge, minoritaires, les racketteurs. Alors que les émeutes ne pouvaient entraîner qu’une partie des jeunes dans une hystérie de violence tandis que l’autre partie se cloîtrait apeurée, la lutte des étudiants, ses méthodes et ses buts, ont offert à la fois, une autre façon de se battre et une  perspective.
Il ne faut pas croire que la violence est en soi à bannir et qu’elle fut bannie par les étudiants. Les blocages des facs par des équipes mandatées et organisées fut une forme embryonnaire de violence de classe. La violence prolétarienne sera nécessaire aux luttes révolutionnaires. Seulement cette violenc  "accoucheuse d’un nouveau monde"  ne peut pas prendre n’importe quelle forme. Elle doit tourner le dos au déchaînement de la fureur destructrice aveugle, à l'assouvissement de vengeances personnelles, aux actes de barbarie  et au chaos. La violence prolétarienne est organisée, réfléchie, pensée collectivement et porteuse de l’unité et de la solidarité de la classe ouvrière . C’est l’une des grandes leçons de la grève de masse de 1905 ou de l’insurrection d’octobre 1917.

Quel rôle peut jouer dans l’avenir ce Prolétaire qui fait l’éloge de la violence autodestructrice ?

En faisant l’éloge de la violence autodestructrice, Le Prolétaire défend des positions dangereuses pour la classe ouvrière. Une telle position de la part d’une organisation authentiquement prolétarienne peut surprendre tant elle ressemble aux cris pseudo-radicaux des anarchistes du type "quand ça brûle, c’est bon signe ". Et cette organisation n’a même pas l’excuse d'être mal informée. Elle sait très bien ce qu’ont été concrètement les émeutes : "en quelques jours, la rage des jeunes sans travail, sans salaire, sans avenir s’est étendue à tout le pays ", "ils déversent aujourd’hui une partie de cette violence en détruisant tout ce qui leur tombe sous la main », ou encore "c’est une colère aveugle, une manifestation de ras-le-bol désespérée ." Et pourtant, elle défend cette rage, cette destruction, cet aveuglement et ce désespoir qui tournent le dos aux intérêts de la classe ouvrière. Pourquoi ?
La première raison, la moins honorable, est la volonté opportuniste de plaire. En criant "Vive la révolte des jeunes prolétaires des banlieues contre la misère, le racisme et l’oppression !" , elle essaye de se doter d’un vernis radical à peu de frais, d’apparaître en tant que révolutionnaires, comme des durs, des vrais. Le CCI qui a assumé ses responsabilités en soulignant l’impasse de ces violences aveugles est ainsi taxé de "social-pacifiste"  par un Prolétaire qui, lui, soutien et apporte toute sa solidarité aux jeunes insurgés. Mais est-ce vraiment être solidaire que de saluer ces actes désespérés ? Est-ce vraiment être solidaire que d’enjoindre les ouvriers à participer à ces émeutes ? Evidemment non. Répétons-le, les étudiants en lutte contre le CPE ont apporté spontanément une solidarité bien plus véritable que ce 'Parti Communiste International '.
Au-delà du racolage, il y a aussi d’importantes faiblesses qui empêchent Le Prolétaire de comprendre quoi que ce soit à la lutte de classe. Manque de confiance dans le prolétariat, incompréhension de ce qu’est la violence de classe ,  ignorance totale du rôle de la conscience, voici les raisons profondes qui poussent en effet Le Prolétaire à soutenir des émeutes totalement stériles et même dangereuses. Pour le comprendre, il faut aller gratter ses analyses apparemment élaborées… en surface : "Si effectivement les ouvriers étaient déjà nombreux à se situer sur le terrain de classe, quitter ce terrain pour se livrer aux pillages serait une régression et un pas en arrière dans la lutte anti-capitaliste. Mais […] les ouvriers et plus généralement les prolétaires ne sont qu’en nombre infinitésimal sur le terrain de classe et sont au contraire très nombreux sur le terrain de la collaboration des classes" et donc "le fait qu’une partie de cette majorité commence à déserter ce terrain de la collaboration des classes, ne serait-ce que momentanément, sans avoir une conscience claire de leurs actes, sans perspective ni projet, est pour les communistes un signe d’une grande importance : le signe qu’un pas en avant vers le terrain de classe, vers la reprise de la lutte de classe, est en train de s’accomplir."
Si on résume tout ceci en une phrase,  cela donne :  "les émeutes, c’est mieux que rien ". En passant, on voit que ce ‘Parti Communiste International’ est totalement à côté de la dynamique actuelle de la classe ouvrière, de la montée depuis quelques années maintenant de sa combativité. Ne voyant pas la lutte qui se développe sous ses yeux, Le Prolétaire s’accroche à n’importe quoi.
Mais il y a beaucoup plus grave. Quelle image Le Prolétaire a du prolétariat et de son combat ? Comment une organisation révolutionnaire peut-elle croire que des émeutes, des violences sans but dont les premières victimes sont les ouvriers eux-mêmes, peuvent constituer "un pas en avant vers le terrain de classe, vers la reprise de la lutte de classe"  ? Quels sont ces actes héroïques qui constituent une telle avancée pour le combat de la classe ouvrière ? Les affrontements stériles avec les flics, dont la seule motivation était la haine ? Les milliers de voitures d’ouvriers cramées ? Ou les bus et les écoles détruites, peut-être ?
Le désespoir transpirant à travers la violence autodestructrice des jeunes désœuvrés constitue un croche-patte à la classe ouvrière et absolument pas un quelconque pas en avant. Nous le répétons encore une fois : les violences urbaines distillent la peur de l’autre, divisent les ouvriers et leurs enfants, poussent vers la propagande sécuritaire et républicaine. Surtout, elles renforcent l'Etat bourgeois en permettant à la bourgeoisie de faire croire qu’en dehors de la démocratie, tout combat va vers le chaos et ne porte aucun avenir. Au final, les émeutes polluent la conscience de la classe ouvrière. Mais le PCI semble décidément ne porter que guère d’importance à cette histoire de conscience. La réflexion du prolétariat sur son avenir, sa capacité à se battre de façon unie et solidaire… A tout cela, Le Prolétaire préfère "les explosions de rage" , "les affrontements violents ", "la révolte élémentaire" . Après tout, n’est-ce pas LE Parti qui est détenteur de la conscience ? Ne suffit-il pas, pour la révolution victorieuse, d’un Parti infaillible et d’une classe ouvrière combative et déterminée, pleine de rage et de violence ? Eh bien non, camarades !  La force de la classe ouvrière, c’est au contraire le développement de la conscience des masses et de leur organisation. Ce sont ses armes politiques essentielles.

Entre les émeutes et le mouvement anti-CPE, les méthodes de lutte ont été radicalement  différentes. La première ne pouvait entraîner que la destruction, la division et amoindrir la confiance de la classe ouvrière à se battre pour un avenir meilleur. Au contraire, la prise en main de la lutte par les étudiants, leur capacité à s’organiser en AG, à avancer des mots d’ordre porteurs de solidarité et d’unité permet au prolétariat de faire un grand pas.  Bref, les émeutes regardaient vers le néant, les  luttes étudiantes vers l’avenir. Jusqu’à présent, cette différence fondamentale entre les deux mouvements a totalement échappé au Prolétaire, à ce point que lors d’une permanence à Paris, ses militants se sont étonnés que le CCI soutienne les luttes étudiantes et se sont réjouis que notre organisation ait… changé de position depuis l’automne (sic !). Bref, devant la lutte de classe, Le Prolétaire est décidément comme une poule devant un couteau. Nous pouvons nous demander avec sérieux et gravité quel rôle sera amené à jouer Le Prolétaire au fur et à mesure du développement des luttes s’il continue ainsi à prôner la violence aveugle et destructrice ?

Pawel

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Révolution Internationale n° 369 - Juin 2006

Affaire Clearstream : Le vrai scandale, c'est le capitalisme

Pendant des semaines, chaque jour a apporté son lot de révélations nouvelles sur l'affaire Clearstream. Cette hyper-médiatisation outrancière a permis à la classe dominante de masquer que ce nouveau scandale se situait dans la continuité d'une véritable crise politique au sein de la bourgeoisie ouvertement révélée par la lutte contre le CPE. Car l'affaire a éclaté au grand jour dans un contexte bien précis : juste après le recul du gouvernement sur le CPE. En ce sens, si la bourgeoisie a polarisé l'attention sur ce feuilleton, c'est que cela lui a permis de déployer un rideau de fumée pour brouiller les consciences, pour empêcher les prolétaires de tirer les leçons de leur lutte contre le CPE.

Cela démontre une fois de plus quelle est la réelle nature de la "solidarité" de la bourgeoisie. Celle-ci n'a pas cessé de mettre en avant la "solidarité gouvernementale" pendant la lutte anti-CPE. En effet, toute la bourgeoisie, syndicats compris, s'est retrouvée bel et bien unie pour faire face à la classe ouvrière, mais dès que le mouvement est retombé, elle a pu donner libre cours aux règlements de comptes entre ses fractions concurrentes.

La bourgeoisie est une classe de truands et de "ripoux"

Il n'y a rien pour nous surprendre dans l'épisode Clearstream. Cette affaire, comme les autres scandales qui l'ont précédée, est avant tout un révélateur des mœurs de gangsters, des pratiques mafieuses et "barbouzardes" de toute la classe bourgeoise, et d'abord de sa classe politique. Ce n'est nullement un phénomène nouveau : les scandales n'ont cessé d'éclabousser les principaux partis bourgeois en France au cours de ces dernières décennies, à gauche comme à droite. Les hauts cris effarés des partis de gauche ne peuvent faire oublier leurs propres turpitudes. L'affaire Urba mouillait naguère aussi bien le PC que le PS, le scandale du sang contaminé a été couvert pendant des années par les ministres du PS, certains notables sociaux-démocrates sont allés jusqu'à puiser dans la caisse de cotisations des étudiants (la MNEF) ou des retraites de la fonction publique (le CREF). Tous ont trempé dans les financements occultes. Tous les scandales sont le produit de "fuites" plus ou moins savamment orchestrées par un clan contre un autre. Et ce phénomène n'est pas spécifique à la France : la corruption généralisée au sein de l'Etat italien dans les années 1980 avait conduit la classe politique à mener l'opération "mani pulite" (mains propres). Mais cette vaste opération publicitaire "d'assainissement" n'a été que de la poudre aux yeux et une couverture pour poursuivre les mêmes trafics et les mêmes magouilles : elle a permis par exemple l'institutionnalisation du système Berlusconi, mêlant ouvertement ses intérêts privés aux intérêts de l'Etat. Aux Etats-Unis, des scandales financiers à répétition n'ont pas empêché la continuité des liens bien connus des hommes politiques et des dirigeants syndicaux avec la mafia, ni les liens de Bush avec les lobbies.

D'ailleurs, on sait que le point de départ de l'affaire Clearstream est l'enquête sur les pots-de-vin ayant servi de moyen de pression pour permettre la vente des frégates françaises à Taiwan, malgré l'opposition de la Chine. La "banque des banques" Clearstream et une de ses concurrentes, Eurostream représentent à elles seules 40% des transactions financières mondiales alors qu'elles permettent essentiellement de blanchir anonymement l'argent sale et notamment les trafics d'armement ou l'argent de la drogue. Ainsi, la portée internationale de ces réseaux et de ces pratiques ne fait aucun doute. La pourriture généralisée des mœurs de la classe dominante n'est qu'une des expressions de la décadence de ce système.

Cependant, les "bavures" à répétition du clan Chirac discréditent l'Etat français sur la scène internationale, en particulier au sein de l'Europe.

C'est à un autre niveau que l'affaire Clearstream revêt une importance particulière. L'avalanche des coups tordus et les affrontements sans merci entre la bande à Sarkozy et le clan Chirac-de Villepin témoignent de la violence exceptionnelle des règlements de compte entre les hommes et les clans rivaux au sommet de l'Etat.

L'affaire Clearstream constitue une profonde crise politique paralysante dont la bourgeoisie s'inquiète parce qu'elle s'avère de plus en plus incapable d'en maîtriser les conséquences. Le discrédit croissant de l'appareil d'Etat affecte l'ensemble de la classe politique. La bourgeoisie tente toutefois d'utiliser cette crise pour tenter de masquer ses attaques derrière la mise en vedette de l'affaire Clearstream :

  • pour relancer la mystification démocratique et électorale en braquant déjà les projecteurs sur les élections de 2007. Il s'agit de semer un maximum d'illusions sur la possibilité "d'assainir la politique", de jouer la carte des promesses "de transparence" et "d'honnêteté" ;
  • pour couvrir partout les attaques antiouvrières qui continuent de pleuvoir : lois répressives et anti-immigrés de Sarkozy, poursuite des plans de licenciements (1100 chez Sogerma-EADS à Mérignac, plus de 400 chez Dim, par exemple).

La bourgeoisie continue à cogner et les syndicats sabotent la riposte des ouvriers

Les journaux comme Libération ou Le Monde ont clairement exprimé par rapport aux gesticulations de Villepin envers la Sogerma que le retour de la question sociale au premier plan de l'actualité n'était qu'une opération de diversion par rapport à l'affaire Clearstream alors que la réalité est inverse. Contrairement aux vœux de la bourgeoisie, les prolétaires ne sauraient oublier les attaques du capitalisme et de la bourgeoisie dont ils sont tous les jours les victimes ! Ce qui les préoccupe, c'est précisément leur situation sociale, les fins de mois de plus en plus difficiles, les licenciements, le développement du chômage et de la précarité, leur angoisse pour leur avenir et ceux de leurs enfants.

Cette situation est la même sur toute la planète. Partout, les gouvernements et la bourgeoisie adoptent des mesures similaires, partout les licenciements pleuvent. En Allemagne, Volkswagen a annoncé une réduction d'effectifs de 20 000 salariés et Siemens a décidé de supprimer un millier d'emplois. En Grande-Bretagne ont été annoncés en moins de deux mois près de 60 000 suppressions d'emplois chez les postiers et les fonctionnaires, 10 000 dans les hôpitaux et des dizaines de milliers d'autres dans le secteur privé (notamment 6000 chez le n°1 du câble NTL, 2300 dans le groupe chimique ICI, 2000 à Orange-Wanadoo, 1200 aux magasins Littlewoods, 1100 chez Vauxhall et 2300 à Peugeot). En même temps, le gouvernement Blair vient de lancer une nouvelle attaque féroce contre le régime des retraites. Aux Etats-Unis, 1300 licenciements sont annoncés chez AOL. Whirlpool se prépare à supprimer 4500 emplois aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique.

Face à cette situation, on assiste à un véritable partage du travail au sein de la bourgeoisie. Pendant que le gouvernement cogne à tour de bras, les syndicats occupent le terrain social pour saboter et pourrir la riposte des prolétaires. Ainsi, en France, la CFDT et FO encadrent la lutte à la Sogerma, la CFDT est à la pointe des grèves sporadiques dans les bureaux de poste tandis que Sud-Rail a lancé une grève des contrôleurs à la SNCF qui a perturbé le trafic ferroviaire plusieurs jours de suite. La CGT n'est pas en reste et tente de mettre sur pied un encadrement syndical destiné aux travailleurs précaires. Partout les méthodes syndicales sont les mêmes, visant à enfermer et isoler les travailleurs dans le secteur, dans l'entreprise, en les poussant à se battre par catégorie particulière. Leur but est d'émietter, d'éparpiller la colère et la combativité des ouvriers. C'est exactement l'antithèse de ce qu'on fait les étudiants face à l'attaque du CPE. Ces derniers ont constamment affiché leur volonté d'ouvrir leurs AG à tous les travailleurs, ils ont tenté d'aller chercher leur solidarité active et ont multiplié les appels à étendre la lutte. La lutte des étudiants et des lycéens en France trouve aujourd'hui un certain écho en Allemagne : une partie d'entre eux s'est mobilisée contre la hausse des droits d'inscription dans les universités, et une centaine d'étudiants sont allés apporter leur solidarité avec des éboueurs en lutte à Hambourg. En Espagne, ce sont les grévistes de la métallurgie qui ont poussé plus loin les sentiments d'unité et de solidarité de la classe ouvrière en organisant les AG dans la rue (lire notre article en page 5).

La mobilisation contre le CPE a ouvert la voie au mûrissement de la conscience de classe et au surgissement d'autres luttes.

La classe ouvrière n'a rien à attendre du capitalisme. C'est lui qui constitue le véritable scandale permanent de cette société.

W. (25 mai)

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Immigration : La classe ouvrière est une classe d'immigrés


 
La nouvelle loi de Sarkozy sur l'immigration en France visant notamment à limiter les cartes de séjour et leur durée, à interdire les regroupements familiaux et à multiplier les expulsions massives de même que la nouvelle série de mesures anti-immigrés prises récemment par l'Union Européenne dont la mise en place de patrouilles navales et aériennes le long des côtes des Canaries, du Sénégal et de la Mauritanie comme le dépoiemement de troupes américaines le long des la frontière avec le Mexique font partie d'un arsenal de mesures répressives contre l'immigration. Le maître mot de cette politique est la phrase du socialiste Rocard dans les années 1980 selon laquelle les Etats développés "ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde".

Or, c'est bien de la misère croissante du monde capitaliste dont il s'agit : la guerre, les massacres, la famine, le dénuement ont envahi la majeurs partie de la planète et poussent une part croissante de populations misérables à vouloir échapper à leur sort, à fuir vers un El Dorado imaginaire, au péril de leur vie. Les camps de réfugiés, les centres de rétention des clandestins pullulent dans des conditions inhumaines. Quand ils ne sont pas noyés dans l'aventure ou ramenés dans leur pays d'origine, la bourgeoisie fait même escorter ces clandestins pour être abandonnés dans des déserts pour y crever. La bourgeoisie n'a pas de solution de rechange à offrir à ces déshérités pas plus qu'à l'ensemble de la classe ouvrière. Et pour cause. Le poids du développement du chômage massif au sein de la classe ouvrière et l'incapacité à intégrer à la production de nouvelles générations d'ouvriers comme des masses croissantes d'indigents agglutinés dans des mégapoles sont des signes indubitables de la faillite irrémédiable du capitalisme. En développant régulièrement des campagnes contre l'immigration, la bourgeoisie tente non seulement de faire passer de nouvelles attaques dirigées en fait contre l'ensemble du prolétariat mais elle s'efforce de masquer que l'immigration est à la base même des conditions d'exploitation de la classe ouvrière. C'est ce cadre que nous rappelons dans les larges extraits de l'article qui suit, déjà paru dans RI n°206.

L'exode massif de leurs terres d'origine de centaines de milliers d'êtres humains fuyant la famine et la misère n'est pas un phénomène nouveau. Il n'est pas non plus un fléau spécifique aux pays sous-développés. L'immigration appartient au système capitaliste lui-même et remonte aux origines de ce mode de production fondé sur l'exploitation du travail salarié.

Le capitalisme s'est développé grâce à l'immigration

Dès l'aube du capitalisme, la nouvelle classe de producteurs, le prolétariat, s'est constituée d'emblée comme une classe d'immigrés. C'est grâce à l'immigration que la bourgeoisie a pu développer son système d'exploitation en détruisant d'abord les rapports de production féodaux devenus caducs. Ainsi, à partir de la fin du 15e siècle, notamment en Grande-Bretagne, l'accumulation primitive du capital se constitue grâce à l'expropriation des paysans, chassés sauvagement de leurs campagnes et enrôlés de force dans les premières manufactures. Dépossédés de leurs terres par le développement du capitalisme, contraints par le fer et par le sang d'émigrer vers les villes pour vendre leur force de travail au capital, les paysans et petits artisans, en devenant prolétaires, vont, dès cette époque, constituer les premiers travailleurs immigrés. Cet exode rural massif imposé par le développement sauvage du capital, s'est encore accompagné, dans toute l'Europe, de mesures de répression d'une férocité inouïe contre tous ceux que le capitalisme naissant a délibérément affamés, réduits à l'indigence pour les obliger à se soumettre à l'esclavage salarié. C'est ainsi que Marx décrivait la terreur que le capitalisme a déchaîné contre tous les fugitifs qui, après avoir été réduits à l'état de vagabonds errants, furent marqués au fer rouge, mutilés, envoyés aux galères, ou tout simplement pendus pour insoumission aux règles de la dictature capitaliste : "La création du prolétariat sans feu ni lieu - licenciés des grands seigneurs féodaux et cultivateurs victimes d'expropriations violentes et répétées - allait nécessairement plus vite que son absorption par les manufactures naissantes. D'autre part, ces hommes brusquement arrachés à leurs conditions de vie habituelles ne pouvaient se faire aussi subitement à la discipline du nouvel ordre social. Il en sortit donc une masse de mendiants, de voleurs, de vagabonds. De là, vers la fin du 15e siècle et pendant tout le 16e siècle, dans l'Ouest de l'Europe, une législation sanguinaire contre le vagabondage. Les pères de la classe ouvrière actuelle furent châtiés d'avoir été réduits à l'état de vagabonds et de pauvres. La législation les traita en criminels volontaires; elle supposa qu'il dépendait de leur libre arbitre de continuer à travailler comme par le passé et comme s'il n'était survenu aucun changement dans leur condition." (Marx, "L'accumulation primitive et son secret", in Le Capital, livre premier)

C'est grâce à cette expropriation brutale des paysans et à leur transformation en esclaves salariés que le capitalisme a pu trouver sa première source de main-d'œuvre. Pendant toute la période de son ascendance et jusqu'à son apogée à la fin du 19e siècle, ce système d'exploitation va se développer continuellement grâce aux flux migratoires de la force de travail. Dans le plus vieux pays capitaliste, la Grande-Bretagne, la nouvelle classe dominante a pu poursuivre sa marche en avant grâce à l'exploitation féroce de masses d'affamés venues des régions agricoles, en particulier d'Irlande. En effet, "le rapide développement de l'industrie anglaise n'aurait pas été possible si l'Angleterre n'avait pas disposé d'une armée de réserve : la population nombreuse et misérable de l'Irlande." ( Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre). Cette "armée de réserve" constituée par l'immigration irlandaise a permis au capital britannique d'introduire au sein de la classe ouvrière sa propre concurrence pour faire baisser les salaires et aggraver encore les conditions insupportables d'exploitation des prolétaires.

Ainsi, c'est déjà dans le cadre du développement de chaque capital national que le phénomène de l'immigration fait partie intégrante, dès le début du capitalisme, de l'être-même de la classe ouvrière. Le prolétariat est, par essence, une classe d'immigrés, de transfuges issus de la destruction sanglante des rapports de production féodaux.

Cette immigration va s'étendre par delà les frontières nationales lorsque, vers le milieu du 18e siècle, le capitalisme commencera à se heurter au problème de la surproduction de marchandises dans les grandes concentrations industrielles d'Europe occidentale. Comme l'affirmait Marx, en 1857, "avec le développement du surtravail qui constitue la base de l'exploitation capitaliste, se développe aussi la surpopulation, c'est-à-dire une masse de prolétaires qui ne peuvent continuer à vivre sur le même territoire à un certain stade du développement des forces productives" (Principes d'une critique de l'économie politique).

Les crises cycliques de surproduction qui frappent l'Europe capitaliste dès le milieu du 19e siècle vont contraindre des millions de prolétaires à fuir le chômage et la famine en s'exilant vers les "nouveaux mondes". Entre 1848 et 1914, ce sont 50 millions de travailleurs européens qui vont quitter le vieux continent pour aller vendre leur force de travail dans ces régions, notamment en Amérique.

De la même façon que l'Angleterre du 16e siècle a pu permettre le développement du capitalisme grâce à l'immigration intérieure, la première puissance capitaliste mondiale, les Etats-Unis, se constituera grâce à l'afflux de dizaines de millions d'immigrés venus d'Europe (notamment d'Irlande, de Grande-Bretagne, d'Allemagne, des pays d'Europe du nord).

Jusque vers 1890, c'est au prix d'une exploitation féroce des prolétaires immigrés, par la rationalisation du travail dans les usines, que le capital américain va pouvoir s'affirmer progressivement sur la scène mondiale. Après 1890, les terres et les emplois se raréfient et les nouveaux émigrants méditerranéens et slaves sans qualification professionnelle s'entassent dans les ghettos des grandes villes et sont contraints d'accepter des salaires de plus en plus misérables pour pouvoir survivre.

Avec l'apogée du capitalisme, le mythe de l'Amérique accueillante pour tous aura vécu. Dès lors que le capital américain n'a plus besoin d'importer massivement de la main-d'œuvre pour développer son industrie, la bourgeoisie de ce pays commence à mettre en place des mesures discriminatoires destinées à sélectionner les demandeurs d'asile. Après la grande vague d'immigration de prolétaires italiens et slaves qui affluent aux Etats-Unis à la fin du 19e siècle, la bourgeoisie américaine commence, à partir de 1898, à fermer ses frontières, notamment aux immigrants asiatiques. Dès lors, il n'était plus question d'accueillir n'importe quel "va-nu-pied". Il fallait que les nouveaux aspirants à l'immigration soient capables de faire fructifier le capital, tous les indésirables étant impitoyablement refoulés et condamnés à rentrer crever "chez eux". Comme le relatait un article du Figaro en 1903, ainsi, c'est grâce à l'immigration vers les autres continents de ce surplus de main-d'œuvre résultant des crises de surproduction en Europe occidentale que le capitalisme a pu étendre sa domination à toute la planète.

L'immigration dans la période de décadence du capitalisme

Tout au long du 20e siècle, le ralentissement des flux migratoires va devenir un signe de plus en plus évident de l'enfoncement du capitalisme dans sa période de décadence marquée par l'éclatement de la Première Guerre mondiale. Avec la première boucherie impérialiste de 1914-18, les migrations massives de prolétaires qui avaient accompagné et permis l'ascension du capitalisme commencent à décliner.

Ce déclin résulte non pas de la capacité du capitalisme à offrir une stabilité aux prolétaires, mais il est, au contraire, l'expression d'un ralentissement croissant du développement des forces productives. Pendant les années d'avant-guerre et au cours de la guerre elle-même, les sacrifices imposés aux prolétaires suffisent à faire fonctionner l'économie de guerre de chaque Etat belligérant. Après la guerre, c'est grâce à l'exploitation féroce d'un prolétariat exsangue et battu par la défaite de la première vague révolutionnaire de 1917-23 que la bourgeoisie des pays d'Europe occidentale (notamment celle d'Allemagne) a pu reconstruire son économie nationale sans avoir recours massivement à une main-d'œuvre immigrée.

Et lorsque dans les années 1930, la crise de surproduction généralisée explose brutalement dans tous les pays industrialisés, de l'Europe aux Etats-Unis, lorsqu'une nouvelle guerre mondiale inévitable se profile, c'est encore le développement de la production d'armements qui va permettre au capitalisme de juguler l'explosion d'un chômage massif dans tous les pays.

Avec la période de reconstruction du second après-guerre, notamment à partir des années 1950, on assiste à une nouvelle vague migratoire essentiellement dans les pays d'Europe occidentale, accentuée encore avec la décolonisation.

L'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, les pays du Bénélux ouvrent largement leurs portes aux ouvriers des Etats plus sous-développés. Espagnols, Portugais, Turcs, Yougoslaves, Maghrébins, vont venir constituer pour ces pays une main-d'œuvre bon marché pour les besoins de la reconstruction, en même temps qu'ils permettront de compenser la saignée que la deuxième boucherie mondiale a provoquée dans les rangs du prolétariat des pays belligérants. Ce sont des millions d'ouvriers immigrés que les grandes démocraties d'Europe occidentale vont faire venir massivement pour les surexploiter, les soumettre aux travaux les plus pénibles pour des salaires de misère.

Cette vague d'immigration qui revient, dans les années 1950, au cœur du capitalisme, n'est en rien comparable à celle qui avait touché les Etats-Unis un siècle auparavant. Ainsi, alors qu'au 19e siècle, les ouvriers immigrés quittaient leur terre d'origine avec leur famille dans l'espoir de pouvoir trouver, grâce à l'expansion capitaliste dans les nouveaux mondes, un asile et une certaine stabilité, l'ouverture des frontières d'Europe occidentale aux travailleurs étrangers après la Seconde Guerre mondiale, n'a jamais été autre chose qu'un moyen de survie transitoire pour des millions de travailleurs des pays sous-développés. La plupart d'entre eux (et surtout les ouvriers maghrébins ou asiatiques qui se sont exilés en France et en Grande-Bretagne après la décolonisation) ont été contraints de quitter leur famille pour pouvoir trouver un travail misérable et précaire dans ces pays "d'accueil". Sans aucune perspective d'avenir et dans le seul but de pouvoir nourrir leurs femmes et leurs enfants restés "au pays", ils ont été contraints d'accepter les pires conditions de travail et d'existence. Sans logement, entassée comme du bétail dans des bidonvilles insalubres ou livrée à la rapacité des "marchands de sommeil", aux contrôles policiers et aux ratonnades qui ont accompagné la guerre d'Algérie, cette main-d'œuvre bon marché que le capitalisme occidental a importé des pays sous-développés pour les besoins de sa reconstruction d'après-guerre n'est pas sans rappeler l'effroyable barbarie de l'accumulation primitive.

Car c'est bien la misère des ouvriers immigrés qui résume la misère du prolétariat en tant que classe ne possédant rien d'autre que sa seule force de travail. C'est dans la condition inhumaine de l'ouvrier immigré que cette force de travail apparaît clairement pour ce qu'elle est : une simple marchandise que les négriers bourgeois ont toujours achetée au plus bas prix.

Une fois la reconstruction du second après-guerre terminée à la fin des années 1960, les "pays d'accueil" d'Europe occidentale affichent "complet" et commencent partout à verrouiller leurs frontières. Dès 1963, des mesures restrictives sont adoptées en Suisse, puis c'est au tour de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la France qui, avec le resurgissement de la crise économique mondiale et du chômage, décident de bloquer totalement l'immigration au début des années 1970.

Mais ces mesures ne s'arrêtent pas là. Plus le capitalisme va s'enfoncer dans la crise, plus le prolétariat dans son ensemble va en faire les frais. En même temps que, avec les premières vagues de licenciements, le capitalisme va jeter sur le pavé des dizaines de milliers d'ouvriers, les prolétaires immigrés seront expulsés, chassés hors des frontières d'Europe occidentale. Devant l'inefficacité des "méthodes douces" "d'aides au retour", c'est maintenant sous prétexte de chasse aux clandestins, que des milliers de travailleurs immigrés sont renvoyés chez eux à coups de charters ou tout simplement refoulés manu militari au-delà des frontières nationales. Et c'est encore avec un cynisme sans nom que cette classe dominante accompagne ses infâmes pratiques d'une crapuleuse propagande anti-immigrés, dans le seul but de diviser la classe ouvrière.

 Contre la misère capitaliste généralisée, solidarité de classe du prolétariat mondial

 En réalité, les campagnes contre l'immigration qui se déchaînent aujourd'hui ne visent pas seulement à diviser la classe ouvrière entre prolétaires autochtones et immigrés. Elles sont une attaque directe contre la conscience de classe du prolétariat. A travers son écœurante propagande, la bourgeoisie cherche surtout à recouvrir d'un voile idéologique ce que la misère croissante du prolétariat met de plus en plus ouvertement à nu : la faillite historique, irrémédiable du mode de production capitaliste. Ce que la classe dominante cherche aujourd'hui à masquer, c'est son incapacité à offrir la moindre perspective à toute la classe ouvrière. L'exclusion des travailleurs immigrés que le capitalisme condamne à crever de faim "ailleurs", c'est déjà le sort que ce système moribond réserve à des millions de prolétaires autochtones livrés définitivement au chômage. Car aucune loi anti-immigrés ne pourra résoudre la crise insurmontable qui ébranle ce système à l'agonie. Les licenciements massifs vont continuer inexorablement à frapper les ouvriers quelle que soit leur origine. Ce n'est pas l'immigration qui est responsable de la crise et du chômage. C'est la crise et le chômage résultant de l'effondrement irréversible de l'économie mondiale qui, en tendant à niveler par le bas les conditions d'existence du prolétariat, transforment de plus en plus la classe exploitée en une classe d'exclus, de sans-travail, de sans abri, d'immigrés.

 Aujourd'hui, le fait que la bourgeoisie transforme la planète en un "no man's land" pour des masses croissantes d'ouvriers, est un signe de la faillite totale de son système.

Si, avec l'entrée du capitalisme dans sa phase terminale, celle de sa décomposition, l'immigration apparaît maintenant comme une gangrène pour la classe dominante, c'est justement parce que c'est le capitalisme lui-même qui est devenu un fléau pour l'ensemble de l'humanité.

Face à la misère et à la barbarie de ce monde en pleine putréfaction, il n' y a qu'une seule perspective pour la classe ouvrière : rejeter fermement la logique de la concurrence et du "chacun pour soi" de ses propres exploiteurs. Quelles que soient son origine, sa langue, sa couleur de peau, le prolétariat n'a aucun intérêt commun avec le capital national. Ses intérêts, il ne pourra réellement les défendre qu'en développant partout sa solidarité de classe internationale, en refusant de se laisser diviser entre ouvriers immigrés et ouvriers "autochtones". Cette solidarité, il doit l'affirmer en refusant partout d'adhérer aux campagnes bourgeoises, qu'elles soient xénophobes ou anti-racistes, en développant massivement ses luttes sur son propre terrain de classe, contre toutes les attaques qu'il subit quotidiennement.

Seule l'affirmation de ses intérêts communs, dans la lutte, permettra au prolétariat de rassembler toutes ses forces, de s'affirmer comme classe mondiale solidaire et unie, pour abattre le Moloch capitaliste.

D'après RI n°206

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France : Manifestations du Premier Mai; les syndicats veulent garder le contrôle de leur carnaval


 
"Après le raz de marée des dernières grandes mobilisations contre le CPE, le millésime 2006 du 1er mai a un peu fait pâle figure. Qu’est-ce que 20.000 manifestants, quand on frôlait les 300.000 le 4 avril ? Et le reste de la France […] n’a pas fait mieux. Le principal cortège, celui de Marseille, comptait à peine plus de 5000 personnes. Petite cuvée, donc".

Le contraste fut en effet saisissant. Durant deux mois, les étudiants et les ouvriers se sont rassemblés par centaines de milliers dans les rues, dans une atmosphère combative produisant une effervescence de discussions. Quinze jours après la fin de ce mouvement, la kermesse syndicale du 1er mai a pris un tout autre visage. Tout l’arsenal publicitaire des centrales étaient pourtant bien en place. Des centaines de gros ballons "FO", "CGT", "CFDT", flottaient dans les airs. Aux banderoles corporatistes succédaient d’autres banderoles corporatistes. Mais derrière, personne ou presque, les étudiants, les lycéens, les ouvriers auparavant en lutte, brillant surtout par leur absence. Seuls étaient présents les troupes syndicales, badge à la poitrine. Clairsemées, atomisées, celles-ci défilaient sans entrain, la mine un peu triste. Il ne restait plus rien du grand mouvement contre le CPE ou plutôt que la lie, Bruno Julliard (UNEF) et Karl Stoeckel (UNL).

Alors que les syndicats occupaient la rue, Libération étalait un titre bien plus révélateur qu’il ne l’aurait voulu : "1er mai : le repos des guerriers".

Les syndicats démobilisent et divisent….

Tout a été fait pour qu’il y ait le moins de monde possible dans la rue en ce 1er mai 2006. Syndicats et médias ont marché main dans la main pour démobiliser, diviser et décourager. Le 30 avril, TF1, France 2, France 3, toutes les chaînes annonçaient au journal télévisé de 20 heures un "petit 1er mai", insistant sur la fatigue des étudiants, l’éparpillement des revendications, la multiplication des cortèges… Il est vrai que cette année, les syndicats ont fait fort dans la division sectorielle et corporatiste. Sous le titre "Un 1er mai presque unitaire" (sic !), un article de Libération dresse un tableau édifiant : "le chacun pour soi traditionnel des directions confédérales", "les grandes confédérations, selon la tradition, n’ont pas lancé d’appel national commun" ou encore "des 1er mai unitaires, il y en a eu très rarement dans l’Histoire". Le message est clair : circulez, y’a rien à voir ! Et au cas où certains ouvriers ou futurs travailleurs n’auraient pas compris qu’ils étaient priés de rester chez eux, les syndicats ont bien pris soin de multiplier les défilés. A Paris, FO a organisé un rassemblement au Père Lachaise, la CFTC a emprunté un autre circuit que le cortège principal, le collectif Euromayday a organisé sa manifestation "spécial précaires", isolant ainsi encore un peu plus les stagiaires, les chômeurs et les sans-papiers. Et le secrétaire de la CFDT, François Chérèque, a carrément participé à la fête du travail le… dimanche ([1]) !

… pour garder le contrôle de la rue

Pourquoi déployer autant d’énergie à maintenir les ouvriers et les étudiants loin de la rue ?

Cette année, le 1er mai avait cette particularité de se dérouler juste après un grand mouvement de la classe ouvrière durant lequel les syndicats furent particulièrement débordés. Or, la "fête du travail" est depuis belle lurette une affaire strictement syndicale. Cette journée leur appartient. En effet, au cours de la première partie du 20e siècle, la bourgeoisie et ses syndicats sont parvenus à dénaturer radicalement ce qui était une journée appartenant dans le passé  à la lutte du prolétariat. Initialement la Deuxième  Internationale avait décidé de faire du 1er mai une journée de manifestation et d’expression de la solidarité internationale de la classe ouvrière (en référence à la répression sanglante de la grève de Chicago de mai 1886). Et, durant des décennies, ce jour fut réellement un moment de combat et de rassemblement des prolétaires. Mais, comme le drapeau rouge ou le chant de l’Internationale, la bourgeoisie a  récupéré ce symbole par l’intermédiaire de ses officines spécialisées en traîtrise et camouflage. C’est ainsi par exemple que René Bélin, un membre de la CGT, secrétaire d’Etat au Travail dans le gouvernement du maréchal Pétain, désigna officiellement le 1er mai comme "la fête du travail". Ce jour ne représentant plus aucun danger pour la bourgeoisie, est  devenu un moment d’embrigadement et de dévoiement idéologique. L’Etat français décida même d’en faire un jour férié et payé en mai 1947 afin de drainer le plus grand nombre possible d’ouvriers vers cette véritable opération de publicité pour les syndicats.

Il n’était donc pas question pour eux que la "fête du travail", "leur fête", s’inscrive en aucune manière en continuité du mouvement anti-CPE. Il n’était pas question de se laisser déborder par les étudiants. Les syndicats n’ont pas oublié que, lors de la manifestation du 7 mars à Paris, les étudiants voyant les syndicats se mettre à la tête du cortège se sont précipités à l’avant, parfois en métro, pour reprendre le contrôle et la direction de la lutte. Ainsi, le 1er mai, quand des étudiants à Montpellier ont essayé effectivement de renouveler l’expérience et de se positionner en tête du cortège, la réaction fut immédiate et agressive. Les centrales ont catégoriquement refusé de marcher derrière ces futurs travailleurs trop autonomes à leur goût, exerçant même une pression physique pour les faire déguerpir.

C’est justement pour empêcher les travailleurs et les étudiants de ridiculiser leur "fête nationale", et pouvoir garder le contrôle de la rue, que les syndicats ont éparpillé les cortèges afin d’éviter que leur carnaval annuel soit de nouveau transformé en véritable journée de lutte de la classe ouvrière.

Pawel (24 mai)

[1] Rappelons que le 1er mai tombait cette année un lundi.

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Médias : Quand "Marianne" agite son bonnet phrygien

La mobilisation des étudiants contre le CPE a montré qu’il n’y a rien à attendre de la démocratie. Avec elle c’est… "cause toujours".

Le slogan de Raffarin "Ce n’est pas la rue qui gouverne" apparaît, en effet, de plus en plus comme la véritable devise de la République.

Dans la foulée, avec la bouillabaisse Clearstream, c’est toute la puanteur des us et coutumes des nobles représentants de cette même démocratie bourgeoise qui remonte à la surface.

Décidément, voilà des réalités bien crues dont se serait volontiers passé la classe dominante.

Ainsi, l’hebdomadaire Marianne, par la voix de son maître à penser Jean-François Kahn, joue les Cassandre et alerte ses congénères : c’est "la République qui prend tous les coups".

"Trop c’est trop… il faut voler au secours de la démocratie"… et de ses apparences trompeuses. Pour cela, qui d’autre que Marianne en personne, ou plutôt en la personne de son Saint Jean-François Kahn qui ne s’est pas fait prier pour jouer les apôtres de la régénérescence démocratique de la nation.

Dans son édito du n°473 de Marianne, Monsieur Kahn semble poser, de prime abord, une question pour le moins décapante : "Face à la déliquescence de notre démocratie. Rupture ou révolution ?"

Qu’on se rassure tout de suite, le drapeau de Marianne n’a pas changé de couleur, le bleu et le blanc précèdent toujours le rouge. En fait, le citoyen Jean-François Kahn cherche avant tout à capter les interrogations qui commencent à poindre autour de la nature de ce système afin de mieux les enfermer à nouveau dans l’impasse démocratique. Ainsi Monsieur K. appelle solennellement à "la refondation d’un projet révolutionnaire humaniste" dont l’objectif serait "de restaurer la démocratie et de rétablir la république dans notre pays." Le contraire aurait été étonnant !

Ce brave citoyen, qui a visiblement compris que le ridicule n’a jamais tué personne, nous explique que la "révolution", qu’il appelle de ses vœux, pour "une société radicalement neuve" doit se nourrir "de la sève de la continuité nationale". Voilà qui est parfait, du "radicalement neuf" dans "la continuité nationale". Bref, une autre société pourvu que ce soit la même… Merci, Monsieur Kahn !

Le discours est archi connu, c’est celui que nous refourgue depuis quelques années la gauche "alter mondialiste" et qui veut nous faire croire que le meilleur "projet révolutionnaire" pour "réinventer l’avenir", c’est de "réinventer la démocratie " dans le cadre du système capitaliste !

Ce qui est sûr, c’est qu’en fin de compte il s’agit du meilleur projet pour embobiner les ouvriers et les empêcher de remettre en cause l’ordre capitaliste établi.

La démocratie "pure", "authentique", "régénérée" ou "réinventée" n’est qu’une grosse supercherie. Même dans une version produite par Walt Disney, il est hors de question pour la bourgeoisie d’accepter d’obéir à la majorité que compose la masse de ceux qu’elle exploite. Derrière les contes de fées républicains, il y aura toujours la réalité d’un gouvernement de la bourgeoisie, par la bourgeoisie et pour la bourgeoisie. En 1919, Lénine disait déjà que  "… la plus démocratique des républiques bourgeoises ne saurait être autre chose qu’une machine à opprimer la classe ouvrière…".

C’est pourquoi, bien loin des projets frelatés de Marianne, seul le renversement de l’Etat capitaliste par la révolution prolétarienne mondiale porte l’avenir, celui de l’émancipation de l’humanité.

Jude (23 mai)

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Moyen-Orient, Afghanistan : Un pas de plus dans la barbarie

Plus que jamais, le Proche et le Moyen-Orient s’enfoncent dans le chaos et la barbarie, entraînant les populations dans une spirale de misère et d’horreurs sans fin.

Le capitalisme tue : de la Palestine…

En Palestine, avec la suspension par les Etats-Unis, Israël et l'Union européenne du financement de l'Autorité palestinienne après le succès électoral du Hamas, la situation humanitaire se dégrade dangereusement dans la bande de Gaza.

Sur le plan humanitaire et sanitaire, la détérioration de la situation n’a jamais été aussi forte alors que les tensions à l’intérieur de ce vaste camp de concentration que constitue Gaza explosent. Ainsi Gaza n'est plus qu'une vaste prison à ciel ouvert où plus d’un million et demi d'habitants, dont la moitié ont moins de 15 ans, perdent tout espoir, parce que prisonniers d'une absence totale d'ouverture sur l'avenir. "Imaginez un bidonville de 30 kilomètres sur 10 avec l'une des densités démographiques les plus fortes de la planète" (Le Courrier, journal suisse daté du 23 mai). Les bombardements quotidiens le long de la ligne verte séparant Israël de Gaza éprouvent en permanence les nerfs des Palestiniens, avec parfois une explosion toutes les cinq minutes. De plus, le blocus imposé par Israël, en principe mesure politique à l'encontre du Hamas, fait payer le prix fort à la population : Karni, unique point de passage pour les marchandises entre Gaza et Israël, a été fermé soixante jours au cours des trois derniers mois. Par conséquent, non seulement les approvisionnements sont devenus rares et irréguliers mais les prix des denrées de base, lait, pain, poisson, flambent.

Aussi, la "feuille de route" que cherchait à imposer Bush en 2004 est non seulement restée lettre morte mais a été le levier d'une aggravation majeure de la situation dans les territoires occupés, entre Palestiniens et Israéliens, et des tensions entre les fractions palestiniennes. Le Fatah et le Hamas, après des mois de règlements de compte plus ou moins directs, en sont aujourd'hui à l'affrontement armé ouvert et quasi-permanent. Le "dialogue national" qui s’était ouvert entre les deux fractions palestiniennes a débouché sur un regain de violences dans les rues. Aussi, la perspective d'un gouvernement palestinien stable n'est plus qu'un vague souvenir et se trouve rejeté aux calendes grecques. Dans une telle situation, les populations palestiniennes sont prises dans le faux choix de subir passivement les exactions des uns et des autres, ou de s'engager pour l'une ou l'autre des factions en présence, et en définitive d'être toujours le jouet d'enjeux dont elles seront inévitablement les victimes.

De son côté, l'Etat israélien mène une politique de plus en plus violente et agressive à leur égard, multipliant les attaques à l'intérieur des zones palestiniennes et manifestant une agressivité guerrière de plus en plus marquée à l'égard des pays arabes, en particulier de l'Iran. Ce qui ne peut que pousser à son paroxysme le nationalisme palestinien et arabe, ainsi que les sentiments anti-juifs justifiant la recrudescence d'attentats-suicide en Israël.

Cela est d’autant plus vrai que les Etats-Unis sont contraints de soutenir presque inconditionnellement cet allié que représente Israël et sa politique impérialiste de plus en plus brutale, dans le contexte de leur affaiblissement au Moyen-Orient. Cet affaiblissement est particulièrement marqué par l’échec politique de leur offensive en Irak qui n'a fait que plonger ce pays dans une guerre civile totalement incontrôlable.

… à l'Afghanistan

En Afghanistan, depuis novembre 2001, date à laquelle les Etats-Unis avaient lancé l'opération militaire "Liberté immuable" suite à l'attentat contre les Twin Towers et sous le prétexte de la "lutte contre le terrorisme international", la situation ne cesse de s’aggraver. Le marasme économique et politique qui ne pouvait que résulter de l'après-Etat taliban, avec la constitution d'un gouvernement fait de bric et de broc, assemblage hétéroclite de factions particulièrement arriérées, aux mœurs de gangsters qui se nourrissent essentiellement du commerce et de l'idéologie mafieuse liés au trafic de drogue, a permis aux taliban de regagner petit à petit du terrain, malgré la présence militaire occidentale. C'est pourquoi la bourgeoisie américaine, devant leur agressivité grandissante et en perspective du retrait progressif prévu pour cette année de ses propres troupes, vient de lancer une récente opération de "nettoyage" dans le Sud afghan, nommée "Lion des Montagnes".

A coups d'obus de 30 mm, tirés à la vitesse de 4000 par minute (!) par les avions A-10 Thunderbolt, les opérations commencées depuis mercredi 17 mai ont déjà fait "officiellement" près de 340 morts chez les taliban, et quatre chez les forces de la "coalition internationale" (Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France). Cette offensive est une des plus sanglantes, voire la plus meurtrière, depuis l'attaque américaine de novembre 2001. Et, comme à cette époque, les populations civiles ne sont pas épargnées. Ainsi, dans le village d'Azizi, dans la province d'Oruzgan au Sud de l'Afghanistan, les bombardements américains contre les taliban ont fait 30 à 60 morts chez ces derniers mais surtout des dizaines de victimes dans la population civile, au sein de laquelle s'étaient réfugiés les "combattants d'Al Qaïda". La justification de l'état-major américain, par son porte-parole Tom Collins, concernant ce massacre de la population est la suivante : "La vraie raison pour laquelle des civils ont été blessés et tués, c'est parce que les taliban ont décidé en toute connaissance de cause d'occuper les maisons des victimes dans cette zone. Ce sont eux qui n'ont aucune considération pour les civils." "C'est une loi commune en droit international que d'avoir le droit de se défendre. Quand nos troupes sont prises pour cible, elles se défendront." (1). Le colonel Collins précise encore que les forces aériennes ont "utilisé des tirs de précision" sur les habitations, sans savoir "qu'il y avait des civils dans les habitations" (1). A cette déclaration d'un cynisme sans borne en répond une autre, celle du gouverneur de la province de Kandahar, Asadullah Khalid :"Ce genre d'accident arrive durant les combats, surtout quand les taliban se cachent dans des habitations. Je demande vraiment aux gens de ne pas leur donner abri." ([1]) En résumé, les meurtres massifs de populations ne sont que des "accidents" et, en définitive, si on réfléchit bien, de la faute même des civils, puisqu'ils hébergent "volontairement" des combattants.

Le CCI a toujours affirmé que les opérations militaires américaines en Afghanistan et en Irak, particulièrement meurtrières, ne pouvaient avoir pour issue qu'une aggravation du chaos destructeur qui règne au Moyen-Orient comme sur des zones de plus en plus larges de la planète. Ce qui se passe sous nos yeux est un condensé particulièrement expressif de l'avenir que nous offre les grandes puissances et le système capitaliste qu'elles défendent.

Mulan (26 mai)



[1] Toutes ces citations sont extraites de dépêches de l'AFP.

Géographique: 

Récent et en cours: 

Questions théoriques: 

L'intervention du CCI dans le mouvement contre le CPE

Les organisations révolutionnaires du prolétariat ont la responsabilité d’intervenir de façon claire et déterminée au sein des luttes de la classe ouvrière. Elles ont la responsabilité de rendre compte dans leur presse de l’intervention qu’elles ont menée. C’est justement parce que le CCI a été capable d’identifier rapidement la nature prolétarienne du mouvement des étudiants contre le CPE, qu’il a pu être partie prenante de ce premier combat mené par les nouvelles générations de la classe ouvrière.

Dès le 7 février, malgré la période des vacances scolaires, nous étions présents dans les manifestations organisées à l’appel des syndicats, à Paris comme en province. Lors de la diffusion de notre presse, de nombreux étudiants et lycéens à la recherche d’une perspective sont venus discuter avec nos militants et ont manifesté un réel intérêt et une réelle sympathie pour nos publications.

Mais c’est surtout à partir du début du mois de mars que nous avons pu être pleinement partie prenante du mouvement contre le CPE. Dès le samedi 4 mars, nos militants sont présents à la réunion de la coordination nationale. La semaine suivante, nous intervenons dans les assemblées générales massives qui se tiennent dans toutes les facs et nous pouvons constater que la question de la recherche de la solidarité se trouve au coeur des discussions.

C’est à partir de cette question de la solidarité (identifiée par le CCI comme étant une des caractéristiques principales de la dynamique actuelle des luttes ouvrières dans tous le pays), que nous sommes intervenus dans le mouvement, à partir du 5 mars en produisant deux tracts et un supplément à notre publication mensuelle ("Salut aux nouvelles générations de la classe ouvrière"). L’ensemble de notre presse a été très largement diffusé dans les universités, sur les lieux de travail et dans les manifestations. Par ailleurs, en France comme dans la plupart des pays où le CCI assure une présence politique, notre organisation a tenu deux réunions publiques : la première visait à combattre le black-out des médias sur la nature et le contenu des débats qui se sont déroulés au sein des assemblées générales ; la seconde, qui s’est tenue à la fin du mouvement, avait pour objectif de tirer les principaux enseignements de cette formidable expérience des jeunes générations afin de dégager des perspectives pour les futurs combats de la classe ouvrière.

Le combat du CCI contre le black-out des médias

Face au black-out et aux manipulations idéologiques ignobles de la classe dominante et de ses médias aux ordres, notre responsabilité première a consisté à combattre la loi du silence et du mensonge. C’est pour cela que nous avons publié immédiatement sur notre site Internet, en treize langues, nos tracts et nos articles afin de rétablir la VERITé face aux fausses informations relayées par la bourgeoisie internationale. Dans tous les pays, la presse, la télévision n’ont cessé de diffuser à profusion les images des affrontements violents entre "casseurs" et CRS. Nulle part, dans aucun pays, il n’a été fait mention des assemblées générales massives, de la richesse des débats qui s’y déroulaient, de la recherche permanente de la solidarité. Les "bloqueurs" étaient présentés la plupart du temps comme des preneurs d’otages, des "casseurs".

La propagande internationale de la bourgeoisie "démocratique" s’est encore vautrée dans le mensonge, la falsification, la désinformation, l’intoxication des consciences. On se serait cru au temps de la révolution russe de 1917, lorsque les bolcheviks étaient représentés avec un couteau entre les dents.

C’est en grande partie grâce à la presse des véritables organisations révolutionnaires, et notamment celle du CCI, que le prolétariat dans de nombreux pays a pu découvrir la vérité. Les prolétaires, en France comme dans les autres pays ont pu ainsi témoigner leur solidarité aux étudiants en lutte autour desquels la bourgeoisie internationale a tenté d’établir un "cordon sanitaire" afin de les isoler, les conduire à la défaite et les livrer pieds et poings liés à la répression. En menant un combat déterminé contre le black-out des médias, en appelant à la solidarité avec les enfants de la classe ouvrière, notre organisation a rempli pleinement ses responsabilités (n’en déplaise à nos détracteurs de tout poil).

Notre intervention dans les universités…

Grâce à l’esprit d’ouverture des étudiants, à leur initiative ingénieuse d’ouvrir une "boîte à idées" où toute la classe ouvrière pouvait déposer des propositions, les militants du CCI ont pu intervenir directement dans les AG, d’abord à Paris (notamment dans les facultés de Censier, Jussieu et Tolbiac), puis dans les autres universités de province. Dès que nous nous sommes présentés à la porte des amphithéâtres en tant que travailleurs (salariés ou retraités) et parents d’étudiants en lutte venus apporter notre solidarité au mouvement, nous avons été accueillis avec enthousiasme et à bras ouverts. Ce sont les étudiants eux-mêmes qui nous ont proposé de prendre la parole dans les AG, de leur apporter notre expérience en tant que travailleurs et bien sûr de leur apporter des "idées". Dans toutes les universités où nous avons pu prendre la parole devant des assemblées de plusieurs centaines d’étudiants, les motions et propositions concrètes de marche que nous avons mises en avant ont été reçues avec un grand intérêt et ont été soumises au vote et adoptées. Ainsi, par exemple, le 15 mars à la faculté de Censier, l’un de nos camarades a proposé une motion qui a été saluée et adoptée à la majorité. Cette motion appelait les étudiants réunis en AG à prendre immédiatement en charge l’extension directe de la lutte aux salariés. Elle proposait qu’un tract soit diffusé massivement notamment dans les gares des banlieues parisiennes. Dans les universités de province (notamment à Toulouse et Tours), c’est dans le même sens que nos camarades sont intervenus, en proposant que soient organisées des manifestations vers les entreprises, les administrations et les hôpitaux et que, dans ces manifestations, soient distribués des tracts appelant les salariés à se joindre à la lutte des étudiants.

Jamais depuis Mai 68, nos interventions dans des assemblées générales n’avaient eu un tel écho. Dans toutes les AG où nous sommes intervenus, les propositions concrètes que nous avons faites en vue de l’extension du mouvement aux salariés ont été reprises par les étudiants et mises en application (même si les saboteurs syndicaux et gauchistes ont développé toutes sortes de manœuvres soit pour récupérer nos motions afin de coller au mouvement et en garder le contrôle, soit pour les faire "discrètement" disparaître après les AG en les noyant dans une multitudes de propositions "d’actions" ponctuelles).

Néanmoins, les étudiants sont parvenus en partie à déjouer ces manœuvres. Les "idées" que le CCI a toujours mises en avant dans les luttes ouvrières depuis plus d’un quart de siècle, ont été mises en pratique par les étudiants : ils sont allés chercher la solidarité active des travailleurs en diffusant des tracts d’appel à la solidarité, et en envoyant des délégations massives vers les entreprises les plus proches (notamment dans les gares comme ce fut le cas à Rennes, à Aix ou à Paris). Partout les étudiants ont compris très vite que "si on reste isolés, on va se faire manger tout cru" (selon l’expression d’un étudiant de Paris-Censier). C’est grâce à cette dynamique d’extension du mouvement à l’ensemble de la classe ouvrière, une dynamique née de l’ouverture des assemblées générales, que le mouvement a pu faire reculer la bourgeoisie.

Parmi les propositions que nous avons faites, celle consistant à organiser des AG communes entre étudiants et personnels des universités en grève, a également été retenue (notamment à Paris-Censier). Néanmoins, la faible mobilisation des travailleurs du secteur de l’éducation nationale (qui ne se sont pas encore relevés de la défaite qu’ils ont subie au printemps 2003) ne leur a pas permis de surmonter leurs hésitations. Les salariés de ce secteur n’ont pas été en mesure de se joindre massivement aux étudiants et de se porter à l’avant-garde du mouvement. Dans les AG, seule une toute petite minorité d’enseignants ont pris la parole pour soutenir les étudiants en lutte. Et il faut reconnaître que là où nous avons pu intervenir en fonction de nos forces réduites, les enseignants les plus courageux, les plus solidaires des étudiants et les plus convaincus de la nécessité d’élargir immédiatement la lutte aux salariés de toutes les entreprises (sans attendre les directives des syndicats) étaient essentiellement des militants du CCI. ([1])

Bien évidemment, dès que nos propositions ont commencé à emporter la majorité, et que nos camarades ont été identifiés comme militants du CCI, les syndicats et les gauchistes ont immédiatement fait circuler toutes sortes de rumeurs afin d’inoculer le poison de la méfiance, reprendre le contrôle de la situation dans les facs et surtout empêcher les éléments à la recherche d’une perspective révolutionnaire de se rapprocher des positions du courant de la Gauche communiste. ([2])

Dans les universités où nos militants se sont présentés d’emblée comme membres du CCI, nous avons pu assister à une manœuvre classique de sabotage de l’ouverture des AG aux "éléments extérieurs". Ainsi à la faculté de Toulouse-Rangueil (où s’est constituée la "coordination nationale"), nos camarades qui se sont présentés à la porte des AG, au début du mouvement, comme militants du CCI ont été interdits de parole par le présidium contrôlé par les trotskistes de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (organisation de jeunesse de la LCR de Krivine et Besancenot).

Par contre à la faculté du Mirail, les interventions de l’un de nos camarades enseignant dans cette université ont été accueillies avec beaucoup d’enthousiasme. A la demande des étudiants, il a pu faire un exposé sur le mouvement de mai 68 et leur transmettre ainsi notre analyse sur la signification historique de ce mouvement.

… et dans les réunions de la "coordination"

Nous sommes également intervenus à plusieurs reprises aux réunions de la "coordination nationale". Le 4 mars, le CCI était allé à l’entrée de la réunion de la "coordination" qui s’est tenue à Paris pour y diffuser sa presse (laquelle a été très bien accueillie par un grand nombre d’étudiants) et tenter d’intervenir au sein de l’assemblée. Après deux heures de débats, l’ AG a fini par voter le principe de laisser entrer dans la salle les "observateurs extérieurs" mais sans droit de parole.

Néanmoins face aux manœuvres politiciennes visant à verrouiller les AG et nous interdire la parole, de nombreuses discussions ont eu lieu parmi les étudiants. Ce sont essentiellement les étudiants non syndiqués et n’appartenant à aucune organisation politique qui ont été les plus déterminés à déjouer les manoeuvres de sabotage de l’UNEF et des gauchistes. A la faculté de Paris-Censier, les étudiants ont décidé de donner la parole aux "éléments extérieurs", et d’ouvrir les AG aux travailleurs venus apporter leur solidarité au mouvement.

C’est ainsi que nos camarades, parents d’étudiants en lutte, ont pu intervenir le 8 mars à la réunion de la "coordination francilienne" pour y défendre la nécessité d’élargir la lutte en allant chercher la solidarité des travailleurs dans les entreprises (notamment celles du secteur public tels la SNCF, les hôpitaux ou la Poste).

A la fin du mouvement, nous avons pu voir les manœuvres des politicards de la "coordination" (noyautée par toute la "gauche plurielle", du PS aux trotskistes, et qui considère les étudiants comme du gibier et les universités comme un terrain de chasse !) saboter cette dynamique d’ouverture lors de la réunion de la "coordination nationale" qui s’est tenue à Lyon, à la veille du retrait officiel du CPE, les 8 et 9 avril. Ne pouvant empêcher les militants du CCI d’entrer dans la salle sous peine de se discréditer complètement aux yeux des étudiants, les "dirigeants" de la "coordination" ont réussi à faire voter de nouveau le refus du droit de parole aux… "observateurs extérieurs" ! Cette assemblée des délégués des universités (qui, pour la plupart, étaient venus sans aucun mandat clair de leur fac) a été un véritable fiasco : pendant deux jours, les spécialistes du sabotage ont passé leur temps à faire voter les délégations d’étudiants sur comment et sur quoi ils devaient voter ! Beaucoup d’étudiants sont sortis écoeurés de cette réunion de la "coordination nationale" et se sont de nouveau tournés vers les orientations que nous avons mises en avant dans les AG : ils ont fait preuve d’une grande maturité, d’un courage et d’une intelligence remarquables en votant majoritairement la levée du blocage des facs, après le retrait du CPE, afin de ne pas tomber dans le piège des "actions-commando" jusqu’au-boutistes et du pourrissement du mouvement par la violence.

L’impact de notre presse dans les manifestations

Comme nous l’avons toujours mis en évidence, la presse est le principal outil de notre intervention au sein de la classe ouvrière. C’est essentiellement dans les manifestations que nous avons pu diffuser massivement nos publications (plusieurs milliers d’exemplaires).

Le CCI a été présent à toutes les manifestations depuis celle du 7 février à Paris, Toulouse, Tours, Lyon, Marseille, Lille, Grenoble. Nos tracts tout comme notre journal et notre supplément ont été accueillis très chaleureusement par de nombreux étudiants, lycéens, travailleurs et retraités.

Lors de la manifestation du 18 mars, de nombreux groupes d’étudiants sont venus à notre table de presse nous témoigner leur sympathie. Certains nous ont demandé s’ils pouvaient coller nos tracts sur les abris d’autobus. D’autres nous ont pris des petits paquets de tracts qu’ils voulaient distribuer autour d’eux. D’autres ont tenu à prendre des photos ou à filmer nos publications. Un petit groupe d’étudiants nous ont a même dit : "quand on voit vos publications dans toutes ces langues, c’est formidable ; c’est évident que vous êtes les seuls vrais internationalistes". D’autres encore sont venus à plusieurs reprises nous remercier pour le soutien que le CCI a apporté aux étudiants "en faisant connaître notre mouvement, nos AG, dans les autres pays" face aux mensonges colportés par les médias. C’est justement à cause de la sympathie évidente que nous ont témoigné un grand nombre d’étudiants que les bonzes staliniens et les services d’ordre des syndicats n’ont pas osé nous agresser ouvertement comme ce fut le cas lors de la manifestation du 7 mars.

Jamais, de toute l’histoire du CCI, notre intervention n’avait eu un tel impact dans un mouvement de la classe ouvrière. Jamais nous n’avions eu autant de discussions avec autant de manifestants de toutes les générations, et notamment parmi les jeunes générations à la recherche d’une perspective historique.

De toute évidence, au sein de ces manifestations, la presse du CCI a constitué un véritable pôle de référence, au milieu d’une kyrielle de tracts de groupuscules (gauchistes et anarchoïdes) plus "radicaux" les uns que les autres, et qui ont poussé comme des champignons sur le macadam de la capitale comme dans la plupart des grandes villes de province.

La sympathie que nous ont témoigné un grand nombre d’étudiants et de travailleurs qui se sont mobilisés dans les manifestations est pour nous un encouragement à poursuivre notre activité avec la plus grande détermination. Et si, aujourd’hui, nous pouvons tirer un bilan très positif de l’écho de notre intervention dans le mouvement contre le CPE, ce n’est nullement pour nous envoyer des fleurs. C’est parce que l’ouverture des nouvelles générations aux idées révolutionnaires est révélatrice de la maturation de la conscience au sein de la classe ouvrière.

De la même façon que notre intervention a contribué à renforcer la confiance des jeunes générations en leurs propres forces, l’enthousiasme qu’elle a suscité ne peut que contribuer à renforcer encore notre confiance dans les potentialités historiques de la classe ouvrière.

Malgré les illusions démocratiques, syndicalistes et réformistes qui pèsent encore d’un poids très lourd sur la conscience des jeunes générations, leur esprit d’ouverture aux idées révolutionnaires, leur volonté de poursuivre la réflexion et le débat sont un révélateur de la grande maturité et de la profondeur de ce mouvement. C’est de la capacité des révolutionnaires à faire mûrir cette réflexion que dépendra l’avenir de la société humaine.

Sofiane



[1] En effet, nous avons pu constater de visu que la grande majorité des professeurs des universités dans lesquelles nous sommes intervenus (à Paris comme en province) ont brillé par leur silence au sein des AG d’étudiants. Certains se sont même opposés ouvertement au mouvement comme à la faculté des Sciences "humaines" (sic !) cliniques de Paris 7-Jussieu (parfois en n’ayant aucun scrupule à faire usage de la violence physique contre les étudiants "bloqueurs"). Dans d’autres universités, ces idéologues patentés de l’Etat démocratique bourgeois ont fait mine de "soutenir" le mouvement en parole, pour mieux l’empoisonner en faisant passer l’idéologie réformiste de la gauche "plurielle". En réalité, un grand nombre de professeurs de l’enseignement "supérieur" ont révélé, par leur positionnement dans le mouvement, leur appartenance non pas à la classe ouvrière mais à une classe sans devenir historique : l’ "intelligentsia" de la petite-bourgeoisie (et dont la principale fonction politique est la transmission de l’idéologie de la classe dominante dans les universités). Tous ces fayots aux idées courtes ont contribué à inoculer les "valeurs" démocratiques, "citoyennes" et syndicalistes de notre belle république bananière quand ils n’ont pas exécuté béatement les ordres de Monsieur Gilles De Robien (dont on a pu voir à la télé la grossière mise en scène consistant à exhiber des livres soi-disant déchirés par les étudiants à la Sorbonne !) : flicage, délation des grévistes, et bien sûr sanction aux examens contre les "agitateurs".

[2] Vers la fin du mouvement, un certain nombre d’étudiants des facs les plus en pointe (comme celle de Censier) et qui étaient les plus favorables à nos interventions, ont brusquement fait un pas en arrière : "Ce que vous dites, c’est bien mais nous, on ne veut pas faire la révolution, on veut seulement le retrait du CPE". "Vous êtes trop critiques avec les syndicats. On ne peut pas lutter sans les syndicats". Ou encore : « on ne veut pas se faire récupérer par des organisations politiques. Notre mouvement doit être a-politique".

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Juin 1936 : Comment le Front Populaire a préparé la guerre

Dans le "grand manuel d’Histoire" de la bourgeoisie, le mois de juin 1936 est figé comme un mythe.

A l’entendre, ce fût le mois "des acquis mémorables", "des accords de légende" négociés par le non moins légendaire Front Populaire ([1]) au pouvoir depuis le 5 juin.

Alors que la crise économique ravage le monde depuis 1929, jetant des millions d’ouvriers sur le pavé, et que les puissances impérialistes préparent leurs armes en vue de la Seconde Guerre mondiale qui s’annonce, la France aurait goûté, pendant ce temps, au "Jardin des Délices" avec la semaine de 40 heures, le temps libre, les congés payés et de meilleurs salaires. Et tout ça grâce à la volonté du Front Populaire "de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et la paix au monde".

Bien souvent, les leçons d’histoire de la classe dominante se révèlent être de grossiers mensonges… Juin 1936 n’échappe pas à la règle.

Derrière le slogan "Du pain, la paix, la liberté", la classe ouvrière en France apprendra dans sa chair que le seul et unique programme du Front Populaire sera "de la sueur, du sang et des larmes".

Les grèves du Juin 1936

Après l’échec de la vague révolutionnaire de 1917-1923 (premier assaut d’ampleur international qui avait précipité la fin de la Grande Guerre), le prolétariat se retrouve mondialement défait et affaibli au point de laisser les mains libres à la bourgeoisie pour la préparation d’une seconde boucherie internationale, décidément seul avenir que le capitalisme en faillite soit capable de réserver à l’humanité.

Néanmoins, l’aggravation de l’exploitation, provoquée par la crise et le développement de l’économie de guerre des années 1930, ne laisse pas la classe ouvrière sans réaction. En effet, au printemps 1936, une vague de grèves massives et spontanées explose en France. Pour la bourgeoisie, c’est un caillou au fond de sa botte qui gêne sa marche à la guerre. Il faut le pulvériser et c’est au Front Populaire que la classe dominante fera appel pour accomplir cette tâche.

C’est à partir du 7 mai 1936 qu’une série de grèves déferle sur la France, en commençant par le secteur aéronautique au Havre, à Toulouse et Courbevoie. Comme le fait remarquer Bilan (revue de la Fraction italienne de la Gauche communiste dans les années 1930) : "Ce n’est pas par hasard si ces grandes grèves se déclenchent dans l’industrie métallurgique en débutant par les usines d’avions […] c’est qu’il s’agit de secteurs qui travaillent aujourd’hui à plein rendement, du fait de la politique de réarmement suivie dans tous les pays. Ce fait ressenti par les ouvriers fait qu’ils ont dû déclencher leur mouvement pour diminuer le rythme abrutissant de la chaîne (…)"

Au fils des semaines, ces grèves que l’on dit "sur le tas", sous forme d'occupations d'usine, prennent un caractère de plus en plus massif. Le 28 mai, 35 000 ouvriers des usines Renault Billancourt cessent le travail et 100 000 métallos réclament l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail.

Contrairement à ce que pense Trotsky, à l’époque, ce n’est pas la révolution qui commence en France. Le prolétariat étant brisé mondialement, la perspective qui domine est bien celle de son embrigadement vers la guerre. Comme l’écrit Bilan dans son article "Sous le signe du 14 juillet" en 1935 : "(…) on peut affirmer que pas plus en France qu’en Allemagne ne subsiste une classe prolétarienne luttant pour ses objectifs historiques propres. A ce sujet le 14 juillet [1935] marque un moment décisif dans le processus de désagrégation du prolétariat et dans la reconstitution de l’unité sacro-sainte de la Nation capitaliste…ce fut le triomphe du républicanisme intégral…". Les grèves de 1936 sont par conséquent les ultimes soubresauts d’une des dernières poche de résistance de la classe ouvrière avant l’embrigadement total vers la guerre.

Cela étant dit, la situation reste évidemment préoccupante pour la bourgeoisie française qui, au même titre que les autres nations, a besoin du maximum d’ordre et de discipline pour conduire l’ensemble de la société (et en premier lieu la classe chargée de produire) à tendre toutes ses forces et à consentir tous les sacrifices pour l’effort de guerre.

La classe dominante n’aura donc d’autre recours que de confier, le 5 juin, les rênes du pouvoir à l’union des partis de gauche, qui formera un gouvernement de Front Populaire dirigé par Léon Blum, afin d’en finir avec le mouvement de grèves qui paralyse le pays et ses préparatifs guerriers. L’inquiétude est telle que le président Lebrun supplie Blum de lancer un appel aux ouvriers par radio : "Dites leur que le Parlement va se réunir, que, dès qu’il sera réuni, vous allez lui demander le vote rapide et sans délai des lois (sociales)… ils vous croiront …et alors, peut-être le mouvement s’arrêtera-t-il ?".

C’est dans cette perspective que sont signés le 7 juin les "mémorables" accords de Matignon entre la Confédération Générale du patronat français (CGPF), la CGT et le gouvernement Blum. Il va sans dire que ces accords seront entérinés sans broncher et sans délai par le patronat, l’Assemblée Nationale et le Sénat.

Parmi les mesures adoptées, on retient l’augmentation des salaires de "15% pour les salaires les moins élevés pour arriver à 7% pour les plus élevés", sous condition bien entendu (puisque c’est là l’objectif des accords) "de la reprise du travail".

Mais cela ne suffit pas. Les ouvriers, moins impressionnés par ces accords que les journaux "de gauche" criant à la victoire et au triomphe, tardent à reprendre le travail. Mieux, le mouvement prend de l’ampleur comme dans la région lyonnaise où le nombre de grévistes passe de 7000 à 20 000. Malgré le célèbre "Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées…" lancé le 11 juin par le dirigeant stalinien Maurice Thorez, et qui sera repris dès lors dans tous les discours des staliniens et des syndicats, la France compte 2 millions d’ouvriers en grève.

Pour parvenir enfin à la reprise du travail, le Front Populaire décide donc d’en remettre un couche par l’adoption complémentaire des fameuses lois sociales des 20 et 21 juin, à savoir : les 40 heures ("…la durée du travail effectif des ouvriers et employés de l’un et l’autre sexe et de tout âge ne peut excéder 40 heures par semaine.") sans réduction de salaire et 15 jours de congés payés "pour tous les travailleurs".

Devant ce qui apparaît comme une avancée sociale considérable, la lutte s’effrite puis s’arrête.

Le "Front populaire" et les syndicats parachèvent les préparatifs de la guerre mondiale

Les lois sociales de 1936 auront bel et bien permis de briser les grèves de mai-juin et de remettre les ouvriers sous la pression des impératifs de production pour la défense nationale. Mais elles avaient une autre vertu, tout aussi importante dans la perspective bourgeoise de 1939. Sous l’apparence de "concessions" à la classe ouvrière, la bourgeoisie faisait passer des mesures essentielles pour conditionner les travailleurs et leur faire accepter une intensification sans précédent des cadences de production via l’introduction de nouvelles méthodes d’organisation du travail destinées à décupler les rendements horaires si nécessaire pour faire tourner à plein régime l’industrie d’armement. Ce sera la généralisation du taylorisme, du travail à la chaîne et de la dictature du chronomètre à l’usine.

De l’aveu même de l’historien bourgeois Antoine Prost : "Ce qui frappe le plus dans l’épisode du Front Populaire, c’est l’adéquation des conquêtes ouvrières à la situation économique et sociale (…) Les 40 heures et les congés payés répondent à la surexploitation entraînée par la crise économique dans des entreprises en voie de rationalisation…".

Un aveu encore plus retentissant sera celui de Léon Blum en personne, qui déchirera le voile "social" posé sur les lois de 1936 à l’occasion du procès organisé par le régime de Vichy à Riom en 1942 cherchant à faire du Front Populaire et des 40 heures, les responsables de la lourde défaite de 1940 suite à l’assaut de l’armée nazi.

Blum défendra magistralement son honneur bafoué de patriote lors de l’audience du 10 mars : "Le rendement horaire, de quoi est-il fonction ? (…) il dépend de la bonne coordination et de la bonne adaptation des mouvements de l’ouvrier à sa machine ; il dépend aussi de la condition morale et physique de l’ouvrier."

Il y a toute une école en Amérique, l’école Taylor, l’école des ingénieurs Bedeau, que vous voyez se promener dans des inspections, qui ont poussé très loin l’étude des méthodes d’organisation matérielle conduisant au maximum de rendement horaire de la machine, ce qui est précisément leur objectif. Mais il y a aussi l’école Gilbreth qui a étudié et recherché les données les plus favorables dans les conditions physiques de l’ouvrier pour que ce rendement soit obtenu. La donnée essentielle c’est que la fatigue de l’ouvrier soit limitée…

Ne croyez-vous pas que cette condition morale et physique de l’ouvrier, toute notre législation sociale était de nature à l’améliorer : la journée plus courte, les loisirs, les congés payés, le sentiment d’une dignité, d’une égalité conquise, tout cela était, devait être, un des éléments qui peuvent porter au maximum le rendement horaire tiré de la machine par l'ouvrier."

Voilà "l’homme de 36" qui nous explique par A+B comment et pourquoi les mesures "sociales" de son gouvernement furent un passage obligé pour adapter et façonner les prolétaires aux nouvelles méthodes infernales de production visant l’armement rapide de la nation avant que ne tombent les premières déclarations de guerre officielles. D’ailleurs, il est à noter que les fameux congés payés, sous une forme ou sous une autre, ont été accordés à la même époque dans la plupart des pays développés s’acheminant vers la guerre et imposant de ce fait à leurs ouvriers les mêmes cadences de production.

L’acte d’accusation du Maréchal Pétain dénonçant "l’esprit de jouissance" qui l’aurait "emporté sur l’esprit de sacrifice" tombe en miette avec le verdict de la Cour de Riom obligée de reconnaître que le cabinet Blum avait plus fait que ses prédécesseurs pour la défense nationale en créant les conditions économiques et sociales adéquates. Et le résultat parle de lui-même puisque de 1936 à 1937, on note un accroissement de 30% du potentiel militaire français dans l’armée de l’air, la flotte et la production de blindés.

On peut dire que si la Seconde Guerre mondiale se prépare dans les meilleurs conditions, à savoir la mise au pas des prolétaires, c’est grâce à la gauche flanquée de ses gardes-chiourme syndicaux. En effet, c’est la CGT qui aura prêché sans cesse l’ordre, la sagesse et l’esprit de conciliation aux ouvriers en lutte en 1936, non seulement pour qu’ils se remettent à produire des blindés mais aussi pour leur faire accepter la nouvelle organisation du travail permettant une exploitation totale et forcenée de leurs muscles ainsi dévorés par la production militaire.

Léon Jouhaux, socialiste et dirigeant syndical, nous explique cela en ces termes : "…les organisations ouvrières [syndicats] veulent la paix sociale. Tout d’abord pour ne pas gêner le gouvernement de Front Populaire et pour, par la suite, ne pas freiner le réarmement." Il est donc tout à fait naturel que les accords de Matignon aient aussi cherché à renforcer l’emprise des syndicats sur les ouvriers via leur plus large implantation dans les usines. Ainsi l’article 3 précise que "les employeurs reconnaissent la liberté ainsi que les droits des travailleurs d’adhérer librement et d’appartenir à un syndicat professionnel…". En fait, quand la bourgeoisie prépare la guerre, l’Etat se voit contraint de contrôler l’ensemble de la société pour orienter toutes ses énergies vers la macabre perspective. Et, dans l’usine, il se trouve que c’est le syndicat qui est le mieux à même de permettre à l’Etat de développer sa présence policière. Voilà encore un autre des merveilleux acquis de 1936 !

Le mythe des "acquis de 1936"

Une fois la fin des grèves obtenue et l’installation durable d’un rendement horaire maximum de l’exploitation de la force de travail, il ne restait plus au gouvernement de Front Populaire qu’à passer à la reconquête du "terrain concédé" en augmentant le nombre d’heure de travail en priorité, cela va de soi, dans tous les secteurs clés de l’économie de guerre. C’est comme cela que la boucle est bouclée !

Alors que la hausse des salaires est très rapidement annulée par la hausse encore plus importante des prix (augmentation de 54% des prix des produits alimentaires entre 1936 et 1938), les dérogations à la loi des 40 heures tombent en cascade, un an après les accords de Matignon.

Ainsi, l’arrêté du 29 juillet 1937 autorise les heures supplémentaires "dans les secteurs essentiels de la vie économique" comme les mines de fer et de charbon. Dans la même veine, le comité d’enquête sur la production, composé de la CGT et de la CGPF (ancêtre de l'actuel Medef), obtient le 24 août 1937 des assouplissements et dérogations supplémentaires "pour les industries intéressant la défense nationale".

Dans la continuité du Front Populaire, le gouvernement Radical de Daladier, en 1938, poursuivra la série de décrets-lois anti-ouvriers avec la suppression des majorations pour les 250 premières heures de travail supplémentaire, l’annulation des dispositions des conventions collectives interdisant le travail aux pièces et l’application de sanctions pour tout refus d’effectuer des heures supplémentaires pour la défense nationale. Quant aux congés payés, ils seront dévorés en une bouchée puisque sur proposition du patronat, appuyé par le gouvernement Blum et relayé par les syndicats, les fêtes de Noël et du Premier de l’An seront à récupérer. Une mesure qui s’appliquera ensuite à toutes les fêtes légales soit 80 heures de travail supplémentaire ce qui correspond exactement aux 2 semaines de congés payés.

Les ouvriers, notamment ceux du nord de la région parisienne déclencheront des grèves de protestations contre des conditions de travail devenues plus abominables qu’elles ne l’étaient déjà avant les "lois sociales". Mais l’encadrement syndical et les mystifications drainées par la gauche font que la mobilisation n’est plus la même qu’au printemps 1936. La classe dominante peut lâcher ses chiens : 1500 policiers attaquent l’usine Renault le 23 novembre 1938. Des centaines d’ouvriers seront blessés et 300 en état d’arrestation. La classe ouvrière est alors sous le talon de fer de la bourgeoisie.

Finalement, le seul est unique bénéficiaire des accords de Matignon et des lois sociales n’est autre que le capital national et ses préparatifs guerriers.

C’est pourquoi, le 70e anniversaire du Front Populaire, fêté en ces mois de mai-juin 2006, comme les précédents, est avant tout l’anniversaire de la guerre, de la victoire de la bourgeoisie sur le prolétariat international, de son intégration à l’économie de guerre et de l’hégémonie de l’idéologie nationaliste.

En 1968, la reprise des luttes de la classe ouvrière marquera le réveil de cette longue nuit contre-révolutionnaire entamée à la fin des années 1920. Certes, nous ne sommes plus aujourd’hui dans le brouillard des années 1930. Cela étant, les nouvelles générations de prolétaires doivent se réapproprier de telles leçons, si chèrement payées par le passé. C’est la condition sine qua non pour comprendre la véritable nature de la gauche du capital, des syndicats et tous leurs pièges et ainsi mener jusqu’à son terme la future révolution prolétarienne.

 Azel (14 mai 2006)



[1]Union des partis de gauche décidée en 1935 entre la SFIO (ancêtre du PS), le Parti Radical et le PCF pour diffuser le plus largement possible l’idéologie anti-fasciste et patriotique dans les rangs ouvriers. Lors de la prise de pouvoir du Front Populaire, en 1936, le PCF choisira de ne pas entrer dans la composition du gouvernement mais restera son plus solide pilier en jouant le rôle, selon son expression, de "ministre des masses".  

Géographique: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

La FICCI dans ses œuvres : mensonges et comportements de voyous

La prétendue Fraction Interne du CCI (FICCI) a publié le 20 mai sur son site Internet un communiqué intitulé "Une nouvelle agression violente du CCI contre nos militants" qui illustre une fois encore à quel point le mensonge et la calomnie constituent le seul fond de commerce de cette petite bande de voyous et de mouchards. Que dit ce communiqué ?

"Ce samedi 20 mai, trois militants de notre Fraction étaient chargés de diffuser un tract à la porte du lieu où se tient la Réunion "publique" du CCI.

A nouveau, une milice de ce groupe - qui nous a exclus en 2001 - attendait fermement nos camarades pour leur interdire le passage sur la voie publique.

A nouveau, nos camarades ont subi une lâche agression physique ; et celle-ci était d'autant plus violente qu'ils n'ont pas voulu "obtempérer", qu'ils ont cherché à se défendre.

Rappelons que nos militants étaient au nombre de 3 (dont une femme) et qu'ils avaient à faire face à 6 ou 7 "courageux" gros bras.

Si ces miliciens décérébrés ont cessé de les malmener et si nos camarades n'en sont sortis qu'avec quelques "bleus", c'est uniquement dû à l'intervention de plusieurs personnes, dans la rue, venues à leur rescousse.

Nous condamnons, une fois de plus et de la façon la plus ferme, ces pratiques qui n'ont rien à voir avec le prolétariat, mais beaucoup avec le stalinisme de sinistre mémoire. Quand on refuse le débat politique, quand on se soustrait à la confrontation des positions, la logique des faits ne peut que vous amener à vous donner les moyens de faire taire les voies dissonantes. Le CCI en est là, aujourd'hui."

Nous l'affirmons tout net : cette version des faits, encore une fois, est un tissu de mensonges !

Dans notre article "Calomnie et mouchardage, les deux mamelles de la politique de la FICCI envers le CCI" nous avions remis les pendules à l'heure par rapport à un autre communiqué similaire de la FICCI datant du 11 mars et intitulé "Communiqué de la 'Fraction Interne du CCI' à tous les groupes et militants se revendiquant de la Gauche communiste : Cette fois, ça y est ! Ils ont physiquement agressé et frappé nos militants !" Dans notre texte, nous dénoncions les mensonges de la FICCI nous accusant d'avoir "frappé à plusieurs reprises" et "continué à cogner" ses membres et nous précisions : "En ce sens, nous pouvons rassurer la personne qui signe "Bm" et qui a envoyé un message à la FICCI déclarant "La première chose est de savoir si vous n'êtes pas blessés et si vous n'avez pas besoin d'une aide quelconque." Si les éléments de la FICCI ont exhibé des bosses ou des bleus, ils ne sont pas le fait des militants du CCI."

Cette fois-ci, nous ne dirons pas la même chose au compatissant "Bm" : un flacon d'arnica avec, en prime, une boîte de chocolats seront aujourd'hui les bienvenus pour la FICCI. Effectivement, si un des membres de cette petite bande de voyous, le citoyen Juan, est rentré chez lui avec quelques bleus, les militants du CCI n'y sont pas pour rien. Cela dit, le récit qui est donné par la FICCI de l'épisode où il a attrapé ces "bleus" n'a rien à voir avec la réalité.

Dans notre article "Calomnie et mouchardage, les deux mamelles de la politique de la FICCI envers le CCI", nous avons expliqué pourquoi, dorénavant, nous interdisons aux membres de celle-ci les abords du lieu où se tiennent nos réunions publiques :

"… suite à notre intervention au sein de la mobilisation des étudiants contre le CPE, nous attendions la venue de nouveaux éléments à notre réunion publique du 11 mars consacrée justement à cette mobilisation (ce qui effectivement a été le cas à Paris et dans d'autres villes) et nous ne voulions pas que la FICCI ait l'occasion de poursuivre devant et à l'égard de ces nouveaux éléments la politique qu'elle a menée depuis des années : les calomnies, les provocations et surtout le flicage.

En effet, les sympathisants qui venaient auparavant à nos réunions publiques étaient connus depuis longtemps par les membres de la FICCI. En ce sens, le travail parasitaire et policier dont elle s'est fait une spécialité ne pouvait s'appliquer à eux. Par contre, nous ne pouvons tolérer que de nouveaux éléments qui s'intéressent à la politique communiste soient immédiatement "fichés" par la FICCI. Dans la mesure où l'arrivée de ces nouveaux éléments se confirme et tendra probablement à s'amplifier dans le futur, le CCI a donc décidé d'interdire dorénavant aux membres de la FICCI, non seulement l'entrée du lieu de nos réunions publiques, mais également les abords de celui-ci." [1]

Lors de notre réunion publique du 20 mai à Paris, nous avions donc disposé à une cinquantaine de mètres autour du portail d'entrée du lieu où elle devait se tenir plusieurs groupes de deux camarades chargés de barrer le chemin aux membres de la FICCI. Lorsqu'ils ont vu arriver les trois membres de celle-ci, deux de nos camarades leur ont indiqué qu'ils devaient rebrousser chemin. L'un de nos camarades, K., s'est placé devant le membre de la FICCI qui se fait appeler "Pédoncule" (celui qui avait menacé un de nos camarades de lui "trancher la gorge") et l'autre, F., devant Juan, le membre plus éminent de la FICCI. Notre camarade F. a écarté les bras en déclarant "On ne passe pas !". C'est alors que Juan, sans sommation et en profitant du fait que le geste de notre camarade F. l'empêchait de se protéger, lui a asséné un violent coup de poing au visage et un coup de genou dans le bas ventre avant de le saisir au collet. Il était tellement évident que Juan était l'agresseur qu'une vieille dame asiatique qui se trouvait à proximité a pris le bras de celui-ci pour l'empêcher de continuer à cogner. Même le sieur Pédoncule ("l'égorgeur" de la FICCI) a tenté de calmer Juan (était-ce par crainte de représailles ou parce qu'il avait compris que son complice était devenu fou ?). Suite à l'intervention du citoyen Pédoncule et de la vieille dame, le voyou Juan a alors donné la consigne à ses deux complices, l'"égorgeur" et sa compagne Aglaé : "On se tire !". Quelques instant après, d'autres camarades de notre équipe sont arrivés sur les lieux et, constatant que notre camarade F. avait été blessé, ils ont décidé de partir à la poursuite du commando de la FICCI pour lui signifier que le CCI ne saurait tolérer de telles opérations "coups de poing" contre nos militants. Quand nos camarades ont rejoint les trois pieds nickelés de la FICCI, l'un d'entre eux, B., a dit à ces derniers : "On ne va pas vous laisser partir comme cela". C'est alors que Juan a de nouveau porté un coup de poing et un coup de pied à notre camarade B. lequel s'est légitimement défendu en lui portant à son tour plusieurs coups de poing (relativement modérés puisque, suivant les termes même de la FICCI, Juan n'a eu que "quelques bleus"). Plusieurs personnes se sont alors interposées mais il était tellement clair que, une nouvelle fois, c'était le sieur Juan qui avait déclenché les hostilités, qu'une de ces personnes (un homme d'une quarantaine d'années, également d'origine asiatique) a accompagné pendant une centaine de mètres nos camarades pendant qu'ils revenaient vers le lieu de la réunion publique. Ce témoin leur a dit qu'il était évident  que c'était "les autres" qui étaient les agresseurs.

Tels sont les faits qui se sont réellement déroulés.

Effectivement, cette fois-ci, un de nos camarades a été contraint, pour se défendre contre les exactions de l'individu Juan, de donner des coups à un membre de la FICCI (contrairement à ce que laisse entendre la FICCI, les deux autres, Pédoncule et Aglaé, n'ont reçu aucun coup). Ce que le "communiqué" de la FICCI se garde bien de dire, c'est que l'attitude de notre camarade faisait suite à deux agressions successives de la part de Juan. En fait, c'était la toute première fois qu'un membre du CCI frappait un membre de la FICCI (contrairement à ce que raconte de façon mensongère celle-ci tout au long de ses Bulletins). En revanche, ce n'est pas la première fois que le sieur Juan portait des coups à un militant du CCI puisque, le 22 avril 2002, il avait déjà donné un coup de pied à un de nos camarades sous le prétexte (parfaitement mensonger) qu'il avait "agressé" un autre membre de la FICCI, Jonas (voir à ce sujet la note 10 de notre article "Le PCI (Le Prolétaire) à la remorque de la "fraction" interne du CCI" dans Révolution Internationale n° 328).

Évidemment, certains pourraient considérer qu'il n'y a pas plus de raisons de croire notre version des faits que celle de la FICCI. En somme, ce serait "parole contre parole".

A cela nous voulons opposer les faits suivants :

  1. De nombreux articles publiés dans notre presse et sur notre site Internet ont déjà dénoncé et réfuté, preuves et documents à l'appui, les mensonges les plus grossiers de la FICCI (nous ne les avons pas réfutés tous car il y en a tellement que nous courrions le risque de déséquilibrer complètement nos publications au détriment des questions politiques fondamentales qui se posent à la classe ouvrière). En particulier, nous avons démenti en détail le mensonge, réitéré dans le dernier communiqué de la FICCI, suivant lequel nous aurions "exclu" ses membres en 2001. [2]
  2. Le fait que les membres de la FICCI se sont conduits comme des mouchards peut être facilement vérifié par la simple consultation de son Bulletin 14 qui se trouve encore sur son site Internet (notamment les textes "La dernière manoeuvre du CCI vis-à-vis de notre fraction : une lettre de Revolución Mundial" et "Mise au point sur l'article de RI n°328 de novembre 2002 sur le PCI-Le Prolétaire". Nous avons réfuté ses arguties à ce sujet dans nos articles "Les méthodes policières de la 'FICCI'" (RI n° 330) et "Les réunions publiques du CCI interdites aux mouchards" (Révolution Internationale n° 338).
  3. Pour ce qui concerne les événements qui se sont déroulés le 22 janvier 2005 (menaces de mort contre un de nos militants de la part du dénommé "Pédoncule"), le 11 mars 2006 (prétendu tabassage des membres de la FICCI par nos militants) et le 20 mai (prétendue "nouvelle agression violente du CCI contre les militants de la FICCI"), nous sommes totalement disposés à une confrontation de nos militants avec les membres de la FICCI devant une commission de membres d'organisations de la Gauche communiste. Ce n'est pas la première fois que nous faisons une telle proposition de constituer un Jury d'honneur face aux accusations de la FICCI. Sachant bien qu'une telle instance risquerait de démasquer ses mensonges et ses mauvais coups, la FICCI en a toujours rejeté le principe, comme elle le fait une nouvelle fois dans son dernier Bulletin avec le texte "Sur les nouvelles tentatives du CCI actuel pour débaucher des camarades pour un jury d'honneur".
  4. Une dernière illustration de la méthode de la FICCI consistant à reprendre à son compte la devise de Goebbels (chef de la propagande nazie) : "Un mensonge énorme porte avec lui une force qui éloigne le doute" nous a encore été donnée récemment par son article du Bulletin 35 "Manifestations et grèves en France : Le nouveau CCI affirme sa solidarité avec les CRS et la police anti-émeutes" auquel nous répondons dans notre texte "La prétendue 'solidarité du CCI avec les CRS' : comment la FICCI essaie de masquer ses propres comportements policiers".

Jusqu'à présent, la FICCI (à part un coup de pieds de Juan en 2002), avait limité (si on peut dire) ses comportements de bande de voyous au vol, au chantage, à la calomnie, au mouchardage et aux menaces de mort (excusez du peu). Cette fois-ci, un de ses membres a agressé physiquement en les cognant deux de nos camarades. Il est clair que cette agression est dans la droite ligne des comportements précédents, tant de la FICCI comme un tout, que du voyou Juan en particulier. La seule passion qui anime la FICCI n'est sûrement pas celle de la défense du combat de la classe ouvrière mais LA HAINE du CCI, ainsi que de ses militants. [3] Nous sommes persuadés que les membres de la FICCI n'ont pas fini d'exprimer cette haine qui les pousse aujourd'hui à se conduire comme des brutes, dévoilant ainsi ouvertement leur appartenance au lumpen et non au milieu politique prolétarien. Comme nous l'avons mis en évidence à plusieurs reprises (et notamment dans notre article "Réponse aux calomnies honteuses d'une petite association de malfaiteurs"), les agissements de ce trio maffieux sont d'ores et déjà au service des forces de répression de l'État capitaliste. A qui ces tristes sires veulent-t-ils encore faire croire que leur préoccupation est la "confrontation politique des arguments" ? Les comportements répugnants de Juan sur la place publique le 20 mai (après ceux de son copain "égorgeur") nous ont donné encore un aperçu très clair de la nature de leurs "arguments" (sic !).

Notre organisation ne se laissera pas intimider par les comportements de voyous et autres actes de brutalité du forcené Juan ou de qui que ce soit. Plus que jamais, l'entrée de nos réunions publiques restera interdite aux mouchards, aux provocateurs, aux "cogneurs" et autre "égorgeur"de la FICCI. Face aux exactions physiques de cette petite bande de dégénérés, le CCI saura se défendre, défendre ses principes et défendre chacun de ses militants et de ses sympathisants avec la plus grande détermination comme il l'a fait le 20 mai. C'est ce que nous avons mis en évidence dans le point d'information que nous avons fait dans notre dernière réunion publique tout de suite après ces événements.

 

Courant Communiste International (2 juin 2006)

 


[1] La validité de notre préoccupation de ne pas permettre que la FICCI puisse "ficher" les nouveaux venus à nos réunions publiques s'est confirmée dès la réunion que nous avons tenue le 20 mai. En effet, à la fin de celle-ci, un étudiant qui avait joué un rôle de premier plan dans les assemblées générales d'une des universités de la région parisienne nous a dit qu'il ne tenait absolument pas à ce que sa présence à notre RP soit connue dans la mesure où cela risquait "d'aggraver encore son cas" auprès de certains de ses enseignants dont il redoutait des représailles suite à sa participation à la mobilisation contre le CPE. Nous sommes bien conscients que les mesures que nous prenons contre les mouchards de la FICCI ne sauraient empêcher la police d'envoyer un indicateur se renseigner dans nos réunions publiques. Nous avons déjà répondu à cette objection : "Cela est évidemment parfaitement vrai. Mais est-ce que ça veut dire pour autant que nous devons laisser faire lorsque des gens qui ont déjà démontré qu'ils sont prêts à publier n'importe quoi, qui ont déjà déclaré qu'ils ne se sentent tenus par aucune loyauté envers le CCI ni envers ses militants [ni envers ses sympathisants, pouvons-nous ajouter] dont ils ont une connaissance détaillée, viennent dans nos réunions en remplissant leur calepins de copieuses notes ? Est-ce que, en somme, nous devrions laisser venir des mouchards ouverts et avérés sous prétexte que nous ne pouvons pas détecter les mouchards cachés ?" ("Les réunions publiques du CCI interdites aux mouchards", Révolution Internationale n° 338).

[2] La première exclusion d'un membre de la FICCI, Jonas, remonte à 2002 et nous avons expliqué dans notre presse les motifs de cette exclusion (voir le "Communiqué à nos lecteurs" dans Révolution Internationale n° 321). Quant aux autres membres de la FICCI, c'est au printemps 2003 qu'ils ont été exclus pour mouchardage par notre 15e congrès international (voir notamment "XVe Congrès du CCI : Renforcer l'organisation face aux enjeux de la période" dans la Revue Internationale n° 114). C'est d'ailleurs tellement vrai que les membres de la FICCI n'ont pas été exclus en 2001 que deux d'entre eux étaient présents à la réunion plénière de notre organe central international qui s'est tenue en janvier 2002, qu'ils ont pris connaissance des rapports présentés à cette occasion et qu'ils ont pris part au vote des résolutions adoptées par cette réunion (faits qui sont amplement confirmés par différents textes de la FICCI publiés dans son Bulletin n° 6).

[3] A quoi faut-il attribuer la rage hystérique de Juan qui, auparavant, se contentait de ricaner, de "rouler les mécaniques" et de provoquer nos camarades (une de ses "spécialités" étant de menacer tel ou tel d’entre eux de lui "casser la gueule" le jour où il le rencontrerait seul) ? On peut imaginer que la publication sur notre site Internet, quelques jours auparavant, de notre prise de position "Calomnie et mouchardage, les deux mamelles de la politique de la FICCI envers le CCI" y est pour quelque chose, notamment du fait que dans ce texte nous mettions en évidence que la FICCI n'avait rien à dire sur la mobilisation contre le CPE (ce qui l'obligeait à plagier nos propres prises de position). On peut également penser que notre intervention et l'impact de celle-ci dans ce mouvement lui a fait monter le taux d'adrénaline, puisqu'elle mettait en relief la totale nullité de "l'intervention" de la FICCI. On peut aussi penser que la publication sur notre site d'une lettre de A., supporter de la FICCI, lui a fait perdre la boule puisque A. annonçait qu'il était prêt à porter plainte auprès de la police contre les militants du CCI ("La FICCI reçoit le type de solidarité qu'elle mérite"). A moins que l'affirmation de A. ("contrairement à la FICCI, je me défendrai physiquement très sérieusement"), n'ait piqué Juan au vif : connaissant le personnage de longue date, nous ne doutons pas un seul instant que ce héros de bande dessinée avait de toute évidence besoin de prouver à ses supporters qu’il est un vrai "caïd". Les coups portés à nos camarades par le "cake" Juan auraient constitué une preuve que lui aussi (comme A.) "avait quelque chose dans le pantalon" : ce serait tout à fait dans la "logique" de ce pauvre type (bien que dangereux) qui passe son temps à bomber le torse et jouer au matamore comme un enfant de 5 ans qui veut en mettre plein la vue à ses petits copains de l’école maternelle.

Courants politiques: 

Révolution Internationale n° 370 - Juillet - Août 2006

Face aux attaques capitalistes, il n'y a pas d'autre choix que de lutter

A l’heure où nous mettons sous presse, le ballon rond fait la une de l’actualité : la coupe du monde de football (avec la victoire des « Bleus » contre l’équipe du Brésil en quart de finale) occupe tous les esprits. C’est dans une atmosphère de liesse populaire et d’union sacrée derrière le drapeau tricolore que la bourgeoisie a ainsi les coudées franches pour faire passer « en douce » ses nouvelles attaques contre la classe ouvrière. Comme le disait le gouvernement Villepin au lendemain de la crise du CPE, il fallait « tenir jusqu’au Mundial » !

Les propos de Chirac lors de son interview télévisé sur France 2 le 26 juin dernier sont révélateurs de la préoccupation essentielle de toute la bourgeoisie : "Nous n’avons pas les moyens d’abandonner le terrain, de perdre du temps. Le temps perdu ne se rattrape pas (…) Mon obsession, c’est de poursuivre l’action, de ne pas débrayer (…) Le gouvernement a une feuille de route. Il s’y tiendra." Le message martelé par le président de la République est clair : le seul programme qui s’impose à la bourgeoisie, c’est de poursuivre les attaques, c’est de cogner encore et toujours plus fort sur les prolétaires Dès que la lutte contre le CPE a reflué, le gouvernement a pu relancer aussitôt une série d’attaques d’envergure.

Après les "jeunes", la cible désignée est cette fois les "plus âgés". A travers le "plan emploi séniors", les plus de 57 ans se voient désormais "offrir" à leur tour des CDD sous-payés pendant 18 ou 36 mois. Alors que la dette de l’Etat français atteint 66% du PIB, des restrictions budgétaires draconiennes sont prévues. Ainsi, le gouvernement vient d’annoncer la suppression de 15 000 emplois dans la Fonction publique en 2007 (soit 3 fois plus qu’en 2006 !) avec le non remplacement d’un départ à la retraite sur trois. 8700 d’entre eux concernent le seul secteur de l’Education nationale.

Parallèlement, à travers la réforme des primes et de la notation, un "salaire au mérite" s’installe peu à peu chez les fonctionnaires. Dans la foulée, les suppressions d’emploi pleuvent dans le secteur des salariés de la Sécurité sociale : à la Caisse primaire d’assurance maladie, 11 000 postes sur 85 000 doivent être supprimés d’ici deux ans, au nom du regroupement des services et de la centralisation, présentés comme une amélioration de l’efficacité des services publics. Les départs à la retraite à la Caisse d’allocations familiales ne seront plus remplacés. Dans la branche URSSAF (caisses de retraite du secteur privé), d’autres emplois sont supprimés, notamment en Loire Atlantique et dans la région parisienne.

On assiste à de nouvelles fermetures de centres hospitaliers ou d’unités médicales particulières (notamment des maternités) sous prétexte de non-rentabilité ou de normes de sécurité insuffisantes.

En même temps, le gouvernement est en train de peaufiner l’unification des fichiers de l’ANPE et des caisses d’allocations-chômage, réorganisant l’ensemble des services pour permettre de passer tous les chômeurs au crible du flicage.

Sans compter le durcissement de l’appareil répressif et la multiplication des mesures d’expulsion envers les travailleurs clandestins, mises au point par l’éventail des lois Sarkozy ; dans tous les domaines, les conditions de travail et d’exploitation des prolétaires empirent. Les maladies professionnelles ont augmenté de 7% en 2005 par rapport à l’année précédente. Les accidents de travail suivent la même courbe ascensionnelle. Le pouvoir d’achat dégringole : en-dehors même de ceux réduits au chômage, 10% des salariés en activité et leur famille sont d’ores et déjà contraints de recourir aux associations caritatives et aux banques alimentaires pour se nourrir.

Dans le secteur privé, les plans de licenciements tombent à une cadence toujours plus soutenue, touchant aussi bien les travailleurs dans les grandes entreprises ou leurs filiales (d’EADS et Sogerma à Eurodec Industries) que dans d’innombrables PME. L’accélération des attaques anti-ouvrières n’est nullement un phénomène propre au capital français. Il n’est pas davantage lié à des gouvernements de droite : en Allemagne, sous la tutelle d’un gouvernement de large coalition, après les 25 000 licenciements annoncés chez Volkswagen, ce sont 7500 salariés de la compagnie d’assurance Allianz qui vont se retrouver au chômage dans les prochains mois.

Les prolétaires subissent partout les mêmes attaques, y compris dans les pays les plus "riches". Un seul exemple : après les plans de restructuration chez Ford et General Motors au printemps dernier, GM vient d’annoncer une nouvelle charrette concernant 35 000 ouvriers (soit 10% des effectifs de ce géant de l’automobile), négociée avec les syndicats ! Ceci constitue une nouvelle manifestation du caractère universel de la crise du capitalisme qui démontre la faillite de ce système d’exploitation.

Comme tous les ans, la bourgeoisie se prépare de surcroît à profiter de la dispersion de la classe ouvrière pendant les congés d’été pour porter un maximum de nouvelles attaques.

La classe ouvrière n’a absolument rien à attendre des prochaines élections que la bourgeoisie lui fait miroiter. La gauche a exactement le même programme anti-ouvrier que la droite. Si elle gagnait les élections, elle prendrait des mesures dans la plus parfaite continuité de celles prises par le gouvernement actuel, comme elle l’a d’ailleurs toujours fait dans le passé. Les uns et les autres sont et seront les ardents défenseurs de l’ordre capitaliste et la classe ouvrière n’a rien à attendre de tous ceux qui la poussent par tous les moyens à la détourner de ses luttes et à les happer dans le cirque électoral.

Elle n’a rien à attendre non plus de ces organes d’encadrement au service de la bourgeoisie que sont les syndicats. Ces derniers ne sont présents que pour enfermer, cloisonner, diviser, démoraliser les ouvriers, saboter leurs luttes et finalement faire passer les attaques portées par le reste de la bourgeoisie. On l’a vu encore récemment : tandis qu’ils poussaient les ouvriers de GDF à se battre contre la privatisation et contre la fusion avec le groupe Suez, les mêmes syndicats organisaient en même temps une autre manifestation exhortant les 60 000 employés de Suez à réclamer la fusion des deux entreprises.

La mobilisation massive des futurs prolétaires dans les universités et les lycées contre le CPE et la maturité dont ils ont fait preuve au cours de cette lutte (capacité d’organiser des AG ouvertes à tous les ouvriers, prise en charge massive de l’extension du mouvement) ont démontré que la lutte sur un véritable terrain de classe était le seul moyen d’établir un rapport de forces capable de mettre en échec les attaques de la bourgeoisie. A contrario, c’est justement parce que les travailleurs de l’Education nationale ne se sont pas mobilisés massivement contre le CPE, en solidarité avec les étudiants, que le gouvernement met aujourd’hui à profit ces hésitations à engager la lutte pour cogner encore plus fort en annonçant des milliers de suppressions de postes dans ce secteur. Ainsi, moins la classe ouvrière lutte, plus la bourgeoisie a les coudées franches pour asséner de nouvelles attaques. C’est une leçon que toute la classe ouvrière doit encore tirer du mouvement des jeunes générations contre le CPE : seule la lutte solidaire, massive et unie paie et peut obliger le gouvernement et le patronat à reculer.

W (28 juin)



Récent et en cours: 

Moyen-Orient : le gouffre sans fin de la barbarie guerrière

Une fois de plus, le Proche-Orient connaît une escalade guerrière qui ne peut ouvrir que sur un nouvel enfoncement dans la barbarie. L’offensive menée par l’armée israélienne dans la bande de Gaza mercredi 28 juin, en représailles à l’enlèvement d’un soldat israélien, est le commencement d’une épreuve de force dont les populations palestiniennes et israéliennes vont être les véritables otages. Actuellement 5000 soldats de Tsahal et des dizaines de blindés sont massés aux frontières sud et nord de la bande de Gaza, face aux bandes armées palestiniennes, piégeant ainsi les populations civiles dans un étau meurtrier

La situation actuelle au Proche-Orient, ce baril de poudre à ciel ouvert de plus en plus explosif depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, va encore faire la preuve que chaque prétendu "pas en avant" vers la "paix" ne fait que mieux relancer la guerre. A peine une semaine auparavant, le 22 juin, le premier ministre israélien Olmert et le président palestinien Abbas s’étaient rencontrés pour "relancer le processus de paix". Olmert avait d’ailleurs à cette occasion déclaré être "prêt à tout pour un seul objectif : parvenir à la paix, faire des compromis, opérer des retraits de certains territoires". Aujourd’hui, c’est par l'utilisation des "moyens les plus extrêmes" qu’est menacée la population palestinienne. L’aviation israélienne a ainsi bombardé la centrale électrique la plus importante de Gaza, coupant l’alimentation de la majeure partie du territoire palestinien pour au moins six mois. La population fuit tant bien que mal les zones de combat au sud et au nord de cette souricière que constitue la bande de Gaza. En temps "normal", les civils de cette région sont déjà soumis à des raids et des tirs de roquettes incessants, provoquant insomnies, traumatismes psychiques et autres troubles nerveux. C'est une population sinistrée, privée d’eau potable, de vivres, de médicaments ; un million deux cent mille êtres humains dont le seul destin semble être la misère la plus absolue, la folie et la mort. C’est avec le mépris le plus total de la dite "communauté internationale" qu’une telle situation a pu s’installer, communauté internationale qui avait même supprimé son aide "humanitaire" aux Palestiniens suite au succès électoral du Hamas, groupe islamiste ne reconnaissant pas Israël.

 

La plongée dans l’enfer

Quels que soient le ou les groupes à l’origine de l’enlèvement du jeune soldat israélien, c’est clairement le Hamas et surtout sa branche radicale qui sont visés par Israël. L’arrestation le 29 juin par l’armée israélienne de 90 responsables du gouvernement palestinien en Cisjordanie, dont une dizaine de ministres et une vingtaine de députés, montre la détermination de Tel-Aviv. En quelques jours, on se retrouve bien loin du rapprochement entre Mammoud Abbas et Ehud Olmert, opéré en Jordanie la semaine précédente, et de la perspective d’un référendum qui avait pour but d’entériner les pas importants faits par le Hamas lui-même vers la reconnaissance d’Israël et la reprise de pourparlers avec le gouvernement israélien.

La seule perspective contenue dans la situation actuelle ne peut être que celle d’une aggravation des tensions entre toutes les parties en présence. Malgré les exhortations envers Israël des ministres des Affaires étrangères du G8 réunis à Moscou "à la plus grande retenue" et malgré l’infléchissement des Etats-Unis qui, après avoir soutenu pleinement l’offensive, appellent "à ce qu'il puisse y avoir de nouveau de l'espoir pour le processus de paix", ces évènements sont annonciateurs de nouveaux massacres. Parce que l’attitude du gouvernement israélien, dans la parfaite lignée de celle de Sharon, montre l’irrationalité la plus totale, l’enfoncement irrémédiable et irréfléchi dans la barbarie. Des deux côtés, c’est l’escalade guerrière qui domine. Le Hamas et les factions proches du Fatah qui, récemment, se déchiraient avec une violence effrénée dans les rues de Gaza ont ponctuellement mis de côté leurs différends pour se préparer en commun à mener une défense "en règle" des territoires palestiniens face à l’offensive israélienne. L’armée israélienne opère quant à elle un encerclement de la bande de Gaza, avec tous les risques de débordements et de dérapages que cela implique et, dans le même temps, est en train d’alourdir et d’accélérer le quadrillage de la Cisjordanie.

Mais au-delà de la situation dans les territoires occupés, ce renforcement de la position israélienne signifie aussi une pression grandissante sur le Liban et surtout la Syrie qui soutient en sous-main les groupes islamistes radicaux du Hamas et du Jihad islamique, en attendant de pouvoir montrer une agressivité plus ouverte, d’autant qu’elle n’a pas digéré le revers subi il y a un an et demi avec son retrait du Liban imposé par les grandes puissances, France et Etats-Unis en particulier.


Irak/Iran : l’affaiblissement des Etats-unis et l’accentuation des tensions

Ce contexte d’aggravation des tensions entre Israël et la Palestine est particulièrement marqué par l’échec des Etats-Unis à imposer la "feuille de route" proposée par Bush en 2004 et par l’échec de leur politique dans tout le Moyen-Orient. L’Irak est un pays à feu et à sang, les attentats se succèdent à un rythme catastrophique, la guérilla anti-américaine ainsi que les luttes de factions entre Chiites, Sunnites et Kurdes s’exacerbent jour après jour, tandis que les Etats-Unis montrent de plus en plus leur impuissance. Après l’Espagne, l’Italie et la Roumanie s’apprêtent "à quitter le navire" en perdition. Washington, dont le nombre de soldats tués atteint les 2500 est d'autant plus devant la nécessité d’un retrait, qui laisserait derrière lui, en lieu et place de la "démocratie prospère" promise en 2003, une terre de désolation et de massacres, avec des cliques n’attendant que son départ pour se lancer dans une guerre à outrance. Le groupe terroriste Al Qaïda, à l’origine de la justification des offensives sur l’Afghanistan et l’Irak, est non seulement loin d’être anéanti, mais connaît une expansion sans pareil. Au point qu’en Irak même il mène une véritable surenchère, comme en témoigne l’exécution filmée et présentée sur internet de quatre diplomates russes le 25 juin dernier.

Mais c’est encore la question de l’Iran qui se trouve être une épine de taille dans le pied du colosse américain et un facteur de premier plan aujourd’hui dans l’aggravation des tensions guerrières. Le refus ouvert et provocateur de Téhéran de revenir sur son programme nucléaire contre les exigences américaines, a aggravé la position de faiblesse de Washington et renforcé celle de l’Iran dans ses velléités de prétendre à jouer les décideurs au Moyen-Orient. La situation de force de la fraction chiite au pouvoir en Irak ne peut que conforter le gouvernement iranien dans cette perspective. D’autant que le rapprochement actuel de l’Iran avec une Russie manifestant de plus en plus fortement ses propres prétentions à revenir sur la scène internationale comme challenger d’une Amérique en perte de vitesse, comme au "bon vieux temps" des blocs impérialistes, ne peut qu’alimenter l’agressivité iranienne.


Ce qui caractérise toute la situation actuelle, c’est le "no future", les destructions 1 toujours plus violentes et sans but. Chaque jour voit un pas en avant de plus vers le néant et montre avec plus d’évidence l’impasse que représente pour l’humanité le système capitaliste en pleine décomposition.


Mulan (30 juin)



1 En 2005, les dépenses militaires ont augmenté de 3,4% par rapport à 2004, et de 34% depuis dix ans ! !

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Récent et en cours: 

17e Congrès de RI : l'organisation révolutionnaire à l'épreuve de la lutte de classe

Le 17e congrès de la section du CCI en France s’est tenu au moment précis où se déroulait le mouvement de lutte des jeunes générations ouvrières contre la généralisation de la précarité. Le mouvement des étudiants contre le CPE exprime à ce jour le point le plus haut atteint par la reprise internationale des luttes ouvrières, qui vient de se confirmer à nouveau à Vigo en Espagne (voir RI n° 369).

La lutte de classe est entrée maintenant dans une nouvelle période. Face à cette situation, notre organisation se devait, en priorité, d’axer les travaux de ce congrès sur l’analyse et les exigences que posent une situation aussi importante. Le CCI se devait d’en saisir la dimension historique et internationale.

Les travaux de ce congrès se sont ainsi orientés clairement vers la compréhension de toutes les implications que cette lutte pouvait avoir sur notre activité, en particulier sur notre intervention. Dans cette situation, conscient de ses responsabilités, le congrès a pleinement rempli son devoir et ses tâches.

La présence à ce congrès, et sur notre invitation, d’une organisation révolutionnaire venue du Brésil prend alors toute sa signification politique. Il est indéniable que le milieu politique prolétarien est en train d’entrer dans une nouvelle phase de développement après celle que nous avons connue à la fin des années 1960 et au début des années 1970. C’est une donnée essentielle de la nouvelle période historique. Et c’est afin d’être à la hauteur des nécessités de cette nouvelle situation que notre organisation a proposé d’inviter le groupe brésilien Opposition Ouvrière1 (OPOP) à l’ensemble des travaux du congrès.


Le 17e congrès de RI tire les leçons de la lutte des jeunes générations

Dès 2003, nous mettions en relief qu’un tournant s’est effectué dans la lutte de classe internationale. Comme nous l’écrivions à l’époque, "les mobilisations à grande échelle, du printemps 2003 en France et en Autriche représentent un tournant dans la lutte de classe depuis 1989. elles sont un premier pas significatif dans la récupération de la combativité ouvrière après la plus longue période de reflux depuis 1968" (Revue Internationale n°119). Cette reprise de la lutte de classe s’avérait certes difficile, mais elle vient de connaître avec le mouvement des étudiants en France une avancée politique très importante. A l’issue de longues et riches discussions, le congrès a souligné toute l’importance de ce premier combat des jeunes générations de la classe ouvrière dans un texte rassemblant l’ensemble des caractéristiques et des leçons de ce mouvement. Les "thèses sur le mouvement des étudiants du printemps 2006 en France" furent ainsi adoptées par le 17e congrès de RI. Celles-ci mettent en avant que "Cette classe [la bourgeoisie] ne pourra supprimer toute l’expérience accumulée pendant des semaines par des dizaines de milliers de futurs travailleurs, le réveil politique et leur prise de conscience. C’est un véritable trésor pour les luttes futures du prolétariat, un élément de premier plan de leur capacité à poursuivre leur chemin vers la révolution communiste." ("Thèses" Revue Internationale n° 125). La dimension internationale de ce mouvement a clairement été développée dans les débats du congrès. Il en va de même bien sûr pour les leçons et l’expérience à en tirer. OPOP, pendant le congrès, s’est situé entièrement dans ce cadre : "… [la] préoccupation [de] l'internationalisme prolétarien (…) a été explicite dans la plupart des discussions, vu que la lutte de classe a été abordée, dans la plupart des interventions, sous un prisme internationaliste, même lorsqu'il s'agissait de la situation en France" (prise de position de OPOP sur les travaux du congrès de RI).


Solidarité et culture des débats : le CCI développe l’expérience de la Gauche communiste

Cette capacité à comprendre profondément la signification historique et internationale de la lutte des jeunes générations en France a trouvé également une concrétisation dans le renforcement de la cohésion interne du CCI. Ce congrès a manifesté une volonté profonde de clarification de la part de toutes les délégations du CCI et de tous les militants. Mais cette clarification n’est pas possible sans une vision et une vie prolétarienne interne toujours plus solide, marquée par un esprit profond de camaraderie dans les débats.

La solidarité, la confiance des camarades entre eux et envers l’organisation sont indispensables à une véritable culture prolétarienne des débats. Cette culture du débat, la volonté de confronter les arguments a été, pendant le congrès, tout particulièrement saluée par la délégation d’OPOP qui a pu, grâce à un climat fraternel dans les discussions, s’inscrire tout naturellement dans les débats : "Nous pensons que, suite aux débats qui ont déjà eu lieu entre nos deux organisations tant au Brésil qu'en France, il existe à présent des éléments permettant une activité commune, ou au moins des travaux communs, à chaque fois que cela sera possible et s'inscrira dans le développement de nos deux organisations avec en vue le développement de la conscience et de l'organisation des travailleurs du monde entier."

Une telle capacité de s’inscrire clairement dans l’activité du milieu politique prolétarien, comme on l’a vu au congrès, a été accueillie avec enthousiasme par notre organisation. Il est en effet nécessaire, malgré les désaccords qui peuvent persister entre organisations, que tout groupe du milieu politique prolétarien participe activement à la clarification, à l’élaboration théorique sur les problèmes centraux posés au prolétariat. Comme il est indispensable que doive être développée, face à des situations cruciales pour le prolétariat, une intervention commune. Contre tout sectarisme, immobilisme, opportunisme, et aux côtés du CCI, OPOP a manifesté une compréhension riche de promesses pour l’avenir : "Malgré quelques différences que nous avons perçues, traitées et approfondies dans les discussions et rencontres appropriées, nous tenons à mettre en évidence les points que nous avons en commun : nous sommes deux organisations qui appartiennent au camp du prolétariat, qui ne cherchent pas à disputer l'espace politique bourgeois, qui ne se font pas d'illusions sur les organisations syndicales qui sont enchaînées à l'Etat capitaliste mais qui les combattent." La démarche politique que manifeste OPOP dans ce passage de sa prise de position sur les travaux du congrès est sans équivoque. C’est cette même démarche que nous avons mise en avant depuis la fondation du CCI. C’est encore cette démarche qui, à l’image d’OPOP, va traverser les nouveaux groupes prolétariens , à l’opposé de celle qui a gangrené le milieu issu de la Gauche communiste depuis la reprise historique de la lutte de classe à la fin des années 1960.


Le congrès face aux responsabilités des révolutionnaires

Sur la base de ces débats notre organisation, tout en continuant d’être partie prenante du mouvement des jeunes générations contre le CPE, n’a pas manqué de tracer des perspectives d’activité pour l’avenir. Le congrès a clairement affirmé que c’est l’intervention qui doit orienter l’activité du CCI dans la période de remontée de la lutte de classe au niveau international. Mais dans ce domaine tout particulièrement, le présent ne s’oppose pas à l’avenir. La mobilisation intensive de l’organisation pour l’intervention dans les assemblées générales des étudiants comme dans les manifestations, a été un élément déterminant pour inscrire nos perspectives d’activité dans les besoins historiques de la lutte du prolétariat. Comme le démontre concrètement la lutte dans les universités et dans les lycées, les jeunes générations tout en luttant contre la dégradation des conditions de vie de toute la classe ouvrière ont immédiatement et simultanément posé des questions politiques plus larges : quelles perspectives offre le capitalisme à l’humanité ? Pourquoi le monde s’enfonce-t-il dans la misère et la guerre ? Répondre à ce questionnement qui se développe au sein des nouvelles générations doit être une des priorités de l’activité des révolutionnaires. Le congrès s’est fermement inscrit dans cette orientation d’activité. Ce sont ces orientations et ces discussions sur la lutte internationale du prolétariat et ses exigences tant de manière immédiate qu’à plus long terme qui ont été tout particulièrement soulignées par OPOP : " … nous sommes reconnaissants qu'il nous ait été permis de participer à une réunion où les préoccupations et les discussions ont été déterminées par la lutte de classe au niveau international, où s'est vérifié le fait que nous étions, depuis un certain temps déjà, en train de vivre une période historique de reprise du développement de la conscience de la classe ouvrière à l'échelle mondiale, et où enfin a été mise en évidence l'importance du rôle des nouvelles générations, qui n'ont pas été affectées par les faiblesses et les conditionnements politiques des précédentes, dans les luttes futures des travailleurs du monde entier. OPOP partage la vision qu'il existe une dynamique de reprise de la conscience, engendrée par l'aggravation de la crise du capitalisme et par la nécessité de réagir face à la précarisation engendrée par le système et qui est mise massivement en application au moyen des différentes réformes promulguées par l'Etat aux quatre coins de la planète.

Nous nous gardons cependant d'une vision trop optimiste à court terme, laquelle a peut-être existé au sein d'un congrès qui se déroulait à la chaleur de la lutte des étudiants et des travailleurs en France." Il est parfaitement clair qu’OPOP partage avec le CCI la compréhension de la reprise internationale de la lutte de classe amorcée en 2003, comme l’importance grandissante en son sein des jeunes générations. Par contre, nous voulons ici signaler le fait que notre organisation ne partage pas l’idée que le CCI, lors de ce congrès, aurait été trop "optimiste". Nous ne pouvons, dans le cadre de cet article, développer une réelle réponse à la remarque d’OPOP. Nous invitons les camarades à lire attentivement nos thèses qui développent et argumentent largement sur l’importance historique et internationale de ce mouvement à long terme. Cependant, nous voudrions dès à présent attirer l’attention sur la signification politique de la peur qu’a ressentie la bourgeoisie face à la possibilité d’extension du mouvement à l’ensemble de la classe ouvrière courant avril. C’est bien face à ce danger et à l’exemple qu’il pouvait représenter pour le prolétariat dans d’autres pays que la bourgeoisie a développé sa contre-offensive politique. En France, elle a été obligée de retirer le CPE après la grande manifestation du 4 avril. Dans d’autres pays d’Europe telle l’Allemagne, la classe dominante a dû mettre de côté, au moins pour un temps, les projets de lois équivalents au CPE. Cette réalité démontre le contenu hautement prolétarien de ce mouvement, son importance de façon immédiate mais plus encore pour les luttes futures.


La lutte de classe doit s’approprier la morale prolétarienne

Dans ce congrès, une discussion particulière a été développée sur l’évolution dans l’organisation d’un débat interne commencé au niveau international en juin 2004 sur les questions de l’éthique et de la morale prolétarienne. Cette discussion se révèle être cruciale pour le combat de l’ensemble de la classe ouvrière, mais également pour le renforcement de la vie de ses minorités révolutionnaires. Notre organisation, dès sa fondation, s’est préoccupée de ces questions. Mais cette préoccupation s’est manifestée d’une manière plus intuitive que consciemment assumée. Il nous aura fallu être confrontés aux comportements de voyous et de mouchards d’une petite association de malfaiteurs auto-proclamée de façon mensongère "Fraction Interne du CCI" pour que nous comprenions la nécessité de nous affronter théoriquement à la question de l’éthique en lien avec celle du comportement politique des révolutionnaires.

La dégénérescence des moeurs dans la société capitaliste, la montée du chacun pour soi et la décomposition du tissu social ont provoqué un développement indéniable du pessimisme sur les qualités humaines, un rejet, voire même un déni, de l’importance des valeurs morales qui distinguent l’espèce humaine du monde animal. L’Homme aurait toujours été et sera à jamais un loup pour l’Homme selon la célèbre formule de Hobbes. A cette vision nihiliste de la bourgeoisie à propos de la "nature humaine", les révolutionnaires se doivent d’opposer celle du prolétariat. A la vision de la négation de toute morale de la part de ce capitalisme décadent doit être opposée à la morale prolétarienne. C’est pour cela que depuis maintenant deux années, sur ce sujet, notre organisation développe en profondeur une réflexion et un débat théorique. Pour le marxisme, l’origine de la morale réside dans la nature entièrement sociale et collective de l’humanité. Connaître les origines de la morale, son évolution à travers l’Histoire est indispensable pour la capacité du prolétariat à développer la morale prolétarienne sous tous ses aspects. Dans ce sens, il est donc également nécessaire de se réapproprier la lutte du marxisme contre la "morale" bourgeoise.

C’est sur l’avancée de l’approfondissement théorique déjà effectué par l’organisation sur ces questions que le congrès a travaillé. Il a décidé de poursuivre ce débat afin que le fruit de cette élaboration théorique collective puisse être répercuté dans notre presse et transmise à l’ensemble de la classe ouvrière.

L’importance de la question de l’éthique et de la morale prolétarienne pour le combat de classe n’a pas échappé à OPOP. Cette organisation a manifesté pendant le congrès, à travers sa délégation, le désir de participer concrètement à ces discussions. Nous avons accueilli avec le plus grand intérêt cette initiative de OPOP : "Un autre aspect à souligner a été la discussion sur l'éthique. Il est salutaire qu'une organisation du prolétariat se préoccupe et s'implique dans la formation de ses militants, formation politique générale mais également concernant le comportement militant. Bien que nous n'ayons assisté qu'à des discussions relatives à des conclusions partielles d'une discussion qui (comme cela nous a été dit) se développe déjà depuis deux ans, nous avons pu percevoir une tentative d'approfondissement du sujet, qui est néanmoins exposée au risque d'une certaine fragmentation (ceci dit, nous n'avons pas connaissance de l'ensemble des discussions en cours)." OPOP exprime ici dans sa prise de position une compréhension en profondeur de l’importance politique de cette question. Il souligne avec raison qu’il a existé une certaine dispersion dans ce débat sur l’éthique pendant le congrès. Mais ce qui a pu apparaître fragmenté dans cette discussion est en fait le reflet de l’immensité de la tâche théorique à mener. Les questions de l’éthique et de la morale prolétarienne, celles sur la "nature humaine" nécessitent d’investiguer le champ des sciences afin d’en retenir ce qui peut enrichir la vision marxiste. Cela a toujours été une préoccupation du marxisme que de se tenir au courant et d’assimiler les avancées scientifiques et techniques de la civilisation humaine. Le travail d’Engels dans "La dialectique de la nature" en est, entre autres, une claire illustration. C’est ce même type de travail théorique que notre organisation s’est engagée à poursuivre aujourd’hui sur la question de la morale prolétarienne 2.


Les nouveaux groupes prolétariens surgissant dans cette période de remontée des luttes ouvrières exige du CCI qu’il assume pleinement ses responsabilités d’organisation de la Gauche communiste. L’organisation prolétarienne Opposition Ouvrière, qui a surgi dans les années 1980, est portée, dans sa dynamique, dans son ouverture au débat et à la confrontation sérieuse et fraternelle comme dans l’intervention commune des révolutionnaires, par la dynamique profonde de ce nouveau milieu. Face à l’émergence de ce nouveau milieu prolétarien, le CCI continuera à assumer ses responsabilités, dans le même état d’esprit qu’il l’a fait dans ce congrès et que OPOP a salué : "Nous avons eu le très grand honneur de participer, au printemps de cette année, au congrès de la section du CCI en France. Nous avons assisté, en tant que groupe invité, au déroulement des travaux du congrès que nous avons suivis attentivement, avec la possibilité d'intervenir à chaque fois que nous l'avons jugé nécessaire."

Le CCI se doit d’être un élément moteur du pôle de clarification et de regroupement pour les forces révolutionnaires dans l’avenir. L’expérience accumulée par le CCI en matière de conception de l’organisation et de fonctionnement est un élément indispensable aux nouvelles organisations prolétariennes. Un congrès est un moment essentiel de la vie d’une organisation révolutionnaire dans lequel se manifeste concrètement la conception organisationnelle de celle-ci. "A l'ordre du jour du congrès du CCI figurait un bilan de l'activité de l'organisation, discussion grâce à laquelle nous avons pu découvrir grandement le fonctionnement de cette organisation, avec la possibilité d'en retirer des enseignements pour notre propre vie politique, comme la manière dont on traite de la presse révolutionnaire, l'importance et l'utilité d'Internet, un instrument supplémentaire au service de la propagande et d'une intervention réellement prolétarienne" (OPOP). C’est cette expérience de notre vie interne que le congrès s’est efforcé de transmettre à OPOP.

Après plus de dix années de tendance à l’isolement des groupes issus du courant de la Gauche communiste, le développement actuel de la vague internationale de luttes ouvrières ouvre la perspective d’un nouveau pôle de regroupement à l’échelle internationale. La présence d’OPOP au 17e congrès de RI, sa participation fraternelle aux débats, sa volonté de poursuivre la discussion avec le CCI, constituent une claire illustration de la dynamique de remontée de la lutte et de la conscience de classe à l’échelle internationale.

CCI




1 Ce groupe, avec lequel le CCI développe une relation de discussion et collaboration politiques, appartient clairement au camp du prolétariat du fait en particulier de son engagement dans le combat internationaliste en vue de la victoire du communisme. Il démontre par ailleurs une clarté significative concernant la nature des syndicats et la mystification démocratique et électoraliste. Pour consulter son site : http://opop.sites.uol.com.br/

2 Le compte-rendu que nous pouvons faire ici de ces deux années de débat, sur lequel le congrès a fait le point, ne peuvent évidemment pas être développé dans le cadre de cet article. Le CCI publiera très prochainement un texte reflétant les premières avancées de son débat sur cette question.

Conscience et organisation: 

Courants politiques: 

Kermesse de "Lutte Ouvrière" : un discours radical pour mieux tromper les ouvriers

Lutte Ouvrière a tenu, comme chaque année lors du week-end de Pentecôte, sa grande fête dans le parc de son château. Cet événement est toujours une sorte d’immense kermesse où règnent barbe à papa, chamboule-tout et autres réjouissances. Mais encore une fois, l’attraction principale fut sans conteste les inimitables discours contorsionnistes tenus par LO, maniant d’un côté une phraséologie radicale et combative pour de l’autre saper toute volonté de lutte en rabattant les ouvriers vers les ‘solutions’, en forme d’impasse, de la gauche. Il fallait entendre les envolées made in LO (l’organisation partie prenante de toutes les élections et de tous les combats syndicaux) fustigeant sans pitié PS, PC, Verts et syndicats, dénonçant les élections comme un piège ou applaudissant les “jeunes” qui, dans le mouvement contre le CPE, ont pu faire reculer le gouvernement.


Lutte Ouvrière soutient les étudiants comme la corde soutient le pendu

Les centaines de milliers d’étudiants auparavant en lutte étaient évidemment absents de cette fête, témoignant par là même leur indifférence voire leur méfiance à l’égard d’Arlette et de sa bande. Seule une poignée d’étudiants ont participé aux différents débats. La fameuse “Cité politique” était cette année un ghetto relégué aux fins fonds du terrain, bien à l’écart de tous les stands. Quant aux nombres de débats, ils étaient réduits comme peau de chagrin. Cette morosité contrastait ainsi furieusement avec l’effervescence des manifestations et les discussions enflammées des AG qui se tenaient seulement quelques semaines plus tôt dans les universités.

Le résultat de tout son travail de racolage parmi les étudiants est plutôt maigre pour LO qui avait pourtant fait une large publicité dans les facs autour de la présence de la compagnie de théâtre “Jolie Môme” qui est venue donner un spectacle autour de chants révolutionnaires (et gauchistes).. C’est donc avec d’autant plus de véhémence que l’organisation trotskiste a mené une véritable “opération séduction” envers les rares proies venues à elle. Ainsi, lors du forum du dimanche intitulé “Après le mouvement anti-CPE, quel bilan ?” et constituant le débat phare du week-end, LO a salué très chaleureusement la lutte contre le CPE, vantant même l’ingéniosité et la combativité des étudiants. Pas une seule critique ne fut formulée. Le présidium est allé jusqu’à organiser le tour de parole comme le faisaient les étudiants dans leurs AG en donnant 3 minutes à chaque intervenant alors que dans tous les autres forums LO laissait parler et surtout coupait les intervenants… à sa guise. Mais à y regarder de plus près, c’est-à-dire en déchirant ce voile de flagorneries, c’est en fait à une véritable entreprise de démolition de la signification de la lutte des étudiants que LO s’est attelée.

Pas un mot sur les assemblées générales qui ont constitué le poumon du mouvement, le lieu où les étudiants ont pris en main leur lutte, ont discuté et se sont organisés collectivement. Pas un mot sur l’ouverture de ces AG aux travailleurs actifs ou retraités. Pas un mot non plus, sur le choix des revendications communes à tous les ouvriers. LO a donc mis sciemment de côté tout ce qui constituait la force du mouvement contre le CPE. Par contre, le présentateur en a fait des tonnes sur des questions totalement secondaires, focalisant ainsi l’attention, par exemple, sur la tactique du blocage des facultés (question qui, sous la houlette gauchiste, a déjà paralysé des AG durant des heures pendant le mouvement).

L’hypocrisie de LO fut d’ailleurs vite révélée par les interventions des quelques étudiants n’appartenant ni à LO ni à la LCR. Un étudiant qui avait participé à la lutte s’est ainsi fortement étonné d’entendre l’organisation trotskiste soutenir ici en parole la volonté et les tentatives d’extension du mouvement des étudiants aux travailleurs salariés alors que dans les faits cette même organisation s’y était opposée dans certaines universités. Ainsi, cet étudiant nous a appris (ce qui n’était pas pour nous étonner) qu’à la faculté de Jussieu à Paris, une délégation d’étudiants avait en effet pour mandat d’aller chercher la solidarité chez les travailleurs du bâtiment qui travaillaient dans les locaux de la fac. Des militants de LO les ont découragés en s’opposant ouvertement à cette initiative avec l’argument suivant lequel cette lutte n’était pas une grande lutte et qu’elle ne concernait pas toute la classe ouvrière ! Cet exemple de sabotage de l’extension du mouvement aux travailleurs est on ne peut plus parlant et dévoile ouvertement la nature anti-ouvrière et la duplicité de l’organisation d’Arlette Laguiller.

 

Lutte Ouvrière divise pour mieux régner

Ce sabotage de l’extension n’est pas une erreur locale ou individuelle, elle résulte de la politique générale et permanente de LO. Cette organisation de l’extrême gauche du capital, malgré ses beaux discours, a toujours cherché à diviser les ouvriers, en les enfermant dans leur secteur ou leur entreprise (comme ce fut le cas par exemple lors de la grève de la SNCF en 1986 ou celle des hôpitaux en 1988). Les forums de boîte organisés lors de cette kermesse annuelle en sont encore une illustration : les “débats” étaient disséminés aux quatre coins de la fête et polarisés sur une entreprise particulière et sur “ses” problèmes particuliers.

Par exemple, lors de la discussion dans le forum de l’usine Citroën d’Aulnay, il n’était absolument plus question du CPE et de la lutte des étudiants. Pourtant les interventions du CCI ont rappelé l’importance de ce mouvement pour toute la classe ouvrière, y compris pour les ouvriers de l’usine Citroën d’Aulnay. La réponse de LO fut intraitable : “Ce qu’ont fait les étudiants c’est très bien, mais ce n’est absolument pas possible pour le reste de la classe ouvrière car les ouvriers ne sont pas prêts à se battre”. Et nous pouvons ajouter : surtout quand il sont encadrés par LO ! Les AG souveraines, la nécessité de se battre de façon unie et solidaire quels que soient les secteurs… tout cela fut rejeté d’un revers de main par les porte-parole de LO. Et notre intervention rappelant la lutte des ouvriers métallurgistes de Vigo, en Espagne, où les travailleurs ont mis en pratique les méthodes de lutte des étudiants en France et sont allés chercher la solidarité par délégations massives de 600 ouvriers auprès de l’usine la plus proche, à savoir Citroën 1 ( !), tout cela fut purement et simplement ignoré comme quantité négligeable par LO. Mieux encore, dans ses interventions suivantes, LO a lourdement insisté sur l’absence de combativité de l’usine Citroën d’Aulnay, et sur les efforts “herculéens” qu’il faut aux syndicats pour simplement réussir à faire débrayer “les gars” une heure. Notons au passage que toutes les actions préconisées dans ce forum de boîte soulignaient la nécessité d’utiliser les syndicats alors qu’une centaine de mètres plus loin, devant les étudiants, LO sortait la version radicale de son discours, allant même jusqu’à affirmer que les syndicats sont des organes réactionnaires appartenant à la bourgeoise et cela… “depuis trois quart de siècle !”. Voilà encore un bel exemple du double langage de LO.


LO et les élections : “voter ne sert à rien mais surtout votez quand même”

Ne reculant devant aucun mensonge et autre manipulation, LO a sorti la grosse artillerie tant contre l’ensemble de la gauche que sur les élections.

Dans son forum consacré à juin 1936, LO a dénoncé la politique anti-ouvrière des forces de gauche sous le Front populaire, sous Mitterrand, sous Jospin…, affirmant qu’il ne fallait avoir aucune illusion de ce côté pour l’avenir. Rappelons brièvement, et entre autres exemples de collaboration, que LO a appelé à voter Mitterrand en 1974 et en 1981 ! Poussant le bouchon encore un peu plus loin, lors du traditionnel débat de sa kermesse entre LO et la LCR, l’organisation de Laguiller a critiqué avec une grande virulence la participation de la LCR, en pleine lutte contre le CPE, à des meetings unitaires réunissant le PS, le PC, la LCR, les Verts, alors qu’elle-même était présente à cette communion de la gauche “plurielle” comme on a pu le voir par exemple à Toulouse et à Lyon ! 2 C’est preuve à l’appui que nous avons dénoncé ces mensonges éhontés en sortant par deux fois, durant les débats, les affiches de ces fameux meetings au bas desquels le logo “LO” apparaissait au côté de ceux de toutes les autres organisations de gauche et d’extrême gauche .

Quant à la question électorale, l’hebdomadaire de LO vendu à la fête étalait en titre : “Le changement ne viendra pas par les urnes”. Cela prête évidemment à sourire quand on sait que l’icône Arlette est de toutes les élections depuis 1974. Finalement, LO a faite sienne la maxime chiraquienne “plus c’est gros, mieux ça passe”. Le but de ce titre si “radical” est en fait d’emmener les plus sceptiques vers les urnes, mine de rien. Les discours quotidiens de Madame Laguiller lors de cette fête n’ont d’ailleurs cessé de marteler l’objectif de 2007, récolter le plus de voix possible, en maniant à merveille le double langage : “Les élections à venir l’année prochaine, présidentielle et législatives, sont un épiphénomène. Mais c’est une occasion de défendre devant un public large les objectifs politiques qui aujourd’hui correspondent aux exigences et aux aspirations des travailleurs et à leurs intérêts politiques” ou encore “plus ils [les ouvriers] seront nombreux [à voter], plus cela aidera les luttes indispensables”.

Les élections ne sont pas un “épiphénomène” ; elles sont l’instrument majeur de la bourgeoisie pour faire croire à la classe ouvrière que grâce au vote, elle peut s’exprimer et changer les choses. Les élections ne sont pas un moyen pour préparer les luttes, elles en sont au contraire le frein principal. C’est pourquoi la bourgeoisie et son Etat font autant de bruit autour des élections ; c’est pourquoi des pubs passent à la télé proclamant “votez, votez pour n’importe qui, mais votez”. LO participe ici pleinement à cette propagande. Le message qu’elle ne va cesser de marteler durant les 12 mois qui nous séparent de l’élection présidentielle de 2007 sera donc en chuchotant “le changement ne viendra pas par les urnes” pour mieux clamer haut et fort “alors surtout votez” !


Telle est la politique bourgeoise de Lutte Ouvrière. Si cette aile gauche du capital se tape aujourd’hui si fort sur la poitrine en criant “vive la lutte !” devant les éléments les plus combatifs de la classe ouvrière, en particulier les jeunes générations, c’est pour mieux saper la confiance et l’unité de l’ensemble du prolétariat, sur le terrain, en répétant quotidiennement dans les boîtes qu’il ne se passe rien ailleurs, que les “gars” ne sont pas motivés et que finalement, pour rependre LO, “dans ces conditions, il ne reste plus qu’à s’en remettre aux syndicats pour organiser quelques débrayages et aller voter pour se faire entendre”.

Mais la réalité, c’est bien au contraire que la classe ouvrière est en train de retrouver le chemin de sa lutte, que partout sur la planète elle développe sa solidarité et sa combativité, n’en déplaise à LO.

Pawel


Courants politiques: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

A propos du film "Le cauchemar de Darwin" : la recherche du profit est un cauchemar pour l'humanité

Le dernier film documentaire du réalisateur autrichien Hubert Sauper, Le cauchemar de Darwin, sorti dans les salles de cinéma en 2005, est rapidement devenu un succès international. L’avalanche de prix qu’il a reçue de Chicago à Venise (en passant par Copenhague, Montréal ou Fribourg), ainsi que ses multiples diffusions cette année sur la chaîne Arte, en témoignent.

La raison d’un tel succès est simple à comprendre : pas une seule âme, à moins d’être sèche comme la pierre, ne peut rester insensible devant ce film choc qui nous livre les images brutes et effroyables de Mwanza, petite ville de Tanzanie accrochée sur les bords du lac Victoria. Là-bas, les usines consacrées à l’exploitation industrielle d’un poisson hors normes, la perche du Nil, côtoient une population réduite aux dernières extrémités de la misère. Les ravages causés par la faim et le sida sont tels qu’ils déversent sans tarir des flots d’orphelins dans les rues de la ville ; des mômes qui se bagarrent entre eux jusqu’au sang pour une miraculeuse poignée de riz et se shootent avec la colle récupérée sur des emballages en plastique afin de chasser la peur lorsque tombe la nuit, propice à toutes sortes de violences.

En Afrique, la famine, les épidémies et les guerres semblent s’étendre sans jamais prendre de pause. La mort est certainement la seule à faire ripaille sur ce continent. Cela n’est un secret pour personne… sauf peut-être pour François Garçon, historien du cinéma et l’un des rares critiques à avoir porté une charge virulente, dans la revue Les Temps modernes, contre le documentaire de Sauper. Pour cet hurluberlu, le film est beaucoup trop "catastrophiste" : "Exit les contrastes sociaux intra-africains… les immeubles modernes, tous signes de modernité industrielle qui contrarient la thèse ultra-misérabiliste d’une Afrique scotchée au Malheur, cliché conforme il est vrai à l’attente du spectateur occidental.". Il en est par contre qui, portés par un irrésistible élan négationniste, n’ont pas oublié d’être conformes au cliché de l’imbécile heureux !

Dans le fond, Le cauchemar de Darwin ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà. Mais, ce que l’on sait il nous le montre et cela suffit pour nous glacer le sang. Le cauchemar est bien réel et nous vivons dedans. Mwanza est le reflet de l’Afrique, et l’Afrique en cendres et décharnée, c’est le sort que le capitalisme en faillite réserve à toute l’humanité.

Dans une interview, H. Sauper disait  :"Je viens de soulever le couvercle de notre poubelle collective et quand on voit ça, ça pue à mort." Mais, contrairement à ce qu’il semble croire, il n’a pas soulevé le couvercle d’une poubelle planquée dans un débarras, un recoin honteux du capitalisme ; ce qu’il a soulevé, c’est le couvercle posé sur le visage atroce du monde dans lequel nous vivons et l’avenir qu’il prépare. Depuis longtemps, les rives du lac Victoria sont considérées comme étant le berceau de l’humanité ; il est fort probable que sous le règne du capitalisme elles en préfigurent le tombeau.


Le capitalisme sème la famine

825 millions de personnes dans le monde sont en état de sous-alimentation et chaque année ce sont 5,6 millions d’enfants qui meurent de dénutrition principalement en Afrique et en Asie du Sud. La main osseuse de la faim frappe impitoyablement et s’abat sur un nombre sans cesse croissant d’êtres humains. En Tanzanie, au Niger et ailleurs, les hommes en sont réduits à creuser les termitières dans le maigre espoir de recueillir les quelques grains de blé ou de mil stockés par les insectes. A part çà… "tout va bien !", si l’on en croit notre critique burlesque F. Garçon mais aussi la délégation de la commission européenne que l’on voit dans le film en visite à Dar-es-Salaam. Cette ribambelle d’ambassadeurs et de représentants d’Etats-membres, en admiration devant les infrastructures industrielles pour l’exploitation de la perche, nous lance, avec un splendide cynisme, un …"c’est vraiment génial !".


Monsieur Garçon disait vouloir du contraste, et pourtant en voilà un qu’il a feint de ne pas voir. Dans Le cauchemar de Darwin, Sauper braque sa caméra sur une usine de découpe et de conditionnement de la perche. Selon le patron de l’usine, Mwanza produit "au minimum" 500 tonnes de poissons par jour. Les avions cargo Iliouchine, affrétés par une compagnie russe, embarquent jusqu’à 55 tonnes de filets de perche vers les marchés européens. Chargés jusqu’à la gueule, ces géants des airs sont parfois même incapables de décoller et s’abîment dans le lac ou se brisent à proximité des habitations. Malgré cette production massive de nourriture, la population de Mwanza et celle de l’arrière-pays crève inexorablement de faim. Les plus "chanceux" d’entre eux pourront toutefois se payer le "luxe" de s’offrir les carcasses de poisson putréfiées qui, une fois passées à la friture, seront consommées. Comme disent Messieurs les ambassadeurs… "c’est vraiment génial !"

François Garçon ne voit toujours pas le problème et pourtant, un enfant de 7 ans saurait voir la terrible contradiction. Dans une interview accordée au site comme au cinéma.com, Sauper dit : "Encore une chose bizarre, dans une région où les gens meurent de faim, où les enfants ont le ventre gonflé par le manque de protéines. J’ai alors posé cette question naïve qui est devenue la base du film : comment se fait-il que cette nourriture s’envole d’un endroit où les gens ne mangent pas ? La réponse était très simple, la bonne nourriture va là où on est capable de payer…".

Quand Sauper fait remarquer au propriétaire de l’usine, d'où sortent des tonnes de filet de poissons chaque jour, qu’il y a une famine en Tanzanie, ce dernier lui répond sans se démonter : "la pluie… il y en a eu peu" et "le riz a besoin de beaucoup d’eau". C’est mot pour mot le discours officiel que nous tient la classe dominante. "Il y a une famine ?...et bien ce doit être la faute à pas de chance", "le sort qui s'acharne", en un mot "la fatalité". Ici, les experts bourgeois nous expliquent "savamment" qu’ "une pluviométrie insuffisante entraîne la sécheresse des sols et au final de mauvaises récoltes, c’est logique"…la belle affaire !

"D’autres fois ce sont les invasions de criquets pèlerins qui dévorent tout sur leur passage". Il fallait oser le dire… la famine à cause des criquets ! ? ! Il ne manque plus que Charlton Heston, les grenouilles et la grêle pour que la bourgeoisie nous rejoue Moïse et les 10 plaies d’Egypte.

Que les récoltes soient abondantes ou non n’a jamais été le problème. Dans l'économie capitaliste, les capacités de production ne sont absolument pas en cause. Le problème c’est qui va pouvoir acheter les marchandises produites, le fruit des récoltes et les tonnes de poissons de Mwanza ?

Le capitalisme a développé à un tel niveau la production industrielle qu’il pose la possibilité technique de produire suffisamment pour répondre aux besoins les plus vitaux de l’humanité. Il a développé ce potentiel mais sa limite historique réside dans le fait qu’il est tout bonnement incapable de le réaliser concrètement, de nourrir toute l’humanité, parce que ce système n’écoule ses marchandises que si on les lui achète, que s’il existe un marché solvable sur lequel il sera possible de réaliser des profits. Et nous sommes là au cœur de ce qui cause la faillite du capitalisme, la crise (inédite dans l’Histoire) de surproduction. "Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie" 1 par rapport à ce que peuvent contenir ses règles de fonctionnement économique, elle menace de faire sombrer le monde jusqu’au dernier degré de la barbarie et de la misère.


Là où passe le capital l’herbe ne repousse pas

Non seulement le capitalisme en crise emporte tous les jours et par grandes brassées des vies humaines mais en plus il transforme, à petit feu, la planète en une immense plaine brûlée et stérile.

Là aussi, Le cauchemar de Darwin nous donne un exemple édifiant. L’introduction (dans les années 1950) et l’exploitation industrielle de la Perche du Nil se sont faites sans aucune considération quant à la pérennisation des ressources du lac Victoria. Les perches, de nature carnivore, après avoir mangé toutes les autres espèces se mangent désormais entre elles ! Selon les scientifiques de l’International Center for Research in Agroforestry de Nairobi, le lac Victoria, le plus grand lac tropical du monde, deviendra un point d’eau mort avant les années 2050. Mais qu’importe, le capital ne voit que son profit immédiat et pour le reste il se dit "après moi, ça peut bien être le déluge". C’est de cette façon que raisonne le bras droit du patron de l’usine de Mwanza lorsqu’il fait la remarque qu’ "une fois introduite, la perche a dévoré les autres poissons mais économiquement c’est bon". Voilà tout ce qui compte aux yeux du capitalisme…qu’économiquement cela soit bon. "Le capital abhorre l’absence de profits ou un profit minimum comme la nature a horreur du vide. Que le profit soit convenable, et le capital devient courageux : 10% d’assurés, et on peut l’employer partout, 20% il s’échauffe ! 50% il est d’une témérité folle ; à 100% il foule aux pieds toutes les lois humaines ; 300% et il n’est pas de crime qu’il n’ose commettre, même au risque de la potence." (P.J Dunning, cité par Marx dans le Livre I du Capital).

Les conséquences d’une telle logique sont évidemment catastrophiques pour l’environnement. Le capitalisme fait si peu de cas de l’avenir de l’espèce humaine et de son milieu de vie naturel que cette potence qu’il dresse servira avant tout à pendre l’humanité tout entière.


Le cauchemar pour l’humanité, c’est le monde capitaliste

"Montrer sans rien dire", c’est la recette cinématographique des films de Sauper. C’est aussi le meilleur moyen pour ne pas dire d’âneries. Mais tôt ou tard, il faut bien répondre aux interviews et faire des commentaires, et là les choses se gâtent… "tout les débats autour de ce film c’est sur la mondialisation" ; voilà poindre timidement le fond de la critique d’Hubert Sauper. Finalement, son cauchemar, ce n’est pas l’ordre capitaliste mais sa "dérive libérale"… la tarte à la crème préférée de la bourgeoisie pour nous faire gober qu'avec une réforme de-ci de-là, le capitalisme pourrait être un monde meilleur, loin de ce cauchemar quotidien. L’ennui, c’est que ce ne sont pas les bons sentiments qui régissent ce système mais l’intraitable loi du profit et de son accumulation. Changer cette loi implique inévitablement de changer de système.

Mais Sauper est si attaché à l’ordre capitaliste (comme tout altermondialiste qui se respecte) que d’après lui : "L’éternelle question qui consiste à se demander quelle structure sociale et politique est la meilleure pour le monde semble avoir trouvé une réponse. Le capitalisme a gagné. Les sociétés futures seront régies par un ‘système consumériste’ perçu comme ‘civilisé’ et ‘bon’. Dans le sens darwinien le ‘bon système’ a gagné. Il a gagné en convainquant ses ennemis ou en les éliminant."

Cela valait vraiment la peine de faire un film dénonçant les contradictions les plus criantes d’un mode de production qui, contrairement à la perche, n’a ni queue ni tête, pour conclure que ce même système est le nec plus ultra, le produit fini de l’évolution des sociétés humaines.

Le capitalisme serait donc le compétiteur le mieux adapté… oui, mais à quoi ? Parce que s’il existe un système devenu complètement inadapté à l’existence des êtres humains c’est bien le capitalisme.

Dans la longue évolution des sociétés humaines, le mode de production capitaliste a représenté une étape cruciale et décisive car, en décuplant les forces productives par son industrie, il a créé les conditions matérielles pour l’apparition d’une nouvelle société. Une société capable de dépasser toutes les contradictions mortelles du capitalisme parce qu’elle ne produira pas pour réaliser des profits mais pour répondre aux besoins des hommes.

Le capitalisme n’a pas gagné. Loin de là. Chaque jour, il nous montre ses limites et la nécessité de le renverser.

Au beau milieu de ce cauchemar, il y a bel et bien une lueur d’espoir, celle que porte la classe ouvrière au travers de ses luttes : la promesse de cette nouvelle société que sera le communisme.


Azel (21 juin)

1 Manifeste Communiste.

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Dubaï, Bangladesh : La classe ouvrière se révolte contre l'exploitation capitaliste

Dubaï, l’un des sept Etats des Emirats Arabes Unis, est un vaste chantier immobilier, alternant constructions d’immeubles de bureau et manufacturiers.

Entre autres "merveilles" du gigantisme architectural capitaliste, c’est là que se construit un des fleurons du capitalisme débridé, la plus grande tour du monde, la Durj Dubaï Tower. Les ouvriers, en leur totalité immigrés et en majorité d’Inde et du Pakistan, qui travaillent dans ce gigantesque chantier permanent y subissent des conditions d’exploitation et de vie effroyables. Sous-payés (70 euros les "bons" mois) quand ils le sont, maltraités par les employeurs, sans jours de congés ni vacances, les accidents de travail y sont particulièrement nombreux et le taux de suicide impressionnant. Malgré la répression, le flicage et l’interdiction de faire grève, ils ont cependant commencé depuis plusieurs mois à se révolter. Ainsi, des grèves sporadiques éclatent régulièrement depuis l’automne dernier. Au mois de mai, cette poussée de la combativité ouvrière a conduit plusieurs milliers d’entre eux à manifester leur colère dans une véritable révolte : les 2500 ouvriers travaillant dans la tour ont affronté pendant deux jours les patrons et la police, ravageant les bureaux et les voitures de chantiers. Le lendemain, dans un mouvement spontané, des milliers d’ouvriers de l’aéroport international de Dubaï, se mettaient en grève en solidarité avec les travailleurs immigrés victimes de la répression.

Cette vague de luttes ouvrières a touché également d’autres pays tel le Bangladesh 1 où 1,8 million d’ouvriers du textile et de la confection, dont 90% de femmes, concentrés dans des zones industrielles et autour de la capitale, Dhaka, se sont engagés dans une série de grèves sauvages massives et simultanées. Du 20 mai au 6 juin, ce sont différents centres industriels qui ont été touchés de façon répétée par cette vague de grèves, qui a pris un caractère de violence permanent du fait de la répression d’une férocité inouïe à laquelle s’est livré le pouvoir bengali. Trois ouvriers ont été tués, trois mille autres blessés par balles, et plusieurs milliers emprisonnés. Des dizaines de milliers d’ouvriers s’étaient mobilisés dans un mouvement de grève qui s’est répandu comme une traînée de poudre pour protester contre les salaires et les conditions de travail : 15 euros mensuels, pas de congés, pas d’hygiène, viols des ouvrières, etc. Partis d’une usine de Sripur, dans la banlieue de la capitale, des émeutes se sont propagées vers Dhaka, entraînant la fermeture de centaines de manufactures. Pour mieux les matraquer, les forces de répression policières, militaires et paramilitaires, ont tenté d’enfermer les ouvriers dans certaines usines (où l’eau potable avait été coupée !). La violence des affrontements entre les ouvriers et les forces de l’ordre a été telle que 14 usines ont été brûlées et plusieurs centaines saccagées.

En refusant de répondre aux revendications des grévistes, le gouvernement, bien qu’il ait essayé de jouer la carte syndicale, n’a pu faire rentrer les ouvriers au travail qu’en déclenchant une répression encore plus sauvage.

Ce qui a caractérisé ce mouvement, comme celui de Dubaï, c’est l’extrême combativité des ouvriers, leur volonté de s’unir le plus largement et le plus massivement possible, contre la répression et l’exploitation, et leur détermination à refuser l’esclavage barbare du capitalisme.

Ces combats, malgré leurs limites dues au manque d’expérience du prolétariat dans les pays périphériques, en annoncent d’autres car, face à l’aggravation de la crise économique mondiale la bourgeoisie ne peut que continuer à sur-exploiter les ouvriers de ces pays et à les enfoncer dans une misère toujours plus grande. C’est justement face cette perspective de développement des luttes ouvrières dans cette région du monde comme dans tous les pays que, au Bangladesh, le gouvernement et les patrons, qui interdisent ordinairement la présence des syndicats quels qu’ils soient dans les entreprises du textile, les ont appelé à la rescousse pour "organiser", c’est-à-dire étouffer, le mouvement.. C’est la même politique que la classe dominante a mise en place à Dubaï, où même un gouvernement aussi réactionnaire que celui des Emirats Arabes Unis a dû proposer un projet de loi pour autoriser la formation de syndicats dans les entreprises afin qu’ils puissent servir de contre-feu dans les inévitables combats de classe à venir.

La répression féroce et tragique des luttes ouvrières dans les pays de la périphérie du capitalisme constituent un appel à la responsabilité des bataillons les plus concentrés et expérimentés du prolétariat mondial, ceux des pays centraux d’Europe occidentale. Les prolétaires de ces pays doivent partout manifester leur solidarité envers leurs frères de classe sauvagement matraqués par la soldatesque de l’Etat capitaliste. Et cette solidarité, ils ne pourront la faire vivre qu’en développant massivement leurs luttes contre les attaques incessantes qu’ils subissent aussi de la part de "leur propre" bourgeoisie nationale et son Etat "démocratique". Ils ne doivent jamais oublier que cet Etat "démocratique" occidental et "civilisé" n’a pas hésité à envoyer ses propres flics, ses CRS et ses gardes mobiles, contre les enfants de la classe ouvrière qui se sont mobilisées en France, à la même période, contre le chômage et la précarité. Le développement massif de cette solidarité de classe dans les pays les plus industrialisés est la seule force qui puisse ouvrir une perspective d’avenir pour toute la classe ouvrière mondiale. Et cette perspective en vue du renversement du capitalisme ne pourra s’affirmer clairement que lorsque la classe ouvrière des pays "démocratiques" sera capable de briser les remparts du capital que sont les appareils syndicaux et leurs appendices gauchistes.

Mulan (30 juin)

1 Voir l’article de notre section en Inde, Communist Internationalist (en anglais).

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Courrier de lecteur : le mouvement contre le CPE n'était pas un feu de paille

Nous publions ci-dessous, suivi de notre réponse, un extrait d’un courrier de lecteur qui exprime certains désaccords avec notre analyse du mouvement des étudiants contre le CPE.

"Tant que les secteurs centraux de la classe ouvrière ne bougeront pas massivement leur cul en tant que tels, dans les assemblées, dans des meetings, des manifs de rue, sur des mots d’ordre unitaires, politiques donc et internationalistes, il n’y aura de perspective pour personne, pour aucune partie du prolétariat ou assimilée, aussi bien jeune que vieille, et encore moins de la part et pour celles qui sont à la périphérie, c’est-à-dire soit en partie noyées, influencées dans et par la petite bourgeoisie dans les lycées et les universités, soit en partie gangrenées et influencées par les éléments du lumpen prolétariat dans les cités (…) ‘la jeunesse scolarisée et cultivée’, qui à mon sens, a été très bien et très intelligemment encadrée par les syndicats, s’est montrée combative et solidaire, mais aussi plutôt massivement légaliste et démocratique dans ses actes et ses propos (…) ‘cette jeunesse exemplaire’ a été opposée à la ‘jeunesse violente et inculte’ qui a manifesté il y a peu - et manifestera encore – sa révolte, son manque de foi dans le passé, le présent et l’avenir, en brûlant des écoles, des gymnases, des entrepôts, des entreprises (…). Ces deux ‘mobilisations’ étant à mes yeux :

  • symptomatiques, annonciatrices de grands mouvements ;
  • anti-capitalistes, ouvrières par certains côtés, mais fortement limitées, chacune à leur manière, et ceci tant que le gros des rangs ouvriers ne se bougera pas, ne montrera pas sa force, ne tracera pas une autre voie… quelque part en Europe… Mais je peux me tromper et donc… je reste ouvert pour me laisser détromper."


Notre réponse

Bien que ce lecteur affirme à la fin de sa lettre que le mouvement des étudiants contre le CPE était anti-capitaliste et de nature ouvrière, il tend néanmoins à en minimiser l’importance du point de vue de la contribution remarquable qu’il a apportée à la dynamique de la lutte de classe.

La différence entre le mouvement contre le CPE et les émeutes des banlieues

Notre lecteur affirme à juste raison que la lutte des étudiants et lycéens contre le CPE, tout comme les émeutes des jeunes des banlieues en novembre dernier, étaient "symptomatiques, annonciatrices de grands mouvements". Elles sont avant tout symptomatiques de l’absence de perspective que porte en lui le capitalisme. Elles sont le produit de l’impasse historique d’un système qui n’a aucun avenir à offrir aux enfants de la classe ouvrière. En ce sens, ces "deux mobilisations" étaient tout à fait légitimes. Néanmoins, leur nature de classe ne peut se comprendre à partir d’une démarche sociologique consistant à opposer la jeunesse "scolarisée et cultivée" et la "jeunesse inculte et violente". Le problème ne se situe pas sur le plan du niveau "culturel" des nouvelles générations mais sur le plan des méthodes que ces "deux mobilisations" ont employé pour manifester leur colère contre le "no future" que leur impose le capitalisme. Ainsi, les méthodes utilisées par les jeunes des cités ouvrières consistant à incendier les voitures de leurs voisins, les écoles, les gymnases des quartiers populaires sont une illustration du désespoir dans lequel ils sont plongés, un désespoir qui sape toute prise de conscience d’appartenir à la même classe que ceux qui ont été les principales victimes de leur violence aveugle. Ces émeutes ne pouvaient déboucher sur aucun mouvement de solidarité de la part de la classe ouvrière. Ces explosions de colère n’ont pas été en mesure de créer des lieux de discussion et de réflexion ouverts à toute la classe ouvrière. Au contraire, les méthodes désespérées des jeunes émeutiers ont créé un sentiment de peur et de repli sur soi de la part de la grande majorité des travailleurs. Même si de nombreux ouvriers pouvaient "comprendre" la colère de ces jeunes exclus, à aucun moment, ils ne se sont reconnus dans de telles méthodes parce qu’elles n’appartiennent pas à la lutte de classe. Et c’est bien parce que le mouvement de la jeunesse scolarisée contre le CPE s’est approprié les véritables méthodes de lutte de la classe ouvrière (notamment les assemblées générales et les manifestations de rue) qu’il a pu bénéficier de la sympathie et de la solidarité active d’un nombre croissant de prolétaires. C’est justement parce que le mouvement contre le CPE était basé non pas sur la destruction des quartiers ouvriers mais sur la solidarité entre les générations, entre tous les secteurs de la classe ouvrière contre les attaques de la bourgeoisie qu’il a pu constituer une force sociale capable de faire reculer le gouvernement. En ce sens, si Monsieur Sarkozy a pu affirmer : "je fais une différence entre les étudiants et les émeutiers car ce sont des voyous", ce n’est nullement parce qu’il serait plus sensible au niveau "culturel" de la jeunesse scolarisée (contre laquelle il n’a pas hésité à envoyer ses flics !). C’est uniquement parce qu’il redoutait que les méthodes de lutte utilisées par les étudiants et lycéens ne fassent tache d’huile et ne débouchent sur un gigantesque mouvement de solidarité incontrôlable de toute la classe ouvrière.

Les doutes sur le mouvement des étudiants contre le CPE

En mettant sur le même plan la révolte des jeunes émeutiers et la mobilisation des étudiants et lycéens, notre lecteur tend à sous-estimer la profondeur du mouvement de la jeunesse scolarisée contre le CPE. Son courrier avance plusieurs arguments :

  • cette jeunesse scolarisée a été "très bien et très intelligemment encadrée par les syndicats" ;
  • elle s’est montrée "massivement légaliste et démocratique".
  • elle a été en partie noyée et influencée "dans et par la petite bourgeoisie dans les lycées et les universités".

Ces critiques aux limites et faiblesses du mouvement sont pour le moins exagérées et peu conformes à la réalité. Ce que nous avons pu constater, c’est d’abord que les syndicats ont été surpris et débordés par la situation. Ainsi, dès le 7 mars, ce sont les étudiants qui prennent la tête des cortèges dans les manifestations et obligent les syndicats à se mettre à la queue du mouvement. C’est pour cela que les grandes centrales syndicales ont développé toutes sortes de manœuvres pour empêcher les travailleurs de se mobiliser massivement en solidarité avec les étudiants. Ce qu’on a vu également, ce sont des délégations massives d’étudiants qui, face aux tergiversations des syndicats, sont allées elles-mêmes étendre la lutte dans les gares, les bureaux de postes, les entreprises. Et si la bourgeoisie a fini par reculer ce n’est certainement pas grâce aux syndicats (même si ces derniers ont été obligés de radicaliser leurs discours et ont tenté de récupérer le mouvement). C’est justement parce que les syndicats risquaient de perdre le contrôle de la situation, notamment dans les entreprises du secteur privé, que le gouvernement est allé à leur rescousse en retirant le CPE le plus rapidement possible après la grande manifestation du 4 avril.

Ce que révèlent les critiques de notre lecteur aux limites du mouvement, c’est une vision "puriste" de la lutte de classe. Le combat de la classe ouvrière contre la bourgeoisie est un rapport de force permanent. C’est un combat qui se mène sur le long terme contre les institutions de l’Etat démocratique, contre les illusions qui pèsent sur l’ensemble de la classe ouvrière. Parce que les idées dominantes sont celles de la classe dominante, le prolétariat devra, jusqu’à la révolution, mener le combat contre l’idéologie démocratique sous toutes ses formes ("légalistes", réformistes, électoralistes, syndicalistes). Si la classe ouvrière n’a pas encore été capable de renverser le capitalisme, c’est à cause de toutes ses illusions qui pèsent encore sur sa conscience. Et ce n’est qu’à travers la multiplication de ses expériences, dans la lutte elle-même, que la classe ouvrière peut forger ses propres armes en se heurtant à celles de la bourgeoisie (notamment à travers la confrontation répétée aux pièges et aux manoeuvres de sabotage des syndicats). C’est dans et par la lutte que le prolétariat dans son ensemble pourra progressivement prendre confiance en lui-même et briser tout le carcan idéologique qui entrave le développement de ses combats.

On ne peut donc reprocher à la jeunesse scolarisée d’avoir été "massivement légaliste et démocratique". Ce qu’a montré cette première expérience menée par cette nouvelle génération de la classe ouvrière, c’est surtout le rejet massif des lois scélérates de la bourgeoisie telle que la loi sur "l’égalité des chances". Il est évident que ce mouvement a eu ses propres limites et ne pouvait déboucher immédiatement sur l’ouverture d’une période révolutionnaire. Mais il a eu le mérite de dévoiler ouvertement à l’ensemble de la classe ouvrière le vrai visage de l’Etat démocratique avec ses flics armés jusqu’aux dents et ses médias aux ordres. En ce sens, on peut affirmer sans hésitation que le mouvement des étudiants et lycéens a constitué un jalon dans la prise de conscience du prolétariat sur la barbarie de la démocratie capitaliste.

Le scepticisme de notre lecteur s’exprime également à travers l’argument suivant lequel les lycéens et étudiants sont noyés et influencés par la petite bourgeoisie. La première chose que nous devons affirmer, c’est que, avec l’aggravation considérable de la crise économique, il est de plus en plus évident que la perspective du chômage est la principale préoccupation de la jeunesse scolarisée (ce qui n’était pas le cas dans les décennies précédentes où de nombreux étudiants avaient encore l’ illusion de pouvoir trouver un emploi durable à la fin de leurs études). Le mouvement contre le CPE a montré que malgré l’ "influence" de l’idéologie de la petite-bourgeoisie (surtout dans les universités), il a été capable de se situer d’emblée sur un terrain de classe, contre une attaque économique. Ainsi, les étudiants ont montré leur capacité à mettre de côté leurs revendications spécifiques (telle la réforme LMD) au profit de revendications unificatrices dans lesquelles toute la classe ouvrière pouvait se reconnaître. Par ailleurs, on a pu voir dans les manifestations une multitude de banderoles affichant le slogan : " Etudiants, lycéens, chômeurs, travailleurs, précaires, TOUS UNIS contre le CPE !". Et c’est justement ce qui fait la différence entre le mouvement d’aujourd’hui et les mouvements précédents de la jeunesse estudiantine (tel celui contre la loi Devaquet en 1986) marqués par des revendications interclassistes. L’approfondissement de la crise du capitalisme a balayé les illusions sur l’ ""avenir radieux" que nous promettait le capitalisme après l’effondrement des régimes staliniens. C’est pour cela que la grande majorité des étudiants et lycéens, en tant que travailleurs précaires et futurs chômeurs, sont aujourd’hui capables de se reconnaître comme partie intégrante de la classe ouvrière.

Une nouvelle perspective pour la lutte de classe

En ne voyant que les faiblesses et limites du mouvement, notre lecteur élude la question : pourquoi la bourgeoisie a-t-elle été obligée de reculer ? Il finit par affirmer que ce mouvement contre le CPE ne pouvait pas montrer une perspective puisque les secteurs centraux de la classe ouvrière n’ont pas bougé "massivement leur cul en tant que tels, dans des assemblées, dans des meetings, des manifs de rue…".

Pour notre lecteur, il n’y a aura pas de perspective "tant que le gros des rangs ouvriers ne se bougera pas, ne montrera pas sa force, ne tracera pas une autre voie… quelque part en Europe."

S’il est vrai que lors du mouvement contre le CPE, on n’a pas vu les travailleurs se mobiliser massivement dans les entreprises (du fait du black-out des médias et des manœuvres de sabotage des syndicats), il faut néanmoins reconnaître que de plus en plus de travailleurs se sont "bougé le cul" dans les manifs. C’est justement parce qu’un nombre croissant de travailleurs sont descendus dans la rue en solidarité avec les étudiants que le gouvernement a été obligé de retirer le CPE.

Mais la question la plus fondamentale est celle de la perspective historique qui ne peut se comprendre qu’en examinant la dynamique de la lutte de classe à l’échelle internationale. C’est dans le cadre de la reprise générale des combats de classe (notamment depuis les luttes du printemps 2003) que s’inscrit le mouvement des jeunes générations contre le CPE. Face à l’aggravation du chômage et des licenciements, cette dynamique internationale a été marquée par une tendance croissante vers la recherche de la solidarité entre les différents secteurs de la classe ouvrière et entre les générations. C’est bien ce qu’on a vu dans toutes les luttes qui se sont développées dans les principaux pays industrialisés : à Daimler-Chrysler en Allemagne, à l’aéroport d’Heathrow à Londres, dans les transports de New York, à l’usine Seat de Barcelone, etc. Bien plus que les émeutes des banlieues, tous ces mouvements de la classe ouvrière internationale étaient annonciateurs de grands mouvements tels que celui des étudiants en France qui a constitué une référence pour l’ensemble du prolétariat dans tous les pays. Ainsi, quelques semaines après la fin du mouvement contre le CPE, c’est un des "secteurs centraux" de la classe ouvrière en Europe, celui de la métallurgie en Espagne, qui se mobilisait en reprenant le flambeau de la lutte des étudiants en France. A Vigo, des milliers d’ouvriers sont descendus manifester dans la rue et sont allés chercher la solidarité de toute la classe ouvrière. Ils sont sortis de l’usine pour organiser des assemblées massives dans la rue en invitant toute la population à y participer (voir RI n°369). Et c’est justement parce que la bourgeoisie sait pertinemment que la classe ouvrière mondiale est en train de tracer "une autre voie … quelque part en Europe" (suivant les termes de notre lecteur) qu’elle a fait le black-out total sur la grève des ouvriers métallurgistes de Vigo tout comme elle avait fait le black-out sur les assemblées générales massives des étudiants en France.

La grève des travailleurs de Vigo, leur volonté d’entraîner dans la lutte les autres secteurs de la classe ouvrière à travers la tenue d’assemblées générales ouvertes à tous, est une nouvelle confirmation de la dynamique de la lutte de classe depuis trois ans.

La dynamique de la solidarité au sein de la classe ouvrière a donc ouvert une nouvelle perspective à l’échelle internationale (y compris dans les pays périphériques tels que les Emirats arabes où les ouvriers de l’aéroport de Dubaï se sont mis en grève fin mai en solidarité avec les travailleurs immigrés victimes de la répression de leur mouvement de révolte contre la misère et l’exploitation féroce qu’ils subissent).

Il est vrai que l’ouverture de cette nouvelle perspective n’est pas encore visible pour toute la société en bonne partie du fait du black-out de la bourgeoisie sur les luttes les plus significatives. Et c’est précisément pour cela que le rôle des organisations révolutionnaires consiste aujourd’hui à combattre plus que jamais les mensonges, les falsifications et le silence des médias bourgeois sur la réalité des luttes ouvrières. C’est ce que le CCI, pour sa part, s’est efforcé de faire dans sa presse en rétablissant la vérité sur le mouvement des étudiants en France.

Sofiane

Situations territoriales: 

Récent et en cours: 

La contribution d'ATTAC aux pièges idéologiques de la bourgeoisie

Alors que dans le mouvement du printemps, les jeunes générations commençaient à mettre en question la précarité, circulaient des tracts dénonçant le CPE, "symbole du néo-libéralisme", et affirmant que la "suppression du chômage et de la précarité est possible" (tract d’ATTAC diffusé avant la manifestation du 28 mars). Tandis que ce mouvement a bien souvent été présenté à l’étranger comme une expression de l’arriération du peuple français qui refuserait systématiquement toute adaptation aux nouvelles situations, ATTAC, au contraire, saluait la réaction à la "révolution conservatrice en cours depuis maintenant presque 30 ans" et appelait ses "adhérents et plus largement tous les citoyens à participer massivement aux manifestations". De fait, ATTAC a été très présent dans ce mouvement pour répondre aux questionnements et à l’angoisse des travailleurs devant la dégradation de leurs conditions de vie et l’avenir que nous réserve le capitalisme. "Il n’y a aucune fatalité au chômage et à la précarisation. Dans ce bras de fer contre la tyrannie des marchés, tout est question de mobilisation sociale et de volonté politique". (tract d’ATTAC) Evidemment, ces affirmations ne peuvent que susciter la sympathie et l’intérêt des travailleurs.


Que représente ATTAC ?

En 1999, l’Association pour une Taxation des Transactions Financières pour l’Aide aux Citoyens (ATTAC) est créée par un collège comprenant, entre autres, Le Monde Diplomatique, Alternatives économiques, la FSU, la Confédération paysanne, Artisans du Monde, etc. Cette association est présente dans une cinquantaine de pays et va se faire rapidement connaître, en particulier en transformant de grandes Conférences Internationales en tribune pour la défense des pays défavorisés, comme à Seattle en 1999, et en participant à de nombreux forums sociaux qui se sont tenus dans divers pays (Porto Alegre, Gênes, Paris,etc.).

ATTAC veut se présenter comme une force "alternative", différente des partis politiques traditionnels, avec des commissions qui regroupent des scientifiques, des économistes, autour du slogan "un autre monde est possible". Dans un monde ravagé par la crise économique, ATTAC entend présenter, avec le maximum de sérieux, des solutions pour "changer le monde", le rendre plus "juste". De ce fait, ATTAC a attiré beaucoup de gens sincères qui ne veulent plus faire confiance aux partis de gauche. Selon le journal Libération, ATTAC a "tout pour être une des forces politiques qui devaient façonner le monde de l’après-guerre froide" et, en tant que telle, a été très médiatisée. Il est difficile aujourd’hui de se préoccuper des questions sociales sans être confronté immédiatement aux idées "altermondialistes" dont ATTAC constitue le fleuron.

En France, ATTAC s’est plus récemment illustrée en faisant une campagne active pour le "non" au referendum sur la Constitution Européenne et, tout dernièrement, en étant très présente aussi bien dans les Assemblées Générales que dans les manifestations du mouvement des étudiants contre le CPE.


Les propositions d’ATTAC

Voyons donc ce que nous propose ATTAC dans sont tract "Le CPE est un symbole du néolibéralisme". ATTAC nous explique que nous assistons actuellement non pas à une crise du système capitaliste, mais à "une révolution conservatrice" qui serait la cause du chômage et de la précarité. Ce serait, comme le disait ATTAC au moment du referendum, "les orientations politiques ultra-libérales (qui sont) responsables de la dégradation sociale, de la casse des statuts". Ainsi, selon ATTAC, le capitalisme se porte bien ; ce qu’il faut combattre c’est cet "ultralibéralisme" qui pousserait à déréglementer les législations sociales et à abandonner les "acquis ouvriers" alors qu’il "existe des marges de manœuvre importantes pour créer de l’emploi". Autrement dit, il existe d’autres options pour gérer le capitalisme, pour empêcher ce type de dérive et revenir aux jours glorieux d’il y a quelques 30 ans. Il faut donc lutter non pas contre le capitalisme mais contre ce néolibéralisme en proposant des réformes sociales pour "améliorer" un système tout à fait viable.

Dans le tract cité, nous trouvons en condensé une série de mesures préconisées par ATTAC et qui permettraient de combattre efficacement la "fatalité du chômage" :

- la création d’emplois pour répondre aux besoins individuels et collectifs de la population ;

- la réduction du temps de travail, financée par la redistribution des gains de productivité aux salariés ;

- une mise en œuvre de la taxe Tobin pour créer des millions d’emplois à l’échelle européenne.

Que valent ces trois propositions, ces fameuses nouveautés ?

D’abord, on pourrait se demander pourquoi les capitalistes n’avaient pas pensé avant à créer des emplois "pour répondre aux besoins de la population". Mais ATTAC y apporte elle-même sa réponse : alors que "d’immenses besoins existent dans la société, (que) des millions d’emplois peuvent donc être créés pour y répondre (…) les entreprises privées n’embauchent pas en fonction de la nature du contrat de travail mais en fonction des commandes qu’elles ont ou de leurs perspectives". C’est donc bien "la tyrannie des marchés" qu’ATTAC se propose de limiter avec des "politiques budgétaires qui tournent radicalement le dos au carcan néolibéral imposé par l’Europe des Banquiers". En effet, selon ATTAC, "la demande croissante de services collectifs peut être un formidable réservoir d’emplois". Il est surprenant qu’ATTAC ait eu besoin de s’entourer de "penseurs" et d’universitaires pour découvrir qu’avec les politiques "néolibérales", la principale motivation des capitalistes serait de faire du profit… ce qu’ils ont toujours fait depuis que le capitalisme existe ! Le capital a toujours payé sa main d’œuvre le moins cher possible, y compris la partie du salaire gérée en général par l’Etat et qui concerne les aspects de la vie sociale comme l’éducation et la santé. Et aujourd’hui, alors que le monde s’enfonce dans une crise toujours plus profonde, chaque capital national essaie de limiter le nombre de bras dont il a besoin et de les payer encore moins pour résister à la concurrence sur le marché mondial. En appelant à lutter contre les "sirènes néo-libérales", ATTAC passe sous silence la réalité de la société capitaliste, basée sur l’exploitation de la force de travail et la recherche du profit ; c’est la crise de ce système, et non pas de "mauvais" capitalistes envoûtés par les "sirènes néo-libérales", qui révèle de plus en plus l’horreur de l’esclavage salarié.

Quant à "la réduction du temps de travail", c’est une politique de " gauche " que les ouvriers ont expérimentée dans leur chair ! Les 35 heures ont surtout représenté un moyen d’accroître l’exploitation, avec la flexibilité du temps de travail, l’accroissement des cadences et le blocage des salaires.

Enfin, pour ce qui est de la taxe Tobin, elle représente la mystification de prédilection d’ATTAC pour nous faire avaler que dans ce monde dominé par la bourgeoisie, prendre dans la poche des riches pour redonner aux pauvres…"c’est possible !"


ATTAC, défenseur de l’ordre capitaliste

Derrière tout ce discours mystificateur, ATTAC veut nous faire croire qu’il existerait un "bon" et un "mauvais" capitalisme, un bon capitalisme qui, tout en exploitant la classe ouvrière, serait "plus humain", plus soucieux d’améliorer la vie des hommes et leur environnement. Sous ses airs sérieux, loin de la "politique politicienne", ATTAC nous ressert ainsi tout le discours de l’aile gauche du capital qui ne se propose absolument pas de changer la société, mais de faire accepter à la classe ouvrière des mesures qui vont dans le sens de la défense du capitalisme et de son Etat.

ATTAC réclame une répartition plus "équitable" des richesses, comme la gauche dans les années 1970, sous la houlette de l’Etat. "le chômage est une arme aux mains des entreprises multinationales pour dégrader la condition salariale… afin de gonfler les profits". Si l’Etat, dans chaque pays, réduit drastiquement les services sociaux, ce n’est pas, comme veulent le faire croire les partis de gauche et ATTAC parce qu’il est sous la coupe des "multinationales" mais parce que la crise de surproduction ne lui permet plus de garantir des minimums sociaux pour obtenir une certaine paix sociale.

La réalité c’est que l’Etat en personne est le fer de lance de l’attaque contre les conditions de vie des ouvriers lorsqu’il fait des coupes dans les budgets sociaux, supprime des emplois, en particulier dans les secteurs de l’enseignement et de la santé ! L’Etat montre d’ailleurs de plus en plus ce qu’il est réellement : un instrument de préservation de l’ordre social existant et de défense des intérêts de la classe exploiteuse.

ATTAC, en reprenant les thèmes qui avaient fait les beaux jours de la gauche du capital, vole donc au secours de la bourgeoisie. Quand le questionnement dans la classe ouvrière porte de plus en plus sur la réalité de la situation mondiale, ce n’est pas un hasard si ATTAC s’active pour offrir des réponses aux travailleurs en lutte contre cette société, et en particulier, aux jeunes générations. Tout cet éventail de "solutions" aux prétendus "dysfonctionnements" du système n’est là que pour cacher la seule perspective capable de mettre fin à la barbarie et à la misère : le renversement du capitalisme.

C’est justement parce que dans le mouvement contre le CPE, les jeunes générations ont commencé à comprendre que le chômage et la précarité généralisée sont une illustration de l’impasse du capitalisme, du "no future" que leur promet ce système, qu’ATTAC a cherché une fois encore à obscurcir la conscience de la classe ouvrière.


Sandrine

Courants politiques: 

Compte rendu de réunion publique à Paris

Le samedi 21 mai, le CCI a tenu une réunion publique à Paris sur le thème « MOUVEMENT CONTRE LE CPE, une riche expérience pour les luttes futures». Plusieurs dizaines de personnes, salariés, retraités, étudiants de différentes universités parisiennes étaient présents et ont pu participer activement au débat.

L’exposé introductif s’est donné pour objectif de :

- rappeler l’analyse développée dans notre presse sur la signification historique du mouvement des étudiants contre le CPE ;

- souligner ce qui a fait la force de ce mouvement : sa prise en charge par les étudiants eux-mêmes à travers les assemblées générales massives et souveraines, son extension en direction des travailleurs salariés qui a contraint le gouvernement à reculer ;

- tirer les principaux enseignements de cette formidable expérience que viennent de vivre les nouvelles générations de la classe ouvrière ;

- tirer un bilan afin de tracer des perspectives pour les luttes futures.

 Le débat qui a suivi la présentation fut très riche et animé. Les étudiants présents dans la salle ont pu non seulement poser des questions mais également apporter des éléments d’information sur la fin du mouvement et les moyens de poursuivre la réflexion au sein des universités. Un étudiant venu pour la première fois à notre réunion publique a exprimé son enthousiasme face à l’intérêt et au soutien que le CCI a apporté au mouvement. Le débat s’est développé principalement autour des  questions suivantes :

- Pourquoi le CCI considère-t-il que le mouvement contre le CPE est-il plus mûr que celui de mai 68 alors que les travailleurs ne se sont pas mobilisés massivement comme c’était le cas en 68 où on a vu 9 millions d’ouvriers en grève ?

- Pourquoi n’a-t-on pas vu les chômeurs s’organiser et se mobiliser dans les manifestations ?

- Le CPE était-il une attaque dont la bourgeoisie pouvait se passer ? N’était-ce pas un « test » politique visant à permettre à la bourgeoisie de faire passer par la suite une attaque sur le contrat unique ?

- Quelle est la fonction de l’idéologie altermondialiste véhiculée aujourd’hui  par ATTAC ?

- Qu’est-ce qui différencie le CCI des groupes trotskistes, comme LO ou la LCR, qui eux aussi se disent « révolutionnaires » ?

 La discussion fut très dynamique car de nombreuses  réponses ont été apportées non seulement par le CCI mais également par les participants qui se sont répondus mutuellement avec un état d’esprit très fraternel et dans un souci de convaincre et de clarifier les désaccords. La présence d’étudiants de plusieurs universités qui ont pris la parole pour apporter leurs témoignages et leur point de vue dans le débat a rendu ce dernier très vivant et en prise avec la situation concrète. Mais ce qui a surtout constitué la qualité de cette réunion, c’est le fait que, dans la salle, des éléments de toutes les générations, et de plusieurs pays d’Europe, se sont retrouvés ensemble pour mener le débat. Les participants ont été très émus par la présence de deux  sympathisantes du CCI venues d’Allemagne pour apporter leur soutien et leur salut au mouvement des étudiants en France, ce qui a conféré à la discussion  une dimension internationale. L’une d’entre elles a commencé son intervention en disant : « En Allemagne, nous ne savions absolument rien de ce qui se passait en réalité en France car la presse et les médias ont fait un black out total. Ils n’ont montré que les affrontements avec les CRS et ont fait croire que le mouvement des étudiants était des émeutes. Lorsque j’ai appris la vérité en lisant les tracts du CCI, j’ai cru que c’était un conte de fées ! »   Ces deux sympathisantes du CCI en Allemagne se sont directement adressées aux étudiants présents dans la salle en affirmant : « Votre mouvement, par votre courage, votre sens profond de la solidarité montre l’exemple pour toute la classe ouvrière. La dynamique de vos assemblées générales était une préfiguration des futurs conseils ouvriers. On peut avoir confiance dans les nouvelles générations. C’est votre expérience qui montre partout comment il faut lutter ;  votre lutte montre le chemin de l’avenir ». 

Suite à ces interventions, des camarades de Belgique se sont inscrits également dans la discussion  pour apporter  des témoignages du black out des médias et des attaques similaires contre la classe ouvrière de ce pays.

Un étudiant  a affirmé à la fin du débat avoir été très heureux d’avoir pu participer à cette réunion car elle lui a permis de comprendre la dimension et les enjeux politiques du mouvement contre le CPE. Un autre étudiant (venu également pour la première fois) a pris la parole à plusieurs reprises pour animer le débat, apporter ses critiques et répondre aux arguments tout en écoutant avec beaucoup d’intérêt notre propre argumentation et celle des autres intervenants. D’autres  ont pris la parole  également pour mettre en avant que la volonté de poursuivre la réflexion existe dans leur faculté où les étudiants qui ont participé activement au mouvement veulent rester soudés et maintenir des liens avec leurs camarades d’autres universités. 

Au cours de la discussion, plusieurs interventions ont exprimé un certain scepticisme sur l’analyse du CCI, suivant laquelle le mouvement contre le CPE était plus mûr que celui de mai 68. En particulier un étudiant a souligné que dans les entreprises les travailleurs ne se sont pas mobilisés massivement comme c’était le cas en mai 68 et que la force de la classe ouvrière réside dans sa capacité à bloquer la production et à paralyser l’économie pour faire pression sur la bourgeoisie.

La discussion a permis de clarifier cette question en soulignant que, contrairement  à la situation de la fin des années 1960, les conditions objectives  de faillite de l’économie mondiale  ont créé les conditions pour une maturation de la conscience au sein de la classe ouvrière. C’est justement cette maturation qu’a exprimé ce premier combat des jeunes générations contre le chômage et la précarité. D’autre part, il a été souligné également que la raison majeure du recul du gouvernement réside dans le fait que de plus en plus de travailleurs salariés, notamment du secteur privé, se sont mobilisés dans les manifestations. Si la bourgeoisie a fini par retirer le CPE, sous la pression du patronat, après la grande manifestation du 4 avril, c’est justement par crainte que ne surgissent des grèves spontanées échappant au contrôle des syndicats dans le secteur privé. Le fait qu’un nombre croissant de travailleurs aient participé aux manifestations et aient boycotté les cortèges syndicaux a constitué un avertissement pour la classe dominante. Ce n’est donc pas le « blocage » des facs qui a obligé  la bourgeoisie à reculer, mais bien le fait que certains secteurs de la classe ouvrière parmi les plus directement concernés par les licenciements et la précarité risquaient de partir en lutte spontanément, en dehors des consignes syndicales.  

Le débat a permis par ailleurs de rappeler que ce qui a constitué la principale caractéristique du mouvement des étudiants contre le CPE,  ce n’est pas la violence comme c’était le cas en mai 68, mais la recherche de la solidarité, le surgissement d’assemblées générales massives au sein desquelles les étudiants ont pu décider collectivement des actions à mener pour étendre la lutte aux travailleurs salariés. C’est aussi le fait que d’emblée les étudiants ont mené leur combat sur un terrain de classe, contre  une attaque économique s’inscrivant pleinement dans la lutte de l’ensemble de la classe ouvrière.

Le débat a également mis en évidence que, en mai 68, la bourgeoisie avait été surprise par le resurgissement du prolétariat sur la scène sociale après un demi-siècle de contre-révolution triomphante. C’est justement le manque de préparation de la classe dominante qui avait permis l’explosion d’une grève massive, inédite dans l’histoire, et impliquant 9 millions de travailleurs.

Le scepticisme sur les potentialités de la classe ouvrière s’est exprimé également dans l’intervention d’un participant qui a mis en avant que certains ouvriers de son secteur rêvent de devenir des patrons. Plusieurs interventions ont répondu à cet argument et ont rappelé que la classe ouvrière n’est pas une somme d’individus et que, comme le disait Marx, « Peu importe ce que tel ou tel prolétaire pense à tel ou tel moment. Ce qui importe, c’est ce que le prolétariat sera historiquement contraint de faire. » Il a également été rappelé qu’à la veille de la révolution de 1905 en Russie, les ouvriers défilaient derrière le pope Gapone en brandissant des icônes et en implorant le tsar. Et c’est cette même classe ouvrière qui, pourtant, a été capable de faire surgir les organes de la prise du pouvoir en Russie, les Soviets.

Faute de temps et du fait de la densité des questions soulevées, le débat n’a pu approfondir  la question des perspectives. Néanmoins, les participants ont manifesté une volonté de poursuivre la discussion. Les camarades qui sont venus pour la première fois ont particulièrement apprécié l’esprit d’ouverture des interventions du CCI et le caractère fraternel de cette réunion publique. Le fait que plusieurs étudiants de différentes universités soient venus à cette réunion publique du CCI est une confirmation du fait que le mouvement contre le CPE exprime bien une volonté de politisation  des jeunes générations de la classe ouvrière.

 CCI

Géographique: 

Récent et en cours: 

Emigration : Les Etats démocratiques dressent un "rideau de fer" contre l'immigration clandestine


 
A l’automne 2005, nous avons pu assister à des scènes aussi abominables qu’écœurantes sur les frontières Sud de l'Europe. Autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc, des centaines d’émigrants se lancent par vagues successives dans une course désespérée pour escalader les immenses grilles qui gardent la frontière. On se souvient encore des images de ces êtres humains littéralement empalés sur les grilles barbelées, fauchés par les balles de la police autant espagnole que marocaine, ou largués en plein désert comme des chiens galeux [1].
Aujourd’hui, c’est sur les plages "paradisiaques" des îles Canaries, dans l’ Atlantique, que viennent s’échouer les émigrants qui essayent d’entrer en Espagne pour fuir la misère et la barbarie des conflits guerriers dans leur pays d’origine.

Rien que depuis janvier 2006, plus de 10.000 personnes sont arrivées sur les côtes des Canaries dans des embarcations de (bien mauvaise) fortune. Au mois de mai, ils étaient presque 5.000 et il faut en compter au moins autant qui n’arrivent jamais nulle part, perdus et condamnés à mort au beau milieu de l’océan ; des hommes, des femmes et leurs enfants, sans eau, sans vivres, épuisées par les morsures d’un soleil de plomb.
Début juin, une embarcation à la dérive a été retrouvée à la Barbade, dans les Caraïbes, à plus de 5 000 km des côtes africaines, avec 11 cadavres momifiés. Une soixantaine de sénégalais s’étaient embarqués aux Iles du Cap Vert sur un rafiot affrété par une crapule locale. Après les avoir plumés de 1500 euros par personne, ce rapace mafieux les a purement et simplement abandonné à leur triste sort. Sur le bateau à la dérive, un passager a alors lancé un appel au secours avec un téléphone portable mais le seul "secours" reçu a été celui d’un cargo (sans doute de mèche avec le négrier) qui les a repoussé encore plus vers le large !
Sur 2000 km de côtes, entre le sud du Maroc, la Mauritanie et le Sénégal, ils sont des dizaines de milliers qui attendent qu’un "passeur" vienne leur proposer de les amener au paradis d’occident.

 

La seule réponse de la bourgeoisie : la répression !

L’Union Européenne, à la rescousse d’un gouvernement espagnol "débordé" par l’afflux de migrants, a organisé une Conférence, avec les pays d’Afrique concernés, pour préparer une réunion euro-africaine, en juillet, sur l’immigration. Lors de cette réunion préparatoire, il a été décidé de faire patrouiller les forces armées espagnoles, appuyées par d’autres pays d’Europe, devant les côtes africaines pour interdire tout départ d’embarcation vers les Canaries. Les Etats africains concernés feront désormais de la "sous-traitance" et l’Europe s’engage de son côté à "financer des centres d'accueil en Mauritanie et au Sénégal". Pour dire les choses plus clairement, les Etats africains seront subventionnés par nos belles et généreuses démocraties occidentales pour faire de la "rétention" dans des camps de type concentrationnaire avant de renvoyer, manu militari, les émigrés à leur pays d’origine. Le message européen est on ne peut plus simple : "il faut prendre exemple sur la politique de la bourgeoisie marocaine à la fin de l’année dernière". Le mot d’ordre est faire peur, harceler, arrêter les émigrants, les tuer ou les larguer au large de l’océan s’il le faut mais surtout s’en débarrasser.

Le document préparatoire de cette Conférence euro-africaine était sans équivoque : il faut "des mesures drastiques contre l’immigration clandestine" (Le Monde du 13 juin 2006). Tout le reste n’est que belles paroles. Personne n’est dupe et le journal Le Monde lui même, dans la même édition, le dit : "Les autres mesures risquent d’apparaître comme un catalogue de vœux pieux : amélioration de la coopération économique, développement du commerce, prévention des conflits’".

Au moment où les vagues de l’immigration sont les plus fortes, partout on entend les mêmes discours qui ne servent qu’à masquer de nouvelles lois encore plus répressives que les précédentes. Derrière les propos lénifiants du genre : "Il faut aider les nations d’où arrivent ces vagues pour fixer la population", la bourgeoisie européenne veut nous faire croire qu’elle peut "aider" les pays d’Afrique "en voie de développement" à mettre fin aux massacres et aux famines. Cela fait plus de 40 ans que la propagande bourgeoise nous bassine avec de tels mensonges. Car dans le capitalisme décadent, la plupart des pays du tiers-monde, et notamment ceux du continent africain, s’enfoncent toujours plus dans le sous-développement, dans le chaos sanglant avec son lot de famines et d’épidémies dont on veut nous faire croire qu’ils seraient les conséquences désastreuses de la "sécheresse". Dans les rapports entre Etats il n’y a ni "aide", ni "amitié " ni "solidarité" pour sauver les populations. Ces rapports sont dictés par les intérêts impérialistes de tous les Etats, petits ou grands. Et à chaque fois que la classe dominante affirme vouloir "s’occuper du mal à la racine", c’est pour mieux masquer aux prolétaires que c’est justement son système en pleine décomposition qui est à la racine de ce "mal". Et le seul "remède" qu’elle est capable d’apporter, c’est encore le racket des ouvriers dans les campagnes "humanitaires" de ses ONG et autres associations caritatives qui visent à culpabiliser les prolétaires en faisant appel à leur "bonne conscience" et à leur "générosité". Tous ces mensonges sont colportés aussi bien par la droite que par la gauche, auxquelles viennent prêter main-forte toute une cohorte d’associations tiers-mondistes et altermondialistes.

Tous ces beaux discours ne peuvent masquer la réalité : pour la bourgeoisie des pays développés, l’heure est à la fermeture des frontières, et les immigrés sans papiers ou "choisis" qui, au terme de leur effroyable périple, arrivent enfin en Europe ou aux Etats-Unis [2], vont subir, s’ils trouvent un travail précaire, une surexploitation accrue et vont être utilisés comme main d’œuvre bon marché pour faire pression sur les salaires des travailleurs autochtones.

Comme nous l’écrivions dans notre article "La classe ouvrière est une classe d’immigrés" (voir RI n° 369) : "Ce que la classe dominante cherche aujourd'hui à masquer, c'est son incapacité à offrir la moindre perspective à toute la classe ouvrière. L'exclusion des travailleurs immigrés que le capitalisme condamne à crever de faim "ailleurs", c'est déjà le sort que ce système moribond réserve à des millions de prolétaires autochtones livrés définitivement au chômage".

Sandrine

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Récent et en cours: 

Questions théoriques: 

Espagne 1936 : La gauche dévoie le prolétariat et le soumet à l'Etat bourgeois

Le mois dernier, notre article "Il y a 60 ans le Front populaire embriga­dait les ouvriers pour la guerre im­périaliste", rappelait com­ment le "Front populaire" en France, à l'opposé des campa­gnes idéo­logiques actuelles de la bour­geoisie qui en font une période de "conquêtes de la classe ou­vrière", avait constitué un mo­ment de la préparation de la guerre impérialiste mondiale en enrôlant massivement le prolé­tariat derrière la défense de l'Etat capitaliste au nom de l'antifascisme. Dans cet article est abordée, avec la guerre d'Espagne, l'ultime étape de cet embrigadement du prolétariat international, toujours principa­lement réalisé sous la bannière mystificatrice de la "lutte antifa­sciste" par toutes les fractions de gauche et les syndicats.

Cette terrible tragédie ou­vrière, encore aujourd'hui cyniquement présentée comme "la révolution sociale espa­gnole" ou "une grande expé­rience révolutionnaire", mar­quait au contraire, à travers l'écrasement idéologique comme physique (plus d'un million de morts entre 1931 et 1939 en Espagne) des dernières forces vives du prolétariat eu­ropéen, le triomphe de la con­tre-révolution. Cette tuerie fut une répétition générale qui ouvrait une voie royale au dé­chaînement de la guerre impé­rialiste mondiale.

Les années 30 à 39 sont les années de préparation à la guerre, qui s'effec­tue sur les cendres de la vague révo­lutionnaire surgie contre la Première Guerre mondiale. Partout dans le monde, le prolétariat est brisé, défait, pris dans l'étau capitaliste – qui le dévoie de son terrain de classe à travers la fausse alternative "fascisme ou démocratie" – et soumis à l'hystérie nationaliste qui l'amène inexorable­ment vers la guerre.

En même temps, suite à la mort de l'Internationale communiste sanc­tionnée par la proclamation du "socialisme en un seul pays", la quasi totalité des organisations ouvrières en pleine dégénérescence sont happées dans le camp de la bourgeoisie ou tendent à se désagréger complète­ment. Les "partis communistes" de­viennent de simples courroies de transmission de "la défense de la patrie socialiste" aux ordres de la contre-révolution stali­nienne. Les seules voix qui s'élèvent à contre-courant en se maintenant fermement sur des positions de classe comme "Bilan" (organe entre 1933 et 1938 de la Gauche Communiste d'Italie à l'étranger) sont celles d'une poi­gnée de révolutionnaires.

Espagne 1936 : La gauche dévoie et soumet le prolétariat à l'Etat bourgeois

L'Espagne, où subsistait une fraction du prolétariat mondial qui n'avait pas encore été écrasée du fait de la non-partici­pation de ce pays à la Première Guerre mondiale, va se trouver au coeur d'une vaste manoeuvre de la bourgeoisie unie pour pousser les ouvriers à abandonner leur terrain de classe et les dévoyer sur le terrain capitaliste d'une bataille exclusive­ment militaire et impérialiste.

De par sa situation géopolitique de porte de l'Europe, fermant une face de la Méditerranée d'un côté, ouvrant les voies sur l'Atlantique et l'Afrique de l'autre, l'Espagne constituait le terrain idéal où les tensions impérialistes exacerbées par la crise allaient s'af­firmer, surtout pour les impérialismes allemand et italien qui cherchaient à s'assurer une place forte en Méditerranée et à accélérer le cours vers la guerre.

De plus, les structures archaïques de ce pays, profondément ébranlées par le déferlement de la crise économique mondiale du capitalisme dans les années 30, offraient un terrain favo­rable au dévoiement du prolétariat. Le mythe d'une "révolution démocrati­que bourgeoise", à accomplir par les ou­vriers, est entretenu pour les enga­ger derrière l'alternative "république contre monarchie" qui prépare la voie à la lutte "antifascisme contre fa­scisme".

Après la dictature militaire de Primo de Rivera, instaurée en 1923 et qui bénéficiait de la collaboration active du syndicat socialiste, l'UGT, la bour­geoisie espagnole élabore, dès août 1930, le "Pacte de San Sebastian" auquel sont associés les deux grands syndicats, l'UGT et la CNT, cette dernière dominée par les anarcho-syndicalistes, et qui jette préven­tivement les bases d'une "alternative républicaine" au pouvoir monarchiste. Puis, le 14 avril 1931, elle fait abdi­quer le roi Alphonse XIII devant la menace d'une grève des cheminots et proclame la république. D'emblée, lors des élec­tions, une coalition socia­lo-républi­caine est portée au pouvoir. Le nou­veau gouvernement "républicain et socialiste" ne tarde pas à donner la véritable mesure de sa nature antiou­vrière. La répression s'abat violem­ment sur les mouve­ments de grève qui surgissent face à la montée rapide du chômage et des prix, faisant des cen­taines de morts et de blessés parmi les ouvriers, notam­ment en janvier 1933 à Casas Viejas en Andalousie. Au cours de cette vague de répression, le républicain "de gauche" Azana ordonne à la troupe : "Ni blessés, ni prisonniers, tirez au ventre !".

Cette répression sanglante des luttes ouvrières, effectuée au nom de la démocratie et qui va durer deux an­nées, va permettre aux forces de droite de s'organiser et conduire à l'essoufflement de la coalition gouver­nementale. En 1933, les élections vont donner la majorité à la droite. Une partie du Parti socialiste, très décon­sidéré par la répression dont il s'est fait l'agent, va en profiter pour opérer un tournant à gauche.

La préparation du front de guerre impérialiste, c'est à dire la nécessité de dévoyer le prolétariat alors que les grèves se développent, est la réalité au sein de laquelle s'articule l'activité des organisations politiques de gauche. C'est en avril-mai 1934 que les grèves prennent le plus d'ampleur. Les ou­vriers de la métallurgie à Barcelone, les cheminots et surtout les ouvriers du bâtiment à Madrid, engagent des luttes très dures. Face à ces luttes, toute la propagande de la gauche et de l'extrême-gauche s'axe sur l'antifa­scisme, pour entraîner les ouvriers dans une politique de "front uni de tous les démocrates", véritable cami­sole de force pour le prolétariat.

De 1934 à 1935, les ouvriers sont soumis à un véritable matraquage idéologique en vue des élections, pour la mise en place d'un pro­gramme de Front popu­laire et pour "faire face au péril fa­sciste".

En octobre 34, poussés par les for­ces de gauche, les ouvriers des Asturies tombent dans le piège d'un affrontement suicidaire avec l'Etat bourgeois qui va les saigner à blanc. Leur insurrection, puis leur héroïque résistance dans les zones minières et dans la ceinture industrielle d'Oviedo et de Gijon s'est trouvée complète­ment isolée par le PSOE et l'UGT qui ont empêché par tous les moyens que la lutte ne s'étende au reste de l'Espagne, en particulier à Madrid. Le gouvernement déploie alors 30 000 hommes avec chars et avions dans les Asturies pour écraser impitoyable­ment les ouvriers, ouvrant une pé­riode de violente répression dans tout le pays.

Le "Frente popular" livre  les ouvriers au massacre

Le 15 janvier 1935, l'alliance électo­rale du Front populaire est signée par l'ensemble des organisations de gau­che ainsi que par les gauchistes trotskisants du POUM. Les diri­geants anarchistes de la CNT et de la FAI dérogent à leurs "principes anti-électoraux" pour couvrir cette entre­prise d'un silence complice qui équi­vaut clairement à un soutien. En février 1936, le premier gouvernement de Front Populaire est élu. Alors qu'une nou­velle vague de grèves se développe, le gouvernement lance des appels au calme, demande aux ouvriers de ces­ser les grèves, disant que celles-ci font le jeu du fascisme ; le PCE ira jus­qu'à dire que "des patrons provo­quent et attisent les grèves pour des raisons politiques de sabotage". A Madrid, où une grève générale éclate le 1er juin, la CNT empêche toute confronta­tion directe avec l'Etat, en lançant ses fameux mots d'ordre d'au­togestion. Cette autogestion va servir à enfermer les ouvriers dans "leur" usine, "leur" campagne ou "leur" village, notam­ment en Catalogne et en Aragon.

Se sentant assez fortes, les forces militaires se lancent en juillet dans un "pronunciamiento" parti du Maroc et dirigé par un Franco qui a fait ses premières armes de général sous les ordres de la république dominée par les socialistes. La riposte ouvrière est immédiate : le 19 juillet 1936, les ouvriers déclarent la grève contre le soulèvement de Franco et se rendent massivement dans les casernes pour désarmer cette tentative, sans se préoccuper des directives contraires du Front populaire et du gouvernement répu­blicain. Unissant la lutte revendicative à la lutte politique, les ouvriers arrê­tent par cette action la main meur­trière de Franco. Mais, simultané­ment, les appels au calme du Front populaire – "Le gouvernement com­mande, le Front populaire obéit" – sont respectés ailleurs. A Séville par exemple, où les ouvriers ont suivi les consignes d'attente du gouvernement, ils se font massacrer dans un horrible bain de sang par les militaires.

Les forces de gauche du capital dé­ploient alors pleinement leurs ma­noeuvres d'embrigadement [1]. En 24 heures, le gouvernement qui négociait avec les troupes franquistes et organisait avec elles le massacre des ouvriers cède la place au gouver­nement Giral, plus "à gau­che" et plus "antifasciste", qui prend la tête du soulèvement ouvrier pour l'orienter vers l'affrontement exclusif avec Franco et sur un terrain exclusi­vement militaire ! Les ouvriers ne sont armés que pour être envoyés "au front" contre les troupes de Franco, hors de leur terrain de classe. Mieux, la bour­geoisie tend alors le piège criminel d'une soi-disant "disparition de l'Etat capitaliste républicain", alors que celui-ci s'abrite derrière un pseu­do-"gouvernement ouvrier" qui dévoie les ouvriers dans une union sacrée contre Franco à travers des organis­mes comme le Comité central des Milices antifascistes et le Conseil central de l'économie. L'illusion d'un "double pouvoir" est créée, qui livre définiti­vement les ouvriers aux mains de leurs bourreaux. Les sanglants massa­cres qui ont lieu par la suite en Aragon, à Oviedo, à Madrid, sont le résultat criminel de la manoeuvre de la bourgeoisie républicaine et de gauche qui a fait avorter les réactions ouvrières du 19 juillet 1936. Dès lors, des centaines de milliers d'ouvriers sont enrôlés dans les mili­ces des anarchistes et des poumistes pour "défendre la révolution sociale" et sont envoyés se faire tuer sur le front impérialiste "antifranquiste" par le gouvernement de Front populaire. Ces milices seront rapidement militarisées, et les ouvriers les plus combatifs serviront dès lors de chair à canon pour des intérêts capitalistes qu’ils croyaient combattre. 

Ayant abandonné son terrain de classe, le prolétariat devait subir l'égorgement guerrier et se voir impo­ser une sauvage surexploitation au nom de l'économie de guerre "antifasciste" par le Front populaire : réduction des salaires, inflation, ra­tionnements, militarisation du travail, allongement de la journée de travail et interdiction du droit de grève...

Le prolétariat de Barcelone se sou­levait à nouveau, mais désespérément, en mai 1937, et se faisait massacrer par le gouvernement de Front populaire, PCE et sa succursale catalane du PSUC en tête, tandis que les troupes franquistes arrêtaient volontairement leur avance pour permettre aux bour­reaux staliniens d'écraser les ou­vriers:

"Le 19 juillet 1936, les prolétaires de Barcelone, AVEC LEURS POINGS NUS, écrasèrent l'attaque des ba­taillons de Franco, ARMES JUSQU'AUX DENTS. Le 4 mai 1937, ces mêmes prolétaires, MUNIS D'ARMES, laissent sur le pavé bien plus de victimes qu'en juillet, lorsqu'ils doivent repousser Franco et c'est le gouvernement antifasciste – comprenant jusqu'aux anarchistes et dont le POUM est indirectement solidaire – qui déchaîne la racaille des forces répressives contre les ou­vriers" écrivait Bilan en 1938 dans l'article "Plomb, mitraille, prison : ainsi répond le Front populaire aux ouvriers de Barcelone".

Dans cette sanglante tragédie, toutes les organisations soi-disant ouvrières ont non seulement démontré leur intégration à l'Etat bourgeois, mais ont participé à l'écrasement du prolé­tariat ; les unes, comme le PCE, le PSUC – consacrés là grands partis de l'ordre bourgeois – le PSOE et l'UGT en assumant directement eux aussi le rôle de bour­reaux, les autres, comme la CNT, la FAI, le POUM, en poussant les ou­vriers à quitter leur terrain de classe au nom du "front antifasciste" pour les jeter dans les bras de leurs assas­sins et dans la mêlée impérialis­te. La présence de ministres anarchis­tes et cénétistes dans le gouvernement de Catalogne puis dans le gouverne­ment central de Caballero a été un puissant facteur dans la mystification des ouvriers par le Front populaire. Les anarchistes ont tenu un rôle de premier plan pour le compte de la bourgeoisie et dans sa manoeu­vre en trompant les prolétaires sur la nature de classe du gouvernement et du Front populaire :

"Tant sur le plan des principes que par conviction, la CNT a toujours été anti-étatiste et ennemie de toute forme de gouvernement. Mais les circonstances ont changé la nature du gouvernement espagnol et de l'Etat. Aujourd'hui, le gouvernement, en tant qu'instrument de contrôle des organes de l'Etat, a cessé d'être une force d'oppression contre la classe ou­vrière, de même que l'Etat ne repré­sente plus un organisme qui divise la société en classes. L'un et l'autre opprimeront même moins le peuple maintenant que des membres de la CNT y sont intervenus" (Federica Montseny, ministre anarchiste, 4 novembre 1936).

Tous les organismes du Front populaire, et en particulier les staliniens qui s’en firent le bras armé, déclarèrent une guerre féroce contre les éléments des rares courants qui, même dans une terrible confu­sion, luttaient pour défendre des positions révolutionnaires, en les envoyant sur les positions les plus exposées du front, en les laissant sans munitions, en les faisant emprisonner par la police des "forces républicaines" ou en les assassinant purement et simplement.

Les événements d'Espagne ont donné la mesure de ce qu'étaient réellement ceux qui se prétendaient du côté des ouvriers, démocrates en général, socialistes, "communistes" ou anarchistes et qui, dans la pratique, ont été les défen­seurs acharnés de l'Etat bourgeois et du capital national, les pires ennemis de la classe ou­vrière.

La guerre d'Espagne se pro­longea jusqu'en 1939, s'achevant par la victoire militaire de Franco, au moment où les autres fractions du prolétariat mon­dial, par­tout vaincues par la contre-révolution, servaient à leur tour de chair à canon dans l'affrontement impérialiste géné­ralisé derrière leur bourgeoisie natio­nale respective.

C.B


[1] La capacité d'adaptation de la bour­geoisie espagnole face au prolétariat peut être illustrée par la trajectoire politique de Largo Caballero : président du syndicat UGT depuis 1914, député du PSOE, il devint conseiller d'Etat du dictateur Primo de Rivera puis ministre du Travail du premier gouvernement républicain de "coalition" entre 1931 et 1933, ensuite il fut l'un des principaux artisans du Front populaire, avant de s'orienter sur des positions "gauchistes" qui lui permirent de devenir chef du gouvernement entre sep­tembre 1936 et mai 1937.

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Evènements historiques: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

Mondial 2006 : Quand la LCR porte fièrement le maillot national


 
De retour sur le sol national, l’équipe de France de football a reçu une ovation enthousiaste de toute la classe politique. Jacques Chirac, en chef d’Etat, a ainsi rendu un hommage appuyé aux ‘Bleus’ en déclarant solennellement : "Vous avez fait à tous égards honneur à la France".  La gauche aussi n’a pas tari d’éloges pour ses ‘héros’. Selon Ségolène Royal "il faut […] dire merci à l’équipe de France".

Pas une seule voix politique n’a manqué à ce grand "hip hip hip hourrah" chauvin et surtout pas celle du porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), Olivier Besancenot : "Ma génération a vécu au rythme des matchs de cette équipe de France et aujourd’hui je suis fier"[1]. Lorsque la classe dominante fait "la ola", la Ligue se lève en rythme tout naturellement.

En point de mire, il y a bien évidemment les élections présidentielles de 2007. La LCR se doit donc d’être populaire et médiatique. Tous les moyens sont bons pour attirer à elle la sympathie et récolter des voix. D’ailleurs, le choix de mettre en vitrine Olivier Besancenot n’est déjà en lui-même que pure démagogie. Dans les coulisses de l’organisation, ce jeune militant ‘cool et dynamique’ est qualifié de "bon produit d’appel", c’est tout dire[2].

Mais au-delà de la volonté de plaire pour faire un bon score électoral, cette prise de position à la gloire de l’équipe de France révèle une fois encore la nature profondément bourgeoise de la Ligue qui se prétend pourtant "communiste" et "révolutionnaire".
En effet, de quoi Olivier Besancenot est-il si fier ? De ‘son’ équipe et de ‘sa ‘ patrie. Le meneur de la LCR est flatté dans son orgueil national. C’est pour lui un vrai plaisir de voir les ouvriers se regrouper derrière les drapeaux pour entonner des chants patriotiques. "Dans mon quartier de Barbès/Château-Rouge, il fallait voir les drapeaux portugais, français même algériens aux fenêtres, les discussions enflammées dans les troquets…". Effectivement, il fallait voir partout sur la planète les Etats et leurs médias exciter les sentiments nationalistes. Il fallait voir, aux quatre coins de l’hexagone, les drapeaux Bleu-Blanc-Rouge fleurir aux balcons et aux fenêtres, le maillot national devenir une parure de mode dernier cri ou entendre ses voisins et leurs amis reprendre en cœur la Marseillaise qui appelle à tuer et à mourir pour la patrie. Et le plus ignoble dans tout ça c’est que notre jeune coq tricolore de la LCR ose en plus nous refourguer cette camelote pour une véritable expression de fraternité internationaliste : "Elle a permis de faire ressortir des moments de fraternité, d’amitié entre les peuples, une forme d’internationalisme positif, loin de tout chauvinisme". C'est chercher à faire prendre "au bon peuple", en général, et aux prolétaires, en particulier, de France et d'ailleurs, des vessies pour des lanternes ! "L'internationalisme positif", ce serait de saisir toutes les occasions de déchaîner l'hystérie nationaliste ! Notre jeune apprenti présidentiable se pose ainsi en digne héritier du parti stalinien qui proclamait dans les années 1930 "tout ce qui est national est nôtre".  Il est bien dans la lignée de tous ceux qui, depuis plus de 60 ans, du PCF aux trotskistes (déjà !) ont toujours appelé au nom de "l'internationalisme prolétarien" les prolétaires à se laisser entraîner hors de leur terrain de classe et à s'étriper entre eux derrière toutes les causes impérialistes  !

La courte interview dans Le Parisien[3] du porte-parole de la LCR est une mine d’or. En moins d'une colonne, il y enfile les mensonges comme des perles. Ainsi, toujours très fier, il affirme "cette épopée nous a apporté des pauses dans un monde de brutes". Mais pour la lutte de classe, il n’y a eu justement aucune pause. Au contraire, en profitant de cette ‘arme de distraction massive’ que fut le Mondial 2006, la bourgeoisie a pu placer en catimini certaines de ses attaques. En guise de "pause dans un monde de brutes", le gouvernement Merkel a pu faire passer, contre les ouvriers d’Allemagne, une réforme du système de santé comportant notamment une hausse généralisée des cotisations pour la Sécurité sociale[4]. Finalement, ce n’est pas étonnant d’entendre Olivier Besancenot déclarer "la génération Zidane, ce n’est pas l’opium du peuple", puisqu’en réalité non seulement le sport est bien une des drogues idéologiques que distille la bourgeoisie mais la LCR en est un des dealers.

Alain Krivine peut donc être fier de son poulain : Olivier Besancenot est bien le digne représentant de la Ligue Cocardière Ramasse-tout.

Pawel, le 14 juillet 2006



[1] Le Parisien du 12 juillet 2006

[2] Libération du 26 juin 2006

[3] Le Parisien du 12 juillet 2006

[4] Lire aussi notre article sur le Mondial

Situations territoriales: 

Courants politiques: 

Révolution Internationale n° 371 - septembre 2006

Attentats de Bombay et de Srinagar: des actions terroristes au terrorisme d’Etat, les mêmes ennemis pour la classe ouvrière


 
Chaque jour apporte une expression nouvelle de la barbarie capitaliste. Les principales victimes en sont toujours et partout la population travailleuse et exploitée. L’attaque sur le World Trade Center, les attentats de 2005 à Londres, ceux de Madrid, de Beslan, de Bali, de Sharm-el-Sheikh en Egypte, de Delhi, de Bénarès, au Bangladesh, etc. font partie des crimes les plus épouvantables commis contre l’humanité. Les derniers attentats dans des trains bondés de Bombay aux heures de pointe, au retour des ouvriers de leur travail, font partie de cette série d’actes ignobles.  Sept explosions successives le 11 juillet 2006 se sont produites entre 18 h et 18 h 30 de l’après-midi dans les trains de banlieue. Les gens rentraient chez eux après une dure journée de travail. Mais les bombes des terroristes se trouvaient sur leur chemin et envoyèrent brutalement et sans pitié un grand nombre d'entre eux à  la mort. Les mots ne sont pas suffisants pour exprimer toute l’indignation que ces meurtres totalement irrationnels et monstrueux ont provoquée.


Selon le journal The Stateman du 13 juillet, au moins 190 personnes auraient été tuées et 625 blessées, la plupart très gravement. Le nombre de morts pour d’autres journaux s'élèverait à  200. D'autres sources ont parlé de plus de 400 morts.  

Cette ville, capitale de la finance de la bourgeoisie indienne, a déjà été la cible d’attaques terroristes le 12 mars 1993 qui avaient provoqué la mort et de graves blessures chez plusieurs centaines d'ouvriers. A l’époque, on avait compté 13 puissantes explosions dans les parties les plus peuplées de la ville.  

Une autre attaque terroriste a eu lieu le matin du même jour dans la ville de Srinagar, capitale de l’Etat de Jammu et Cachemire, considéré comme un paradis sur terre pour l’exquise beauté des paysages environnants. Les terroristes auraient jeté une puissante grenade dans un bus transportant des touristes de différentes régions de l’Inde. Cette attaque à la grenade a fait 8 morts et en a blessé beaucoup d’autres. Elle était suivie par une autre sur des véhicules de touristes le jour suivant, provoquant aussi des morts et de nombreux blessés graves. Cette situation particulière a déjà provoqué par le passé d’innombrables actes de répression de l'Etat, semant le même climat de terreur. Les masses ouvrières et la population exploitée se retrouvent régulièrement  prises en sandwich entre ces deux types de terreur provenant de deux cliques politiques bourgeoises concurrentes. Le meurtre et les attaques contre des prolétaires innocents sont devenus quasiment quotidiens. 

La réponse de la bourgeoisie indienne et sa direction politique 

La bourgeoisie indienne et sa direction politique comme tous ses partis, qu'ils soient de gauche ou de droite ont intérêt à marquer le plus de points possibles face à leur rivale impérialiste voisine, c’est-à-dire la bourgeoisie pakistanaise et l'Etat pakistanais en les humiliant aux yeux de la « communauté internationale ». La bourgeoisie indienne est beaucoup moins concernée par les morts, les blessés et le sort de leurs familles. Cela va de pair avec le caractère cynique du système capitaliste devenu décadent, particulièrement dans sa phase actuelle de décomposition.

En fait, le niveau de cruauté, le nombre énorme de morts et de blessés sont devenus de simples cartes dans un enjeu politique qui visent avant tout à frapper et acculer la bourgeoisie pakistanaise. Les dirigeants indiens ont un discours stéréotypé qu’ils utilisent lorsque de tels crimes haineux sont commis. Ils y dénoncent la main des services secrets de l'Etat pakistanais, l'ISI (Inter Services Intelligence). Aujourd’hui, la formule a été enrichie de nouveaux éléments tels que ceux des liens du Pakistan avec Al Qaida. Aussi, malgré une enquête toujours en cours et qui  piétine, les dernières déclarations faites par le Premier Ministre et d’autres dirigeants politiques de droite comme de gauche,  accusent ouvertement et agressivement  l'Etat pakistanais qui, de son côté nie toute implication dans ces attentats. Le Premier Ministre indien et son gouvernement ont réagi très rapidement. Ils ont annulé les discussions qui devaient se tenir le même mois entre les deux pays au niveau du secrétaire aux Affaires étrangères. Ils ont aussi annulé le voyage d’une délégation parlementaire à la Commission Parlementaire du Commonwealth qui devait se tenir prochainement. . La "guerre au terrorisme", particulièrement dans les régions  frontalières entre les deux Etats, a constitué le moyen prédominant de la bourgeoisie indienne pour faire pression sur son impérialiste rival pakistanais.

La réponse de la bourgeoisie pakistanaise 

Le Président, le Premier Ministre, le ministre de l'intérieur et d’autres dirigeants politiques de la bourgeoisie pakistanaise ont condamné les attentats. Selon le Daily Times du 15 juillet 2006, Khurshid Mehamood Kasuri, Premier Ministre du Pakistan a « condamné sans équivoque » les dernières explosions de Bombay et a prétendu que le Pakistan était destiné à jouer un rôle clé en faveur de  la paix et de la sécurité du monde du fait de sa situation géo-politique. Selon lui, « ceux qui sont contre le processus de paix et qui  n’en veulent pas sont derrière ces attentats».  Selon un article du Frontier Post du 15 juillet 2006, le Pakistan a rejeté les inconsistantes allégations indiennes et appelé à la continuation du processus de paix. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Tasneem Aslam, a affirmé que « le terrorisme est un phénomène qui affecte presque tous les pays du monde. Et de façon sûre, il touche tous les pays de l’Asie du Sud ». Le secrétaire pakistanais aux affaires étrangères, Riaz Mahammad Khan, déclarait de son côté que « le Pakistan ne doit pas laisser son territoire utilisé contre n’importe quel pays. C’est notre ferme politique et notre engagement. » Selon le général Musharraf, « tout atermoiement dans le processus de paix (…) à cause des attaques terroristes équivaudrait à un échec qui jouerait en faveur des terroristes. »  Ces déclarations de la part de la classe dominante pakistanaise sont cyniques et manifestement fausses, destinées à servir ses propres intérêts. Néanmoins, les dirigeants politiques de la coalition au pouvoir au Pakistan se montrent plus empressés à la continuation du processus de paix. Cet intérêt pour la paix et la continuation du processus de paix est plus vraisemblablement un des principaux moyens diplomatico-politiques de la bourgeoisie pakistanaise pour poursuivre son conflit impérialiste avec la bourgeoisie indienne.

Qui sont alors les responsables ?

Tous les Etats et gouvernements capitalistes excellent dans le mensonge et font tout leur possible pour cacher la vérité. Chaque gouvernement, qu’il soit indien, pakistanais ou autre se montre comme le défenseur ardent de la guerre contre le terrorisme mais chacun d’entre eux recourt au terrorisme pour défendre leurs intérêts impérialistes. Tous s’accusent mutuellement de soutenir et être les instigateurs du terrorisme. Le gouvernement indien dénonce la main de l’ISI dans chaque action terroriste sur son territoire mais reste complètement silencieux sur les activités subversives commises par son RAW ("Research and Analysis Wing", pouvant être considéré comme l’homologue de l’ISI) chez ses ennemis dont le plus important est le Pakistan. En fait la RAW a été créée pour contrer les activités des services de renseignements étrangers en Inde et pour organiser des actes subversifs, c’est-à-dire terroristes, sur le territoire ennemi. De son côté, le gouvernement pakistanais voit la main de la RAW dans les attentats terroristes qui ont lieu dans différentes régions du Pakistan, mais se tait sur ceux fomentés par l’ISI. Comment se fier dans ces conditions aux déclarations des uns et des autres ? 

Nous devons donc nous centrer sur la question de savoir à qui des parties en présence cet acte ignoble de barbarie procure le maximum de gain politique et diplomatique. La conférence du G8 s’est tenue le 16 juillet 2006 à Saint-Pétersbourg et le Premier Ministre indien y était invité. Les attentats ont eu lieu le 11 juillet. Ceci a fourni à la bourgeoisie indienne une arme politique très puissante pour frapper et humilier la bourgeoisie pakistanaise, sa voisine immédiate et sa rivale impérialiste au sein de la "communauté internationale", en utilisant pleinement l’opportunité de s’adresser à la conférence des Etats impérialistes les plus puissants du monde. 

De plus, le gouvernement américain a récemment annoncé qu’il fournirait au Pakistan trente-six avions de combat F-16 de la dernière génération et le gouvernement indien a exprimé sa désapprobation et son désaccord avec cette décision de la bourgeoisie américaine. Cette dernière action terroriste est sûre d’être utilisée pleinement par l’Inde pour faire pression sur les Etats-Unis. 

Car quelque temps avant les attentats, les conflits au sein des partis politiques de la clique dirigeante étaient plus ouvertement dirigés sur différents problèmes politiques économiques comme les privatisations, le niveau d'inflation, le rapprochement envers la bourgeoisie américaine dans les relations impérialistes internationales, etc. Les occasions comme le récent et humiliant ratage de l’Agni (la dernière version du missile à moyenne portée) et des lancements d’Insat ("Indian communication satellites") n’ont pas manqué pour ajouter aux querelles du gouvernement avec les partis dans l’opposition. Les partis politiques de la gauche du capital avaient ainsi planifié plusieurs actions politiques de masse contre le gouvernement. Tout cela est passé au second plan après les explosions de Bombay. Même si certains dirigeants politiques et des officiers de police de haut rang ont affirmé que d’autres dirigeants politiques avaient des liens divers avec la pègre et les terroristes. Aussi, nous pouvons affirmer en toute confiance que l’Etat indien a retiré un gain diplomatique maximum de ce massacre barbare d’innocents. Il est donc vraisemblable que même s’il ne trempe pas directement dans cet acte odieux, il l’a laissé faire, de la même façon que l’impérialisme américain s’est servi de l’attaque du 11 septembre sur le World Trade Center et de l’attaque sur Pearl Harbor lors de la Seconde Guerre mondiale pour mettre en place une stratégie impérialiste déjà préparée pour ses intérêts.

La question n’est tant de savoir qui est responsable mais pourquoi.

La bourgeoisie à travers le monde fait de son mieux pour polariser l’attention sur qui sont les terroristes ou d’où ils viennent et leur fonctionnement. De cette manière, elle a fait passer ses propres conflits impérialistes pour des épisodes de la guerre contre le terrorisme dont l'instigateur principal et le défenseur le plus ardent se trouve être la bourgeoisie américaine.  Elle mène cette guerre contre le terrorisme depuis l’attaque du 11 septembre. Mais le terrorisme n'a pas reculé. Au contraire, il s’est développé et est devenu plus étendu et toujours plus barbare au fil des années. 

Le terrorisme est le produit inévitable des conditions matérielles du capitalisme et de la lutte de classe dans cette phase de décomposition du système capitaliste mondial décadent. Dans les conditions de la décadence du système, chaque Etat capitaliste, grand ou petit, fort ou faible, développé ou "en développement"  est impérialiste, il en va de sa survie en tant que fraction nationale du capital. Le marché mondial ne peut plus permettre le plein développement de toutes les parties du capital. Aussi, chaque pays s’efforce d’assurer sa propre survie au prix de celle des autres. Ceci ne peut qu’exacerber le conflit impérialiste de chaque Etat nation contre tous les autres.
Dans une telle situation internationale, le terrorisme est devenu un moyen très important de la guerre secrète menée par chaque Etat capitaliste contre d’autres.

La phase de décomposition qui s’est définitivement affirmée avec l’effondrement du bloc impérialiste soviétique en 1989 a donné une impulsion qualitativement nouvelle au développement du chacun pour soi et à la confrontation  de tous contre tous, conduisant ainsi à une situation chaotique dans les relations internationales. Elle a aussi conduit à l’effondrement du bloc occidental et à la disparition de la discipline de bloc que les têtes de blocs pouvaient auparavant imposer. Les anciens alliés de l’impérialisme américain ont commencé à être ses grands concurrents impérialistes et à essayer d’affaiblir par tous les moyens l’autorité mondiale et l’hégémonie de la bourgeoisie américaine. Aussi, le seul but de la stratégie globale de la bourgeoisie américaine est de préserver cette hégémonie et celui des autres grandes puissances est de pousser à son affaiblissement.

Dans cette dynamique impérialiste et guerrière, l’autorité des Etats-Unis s’est affaiblie ces dernières années. En conséquence, la tendance au chacun pour soi a connu une nouvelle avancée et une impulsion conduisant à une aggravation de la situation de chaos dans les relations internationales. Cela signifie que le terrorisme ne peut que connaître une accélération  partout dans le monde et particulièrement dans le sous-continent indien. Il faut ainsi s’attendre à ce que les Etats capitalistes du Pakistan, du Bangladesh et de l’Inde déchaînent les uns contre les autres les foudres du terrorisme. 

Cette situation particulière de décomposition du système capitaliste décadent a aussi amené à l’intensification de tous les conflits entre les différentes fractions du capital. Ces conflits internes aggravés se sont de plus en plus exprimés dans le développement des luttes armées et des actions terroristes. De nombreux groupuscules maoïstes ont organisé des attentats terroristes, causant pour la plupart le meurtre massif de personnes innocentes. De tels groupes ou organisations qui se développent localement augmentent numériquement et se renforcent politiquement comme militairement. La situation dominante du capitalisme ainsi que  la lutte des classes sont obligées de tenir compte de leur force et de leurs activités meurtrières barbares. Il ne fait pas de doute que ces organisations terroristes locales grandissantes seront soutenues, utilisées et liées aux autres puissances rivales impérialistes pour faire avancer leurs propres intérêts. Il n’y aura donc aucun répit dans la course aux attentats sanglants tant que le système capitaliste décadent survivra.

Le terrorisme d’Etat

L’Etat est le terroriste le plus organisé, le plus puissant et légalisé. Il possède tous les moyens de la terreur. Dans la phase de décomposition du système capitaliste décadent, chaque Etat sera appelé à recourir de plus en plus aux méthodes terroristes afin de préserver l’ordre capitaliste. Chaque Etat est amené à s'enfoncer de plus en plus dans la crise économique, le "marasme bureaucratique" et dans la fuite en avant  dans le militarisme, mettant de plus en plus à nu la réalité de la dictature du capital et déchirant son masque démocratique. La classe ouvrière et les masses exploitées vont de plus en plus être prises en sandwich entre les actes terroristes de l’Etat et ceux de groupes bourgeois plus informels. L'Etat a recours au terrorisme contre la classe ouvrière pour pouvoir accentuer ses attaques contre les conditions de vie et de travail. Les mouvements de la classe ouvrière sont brutalement réprimés par les forces armées de l’Etat partout dans le monde. Ils sont également soumis à des diktats économiques et juridiques. Les grèves de Honda en juillet 2005 (voir Révolution Internationale361) ont été réprimées sans pitié par la police. Le récent mouvement de la jeune génération ouvrière en France a été confronté au déploiement de l'appareil répressif. Les ouvriers des transports new-yorkais ont du faire face à la répression économique et juridique de l’Etat. Partout, l’Etat capitaliste sera appelé à user de mesures répressives et terroristes contre la classe ouvrière (voir Revue Internationale125).

La guerre d’une forme de terreur contre une autre

Les différents groupes terroristes qu'ils soient directement manipulés par l'Etat ou non se combattent pour s'accaparer ou préserver le pouvoir d’Etat. Tous essayent de se présenter comme les meilleurs amis de la classe ouvrière et des masses exploitées et demandent à la classe ouvrière de se rallier à eux dans leur guerre soit pour garder le pouvoir entre leurs mains soit pour s'en emparer. Le résultat sera le même : il contribuera à accentuer l’exploitation et la répression contre  la classe ouvrière et les masses de travailleurs. La prétendue "machine de guerre contre le terrorisme" n’est qu’un autre nom pour les conflits impérialistes et la guerre d’une forme de terreur contre une autre  Tous poursuivent  le même projet : soumettre davantage la classe ouvrière à l’acceptation de l’exploitation et des attaques contre ses conditions de vie et de travail. Tous sont également impérialistes, barbares, meurtriers, réactionnaires et répressifs. 
La classe ouvrière ne peut et ne doit jamais choisir un camp dans cette guerre impérialiste permanente et dans cette guerre entre deux formes de terrorisme. 

La classe ouvrière et les masses exploitées sont les principales victimes de ces règlements de compte 

Dans chaque attaque terroriste ou dans la guerre anti-terroriste, la classe ouvrière et les masses travailleuses sont les principales victimes. Elles sont tuées ou blessées par centaines et même par milliers dans toutes les formes de  la guerre impérialiste permanente du capitalisme décadent. Ce fut le cas du World Trade Center, du métro de Londres, des trains de Madrid. Cela a été le cas dans les attentats terroristes de Delhi, Bénarès et du Bangladesh. Cela fut encore le cas dans les attentats terroristes des différentes parties du Pakistan, de l’Inde et du Pakistan occupé, le Cachemire. Les attentats de Bombay représentent la même réalité barbare de décadence. C’est aussi ce qui se passe en Irak, en Afghanistan, au Soudan, en Israël, au Liban, etc.

La lutte des classes est la seule voie

L'existence prolongée du système capitaliste décadent dans sa phase de décomposition signifie plus d’incertitude pour la vie, toujours davantage d’attaques sur les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière, plus de chômage, de guerre impérialiste et d'attentats. Cela signifie aussi plus de barbarie, de pauvreté, de misère, de pollution et de destruction sur la planète entière. Aussi, le renversement du système capitaliste est la seule solution à l'échelle mondiale. La classe ouvrière est la seule classe capable de remplir cette tâche historique. Elle ne peut être accomplie qu’en se battant contre l’augmentation des attaques du capital, à travers l’extension et l’unification de ses luttes dans tous les secteurs, régionalement et internationalement et par la politisation continue de ces luttes. La classe ouvrière doit donc rejeter avec le plus grand mépris l’appel à l’unité nationale pour la guerre contre le terrorisme et intensifier sa lutte de classe. C’est  la seule voie possible à suivre pour elle. 

Communist Internationalist,
organe du CCI en Inde

 

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Récent et en cours: 

Questions théoriques: 

Le maoïsme, un pur produit de la contre-révolution

Il y a trente ans mourait Mao Zedong. Pour ce trentième anniversaire de la mort du "Grand Timonier", pas de grandes pompes organisées par le gouvernement chinois. Tout au contraire, c'est la discrétion qui est de mise pour les caciques de l'Empire du Milieu. Et, paradoxalement, ce sont surtout les médias occidentaux qui ne manquent pas de rappeler l'existence du leader de la "Longue Marche" et "père de la nation chinoise". Mais bien évidemment, ce rappel sert deux objectifs : celui d'alimenter le mesonge selon lequel Mao serait un authentique combattant du prolétariat révolutionnaire et celui de lier son itinéraire politique prétendument prolétarien avec les dizaines de millions de morts dont il est responsable, que ce soit du fait de la répression ou encore de l'exploitation éhontée ou des famines qu'il a fait supporter à la classe ouvrière et à la population durant son règne. Nous publions ci-dessous un article paru dans le n° 269 de juin 1997 de Révolution Internationale qui dénonçait une fois encore ce genre de campagne que la classe dominante ne cesse de sortir de son chapeau pour amalgamer stalinisme et lutte prolétarienne. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la stalinisation du Parti Communiste Chinois dont Mao fut un des plus forts artisans, ils peuvent se référer à trois articles du Courant Communiste International parus dans les numéros 83, 84 et 85 de notre Revue Internationale à lire sur www.internationalism.org

La bourgeoisie ne rate jamais une occasion de perpétuer et semer le mensonge énorme de l'amalgame entre stalinisme et communisme. Elle veut ainsi nous faire croire que, mal­gré l'effondrement de l'URSS, il reste encore certains pays "communistes", dont la Chine, patrie de ce prétendu "grand révolutionnaire", Mao Zedong. Cette classe de menteurs est passée maître dans l'art de falsifier l'histoire et voudrait inculquer aux prolétaires que, comme le stalinisme, le maoïsme est un produit du mou­vement ouvrier. Une telle mystifica­tion est un véritable poison contre la conscience prolétarienne. Pour les révolutionnaires, le maoïsme n'a jamais cessé d'être un courant idéo­logique et politique bourgeois, né de l'écrasement du mouvement ouvrier en Chine, nourri de la contre-révolu­tion stalinienne et des plus sordides intérêts impérialistes.

Le PCC à sa création : une expression du mouvement révolutionnaire international

Le Parti Communiste Chinois (PCC) fut créé en 1920 et 1921, à partir de petits groupes marxistes, anarchistes et socialistes, sympathi­sants de la Russie soviétique. Comme d'autres partis, le PCC naquit direc­tement en tant que composante de l'Internationale Communiste (IC) et sa croissance fut liée au développe­ment international des luttes ouvriè­res, produit de la période historique qui avait elle-même donné naissance à la Révolution russe et aux mouve­ments insurrectionnels en Europe centrale et occidentale. De 1921 à 1925, le PCC passa de 4000 membres à 60 000, exprimant ainsi la volonté et la détermination du prolétariat qui menait un combat acharné contre la bourgeoisie chinoise depuis 1919, principalement dans les zones les plus industrialisées. Certes, dans ce grand pays colonisé à dominante agraire, le prolétariat constituait une très petite minorité. Il subissait en outre des influences idéologiques particulièrement archaïques et arrié­rées, n'avait qu'une expérience très réduite de la lutte de classe et possé­dait de ce fait une conscience faible et extrêmement hétérogène. Mais il était très concentré, ce qui lui permet­tait de développer une com­bativité d'une rare vitalité. Ses luttes tendaient dans cette période à se situer de plus en plus sur le terrain de la défense de ses intérêts propres et à sortir des pièges bourgeois telle la résistance aux différentes puissances impérialistes installées en Chine ou aux "seigneurs de la guerre" chinois, derrière lesquels s'efforçaient de l'enfermer et de l'entraîner la bour­geoisie. Aussi, il tendait de plus en plus à diriger ses luttes contre le Guomindang (incarné par le général Tchiang-Kai-shek), qui incarnait l'aile "progressiste" de la bourgeoisie chinoise, et poussait à l'édification d'un Etat unifié depuis 1910 sous l'impulsion de Sun-Yat-Sen.

L'opportunisme montant de l'IC, en lien avec ses conceptions erronées sur le "droit des nations à disposer d'el­les mêmes" l'amena à lancer, en 1922, un mot d'ordre aux conséquences dramatiques pour le prolétariat : réa­liser un "front unique anti-impéria­liste entre le PCC et le Guomindang". En 1923, le PCC est pratiquement absorbé au sein d'un Guomindang qui est ensuite accepté comme membre sympathisant de l'IC, en 1926, à la veille même de la sanglante répres­sion de la Commune de Shanghaï. Prise dans une implacable dynamique de dégénérescence, l'IC, sous la férule d'un Exécutif à la botte de Staline, devient l'instrument direct de la poli­tique impérialiste de l'URSS. Fort de son alliance avec l'IC, le Guomindang, avec la complicité tacite des impérialismes occidentaux, se lance alors dans une répression féroce contre le prolétariat durant les grandes grèves de l'été 1925, assassi­nant et harcelant les meilleurs mili­tants du PCC qu'il avait auparavant chassés de son organisation. Sourd aux critiques des éléments révolu­tionnaires du PCC et malgré les exactions anti-ouvrières de Tchiang-Kai-shek, l'Exécutif de l'IC ne renon­çait pourtant pas à son alliance avec un Guomindang dont l'unique objectif était de prendre le pouvoir et d'écra­ser son ennemi mortel, le prolétariat. Le massacre de la Commune de Shanghaï en 1927, mené par Chiang-Kai-shek (avec l'aide précieuse et active des puissantes sociétés secrè­tes implantées dans le prolétariat comme la Bande Verte), l'écrasement des insurrections de Nanchang puis de Canton, sonna le glas du combat prolétarien et du PCC comme Parti du prolétariat.

Le PCC dans la contre-révolution : une des pires caricatures de parti stalinien

Alors que les meilleurs éléments révolutionnaires du PCC étaient pourchassés et exécutés, sa fraction la plus stalinisée, à laquelle appartenait Mao Zedong, chargé spécialement des liens entre le PCC et le Guomindang, soutenait et justifiait ce bain de sang par la politique de col­laboration avec la bourgeoisie "progressiste" qui correspondait aux besoins de l'Etat russe.

Vidé de sa base prolétarienne, le PCC, tout en poursuivant la politique anti-prolétarienne prônée par le Komintern dans les centres ouvriers, se mit à théoriser, en particulier sous la plume de Mao, le "rôle révolution­naire" de la paysannerie, exprimant ainsi la transformation radicale de sa nature de classe. Il se fit alors le défenseur des paysans, mais aussi des couches de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie hostiles à l'autorita­risme du nouveau maître de la Chine, Chiang-Kai-shek. Les nouveaux ca­dres du Parti étaient soigneusement choisis par Staline, qui utilisait le PCC comme instrument de l'expan­sion impérialiste russe et comme moyen de pression et de tractations avec le Guomindang. L'affluence massive d'éléments contre-révolu­tionnaires, d'aventuriers de toutes sortes, de petits bourgeois et bour­geois en rupture avec Chiang-Kai-shek, transforma le PCC en un véri­table cloaque d'intrigues et de ma­noeuvres, où s'opposaient violemment pour le contrôle du Parti différentes cliques adverses.

L'épisode de la "Longue Marche", loin d'être l'épisode héroïque de "résistance communiste" sous la direction du "grand timonier" Mao, eut comme objectif essentiel d'unifier les nom­breux foyers de guérilla existant en Chine sous un commandement unique et centralisé, afin de constituer une armée bour­geoise digne de ce nom, pour le compte du grand frère stalinien qui contrôlait étroitement ses cadres. Les appétits impérialistes russes deve­naient en effet de plus en plus pres­sants et avaient de ce fait provoqué un refroidissement de son alliance avec le Guomindang. Dans ce but, les masses des paysans pauvres furent embrigadées et utilisées comme chair à canon : la "Glorieuse Longue Marche", qui dura d'octobre 1935 à octobre 1936, fit plusieurs centaines de milliers de morts parmi eux. Et si ce fut la ligne du "grandiose com­mandant en chef" Mao qui l'emporta durant cette campagne, ce n'est même pas grâce à ses talents de stratège militaire, réputés être particulièrement médiocres. C'est surtout grâce à sa capacité de jouer et profiter des discordes existantes, et de celles que lui même attisait, pour asseoir son pouvoir au sein d'une Armée rouge chinoise où se mêlaient, aux côtés de combattants sincères, bureaucrates staliniens et arrivistes de tous poils.

Mais au moins une chose était sûre, c'est que toutes ces cliques, que ce soient celles du PCC ou celles du Guomindang, étaient unies sur l'es­sentiel : la défense du capitalisme chinois. C'est ainsi que lors du conflit sino-japonais de 1936, le PCC, allié à nouveau au Guomindang, se distin­gua encore comme le principal four­nisseur de chair à canon de la guerre impérialiste. En 1941, alors que l'ar­mée allemande entrait en URSS, Staline, menacé sur deux fronts, signa un pacte de non- agression avec le Japon. La conséquence immédiate fut la rupture du PCC avec Moscou et la victoire de la ligne maoïste contre la ligne pro-russe. Le PCC va donc collaborer d'autant plus, les Etats-Unis entrant en guerre contre le Japon en 1942, à une alliance avec le Guomindang aux ordres de l'oncle Sam. Au sein du Parti, de 1943 à 1945, les grandes purges anti-stali­niennes atteignirent alors leur apo­gée, le maoïsme devenant dès lors la doctrine officielle du Parti.

Le maoïsme : une doctrine capitaliste d'Etat

Les historiens et intellectuels bour­geois entretiennent tout un mythe autour du maoïsme, "communisme à la sauce chinoise",  porté par Mao Zedong, prôné mensongèrement comme un des fonda­teurs du PCC, celui qui allait instaurer le "socialisme" dans ce grand pays. Les idéologues de la bourgeoisie présentent l'arrivée du "grand timo­nier" à la tête de la Chine comme le produit d'une "révolution populaire, paysanne et ouvrière", mais la réalité est radicalement différente : le PCC est arrivé au pouvoir à la suite de sordides tractations impérialistes. En effet, c'est en monnayant son retour dans le giron de Moscou, contre les Etats-Unis et après les accords de Yalta, que le PCC va pouvoir défini­tivement éliminer son rival direct, le Guomintang, en 1949, et fonder la "République populaire chinoise".

Une fois les rênes de l'Etat en mains, il pourra donc, avec Mao à sa tête, donner libre cours à une exploi­tation féroce des ouvriers et des paysans pour tenter de reconstruire ce pays immense, totalement exsangue après des décennies de guerre civile et de guerres impérialistes.

En son sein, la lutte à mort entre les différentes fractions rivales va plus que jamais s'exacerber. C'est encore sur le dos des couches exploitées, de la classe ouvrière et de la paysanne­rie, que vont se régler de la façon la plus sanglante les féroces luttes pour le pouvoir auxquelles s'adonnent Mao et consorts. Et alors que tous les historiens bourgeois nous présentent toutes ces étapes comme un renfor­cement du "socialisme", elles n'ont au contraire fait que montrer la même férocité et la même impuissance du capitalisme d'Etat façon "maoïste".

Le célèbre discours de Mao Zedong de 1957 proclamant la "Révolution des Cent Fleurs" représenta une première tentative de la part de celui-ci pour consolider son emprise idéo­logique sur les masses et tenter de les mobiliser contre ses rivaux dans le Parti. Dans sa continuité, et sous couvert de libérer de "nouvelles for­ces productives", le lancement du "Grand bond en avant", moins d'un an plus tard, avait pour but de prouver que le "leader suprême" était in­faillible dans le gouvernement du pays. Ce "Grand bond" fut un bond extraordinaire dans la catastrophe économique (catastrophe annoncée par les dirigeants du Parti eux-mê­mes). Le seul résultat économique fut une famine effroyable, faisant des dizaines de milliers de morts en à peine plus d'un an, et, à travers la constitution de "Communes populai­res", la mise au pas de la paysanne­rie, puis l'accentuation de l'exploita­tion de la classe ouvrière par la nais­sance embryonnaire d'une industrie lourde au service de l'économie de guerre. Mais il précipita aussi la mise à l'écart de Mao par l'ensemble du Parti en 1959.

Cependant, ce dernier, que ces ri­vaux comme le nouveau président Liu Shao-qi pensaient avoir neutra­lisé, oeuvra patiemment durant sept ans dans l'ombre pour provoquer en 1966 le vaste mouvement de la pré­tendue "Révolution culturelle". Cet événement donna lieu à une des pires falsifications de l'Histoire, à laquelle participèrent avec une rare ferveur les idéologues bourgeois de tous bords. Animé d'une incroyable soif du pou­voir, Mao va jouer sur deux tableaux. D'un côté, en fonction du coup d'Etat prévu, il s'appuiera sur les cadres d'une armée habilement réorganisée par le ministre de la Défense pro-maoïste, Lin Biao, et abondamment abreuvée du "Petit Livre Rouge" ; de l'autre côté, il appellera à la forma­tion des fameux "Gardes rouges", recrutés dans les couches de la petite-bourgeoise estudiantine, excitée et appâtée par des postes dans l'Etat. Ces deux forces se trouveront de plus en plus face à face, entraînant de larges fractions du prolétariat, plon­geant tout le pays dans la guerre civile et la misère, dans un chaos indescriptible, ce qui était justement le but recherché par Mao afin d'en rejeter la faute aux dirigeants et en tirer tout le bénéfice. C'est ce qu'il fera d'ailleurs au bout de trois ans d'horreurs sous la direction du "grand timonier", de massacres dans la popu­lation, de purges massives dans le PCC, jusqu'après son retour au pou­voir en 1968 qui signera l'arrêt de mort physique de ces "Gardes rouges" qui s'étaient fait berner par son mot d'ordre "N'oubliez pas la lutte des classes". Le nombre de morts résul­tant des combats et de la famine est incalculable. Mais, des centaines de milliers avancés comme chiffre par les médias occidentaux, Mao, avec un cynisme achevé, dira lui-même à la fin de sa vie qu'ils étaient bien en deçà de la réalité !

Alors que le maoïsme poursuivait sans relâche son oeuvre destructrice sur le sol national chinois, son action impérialiste ne connaissait pas non plus de repos. C'est pour cette raison que l'Etat chinois, marchant sur les plates-bandes russes en Mongolie par exemple, rompait vers 1960 avec l'URSS. L'invasion du Tibet, sa par­ticipation active dans la guerre du Viêt-Nam, son soutien de premier plan aux Khmers rouges de Pol Pot au Cambodge avec la bénédiction des Etats-Unis, la création de multiples groupes armés tel le Sentier Lumineux jusqu'en Amérique du Sud, sous prétexte de soutenir les "luttes de libération nationale", ont émaillé la montée de la Chine impérialiste "reconnue" par les "Grands". Et si le mensonge du caractère "révolutionnaire" de l'Etat chinois maoïste (qui avait applaudi la ré­pression de l'insurrection ouvrière de 1956 en Hongrie par les troupes rus­ses) a été perpétué et amplifié à grands coups de trompettes par toutes les fractions de la bourgeoisie occi­dentale, c'est parce qu'il a été un puissant facteur de mystification et de confusion dans les luttes ouvrières au coeur du capitalisme et à sa périphé­rie.

Aujourd'hui, la bourgeoisie continue à présenter Mao et ses successeurs comme de véritables et inflexibles représentants du communisme. En perpétuant un tel mensonge, la classe dominante ne vise qu'un seul objec­tif : pourrir la conscience des prolé­taires et dénaturer la perspective historique de leurs combats de classe, la destruction du capitalisme mondial et l'instauration d'une véritable so­ciété communiste.

AK

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Terreur d’Etat ou terrorisme « islamiste » ? Un faux choix pour nous entraîner dans la guerre impérialiste


 
Le policier britannique qui a annoncé l’arrestation de nombreux suspects dans le dernier complot à la bombe a dit que le groupe avait planifié "un meurtre de masse à une échelle inimaginable, sans précédent".

S’il avait en effet été planifié la destruction d’avions avec leurs passagers au-dessus des villes américaines, il s’agit à coup sûr d’un plan en vue d’un meurtre de masse. Les méthodes de Ben Laden et des « djihadistes » qui l’admirent sont celles de la barbarie. Les victimes de leurs attentats sont d’abord et avant tout les exploités et les opprimés, les ouvriers, les pauvres. A New-York, Madrid, Londres, Bombay, Beslan, en Irak chaque jour, la “résistance islamique” massacre ceux qui vont au travail, ceux qui essayent de survivre jour après jour dans une société hostile. Les méthodes des « djihadistes » sont en fait les mêmes que celles des puissances « infidèles » auxquelles ils prétendent être opposés –les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie et autres.

Et tout comme les gouvernements de l’Ouest cherchent à mélanger l’islamophobie et le racisme contre ceux qui sont identifiés comme musulmans, la réponse des djihadistes est de prêcher le racisme contre les « kafirs », en particulier contre les Juifs, faisant revivre les pires mensonges de l’hitlérisme. Ces idéologies sont utilisées pour justifier le massacre de masse des non-musulmans (dans lequel les musulmans meurent aussi par milliers, comme en Irak aujourd’hui). Les djihadistes sont le véritable miroir de Bush et Blair et de leur « guerre au terrorisme ».

Les atrocités terroristes contre les innocents ne sont ni “inimaginables” ni "sans précédent". Les détenteurs du pouvoir qui condamnent cette dernière atrocité annoncée en provoquent de loin les plus importantes, parce qu’ils ont une puissance de feu de loin supérieure. Ce sont les djihadistes « démocratiques », en charge des Etats principaux du monde, ceux qui sont responsables de massacres de civils à une échelle bien plus grande –en Irak, en Afghanistan, au Liban, en Tchétchénie. Les guerres déclenchées par les puissances « démocratiques » sont le modèle suprême de la terreur : comment peut-on qualifier différemment l’emploi de la force militaire massive pour intimider des populations entières ? La dévastation du Liban par Israël est-elle différente, ou la campagne des Etats-Unis de 2003 « frapper et surprendre », ou encore de la même façon le « bombardement par zones » de l’Allemagne par Churchill à la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

L’Etat « démocratique » manipule les terroristes

La guerre impérialiste, c’est la terreur contre l’humanité. Et les Etats qui la paie sont tout autant adeptes des méthodes de l’ombre qu’utilisent les « terroristes » qu’ils le sont de la terreur ouverte et massive des bombardements aériens. Qui d’autre a entraîné Ben Laden pour combattre les Russes sinon l’Amérique « démocratique » ? Qui s’est servi des cliques de Protestants pour provoquer des assassinats et des attentats en Ulster ? La Grande-Bretagne « démocratique ». A qui appartiennent les « pères fondateurs » terroristes comme Menachem Begin . A l’Israël anti-terroriste. Et grâce à ses espions et à ses informateurs, l’Etat « démocratique » peut encore faire un usage subtil des bandes terroristes même lorsqu’elles sont de « l’autre côté ». Malgré les polémiques officielles contre les « théories de la conspiration », il existe une confirmation grandissante que l’Etat américain a permis à Al Qaïda de mener à bien ses attaques en septembre 2001 ; le but –qui avait déjà été émis ouvertement par les théoriciens «Neo-Con »- était de créer un nouveau Pearl Harbour pour justifier une énorme offensive impérialiste en Afghanistan et en Irak. Et il est tout aussi capable de fabriquer des complots terroristes quand rien n’existe réellement. En effet, que la menace soit réelle ou inventée, l’Etat utilisera toujours les activités des terroristes pour renforcer son arsenal de lois répressives, son vaste appareil d’information et de surveillance.

Après le 11 septembre 2001, Bush a proposé un faux choix : avec nous ou avec les terroristes. Aujourd’hui, des millions de gens ont vu ce que Bush voulait, mais ils n’ont pas échappé à ce faux choix. Beaucoup de jeunes qui voient que le monde dans lequel nous vivons va au désastre sont dévoyés vers le terrorisme comme seule « alternative ». Mais c’est une fausse alternative, une impasse tout aussi désastreuse, les transformant en agents recrutés dans une marche au suicide vers la guerre impérialiste. C’est une évidence dans le conflit qui s’étend à travers le Moyen-Orient, un conflit qui rebondit aussi sur les Etats-Unis et l’Europe.

La lutte des classes est notre seule futur

Mais face à l’inexorable décadence de la société actuelle, qui s’enfonce dans la guerre et le chaos, il existe un autre côté : celui de la classe exploitée, le prolétariat, la grande majorité d’entre nous, qui n’a aucun intérêt à être plongée dans les conflits fratricides et les massacres inter-impérialistes.

Face à l’effondrement accéléré du capitalisme qui, dans chaque région du globe, a prouvé qu’il mettait en danger la survie même de l’humanité, il y a une guerre encore valable à mener : la guerre de classe, unissant les ouvriers de tous les pays et de toutes les couleurs contre les gangsters qui dominent la planète mais qui en perdent de plus en plus le contrôle.

La bataille entre les classes que beaucoup disent être dépassée, est une fois encore en train de surgir. Un certain nombre d’évènements récents nous le montre  :

  • dans les assemblées et les manifestations des étudiants français, massivement en grève dans les collèges, les lycées et les universités, toutes couleurs et croyances confondues ; un mouvement qui, comme en 1968, a ébranlé le pouvoir, surtout lorsqu’un nombre grandissant de salariés ont commencé à rejoindre les étudiants ;
  • dans la grève sauvage des ouvriers de la poste de Belfast : officiellement qualifiés de « loyalistes » ou de « catholiques », ils se sont rassemblés pour marcher ensemble, et sans autorisation de leurs camps respectifs, dans des rues habituellement considérées comme étant celles des « ennemis », s’opposant ainsi au schisme national et aux gangs paramilitaires des deux camps ;
  • dans la grève d’Heathrow l’an dernier, où les porteurs ont manifesté en solidarité avec les ouvriers de Gate Gourmet, unis au-delà des divisions raciales et sexuelles par leur indignation commune face aux méthodes grossièrement tyranniques de la direction, et rejetant ainsi toute la législation syndicale.

Ces expressions de la solidarité de la classe ouvrière sont les lignes forces de la vraie communauté de l’humanité, une communauté faite de l’activité humaine pour les êtres humains et non plus pour la religion ou l’Etat.

World Revolution, 14 août 2006

Géographique: 

Récent et en cours: 

Questions théoriques: 

Guerre au Proche-Orient : peut-on en finir avec la barbarie du capitalisme ?

On ne peut qu'être soulevé par des sentiments d'indignation et d’écœurement devant cette nouvelle manifestation, ce déchaînement de barbarie guerrière au Proche-Orient : 7000 frappes aériennes sur le territoire libanais, plus de 1200 morts au Liban et en Israël (dont plus de 300 enfants de moins de 12 ans), près de 5000 blessés, un million de civils qui ont dû fuir les bombes ou les zones de combats. D'autres, trop pauvres pour fuir les zones de combats qui se terrent comme ils peuvent, la peur au ventre… Des quartiers, des villages réduits à l'état de ruines, des hôpitaux débordés et pleins à craquer : tel est le bilan provisoire d'un mois de guerre au Liban et en Israël suite à l'offensive de Tsahal pour réduire l'emprise grandissante du Hezbollah en réplique d'une des nombreuses attaques meurtrières des milices islamistes au-delà de la frontière israélo-libanaise. Les destructions sont évaluées à 6 milliards d'euros, sans compter le coût militaire de la guerre elle-même. Au bout du compte, l'opération guerrière se solde par un échec qui est aussi un cuisant revers, mettant brutalement fin au mythe de l'invincibilité, de l'invulnérabilité de l'armée israélienne. C'est aussi un nouveau recul et la poursuite de l'affaiblissement du leadership américain. A l'inverse, le Hezbollah sort renforcé du conflit et a acquis une légitimité nouvelle, à travers sa résistance, aux yeux de l'ensemble des pays arabes.

Cette guerre aura constitué une nouvelle étape vers une mise à feu et à sang de tout le Moyen-Orient et vers l'enfoncement dans un chaos de plus en plus incontrôlable, à laquelle toutes les puissances impérialistes auront contribué, des plus grandes aux plus petites, au sein de la "prétendue communauté internationale". Pourquoi ces massacres, cette flambée de combats meurtriers ?

Ce sont tous des fauteurs de guerre

L'impasse de la situation au Moyen-Orient s'était déjà concrétisée depuis l'arrivée au pouvoir des "terroristes" du Hamas dans les territoires palestiniens (que l'intransigeance du gouvernement israélien aura contribué à provoquer en "radicalisant" une majorité de la population palestinienne) et le déchirement ouvert entre les fractions de la bourgeoisie palestinienne, entre le Fatah et le Hamas interdisent désormais toute solution négociée. Le retrait israélien de Gaza pour mieux isoler et boucler la Cisjordanie n'aura pas servi à grand chose. Israël n'avait pas d'autre solution que de se retourner de l'autre côté dans le but de stopper l’influence croissante du Hezbollah au Sud-Liban, aidée, financée et armée par le parrain iranien. Le prétexte invoqué par Israël pour déclencher la guerre a été d'obtenir la libération de 2 soldats israéliens faits prisonniers par le Hezbolllah : près de deux mois après leur enlèvement, ils sont toujours prisonniers des milices chiites, et les premières tractations sur ce sujet sont à peine ébauchées par l'ONU. L'autre motif invoqué : "neutraliser" et désarmer le Hezbollah dont les attaques et les incursions sur le sol israélien depuis le Sud-Liban seraient une menace permanente pour la sécurité de l'Etat hébreu. La réalité aura été aussi disproportionnée que de chercher à tuer un moustique avec un bazooka. C'est une véritable politique de la terre brûlée à laquelle s'est livré l'Etat israélien avec une brutalité, une sauvagerie et un acharnement incroyables contre les populations civiles des villages au Sud Liban, chassées sans ménagement de leurs terres, de leur maison, réduites à crever de faim, sans eau potable, exposées aux pires épidémies. Ce sont aussi 90 ponts et d'innombrables voies de communication systématiquement coupés (routes, autoroutes …), 3 centrales électriques et des milliers d'habitations détruites, l'aéroport de Beyrouth inutilisable, des bombardements incessants. Le gouvernement israélien et son armée n'ont cessé de proclamer leur volonté "d'épargner les civils" et des massacres comme ceux de Canaa ont été qualifiés "d'accidents regrettables" (comme les fameux "dommages collatéraux" dans les guerres du Golfe et dans les Balkans). Or, c'est dans cette population civile que l'on dénombre le plus de victimes, et de loin : 90% des tués !

Cette guerre n'a pu se déclencher sans le feu vert des Etats-Unis. Enlisés jusqu'au cou dans le bourbier de la guerre en Irak et en Afghanistan, et après l'échec de leur "plan de paix" pour régler la question palestinienne, les Etats-Unis ne peuvent que constater l'échec patent de leur tactique d'encerclement de l'Europe dont le Proche et le Moyen-Orient étaient stratégiquement des cartes-maîtresses. En particulier, la présence américaine en Irak depuis trois ans se traduit par un chaos sanglant, une véritable guerre civile effroyable entre factions rivales, des attentats quotidiens frappant aveuglément la population, au rythme de 80 à 100 morts par jour. Tous ces échecs et cette impuissance témoignent de l'affaiblissement historique de la bourgeoisie américaine dans la région, qui, par contrecoup, voit son leadership de plus en plus contesté dans le monde entier. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle de nouvelles prétentions impérialistes d'autres Etats s'affirment de plus en plus, à commencer par celles de l'Iran. Dans ce contexte, il était hors de question pour les Etats-Unis d'intervenir eux-mêmes alors que leur objectif dans la région est de s'en prendre à ces Etats dénoncés comme "terroristes" et incarnation de "l'axe du mal", que constituent pour eux la Syrie et surtout l'Iran dont le Hezbollah a le soutien. L'offensive israélienne qui devait servir d'avertissement à ces deux Etats démontre la parfaite convergence d'intérêts entre la Maison Blanche et la bourgeoisie israélienne. D'ailleurs, les Etats-Unis au sein de l'ONU n'ont cessé de freiner et de saboter pendant plusieurs semaines les accords de cessez-le-feu pour permettre à l'armée israélienne d'enfoncer plus loin ses bases opérationnelles en territoire libanais, jusqu'au fameux fleuve Litani.

A part le fait qu'il n'est nullement question pour l'Etat hébreu de s'installer durablement au Sud-Liban, les méthodes et les problèmes auxquels sont confrontés les Etats-Unis et l'Etat d'Israël au Proche et au Moyen-Orient participent d'une même dynamique : mêmes contraintes de fuite en avant dans les aventures militaires pour préserver leurs intérêts impérialistes et leur statut de gendarme, même bourbier dans lequel ils ne peuvent que s'enliser toujours davantage, même incapacité à contrôler une situation de chaos grandissant que provoque leur intervention comme autant de boîtes de Pandore qui leur sautent au visage.

Civils et militaires au sein de la bourgeoisie israélienne se renvoient la responsabilité d'une guerre mal préparée. Israël fait l'expérience amère que l'on ne combat pas une milice disséminée dans la population comme on combat une armée officielle d'un Etat constitué 1. Le Hezbollah comme le Hamas n'était au départ qu'une de ces innombrables milices islamiques qui se sont constituées contre l'Etat d'Israël. Elle a surgi lors de l'offensive israélienne au Sud-Liban en 1982. Grâce à sa composante chiite, elle a prospéré en bénéficiant du copieux soutien financier du régime des ayatollahs et des mollahs iraniens. La Syrie l'a également utilisée en lui apportant un important soutien logistique qui lui servait de base arrière lorsqu'elle a été contrainte en 2005 de se retirer du Liban. Cette bande de tueurs sanguinaires a su en même temps tisser patiemment un puissant réseau de sergents-recruteurs à travers la couverture d'une aide médicale, sanitaire et sociale, alimentée par de généreux fonds tirés de la manne pétrolière de l'Etat iranien. Aujourd'hui, elle se permet de payer les réparations des maisons détruites ou endommagées par les bombes et les roquettes pour lui permettre d'enrôler dans ses rangs la population civile. On a notamment pu voir dans des reportages que cette "armée de l'ombre" était composée de nombreux gamins entre 10 et 15 ans servant de chair à canon dans ces sanglants règlements de compte.

La Syrie et l'Iran forment momentanément le bloc le plus homogène autour du Hamas ou du Hezbollah. En particulier, l'Iran affiche clairement ses ambitions de devenir la principale puissance impérialiste de la région. La détention de l'arme atomique lui assurerait en effet ce rôle. Depuis des mois, le gouvernement iranien ne cesse en effet de narguer les Etats-Unis en poursuivant son programme nucléaire. C'est pourquoi l'Iran multiplie les provocations arrogantes et affiche ses intentions belliqueuses, déclarant même son intention de raser l'Etat israélien.

Le cynisme et l'hypocrisie de toutes les grandes puissances

Le comble du cynisme et de l'hypocrisie est atteint par l'ONU qui, pendant un mois qu'a duré la guerre au Liban, n'a cessé de proclamer sa "volonté de paix" tout en affichant son "impuissance" 2. C'est un odieux mensonge. Ce "repaire de brigands" est le marigot où s'ébattent les plus monstrueux crocodiles de la planète. Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité sont les plus grands Etats prédateurs de la planète. Les Etats-Unis dont l'hégémonie repose sur l'armada militaire la plus puissante du monde et dont les forfaits guerriers depuis la proclamation en 1990 "d'une ère de paix et de prospérité" par Bush Senior (les deux guerres du Golfe, l'intervention dans les Balkans, l'occupation de l'Irak, la guerre en Afghanistan …) parlent d'eux mêmes.

La Grande-Bretagne a accompagné jusqu'ici les principales expéditions punitives des Etats-Unis pour la défense de ses propres intérêts. Elle entend reconquérir ainsi la zone d'influence dont elle disposait à travers son ancien protectorat dans cette région (Iran et Irak, notamment). Elle entend maintenir sa présence dans la région, coûte que coûte, en espérant en empocher les dividendes dans les années à venir.

La Russie, responsable des pires atrocités lors de ses deux guerres en Tchétchénie, ayant mal digéré l'implosion de l'URSS et ruminant son désir de revanche, affiche aujourd'hui des prétentions impérialistes nouvelles en profitant de la position de faiblesse des Etats-Unis. C'est pour cela qu'elle joue la carte du soutien à l'Iran et plus discrètement celle du Hezbollah.

La Chine, profitant de son influence économique grandissante, rêve d'accéder à de nouvelles zones d'influence hors de l'Asie du Sud-Est, et l'Iran à qui elle fait les yeux doux fait également partie des Etats sur lesquels elle mise pour parvenir à ses fins. Chacune de leur côté, ces deux puissances n'ont cessé de chercher à saboter les résolutions de l'ONU dont elles étaient parties prenantes.

Quant à la France, le sang qu'elle a sur les mains n'est pas moins sale que les autres. Elle a non seulement participé pleinement aux massacres de la première guerre du Golfe en 1991, mais la carte pro-serbe qu'elle jouait dans les Balkans l'ont poussé à laisser froidement massacrer au sein des forces de l'ONU les populations bosniaques dans l'enclave de Srebrenica en 1993, à participer activement à la traque des talibans en Afghanistan (la mort de 2 soldats au sein des "force spéciales" de la COS vient de remettre en pleine lumière cette activité jusqu'ici fort discrète) 3.

Mais c'est surtout en Afrique que l'impérialisme français s'est illustré dans de sinistres besognes. C'est la France qui a provoqué les massacres inter-ethniques au Rwanda en encourageant la liquidation avec les méthodes les plus barbares des Tutsis par les Hutus, pour la défense de ses sordides intérêts impérialistes sur le sol africain.

La bourgeoisie française a gardé la nostalgie d'une époque où elle se partageait les zones d'influence au Moyen-Orient avec la Grande-Bretagne. Après la remise en cause contrainte et forcée de son alliance avec Saddam Hussein lors de la première guerre du Golfe en 1991 puis l'assassinant de son "protégé" Massoud en Afghanistan, ses espoirs de reconquête se concentrent précisément sur le Liban. Elle en avait été brutalement chassée lors de la première guerre du Liban en 1982/83 par l'offensive de la Syrie contre le gouvernement libano-chrétien puis par l'intervention israélienne commandée par le "boucher" Sharon et téléguidée par l'Oncle Sam contraignant la Syrie jusque là dans le camp de l'ex-URSS à quitter le Liban et à se rallier au camp occidental. Elle n'a pas pardonné à la Syrie l'assassinat en février 2005 (attribué à Bachar al-Assad) de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, grand "ami" de Chirac et de la France. C'est pourquoi, malgré son désir de ménager l'Iran (qualifié de "grand pays" et prêchant la négociation avec lui), elle s'est ralliée au plan américain sur le Liban, autour de la fameuse résolution 1201 de l'ONU, concoctant même le plan de redéploiement de la FINUL. En dépit des réticences de l'état-major qui a protesté que les opérations militaires de la France à l'étranger se trouveraient désormais "à flux tendu" (près de 15 000 hommes engagés sur différents et multiples fronts : Côte d'Ivoire avec l'opération Licorne, le Tchad, la RD du Congo, Djibouti, le Darfour, le Kosovo, la Macédoine, l'Afghanistan), le gouvernement français a franchi le Rubicon. Il a accepté de porter son engagement au Sud-Liban de 400 à 2 000 soldats au sein de la FINUL, moyennant certaines garanties : notamment la poursuite de son mandat de commandement général sur le déploiement des 15 000 hommes prévus jusqu'en février 2007, le recours à la force en cas d'agression. En effet, le souvenir de l'attentat contre l'immeuble Drakkar abritant le contingent français à Beyrouth en octobre 1983, qui s'était soldé par la perte de 58 parachutistes au cours d'une attaque de terroristes chiites, reste cuisant et a déterminé le départ de la France du Liban. Cependant, les hésitations de la bourgeoisie française de passer du terrain diplomatique au terrain plus militaire n'ont pas disparues. La mission essentielle de la FINUL est de soutenir une très faible armée libanaise à peine reconstituée -15 000 hommes seulement- chargée de désarmer le Hezbollah. Cette mission s'annonce d'autant plus périlleuse que deux membres du Hezbolllah sont au sein du gouvernement libanais, que le Hezbollah lui-même auréolé du prestige d'avoir à lui seul fait échec à la puissante armée de Tsahal ne s'est jamais senti aussi fort et plein d'assurance (il a démontré sa capacité de lancer des roquettes et de menacer les villes du Nord d'Israël jusqu'à la signature du cessez-le-feu) et surtout que l'armée libanaise est déjà largement infiltrée par lui. D'autres puissances sont également en lice comme l'Italie qui, en échange du plus gros contingent des forces de l'ONU, se verra confier après février 2006 le commandement suprême de la FINUL au Liban. Ainsi, quelques mois à peine après le retrait de ses troupes d'Irak, Prodi après avoir âprement critiqué l'engagement de l'équipe Berlusconi en Irak, ressert le même rata au Liban, confirmant les ambitions de l'Italie d'avoir son couvert sur la table des grands, au risque d'y laisser de nouvelles plumes.

L'échec patent d'Israël et des Etats-Unis représente un nouveau pas important dans l'affaiblissement de l'hégémonie américaine. Mais loin d'être un facteur d'atténuation des tensions guerrières, il ne fait qu'accroître celles-ci. Il constitue un encouragement pour décupler les prétentions impérialistes de tous les autres Etats. Il n'annonce aucune autre perspective qu'une déstabilisation et un chaos croissants.

Le Moyen et le Proche-Orient offrent aujourd'hui un concentré du caractère irrationnel de la guerre où chaque impérialisme s'engouffre de plus en plus pour défendre ses propres intérêts au prix d'une extension toujours plus large et plus sanglante des conflits, impliquant des Etats de plus en plus nombreux. La Syrie et l'Iran sont désormais sur le pied de guerre. En retour, cette situation pousse les Etats-Unis et Israël à organiser une riposte encore plus terrible et meurtrière. Le ministre de la défense israélien a ainsi clairement laissé entendre que le cessez-le-feu n'était qu'une trêve pour redisposer ses forces afin de préparer un deuxième assaut où il promet de liquider définitivement le Hezbollah.

L'extension des zones d'affrontements sanglants dans le monde est une manifestation du caractère inéluctable de la barbarie guerrière du capitalisme. La guerre et le militarisme sont bel et bien devenus le mode de vie permanent du capitalisme décadent en pleine décomposition. C'est une des caractéristiques essentielles de l'impasse tragique d'un système qui n'a rien d'autre à offrir à l'humanité que de semer la misère et la mort.

Comment s'opposer au déchaînement de la barbarie guerrière ?

Des protestations grandissantes contre la guerre apparaissent. L'an dernier, de grandes manifestations s'étaient déroulées à Tel-Aviv et à Haïfa pour protester contre la hausse du coût de la vie. Elles accusaient le gouvernement pour sa politique d'augmentation démesurée des budgets militaires au détriment des budgets sociaux et de provoquer également une hausse exorbitante de l'inflation. L'échec de la guerre aujourd'hui ne peut que favoriser l'expression grandissante du mécontentement social.

Dans les territoires palestiniens, la colère des fonctionnaires non payés depuis plusieurs mois (avec le gel des crédits de l'Union Européenne depuis l'élection du Hamas) s'exprime aussi de plus en plus.

Cependant, des millions de personnes parmi les prolétaires et la population civile qu'elle soit d'origine juive, palestinienne, chiite, sunnite, druze, kurde, maronite chrétienne ou autre, sont prises en otages et subissent une terreur quotidienne.

Quelle solidarité avec les populations victimes de l'horreur guerrière ? La bourgeoisie proclame à l'instar de l'hebdo Marianne du 12 août qu'il faut revendiquer que "nous sommes tous sionistes, nationalistes palestiniens et patriotes libanais" . Au contraire, les révolutionnaires doivent clamer haut et fort le cri de ralliement du prolétariat : "Les prolétaires n'ont pas de patrie". La classe ouvrière n'a aucun intérêt national ni aucun camp à défendre. Ces intérêts nationaux sont toujours ceux de la bourgeoisie qui l'exploite. S'opposer à la guerre, c'est s'opposer à tous les camps capitalistes. Seul le renversement du capitalisme pourra mettre un terme au déchaînement de la barbarie guerrière. La seule solidarité véritable au sein du prolétariat envers ses frères de classe exposés aux pires massacres, c'est de se mobiliser sur son terrain de classe contre ses propres exploiteurs. C'est de se battre et de développer ses luttes sur le terrain social contre sa propre bourgeoisie nationale. Comme elle l'a fait dans les grèves qui ont paralysé l'aéroport de Londres à Heathrow et les transports à New York en 2005, comme les travailleurs de l'usine Seat à Barcelone en début d'année, comme la mobilisation des futurs prolétaires contre le CPE en France ou les ouvriers de la métallurgie à Vigo en Espagne. Ces luttes qui témoignent d'une reprise des combats de classe à l'échelle internationale constituent la seule lueur d’espoir d'un futur différent, d'une alternative pour l'humanité à la barbarie capitaliste.

Wim (28 août)

1 Les critiques qui se sont multipliées sur la manière dont la guerre a été menée et son impréparation affectent même le haut état-major militaire israélien. Un journaliste pouvait ainsi déclarer que l'armée que l'on surnomme partout "la grande muette" était devenue "la grande bavarde".

2 Ce cynisme et cette hypocrisie se sont pleinement révélés sur le terrain, à travers un épisode des derniers jours de la guerre : un convoi composé d'une partie de la population d'un village libanais, avec nombre de femmes et d'enfants tentant de fuir la zone de combats est tombé en panne et a été pris sous la mitraille de Tsahal. Les membres du convoi ont alors cherché refuge auprès d'un camp de l'ONU tout proche. On leur a répondu qu'il était impossible de les abriter, qu'ils n'avaient aucun mandat pour cela. La plupart (58 d'entre eux) sont morts sous la mitraille de l'armée israélienne et sous les yeux passifs des forces de la FINUL (selon le témoignage au journal télévisé d'une mère de famille rescapée).

3 L'insistance inaccoutumée des médias sur cet épisode qui survient "opportunément" vise avant tout à habituer la population à accepter l'idée qu'il y ait d'autres morts de soldats et de nombreuses futures victimes au cours des opérations militaires auxquelles vont participer les forces françaises au Sud-Liban au sein de la FINUL.

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La défense du secteur public : un piège contre la classe ouvrière

Quelle rentrée ! "Le chômage baisse", "le pouvoir d’achat augmente" et "demain sera encore meilleur" ! En fait, à en croire les déclarations ministérielles successives ou les gros titres des quotidiens, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tout ceci n’est évidemment que mensonges. La réalité, c’est la dégradation des conditions de vie, la flexibilité du travail, le gel des salaires et l’augmentation des cadences. La réalité, c’est le développement de la misère et la réapparition des bidonvilles comme, par exemple, en bordure du périphérique parisien.

La rentrée, c’est aussi une nouvelle vague de hausses des prix (loyers, gaz, électricité, essence, impôts, transports publics, baguette de pain...) qui viennent amputer davantage le pouvoir d’achat des prolétaires alors qu’on veut nous faire croire que ce dernier augmente.

Fin août, le ministre de l’emploi, Jean-Louis Borloo, a annoncé que le taux de chômage passait sous la barre des 9%, déclarant même triomphalement "Nous sommes dans un cercle vertueux, celui de la confiance". Ce petit soldat de l’Etat peut effectivement être fier de lui. S’il y a moins de chômeurs, c’est parce que les radiations se multiplient ou que les petits boulots de 2 à 3 heures par-ci par-là se généralisent. Non seulement le chômage réel ne baisse pas, mais il augmente de façon dramatique. La classe ouvrière en France subit une avalanche d'attaques, avec, au centre, des milliers de suppressions de postes et de licenciements. Dans les petites unités industrielles comme dans les grandes entreprises, les ouvriers et les employés sont jetés à la rue par paquets. A Arcelor, par exemple, depuis la fusion avec Mittal, c’est l’emploi de milliers de travailleurs qui est directement menacé. Et cet Etat qui aujourd’hui veut nous faire croire que tout va bien, qu’il nous protège et s’occupe de nous, annonçait il y a à peine deux mois la suppression de 15 000 postes chez les fonctionnaires dont principalement 8700 dans le secteur de l’enseignement et 3000 au ministère des Finances. Mais ce n’est pas tout. D’autres entreprises du secteur public sont aussi dans le collimateur : dans les hôpitaux, les effectifs sont revus à la baisse, la fusion de Gaz de France avec Suez menace près de 6000 emplois, sans parler de la SNCF ou encore la Sécurité Sociale, et notamment sa branche « prise en charge maladie », où 4500 postes vont être supprimés sur 80 000 agents. Dans le secteur de la recherche, le gouvernement va réduire de 3000 à 1500 le nombre d’emplois créés.

A la vue de cette effroyable liste, on comprend mieux pourquoi les journaux et le gouvernement déploient autant d’énergie et d’inventivité à fabriquer de fausses bonnes nouvelles. Le but est de créer un rideau de fumée, de masquer la réalité des attaques quotidiennes par l’effet de grandiloquentes déclarations. Car toutes ces mesures anti-ouvrières, toutes ces hausses du coût de la vie, tous ces licenciements et suppressions de postes ne peuvent que nourrir la combativité et la réflexion de la classe ouvrière. Ainsi, ce n’est pas un hasard si le ministre de l’éducation Gilles de Robien se montre à tous les journaux télévisés pour affirmer que la rentrée scolaire va être "tout à fait satisfaisante". Les 8700 postes supprimés vont avoir un impact direct et immédiat sur les conditions de travail. Enseignants, surveillants ou ATOSS, tous vont être confrontés à des classes surchargées sans les moyens matériels et humains d’y faire face. Signe de la colère qui gronde dans ce secteur, les syndicats commencent d’ailleurs d’ores et déjà à préparer le dévoiement et l’encadrement des luttes appelant le 6 septembre à des journées d’action locales puis le 28 septembre à la grève nationale sur le thème pourri de la défense des missions et de la qualité du service public.

Ces coupes budgétaires et ces réductions drastiques d’effectifs tordent justement le cou à ce mensonge répugnant répandu par l’idéologie bourgeoise  qui consiste à faire croire aux prolétaires que le service public est un secteur à part. Au nom de cette particularité, les fonctionnaires sont toujours appelés à défendre leur statut et la nature soi-disant citoyenne de leur mission tandis qu’aux yeux des autres ouvriers des boîtes privées ces mêmes fonctionnaires sont dénoncés comme des privilégiés se tournant les pouces et dont l’emploi est garanti à vie. L’ensemble de ces mesures anti-ouvrières prises par l’Etat contre ceux qu’il embauche directement viennent en effet rappeler une nouvelle fois qu’il n’existe pas de secteur ‘privilégié’ ou à part. Les entreprises du public comme celles du privé subissent les lois du capitalisme, exploitent et dégraissent. Cette propagande vise à diviser les ouvriers, à les dresser les uns contres les autres et à leur faire perdre de vue l’ennemi de classe, la bourgeoisie et son Etat, à l’heure où l’ampleur des attaques nécessitent une réponse de l’ensemble de la classe ouvrière.


Le mythe de la défense du service public

Alors que l’ensemble de la classe ouvrière subit de violentes attaques, les syndicats, les partis de gauche et leurs appendices gauchistes ne cessent de nous ressortir le mot d’ordre anti-libéral de "lutte contre les privatisations ou, dit autrement, de  "défense du secteur public", avec sa pointe obligée de nostalgie sur les "bienfaits" des nationalisations pour le bien-être social de la classe ouvrière, et leurs couplets sur "la défense des acquis sociaux", si chèrement acquis selon eux au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais la réalité historique vient démentir tout ce bel échafaudage de mensonges idéologiques.

Si l’Etat, à partir du 20e siècle, prend en charge de plus en plus directement des secteurs toujours plus vastes de l’économie et de la société, ce n’est certainement pas pour "neutraliser les méchants patrons exploiteurs" ou défendre un quelconque principe de "justice sociale", mais bel et bien pour faire face à la faillite historique du mode de production capitaliste, sa crise économique inextricable et ses irrésistibles tensions guerrières, en organisant le plus efficacement possible la défense des intérêts du capital national. Les nationalisations n’ont donc en rien permis d’améliorer les conditions d’existence des ouvriers, elles ont au contraire impliqué une intensification de l’exploitation.

En 1929, le capitalisme connaît une des plus graves crises de son histoire. Partie des Etats-Unis, elle va se développer dans l’ensemble du monde industriel. L’effondrement de la Bourse américaine atteindra l’Europe au début des années 1930. En France, jusqu’à la veille de l’avènement du Front Populaire, la production industrielle chute, les faillites se multiplient, le secteur bancaire est en déroute. A cette époque, Roosevelt lance son fameux "New Deal", l’intervention massive de l’Etat dans le domaine économique, exemple repris dans de nombreux pays européens et notamment en France sous le gouvernement du Front Populaire. Dans le secteur bancaire, l’Etat prend la direction de la Banque de France, nationalise les usines d’armement et prend sous sa coupe le secteur des transports, en particulier : les chemins de fer avec la création de la SNCF alors que les compagnies privées étaient déclarées en faillite.  C’est également le cas des transports maritimes qui passent sous le contrôle de la Compagnie Générale Transatlantique assurant les liaisons avec l’Amérique et aussi des transports aériens avec la mise sous tutelle étatique de la compagnie Air France créée en 1933. D’ailleurs, le choix de nationaliser ces secteurs vitaux pour la conduite d’une guerre mondiale qui s’approche à grands pas n’est pas le fruit du hasard. C’est aussi pourquoi la guerre et le gouvernement de Vichy n’ont en rien remis en cause les nationalisati