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Grèves générales et manifestations géantes le 7 mars en France, le 8 mars en Italie, le 11 mars au Royaume-Uni. Partout, la colère gronde et s’étend.
Au Royaume-Uni, une vague de grève historique dure depuis neuf mois ! Après avoir subi des décennies d’austérité sans broncher, le prolétariat britannique n’accepte plus les sacrifices. « Enough is enough ! / Trop c’est trop ! ». En France, c’est le recul de l’âge de départ à la retraite qui a mis le feu aux poudres. Les manifestations rassemblent des millions de personnes dans la rue. « Pas une année de plus, pas un euro de moins ». En Espagne, des rassemblements monstres se forment contre l’effondrement du système de soins et des grèves éclatent dans de nombreux secteurs (nettoyage, transports, informatique…). « La indignación llega de lejos / L’indignation vient de loin » reconnaissent les journaux. En Allemagne, étranglés par l’inflation, les personnels du secteur public et leurs collègues postiers débrayent pour des hausses de rémunération. « Du jamais vu en Allemagne ! ». Au Danemark, des grèves et manifestations ont éclaté contre la suppression d’un jour férié afin de financer la hausse du budget militaire. Au Portugal, enseignants, cheminots et soignants protestent eux aussi contre les bas salaires et le coût de la vie. Pays-Bas, États-Unis, Canada, Mexique, Chine… les mêmes grèves contre les mêmes conditions de vie insupportables et indignes : « La vraie galère : ne pas pouvoir se chauffer, manger, se soigner, rouler ! »
Cette simultanéité des luttes à travers tous ces pays n’est pas un hasard. Elle confirme un véritable changement d’état d’esprit au sein de notre classe. Après plus de trente années de résignation et d’abattement, par nos luttes, nous disons : « Nous ne nous laisserons plus faire. Nous pouvons et nous devons lutter ».
Ce retour de la combativité ouvrière nous permet de nous serrer les coudes dans la lutte, d’être solidaires dans la lutte, de nous sentir fiers, dignes et unis dans la lutte. Une idée toute simple mais extrêmement précieuse est en train de germer dans nos têtes : nous sommes tous dans le même bateau !
Salariés en blouse blanche, en blouse bleue ou en cravate, chômeurs, étudiants précarisés, retraités, de tous les secteurs, du public comme du privé, tous, nous commençons à nous reconnaître comme une force sociale unie par les mêmes conditions d’exploitation. Nous subissons la même exploitation, la même crise du capitalisme, les mêmes attaques contre nos conditions de vie et de travail. Nous menons la même lutte. Nous sommes la classe ouvrière.
« Workers stand together !/ Les ouvriers restent soudés », crient les grévistes au Royaume-Uni. « Soit on lutte ensemble, soit on finira par dormir dans la rue ! », confirment les manifestants en France.
Certaines luttes du passé montrent qu’il est possible de faire reculer un gouvernement, de freiner ses attaques.
En 1968, le prolétariat en France s’est uni en prenant en main ses luttes. Suite aux immenses manifestations du 13 mai pour protester contre la répression policière subie par les étudiants, les débrayages et les assemblées générales se sont propagés comme une traînée de poudre dans les usines et tous les lieux de travail pour aboutir, avec ses 9 millions de grévistes, à la plus grande grève de l’histoire du mouvement ouvrier international. Face à cette dynamique d’extension et d’unité de la lutte ouvrière, gouvernement et syndicats se sont empressés de signer un accord de hausse généralisée des salaires afin d’arrêter le mouvement.
En 1980, en Pologne, face à l’augmentation des prix de l’alimentation, les grévistes portaient encore plus loin la prise en main des luttes en se rassemblant en d’immenses assemblées générales, en décidant eux-mêmes des revendications et des actions, et surtout en ayant pour souci constant d’étendre la lutte. Face à cette force, ce n’est pas simplement la bourgeoisie polonaise qui a tremblé mais celle de tous les pays.
En 2006, en France, après seulement quelques semaines de mobilisation, le gouvernement a retiré son « Contrat Première Embauche ». Pourquoi ? Qu’est-ce qui a fait peur à la bourgeoisie au point de la faire reculer si rapidement ? Les étudiants précaires ont organisé, dans les universités, des assemblées générales massives, ouvertes aux travailleurs, aux chômeurs et aux retraités, ils ont mis en avant un mot d’ordre unificateur : la lutte contre la précarisation et le chômage. Ces AG étaient le poumon du mouvement, là où les débats se menaient, là où les décisions se prenaient. Résultat : chaque week-end, les manifestations regroupaient de plus en plus de secteurs. Les travailleurs salariés et retraités s’étaient joints aux étudiants, sous le slogan : « Jeunes lardons, vieux croûtons, tous la même salade ». La bourgeoisie française et le gouvernement, face à cette tendance à l’unification du mouvement, n’avait pas eu d’autre choix que de retirer son CPE.
Aujourd’hui, travailleurs salariés, chômeurs, retraités, étudiants précaires, nous manquons encore de confiance en nous, en notre force collective, pour oser prendre en main nos luttes. Mais il n’y a pas d’autre chemin. Toutes les « actions » proposées par les syndicats mènent à la défaite. Piquets, grèves, manifestations, blocage de l’économie… peu importe tant que ces actions restent sous leur contrôle. Si les syndicats changent la forme de leurs actions selon les circonstances, c’est pour toujours mieux conserver le même fond : diviser et isoler les secteurs les uns des autres pour éviter que nous débattions et décidions nous-mêmes de la conduite de la lutte.
Depuis neuf mois, au Royaume-Uni, que font les syndicats ? Ils éparpillent la riposte ouvrière : chaque jour, un secteur différent en grève. Chacun dans son coin, chacun sur son piquet. Aucun rassemblement, aucun débat collectif, aucune réelle unité dans la lutte. Il ne s’agit pas là d’une erreur de stratégie mais d’une division volontaire.
Comment en 1984-85, le gouvernement Thatcher est-il parvenu à briser les reins de la classe ouvrière au Royaume-Uni ? Grâce au sale travail des syndicats qui ont isolé les mineurs de leurs frères de classe des autres secteurs. Ils les ont enfermés dans une grève longue et stérile. Pendant plus d’un an, les mineurs ont occupé les puits, sous l’étendard du « blocage de l’économie ». Seuls et impuissants, les grévistes sont allés au bout de leurs forces et de leur courage. Et leur défaite a été celle de toute la classe ouvrière ! Les travailleurs du Royaume-Uni ne relèvent la tête qu’aujourd’hui, plus de trente ans après ! Cette défaite est donc une leçon chère payée que le prolétariat mondial ne doit pas oublier.
Seul le rassemblement au sein d’assemblées générales ouvertes et massives, autonomes, décidant réellement de la conduite du mouvement, peut constituer la base d’une lutte unie et qui s’étend, portée par la solidarité entre tous les secteurs, toutes les générations. Des AG dans lesquelles nous nous sentons unis et confiants en notre force collective. Des AG dans lesquelles nous pouvons adopter ensemble des revendications de plus en plus unificatrices. Des AG dans lesquelles nous nous rassemblons et depuis lesquelles nous pouvons partir en délégations massives à la rencontre de nos frères de classe, les travailleurs de l’usine, de l’hôpital, de l’établissement scolaire, de l’administration les plus proches.
« Peut-on gagner ? » La réponse est donc oui, parfois, si, et seulement si, nous prenons nos luttes en main. On peut freiner les attaques momentanément, faire reculer un gouvernement.
Mais la vérité, c’est que la crise économique mondiale va faire sombrer des pans entiers du prolétariat dans la précarité. Pour s’en sortir sur l’arène internationale du marché et de la concurrence, chaque bourgeoisie de chaque pays, que son gouvernement soit de gauche, de droite ou du centre, traditionnel ou populiste, va nous imposer des conditions de vie et de travail de plus en plus insoutenables.
La vérité, c’est qu’avec le développement de l’économie de guerre aux quatre coins de la planète, les « sacrifices » exigés par la bourgeoisie vont être de plus en plus insupportables.
La vérité, c’est que l’affrontement impérialiste des nations, de toutes les nations, est une spirale de destruction et de chaos sanglant qui peut mener toute l’humanité vers la mort. Chaque jour se fracasse en Ukraine un torrent d’êtres humains, parfois des gamins de 18 ou 16 ans, fauchés par les abominables instruments de mort russes et occidentaux.
La vérité, c’est que de simples épidémies de grippe ou de bronchiolite mettent désormais à genoux des systèmes sanitaires exsangues.
La vérité, c’est que le capitalisme va continuer de ravager la planète et de détraquer le climat, provoquant inondations, sécheresses et incendies dévastateurs.
La vérité c’est que des millions d’êtres humains vont continuer à fuir la guerre, la famine, les catastrophes climatiques, ou les trois, pour se heurter aux murs de barbelés des autres pays, ou sombrer dans la mer.
Alors, se pose la question : à quoi bon lutter contre les bas salaires, contre le manque de personnel, contre telle ou telle réforme ? Parce que la lutte ouvrière a pour finalité le renversement du capitalisme et de tous ses maux, l’avènement d’un monde sans classes ni exploitation, sans guerre ni frontières : le communisme.
La véritable victoire, c’est la lutte elle-même. Le simple fait de rentrer en lutte, de développer notre solidarité est déjà une victoire. En nous battant tous ensemble, en refusant la résignation, nous préparons les luttes de demain et nous créons petit à petit, malgré les inévitables défaites, les conditions d’un monde nouveau.
Notre solidarité dans la lutte est l’antithèse de la compétition jusqu’à la mort de ce système divisé en entreprises et nations concurrentes.
Notre solidarité entre les générations est l’antithèse du no future et de la spirale destructrice de ce système.
Notre lutte symbolise le refus de se sacrifier sur l’autel du militarisme et de la guerre.
Le combat de la classe ouvrière est immédiatement une remise en cause des bases mêmes du capitalisme et de l’exploitation.
Chaque grève porte en elle les germes de la révolution.
L’avenir appartient à la lutte de classe !
Courant Communiste International, 1er mars 2023
L’appel au blocage de l’économie et à des grèves reconductibles par les syndicats à partir du 7 mars a ravivé le spectre de la « grève générale », un slogan que nous avons régulièrement entendu dans les dernières manifestations et que les organisations de gauche et de l’extrême-gauche du capital ne se lassent pas de propager. Or, le mythe du « grand soir », véhiculé longtemps par le syndicalisme révolutionnaire, contenant l’idée naïve que la société peut-être transformée du jour au lendemain par un arrêt total de la production capitaliste par les exploités ne résiste pas à l’épreuve de l’histoire et surtout véhicule une conception totalement déformée de la dynamique de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière. Le phénomène de grève de masse au contraire, analysé par Rosa Luxembourg dans la brochure Grève de masse, partis et syndicats, après la révolution en Russie en 1905, demeure la forme de lutte caractéristique de la période de décadence du capitalisme. Il s’agit là d’une leçon fondamentale. Elle seule permet d’ouvrir la voie vers la révolution prolétarienne. Nous invitons nos lecteurs à consulter les deux articles ci-dessous qui traitent largement des caractéristiques historiques de la grève de masse en démontrant ce faisant la stérilité et l’impasse de la vision de la « grève générale ».
- « La grève de masse », [5]Révolution internationale [5] n°81, (janvier 1981) [5].
- « Notes sur la grève de masse », [6]Revue internationale [6] n°27, (4 [6]e [6] semestre 1981) [6].
Depuis plusieurs semaines, les médias braquent les projecteurs sur les conséquences de la réforme des retraites sur les conditions de vie et de travail des femmes. Les syndicats ont donc profité de la journée de la femme, le 8 mars, pour dénaturer une nouvelle fois cette journée puisant ses origines dans l’histoire du mouvement ouvrier, en la transformant en une gigantesque mascarade démocratique et réformiste. Il n’est pas nécessaire d’une énième réforme des retraites pour prendre la mesure du sort particulièrement ignoble que le capitalisme réserve aux femmes et ce depuis la période primitive de ce mode de production. Ce faisant, les femmes exploitées, comme leurs frères de classe, n’ont absolument rien à gagner dans cette société. Par conséquent, l’appel des syndicats à lutter le 8 mars pour les droits des femmes n’est qu’un leurre visant qu’à diviser le mouvement en cours que mène conjointement l’ensemble de la classe ouvrière en France : hommes et femmes, jeunes et vieux, salariés du secteur public comme du privé…
Comme le développe l’article ci-dessous déjà paru dans notre presse, l’abolition de l’oppression féminine fait partie intégrante de la lutte historique de la classe ouvrière pour l’avènement du communisme.
- « Journée internationale des femmes : seule la société communiste peut mettre fin à l’oppression des femmes [10] ».
Depuis plusieurs mois, les luttes se multiplient dans de nombreux pays du monde. En Angleterre, en France, au Mexique, en Espagne, en Chine et ailleurs, la classe ouvrière réagit face à l’aggravation de la crise économique et aux attaques de la bourgeoisie.
Comme nos lecteurs ont pu le constater, le CCI intervient régulièrement par voie de presse pour mettre en évidence le retour de la combativité ouvrière à l’échelle internationale. Ce dossier compile l’ensemble des articles, des tracts ou d’anciens articles faisant écho à la situation actuelle, publiés récemment sur notre site.
– Bilan du mouvement contre la réforme des retraites : la lutte est devant nous ! (TRACT) [12]
– Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne, Mexique, Chine… Aller plus loin qu’en 1968 ! (TRACT) [13]
– Face à la crise et à l’austérité... La classe ouvrière relève la tête partout dans le monde ! [14]
– En France comme ailleurs… Une même lutte ! Un même combat de classe ! [15]
– La bourgeoisie fait feu de tout bois pour pourrir la lutte ! [16]
– “Dialogue social” et “démocratie” contre la conscience de classe [17]
– 11e manifestation contre la réforme des retraites : comment avons-nous gagné en 2006 ? (TRACT) [18]
– Comment cerner la dynamique générale du combat prolétarien ? [19]
– Les violences aveugles et minoritaires des Black-blocs n’ont rien à voir avec la lutte de classe [21]
– NUPES, Révolution Permanente, Lutte Ouvrière… Les grandes manœuvres pour saboter la lutte ouvrière ! [22]
– Grèves, manifestations, 49-3... Et maintenant ? [23](TRACT) [20]
– La grève de masse contre le mythe de la grève générale [24]
– La combativité et la solidarité des prolétaires s’expriment aussi en Grèce [25]
– Seule la révolution communiste peut mettre fin à l’oppression des femmes [26]
– La grève de masse contre le mythe de la grève générale [24]
– Partout la même question: Comment développer la lutte? Comment faire reculer les gouvernements ? [27](TRACT) [20]
– Nous ne sommes pas seuls à nous mobiliser... Il y a des luttes ouvrières dans de nombreux pays ! [28](TRACT) [20]
– The Spectator et les "gaulois réfractaires" [29]
– Être nombreux ne suffit pas, il faut aussi prendre nos luttes en mains [30](TRACT) [20]
– Comment développer un mouvement massif, uni et solidaire ? [31](TRACT) [20]
– Grèves au Royaume-Uni: Le retour de la combativité du prolétariat mondial [32]
– Peut-on faire reculer la bourgeoisie en b [34]loquant l’économie ? [34]
– Lutte Ouvrière et Révolution Permanente, deux artisans du sabotage des luttes ! [35]
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« Ce n’est pas un 49.3 qui va nous faire plier ! »
Face à l’annonce de l’adoption immédiate de la réforme des retraites, la réaction a été fulgurante. Partout en France, la colère a explosé. Dans les centres-villes, travailleurs, retraités, chômeurs, jeunes futurs salariés, nous nous sommes rassemblés par milliers pour crier notre refus d’être exploités jusqu’à 64 ans, dans des conditions de travail insupportables, et pour finir avec une pension de misère. « Éruption », « rage », « embrasement », tels sont les mots de la presse étrangère. Les images de la foule grossissant heure après heure sur la place de la Concorde à Paris ont fait le tour du monde.
Le message est clair :
– Nous n’accepterons plus tous les sacrifices !
– Nous ne courberons plus l’échine sous les ordres de la bourgeoisie !
– Nous sommes en train de retrouver le chemin de la lutte !
– Nous sommes la classe ouvrière !
Depuis le début, certaines personnalités politiques, de Hollande à Bayrou, ont mis en garde Macron sur le « timing » de la réforme : « ce n’est pas le bon moment », « il y a des risques de fracture sociale ». Et ils avaient raison !
Cette attaque a provoqué un mouvement social d’une ampleur inconnue depuis des décennies. Les grèves se multiplient et, surtout, les manifestations nous rassemblent par millions dans les rues. Grâce à cette lutte, nous commençons à comprendre qui est ce « Nous » ! Une force sociale, internationale, qui produit tout et doit lutter de manière unie et solidaire : la classe ouvrière ! « Soit on lutte ensemble, soit on finira par dormir dans la rue ! » C’est ce qui s’est clairement exprimé, jeudi dernier, dans la manifestation en soutien aux éboueurs d’Ivry que la police venait déloger : ensemble, nous sommes plus forts !
Et ces réflexes de solidarité ne surgissent pas qu’en France. Dans de nombreux pays, les grèves et mouvements sociaux se multiplient. Au Royaume-Uni face à l’inflation, en Espagne face à l’effondrement du système de santé, en Corée du Sud face à l’allongement de la durée de travail… partout, la classe ouvrière se défend par la lutte.
En Grèce, un accident de train a eu lieu il y a trois semaines : 57 morts. La bourgeoisie a évidemment voulu faire porter le chapeau à un travailleur. L’aiguilleur de service a été jeté en prison. Mais la classe ouvrière a immédiatement compris l’arnaque. Par milliers, des manifestants ont pris la rue pour dénoncer la vraie cause de cet accident meurtrier : le manque de personnel et l’absence de moyens. Depuis, la colère ne désenfle pas. Au contraire, la lutte s’amplifie et s’élargit : aux cris de « contre les bas salaires ! », « ras le bol ! ». Ou encore : « nous ne pouvons plus travailler comme des personnes décentes depuis la crise, mais au moins ne nous tuez pas ! ».
Notre mouvement contre la réforme des retraites est en train de participer à ce développement de la combativité et de la réflexion de notre classe au niveau mondial. Notre mouvement montre que nous sommes capables de lutter massivement et de faire trembler la bourgeoisie. Déjà, tous les spécialistes et docteurs en politique annoncent qu’il va être très compliqué pour Macron de faire passer de nouvelles réformes et attaques d’ampleur d’ici la fin de son quinquennat.
La bourgeoisie est consciente de ce problème. Elle est donc en train de nous tendre des pièges, de nous détourner des méthodes de lutte qui nous cimentent et nous rendent forts, d’essayer de nous envoyer dans des impasses.
Depuis l’annonce du 49.3, les partis de gauche et les syndicats nous poussent à la défense de la « vie parlementaire » face aux manœuvres et au « déni de démocratie » de Macron.
Mais des décennies de « démocratie représentative » ont définitivement prouvé une chose : de droite comme de gauche, des plus modérés aux plus radicaux, une fois au pouvoir, ils mènent tous les mêmes attaques et renient tous leurs promesses. Pire, les appels à de nouvelles élections sont le plus sournois des pièges. Il n’a pas d’autre fonction que de couper le prolétariat de sa force collective. Les élections nous réduisent à l’état de « citoyens » atomisés face au rouleau compresseur de la propagande bourgeoise. L’isoloir porte bien son nom !
« Défendre le parlement », « espérer des élections »… ils cherchent à nous faire croire qu’un autre capitalisme est possible, un capitalisme plus humain, plus juste et même, pourquoi pas, plus écologique. Il suffirait qu’il soit bien gouverné. Mensonge ! Le capitalisme est un système d’exploitation aujourd’hui décadent qui entraîne peu à peu toute l’humanité vers toujours plus de misère et de guerre, de destruction et de chaos. Le seul programme de la bourgeoisie, quelle que soit sa couleur politique, quel que soit le masque qu’elle porte, c’est toujours plus d’exploitation !
La démocratie bourgeoise est le masque hypocrite de la dictature capitaliste !
Face à la « surdité » du gouvernement, l’idée grandit que le seul moyen de « se faire entendre », c’est de bloquer l’économie. C’est la compréhension croissante du rôle central de la classe ouvrière dans la société : par notre travail associé, nous produisons toutes les richesses. La grève des éboueurs de Paris le démontre de manière éclatante : sans leur activité, la ville devient invivable en quelques jours.
Mais la gauche et les syndicats dévoient cette idée dans une impasse. Ils poussent à des actions de blocage, chacun dans sa corporation, chacun sur son lieu de travail. Les grévistes se retrouvent ainsi isolés dans leur coin, séparés des autres travailleurs, privés de notre principale force : l’unité et la solidarité dans la lutte.
Au Royaume-Uni, cela fait presque dix mois que les grévistes sont ainsi réduits à l’impuissance malgré leur colère et leur détermination ; parce qu’ils sont divisés par « piquets », chacun à bloquer dans sa boîte. La défaite historique des mineurs anglais lors de la lutte de 1984-85 face à Thatcher était déjà le fruit de ce même piège : poussés par les syndicats, ils avaient voulu bloquer l’économie en provoquant une pénurie de charbon. Ils avaient tenu pendant plus d’un an et étaient sortis épuisés, laminés, démoralisés. Leur défaite avait été celle de toute la classe ouvrière britannique !
Une partie des manifestants commence même à se dire qu’il faut passer à des modes d’action plus durs : « je ne suis pas violente du tout, mais là, on sent bien qu’il faut faire quelque chose pour que le gouvernement réagisse ». L’exemple des gilets jaunes est de plus en plus mis en avant. Une certaine sympathie pour les saccages des black-blocs se répand.
Penser que l’État bourgeois et son immense appareil répressif (police, armée, services secrets, etc.) puisse être effrayé un tant soit peu par des poubelles en flammes et des vitrines cassées est illusoire. Ce ne sont que des piqûres de moustique sur la peau d’un éléphant. Par contre, toutes ces actions d’apparence « hyper-radicale » sont parfaitement exploitées par la bourgeoisie pour casser… la force collective du mouvement :
– En mettant en avant la moindre vitrine brisée, les médias effraient toute une partie des travailleurs qui voudraient rejoindre les manifestations.
– En provoquant systématiquement des incidents, les forces de l’ordre gazent, dispersent et empêchent ainsi toute possibilité de rassemblement et de discussion en fin de manifestation.
L’action violente minoritaire des casseurs est, en fait, exactement le contraire de ce qui fait vraiment la force de notre classe.
Ces derniers jours, les journaux ont indiqué la possibilité d’un « scénario à la CPE ». En 2006, le gouvernement avait été contraint de retirer son Contrat Première Embauche qui allait plonger la jeunesse dans une précarité encore plus grande. À l’époque, la bourgeoisie avait été effrayée par l’ampleur croissante de la contestation, qui commençait à dépasser le seul mouvement de la jeunesse, des étudiants précaires et des jeunes travailleurs, pour s’étendre à d’autres secteurs, avec des mots d’ordre unitaires et solidaires : « jeunes lardons, vieux croûtons, tous la même salade ! » lisait-on sur les pancartes.
Cette capacité à étendre le mouvement était le fruit des débats dans de véritables assemblées générales souveraines et ouvertes à tous. Ces AG étaient le poumon du mouvement et ont constamment cherché, non pas à s’enfermer dans les facs ou sur les lieux de travail dans un esprit de citadelle assiégée, pour les bloquer coûte que coûte, mais à étendre la lutte, avec des délégations massives vers les entreprises voisines. Voilà ce qui a fait reculer la bourgeoisie ! Voilà ce qui a fait la force de notre mouvement ! Voilà les leçons que nous devons nous réapproprier aujourd’hui !
La force de notre classe réside dans notre unité, notre conscience de classe, notre capacité à développer notre solidarité et donc à étendre le mouvement à tous les secteurs. C’est l’aiguillon qui doit guider nos luttes.
Dans la lutte, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes ! Ni sur les politiciens, ni sur les syndicats ! C’est la classe ouvrière et sa lutte qui portent une alternative, celle du renversement du capitalisme, celle de la révolution !
Aujourd’hui, il est encore difficile de nous rassembler en assemblées générales, de nous organiser nous-mêmes. C’est pourtant le seul chemin possible. Ces AG doivent être des lieux où nous décidons réellement de la conduite du mouvement, où nous nous sentons unis et confiants dans notre force collective, où nous pouvons adopter ensemble des revendications de plus en plus unificatrices et partir en délégations massives pour rencontrer nos frères et sœurs de classe dans les usines, les hôpitaux, les écoles, les commerces, les administrations les plus proches.
Aujourd’hui ou demain, les luttes vont se poursuivre, parce que le capitalisme s’enfonce dans la crise et parce que le prolétariat n’a pas d’autre choix. C’est la raison pour laquelle, partout dans le monde, les ouvriers entrent en lutte.
La bourgeoisie va poursuivre ses attaques : inflation, licenciements, précarité, pénurie… Face à cette dégradation des conditions de vie et de travail, la classe ouvrière internationale va reprendre de plus en plus massivement le chemin de la lutte.
Alors, partout où nous le pouvons, dans la rue, après et avant les manifestations, sur les piquets de grève, dans les cafés et sur les lieux de travail, nous devons nous réunir, débattre, tirer les leçons des luttes passées, pour développer nos luttes actuelles et préparer les combats à venir.
L’avenir appartient à la lutte de classe !
Courant Communiste International, 20 mars 2023
À travers cette nouvelle introduction à notre article ci-dessous relatif aux manifestations de rue qui ont eu lieu en Iran en réaction à la barbarie du régime et à leur répression par le pouvoir en place, nous voulons insister davantage sur le danger très important que celles-ci font courir à la classe ouvrière si elle venait à quitter le terrain de lutte de classe en se dissolvant dans un tel mouvement marqué par de fortes illusions démocratiques et toutes sortes de déclinaisons féministes. Cette mise en garde est bien sûr présente dans notre article, mais insuffisamment mise en relief car c’était le message premier que nous devions faire passer, vu que le danger est bien réel pour des fractions de la classe ouvrière en Iran – dont certaines sont par ailleurs impliquées dans des mobilisations sur le terrain de classe de lutte contre l’exploitation capitaliste - de céder aux sirènes de la gauche et de l’extrême gauche du capital appelant à se joindre au vaste mouvement de protestation démocratique de rue. Le titre de notre article, très général, n’est pas non plus au service de cette nécessaire mise en garde. Nous devions également, plus tôt que nous l’avons fait, fermer explicitement la porte à toute illusion selon laquelle, dans la période actuelle, la classe ouvrière en Iran serait déjà à même de constituer une force capable d’ébranler la domination capitaliste en Iran, contrairement à ce que laissent entendre des appels démagogiques « au pouvoir des soviets » émanant de l’extrême gauche du capital. (février 2023)
Les vastes manifestations en Iran ont été déclenchées par le meurtre en détention d’une jeune femme arrêtée pour « port incorrect du hijab » par la police des mœurs du régime, mais elles témoignent d’un mécontentement beaucoup plus profond au sein de la population iranienne, des centaines de milliers de personnes ayant afflué dans les rues et affronté la police. Au-delà d’un écœurement généralisé face à l’oppression ouverte et légale des femmes par la République islamique, elles sont une réaction à l’inflation galopante et aux pénuries exacerbées par les sanctions imposées par l’Occident à l’encontre de l’Iran et fortement aggravées par le lourd et ancien poids d’une économie de guerre gonflée par la poursuite incessante des ambitions impérialistes de l’Iran. Elles sont également une réaction à la corruption sordide de l’élite dirigeante qui ne peut se maintenir que par une répression brutale de toutes les formes de protestation, y compris la résistance de la classe ouvrière à la stagnation des salaires et aux conditions de travail misérables. Le parlement iranien vient d’adopter de nouvelles lois sanctionnant les exécutions pour des crimes « politiques », et des centaines, voire des milliers de manifestants ont été tués ou blessés par la police de l’État et les grotesquement mal nommés « gardiens de la révolution ».
Ce recours à la répression directe est un signe de la faiblesse du régime des Mollahs, et non de sa force. Il est vrai que le résultat désastreux des interventions américaines au Moyen-Orient depuis 2001 a créé une brèche qui a permis à l’impérialisme iranien d’avancer ses pions en Irak, au Liban, au Yémen et en Syrie, mais les États-Unis et leurs alliés les plus fiables (la Grande-Bretagne en particulier) ont répondu en alimentant l’armée saoudienne dans la guerre du Yémen et en imposant des sanctions paralysantes à l’Iran sous prétexte de s’opposer à sa politique de développement des armes nucléaires. Le régime se retrouve de plus en plus isolé, et le fait qu’il fournisse des drones à la Russie pour attaquer les infrastructures et les civils en Ukraine ne fera que renforcer les voix occidentales qui demandent que l’Iran soit traité, aux côtés de la Russie, comme un État paria. Les relations de l’Iran avec la Chine sont une autre raison pour laquelle les puissances occidentales veulent le voir affaibli encore plus qu’il ne l’est déjà. Parallèlement, nous assistons à un effort concerté des gouvernements des États-Unis et d’Europe occidentale pour instrumentaliser les manifestations, notamment en s’emparant du slogan le plus connu des protestations, « Femmes, Vie, Liberté » :
« Le 25 septembre 2022, le journal français Libération ornait sa première page du slogan “Femmes, Vie, Liberté” en perse et en français accompagné d’une photo de la manifestation. Lors d’un discours sur la répression des manifestants en Iran, une membre du Parlement de l’Union Européenne a coupé ses cheveux en prononçant les mots “Femmes, Vie, Liberté” dans l’enceinte même du Parlement de l’Union Européenne ». (1) De nombreux autres exemples pourraient être énoncés.
Compte tenu de la faiblesse du régime, on parle beaucoup d’une nouvelle « révolution » en Iran, notamment de la part des gauchistes et des anarchistes de tous bords, ces derniers parlant d’une « insurrection féministe », tandis que les factions bourgeoises les plus traditionnelles évoquent un renversement « démocratique », avec l’installation d’un nouveau régime qui abandonnerait son hostilité envers les États-Unis et leurs alliés. Mais comme nous l’avions écrit en réponse à la mystification sur la « révolution » de 1978-1979 : « les événements en Iran font apparaître que la seule révolution qui soit à l’ordre du jour, dans les pays arriérés, comme partout ailleurs dans le monde aujourd’hui, est la révolution prolétarienne ». (2)
Contrairement à la révolution de 1917 en Russie, qui se voulait un élément de la révolution mondiale, les protestations actuelles en Iran ne sont pas menées par une classe ouvrière autonome, organisée par ses propres organes unitaires et capable d’offrir une perspective à toutes les couches et catégories opprimées de la société. Il est vrai qu’en 1978-1979, nous avons eu des aperçus du potentiel de la classe ouvrière à offrir une telle perspective : « Venant à la suite des luttes ouvrières dans divers pays d’Amérique Latine, en Tunisie, en Égypte, etc., les grèves des ouvriers iraniens ont constitué l’élément politique majeur qui a conduit au renversement du régime du Shah. Alors que le mouvement “populaire” regroupant la presque totalité des couches de la société iranienne tendait, malgré ses mobilisations de masse, à s’épuiser, l’entrée dans la lutte du prolétariat d’Iran à partir d’octobre 1978, notamment dans le secteur pétrolier, non seulement relançait l’agitation mais allait poser au capital national de ce pays un problème pratiquement insoluble ». (3)
Pourtant, nous savons que même à cette époque, la classe ouvrière n’était pas assez forte politiquement pour empêcher le détournement du mécontentement de masse par les Mollahs, soutenus par une foule de gauchistes « anti-impérialistes ». La lutte de classe internationale, bien qu’entrant dans une deuxième vague de mouvements ouvriers depuis Mai 68 en France, n’était pas à même de poser la perspective d’une révolution prolétarienne à l’échelle mondiale, et les ouvriers en Iran (comme ceux de Pologne un an plus tard) n’étaient pas en mesure de poser l’alternative révolutionnaire par eux-mêmes. Ainsi, la question de savoir comment entrer en relation avec les autres couches opprimées est restée sans réponse. Comme le disait encore notre déclaration : « La place décisive occupée par le prolétariat dans les événements en Iran pose un problème essentiel que celui-ci devra résoudre pour mener à bien la révolution communiste : celui de ses rapports avec l’ensemble des autres couches non-exploiteuses de la société et notamment les sans-travail. Ce que démontrent ces événements, c’est que :
– ces couches, par elles-mêmes, et malgré leur nombre, ne constituent pas une force réelle dans la société ;
– bien plus que le prolétariat, elles sont perméables aux différentes formes de mystification et d’encadrement capitalistes, y compris les plus archaïques comme la religion ;
– en même temps, dans la mesure, où la crise les frappe avec autant ou plus de violence qu’elle frappe la classe ouvrière, elles constituent une force d’appoint dans la lutte contre le capitalisme dont la classe ouvrière peut et doit prendre la tête.
Face à toutes les tentatives de la bourgeoisie de défouler leur mécontentement dans des impasses, l’objectif du prolétariat est de mettre en évidence qu’aucune des “solutions” proposées par le capitalisme ne peut leur apporter une quelconque amélioration, et que c’est uniquement dans le sillage de la classe révolutionnaire qu’elles peuvent obtenir satisfaction pour leurs aspirations, non comme couches particulières, historiquement condamnées, mais comme membres de la société. Une telle politique suppose de la part du prolétariat son autonomie organisationnelle et politique, c’est-à-dire, en particulier, le rejet de toute politique “d’alliance” avec ces couches ».
Aujourd’hui, les mystifications qui mènent le mouvement populaire dans une impasse ne sont pas tant les mystifications religieuses, ce qui est compréhensible lorsque les masses peuvent facilement voir le visage nu et corrompu d’un État théocratique, que les idéologies bourgeoises plus « modernes » comme le féminisme, la liberté et la démocratie.
Mais le danger est encore plus grand de voir la classe ouvrière se dissoudre en tant que masse d’individus dans un mouvement interclassiste qui n’a pas la capacité de résister aux plans de récupération des factions bourgeoises rivales. Ceci est souligné par le contexte international de la lutte des classes, où la classe ouvrière commence à peine à se réveiller après une longue période de repli au cours de laquelle la décomposition progressive de la société capitaliste a de plus en plus rongé la conscience que le prolétariat avait de lui-même en tant que classe.
Il ne s’agit pas de nier le fait que le prolétariat a, en Iran, une longue tradition de lutte militante. Les événements de 1978-1979 sont là pour le prouver ; en 2018-2019, il y a eu des luttes très étendues impliquant les ouvriers de la canne à sucre de Haft Tappeh, les camionneurs, les enseignants et d’autres ; en 2020-2021, les travailleurs du pétrole ont entamé une série de grèves militantes à l’échelle nationale. À leur apogée, ces mouvements ont donné des signes clairs de solidarité entre divers secteurs confrontés à la répression de l’État et à de puissantes pressions pour que les travailleurs reprennent le travail. En outre, face à la nature ouvertement pro-régime des syndicats officiels, il y a également eu des signes importants d’auto-organisation des travailleurs dans beaucoup de ces luttes, comme nous l’avons vu avec les comités de grève en 1978-1979, les assemblées et les comités de grève à Haft Tappeh et plus récemment dans les zones pétrolières. Il ne fait également aucun doute que les ouvriers discutent de ce qu’il convient de faire face aux manifestations actuelles et que des appels à la grève ont été lancés pour protester contre la répression de l’État. Et nous avons vu, par exemple en Mai 68, que l’indignation contre la répression de l’État, même si elle n’est pas initialement dirigée contre les travailleurs, peut être une sorte de catalyseur pour que ces derniers entrent sur la scène sociale, à condition qu’ils le fassent sur leur propre terrain de classe et en utilisant leurs propres méthodes de lutte. Mais pour le moment, ces réflexions de classe, cette colère contre la brutalité du régime, semblent être sous le contrôle des organes syndicaux de base et des gauchistes, qui tentent de créer un faux lien entre la classe ouvrière et les protestations populaires, en ajoutant des revendications « révolutionnaires » aux slogans de ces dernières.
Comme l’écrit Internationalist Voice : « La phrase “femme, vie, liberté” est enracinée dans le mouvement national et n’a pas de connotation de classe. C’est pourquoi ce slogan est brandi de l’extrême droite à l’extrême gauche, et ses échos se font entendre dans les parlements bourgeois. Ses composantes ne sont pas des concepts abstraits, mais une caractéristique des relations de production capitalistes. Un tel slogan fait des femmes qui travaillent l’armée noire du mouvement démocratique. Cette question devient un problème pour la gauche du capital, qui emploie le terme radical de “révolution”, et suggère donc que ce slogan soit “conservé” en y ajoutant des extensions. Ils ont fait les suggestions suivantes :
– Femme, vie, liberté, administration municipale (trotskistes) ;
– Femme, vie, liberté, socialisme ;
– Femme, vie, liberté, gouvernement ouvrier ».(4)
Cet appel au conseil ou au pouvoir des soviets circule en Iran au moins depuis 2018. Même s’il trouve son origine dans les efforts réels mais embryonnaires d’auto-organisation à Haft Tappeh et ailleurs, il est toujours dangereux de confondre l’embryon avec sa forme achevée. Comme Bordiga l’a expliqué dans sa polémique avec Gramsci lors des occupations d’usines en Italie en 1920, les conseils ouvriers ou soviets représentent une étape importante, au-delà des organes défensifs comme les comités de grève ou les conseils d’usine, car ils sont l’expression d’un mouvement vers une lutte unifiée, politique et offensive de la classe ouvrière. Les gauchistes qui prétendent que c’est aujourd’hui à l’ordre du jour trompent les travailleurs, avec pour objectif de mobiliser leurs forces dans une lutte pour une forme « de gauche » de gouvernement bourgeois, ornée « d’en bas » par de faux conseils ouvriers.
Internationalist Voice poursuit ainsi : « Contrairement à ceux de la gauche du capital, la tâche des communistes et des révolutionnaires n’est pas de sauver les slogans anti-dictature, mais d’assurer la transparence quant à leur origine et leur contenu. Encore une fois, en opposition aux démagogues de la gauche du capital, se distancer de tels slogans et élever les revendications de classe du prolétariat est un pas dans la direction de la clarification de la lutte de classe ».
Cela est vrai même si cela signifie que les révolutionnaires doivent nager à contre-courant pendant les moments d’euphorie « populaire ». Malheureusement, tous les groupes de la gauche communiste ne semblent pas être à l’abri de certaines des tromperies les plus radicales injectées dans les manifestations. Nous pouvons ici identifier deux exemples inquiétants dans la presse de la Tendance communiste internationaliste (TCI). Ainsi, dans l’article « Voix ouvrières et révoltes en Iran », (5) la TCI publie des déclarations sur les protestations par le Syndicat des Travailleurs de la Canne à Sucre Haft Tappeh, du Conseil pour l’organisation des protestations des travailleurs contractuels du pétrole et du Conseil de coordination des organisations syndicales des enseignants iraniens. Sans doute ces déclarations sont-elles une réponse à une authentique discussion sur les lieux de travail quant à la manière de réagir aux mouvements de protestation, mais le premier et le troisième de ces organismes ne se cachent pas d’être des syndicats (même s’ils peuvent tirer leurs origines d’authentiques organes de classe, en devenant des structures permanentes, ils ne peuvent qu’avoir assumé une fonction syndicale) et ne peuvent donc pas jouer un rôle indépendant de la gauche du capital qui, comme nous l’avons dit, ne défend pas l’autonomie réelle de la classe mais cherche à utiliser le potentiel des ouvriers comme outil de « changement de régime ».
Parallèlement à cela, la TCI ne parvient pas non plus à se distinguer de la rhétorique gauchiste sur le pouvoir des soviets en Iran. Ainsi, l’article « Iran : Imperialist Rivalries and the Protest Movement of “Woman, Life, Freedom” », (6) tout en fournissant des éléments importants concernant les tentatives de récupération des manifestations par les puissances impérialistes extérieures à l’Iran, annonce : « Dans notre prochain article, nous plaiderons pour une autre alternative : du pain, des emplois, la liberté, le pouvoir aux Soviets. Nous traiterons de la lutte des travailleurs et des tâches des communistes, et à la lumière de cela, nous exposerons la perspective internationaliste ».
Mais nous ne sommes pas à Petrograd en 1917, et appeler au pouvoir des soviets alors que la classe ouvrière est confrontée à la nécessité de défendre ses intérêts les plus fondamentaux face au danger de se dissoudre dans les manifestations de masse, de défendre toute forme naissante d’auto-organisation contre leur récupération par les gauchistes et les syndicalistes de base, c’est au mieux se tromper gravement sur le niveau actuel de la lutte de classe et au pire attirer les ouvriers dans des mobilisations sur le terrain de la gauche du capital. La gauche communiste ne développera pas sa capacité à élaborer une véritable intervention dans la classe en se laissant prendre au piège de l’immédiatisme au détriment des principes fondamentaux et d’une analyse claire du rapport de force entre les classes.
Un article récent dans Internationalist Voice souligne qu’il y a actuellement un certain nombre de grèves ouvrières qui ont lieu en Iran en même temps que les manifestations dans les rues : « Ces derniers jours, nous avons assisté à des manifestations et à des grèves de travailleurs, dont la caractéristique commune était la protestation contre le faible niveau de leurs salaires et la défense de leur niveau de vie. Le slogan des ouvriers grévistes de l’entreprise sidérurgique d’Ispahan, “assez de promesses, notre table est vide”, reflète les conditions de vie difficiles de l’ensemble de la classe ouvrière. Voici quelques exemples de grèves ouvrières de ces derniers jours qui avaient ou ont la même revendication : Grève des travailleurs de la compagnie sidérurgique d’Ispahan ; grève de la faim des employés officiels des sociétés de raffinage et de distribution de pétrole, de gaz et de produits pétrochimiques ; grève des travailleurs du complexe du centre-ville d’Ispahan ; grève des travailleurs de la cimenterie d’Abadeh dans la province d’Ispahan ; grève des travailleurs de l’eau minérale de Damash dans la province de Gilan ; grève des travailleurs de la compagnie Pars Mino ; grève des travailleurs de la compagnie industrielle Cruise ; protestation des travailleurs du groupe sidérurgique national ». (7)
Il semble que ces mouvements soient encore relativement dispersés et si les démocrates et les gauchistes multiplient les appels à la « grève générale », ce qu’ils entendent par là n’a rien à voir avec une réelle dynamique vers la grève de masse, mais serait une mobilisation contrôlée d’en haut par l’opposition bourgeoise et mélangée aux grèves des petits commerçants et d’autres couches non prolétariennes. Cela ne fait que souligner la nécessité pour les ouvriers de rester sur leur propre terrain et de développer leur unité de classe comme base minimale pour bloquer la répression meurtrière du régime islamique.
Amos, novembre 2022
1« The continuation of the protests, labour strikes and general strike [38] », Internationalist Voice (20 novembre 2022).
2« Iran : leçons des événements », Révolution internationale n° 59 [39] (17 février 1979).
3Ibid.
4« The continuation of the protests, labour strikes and general strike [38] », Internationalist Voice (20 novembre 2022).
5« Voix ouvrières et révoltes en Iran [40] » sur le site de la TCI (1er novembre 2022).
6« Iran : Imperialist Rivalries and the Protest Movement of 'Woman, Life, Freedom [41]'" sur le site de la TCI (2 novembre 022).
7« The continuation of the protests, labour strikes and general strike [38] », Internationalist Voice (20 novembre 2022).
Dans le mouvement social contre la réforme des retraites en France, les partis de gauche radicale, comme La France Insoumise et ceux d’extrême-gauche n’ont pas de mots assez forts pour appeler à ne rien lâcher et à poursuivre la mobilisation. Appel à la lutte parlementaire et démocratique pour les uns, à la grève générale pour les autres, en passant par le rejet des directions syndicales et la prise en main du mouvement par « la base », tous ces partis, conspués par de nombreux grands médias, paraissent ainsi défendre avec force la classe ouvrière, combattre becs et ongles pour les intérêts des exploités. Mais la lutte du prolétariat peut-elle réellement s’appuyer sur eux ?
La France Insoumise (LFI) de Mélenchon, force vive de la NUPES, profite du mouvement contre la réforme des retraites pour recrédibiliser au maximum le terrain de la lutte démocratique et citoyenne, en dénonçant un gouvernement qui a « réduit le temps du débat parlementaire et malmène le travail des représentants du peuple ». LFI se présente au Parlement comme le porte-parole de la colère qui s’exprime dans la rue.
Mais que peut-on sérieusement attendre du « débat parlementaire » ? Rien ! Le Parlement n’est qu’une coquille vide. Parce que le capitalisme est en déclin, la classe ouvrière ne peut plus améliorer ses conditions de travail par la « lutte pour les réformes », ni appuyer une fraction progressiste de la bourgeoisie comme c’était le cas au XIXe siècle. Les cris d’orfraie des députés LFI ne sont que de la poudre aux yeux, une mystification destinée à faire croire que l’État bourgeois pourrait défendre d’autres intérêts que ceux de la bourgeoisie. (1)
La réalité, c’est que LFI et ses alliés (PS, EELV…) ne défendent pas les intérêts de la classe ouvrière, ils en sont même les ennemis acharnés. Alors que la massivité de la mobilisation contre la réforme des retraites est une expression de la reprise historique de la combativité du prolétariat à l’échelle internationale, alors que des millions d’ouvriers luttent de part le monde contre l’inflation, la misère croissante et l’austérité, les appels répétés des « insoumis » à la mobilisation du « peuple de France » pour la défense des « plus pauvres » n’a pas d’autre vocation que d’enfermer la mobilisation dans les frontières de l’Hexagone et de la « démocratie » nationale.
En somme, LFI participe activement à couper toute réflexion sur le caractère international de la lutte ouvrière. Il s’agit ni plus ni moins de couper la classe ouvrière en France de ses frères de classe en Angleterre, en Espagne, en Belgique pour mieux les réduire à l’impuissance, à ne pas se comporter comme classe en lutte, mais en bons citoyens accomplissant leur « devoir électoral ».
Il n’y a qu’à voir la pantomime orchestrée par les députés NUPES entonnant La Marseillaise (2) et criant au « tournant autoritaire » de Macron pour mieux se présenter comme les défenseurs de la démocratie républicaine, ce régime politique à travers lequel la bourgeoisie impose, de la façon la plus sournoise qui soit, sa dictature sur la société. Après l’échec de la motion de censure contre le gouvernement, les députés NUPES se sont donc empressés d’appeler au « retour aux urnes » pour détourner la mobilisation vers le chemin électoral au détriment de la lutte sociale !
Le 8 février dernier, le leader du syndicat « modéré » et « réformiste », Laurent Berger, exposait en ces termes ce qui, selon lui, formait l’enjeu de la situation : « Si le gouvernement persiste dans la voie qui est la sienne aujourd’hui, il fait une faute démocratique qu’il paiera très cher. “Qu’il paiera très cher”, ça ne s’appelle pas une menace, ça s’appelle un avertissement collectif que je pose […]. Bien sûr qu’il y a un risque que ça dégénère ». Cette mise en garde adressée au gouvernement traduisait la vigilance et l’attention que tous les syndicats portent à l’intensité de la combativité et à la réflexion qui tend à se développer dans les rangs de la classe ouvrière.
Et ils ne sont pas les seuls. Comme à leur habitude, toutes les organisations de l’extrême-gauche du capital se sont mises au diapason. En témoignent leurs discours très radicaux, aussi bien sur le fond que sur la forme, tentant de dévoyer ou de détourner tout embryon de réflexion sur la manière d’accentuer le rapport de force.
Si les différentes journées de mobilisations ont confirmé l’aptitude des syndicats à bien encadrer les manifestations, nous avons pu constater que les premières parties de cortèges, hors bataillons syndicaux, demeuraient très denses. De même, les appels syndicaux aux grèves reconductibles dans les transports ou les raffineries, c’est-à-dire à des grèves hyper sectorielles, chacun enfermé dans son entreprise, n’ont pas vraiment fonctionné pour le moment. Ce qui démontre une certaine forme d’indifférence, voire peut-être de méfiance vis-à-vis de certaines méthodes de luttes syndicales dans une partie de la classe ouvrière. D’où le déploiement d’un large éventail de mots d’ordre de la part des différentes organisations gauchistes visant à proposer de prétendues alternatives « au programme défensif », « aux erreurs et au conservatisme des dirigeants du mouvement ». (3) Pour le groupe trotskiste Combattre Pour le Socialisme, la pression sur le parlement bourgeois est la clé de la victoire. Les semaines précédentes il appelait à se mobiliser « par centaines de milliers devant le Palais Bourbon, au moment de la discussion de la loi ». Il persiste et signe après l’adoption du 49.3 en exhortant à se mobiliser face à l’Assemblée : « C’est là que se joue l’avenir de nos retraites, c’est là qu’il faut aller pour faire plier le gouvernement ! »
Ici, il s’agit de critiquer hypocritement l’inutilité criante des journées d’action syndicales pour mieux distiller l’illusion de la victoire par la pression démocratique sur l’État ! La mobilisation devrait s’exporter devant un emblème de l’État démocratique bourgeois. En somme, cette mauvaise boutique appâte le chaland avec la lutte de classe pour mieux vendre sa camelote frelatée : la mobilisation citoyenne.
De son côté, le NPA clame haut et fort qu’ « il n’y a rien à attendre du Parlement : c’est les travailleurs qui font grève et qui manifestent par millions dans la rue en donnant des sueurs froides au patronat et aux macronistes ». Mais ne soyons pas naïfs ! Si aujourd’hui, la massivité du mouvement et la réflexion sur une alternative au capitalisme exprimée par des minorités au sein de la classe ouvrière ne lui laisse pas d’autre choix que d’appeler à « être plus que jamais en grève et dans la rue ! », cela ne signifie pas qu’il abandonne pour autant sa sale besogne consistant à rabattre les ouvriers les plus combatifs vers le terrain stérile et mystificateur des élections. (4) L’adoption du 49.3 lui permet notamment de préparer le terrain. C’est un « scandale démocratique » montrant « le caractère particulièrement antidémocratique des institutions de la Ve République » clame le parti de Besancenot. En bon garant de l’ordre capitaliste, contrairement à son appellation, le NPA se contente donc de sous-entendre qu’une alternative (une VIe République ?) au sein de l’État bourgeois est tout à fait possible !
En réalité, dès que l’occasion se présentera, les têtes de gondoles du NPA, de LO et compagnie nous resserviront le plat indigeste des élections (y compris parlementaires) comme « tribune » à la cause révolutionnaire.
« Contre Macron et son monde, à partir des 7 et 8 mars, bloquer le pays, partout et en même temps ! » (NPA). « Le 7 mars, la jeunesse du côté des travailleurs pour bloquer le pays ! » (Jeunesses communistes). « Construisons la grève reconductible ! » (Révolution Permanente)… Depuis le début du mouvement, les manifestations rassemblent des millions de personnes. Mais le sentiment que ces mobilisations massives ne suffiraient pas à faire plier le gouvernement a connu un écho de plus en plus fort au sein de la classe ouvrière. Par crainte d’être débordé, que la lutte n’échappe à leur contrôle, les syndicats ont adopté des méthodes de lutte prétendument plus radicales. D’où l’appel de l’intersyndicale à mettre « la France à l’arrêt ». Comme à leur habitude, les organisations gauchistes ont sauté sur l’occasion pour jouer leur rôle de rabatteurs, avec toujours la même méthode sournoise : feindre de fustiger les directions syndicales en exhortant « la base » à entrer en action.
Au cours de sa longue histoire, Lutte Ouvrière est passée maître dans ce type de basse besogne et ne semble pas avoir perdu la main : « Aussi unitaires soient-ils, les appels des centrales syndicales ne sont rien si les travailleurs n’en font pas leur combat. Alors, dès mardi, profitons-en pour constituer des équipes de travailleurs combatifs capables d’entraîner les autres ! Profitons de cette journée pour discuter entre nous, nous réunir en assemblées générales, formuler nos revendications, qui vont bien au-delà des retraites et préparer la suite ! ». Sous un verbiage radical et surtout très ambigu, LO appelle ainsi les ouvriers à prendre eux-mêmes en main… l’unité syndicale.
Nouveau venu dans le paysage de l’extrême-gauche, Révolution permanente semble apprendre vite. Elle aussi déplore la tiédeur de l’intersyndicale à poursuivre le blocage de l’économie après la journée du 7, et appelle à la prise en main par « la base » : « Pour mettre la “France à l’arrêt”, elle doit généraliser la perspective de la reconductible […]. Il y a urgence à nous doter d’un plan de bataille alliant élargissement des revendications et auto-organisation à la base pour imposer cette orientation ».
Mais les spectres du « syndicalisme de base » ou même des coordinations, agités comme la voie royale vers l’auto-organisation de la classe ouvrière dans la lutte, n’expriment en rien un appel à rejeter les syndicats et le syndicalisme. Au contraire ! Ils visent ni plus ni moins qu’à les y enchaîner en faisant la publicité de leurs variantes plus « radicales » du même piège enserrant les prolétaires dans leur corporation, leur secteur, leur catégorie (jeunes, femmes…).
D’ailleurs, LO et ses comparses, veillent à bien établir un « cordon sanitaire » étanche autour de jeunes ouvriers susceptibles de se politiser. Lors de la manifestation du 31 janvier, à Lyon, un tract de LO est distribué : « Le capitalisme détruit la société. Il faut le renverser ! REUNION JEUNES (lycéens, étudiants, jeunes travailleurs) ». Alors que des militants du CCI demandent un de ces tracts où est écrit « Viens rencontrer des militants communistes et révolutionnaires », il leur est carrément refusé dans un premier temps parce qu’ils ne sont plus des « jeunes », et qu’une telle réunion doit permettre à des jeunes de pouvoir s’exprimer sans « la pression de plus anciens » qui, eux, n’ont pas peur de parler (sic !). Il s’agit d’un véritable travail de sape magistral, contre la réflexion, la solidarité et l’unité inter-générationnelle.
Cette pratique de division des luttes et de torpillage de la réflexion n’est pas nouvelle. En 1986, lors de la grève à la SNCF, des coordinations avaient surgi dans la lutte, sur la base de critiques ouvertes aux syndicats. Lutte Ouvrière, d’une manière très radicale, avait su prendre le relais, avec son leader cheminot Daniel Vitry, en interdisant, par exemple, l’entrée des Assemblées générales à d’autres ouvriers venant de la Poste ou des impôts, souhaitant apporter leur solidarité et appeler à étendre la lutte à d’autres secteurs.
Tendance marxiste internationale, Révolution Permanente, Nouveau Parti Anti-capitaliste, Lutte Ouvrière… Derrière le masque fabriqué d’un vernis révolutionnaire et communiste, se cache le vrai visage de LO, du NPA et compagnie ! Si aujourd’hui toutes ces organisations adoptent un ton critique vis-à-vis des syndicats (qu’ils noyautent pour certains et contribuent à animer avec zèle), si, comme LO indiquant ces derniers jours que la seule guerre est « celle contre nos intérêts de travailleurs », elles parlent désormais plus volontiers de « lutte de classes », de « révolution » et même de communisme, ce n’est pas parce qu’elles ont changé de camp mais bien parce qu’elles se chargent du sale boulot que les forces classiques d’encadrement (syndicats et partis de gauche) ne sont pas totalement en mesure d’assumer.
Par conséquent, la classe ouvrière ne doit pas se faire d’illusions. Elle rencontrera de plus en plus la « gauche radicale » et les gauchistes sous les masques les plus variés, « combatifs », « radicaux », voire « révolutionnaires », comme obstacles majeurs au développement de ses luttes. Et si elle doit être plus consciente de cela, elle doit aussi savoir qu’elle ne pourra pas éviter l’obstacle mais bel et bien affronter tous ces faux-amis.
Vincent / Stopio (20 mars 2023)
1Cf. « Les élections contre le prolétariat », Révolution internationale n° 10 (Juillet-août 1974). [43]
2Le chant des Versaillais qui ont massacré les Communards en 1871.
3Tendance internationale (TMI) qui publie Révolution !
Comme je n’ai pas parlé, je tenais à remercier par écrit le CCI pour la tenue de la permanence. Les échanges étaient nourris, très intéressants et ont répondu à certaines de mes questions. Néanmoins, je souhaitais préciser mon interrogation initiale qui reste partiellement sans réponse.
Les grèves et autres mouvements sociaux qui émergent sur la scène internationale et sur un terrain de classe peuvent-ils se faire écho d’un pays à l’autre ? J’étais présente lors de la manifestation du 29 septembre à Paris et j’ai remarqué que beaucoup étaient intéressés par le tract [du CCI] justement parce qu’il était question des luttes au Royaume-Uni.
Si la lutte « au-delà de “sa” corporation, “son” entreprise, “son” secteur d’activité, de “sa” ville, “sa” région » est un discours de plus en plus audible (depuis le mouvement des retraites, les syndicats sont obligés d’appeler de plus en plus rapidement à l’extension factice des luttes), ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit de « soutien et de solidarité » […] au-delà de “son” pays », sauf lorsqu’il est question de mouvement sur un terrain qui n’est pas celui de la classe ouvrière comme les Gilets Jaunes ou Black Lives Matter par exemple.
Dès lors, comment peuvent se manifester ce soutien et cette solidarité de classe lorsqu’il faut traverser des frontières ?
Bien à vous,
C.
Nous saluons la préoccupation de la camarade de revenir sur une question qui n’a pas été suffisamment clarifiée pour elle lors de notre permanence en ligne. C’est une démarche importante d’aller au bout des questions, au bout des confusions ou divergences pour rechercher toujours la position ou la compréhension la plus juste. L’une des forces du prolétariat réside dans sa conscience, cette capacité à comprendre son identité, sa place dans la société et sa responsabilité historique. Cette conscience nécessite une recherche constante de la vérité pour se défaire des pièges idéologiques de la classe ennemie mais plus généralement de toutes les idéologies qui lui sont étrangères. Pour accéder à cette vérité, le prolétariat doit débattre sans cesse, confronter les positions les unes aux autres, les confronter à la réalité. Ce que fait la camarade en nous interrogeant ainsi relève de cette démarche fondamentale.
L’autre force du prolétariat, c’est son unité. Ces deux forces ne sont pas indépendantes l’une de l’autre, bien au contraire et c’est là que le lien peut se faire avec le questionnement de notre lectrice.
L’unité du prolétariat ne peut se faire que par une démarche consciente, c’est-à-dire par la capacité de la classe ouvrière à se concevoir comme une seule classe à travers le monde, par-dessus toutes les divisions que le capitalisme instaure artificiellement : nationale, corporatiste, raciale, religieuse (et les fausses unités qui vont avec : le peuple, la corporation, la communauté etc). Ces divisions sont lourdes à dépasser car elles trouvent un fondement dans le fonctionnement même de la société capitaliste qui repose sur la concurrence de chacun contre tous les autres, et construit des divisions pertinentes pour le capital dans ce cadre concurrentiel mais totalement aliénantes pour le prolétariat.
En particulier, les divisions nationales sont fortement structurantes pour le capital. La bourgeoisie ne peut se passer de l’adhésion de la classe ouvrière à son idéologie nationaliste, tant en termes de mobilisation pour le capital national que pour l’enrôler dans la guerre le moment venu. Cette idéologie nationaliste est d’autant plus un poison qu’elle s’oppose à la nécessaire compréhension par la classe ouvrière que la seule division réelle dans le capitalisme oppose les classes entre elles et rien d’autre.
Cette unité ne peut donc se décréter, elle s’inscrit au contraire dans un processus long et heurté, qui passe par l’affrontement aux idéologies étrangères au prolétariat : le nationalisme, le corporatisme, toutes les idéologies parcellaires s’attachant aux maux du capitalisme plus qu’à ses racines : féminisme, anti-racisme, etc.
Le prolétariat s’affronte à ces idéologies par le débat, la confrontation des idées et l’analyse de la réalité. Mais là aussi le processus de développement de la conscience de la classe ouvrière ne se décrète pas.
En effet, si l’unité du prolétariat passe par sa conscience, inversement la conscience du prolétariat se développera dans son unité. La première expression de cette unité, même embryonnaire et encore marquée par le nationalisme ou le corporatisme, c’est la lutte. Lorsque la classe ouvrière défend ses conditions de vie et de travail face aux attaques de la bourgeoisie, elle mène une première étape vers la reconnaissance de son identité et dans le même mouvement, vers son unité.
Bien sûr, cette dimension politique des luttes prolétariennes n’est pas toujours consciente. En particulier aujourd’hui, la classe ouvrière subit le poids de la décomposition du capitalisme et n’a pas encore les capacités à se défaire du piège syndical, principal véhicule de toutes les idéologies qui divisent. Mais le fait qu’elle entre en lutte est déjà une victoire, déjà un effort remarquable dans une société à ce point embourbée dans sa décomposition.
C’est par la lutte, et seulement par la lutte, que la classe ouvrière pourra vivre concrètement son identité de classe, comprendre que tous ceux qui luttent, luttent pour la même chose. Même si chacun travaille dans un secteur différent, vit dans un pays différent. Même si chacun ne se conçoit pas comme vivant les mêmes conditions que les autres. Par la lutte et la répétition des luttes, la classe ouvrière trouvera les conditions pour dépasser ses divisions et s’ancrer dans son unité. Plus les luttes se développeront, plus elles seront massives, plus elles seront en mesure de concrétiser la nature unitaire et solidaire de la classe ouvrière.
Bien sûr ces luttes ne déboucheront pas toujours sur des victoires. Au contraire, la classe ouvrière a subi et subira encore des défaites. Mais chacune de ces défaites renferme en elle les ferments d’une prochaine lutte plus unitaire et plus consciente, à condition que le prolétariat soit en mesure de comprendre pourquoi il a perdu, qu’est-ce qui lui a barré la route.
Les éléments les plus conscients de la classe ouvrière voudraient bien sûr que ce processus soit plus rapide, que les victoires soient plus nombreuses que les défaites, que les divisions nationales soient dépassées dès les premières lueurs de combativité. Ils voudraient que les leçons des défaites soient tirés le plus largement possible pour que les pièges de la bourgeoisie finissent par ne plus fonctionner. Nous savons que rien n’est gagné d’avance et que l’ennemi sera difficile à abattre. Il se pourrait même que ça n’arrive pas et que la décomposition sociale entraîne l’humanité à sa perte.
Alors nous comprenons parfaitement l’impatience de la camarade et nous partageons l’importance qu’elle donne à tout ce qui pourrait permettre de « traverser les frontières ».
C’est là souligner toute l’importance et le rôle des organisations révolutionnaires et de tous ceux qui partagent leurs positions et souhaitent appuyer leur intervention. Ce sont les révolutionnaires qui seuls peuvent aujourd’hui porter une perspective plus large, démontrer l’inconsistance des divisions portées par la bourgeoisie en général et les syndicats en particulier, démontrer l’unité de la classe ouvrière à travers le monde : l’unité de ses intérêts, l’unité des attaques qu’elle subit. Cette intervention des révolutionnaires est aujourd’hui essentielle : elle n’aura rien de magique, elle ne remplacera pas l’école de la lutte, mais elle lui donnera un éclairage et une perspective indispensables pour permettre le développement d’une conscience large dans la classe que ses conditions de vie et l’avenir que le capitalisme promet à la planète et à ses habitants ne sont pas une fatalité et que son rôle pour ouvrir la voie à une autre société est déterminant.
Aujourd’hui, l’écho des positions révolutionnaires est encore très faible dans la classe mais cela n’enlève rien à son rôle crucial. C’est pour cela que tous les éléments conscients dans la classe doivent se regrouper autour des organisations révolutionnaires et participer à leur activité : l’analyse de la situation, le débat, l’intervention. L’importance de cette activité ne se mesure pas à l’audience qu’elle obtient immédiatement mais à ce que l’histoire a montré : l’intervention des révolutionnaires a toujours été déterminante dans les victoires de la classe ouvrière alors même que leurs erreurs ont aussi pu avoir des conséquences désastreuses.
Pour nous, cette perspective n’est pas immédiate. Mais il est indispensable de se préparer alors que la classe ouvrière aujourd’hui relève la tête et montre qu’elle est toujours une force sociale sur la scène de l’histoire. Pour les révolutionnaires, il ne fait aucun doute qu’il faut dès aujourd’hui être présents et une force active dans ce processus. Pour reprendre l’image de la camarade, nous sommes les « passeurs » des frontières pour la classe ouvrière.
GD, 3 mars 2023
Nous publions ci-dessous une prise de position d’un de nos sympathisants à propos de la réunion du comité NWBCW à Paris du 2 décembre. Nous saluons cette contribution et soutenons globalement le contenu politique de ce texte. Selon nous, il permet en effet de souligner deux aspects essentiels que nous voulons mettre en exergue :
– le premier, le caractère totalement artificiel du comité NWBCW, sans rapport avec la réalité d’une prétendue réaction à la guerre au sein de la classe ouvrière : « A moins de considérer que les luttes de l’an passé en Angleterre, celle qui se déroule actuellement en France, etc. soient des luttes qui s’opposent frontalement et surtout consciemment à la guerre, la formation de tels comités n’émane pas d’un mouvement de la classe ».
– le second, le fait qu’une telle initiative opportuniste ne fait qu’accentuer la confusion vis-à-vis du gauchisme et de l’anarchisme : « La création ex-nihilo de structures hétérogènes appelés après-coup « comité de lutte », en appelant à toutes les bonnes volontés gauchistes et anarchistes semble être un cadre impropre à la politique prolétarienne ».
Comme le souligne justement le camarade, ce comité NWBCW n’est finalement rien de moins qu’un « faux-nez basé sur des compromis »
CCI
Je ne vais pas faire ici, un résumé point par point de cette réunion, mais je vais uniquement me concentrer sur ce qui m’a paru être le plus important.
Je ne vais pas entrer dans la polémique sur la signification historique de la guerre en Ukraine, qui devait être la première partie de la discussion lors de la réunion, avec d’un côté la TCI qui voit cette guerre comme une étape vers la généralisation de la guerre inter-impérialiste mondiale et le CCI qui affirme que celle-ci n’est pas encore à l’ordre du jour et que les conditions ne sont pas encore réunies.
Je vais me concentrer sur ce qu’est le comité NWBCW et la politique de création de ce type de comité face à la guerre.
Après le déclenchement de la guerre en Ukraine l’an dernier, deux organisations de la GC ont proposé deux initiatives différentes. D’un côté le CCI a été à l’initiative avec l’Institut Damen et IV d’une déclaration commune des groupes de la GC de l’autre la TCI a appelé à la création de comités NWBCW.
Je reviens sur cette opposition car elle est sous-jacente à la seconde partie de la discussion qui a eu lieu lors de la réunion du comité à savoir qu’est-ce que ce comité, son but, etc.
Le présidium alors a tracé une opposition entre d’un côté un internationalisme abstrait (celui du CCI) et de l’autre une initiative concrète.
Bien sûr, il le fallait le recours au concret, le retour du concret, « voyez-vous camarades, le problème avec cette déclaration commune des groupes de la GC c’est qu’elle est valable en tout temps et en tout lieu », les comités de lutte NWBCW eux sont des initiatives qui permettront aux minorités qui y participent de se tordre, de se plier aux différentes situations, aux différents contextes afin de mieux répondre à la situation actuelle.
Pour traiter ce point, il faut voir ce qu’est un comité de lutte, il émane soit d’une lutte massive de la classe soit d’une lutte dans une de ses parties, regroupant des éléments particulièrement combatifs qui ressentent la nécessité de s’unir pour agir et réfléchir et poursuivre la lutte, se formant d’abord (le plus souvent) sur la base de l’entreprise ou du secteur, il peuvent s’élargir au fur et à mesure de la lutte.L’apparition de comités de luttes n’est jamais à négliger et correspond à un pas en avant dans la maturation de la conscience de classe. Les prolétaires se réunissant pouvant évoquer les échecs et les raisons de ceux-ci, se poser la question de comment s’organiser et dans quel cadre. Il est donc essentiel pour les révolutionnaires organisés de soutenir la création de tels comités et d’y intervenir.
De par sa nature, les conditions de sa formation, un comité est hétérogène politiquement et sensible aux manœuvres et aux sabotages des gauchistes ou des syndicalistes. La tâche des révolutionnaires de la GC est de donner aux prolétaires dans ces comités les outils pour s’opposer à leurs ennemis politiques que sont les gauchistes.
Qu’en est-il donc ici. À moins de considérer que les luttes de l’an passé en Angleterre, celle qui se déroule actuellement en France, etc. soient des luttes qui s’opposent frontalement et surtout consciemment à la guerre, la formation de tels comités n’émane pas d’un mouvement de la classe.
Artificiel semble donc être un terme juste pour qualifier ce type d’initiatives.
Dans ce comité artificiel, les groupes de la GC vont lutter côtes à côtes avec des éléments clairement gauchistes (donc des ennemis politiques). Là survient une manœuvre qui veut faire passer le CCI comme sectaire, en effet au nom de quoi le CCI dirait « untel lutte et celui-làcelui-là non », cependant, si dans une lutte il arrive que se créent des comités dans ceux-ci les révolutionnaires de la GC interviennent non pas pour marcher avec les gauchistes mais les combattre. Comment les combattre tandis que l’on va former avec eux un comité qui de plus ne s’appuie sur aucun mouvement clair de la classe contre la guerre. C’est une faute, ici les révolutionnaires se désarment préventivement et ne pourront être en mesure de guider les participants face aux divers gauchistes et anarchistes.
Il est par exemple ressorti de cette réunion un clair immédiatisme et activisme ce qui était à prévoir, mais il sera impossible pour la TCI de s’y opposer quand elle baigne dedans, maintenant et entretenant l’illusion qu’il pourrait y avoir des actions de classe anti-guerre à populariser et à généraliser à court terme.
Le danger également pour les participants de leur faire croire à des initiatives minoritaires en réalité qui ne feront pas avancer d’un « inch » la conscience dans la classe tout en les exposant à la répression de l’Etat Bourgeois.
Cet activisme pousse également des éléments jeunes et inexpérimentés qui recherchent les positions de classe à s’interrompre dans leur prise de conscience, les empêche d’être aspirés par la GC (à moins de considérer que la GC c’est « trois pelés et un tondu » comme un membre du présidium), ce type de comité constituant un leurre de fait, puisqu’il entretient pour des raisons évidemment opportuniste le flou sur des questions et des positons essentielles et n’est pas sans véhiculer le vieux piège de la substitution, privilégiant des actions spectaculaires maintenant et tout de suite.
La création artificielle d’un « comité » qui met sur le même plan les organisations de la GC et les divers anarchistes, gauchistes, trotskistes, éléments syndicalistes tandis que les conditions d’adhésion sont trop larges et trop floues, que voulant la survie du comité pour agir contre la guerre aucune des questions pièges ne sera clarifiée de peur de mettre dans une position délicate tel ou tel groupe participant, c’est ce qu’un italien du siècle dernier appelait une « alliance sans principes ».
Je peux donner quelques exemples rapides, à aucun moment le présidium n’a ressenti le besoin de clarifier pour la bonne compréhension des participants inexpérimentés, le qualitatif politique de gauchiste, la frontière de classe qui les sépare la GC, le présidium n’est pas revenu sur les illusions des participants sur la situation en Iran que certains voyaient comme le début d’une révolution tandis qu’il ne s’agit même pas d’un mouvement de classe, quand a été évoqué le fait de s’organiser dans les syndicats, il n’a pas rappelé la position de la GC sur les syndicats, leur rôle ce qui aurait été au vu des luttes passées et en préparation largement plus instructif pour tout le monde.
Comment nous faire croire après qu’il sera possible justement de mener un combat contre ces mêmes gauchistes au sein du comité. Autant demander à un puma de se couper les griffes et retirer ses crocs avant de les enfoncer dans la nuque du grizzly. Nul besoin d’être un devin, prophète ou Lévite pour dire cela, mais simplement être marxiste et éviter de donner comme bilan critique de deux décennies de politique de NWBCW « parfois ça marche, parfois non ».
Ces deux propositions la déclaration commune et la formation de comités correspondent à deux manières de faire de la politique et elles ne se valent pas.
Par quoi sont guidés les révolutionnaires, ils ont un devoir face à la classe, celui de lui donner les moyens d’aller vers la clarté politique, cela se traduit par exemple par éviter aux prolétaires les plus conscients ou les plus combatifs (ceux par exemple qui répondent aux appels des organisations de la GC) de présenter des voies de garages, des initiatives d’actions sans rapports avec le mouvement réel lent mais existant de prise de conscience dans la classe.L’activisme, l’immédiatisme et les divers maux dont souffre ce comité ne sont pas dut au hasard mais au poison opportuniste. La création ex-nihilo de structures hétérogènes appelés après-coup « comité de lutte », en appelant à toutes les bonnes volontés gauchistes et anarchistes semble être un cadre impropre à la politique prolétarienne.
La morale ici pourrait être résumé comme suit : « la classe hésite, poussons là !… nulle-part. »
Ce qu’est en réalité ce comité, un faux-nez basé sur des compromis tacite par dépit le tout sur des principes flous pour intervenir et surtout le montrer.
Fraternellement,
Un sympathisant actif du CCI et de la GC
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« Tu la fermes ou tu veux que je recommence ? Ah ! tu commences à bégayer, t’en reveux peut-être une pour te remettre la mâchoire droite ? »
« Quand je t’ai attrapé, t’as commencé à trembler, c’est moi qui t’ai mis la balayette ! »
« T’inquiète, ta petite tête, on l’a déjà en photo. T’as juste à te repointer dans la rue aux prochaines manifs : je peux te dire que les têtes, nous on est vachement physio, on les retient. T’inquiète pas que la prochaine fois qu’on vient, tu monteras pas dans le car pour aller au commissariat, tu vas monter dans un autre truc qu’on appelle “ambulance” pour aller à l’hôpital ! »
« T’as de la chance, on va se venger sur d’autres personnes.Si t’as l’occase de regarder la télé, regarde bien, tu verras ce qui t’attend quand tu reviendras ! »
Ces propos ont été proférés par des policiers de la Brav-M lors de la manifestation du 23 mars à Paris. Enregistrés par l’un des interpellés, ils ont fait le tour des médias, provoquant des débats entre experts sur la formation des agents constituant cette brigade spéciale.
Autrement dit, on veut nous faire croire au dérapage de quelques-uns. Ce n’est qu’un mensonge ! Partout en France, à Rennes, Nantes, Lyon… la police cogne et provoque. Cette simultanéité de la répression n’est pas un hasard. C’est une politique totalement délibérée du pouvoir. L’objectif est simple et c’est même un classique :
– entraîner les jeunes les plus en colère dans un affrontement stérile avec les forces de l’ordre ;
– faire peur à la majorité des manifestants, les décourager de venir dans la rue ;
– empêcher toute possibilité de discussion, en pourrissant systématiquement les fins de manifestations, moment habituellement propice aux rassemblements et aux débats ;
– rendre impopulaire le mouvement, en faisant croire que toute lutte sociale dégénère automatiquement en violence aveugle et en chaos, alors que le pouvoir serait le garant de l’ordre et de la paix.
Oui, notre colère est immense ! Oui, nous ne pouvons qu’être indignés et combatifs !
Mais notre force ne réside pas dans l’affrontement stérile avec les bataillons suréquipés et surentrainés des CRS, gendarmes mobiles et autres porte-flingues de « l’ordre » des exploiteurs.
De même, notre lutte ne consiste pas à casser des vitrines et brûler des poubelles. Les violences minoritaires ne renforcent pas le mouvement. Au contraire elles l’affaiblissent !
Nous sommes la classe ouvrière ! Nous sommes une force collective, capables de rentrer en lutte massivement, de nous organiser, d’être solidaires, unis, de débattre et nous dresser ensemble face au pouvoir pour refuser la dégradation continue de nos conditions de vie et de travail, pour refuser ce système qui plonge l’humanité dans la misère et la guerre.
Voilà ce qui inquiète vraiment la bourgeoisie : quand nous luttons ainsi en tant que classe. Voilà pourquoi elle nous tend aujourd’hui le piège du pourrissement et du chaos par la violence. Elle veut briser la dynamique en cours et le processus qui se développe depuis des mois à l’échelle internationale.
Depuis l’annonce de la réforme des retraites, les grèves se multiplient et, surtout, les manifestations nous rassemblent par millions dans les rues. Grâce à cette lutte, nous commençons à comprendre qui est ce « Nous » ! Une force sociale, internationale, qui produit pratiquement tout et doit lutter de manière unie et solidaire : la classe ouvrière ! « Soit on lutte ensemble, soit on finira par dormir dans la rue ! » C’est ce qui s’exprime clairement, par exemple, dans les manifestations en soutien aux éboueurs d’Ivry que la police vient régulièrement déloger : ensemble, nous sommes plus forts !
Et ces réflexes de solidarité ne surgissent pas qu’en France. Dans de nombreux pays, les grèves et mouvements sociaux se multiplient. Au Royaume-Uni face à l’inflation, en Espagne face à l’effondrement du système de santé, en Corée du Sud face à l’allongement de la durée de travail, en Allemagne contre les bas salaires… partout, la classe ouvrière se défend par la lutte.
En Grèce, un accident de train a eu lieu il y a trois semaines : 57 morts. La bourgeoisie a évidemment voulu faire porter le chapeau à un travailleur. L’aiguilleur de service a été jeté en prison. Mais la classe ouvrière a immédiatement compris l’arnaque. Par milliers, des manifestants ont pris la rue pour dénoncer la vraie cause de cet accident meurtrier : le manque de personnel et l’absence de moyens. Depuis, la colère ne désenfle pas. Au contraire, la lutte s’amplifie et s’élargit, aux cris de « contre les bas salaires ! », « ras le bol ! ». Ou encore : « nous ne pouvons plus travailler comme des personnes décentes depuis la crise, mais au moins ne nous tuez pas ! ».
Notre mouvement contre la réforme des retraites est en train de participer à ce développement de la combativité et de la réflexion de notre classe au niveau mondial.
Notre mouvement montre que nous sommes capables de lutter massivement et de faire trembler la bourgeoisie. Déjà, tous les spécialistes et docteurs en politique annoncent qu’il va être très compliqué pour Macron de faire passer de nouvelles réformes et attaques d’ampleur d’ici la fin de son quinquennat.
Pour cacher aux travailleurs des autres pays cette force du mouvement social en France, tous les médias du monde diffusent en boucle les poubelles qui brûlent et les jets de pierre. Ils réduisent volontairement toute la lutte contre la réforme des retraites à une simple émeute destructrice. Mais leurs grossiers mensonges sont de moins en moins crédibles : en Allemagne, les grèves qui se développent affirment ouvertement qu’elles s’inspirent du mouvement en cours en France.
Il y a là l’embryon d’un lien international. D’ailleurs, les personnels du Mobilier national en grève contre la réforme des retraites avaient affirmé, juste avant que la venue du roi d’Angleterre à Versailles ne soit annulée : « Nous sommes solidaires des travailleurs anglais, qui sont en grève depuis des semaines pour l’augmentation des salaires ».
Ce réflexe de solidarité internationale est l’exact opposé du monde capitaliste divisé en nations concurrentes, jusqu’à la guerre ! Ce réflexe de solidarité internationale rappelle le cri de ralliement de notre classe depuis 1848 : « Les prolétaires n’ont pas de patrie ! Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ».
Contre tous les pièges et les mensonges des bourgeoisies et de leurs médias aux ordres, dans tous les pays, c’est à nous de défendre nos méthodes de luttes, c’est à nous de comprendre ce qui fait notre force et notre unité en tant que classe, c’est à nous de tirer les leçons des combats passés pour les luttes actuelles et à venir.
Par exemple, ces derniers jours, les journaux ont indiqué la possibilité d’un « scénario à la CPE » sans dire un seul mot sur ce qui a constitué son cœur et sa force : les assemblées générales. En 2006, le gouvernement avait été contraint de retirer son Contrat Première Embauche qui allait plonger la jeunesse dans une précarité encore plus grande.
À l’époque, la bourgeoisie avait été effrayée par l’ampleur croissante de la contestation, qui commençait à dépasser le seul mouvement de la jeunesse, des étudiants précaires et des jeunes travailleurs, pour s’étendre à d’autres secteurs, avec des mots d’ordre unitaires et solidaires : « jeunes lardons, vieux croûtons, tous la même salade ! » lisait-on sur les pancartes.
Cette capacité à étendre le mouvement était le fruit des débats dans de véritables assemblées générales souveraines et ouvertes. Ces AG étaient le poumon du mouvement et ont constamment cherché, non pas à s’enfermer dans les facs ou sur les lieux de travail dans un esprit de citadelle assiégée, pour les bloquer coûte que coûte, mais à étendre la lutte, avec des délégations massives vers les entreprises voisines et les autres quartiers. Voilà ce qui a fait reculer la bourgeoisie ! Voilà ce qui a fait la force de notre mouvement ! Voilà les leçons que nous devons nous réapproprier aujourd’hui !
La force de notre classe réside dans notre unité, notre conscience de classe, notre capacité à développer notre solidarité et donc à étendre le mouvement à tous les secteurs. C’est l’aiguillon qui doit guider nos luttes.
Dans la lutte, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes ! Ni sur les politiciens, ni sur les syndicats ! C’est la classe ouvrière et sa lutte qui portent une alternative, celle du renversement du capitalisme, celle de la révolution !
Aujourd’hui, il est encore difficile de nous rassembler en assemblées générales, de nous organiser nous-mêmes. C’est pourtant le seul chemin possible. Ces AG doivent être des lieux où nous décidons réellement de la conduite du mouvement. Elles sont le seul endroit pour organiser la réponse à la répression et à la défense de nos moyens de lutte comme ce fut le cas dans les AG du CPE en 2006. Ces AG sont le lieu où nous nous sentons unis et confiants dans notre force collective, où s’expriment la responsabilité et l’engagement de chacun, où nous pouvons adopter ensemble des revendications de plus en plus unificatrices et partir en délégations massives pour rencontrer nos frères et sœurs de classe dans les usines, les hôpitaux, les écoles, les commerces, les administrations les plus proches. C’est l’extension rapide de la lutte à d’autres secteurs qui fera plier le gouvernement.
Aujourd’hui ou demain, les luttes vont se poursuivre, parce que le capitalisme s’enfonce dans la crise et parce que le prolétariat n’a pas d’autre choix. C’est la raison pour laquelle, partout dans le monde, les ouvriers entrent en lutte.
La bourgeoisie va poursuivre ses attaques (économie de guerre, inflation, licenciements, précarité, pénurie), sa répression et ses provocations. Face à cette dégradation des conditions de vie et de travail, la classe ouvrière internationale va reprendre de plus en plus massivement le chemin de la lutte en devant éviter tous les pièges tendus sur son chemin.
Alors, partout où nous le pouvons, dans la rue, après et avant les manifestations, sur les piquets de grève, dans les cafés et sur les lieux de travail, nous devons nous réunir, débattre, tirer les leçons des luttes passées, pour développer nos luttes actuelles et préparer les combats à venir.
L’avenir appartient à la lutte de classe !
Courant Communiste International, 27 mars 2023
Depuis plusieurs jours dans le mouvement contre la réforme des retraites, la bourgeoisie déchaîne sa police sur les manifestants avec une violence rare. Ces provocations ont été le terrain fertile d’affrontements entre de petits groupes de Black-blocs et les forces de répression de l’État qui se sont fortement accentués. Poubelles brûlées, vitrines brisées, parties de bâtiments incendiés… Telles sont les images que les chaînes d’informations diffusent en boucle pour mieux discréditer la lutte.
La violence aveugle et ultra-minoritaire de ces groupes ne participe en rien au développement de la lutte. Bien au contraire, comme nous avons pu le constater à l’issue de la neuvième journée de mobilisation, le 23 mars, elles servent de caution aux forces de répression pour se déchaîner sur les manifestants. Ce climat de terreur perpétré par l’État vise à dissuader une partie des travailleurs de se joindre aux cortèges et à empêcher toute forme de discussions ou de rassemblement à la fin des manifestations.
La violence est une question fondamentale de la lutte révolutionnaire. C’est pourquoi, nous proposons ci-dessous un ensemble d’articles permettant d’approfondir la réflexion sur le sujet :
– Terreur, terrorisme et violence de classe [52]
– Résolution sur [53] : terrorisme, terreur et violence de classe [53]
– Black blocs [54] : des méthodes et une idéologie étrangères au prolétariat [54]
– Manifestation des lycéens à Lyon : des provocations policières pour tenter de pourrir le mouvement [56]
– La répression montre le vrai visage de l’État démocratique! [57]
Links
[1] https://fr.internationalism.org/files/fr/tract_mars_2023-2.pdf
[2] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/interventions
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/greves-aux-royaume-uni
[4] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/reforme-des-retraites
[5] https://fr.internationalism.org/content/10141/greve-masse
[6] https://fr.internationalism.org/rinte27/greve.htm
[7] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/lutte-classe-france
[8] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/greve-masse
[9] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/greve-generale
[10] https://fr.internationalism.org/ri388/journee_internationale_des_femmes_seule_la_societe_communiste_peut_mettre_fin_a_l_oppression_des_femmes.html
[11] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/feminisme
[12] https://fr.internationalism.org/content/11018/bilan-du-mouvement-contre-reforme-des-retraites-lutte-devant-nous
[13] https://fr.internationalism.org/content/10994/royaume-uni-france-allemagne-espagne-mexique-chine-aller-plus-loin-quen-1968
[14] https://fr.internationalism.org/content/10986/face-a-crise-et-a-lausterite-classe-ouvriere-releve-tete-partout-monde
[15] https://fr.internationalism.org/content/10987/france-ailleurs-meme-lutte-meme-combat-classe
[16] https://fr.internationalism.org/content/10988/bourgeoisie-fait-feu-tout-bois-pourrir-lutte
[17] https://fr.internationalism.org/content/10989/dialogue-social-et-democratie-contre-conscience-classe
[18] https://fr.internationalism.org/content/10984/12e-manifestation-contre-reforme-des-retraites-comment-avons-nous-gagne-2006
[19] https://fr.internationalism.org/content/10979/comment-cerner-dynamique-generale-du-combat-proletarien
[20] https://fr.internationalism.org/content/10976/repression-insultes-agressions-sexuelles-gazage-matraquage-il-ne-faut-pas-tomber-piege
[21] https://fr.internationalism.org/content/10977/violences-aveugles-et-minoritaires-des-black-blocs-nont-rien-a-voir-lutte-classe
[22] https://fr.internationalism.org/content/10973/nupes-revolution-permanente-lutte-ouvriere-grandes-manoeuvres-saboter-lutte-ouvriere
[23] https://fr.internationalism.org/content/10970/greves-manifestations-49-3-et-maintenant
[24] https://fr.internationalism.org/content/10962/greve-masse-contre-mythe-greve-generale
[25] https://fr.internationalism.org/content/10968/combativite-et-solidarite-des-proletaires-sexpriment-aussi-grece
[26] https://fr.internationalism.org/content/10963/seule-revolution-communiste-peut-mettre-fin-a-loppression-des-femmes
[27] https://fr.internationalism.org/content/10960/partout-meme-question-comment-developper-lutte-comment-faire-reculer-gouvernements
[28] https://fr.internationalism.org/content/10948/nous-ne-sommes-pas-seuls-a-nous-mobiliser-il-y-a-des-luttes-ouvrieres-nombreux-pays
[29] https://fr.internationalism.org/content/10928/the-spectator-et-gaulois-refractaires
[30] https://fr.internationalism.org/content/10925/etre-nombreux-ne-suffit-pas-il-faut-aussi-prendre-nos-luttes-mains
[31] https://fr.internationalism.org/content/10908/comment-developper-mouvement-massif-uni-et-solidaire
[32] https://fr.internationalism.org/content/10918/greves-au-royaume-uni-retour-combativite-du-proletariat-mondial
[33] https://fr.internationalism.org/content/10917/mobilisation-contre-reforme-des-retraites-france-comment-resister-aux-attaques-et
[34] https://fr.internationalism.org/content/10954/peut-on-faire-reculer-bourgeoisie-bloquant-leconomie
[35] https://fr.internationalism.org/content/10875/lutte-ouvriere-et-revolution-permanente-deux-artisans-du-sabotage-des-luttes
[36] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/lutte-classe-monde-2022-2023
[37] https://fr.internationalism.org/files/fr/tract_20.03.2023_bat.pdf
[38] https://en.internationalistvoice.org/the-continuation-of-the-protests-labour-strikes-and-general-strike/
[39] https://fr.internationalism.org/files/fr/ri_59.pdf
[40] https://www.leftcom.org/fr/articles/2022-11-01/voix-ouvrières-et-révoltes-en-iran
[41] http://www.leftcom.org/en/articles/2022-11-02/iran-imperialist-rivalries-and-the-protest-movement-of-woman-life-freedom
[42] https://fr.internationalism.org/en/tag/geographique/iran
[43] https://fr.internationalism.org/content/10503/elections-contre-proletariat
[44] https://fr.internationalism.org/ri401/que_veut_le_npa_reforme_ou_revolution.html
[45] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/lfi
[46] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/revolution-permanente
[47] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/nupes
[48] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/lutte-ouvriere
[49] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/trotskysme
[50] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/courrier-des-lecteurs
[51] https://fr.internationalism.org/files/fr/tract_27.3.23.pdf
[52] https://fr.internationalism.org/french/rint/14-terrorisme
[53] https://fr.internationalism.org/french/rint/15_reso_terrorisme
[54] https://fr.internationalism.org/content/9902/black-blocs-des-methodes-et-ideologie-etrangeres-au-proletariat
[55] https://fr.internationalism.org/icconline/2008/courrier_de_lecteur_la_violence_des_jeunes_emeutiers_est_elle_plus_radicale_que_celle_des_etudiants_contre_le_cpe
[56] https://fr.internationalism.org/ri397/manifestation_des_lyceens_a_lyon_des_provocations_policieres_pour_tenter_de_pourrir_le_mouvement.html
[57] https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201607/9419/repression-montre-vrai-visage-l-etat-democratique