Chine, maillon de l'impérialisme mondial, III

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LE MAOISME, UN REJETON MONSTRUEUX DU CAPITALISME DECADENT

Après avoir ébauché l'histoire de la révolu­tion prolétarienne en Chine (1919-1927) et l'avoir clairement distinguée de la période de contre-révolution et de guerre impérialiste qui lui succéda (1927-1949) [1], après avoir mis en évidence que la soi-disant « révolution populaire chinoise » construite sur la défaite de la classe ouvrière ne fut jamais qu'une mystification de la bourgeoi­sie pour embrigader les masses paysannes chinoises dans la guerre impérialiste, il nous reste à présent à mettre en évidence les aspects centraux de cette mystification : Mao Zedong lui-même en tant que « leader révo­lutionnaire » et le maoïsme en tant que théorie révolutionnaire qui, de plus, prétend être un « développement » du marxisme. Dans cet article, nous nous proposons de montrer ce que le maoïsme n'a jamais cessé d'être, c'est-à-dire un courant idéologique et politique bourgeois issu des entrailles du capitalisme décadent.

Contre-révolution et guerre impérialiste : les accoucheuses du maoïsme

Le courant politique de Mao Zedong au sein du Parti communiste de Chine (PCCh) n'ap­paraît que dans les années 1930, en pleine période de contre-révolution et alors que le PCCh a été d'abord défait, physiquement décimé puis devenu un organe du capital. Mao constitua une des nombreuses coteries qui pullulèrent alors pour se disputer le con­trôle du parti et qui ne faisaient que révéler sa dégénérescence. C'est dire déjà que, dès ses origines, le maoïsme n'a rien à voir avec la révolution prolétarienne, si ce n'est qu'il a germé au coeur même de la contre-révolu­tion qui écrasa celle-ci.

Par ailleurs, Mao Zedong ne prit le contrôle du PCCh qu'en 1945, date à partir de la­quelle le « maoïsme » devint sa « doctrine » officielle, après avoir liquidé une autre co­terie jusqu'alors dominante, celle de Wang Ming et alors que le PCCh participait plei­nement aux sinistres jeux de la guerre mondiale impérialiste. Dans ce sens, l'as­cension de la bande de Mao Zedong est le produit direct de sa complicité avec les grands brigands impérialistes.

Tout ceci semblera très surprenant à quel­qu'un qui ne connaîtrait l'histoire de la Chine au 20e siècle qu'à travers les « oeuvres » de Mao ou qui n'aurait lu que les manuels d'his­toire bourgeois. Il faut dire que Mao Zedong a poussé à un tel niveau l'art de falsifier l'histoire de la Chine et du PCCh (il a béné­ficié de l'expérience du stalinisme et des bandes qui l'avaient précédé au pouvoir dès 1928) que le simple fait aujourd'hui d'expo­ser les événements tels qu'ils se sont dérou­lés semble être de l'affabulation.

Cette immense falsification se fonde sur le caractère bourgeois et profondément réac­tionnaire de l'idéologie de Mao Zedong. En réécrivant l'histoire afin d'apparaître aux yeux du monde comme le leader infaillible et éternel du PCCh, Mao Zedong était bien sûr motivé par l'ambition de renforcer son propre pouvoir politique ; mais les intérêts fondamentaux de la bourgeoisie s'y retrou­vaient également dans la mesure où il était indispensable, à long terme, d'effacer pour toujours, si possible, les leçons historiques que le prolétariat avait pu tirer de son expé­rience au cours des années 1920, et parce qu'à court terme, il fallait à tout prix pousser les masses ouvrières et paysannes à partici­per à la boucherie impérialiste. Ces deux objectifs ont été parfaitement remplis par le maoïsme.

La participation de Mao Zedong à la liquidation du parti prolétarien

Le tissu de mensonges qui habille la légende de Mao Zedong commence déjà par le voile pudique jeté sur ses obscures origines poli­tiques. Les historiens maoïstes ont beau répéter à satiété que Mao fut un des « fondateurs » du PCCh, ils n'en sont cepen­dant pas moins extrêmement discrets sur son activité politique tout au long de la période ascendante des luttes de la classe ouvrière. Ils devraient avouer que Mao faisait partie de l'aile opportuniste du PCCh, celle qui suivait aveuglément toutes les orientations du Comité exécutif de l'Internationale com­muniste en pleine dégénérescence. Plus précisément, ils devraient aussi avouer que Mao faisait partie du groupe du PCCh qui entra au Comité exécutif du Guomindang, le Parti national populaire de la grande bour­geoisie chinoise, en 1924, sous le prétexte pour le moins fallacieux que celui-ci n'aurait pas été un parti bourgeois mais un « front de classe ».

En mars 1927, à la veille de l'écrasement sanglant de l'insurrection de Shangaï par les troupes du Guomindang, alors que l'aile ré­volutionnaire du PCCh exigeait désespéré­ment la rupture de l'alliance avec ce dernier, Mao Zedong chantait à l'unisson avec le choeur des opportunistes les louanges du boucher Tchang kaï-chek et se revendiquait des actions du Guomindang [2].

Peu après, Qu Qiubai, un des compagnons au Guomindang de Mao Zedong, fut nommé dirigeant du PCCh sous la pression des sbi­res de Staline récemment dépêchés en Chine. Sa mission essentielle était de faire porter toute la responsabilité de l'écrasement de l'insurrection prolétarienne sur le dos de Chen Duxiu - qui allait sympathiser avec l'Opposition de gauche de Trotsky et sym­bolisait un des courants qui luttaient contre les décisions opportunistes de l'IC [3] en l'accusant d'avoir sombré dans l'opportu­nisme et sous-estimé le mouvement paysan ! Le corollaire de cette politique fut la série d'aventures désastreuses, à laquelle Mao Zedong participa activement tout au long de la seconde moitié de l'année 1927, qui ne fit qu'accélérer la dispersion et l'anéantissement du PCCh.

Si l'on en croit l'histoire revue et corrigée par Mao en 1945, il aurait critiqué la « dérive opportuniste de gauche » défendue par Qu Qiubai. La vérité est que Mao Zedong fut un des fidèles partisans de cette politique, comme le révèle son Rapport sur Hunan dans lequel il prédit sans sourciller « le soulèvement impétueux de centaines de mil­lions de paysans ». Cette prédiction se con­crétisa par la « Révolte de la récolte d'au­tomne », un des fiascos les plus significatifs de la politique « insurrectionniste » de Qu Qiubai. La classe ouvrière avait été écrasée et, avec elle, avait disparu toute possibilité de révolution victorieuse ; dans ces condi­tions, toute tentative de soulever la paysan­nerie ne pouvait être que criminelle et n'aboutir qu'à de nouveaux massacres. C'est ainsi que le fameux « soulèvement impé­tueux de centaines de millions de paysans » à Hunan se réduisit en fait à la grotesque et sanglante aventure de quelques cinq mille paysans et lumpens dirigés par Mao, qui s'acheva par la débandade des survivants vers les montagnes et la mise à l'écart de leur chef du Bureau politique du Parti.

Voila comment, pendant la période de révo­lution prolétarienne, Mao Zedong participa à la politique de l'aile opportuniste du PCCh, contribuant activement à la défaite de la classe ouvrière et à l'anéantissement du Parti communiste en tant qu'organisation du prolé­tariat.

La conversion du PCCh en parti bourgeois et la création de la bande de Mao

Nous avons examiné dans les articles précé­dents comment le Parti communiste de Chine fut exterminé physiquement et politi­quement par l'action conjuguée de la réac­tion chinoise et du stalinisme. A partir de 1928, les ouvriers cessèrent de militer en masse en son sein. Alors commença à se constituer la fameuse Armée rouge avec l'embrigadement croissant de la paysannerie et du lumpen-prolétariat, quand le parti n'avait plus de communiste que le nom. Dans le PCCh commencèrent alors à émer­ger les éléments qui, dès le début, avaient été les plus éloignés de la classe ouvrière et bien sûr les plus proches du Guomindang. Le parti grossissait de l'adhésion de toutes sortes de déchets réactionnaires qui allaient des staliniens endoctrinés en URSS jusqu'à des généraux du Guomindang, en passant par des seigneurs de la guerre en recherche de territoire, des intellectuels patriotes et même des féodaux « éclairés » et des grands bourgeois. Au sein de ce nouveau PCCh, cette pléthore de canailles se livra une guerre à mort pour prendre le contrôle du parti et de l'Armée rouge.

Comme pour tous les partis de l'Internationale communiste, la contre-révo­lution se manifesta par la dégénérescence du PCCh et sa conversion en instrument du capital. Elle fit en outre de ces partis une terrible source de mystification pour l'en­semble de la classe ouvrière et de dévoie­ment de questions fondamentales comme celle de l'organisation révolutionnaire, de sa fonction et de son fonctionnement interne. Les idéologues officiels de la bourgeoisie n'ont fait que répercuter et amplifier ce tra­vail de mystification. C'est ainsi que les his­toriens officiels présentent le PCCh de 1928 à nos jours comme un modèle de parti com­muniste : pour les défenseurs de la démo­cratie occidentale, les guerres de cliques au sein du PCCh sont la preuve du comporte­ment pour le moins douteux des communis­tes et de la non validité du marxisme ; pour les défenseurs inconditionnels du maoïsme ces mêmes guerres de cliques correspondent à des luttes pour la défense de « la ligne politiquement correcte du génial président Mao ». Ces deux catégories d'idéologues, apparemment opposés, se partagent en fait le travail pour pousser dans le même sens, à savoir l'identification fallacieuse des organi­sations révolutionnaires du prolétariat avec leur contraire absolu : les organisations bourgeoises enfantées par la décadence du capitalisme et la contre-révolution bour­geoise. Ce qui reste certain, c'est que Mao Zedong ne pouvait développer toutes ses « potentialités » que dans le cadre putréfié d'un PCCh devenu bourgeois. Déjà lors de sa retraite « mythique » dans les montagnes de Xikang _- fuite désastreuse s'il en fut -, Mao s'était essayé aux pratiques de gang­sters qui allaient lui servir pour contrôler le parti et l'armée. Il commença par pactiser avec les chefs de bandes qui contrôlaient la région pour les éliminer ensuite et s'assurer le contrôle complet de celle-ci. C'est à cette époque que naquit la bande de Mao, par son alliance avec celui qui sera son inséparable compagnon, Zhu De, un général ennemi de Tchang kaï-chek. Mao savait ramper devant des rivaux mieux placés, du moins tant qu'il n'avait pu les supplanter dans la hiérarchie du parti. Lorsque Qu Qiubai fut remplacé par Li Lisan, Mao prit parti pour la « ligne politique » de ce dernier qui, en fait, n'était rien d'autre que la poursuite de la politique « putschiste » de son prédécesseur. L'histoire réécrite par Mao nous enseigne qu'il s'op­posa à son tour rapidement à Li Lisan. En réalité, il participa pleinement à une des tentatives désastreuses impulsées par l'IC de la « troisième période », par Boukharine (Lettre de l'IC d'octobre 1929) et par Li Lisan dès 1930, de faire « prendre les vil­les » par les guérilleros paysans.

A partir de 1930, Mao Zedong changea à nouveau son fusil d'épaule quand la coterie menée par Wang Ming - qui s'appelait « les étudiants de retour » (de retour de Russie) ou les « 28 bolcheviks » et qui, pendant deux ans, avaient été formés à Moscou - commença un nettoyage dans le Parti pour en prendre les rênes et destitua Li Lisan. A cette époque eut lieu le très obscur « incident de Fujian » : Mao Zedong réalisa une expédition punitive de grande envergure contre les membres du PCCh qui contrô­laient la région de Fujian qui étaient accu­sés, selon les versions, tantôt d'être des la­quais de Li Lisan, tantôt de faire partie d'une Ligue antibolchevique ou encore d'être membres du Parti socialiste. Les faits ne furent à peu près dévoilés que des années après la mort de Mao. En 1982, une revue chinoise faisait état du fait que « les purges dans le Fujian occidental, qui durèrent qua­torze mois et se concrétisèrent par des massacres dans toute la zone soviétique, commencèrent en décembre 1930 avec les incidents de Fujian. Un grand nombre de dirigeants et de militants du Parti furent accusés d'être membres du Parti socialiste et exécutés. On estime à quatre ou cinq mille le nombre des victimes. De fait, il n'y avait pas trace d'un quelconque Parti so­cial-démocrate dans cette région... » [4]

C'est au prix de cette purge que Mao Zedong parvint à revenir en partie dans les bonnes grâces de la bande des « étudiants de re­tour » car, bien qu'il ait lui-même été accusé d'avoir suivi la ligne de Li Lisan et d'avoir commis des excès à Fujian, il ne fut ni li­quidé ni déporté comme bien d'autres. Et s'il fût déposé de son commandement militaire, il n'en devint pas moins en compensation « Président des soviets » au cours de ce qui fut pompeusement nommé le Premier con­grès des soviets en Chine à la fin de 1931 ; c'était un rôle « administratif », à la botte de la bande de Wang Ming.

A partir de là, Mao va chercher à la fois à renforcer sa propre bande et à tenter de diviser la clique dominante des « étudiants de retour ». Mais il resta dans un premier temps à la botte de celle-ci comme le dé­montre le fait qu'en 1933 l'alliance qu'il pro­posa avec le « Gouvernement de Fujian » (composé de généraux qui s'étaient rebellés contre Tchang kaï-chek) fut rejetée par Wang Ming, qui ne voulait pas porter pré­judice aux traités existants entre l'URSS et Tchang kaï-chek. Mao dut se rétracter pu­bliquement et accuser ce « gouvernement » de « tromper le peuple » [5]. Cela démontre aussi le fait que, bien qu'il fut nommé Président en 1934, c'était en réalité Chang Wen-tian, membre de la bande des « étudiants de retour » et premier ministre des « soviets », qui était le véritable homme fort du parti.

Dans la Longue marche avec la bande stalinienne

La légende de la « Révolution populaire chi­noise » a toujours présenté la Longue mar­che comme la plus grande épopée « anti-im­périaliste » et « révolutionnaire » de l'his­toire. Nous avons déjà souligné que le véri­table objectif de celle-ci était de transformer les guérillas paysannes, éparpillées dans une dizaine de régions du pays et plutôt orien­tées vers la lutte contre les grands proprié­taires, en armée régulière et centralisée capable de livrer une guerre de positions; et cela dans le but d'en faire un instrument de la politique impérialiste chinoise. La lé­gende nous raconte aussi que la Longue marche fut inspirée et dirigée par le Président Mao. Ce n'est pas tout à fait exact. Tout d'abord, Mao Zedong était malade et isolé politiquement par la bande de Wang durant toute la période de préparation et de mise en place de la Longue marche, dans l'incapacité « d'inspirer » quoi que ce soit. Ensuite, elle ne put être « dirigée » par qui­conque, pas même Mao, tout simplement parce qu'il n'existait pas alors d'état-major centralisé de l'« Armée rouge » (sa constitu­tion était d'ailleurs le but poursuivi par cette campagne), qu'elle n'était alors constituée que d'une dizaine de régiments isolés les uns des autres, sous des commandements plus ou moins indépendants. A cette époque, le seul élément de cohésion du PCCh et de l'« Armée rouge » était donné par la politi­que impérialiste de l'URSS, représentée par les « étudiants de retour ». Ceux-ci n'avaient de force que celle que leur procurait l'appui politique, diplomatique et militaire du ré­gime de Staline. Et la légende nous « apprend » enfin que ce fut pendant la Longue marche que la « ligne correcte » de Mao Zedong l'emporta sur les « lignes incor­rectes » de Wang Ming et de Zhang Kouo-t'ao. La vérité est qu'à ce moment-là la con­centration de forces militaires aiguisa les rivalités au sommet pour la conquête du commandement central de l'« Armée rouge ». Mais il faut dire aussi, dans le res­pect de cette vérité, que, si Mao monta de quelques échelons au cours de ces luttes sordides, il le fit à l'ombre de la bande de Wang. Il faut d'ailleurs signaler deux anec­dotes à ce sujet.

La première concerne la réunion de Zunyi en janvier 1935. Les maoïstes n'hésitent pas à la qualifier d'« historique » parce qu'il paraî­trait que Mao y prit le commandement de l'« Armée rouge ». Cette réunion ne fut en réalité qu'une conspiration (montée par les diverses bandes du détachement dans lequel voyageait Mao) au cours de laquelle Chang Wentian (un des « étudiants de retour ») fut nommé secrétaire du parti tandis que Mao reprenait les fonctions qu'il occupait avant sa destitution du Comité militaire. Ces nomi­nations furent remises en cause peu après par une partie importante du parti, car la réunion de Zunyi n'avait pas valeur de Congrès ; elles seront une des causes de la scission du PCCh.

La seconde anecdote concerne les événe­ments de la région du Sichuan, quelques mois plus tard. Plusieurs régiments de l'« Armée rouge » s'y étaient concentrés. C'est alors que Mao, soutenu par la bande des « étudiants de retour », tenta de prendre le commandement de l'ensemble de ces forces. Zhang Kuo-tao, vieux membre du PCCh – qui avait été au commandement d'une « base rouge » et qui dirigeait alors un régiment plus puissant que celui de Mao et Chang Wentian – s'opposa à cette nomina­tion. Cela provoqua une querelle très vio­lente qui s'acheva par une scission dans le parti et dans l'armée, qui se retrouvèrent dirigés par deux Comités centraux. Zhang garda sa position dans la région du Sichuan avec la majeure partie des forces qui y étaient concentrées. Et même des compa­gnons de Mao comme Liu Bocheng et le fidèle Zhu De (qui le suivait pourtant comme son ombre depuis la débandade du Xikang après 1927) passèrent du côté de Zhang Kouo-t'ao. Mao Zedong et Chang Wentian, à la tête de ce qui restait de leur propre régiment, quittèrent précipitamment la région et se réfugièrent dans la « base rouge » de Yan'an qui était le point de con­centration définitif des régiments de l'« Armée rouge ».

Les forces demeurées au Sichuan restèrent isolées et furent peu à peu décimées, ce qui obligea les rescapés à rejoindre à leur tour Yan'an. Le destin de Zhang Kouo-t'ao était alors scellé : il fut immédiatement destitué de ses fonctions et il passa au Guomindang en 1938. C'est de ces événements qu'est née la légende maoïste du « combat contre le traître Zhang Kouo-t'ao ». A dire vrai, Zhang Kouo-t'ao n'avait pas le choix : s'il voulait sauver sa peau et échapper aux purges lan­cées par Mao à Shaanxi, il devait trouver l'appui de l'autre parti de la bourgeoisie. Mais il n'y avait pas la moindre différence de classe entre Mao et Zhang Kouo-t'ao, comme il n'y en avait aucune entre le PCCh et le Guomindang.

Il faut aussi signaler que c'est précisément au cours de cette période de concentration militaire à Sichuan que fut publié, faisant écho à la politique impérialiste de l'URSS proclamée par le 7e Congrès de l'internatio­nale stalinienne en 1935, l'appel au front unique national contre le Japon, c'est-à-dire l'appel aux exploités pour qu'ils se mettent au service des intérêts de leurs exploiteurs. Le PCCh ne fait pas que réaffirmer sa nature bourgeoise par cet acte, il se signale parti­culièrement comme le principal fournisseur de chair à canon pour la guerre impérialiste.

Le contrôle de Yan'an et l'alliance avec le Guomindang

C'est à Yan'an, entre 1936 et 1945, pendant la guerre contre le Japon, que Mao Zedong s'attaqua au contrôle du PCCh et de l'« Armée rouge », en déployant toute une panoplie de ruses, de manoeuvres et en organisant des purges. On peut distinguer trois phases dans cette guerre clanique de Yan'an qui marque l'ascension de Mao : celle de l'élimination du groupe fondateur de la base de Yan'an, celle de la consolidation de la bande de Mao et celle des premiers affrontements ouverts contre la bande de Wang Ming qui se conclut par l'élimination de cette dernière.

Le maoïsme glorifie l'expansion de l'« Armée rouge » dans la région de Shaanxi en tant que produit de la lutte révolution­naire des paysans. Nous avons déjà montré comment cette expansion se basait tant sur les méthodes d'embrigadement des paysans adoptées par le PCCh (alliance interclas­siste, dans laquelle les paysans obtenaient une réduction d'impôt – assez modeste pour qu'elle soit acceptée par les grands proprié­taires – en échange de leur mobilisation dans la boucherie impérialiste), que sur l'al­liance avec les seigneurs de la guerre régio­naux et le Guomindang lui-même. Les évé­nements de 1936 sont assez révélateurs de cet aspect et ils montrent aussi comment fut liquidée l'ancienne direction de Yan'an.

Lorsque le régiment de Mao Zedong et de Chang Wentian parvint à Yan'an en octobre 1935, la région était déjà en proie aux luttes de factions : Liu Shidan, fondateur et diri­geant de la base depuis le début des années 1930, avait été victime des purges, torturé et emprisonné. Il reçut immédiatement l'appui et le soutien du régiment nouvellement arri­vé et fut libéré, en échange bien sûr de sa subordination à Mao et à Chang Wentian.

Les troupes de Liu Shidan reçurent l'ordre au début de 1936 de lancer une expédition vers l'Est, vers Shansi, pour affronter un sei­gneur de la guerre (Yan Jishan) et les trou­pes du Guomindang qui lui prêtaient main-forte. L'expédition fut défaite et Liu Shidan y perdit la vie. Une autre expédition fut dé­cidée vers l'Ouest qui connût le même sort. Ce sont ces événements, et en particulier la mort de Liu Shidan, qui permirent à Mao et à Chang Wentian de prendre le contrôle de la base de Shidan. Ce n'est pas sans rappeler la méthode qu'avait utilisé Mao pour prendre le contrôle des montagnes du Jinggang quel­ques années auparavant : il s'était tout d'abord allié avec les chefs de cette zone, mais leur prétendue « disparition malheu­reuse » permit à Mao de garder seul le commandement.

Tandis que les expéditions vers l'Est et vers l'Ouest étaient défaites, Mao établissait une alliance avec un autre seigneur de la guerre. La région de Sian, au Sud de Yan'an, était contrôlée par le soudard Yang Hucheng qui avait donné asile au gouverneur de Mandchourie Zhang Xueliang et à ses régi­ments après leur défaite contre le Japon. Mao entra en contact avec Yang Hucheng dès décembre 1935 et ils établirent quelques mois plus tard un pacte de non-agression. C'est sur la base de ce pacte qu'eut lieu « l'incident de Sian » que nous avons com­menté dans la Revue internationale n° 84 : Tchang kaï-chek fut fait prisonnier par Yang Hucheng et Zhang Xueliang, qui voulaient le faire passer devant un tribunal pour sa collaboration avec les japonais. Mais sous la pression de Staline, sa capture ne servit qu'à négocier une nouvelle alliance entre le PCCh et le Guomindang.

Les maoïstes ont bien sûr tenté de faire pas­ser les alliances du PCCh avec les « chefs de guerre » et avec le bourreau de Shangaï – alliances auxquelles participa directement Mao – pour une habile manoeuvre destinée à profiter des divisions existant dans les classes dominantes. Il est vrai que la bour­geoisie traditionnelle, les grands propriétai­res et les militaires étaient divisés, mais non parce qu'ils auraient eu des intérêts de classe différents, ni même parce que certains au­raient été progressistes et d'autres réaction­naires ou, comme le disait Mao, parce que certains étaient « sensés » et pas les autres. Leur division était basée sur la défense d'in­térêts particuliers, les uns voyant d'un bon oeil l'unité de la Chine sous le contrôle du Japon parce que celui-ci leur permettait de garder ou d'obtenir un pouvoir régional, alors que les autres, qui avaient été dépla­cés, comme le seigneur de Mandchourie, cherchaient des appuis auprès des puissan­ces ennemies du Japon.

Dans ce sens, l'alliance entre le PCCh et le Guomindang revêtait clairement un carac­tère bourgeois, impérialiste, allant jusqu'à se concrétiser par un pacte d'aide militaire de l'URSS à l'armée de Tchang kaï-chek – incluant la fourniture de centaines d'avions chasseurs et bombardiers et d'un convoi de deux cent camions – qui fut la principale source d'approvisionnement du Guomindang jusqu'en 1941. Parallèlement était établie une zone propre pour le PCCh, la mythique Shaanxi-Gansu-Ningxia, qui trouva son pendant dans l'intégration des principaux régiments de l'« Armée rouge » (le Huitième et le Quatrième régiments) dans la propre armée de Tchang kaï-chek et dans la partici­pation d'une commission du PCCh dans le gouvernement du Guomindang.

Au niveau de la vie interne du PCCh, il faut signaler que les membres de la commission aux négociations et ensuite au gouvernement de Tchang représentaient tant les « étudiants de retour » (Po Ku et Wang Ming lui-même) que la bande à Mao (Zhou Enlai), ce qui confirme que Mao n'avait pas encore le contrôle du parti et de l'armée et qu'il se maintenait encore du côté des sbires décla­rés de Staline, du moins en apparence.

La défaite de Wang Ming et le flirt avec les Etats-Unis

L'antagonisme entre Mao et les « étudiants de retour » se manifesta pour la première fois en octobre 1938, pendant le plénum du Comité central du PCCh. Mao profita du fiasco de la défense de Wuhan (siège du gouvernement du Guomindang attaqué par les japonais), dont Wang Ming avait la res­ponsabilité, pour remettre en question l'au­torité de celui-ci sur le Parti. Il dut cepen­dant accepter la nomination de Chang Wentian comme Secrétaire général et atten­dre deux ans encore pour lancer son attaque définitive contre Wang Ming quand la guerre impérialiste permit de retourner la situation contre la bandes des « étudiants de retour ».

L'armée allemande envahit en effet l'URSS en 1941; et pour éviter d'ouvrir un nouveau front de guerre sur ses arrières, Staline opta pour la signature d'un pacte de non agression avec le Japon. La conséquence immédiate en fut la fin de l'aide militaire de l'URSS au Guomindang mais aussi, de ce fait, la para­lysie de la fraction stalinienne de Wang Ming dans le PCCh et sa chute, celle-ci étant mise en demeure de « collaborer avec l'ennemi » japonais. Décembre fut marqué par l'attaque contre Pearl-Harbour et l'entrée en guerre des Etats-Unis contre le Japon pour le contrôle du Pacifique. Ces événe­ments provoquèrent un grand mouvement du Guomindang et du PCCh vers les Etats-Unis, en particulier de la part de la bande de Mao.

Mao se jeta alors avec force contre la bande des « étudiants de retour » et leurs acolytes. Tel est le sens de la fameuse « campagne de rectification », campagne punitive qui dura de 1942 à 1945. Mao commença donc par s'en prendre aux dirigeants du parti, en par­ticulier aux « étudiants de retour », en les traitant de « dogmatiques incapables d'ap­pliquer le marxisme en Chine ». Profitant des rivalités existantes au sein de la bande de Wang, Mao parvint à retourner certains de ses membres, comme Liu Chaichi à qui il donna le poste de Secrétaire général du parti ou Kang Cheng qui devint l'inquisiteur char­gé des « sales besognes », rôle qui avait auparavant été celui de Mao en 1930 à Fujian.

Toute la presse de la bande de Wang fut suspendue et seule la presse sous le contrôle de Mao fut dès lors autorisée. La bande de Mao prenait ainsi le contrôle des écoles du parti et des lectures des militants. La « purge » se renforça, donnant lieu à des arrestations et des persécutions qui s'étendi­rent à partir de Yan'an à tout le parti et à l'armée. Les « convaincus » (comme Chou Enlai) restèrent subordonnés à Mao. Les « récalcitrants » étaient, quant à eux, expé­diés dans les zones de combat où ils tom­baient inévitablement entre les mains des japonais quand ils n'étaient pas purement et simplement éliminés.

La « purge » atteint son apogée en 1943, coïncidant avec la dissolution officielle de la Troisième internationale et la médiation des Etats-Unis entre le Guomindang et le PCCh. Le nombre de personnes liquidées pendant la purge aurait atteint le nombre de cin­quante à soixante mille. Les plus éminents membres des « étudiants de retour » étaient éliminés : Chang Wentian fut expulsé de Yan'an, Wang Ming survécut de justesse à un empoisonnement, Po Ku mourut mysté­rieusement en 1946 dans un « accident d'avion »...

La « campagne de rectification » correspond, dans le cadre de la guerre impérialiste, au virage qu'a fait le PCCh vers les Etats-Unis. Nous avons déjà abordé cet aspect dans la Revue internationale n° 84. Il faut juste préciser que c'est précisément Mao et sa bande qui impulsèrent ce virage, comme on peut le constater dans la correspondance de la mission officielle américaine à Yan'an à cette époque [6]. Et ce n'est pas un hasard si le combat contre la bande stalinienne cor­respond au rapprochement avec les Etats-Unis. Cela n'a évidemment pas fait de Mao un traître au « camp communiste » comme le prétendront plus tard Wang Ming et la cli­que gouvernant en Russie. Cela montre uni­quement la nature bourgeoise de sa politi­que. Pour Tchang kaï-chek, comme pour toute la bourgeoisie chinoise Mao inclus, les chances de survie dépendaient de leur capa­cité à calculer froidement quelle puissance impérialiste il valait mieux servir, l'URSS ou les Etats-Unis.

Ce n'est pas non plus un hasard si le ton de la « rectification » est devenu plus modéré quand les probabilités de victoire de l'URSS en Allemagne se sont confirmées. La purge s'acheva « officiellement » en avril 1945, deux mois après la signature du Traité de Yalta dans lequel, entre autres, les puissan­ces impérialistes « alliées » décidèrent que la Russie devait déclarer la guerre au Japon, précisément quand elle se disposait à enva­hir le Nord de la Chine. Voilà pourquoi le PCCh dut se tenir sous les ordres de l'URSS. Le retour temporaire de Mao dans le sérail de Staline ne se fit pas de son plein gré mais du fait de la nouvelle répartition impérialiste du monde entre les grandes puissances.

Le résultat final de la « rectification » n'en fut pas moins la prise de contrôle du PCCh et de l'armée par Mao et sa bande. Il créa pour lui-même le titre du Président du parti et proclama que le maoïsme, « la pensée de Mao Zedong », était « le marxisme appliqué en Chine ». Dès lors, les maoïstes recourront à la légende pour expliquer que Mao était parvenu au commandement suprême grâce à son génie théorique et stratégique, grâce à son combat contre les « lignes incorrectes ». C'est un pur mensonge ! A les en croire, Mao aurait été le fondateur de l'« Armée rouge », il aurait mis au point la réforme agraire, dirigé triomphalement la Longue Marche, mis en place les bases rouges etc. Voilà comment l'arriviste sournois et rusé Mao Zedong se fit passer pour un messie.

Le maoïsme : une arme idéologique du capital

Le maoïsme s'imposa donc comme « théorie », pendant la guerre impérialiste mondiale, dans un parti qui appartenait déjà à la bourgeoisie bien qu'il continuât à se dire communiste. Le maoïsme cherchait, à ses débuts, à justifier et à consolider la main mise de Mao Zedong et de sa bande sur tous les rouages du parti. Il devait aussi justifier la participation du parti à la guerre impéria­liste, aux côtés du Guomindang, de la no­blesse, des « chefs de guerre », de la grande bourgeoisie et enfin de l'ensemble des puis­sances impérialistes. Il fallait pour cela oc­culter les véritables origines du PCCh, de sorte que le maoïsme ne put se contenter de donner une « interprétation » particulière de la guerre clanique au sein du parti, il dut en outre déformer complètement l'histoire de celui-ci ainsi que celle de la lutte de classe. La défaite de la révolution prolétarienne et la dégénérescence du parti communiste de Chine furent soigneusement effacées; et la nouvelle identité du PCCh en tant qu'ins­trument du capital trouva sa justification « théorique » dans le maoïsme.

Sur cette base de falsification, le maoïsme montra ses capacités à être un instrument de plus de la propagande idéologique de la bourgeoisie utilisé pour mobiliser les tra­vailleurs, et principalement les masses pay­sannes, sous les drapeaux patriotiques de la boucherie impérialiste. Enfin, quand le PCCh pris définitivement le pouvoir, le maoïsme devint la « théorie » officielle de « l'Etat populaire » chinois, c'est-à-dire de la forme de capitalisme d'Etat qui s'instaura en Chine.

Pour le reste, bien qu'elle fasse vaguement référence à un langage pseudo marxiste, la « pensée de Mao Zedong » ne peut cacher que ses sources se trouvent dans le camp de la bourgeoisie. Lorsqu'il participait à la coa­lition entre le Guomindang et le PCCh, Mao considérait déjà que la lutte de la paysanne­rie devait se plier aux intérêts de la bour­geoisie nationale, représentée par Sun Yat-sen : « Défaire les forces féodales est le véritable objectif de la révolution nationale (...) Les paysans ont compris ce que voulait mais ne put réaliser le Dr Sun Yat-sen du­rant les quarante années qu'il consacra à la révolution nationale » [7]. Les références aux principes de Sun Yat-sen resteront d'ailleurs au centre de la propagande maoïste pour embrigader les paysans dans la guerre impérialiste : « En ce qui concerne le Parti communiste, toute la politique qu'il a suivie ces dix dernières années correspondent fondamentalement à l'esprit révolutionnaire des Trois principes du peuple et des Trois grandes politiques du Dr Sun Yat-sen » [8]. « Notre propagande doit se faire en con­formité avec ce programme : réaliser le Testament du Dr Sun Yat-sen en réveillant les masses à la résistance contre le Japon » [9].

Dans le premier article de cette série, nous avons déjà mis au clair qu'au cours des « quarante années qu'il consacra à la révolu­tion nationale », Sun Yat-sen n'eut de cesse de trouver des alliances avec les grandes puissances impérialistes, y compris le Japon, que son « nationalisme révolutionnaire » n'était qu'une vaste mystification derrière la­quelle se cachaient les intérêts impérialistes de la bourgeoisie chinoise, et ceci dès la « révolution » de 1911. Le maoïsme se borna à s'approprier cette mystification, c'est-à-dire à se mettre au diapason des vieilles campa­gnes idéologiques de la bourgeoisie chi­noise.

Par ailleurs, la « pensée géniale de Mao Zedong » n'est, en grande partie, qu'un vul­gaire plagiat des grossiers manuels stali­niens officiels de cette époque. Mao adule Staline dont il fait un « grand continuateur du marxisme », ne serait-ce que pour re­prendre à son compte la falsification éhontée du marxisme menée à terme par Staline et ses sbires. La soi-disant application du marxisme aux conditions de la Chine faite par le maoïsme n'est rien de plus que l'appli­cation des thèmes idéologiques de la contre-révolution stalinienne.

Une complète falsification du marxisme

Nous allons passer en revue quelques-uns des aspects essentiels de la prétendue appli­cation du marxisme revue et corrigée par « la pensée Mao Zedong ».

Sur la révolution prolétarienne

Etudier l'histoire de la Chine en se basant sur l'oeuvre de Mao Zedong ne permettra jamais à quiconque de savoir que la vague révolutionnaire prolétarienne mondiale dé­clenchée en 1917 eut des répercussions dans ce pays. Le maoïsme (et donc l'histoire offi­cielle qu'elle soit ou non maoïste) a enterré corps et biens l'histoire de la révolution prolétarienne en Chine.

Quand Mao mentionne le mouvement ou­vrier, ce n'est jamais que pour l'inclure dans la prétendue « révolution bourgeoise » : « La révolution de 1924-27 se fit grâce à la col­laboration des deux partis – le PCCh et le Guomindang – se basant sur un programme défini. En deux ou trois ans à peine, la révo­lution nationale connût d'immenses succès (...) Ces succès se basèrent sur la création de la base de soutien révolutionnaire de Kouang-Tong et la victoire de l'Expédition du Nord » [10]. Tout ce qui est affirmé là est pur mensonge : la période allant de 1924 à 1927 ne se caractérise pas par la « révolution nationale » comme nous l'avons vu, mais par la montée de la vague révolu­tionnaire de la classe ouvrière dans toutes les grandes villes chinoises jusqu'à l'insur­rection. La coopération entre le PCCh et le Guomindang, c'est-à-dire l'alignement oppor­tuniste du parti prolétarien sur la bourgeoi­sie, ne fut pas à la base « d'énormes succès » mais bien de défaites tragiques pour le pro­létariat. Et enfin, l'expédition du Nord, loin d'être une « victoire » de la révolution, ne fut qu'une manoeuvre d'encerclement de la bourgeoisie pour parvenir à contrôler les villes et massacrer la classe ouvrière. Et le point d'orgue de cette expédition fut préci­sément le massacre du prolétariat par le Guomindang.

Concernant 1926, c'est-à-dire en pleine ef­fervescence du mouvement ouvrier, Mao ne put éviter de faire référence aux « grèves générales de Shangaï et de Hong-Kong, à l'origine des incidents du 30 mai » [11]. Mais dès 1939, il la réduisit à une simple manifestation de la petite bourgeoisie intel­lectuelle et il ne mentionna même pas l'in­surrection historique de Shangaï en mars 1927, à laquelle participèrent près d'un mil­lion d'ouvriers [12].

L'enterrement méthodique de toute l'expé­rience et de l'importance historique et mon­diale du mouvement révolutionnaire en Chine constitue un des aspects essentiels de la contribution « originale » du maoïsme à l'idéologie bourgeoise, dans le sens d'obs­curcir la conscience de classe du prolétariat, même s'il n'est pas le seul à agir dans ce sens.

L'internationalisme

C'est là un des principes fondamentaux de la lutte historique du prolétariat, et donc un des principes de base du marxisme, qui contient en lui la question de la destruction des Etats capitalistes et le dépassement des barrières nationales imposées par la société bourgeoise. « L'internationalisme constitue, de façon indiscutable, une des pierres angu­laires du communisme. Depuis 1848, il a été bien établi dans le mouvement ouvrier que "les prolétaires n'ont pas de patrie" (...) Si le capitalisme a trouvé dans la nation le cadre le plus approprié à son développe­ment, le communisme ne peut s'instaurer qu'à l'échelle mondiale : la révolution prolé­tarienne détruira les nations. » (Introduction à notre brochure Nation ou classe ?).

Ce principe devient exactement son con­traire entre les mains de Mao. Pour lui, pa­triotisme et internationalisme sont identi­ques : « Un communiste, internationaliste peut-il être en même temps patriote ? Non seulement il peut, mais il doit l'être (...) Dans les guerres de libération nationale, le patriotisme est l'application du principe internationaliste. (...) Nous sommes à la fois internationalistes et patriotes, et notre mot d'ordre est : "lutter contre l'agresseur pour défendre la patrie" » [13]. Rappelons sim­plement en passant que la « guerre natio­nale » en question n'est rien de moins que la seconde guerre mondiale ! Voilà comment l'embrigadement des travailleurs dans la guerre impérialiste devient une application de l'internationalisme prolétarien ! C'est en s'appuyant sur des mystifications aussi monstrueuses que la bourgeoisie parvint à pousser les ouvriers à s'entre-massacrer.

Et Mao Zedong n'a même pas la gloire d'être le premier à avoir formulé cette idée « ingénieuse » qui permet à « un internatio­naliste d'être en même temps patriote ». Il ne fait que reprendre le discours de Dimitrov, un des idéologues à la botte de Staline : « L'internationalisme prolétarien doit, pour ainsi dire, "s'acclimater" à chaque pays. (...) Les "formes" nationales de la lutte pro­létarienne ne contredisent en rien l'interna­tionalisme prolétarien. (...) La révolution socialiste signifiera le sauvetage de la na­tion » [14]. Et lui-même ne faisait d'ailleurs que reprendre les déclarations des social-patriotes, du style de Kautsky, qui envoyè­rent le prolétariat se faire massacrer pendant la première boucherie mondiale, en 1914 : « Tous ont le droit et le devoir de défendre la patrie ; le véritable internationalisme consiste en reconnaître ce droit pour les socialistes de tous les pays » [15]. Sur cet aspect, c'est donc bien volontiers que nous reconnaissons l'évidente continuité non pas entre le maoïsme et le marxisme mais entre le maoïsme et les « théories » qui ont tou­jours tenté de déformer le marxisme au ser­vice du capital.

La lutte de classe

Nous avons déjà montré comment Mao Zedong a enterré toute l'expérience du prolé­tariat tout au long de son oeuvre. Et pour­tant, il n'a jamais cessé de se référer à la « direction du prolétariat dans la révolu­tion ».

Mais l'aspect le plus important de la « pensée de Mao Zedong » sur la lutte de classe est celui qui subordonne les intérêts des classes exploitées à ceux des classes exploiteuses : « C'est un principe établi maintenant que pendant la durée de la guerre de résistance contre le Japon, tout doit être abandonné dans l'intérêt de la victoire. Par conséquent, les intérêts de la lutte de classe doivent se subordonner aux intérêts de la guerre de résistance et ne pas entrer en conflit avec eux. (...) Il faut appli­quer une politique appropriée de réajuste­ment des rapports entre les classes, une politique qui ne laisse pas les masses tra­vailleuses sans garanties politiques et ma­térielles, mais qui prenne en compte les intérêts des possédants » [16].

Voilà quel est le discours de Mao Zedong, celui d'un bourgeois nationaliste classique, qui exige des ouvriers le sacrifice suprême en échange de promesses sur les « garanties politiques et matérielles » mais dans le ca­dre de « l'intérêt national », c'est-à-dire dans le cadre des intérêts de la classe dominante. Il ne se distingue des autres que par le cy­nisme particulier qui lui permet de parler à ce propos « d'approfondissement du mar­xisme ».

L'Etat

Le fameux « développement du marxisme » que serait le maoïsme se retrouve dans la question de l'Etat à travers la théorie de la « nouvelle démocratie » présentée comme « la voie révolutionnaire » pour les pays sous-développés. A le lire, « la révolution de la nouvelle démocratie (...) ne mène pas à la dictature de la bourgeoisie, mais à la dicta­ture du front uni des diverses classes révo­lutionnaires sous la direction du proléta­riat. (...) Elle est différente aussi de la révo­lution socialiste dans le sens où elle ne peut que défaire la domination des impérialistes, des collaborationnistes et des réactionnai­res en Chine, car elle n'élimine aucun des secteurs du capitalisme qui contribue à la lutte anti-impérialiste et antiféodale ».

Mao aurait donc découvert une nouvelle espèce d'Etat qui ne serait l'instrument d'au­cune classe en particulier, qui serait un front ou une alliance interclassiste. C'est peut-être une nouvelle formulation de la vieille théo­rie de la collaboration de classes mais cela n'a rien à voir avec le marxisme. La théorie de la « nouvelle démocratie » n'est qu'une nouvelle édition de la démocratie bourgeoise qui prétend être le gouvernement du peuple, c'est-à-dire de toutes les classes, avec la particularité que Mao la nomme « front des diverses classes »; comme il le reconnaît lui-même : « La révolution de la nouvelle dé­mocratie coïncide pour l'essentiel avec la révolution préconisée par Sun Yat-sen avec ses Trois principes du peuple. (...) Sun Yat-sen disait : "Dans les Etats modernes, le soi-disant système démocratique est en général monopolisé par la bourgeoisie et est devenu un simple instrument d'oppression contre le petit peuple. Par contre, le prin­cipe de démocratie défendu par le Guomindang défend un système démocrati­que aux mains de ce petit peuple et ne permet pas qu'il soit confisqué par quel­ques-uns" » [17].

Concrètement, la théorie de « la nouvelle démocratie » fut le moyen d'embrigader les populations en majorité paysannes dans les zones contrôlées par le PCCh. Elle devint par la suite le cache-sexe idéologique du nouveau capitalisme d'Etat qui s'instaura en Chine quand le PCCh prit le pouvoir.

Le matérialisme dialectique

Les « oeuvres philosophiques » de Mao Zedong ont été, pendant des années, carac­térisées et enseignées dans les cercles uni­versitaires comme de la « philosophie mar­xiste ». Non seulement la philosophie de Mao – malgré le langage pseudo marxiste qu'il prétend utiliser – n'a rien à voir avec la méthode marxiste, mais en outre elle lui est totalement antagonique. La philosophie de Mao, tout juste inspirée par les manuels de vulgarisation staliniens de l'époque, n'est rien d'autre qu'un moyen pour justifier les contorsions politiques de son créateur. Prenons par exemple la rhétorique embar­rassée avec laquelle il aborde la question des contradictions : « Dans le processus de développement d'une chose complexe se trouvent beaucoup de contradictions, et l'une d'elles est nécessairement la princi­pale, dont l'existence et le développement déterminent ou influent sur l'existence et le développement des autres. (...) Un pays semi-colonial comme la Chine donne un cadre complexe au rapport entre la contra­diction principale et les contradictions se­condaires. Quand l'impérialisme déchaîne une guerre contre un tel pays, les différentes classes qui composent ce dernier (à l'excep­tion d'un petit nombre de traîtres) peuvent s'unir momentanément dans une guerre nationale contre l'impérialisme. La contra­diction entre l'impérialisme et le pays en question devient alors la contradiction principale, reléguant temporairement les contradictions entre les différentes classes du pays à une niveau secondaire et subor­donné. (...) Telle est la situation dans l'ac­tuelle guerre sino-japonaise ».

En d'autres termes, la « théorie » maoïste des « contradictions qui se déplacent » re­vient simplement à dire que le prolétariat peut et doit abandonner son combat contre la bourgeoisie au nom de l'intérêt national, que les classes antagoniques peuvent et doivent s'unir dans le cadre de la boucherie impéria­liste, que les classes exploitées peuvent et doivent se plier aux intérêts des classes ex­ploiteuses. On comprend mieux pourquoi la bourgeoisie de tous les pays a répandu la philosophie maoïste dans les universités en la présentant comme du marxisme !

En résumé, nous dirons que le maoïsme n'a rien à voir ni avec la lutte, ni avec la con­science, ni avec les organisations révolu­tionnaires de la classe ouvrière. Il n'a rien à voir avec le marxisme, il n'est ni une partie ni une tendance de celui-ci, ni un dévelop­pement de la théorie révolutionnaire du prolétariat. Tout au contraire, le maoïsme n'est qu'une grossière falsification du mar­xisme, sa seule fonction est d'enterrer tous les principes révolutionnaires, d'obscurcir la conscience de classe du prolétariat pour la remplacer par la plus stupide et bornée idéologie nationaliste. Comme « théorie », le maoïsme n'est qu'une des misérables formes qu'a été capable d'adopter la bourgeoisie dans sa période de décadence, pendant la contre-révolution et la guerre impérialiste.

Ldo.

Chen Duxiu et l'Opposition de gauche

Chen Duxiu (1879-1942) est d'abord le fon­dateur d'un courant novateur et occidenta­liste La Nouvelle Jeunesse en 1915, qui se radicalise dans le « mouvement du 4 Mai » à Pékin. Il est ensuite à l'initiative de la Ligue de la jeunesse socialiste, précurseur du PCCh en 1920. Enfin il fonde le PCCh en juillet 1921 et il en devient le premier secré­taire. Il accepte sur les insistances du Komintern la politique de collaboration avec le Guomindang en misant sur la possibilité de le contrôler de l'intérieur. Mais à l'inverse de Mao Zedong il ne croit pas aux potentia­lités révolutionnaires des paysans. Il est exclu du PCCh lors du 6e congrès de l'Internationale communiste en 1929 (congrès auquel il n'assiste pas) en même temps que les militants qui ont signé avec lui une demande de discussion générale au sein du parti pour un réexamen de ses posi­tions politiques. C'est à cette époque qu'il rencontre des trotskistes revenant de Moscou qui venaient de fonder le journal Wo-men Ti-hua (Notre parole). Fort de cet appui il dénonce l'aventurisme du PCCh inféodé au Komintern stalinisé. Il est arrêté par le Guomindang en 1932 et condamné à quinze ans d'emprisonnement. Lors de l'en­trée en guerre de la Chine contre le Japon en 1937 il est libéré. Il annonce qu'il rejoint le front uni anti-japonais. Dès lors il passe dans le camp de la défense de la nation et de la bourgeoisie, comme le PCCh stalinien. Il est clair qu'en Extrême-Orient la 2e guerre mondiale a commencé dès 1937.

L'organisation de l'Opposition de gauche du PCCh se développe dès 1928 sur la base d'une discussion sur la défaite de 1927 et de la publication de textes de Trotsky sur la Chine. Il s'agit d'un groupe de militants prestigieux du PCCh qui publient La Force motrice. Chen Duxiu se dit d'accord avec les positions de Trotsky sans se déclarer comme trotskiste. L'Opposition de gauche est divi­sée en quatre : l'«Association prolétarienne » de Chen Duxiu et Peng Shu-tse qui diffuse Le Prolétaire ; Notre Parole (Wo-men Ti-hua), groupe de Shangaï ; Octobre (Chan-tou She), groupe de Liu Jen Ching ; et Militant. (Cf. Leon Trotsky on China, Pathfinder, New York 1976, Introduction de Peng Shu-tse)

L'unification intervient en 1931 avec la fon­dation de la Ligue communiste de Chine (LCC). Mais lors de l'agression de la Chine par le Japon, la majorité de la LCC est d'ac­cord pour soutenir la Résistance et passe de ce fait dans le camp ennemi, celui de la bourgeoisie. Seuls Zheng Chaolin, Wang Fanxi et une poignée de militants restent fidèles aux principes révolutionnaires et internationalistes et se réclament du « défaitisme révolutionnaire ». Ils publient L'Internationaliste et soutiennent que le conflit fait partie d'une 2e guerre mondiale imminente.

Zheng Chaolin continue la publication de L'Internationaliste et boycotte le 2e congrès de la LCC en août 1941. Sa position politi­que est cohérente, alors que Wang Fanxi accepte de participer à ce congrès, en faisant une distinction : il est pour la guerre « de défense » d'un pays attaqué mais il refuse de participer à la guerre impérialiste au cas où les puissances anglo-saxonnes rentreraient en guerre contre le Japon. Finalement sa fraction minoritaire est exclue et battue au cours du congrès par le trotskiste Peng Shu-tse.

Nous saluons cette poignée d'internationalis­tes qui ont su maintenir haut le drapeau communiste et internationaliste comme la gauche communiste italienne l'a fait en Europe, alors que ces éléments révolution­naires isolés traversaient la période la plus noire du mouvement ouvrier. Les trotskistes chinois, dans leur journal clandestin La Lutte qualifièrent leur ralliement à la Résistance anti-japonaise de « victorisme révolutionnaire ». Quel pathos pour ce ral­liement honteux à la bourgeoisie nationale !


[1] Voir Revue internationale n° 81 et 84.

[2] Rapport sur une enquête du mouvement paysan du Hunan, Mao Zedong, mars 1927.

[3] Sur Chen Duxiu et l'Opposition de gauche, voir encart en fin d'article.

[4] Cité par Lazlo Ladany, The Communist Party of China and Marxism, Hurst & Co., 1992, traduit par nous.

[5] Discours de Mao durant le Second congrès des « Soviets chinois » publié au Japon. Cité par Lazlo Ladany, Op. cité.

[6] Lost Chance in China. The World War II despatches of John S. Service, JW. Esherick (editor), Vintage Books, 1974.

[7] Rapport sur une enquête du mouvement paysan du Hunan, Mao Zedong, mars 1927.

[8] Les tâches urgentes après l'établissement de la coopération entre le Guomindang et le Parti communiste, Mao Zedong, septembre 1937.

[9] Problèmes tactiques actuels dans le front unique anti-japonais, Mao Zedong, mai 1940.

[10] Voir le premier article de cette série, Revue internationale n° 81.

[11] Analyse des classes dans la société chinoise, mars 1926.

[12] La Révolution chinoise et le PCCh, Mao Zedong, décembre 1939.

[13] Le rôle du PCCh dans la guerre nationale, Mao Zedong, octobre 1938.

[14] Fascisme, démocratie et Front populaire, rapport présenté par Georgi Dimitrov au 7e Congrès de l'Internationale communiste, août 1935.
[15] Cité par Lénine dans La faillite de la deuxième Internationale, septembre 1915.
[16] Le rôle du PCCh dans la guerre nationale, Op. cité.
[17] La révolution chinoise et le PCCh, Op. cité.

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