Une seule issue : la lutte unie de tous les ouvriers
L'ensemble de la classe ouvrière, dans tous les pays, tous les
secteurs, toutes les entreprises, vit aujourd'hui avec cette inquiétude
obsédante : comment échapper à la menace du chômage
? Quel avenir la société actuelle réserve-t-elle
à nos enfants ? Que peut-on faire pour sortir de cette situation
?
A ces questions, la classe capitaliste qui dirige le monde n'a désormais
qu'une seule réponse : il faut faire confiance aux gouvernements,
eux seuls ont les moyens de résoudre le problème. Mais il
faut être patients, accepter des sacrifices, et surtout il faut
comprendre que le chômage est la rançon que l'humanité
doit payer pour le développement du progrès technologique.
Ceux qui nous exploitent veulent nous faire accepter le chômage
comme une fatalité. S'il n'y a plus assez de travail pour tout
le monde, ce serait à cause du développement de la technologie.
La machine remplacerait l'homme afin de permettre aux capitalistes d'accumuler
encore plus de profits. Pour ce qui est de l'économie, sa crise
ne serait faite que de moments passagers dont chacun ne ferait qu'annoncer
un prochain re-démarrage de la croissance économique. Ainsi,
à la fin des années 70, le gouvernement n'annonçait-il
pas la " sortie du tunnel " ? La réalité fut que
le début des années 80 connut une récession encore
plus forte que celle des années précédentes. Dans
cette décennie, le " traitement social du chômage ",
terme pudique qui désignait les mesures prises pour maintenir les
chômeurs en état de survie, devait soi-disant permettre d'attendre,
une nouvelle fois, que l'économie reparte. Au début des
années 90, l'effondrement du bloc impérialiste adverse,
le bloc de l'Est, annonçait, aux dires des bourgeoisies occidentales,
un monde enfin merveilleux, une ère de paix et de prospérité.
On nous demandait de croire que la cause des guerres avait pris fin et
que de nouveaux marchés s'ouvraient ! La réalité,
pour cette décennie, a été faite de chômage
et de misère croissants et de guerres sans fin. Mais tout devait
changer avec le nouveau millénaire et la " nouvelle économie
" qu'offrait Internet. La nouvelle économie, à son
tour, s'est effondrée comme un château de cartes qu'elle
était. Il faut se rendre à l'évidence : tous ces
discours sont des mensonges, à l'image de celui qui a été
asséné pour identifier le stalinisme au communisme !
En falsifiant la réalité, l'Etat capitaliste, son gouvernement,
son patronat, ses partis politiques, ses syndicats et ses curés
ne visent qu'un seul objectif : empêcher les ouvriers de prendre
conscience que le capitalisme est basé sur l'exploitation de la
force de travail des prolétaires, et donc que l'incapacité
de la bourgeoisie à fournir du travail aux exploités signe
désormais la faillite de ce système. En présentant
le chômage comme une fatalité, la bourgeoisie peut, de cette
façon, justifier les sacrifices qu'elle impose aux ouvriers : puisqu'il
n'y a plus assez de place pour tous dans la production, la seule solution,
c'est le partage du travail et du salaire.
Ainsi, avec la fin du plein emploi, c'est toute la classe ouvrière
qui subit aujourd'hui le chômage. Face à cette généralisation
de la misère, le prolétariat doit se défendre. Il
ne pourra le faire efficacement qu'en développant partout ses luttes
dans la solidarité et l'unité la plus large possible.
Qu'ils aient encore un travail ou qu'ils soient au chômage, les
prolétaires appartiennent à une seule et même classe.
Ils doivent unir leur force en un seul et même combat.
Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes.
Ils ont un monde à gagner.
Jamais depuis la dernière guerre mondiale le monde capitaliste
n'avait connu un degré de misère et de barbarie tel que
celui d'aujourd'hui. Les guerres ne cessent de se développer et
le chômage croît sans fin. Dans les pays sous-développés,
les massacres, les épidémies, les famines sont le lot quotidien
de centaines de millions d'êtres humains; dans les pays les plus
industrialisés, une masse croissante d'ouvriers est jetée
sur le pavé à chaque nouvelle vague de licenciements. Ainsi
des Etats, tels l'Allemagne, qui nous avaient été présentés
pendant des décennies comme des modèles de prospérité,
ne sont plus épargnés par le développement du chômage
massif. La Suisse elle-même, qui jusqu'à présent n'avait
jamais connu ce phénomène, commence maintenant à
le découvrir.
La récession actuelle du capitalisme mondial est la plus grave
que la société ait jamais connue depuis les années
30. Aujourd'hui, ce ne sont plus seulement les canards boiteux, comme
dans les années 70 et 80 qui doivent se restructurer à coups
de " dégraissages " des effectifs. Ce sont les fleurons
mêmes de l'économie capitaliste qui s'effondrent les uns
après les autres. Et on voudrait nous faire croire que cette situation
aurait pour cause la corruption de certains dirigeants et non la faillite
du capitalisme. La progression du chômage dans le monde illustre
très clairement que la corruption, bien réelle, n'est pas
la vraie cause. Pour ne donner que l'exemple de la France : en 1973, le
taux de chômage était de 2,2%, en 1979 de 4,5%, en 1980 de
6,3%, en 1981 de 7,8%, en 1985 de 10%, et, depuis, malgré les trafics
des statistiques, les radiations en nombre des listes du chômage
et autres subterfuges pour masquer la poursuite de la croissance de ce
fléau, le taux est toujours resté plus ou moins autour de
10%, chiffre bien en dessous de la réalité. Ce ne sont pas
seulement les jeunes, à l'issue de leur scolarité, qui se
retrouvent sans emploi ou avec un travail de misère, mais l'ensemble
des prolétaires intégrés dans le système productif
qui se retrouvent chaque jour, par milliers, brutalement licenciés
sans aucune perspective de pouvoir retrouver un emploi durable. Cette
extension de la misère ouvrière prend d'ores et déjà
des proportions telles que, de plus en plus, les principales concentrations
industrielles d'Europe occidentale et des USA , rappellent celles du tiers-monde,
avec leurs masses croissantes de sans abris errant au coeur des grandes
villes.
Le capitalisme fait subir le chômage à toute la classe
ouvrière
Cette aggravation de la misère et du chômage, ce sont tous
les ouvriers qui la subissent de plein fouet, dans tous les secteurs,
tous les pays. Toute la classe ouvrière est aujourd'hui directement
concernée par cette attaque du capital. Non seulement les prolétaires
exclus de la production, mais aussi ceux qui ont encore un emploi.
Dans toutes les usines, les ateliers, les bureaux, chacun redoute d'être
inscrit sur la liste noire des prochaines charrettes de licenciements.
Partout, règne la même atmosphère d'inquiétude
et d'insécurité.
Mais le chômage n'est pas seulement une situation que les ouvriers
"actifs" redoutent pour l'avenir. Cette attaque, ils la subissent
déjà dans la réalité quotidienne de toutes
leurs conditions de vie.
En effet, en plus des mesures de chômage technique que la bourgeoisie
utilisait beaucoup dans les années 70 et 80 et qui faisaient baisser
considérablement le salaire des ouvriers, on avait vu le gouvernement
Balladur officialiser la généralisation du chômage
partiel à toute la classe ouvrière avec l'adoption de son
plan " quinquennal pour l'emploi " à la fin de l'été
93 ; depuis, ce sont les emplois précaires et à temps partiel
qui n'ont cessé de se développer, généralisant
de plus en plus les salaires de misère.
De plus, l'ensemble de la classe ouvrière voit après chaque
vague de licenciements, chaque nouvelle suppression d'emplois, ses conditions
de travail empirer, notamment à travers les augmentations de cadences
dues aux baisses d'effectifs.
Enfin, l'Etat ne se contente pas seulement de faire peser ainsi le poids
du chômage sur le dos des travailleurs. Il exerce encore un chantage
crapuleux sur les ouvriers en semant l'illusion que s'ils acceptent les
baisses de salaires sans broncher, ils pourront participer à améliorer
la compétitivité de leur entreprise et donc s'éviter
de nouvelles vagues de licenciements.
Et pour justifier de nouvelles baisses des salaires, au nom de la "solidarité"
avec les chômeurs, la bourgeoisie avait sorti un nouveau lapin de
son chapeau : le "partage du travail" qu'elle nous avait présenté
comme une solution au problème du chômage. En réalité,
ce qu'on veut nous faire accepter, c'est le partage de la misère,
la généralisation de la situation de chômeurs à
tous les ouvriers.
Voilà la situation intolérable que subissent les ouvriers
au travail, auxquels l'Etat, le patronat, la maîtrise, cherchent
en permanence à faire courber l'échine en leur répétant
sans cesse : "Si tu n'es pas content, fous le camp. Il y en a cent,
il y en a mille dehors qui attendent ta place."
Non seulement les ouvriers au travail sont contraints de faire les frais
de la crise du système qui les exploite, mais c'est par centaines
de milliers qu'ils sont amenés à subvenir, avec leurs revenus
de plus en plus maigres, aux besoins élémentaires des membres
de leurs familles déjà au chômage, en particulier
de leurs enfants qui ne trouvent pas de travail à la fin de leurs
études.
Le seul avenir que peut promettre le capitalisme aux nouvelles générations
de prolétaires, c'est la misère absolue, une misère
encore plus terrible que celle que subissent aujourd'hui les ouvriers
au chômage, condamnés à vivre au jour le jour, à
courir des journées entières après des offres d'emplois
toujours plus rares et pour lesquelles 10, 100, 1000 personnes se déplacent
en pure perte.
L'Etat et le patronat obligent ces ouvriers au chômage à
accepter n'importe quel petit boulot précaire et sous-payé,
amputent régulièrement leurs allocations, voire les suppriment
tout simplement. De plus en plus d'ouvriers licenciés sont ainsi
réduits au désespoir, parce qu'ils ne trouvent plus les
moyens de se loger, se vêtir, se nourrir, eux et leur famille tandis
que dans les cités ghettos, un nombre croissant de jeunes chômeurs
sont menacés par la délinquance, la drogue, la criminalité.
Ces prolétaires que le capitalisme a définitivement rejetés
de la production viennent chaque jour grossir les rangs des indigents
que la classe dominante, ses médias aux ordres et ses curés
baptisent "nouveaux pauvres" ou " exclus ", leur enlevant
ainsi toute leur identité de classe afin de les séparer
du reste de la classe ouvrière, de les isoler, et d'empêcher
une lutte commune entre chômeurs et ouvriers au travail.
De même, toute la bourgeoisie, à travers un matraquage médiatique
permanent, cherche à culpabiliser les ouvriers au travail, à
les opposer aux chômeurs en les présentant comme des "privilégiés",
dont "l'égoïsme" serait responsable de cette situation
alors que c'est elle, la classe exploiteuse et son système en crise,
qui sont les seuls responsables de la misère et du chômage.
Ceux qui nous gouvernent, ceux qui exploitent la force de travail, ceux
qui veulent nous faire payer toujours plus le prix de la faillite de leur
système, répètent depuis des années que c'est
un mauvais moment à passer, que les sacrifices d'aujourd'hui sont
destinés à préparer des lendemains meilleurs. Ils
mentent !
Les mensonges de la bourgeoisie
Hier, tous ces bourgeois, politiciens, bureaucrates, technocrates, qui
dirigent le monde ressassaient dans les colonnes de leur presse aux ordres
que le chômage était dû à la paresse de ces
"parasites" qui préféraient vivre grassement sur
le dos de ceux qui travaillent au lieu de trouver et de garder un emploi.
Ils ont tenté de faire croire que les chômeurs étaient
responsables de la crise économique, des déficits de l'Etat.
Ils ont diminué le montant des allocations, raccourci leur durée,
rendu plus difficile leur obtention. Malgré toutes ces restrictions,
malgré la falsification des chiffres du chômage, le nombre
de sans emploi a continué à grimper dans tous les pays,
les vagues de licenciements se sont succédées les unes aux
autres.
Hier, toutes les fractions de la classe dominante, de droite comme de
gauche, disaient : "pour faire reculer le chômage, stopper
les licenciements, redresser l'économie, augmenter le pouvoir d'achat,
il faut bien voter aux élections". En France, les partis de
gauche, PS et PC, appuyés par tous les syndicats et les gauchistes,
ont pris la place des partis de droite à la tête de l'Etat.
Ils ont juré, la main sur le coeur, qu'avec la bonne gestion de
gauche, soucieuse des intérêts des ouvriers, on allait créer
500 000 emplois, puis qu'on ne passerait pas le cap des 2 millions de
chômeurs, puis des 2,5 millions... Aujourd'hui, voilà le
résultat, après dix ans de gouvernement de gauche : plus
de 3,5 millions de chômeurs ! Les 35 heures devaient aussi, à
en croire ces " bienfaiteurs " de gauche, créer des emplois
et réduire le chômage. Il n'en a rien été :
le chômage a poursuivi sa croissance avec l'aggravation de la crise
dès 2001. En effet, les 35h avaient un tout autre but . Il s'agissait
en réalité d'augmenter la productivité du travail
en supprimant beaucoup de pauses, en faisant travailler davantage en moins
de temps ; il s'agissait également de faire diminuer le coût
de la production en faisant baisser, dans beaucoup de cas, les salaires
! Tout cela n'ayant pour seul objectif que celui de tenter, sur le dos
des ouvriers, de permettre à l'économie nationale de rester
performante dans la concurrence mondiale de plus en plus acharnée.
En 2002, la droite a succédé à la gauche et, comme
sous la gauche, la montée du chômage se poursuit, inexorablement.
Et la même situation prévaut dans tous les pays industrialisés,
aux USA comme dans les principaux pays d'Europe occidentale. En Espagne,
le "socialiste" Gonzalez avait appliqué la même
politique que Mitterrand. Aujourd'hui, le taux de chômage dans ce
pays atteint, en réalité, près de 25% de la population
active. Et si le gouvernement d'Aznar trafique aussi les statistiques
pour affirmer qu'il y en a moins, ce que montre obstinément la
réalité, c'est que le développement du chômage
suit son cours.
Aujourd'hui, comme hier, tous les gouvernements de droite comme de gauche
ont encore le culot de dire : " il faut se serrer les coudes et la
ceinture. Nous sommes obligés de licencier pour redresser l'économie
nationale et créer de nouveaux emplois."
Ce discours, cela fait vingt ans qu'ils nous le resservent régulièrement.
A chaque nouvelle accélération de la crise, ils promettaient
la "sortie du tunnel". A chaque fois, la situation n'a fait
qu'empirer.
Aujourd'hui, comme hier, ils veulent nous faire croire que ce sont les
travailleurs "immigrés" qui sont responsables de l'augmentation
du chômage. Depuis des années, en France comme dans la plupart
des pays industrialisés, on verrouille les frontières, on
organise la chasse aux "clandestins", on expulse manu militari
des familles entières vers leur "pays d'origine" qu'elles
n'ont souvent même pas connu et où les conditions économiques
et sociales sont encore plus catastrophiques qu'ici. Malgré ces
mesures policières, le chômage n'a cessé de croître
inexorablement, frappant aussi bien les travailleurs immigrés que
les ouvriers autochtones. Et le langage ne cesse de s'adapter, mais les
mensonges restent. Aujourd'hui par exemple, il faudrait croire que toutes
les mesures prises -attaque contre les retraites, la santé, les
réductions d'allocations aux chômeurs - seraient des réformes
nécessaires qui ne pénaliseraient pas ou seulement ceux
qui " abusent " !
Tous ces mensonges visent plusieurs objectifs :
- diviser la classe ouvrière entre ouvriers du pays et ouvriers
immigrés, entre ouvriers au chômage et ouvriers actifs afin
d'empêcher l'unité et la solidarité de tous les prolétaires
contre la misère capitaliste;
- renforcer, à travers les attaques contre les travailleurs immigrés,
l'appareil répressif de l'Etat bourgeois, notamment le quadrillage
des quartiers ouvriers sous couvert de "chasse aux clandestins";
- inoculer dans les rangs du prolétariat le poison du racisme et
du nationalisme en faisant croire que les intérêts du capital
national sont les mêmes que ceux des ouvriers "bien de chez
nous". On nous raconte que si l'économie va mal, c'est à
cause des trusts américains, japonais ou allemands et donc qu'il
faut resserrer les rangs derrière l'Etat, se serrer la ceinture
et retrousser nos manches pour développer la compétitivité
de "nos marchandises" face à la concurrence sauvage des
envahisseurs étrangers.
A travers toutes ces campagnes, la bourgeoisie veut faire croire aux
prolétaires qu'en faisant encore des efforts, en étant solidaires
du gouvernement et du patronat, tout ira beaucoup mieux demain.
Tous les gouvernements d'Europe et d'Amérique, de droite et de
gauche, prétendent aujourd'hui faire de la lutte contre le chômage
la priorité numéro 1. Tous nous racontent que la reprise
économique, même si elle n'est pas encore à l'ordre
du jour, ne saurait tarder. Ils mentent !
Mensonges aussi que ceux des " alter-mondialistes " qui cherchent
à nous faire croire que le chômage ainsi que les autres fléaux
pourraient trouver une solution dans un capitalisme bien géré
et qui rejetterait le soi-disant libéralisme. Ces mystificateurs
nous présentent un capitalisme sans contradictions dans lequel
l'Etat, s'il le voulait bien, pourrait être le garant du bonheur
de tous et de chacun ! Tous ces menteurs patentés veulent nous
faire oublier que les fléaux de la société d'aujourd'hui
ne sont que la dramatique illustration de la faillite du capitalisme.
La vérité, c'est que la crise de l'économie mondiale
n'a pas d'issue. Quelles que soient les mesures que prendra la bourgeoisie,
quels que soient les partis au gouvernement, le système capitaliste
ne peut que continuer à s'effondrer. La classe ouvrière
ne doit se faire aucune illusion : les sacrifices d'aujourd'hui ne font
que préparer des sacrifices encore plus douloureux demain.
Les patrons, les Etats licencient, suppriment les emplois, réduisent
les salaires parce qu'ils n'arrivent pas à vendre en quantité
suffisante les marchandises produites par les ouvriers. Ils n'arrivent
pas à écouler ces marchandises parce que le marché
mondial est devenu trop étroit pour absorber l'ensemble de la production
de tous les pays. Face à la guerre commerciale à laquelle
se livrent tous les requins capitalistes qui se disputent les parts de
plus en plus restreintes du marché mondial, toutes les bourgeoisies
nationales sont obligées de "rationaliser" leur production.
Pour cela, elles doivent fermer des usines, augmenter la productivité
du travail, diminuer les effectifs, accélérer les cadences,
baisser les salaires.
Voilà quelle réalité la bourgeoisie cherche à
masquer à travers tous ces mensonges : la crise mondiale et le
chômage massif qu'elle engendre ne sont ni cycliques, ni conjoncturels,
comme le prétendent les économistes bourgeois. Ils sont
la manifestation la plus évidente de l'impasse, de la faillite
historique du mode de production capitaliste.
Le chômage signe aujourd'hui la faillite du capitalisme
Depuis ses origines, notamment au 19ème siècle, le capitalisme
a connu des crises qui, à chaque fois, se traduisaient par une
poussée du chômage et une dégradation des conditions
d'existence du prolétariat. Mais les crises qui accompagnaient
régulièrement, de façon cyclique, l'expansion du
capitalisme au siècle dernier ne sont nullement comparables à
celle que nous vivons aujourd'hui.
En effet, au 19ème siècle, à l'époque où
le capitalisme était un système en plein développement
qui n'avait pas encore conquis toute la planète, les crises de
surproduction finissaient toujours par se résoudre grâce
à la découverte de nouveaux débouchés dans
les régions du monde où prédominaient des modes de
productions plus archaïques. C'est par le feu et par le sang que
la bourgeoisie naissante qui avait succédé aux seigneurs
féodaux, partait à la conquête de nouveaux marchés.
Elle a chassé sauvagement les paysans de leurs terres afin de les
obliger à vendre leur force de travail au capital. Elle s'est lancée
dans les conquêtes coloniales en exterminant des populations entières
afin de piller les matières premières et s'ouvrir de nouveaux
débouchés.
C'est au prix d'une barbarie inconnue jusque là dans l'histoire
de l'humanité que cette nouvelle classe exploiteuse pouvait non
seulement écouler le surplus de ses marchandises dans les zones
pré-capitalistes, mais aussi étendre son mode de production
à toute la planète. C'est au prix de souffrances effroyables
que les anciens producteurs de la société féodale
sont devenus des prolétaires contraints par la force à se
soumettre à l'esclavage de l'exploitation capitaliste.
Mais la situation des premières générations de prolétaires,
durant cette période ascendante du capitalisme, malgré son
caractère particulièrement inhumain, n'avait pas une signification
aussi tragique, une perspective aussi catastrophique que celles auxquelles
sont confrontés les ouvriers en ce début du XXI° siècle.
Dans la période ascendante du capitalisme, le chômage, même
lorsqu'il explosait massivement dans les moments de crise aiguë,
n'était jamais de très longue durée. Dès que
la crise était résorbée avec l'ouverture de nouveaux
marchés, il y avait pour les ouvriers une nouvelle perspective
de retrouver rapidement un travail.
Par ailleurs, les chômeurs étaient d'une grande utilité
pour la bourgeoisie. Ils constituaient une "armée industrielle
de réserve" qu'elle exploitait également dans les périodes
de ralentissement économique pour faire baisser les coûts
de production et améliorer la compétitivité de ses
marchandises. Grâce à cette réserve de main d'oeuvre
qui crevait de faim, la classe dominante pouvait faire pression sur les
salaires et entraver le développement des luttes ouvrières.
Ainsi, le chômage était à cette époque un phénomène
que la classe exploiteuse entretenait et contrôlait parfaitement
pour les besoins de l'accumulation du capital.
Pour les prolétaires, malgré la misère et la surexploitation
qu'ils subissaient, les conditions de développement du capitalisme
leur permettaient non seulement de vendre leur force de travail, mais
encore de se constituer en classe, de s'organiser, de développer
leur unité, et d'arracher aux exploiteurs des améliorations
substantielles et durables de leurs conditions d'existence.
Les crises cycliques du 19ème siècle étaient donc
des étapes par lesquelles le système capitaliste devait
passer pour continuer sa marche en avant vers l'accroissement des forces
productives de la société.
Lorsque le capitalisme atteint son apogée à la fin du 19ème
siècle, en ayant soumis toute la planète à ses lois
économiques, il n'existe plus de zones extra-capitalistes capables
d'absorber la surproduction des marchandises des pays industrialisés.
La classe dominante se trouve alors confrontée à une saturation
du marché mondial. C'est l'ouverture d'une nouvelle période
dans l'histoire de l'humanité : celle de la décadence du
capitalisme.
Désormais, ce système est gangrené par une crise
de surproduction permanente qui, lorsqu'elle se manifeste de façon
ouverte, ne peut aboutir qu'à un affrontement armé entre
les grandes puissances pour le repartage du marché mondial. C'est
ainsi que la première guerre mondiale a marqué l'entrée
du mode de production bourgeois dans sa période de déclin
historique.
Aujourd'hui avec le développement du chômage massif, de
plus en plus d'ouvriers se retrouvent dans une situation de dénuement
total, sans maison, n'ayant pas les moyens de se vêtir, se nourrir.
Un nombre croissant d'entre eux, réduits à l'état
d'indigents, lorsque l'Etat leur supprime jusqu'au minimum vital, ne peut
survivre que grâce aux associations caritatives et à la mendicité.
Si l'on se contentait d'une vision photographique, cette situation ne
manquerait pas d'évoquer un retour aux conditions de la classe
ouvrière à l'aube du capitalisme.
Cependant, il existe une différence fondamentale entre la situation
présente et celle de la période ascendante du capitalisme.
Depuis 80 ans, ce système a atteint ses limites historiques. Il
n'a pu se maintenir en vie, de façon artificielle depuis le début
du XX° siècle, qu'au prix d'une destruction toujours plus massives
des richesses de la société, à travers un cycle infernal
de crise-guerre mondiale- reconstruction- nouvelle crise- nouvelle guerre
mondiale... En ce sens, les conditions de vie misérables du prolétariat
ne sont nullement comparables à celles des ouvriers au siècle
dernier.
Alors que le capitalisme avait pour raison d'être essentielle de
développer les forces productives en généralisant
le salariat comme c'était le cas dans le passé, son incapacité
évidente à donner aujourd'hui du travail à des dizaines
de millions d'ouvriers signifie que ce système est arrivé
au bout du rouleau. Il ne peut prolonger son agonie qu'en continuant à
plonger toute la société humaine dans une paupérisation
absolue et une barbarie sans nom.
De même, c'est encore l'incapacité du système à
surmonter sa crise de surproduction qui est à l'origine des famines
dans les pays du tiers-monde car le capitalisme ne produit pas pour satisfaire
les besoins humains mais pour vendre ses marchandises. Et lorsqu'il ne
peut pas écouler ses stocks, il les détruit. Il est hors
de question pour le capitalisme de les distribuer gratuitement car une
telle mesure provoquerait nécessairement un effondrement des cours
sur le marché. En réalité, un capitalisme qui donnerait
ce qu'il produit ne serait plus du capitalisme.
Ainsi, l'absurdité de ce système se traduit par une destruction
massive de richesses à un pôle de la société
tandis qu'à l'autre pôle, la misère, la pénurie,
la faim laminent des millions d'êtres humains.
Cette même incapacité du capitalisme à surmonter
ses contradictions économiques est également responsable
des massacres qui, depuis le début du siècle, n'ont jamais
cessé d'ensanglanter la planète. C'est en effet cette crise,
devenue insoluble, qui a poussé les grandes puissances à
s'affronter sur les champs de batailles de deux guerres mondiales pour
un nouveau partage du marché mondial. C'est l'impasse historique
du capitalisme qui, durant toute la période de la "guerre
froide", a engendré une multitude de conflits armés
aux quatre coins du monde, appuyés et entretenus par les deux blocs
impérialistes rivaux, celui de l'URSS et des USA.
Aujourd'hui, l'effondrement du bloc soviétique, loin d'avoir résolu
les contradictions du système, comme le prétendait la bourgeoisie
en nous promettant, avec ses campagnes sur la "faillite du communisme",
un monde de paix et de prospérité, n'a fait qu'exacerber
encore plus les tensions guerrières aux quatre coins de la planète.
Depuis l'effondrement spectaculaire du bloc de l'Est, l'histoire s'est
accélérée de façon vertigineuse : en même
temps que se déchaîne un chaos toujours plus sanglant (guerre
du Golfe, massacres en ex-Yougoslavie et sur le continent africain, affrontements
inter-ethniques dans les républiques de l'ex-URSS, conflits au
Moyen-Orient et au Cambodge, guerre en Irak...), la récession économique
ravage les pays les plus industrialisés; l'Europe de Maastricht,
à peine née, s'est effondrée comme un vulgaire château
de cartes. Le capitalisme apparaît de plus en plus comme une machine
qui s'est totalement détraquée. La classe dominante elle-même
ne sait plus ni où elle va, ni comment gérer les dérèglements
incontrôlables de son système. Aujourd'hui, elle ne peut
encore tenir le gouvernail qu'en naviguant à vue, au jour le jour.
Face à cette situation de faillite évidente du capitalisme,
le prolétariat ne doit avoir qu'une seule certitude : ce système
moribond, générateur de chômage, de misère,
de famine et de guerres, il devra le détruire, sinon c'est lui
qui, en continuant à se décomposer, entraînera toute
l'humanité vers le néant.
La classe ouvrière peut et doit lutter
L'effondrement du capitalisme dont les masses exploitées sont
les principales victimes, la classe ouvrière ne peut continuer
à en faire les frais. Elle doit refuser de se laisser intimider
et paralyser par l'ampleur des attaques qui lui sont portées. Elle
ne doit pas accepter le chômage et les licenciements comme une fatalité,
et encore moins s'imaginer qu'en supportant les sacrifices aujourd'hui,
la situation économique va se redresser. Au contraire, accepter
ces sacrifices non seulement ne résoudra pas la crise, mais c'est
encore laisser les mains libres à la bourgeoisie pour cogner plus
fort demain.
Face aux attaques du capital, et contre tous les discours mensongers
de la bourgeoisie qui lui font miroiter la perspective illusoire d'une
nouvelle "reprise" économique, la classe ouvrière
n'a pas d'autre choix que de reprendre le combat pour la défense
de ses conditions de vie. La lutte unie de tous les ouvriers est la seule
réponse possible à la faillite irrémédiable
du système capitaliste.
Contre tout le bourrage de crâne fataliste, contre toute idée
de défense de l'économie nationale, les ouvriers (encore
au travail ou au chômage) peuvent imposer un rapport de force à
l'Etat bourgeois. La force de la classe ouvrière réside
dans la lutte qui s'étend à toutes les entreprises, tous
les secteurs et aux bureaux de chômage. Dans cette dynamique, comme
en Mai 68, les prolétaires seront des millions à reprendre
confiance en eux, en l'avenir que porte leur combat.
Lorsque les ouvriers luttent massivement, tous unis, lorsqu'ils prennent
confiance en eux-mêmes et refusent de se laisser embarquer derrière
la défense des intérêts de leurs exploiteurs, la classe
dirigeante est obligée de freiner ses attaques. C'est une leçon
que tous les prolétaires doivent tirer de leurs expériences
passées.
Mais pour affronter efficacement l'Etat bourgeois, il faut que les ouvriers
sachent reconnaître l'ennemi dans leurs rang. Les syndicats, de
même que toutes les autres structures para-syndicales telles les
"coordinations" dirigées par les gauchistes, sont des
agents de l'ordre capitaliste en milieu ouvrier dont la seule fonction
consiste à protéger le pouvoir de la bourgeoisie, à
défendre les intérêts du capital national, à
briser l'unité des prolétaires pour les empêcher de
bouleverser l'ordre existant. A chaque fois que les ouvriers ont remis
le contrôle de leur lutte entre les mains des syndicats, ils se
sont épuisés, démoralisés dans des combats
stériles qui, à aucun moment, n'ont contraint l'Etat et
le patronat à revenir sur les plans d'austérité C'est
ce qu'on a pu voir encore récemment, par exemple, avec la grève
des travailleurs d'Air France à l'automne 93 où, grâce
aux manoeuvres de sabotage des syndicats, le gouvernement et le patronat
sont parvenus à imposer leur plan d'austérité et
à enchaîner les ouvriers derrière la défense
des intérêts de leurs exploiteurs. C'est ce qu'on a vu encore
dans les luttes des enseignants en France du printemps 2003 où
les syndicats ont divisé et mené à la défaite.
Même lorsque les prolétaires parviennent, comme c'était
le cas en mai 68, à obtenir la satisfaction de leurs revendications,
ces gains sont immédiatement repris par la bourgeoisie dès
que la mobilisation ouvrière cesse. Faut-il en conclure que la
lutte ne paie pas et ne sert à rien ? Non.
La lutte est, en elle-même, une première victoire pour la
classe ouvrière. D'abord parce qu'elle permet au prolétariat
de prendre conscience de sa force en tant que classe, d'affirmer son identité,
son unité, sa solidarité dans la lutte, et de résister
ainsi à l'isolement, au "chacun pour soi" que cherche
en permanence à lui insuffler la bourgeoisie.
C'est à travers la lutte que la classe ouvrière apprend
aussi à reconnaître ses ennemis, à déjouer
peu à peu les manoeuvres des syndicats et à prendre confiance
en elle-même. C'est dans et par la lutte qu'elle forge ses armes
pour les combats futurs, qu'elle apprend à s'organiser massivement,
à développer son unité, à prendre elle-même
en charge la direction de ses combats, notamment en tirant les leçons
de ses échecs passés. C'est en se mobilisant pour la défense
de ses conditions de vie que la classe ouvrière développe
sa conscience de classe, la conscience des enjeux de ses combats. En réalisant
que l'Etat et le patronat ne peuvent plus leur faire la moindre concession
durable, les ouvriers perdent leurs dernières illusions sur le
capitalisme. Ils prennent de plus en plus conscience de la faillite de
ce système.
Ainsi toutes ses luttes de résistance aux attaques de la bourgeoisie
constituent autant de préparatifs qui doivent permettre au prolétariat
de renverser demain le capitalisme. Seule cette lutte révolutionnaire
sera en mesure d'apporter une réponse définitive à
la misère et à la barbarie du monde actuel.
Et cette perspective, les ouvriers ne doivent pas la considérer
comme une utopie, un vieux rêve irréalisable. Il leur faut
surmonter le sentiment d'impuissance que toutes les campagnes médiatiques
de la bourgeoisie tentent de leur insuffler en permanence. Eux seuls ont
la capacité de changer le monde parce qu'ils sont justement l'unique
force de la société dont les intérêts sont
totalement et radicalement opposés à ceux du capital. D'ores
et déjà, les combats qu'ils ont menés depuis la fin
des années 60 ont constitué un frein au développement
de la misère et au déchaînement de la guerre généralisée.
En effet, c'est parce que, depuis plus de trente ans, le prolétariat
d'Europe occidentale a été capable de développer
ses luttes, notamment contre les licenciements et les suppressions d'emplois,
que le chômage massif ne s'est pas développé plus
tôt dans les pays industrialisés alors que la crise n'a cessé
de s'aggraver depuis la fin des années 60. Face à la combativité
du prolétariat, c'est avec une conscience claire des risques qu'elle
encourait, que la bourgeoisie a planifié, en les étalant
dans l'espace et dans le temps, ses programmes de "restructuration"
industrielle afin d'éviter une explosion massive et incontrôlée
de la colère ouvrière.
En particulier, tout au long des années 80, malgré l'accélération
brutale de la crise marquée par la récession mondiale de
81-82, elle n'a pas eu l'audace de porter des attaques à la mesure
de la gravité de la situation économique. Les combats qu'avaient
menés les ouvriers de Longwy-Denain en France en 78-79 contre les
licenciements, de même qu'en Italie, en Espagne, en Belgique, en
Grande-Bretagne..., ont en effet incité la bourgeoisie à
la plus grande prudence.
C'est aussi parce que la classe ouvrière a été capable
de développer ses luttes contre les effets de la crise que la bourgeoisie
n'a pas pu entraîner la société dans une 3ème
guerre mondiale lorsque les deux blocs impérialistes de l'URSS
et des USA se trouvaient face à face. Dans la mesure où
les prolétaires des pays centraux n'étaient pas prêts
à accepter les sacrifices pour la défense de l'économie
nationale, la bourgeoisie n'a pas pu leur imposer le sacrifice ultime
de leur vie en les embrigadant dans une nouvelle boucherie impérialiste.
Oui, la classe ouvrière constitue une force gigantesque dans la
société, une force qui détient entre ses mains le
destin de toute l'espèce humaine. C'est sa lutte contre les effets
de la crise du capital qui détermine la perspective vers laquelle
se dirige la société. C'est sa capacité à
s'affirmer sur la scène sociale qui a freiné l'extension
de la misère absolue dans les pays industrialisés et qui
à empêché la bourgeoisie d'engloutir toute l'humanité
dans l'apocalypse d'une nouvelle guerre mondiale.
Cette force, les ouvriers doivent en prendre pleinement conscience en
comprenant que sans le développement de leurs combats de classe,
le monde ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui, la situation serait bien
pire encore.
Voilà pourquoi, malgré toutes les campagnes de la bourgeoisie
qui cherchent à le démoraliser -- la classe ouvrière
n'existerait plus, stalinisme égalerait communisme, marxisme égalerait
stalinisme, il n'y aurait rien d'autre que le capitalisme… - le prolétariat
a toutes les raisons de reprendre confiance en lui-même. Si la bourgeoisie
développe de telles campagnes, si elle remet en selle aujourd'hui
ses syndicats, c'est justement parce qu'elle sait que le prolétariat
est son ennemi mortel, le seul qui puisse renverser le capitalisme.
La bourgeoisie cherche à empêcher le développement
des luttes ouvrières
Avec la prolongation de la crise, la bourgeoisie peut de moins en moins
tirer sa force des illusions du prolétariat sur la capacité
du capitalisme à lui donner un avenir meilleur. Aujourd'hui, cette
force réside essentiellement dans son habileté à
manoeuvrer pour empêcher le développement des luttes contre
la misère, les licenciements, le chômage.
En même temps que se déchaînent ses attaques contre
les conditions de vie de la classe ouvrière, le matraquage idéologique
cherche à paralyser les ouvriers, à les intimider, à
développer le réflexe du "chacun pour soi" en
faisant croire que, plus les ouvriers se tiendront tranquilles et continueront
à accepter les plans d'austérité, moins ils auront
de chance d'être licenciés.
Le patronat, l'Etat, ses partis et ses syndicats exploitent aujourd'hui
à fond la peur du chômage pour renforcer encore les hésitations
du prolétariat à engager la lutte. C'est pour cela que ses
médias ne se privent pas d'étaler quotidiennement le désarroi
d'ouvriers jetés sur le pavé du jour au lendemain, sans
préavis. C'est pour semer l'angoisse qu'on nous "informe"
régulièrement des mesures les plus expéditives tels,
par exemple, les "licenciements express" annoncés dans
les ateliers par haut parleur ou encore du dépôt de bilan
de telle ou telle entreprise durant les congés d'été.
Toutes ces informations ne sont nullement gratuites. Elles font partie
d'une vaste offensive idéologique destinée à démoraliser
les ouvriers, à leur donner un sentiment d'isolement, d'impuissance
et de fatalité. En regardant ces images, en écoutant ces
interviews d'ouvriers licenciés, chacun peut, en effet, rentrer
la tête dans les épaules et penser : "Ca peut arriver
à n'importe qui. Demain, ce sera peut-être mon tour".
Les méthodes particulièrement brutales avec lesquelles la
bourgeoisie licencie aujourd'hui révèle, s'il en était
encore besoin, tout le cynisme et le mépris de la classe dominante
à l'égard de ceux qu'elle exploite.
Ouvriers, il faut résister à toutes ces manoeuvres d'intimidation
! Il faut se défendre tous ensemble dans la lutte.
Ce combat, la bourgeoisie sait que la classe ouvrière est capable
de l'engager. C'est pour cela qu'elle s'est efforcée, dans le mouvement
de 95 en France, de redonner une nouvelle vigueur à ses syndicats
et qu'elle veille à entretenir leur crédibilité,
de même que celle de ses partis de gauche (PC et PS) qui ne prétendent
défendre les intérêts ouvriers que pour mieux les
mystifier. C'est sur eux qu'elle compte, ainsi que sur son extrême-gauche
(Trotskistes et anarchistes officiels notamment ), pour saboter les luttes
ouvrières, les diviser, les isoler les unes des autres.
Aujourd'hui, comme hier, alors que le chômage est une attaque qui
frappe l'ensemble de la classe ouvrière, les syndicats cherchent,
en chaque occasion, à convaincre les ouvriers qu'ils sont confrontés
à un problème "particulier".
Alors que cette attaque nécessite la riposte la plus unie, la plus
large, la plus massive possible, les syndicats s'efforcent de la circonscrire,
de la limiter à telle ou telle "catégorie", tel
ou tel endroit, tel ou tel moment : un jour dans une entreprise ou un
secteur, le lendemain dans un autre; un jour dans une ville ou une région,
le lendemain dans une autre; un jour c'est un problème d'immigrés",
un autre un problème de région; un jour c'est un problème
de "jeunes"", un autre un problème de "vieux",
etc.
Toutes ces manoeuvres de division, on les a vues ouvertement tout au
long des années 70 et 80, à travers les slogans usinistes,
corporatistes, régionalistes, nationalistes des syndicats : "Manufrance
vivra", "Renault vivra", "la Lorraine vivra",
"la sidérurgie française vivra"... Aujourd'hui,
c'est clair : tous ces discours derrière lesquels les syndicats,
CGT en tête, ont baladé les ouvriers de "journées
d'actions" en opérations "ville morte", de manifestations
bidon en "actions commando", n'ont servi qu'à une chose
: faire passer les licenciements.
Dans les années 90, c'est le même travail de sabotage qu'on
a retrouvé dans toutes les "mobilisations" des syndicats,
à Air-France comme aux usines Chausson, dans le secteur public
comme dans le secteur privé : faire accepter le chômage massif,
les baisses de salaires, les suppressions d'emplois, dans le seul intérêt
du capital national.
Aujourd'hui comme hier, sous des apparences radicales, ils sont les auxiliaires
de l'Etat, pour faire passer les attaques massives contre les retraites,
la santé et pour faire baisser les allocations des chômeurs.
Comment lutter ?
Pour pouvoir affronter efficacement tout ce travail planifié,
organisé de division, d'isolement, de démobilisation, il
faut réagir en tant que classe. Partout, les ouvriers se battent
pour la défense de leurs conditions d'existence, pour l'avenir
de leurs enfants, contre un seul et même ennemi : l'Etat capitaliste.
Toute lutte contre le chômage, les licenciements, pour des conditions
de vie décentes, concerne immédiatement l'ensemble de la
classe ouvrière : tous les ouvriers peuvent et doivent y participer.
Les ouvriers actifs et au chômage doivent se rassembler, unir leurs
forces, prendre en main, étendre et coordonner leurs luttes.
Ouvriers au chômage,
Il ne faut pas rester isolés et atomisés, chacun dans son
coin. En perdant leur emploi, les chômeurs encourent aujourd'hui
le risque de se laisser emporter par le désespoir, de sombrer dans
la débrouille individuelle, et de perdre ainsi leur identité
de classe. Pour ne pas céder à la démoralisation,
il n'y a qu'un seul moyen : se regrouper, former des comités de
chômeurs, aller discuter dans tous les lieux où ils peuvent
se rencontrer, aux portes des bureaux de chômage et des ANPE.
Ce n'est qu'en luttant tous ensemble que les chômeurs pourront défendre
leurs conditions d'existence, contre les expulsions, les saisies, les
coupures de gaz et d'électricité, etc. Ils doivent imposer
que l'Etat leur garantisse le minimum vital : un logement décent,
la gratuité des soins médicaux, de quoi se nourrir, se vêtir,
eux et leur famille... Ils doivent défendre leur dignité
d'êtres humains, en refusant de se laisser réduire à
l'état d'indigents. A travers toutes ces revendications, ce qu'ils
exigent, ce n'est pas une aumône mais le produit de leur travail
passé, le produit du travail que le capital extorque à l'ensemble
de la classe ouvrière.
Les ouvriers au chômage ne doivent pas demander aux ouvriers "actifs"
de "partager le travail et le salaire" comme le préconise
toute la bourgeoisie, de droite comme de gauche. Cette fausse solidarité
reviendrait à partager et aggraver la misère pour tous.
En luttant pour le minimum vital, contre les expulsions, les ouvriers
au chômage mènent le même combat que ceux qui se mobilisent
sur leur lieu de travail. En les rejoignant dans la lutte, ils retrouvent
ainsi la véritable solidarité ouvrière.
Les chômeurs n'ont pas d'autre choix que de résister collectivement
en comprenant que leur lutte, en tant que prolétaires expulsés
de la production, fait partie du combat général de toute
la classe ouvrière. C'est la même classe ouvrière
qui chôme et qui travaille. C'est la même classe capitaliste
qui attaque tous les prolétaires, qu'ils soient au chômage
ou en activité. C'est la même classe d'exploiteurs qui cherche
encore, à travers ses attaques, à les diviser, à
les opposer les uns aux autres en leur faisant croire que les chômeurs
vivent sur le dos de ceux qui travaillent.
C'est pour cela que leur lutte, les ouvriers au chômage ne peuvent
la mener ni derrière les soutanes des curés, ni derrière
les banderoles des syndicats. Ils doivent la prendre eux-mêmes en
main.
Si la classe dominante s'efforce de reconstituer des "syndicats de
chômeurs", ce n'est pas pour donner aux ouvriers le "droit"
de se défendre, mais bien pour se donner les moyens de contenir
les explosions de colère des chômeurs. En mettant en place
ces structures d'encadrement, elle cherche à enfermer leurs luttes
dans le cadre de la légalité bourgeoise, elle cherche à
les isoler du reste de la classe ouvrière en leur faisant croire
que les chômeurs constituent une catégorie "à
part", dont les intérêts n'ont rien de commun avec ceux
des ouvriers au travail.
Parce que leur lutte appartient à celle de toute la classe ouvrière,
ils doivent :
- éviter à tout prix de se replier sur eux-mêmes,
se constituer en comités de chômeurs, les ouvrir à
tous les ouvriers qui veulent lutter, qu'ils soient chômeurs ou
en activité;
- rejoindre le combat des ouvriers au travail en allant massivement chercher
la solidarité aux portes des usines, dans les manifestations, les
assemblées générales, les comités de lutte;
- comprendre qu'en se coupant du reste de leur classe, ils n'ont aucun
moyen de s'en sortir. Leur force, ils ne pourront la puiser que dans la
recherche de la solidarité, de l'unité la plus large possible
avec les travailleurs en lutte.
Ouvriers au travail,
La condition de chômeur résume aujourd'hui la condition
générale de toute la classe ouvrière. Elle révèle
l'avenir que le capitalisme réserve à tous ceux qui ont
la "chance" (pour combien de temps?) d'avoir encore un emploi.
Déjà, la fin du plein emploi, la généralisation
du chômage partiel qui tendent à s'installer dans tous les
secteurs, tous les pays, montrent qu'aucune partie de la classe ouvrière
ne peut désormais échapper à cette attaque.
Parce que le chômage touche tous les prolétaires, la lutte
des ouvriers au travail n'est pas différente de celle des chômeurs.
Cette attaque contre l'ensemble de la classe ouvrière nécessite
une riposte massive et unie de tous les ouvriers au chômage et au
travail.
Pour développer un tel combat, il faut d'abord refuser d'adhérer
aux mensonges de la bourgeoisie qui prétendent que les amputations
de salaires sont destinées à entretenir les chômeurs.
C'est faux !
Si la classe dominante baisse les salaires, c'est d'abord et avant tout
pour réduire les coûts de production de ses marchandises
et renforcer leur compétitivité sur le marché mondial.
Cette concurrence entre capitalistes, ceux qui nous exploitent veulent
aujourd'hui l'introduire dans les rangs de la classe ouvrière.
En imposant toujours plus de sacrifices au nom de la "solidarité"
avec les chômeurs, ils cherchent à dénaturer la véritable
solidarité de classe des prolétaires.
Il ne faut pas céder à tous ces mensonges !
C'est d'abord en engageant le combat sur tous les lieux de travail que
les ouvriers au travail peuvent montrer à leurs frères de
classe exclus de la production qu'ils ne sont ni des "privilégiés"
ni des "nantis", comme le répètent depuis des
années la classe dominante et ses médias.
C'est ensuite en développant la lutte qu'ils peuvent exprimer la
véritable solidarité ouvrière et faire la preuve
que cette solidarité constitue la seule force capable d'affronter
le capital. Pour cela, les ouvriers doivent chercher à étendre
immédiatement leurs luttes, en envoyant des délégations
massives aux autres entreprises, aux autres secteurs, pour les appeler
à engager le combat à leur tour. Ils doivent chercher à
unifier leurs luttes en mettant en avant non seulement les revendications
spécifiques à tel ou tel secteur ou entreprise, mais aussi
et surtout les revendications communes à tous.
Dans cette dynamique vers l'unification de tous les foyers de lutte,
les ouvriers au travail ont la responsabilité d'intégrer
les chômeurs à leur combat. Pour cela, ils doivent :
- sortir des usines et aller à la rencontre des chômeurs
en envoyant des délégations massives dans les quartiers
ouvriers, aux portes des ANPE, dans les associations et les comités
de chômeurs;
- faire leurs les revendications des ouvriers au chômage, les appeler
à participer aux assemblées générales, aux
manifestations afin de les entraîner dans un seul et même
mouvement de toute la classe ouvrière;
- comprendre que les ouvriers au chômage font partie intégrante
de leur classe.
C'est uniquement dans la lutte que les ouvriers au travail pourront affirmer
leur solidarité vis-à-vis des chômeurs en comprenant
que ces derniers n'ont, s'ils restent isolés, aucune possibilité
de s'en sortir.
Les ouvriers au travail doivent se situer aux avant-postes du combat.
Participant à une vie collective avec leurs camarades de travail,
ils sont, de ce fait, moins exposés que les chômeurs au danger
de "lumpénisation" résultant de la décomposition
de la société capitaliste (drogue, prostitution, trafic
de toutes sortes, débrouille individuelle, délinquance...).
Ils ont les moyens de bloquer la production, de paralyser toute l'activité
économique capitaliste, et par conséquent d'exercer une
pression sur la bourgeoisie, de montrer au grand jour la force du prolétariat.
Pour pouvoir assumer cette responsabilité, défendre les
intérêts de toute la classe ouvrière et dégager
une perspective pour l'ensemble de la société, les ouvriers
doivent prendre eux-mêmes en charge la direction de leurs combats.
Ils ne peuvent compter ni sur les syndicats, ni sur leurs appendices gauchistes
pour unifier leurs luttes. Bien au contraire. Confier les rênes
du combat à ces structures d'encadrement capitalistes, à
ces spécialistes de la division et du sabotage organisé,
c'est aller tout droit à la défaite.
Il faut empêcher les syndicats de confisquer les armes de la lutte
(assemblées générales et manifestations massives,
comités de grève, comités de lutte, etc.). Les AG
doivent :
- rester ouvertes à tous les ouvriers, qu'ils soient en activité
ou au chômage;
- être des lieux où se décident collectivement les
actions à mener, où chacun peut prendre la parole, faire
des propositions et les soumettre au vote;
- élire des délégués, révocables à
tout moment et responsables devant l' ensemble des ouvriers en lutte.
C'est seulement en gardant ainsi en permanence le contrôle de la
lutte que les ouvriers peuvent se donner les moyens de déjouer
les pièges des syndicats. C'est seulement en prenant confiance
en eux-mêmes qu'ils peuvent faire l'expérience de leur propre
force en tant que classe solidaire, unie, organisée et consciente.
De l'unification des luttes ouvrières dépend l'avenir
de l'humanité
Ouvriers au chômage, ouvriers au travail !
En rejetant de la production des masses sans cesse croissantes de prolétaires,
le capitalisme mondial dévoile son vrai visage : celui d'un système
qui n'a plus rien à proposer à l'humanité qu'une
misère et une barbarie toujours plus effroyables. Il fait la preuve
de sa faillite historique.
Ce système ne peut donner un travail et un salaire aux ouvriers,
se servir de leurs bras et de leur cerveau, que lorsqu'il a les moyens
de surmonter ses crises. Aujourd'hui, s'il plonge des dizaines de millions
de prolétaires dans le dénuement le plus total, s'il condamne
les deux tiers de l'humanité à la famine, c'est justement
parce qu'il n'est plus capable de résoudre les contradictions qui
l'assaillent.
Les ouvriers doivent oser regarder la réalité en face :
un système qui menace la survie de l'espèce humaine, non
parce qu'il ne produit pas assez, mais parce qu'il produit trop, est une
absurdité.
Ce système moribond, la classe ouvrière mondiale a la responsabilité
de le détruire avant qu'il n'entraîne dans son agonie toute
la société. Ce n'est qu'en s'attaquant aux fondements mêmes
du capitalisme, en développant et unifiant partout ses luttes contre
la misère et l'exploitation, que le prolétariat pourra accomplir
sa tâche historique. C'est pour cela que ses luttes immédiates
pour la défense de ses conditions de vie portent avec elles une
perspective plus globale, celle du renversement du capitalisme, pour la
construction d'une autre société sans crise, sans exploitation,
sans famines, sans guerres. Une société dont l'activité
économique sera déterminée non par la recherche du
profit, non par les contraintes du marché, mais par la satisfaction
des besoins de toute l'humanité.
Seule cette transformation du monde par le prolétariat pourra mettre
définitivement un terme au fléau du chômage car elle
nécessitera le concours de tous à la production. L'activité
productive, source de richesses pour l'ensemble de l'humanité,
ne signifiera plus contrainte et abrutissement, mais au contraire travail
propice à l'auto réalisation de tous et de chacun.
Tels sont les véritables enjeux des combats de la classe ouvrière.
En engageant et développant la lutte contre le chômage sous
toutes ses formes, le prolétariat ne s'attaque pas seulement à
un aspect de la barbarie capitaliste. Il attaque cette barbarie à
sa racine.
A la différence des émeutes sans lendemain dans les pays
du tiers-monde ou dans les banlieues des grandes métropoles industrielles,
cette lutte est d'emblée un combat à l'échelle de
toute la société. Un combat qui porte avec lui, non seulement
la défense immédiate du niveau de salaire, mais l'abolition
du salariat.
C'est à travers le développement de l'unité et de
la solidarité de tous les ouvriers en lutte que le prolétariat
prendra conscience de son être en tant que classe révolutionnaire.
Cette unité et cette solidarité constituent une nécessité
vitale pour le renversement du capitalisme. C'est bien cette unité
et cette solidarité qui seront, demain, une des bases sur lesquelles
la classe exploitée devra édifier une véritable communauté
humaine mondiale.
Courant Communiste International (janvier 04)