Construction de l'organisation révolutionnaire : les 20 ans du Courant Communiste International.

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Il y a 20 ans, en janvier 1975, était constitué le Courant Communiste International. C'est une durée impor­tante pour une organisation interna­tionale du prolétariat si l'on pense que l'AIT n'avait vécu que 12 ans (1864-1876), l'Internationale Socia­liste 25 ans (1889-1914) et l'Interna­tionale Communiste 9 ans (1919-1928). Evidemment, nous ne préten­dons pas que notre organisation ait joué un rôle comparable à celui des internationales ouvrières. Cependant, l'expérience des vingt années d'exis­tence du CCI appartient pleinement au prolétariat dont notre organisation est une émanation au même titre que les internationales du passé et que les autres organisations qui défen­dent aujourd'hui les principes com­munistes. En ce sens, il est de notre devoir, et cet anniversaire nous en donne l'occasion, de livrer à notre classe quelques uns des enseigne­ments que nous tirons de ces deux décennies de combat.

Lorsqu'on compare le CCI aux organisations qui ont marqué l'histoire du mouvement ou­vrier, notamment les internationales, on peut être saisi d'un certain vertige : alors que des millions ou des dizaines de millions d'ou­vriers appartenaient, ou étaient influencés par ces organisations, le CCI n'est connu de par le monde que par une infime minorité de la classe ouvrière. Cette situation, qui est aujourd'hui d'ailleurs le lot de toutes les au­tres organisations révolutionnaires, si elle doit nous inciter à la modestie, n'est pas pour nous, cependant, un motif de sous-es­timation du travail que nous accomplissons, encore moins de découragement. L'expé­rience historique du prolétariat, depuis que cette classe est apparue comme un acteur de la scène sociale, il y a un siècle et demi, nous a montré que les périodes où les posi­tions révolutionnaires ont exercé une réelle influence sur les masses ouvrières sont rela­tivement réduites. C'est d'ailleurs en s'appuyant sur cette réalité que les idéologues de la bourgeoisie ont prétendu que la révolution prolétarienne est une pure utopie puisque la majorité des ouvriers ne croit pas qu'elle soit nécessaire ou possible. Mais ce phénomène, qui était déjà sensible lorsqu'il existait des partis ouvriers de masse, comme à la fin du siècle dernier et au début du 20e siècle, s'est encore amplifié après la défaite de la vague révolutionnaire qui a surgi au cours et à la suite de la première guerre mondiale.

Après que la classe ouvrière ait fait trembler la bourgeoisie mondiale, celle-ci a pris sa revanche en lui faisant subir la plus longue et profonde contre-révolution de son his­toire. Et ce sont justement les organisations que la classe s'était données pour son com­bat, les syndicats ainsi que les partis socia­listes et les partis communistes, qui ont constitué, en passant dans le camp bour­geois, le fer de lance de cette contre-révolu­tion. Les partis socialistes, dans leur grande majorité, s'étaient déjà mis au service de la bourgeoisie lors de la guerre elle-même, ap­pelant les ouvriers à « l’Union nationale », participant même, dans certains pays, aux gouvernements qui déchaînaient la bouche­rie impérialiste. Puis, quand la vague révo­lutionnaire s'est déployée, avec et à la suite de la révolution d'octobre 1917 en Russie, ces mêmes partis se sont faits les exécuteurs des hautes oeuvres de la bourgeoisie, soit en sabotant délibérément le mouvement, comme en Italie en 1920, soit en jouant di­rectement le rôle de « chien sanglant », en prenant la direction du massacre des ou­vriers et des révolutionnaires, comme en Allemagne en 1919. Par la suite, les partis communistes, constitués autour des fractions des PS qui avaient refusé de marcher dans la guerre impérialiste et qui avaient pris la tête de la vague révolutionnaire en se ralliant à l'Internationale Communiste (fondée en mars 1919), ont suivi le chemin de leurs prédé­cesseurs socialistes. Entraînés par la défaite de la révolution mondiale et par la dégéné­rescence de la révolution en Russie, ils ont rejoint au cours des années 1930 le camp capitaliste pour se faire, au nom de l'antifascisme et de la «défense de la Patrie socia­liste », les meilleurs sergents recruteurs pour la seconde guerre mondiale. Principaux artisans des mouvements de « résistance » contre les armées occupantes d'Allemagne et du Japon, ils ont poursuivi leur sale besogne en encadrant férocement les prolétaires dans la reconstruction des économies capitalistes détruites.

Tout au cours de cette période, l'influence massive que pouvaient avoir les partis so­cialistes ou « communistes » sur la classe ouvrière était à la mesure de la chape idéo­logique qui étouffait la conscience des prolé­taires saoulés de chauvinisme et qui, soit s'étaient détournés de toute perspective de renversement du capitalisme, soit étaient conduits à confondre cette perspective avec le renforcement de la démocratie bour­geoise, soit subissaient le mensonge suivant lequel les Etats capitalistes du bloc de l'Est étaient des incarnations du « socialisme ». Alors qu'il était « minuit dans le siècle », les forces réellement communistes qui avaient été chassées de l'Internationale communiste dégénérescente se sont retrouvées dans un isolement extrême, quand elles n'étaient pas, purement et simplement, exterminées par les agents staliniens ou fascistes de la con­tre-révolution. Dans les pires conditions de l'histoire du mouvement ouvrier, les quel­ques poignées de militants qui ont réussi à échapper au naufrage de l'IC ont poursuivi un travail de défense des principes commu­nistes afin de préparer le futur resurgissement historique du prolétariat. Beaucoup y ont laissé leur vie ou s'y sont épuisés à tel point que leurs organisations, les fractions et groupes de la Gauche communiste, ont dis­paru ou bien ont été frappées de sclérose.

La terrible contre-révolution qui a écrasé la classe ouvrière après ses combats glorieux du premier après-guerre s'est prolongée pen­dant près de 40 ans. Mais lorsque les der­niers feux de la reconstruction du second après-guerre se sont éteints et que le capita­lisme a de nouveau été confronté à la crise ouverte de son économie, à la fin des années 1960, le prolétariat a redressé la tête. Mai 1968 en France, le « Mai rampant » de 1969 en Italie, les combats ouvriers de l'hiver 1970 en Pologne et toute une série de luttes ouvrières en Europe et sur d'autres conti­nents : c'en était fini de la contre-révolution. Et la meilleure preuve de ce changement fondamental du cours historique a été le surgissement et le développement en de nombreux endroits du monde de groupes se rattachant, souvent de façon confuse, à la tradition et aux positions de la Gauche communiste. Le CCI s'est constitué en 1975 comme regroupement d'un certain nombre de ces formations que la reprise historique du prolétariat avait fait surgir. Le fait que, depuis cette date, le CCI non seulement se soit maintenu, mais qu'il se soit étendu, en doublant le nombre de ses sections territo­riales, constitue la meilleure preuve de cette reprise historique du prolétariat, le meilleur indice que celui-ci n'ait pas été battu et que le cours historique reste toujours aux affron­tements de classe. C'est là la première leçon qu'il s'agit de tirer de ces 20 ans d'existence du CCI ; en particulier contre l'idée partagée par beaucoup d'autres groupes de la Gauche communiste qui considèrent que le proléta­riat n'est pas encore sorti de la contre-révo­lution.

Dans la Revue Internationale n° 40, à l'oc­casion du 10e anniversaire du CCI, nous avions déjà tiré un certain nombre d'ensei­gnements de notre expérience au cours de cette première période. Nous ne les rappel­lerons que brièvement ici afin de souligner plus particulièrement ceux que nous tirons de la période qui a suivi. Cependant, avant de dresser un tel bilan, il faut revenir rapi­dement sur l'histoire du CCI. Et pour les lec­teurs qui n'ont pu prendre connaissance de l'article d'il y a dix ans, nous en reproduisons ici de larges extraits qui traitent justement de cette histoire.

Revue Internationale n° 80

La constitution d'un pôle de regroupement international

La « préhistoire » du CCI

« La première expression organisée de notre courant a surgi au Venezuela en 1964. Elle consistait en un petit noyau d'éléments très jeunes qui ont commencé à évoluer vers les positions de classe à travers des discussions avec un camarade plus âgé [il s'agit du ca­marade Marc dont nous reparlerons plus loin] ayant derrière lui toute une expérience militante au sein de l'Internationale Com­muniste, dans les fractions de gauche qui en avaient été exclues à la fin des années 1920, et notamment dans la "Fraction de gauche du Parti Communiste d'Italie", et qui avait fait partie de la "Gauche Communiste de France" jusqu'à sa dissolution en 1952. D'emblée donc, ce petit groupe du Venezuela - qui, entre 1964 et 1968, a publié une di­zaine de numéros de la revue Internacionalismo- s'est situé en continuité politique avec les positions qui avaient été celles de la Gauche communiste et notamment de la GCF. Cela s'est particulièrement exprimé par un rejet très net de toute politique de soutien aux prétendues "luttes de libération nationale" dont le mythe, dans ce pays d'Amérique latine, pesait très lourdement sur les éléments qui essayaient de s'appro­cher vers les positions de classe. Cela s'est exprimé également par une attitude d'ouver­ture et de contact vers les autres groupes communistes, attitude qui avait déjà carac­térisé la Gauche Communiste Internationale avant la seconde guerre mondiale et la GCF après celle-ci. C'est ainsi que le groupe Internacionalismo a établi ou tenté d'établir des contacts et des discussions avec le groupe américain News and Letters... et, en Europe, avec toute une série de groupes se situant sur des positions de classe (...) Avec le départ de plusieurs de ses éléments vers la France en 1967 et 1968, ce groupe a in­terrompu pendant plusieurs années sa pu­blication avant de reprendre Internacionalismo Nouvelle Série (en 1974) et d'être une partie constitutive du CCI en 1975.

La deuxième expression organisée de notre courant est apparue en France sur la lancée de la grève générale de mai 1968 qui mar­que le resurgissement historique du prolé­tariat mondial après plus de 40 ans de con­tre-révolution. Un petit noyau se forme à Toulouse autour d'un militant d’Internacionalismo, noyau qui participe activement dans les discussions animées du printemps 1968, adopte une déclaration de principes en juin et publie le premier numéro de la re­vue Révolution Internationale à la fin de la même année. Immédiatement, ce groupe re­prend la politique d'Internacionalismo de recherche des contacts et discussions avec les autres groupes du milieu prolétarien tant au niveau national qu'international (...) A partir de 1970, il établira des liens plus étroits avec deux groupes qui surnagent au milieu de la décomposition générale du cou­rant conseil liste qui a suivi mai 1968 : l’ "Organisation Conseil liste de Clermont-Ferrand" et les Cahiers du Communisme de Conseil (Marseille) après une tentative de discussion avec le "Groupe de Liaison pour l'Action des Travailleurs" (GLAT) qui avait fait apparaître que ce groupe s'éloignait de plus en plus du marxisme. La discussion avec les deux groupes précédents s'avérera par contre beaucoup plus fructueuse et, après toute une série de rencontres où ont été examinées de façon systématique les positions de base de la gauche communiste, aboutira à une unification en 1972 de RI de l' "Organisation Communiste de Clermont" et des Cahiers du Communisme de Conseil autour d'une plate-forme qui reprend de fa­çon plus précise et détaillée la déclaration de principes de RI de 1968. Ce nouveau groupe va publier la revue Révolution Inter­nationale (Nouvelle Série) ainsi qu'un Bul­letin d'Etude et de Discussion et va consti­tuer l'animateur du travail de contacts et discussions internationales en Europe, jus­qu'à la fondation du CCI deux ans et demi plus tard.

Sur le continent américain, les discussions engagées par Internacionalismo avec News and Letters ont laissé des traces aux USA et, en 1970, se constitue à New York un groupe (dont font partie d'anciens militants de News and Letters...,) autour d'un texte d'orientation reprenant les mêmes positions fondamentales que Internacionalismo et RL Ce groupe commence la publication de la revue Internationalism et s'engage dans la même orientation que ses prédécesseurs d'établissement de discussions avec les au­tres groupes communistes. C'est ainsi qu'il maintient des contacts et discussions avec Root and Branch de Boston (qui est inspiré par les positions conseillistes de Paul Mattick) mais qui se révèlent infructueux, ce groupe évoluant de plus en plus vers un cé­nacle de marxologie. C'est ainsi surtout qu'en 1972, Internationalism envoie à une vingtaine de groupes une proposition de correspondance internationale dans les ter­mes suivants :

(...) "Avec le réveil de la classe ouvrière, il y a eu un développement considérable de groupes révolutionnaires qui se revendi­quent d'une perspective communiste interna­tionaliste. Cependant, les contacts et la cor­respondance entre groupes ont été malheu­reusement négligés et laissés au hasard. C'est pourquoi Internationalism propose, en vue d'une régularisation et d'un élargisse­ment de ces contacts, une correspondance suivie entre groupes se réclamant de cette perspective..."

Dans sa réponse positive RI précise : "Comme vous, nous sentons la nécessité de ce que les activités et la vie de nos groupes aient un caractère aussi international que les luttes actuelles de la classe ouvrière. C'est pour cette raison que nous avons entrepris des contacts épistolaires ou directs avec un certain nombre de groupes européens aux­quels a été envoyée votre proposition (...) Nous pensons que votre initiative permettra d'élargir le champ de ces contacts et, tout au moins, de mieux connaître et faire connaître nos positions respectives. Nous pensons également que la perspective d'une éven­tuelle conférence internationale est la suite logique de cette correspondance (...)"

Par sa réponse RI soulignait donc la né­cessité de s'acheminer vers la tenue de con­férences internationales de groupes de la gauche communiste. Cette proposition se trouvait en continuité des propositions répé­tées (en 1968, 69 et 71) qui avaient été fai­tes au "Partito Comunista Internazionalista" (Battaglia) d'appeler à de telles confé­rences dans la mesure où cette organisation était à l'époque en Europe la plus impor­tante et sérieuse dans le camp de la Gauche Communiste (à côté du PC/-Programma qui, lui, se confortait dans son "splendide isole­ment". Mais ces propositions, en dépit de l'attitude ouverte et fraternelle de Battaglia, avaient été à chaque fois repoussées...

En fin de compte, l'initiative l’Internationalism et la proposition de RI devaient aboutir à la tenue, en 1973 et en 1974, d'une série de conférences et rencontres en Angleterre et en France au cours desquelles s'étaient opérées une clarification et une décantation qui se sont traduites notamment par une évolution vers les positions de Rl-Internationalism, du groupe anglais World Révo­lution (issu d'une scission de Solidarity London qui allait publier le premier numé­ro de sa revue en mai 1974. Cette clarifica­tion et cette décantation avaient également et surtout créé les bases qui allaient per­mettre la constitution du CCI en janvier 1975. Pendant cette même période, en effet, RI avait poursuivi son travail de contacts et discussions au niveau international, non seulement avec des groupes organisés mais également avec des éléments isolés, lecteurs de sa presse et sympathisant avec ses posi­tions. Ce travail avait conduit à la constitu­tion de petits noyaux en Espagne et en Italie autour de ces mêmes positions et qui, en 1974, ont commencé la publication de Ac­tion Proletaria et Rivoluzione Internazionale.

Ainsi, à la conférence de janvier 1975, étaient présents Internacionalismo, Révolu­tion Internationale, Internationalism, World Révolution, Accion Proletaria et Rivoluzione Internazionale partageant les orientations politiques développées à partir de 1964 par Internacionalismo. Etaient également pré­sents Revolutionary Perpectives (qui avait participé aux conférences de 1973-74), le "Revolutionary Workers Group" de Chicago (avec qui RI et Internationalism avaient engagé des discussions en 1974) et "Pour une Intervention Communiste" (qui publiait la revue Jeune Taupe et était constitué de ca­marades ayant quitté RI en 1973...). Quant au groupe Workers Voice qui avait parti­cipé activement aux conférences des années précédentes, il avait rejeté l'invitation à cette conférence car il estimait désormais que RI, WR, etc. étaient des groupes bour­geois (sic) à cause de la position de la ma­jorité de leurs militants (...) sur la question de l'Etat dans la période de transition du capitalisme au communisme. Cette question figurait d'ailleurs à l'ordre du jour de la conférence de janvier 1975... Cependant, elle n'y fut pas discutée, la con­férence préférant consacrer un maximum de temps et d'attention à des questions beau­coup plus cruciales à ce moment là :

- l'analyse de la situation internationale ;

- les tâches des révolutionnaires dans celle-ci ;

- l'organisation dans le courant internatio­nal.

Finalement, les six groupes dont les plates-formes étaient basées sur les mêmes orien­tations décidaient de s'unifier en une orga­nisation unique dotée d'un organe central international et publiant une revue trimes­trielle en trois langues anglais, français et espagnol (...) qui prenait la relève du Bulle­tin d'Etude et de Discussion de RI. Le CCI était fondé. Comme l'écrivait la présenta­tion du n° 1 de la Revue Internationale "Un grand pas vient d'être fait". En effet, la fondation du CCI constituait l'aboutissement d'un travail considérable de contacts, de discussions, de confrontations entre les dif­férents groupes que la reprise historique des combats de classe avait fait surgir... Mais surtout, elle jetait les bases pour un travail bien plus considérable encore. »

Les dix premières années : la consolidation du pôle international

« Ce travail, les lecteurs de la Revue Inter­nationale (ainsi que de notre presse territo­riale) ont pu le constater depuis 10 ans et vient confirmer ce que nous écrivions dans la présentation du numéro 1 de la Revue : "D'aucuns pensent que c'est là [la constitu­tion du CCI et la publication de la Revue] une action précipitée. Rien de tel. On nous connaît assez pour savoir que nous n'avons rien de ces braillards activistes dont l'acti­vité ne repose que sur un volontarisme aussi effréné qu'éphémère." ([1]) (...) Tout au long de ses dix années d'existence, le CCI a évi­demment rencontré de nombreuses difficul­tés, a dû surmonter de nombreuses faibles­ses, dont la plupart étaient liées à la rupture d'une continuité organique avec les organi­sations communistes du passé, à la dispari­tion ou à la sclérose des fractions de gauche qui s'étaient détachées de l'Internationale Communiste lors de sa dégénérescence. Il a également dû combattre l'influence délétère de la décomposition et de la révolte des couches de la petite bourgeoisie intellectuelle, influence particulièrement sensible après 1968, à la suite des mouvements es­tudiantins. Ces difficultés et faiblesses se sont par exemple traduites par plusieurs scissions (dont nous avons rendu compte dans notre presse) et par des soubresauts importants en 1981, en même temps que l'ensemble du milieu révolutionnaire et qui ont notamment abouti à la perte de la moitié de notre section en Grande-Bretagne. Face à ses difficultés de 1981, le CCI a même été conduit à organiser une conférence extra­ordinaire en janvier 1982 en vue de réaffir­mer et de préciser ses bases programmatiques, en particulier sur la fonction et la structure de l'organisation révolutionnaire. De même, certains des objectifs que s'était fixés le CCI n'ont pu être atteints. C'est ainsi que la diffusion de notre presse est restée en deçà de nos espérances. (...)

Cependant, s'il nous faut faire un bilan glo­bal de ces 10 années, il faut affirmer qu'il est nettement positif. Il est particulièrement positif si on le compare à celui des autres organisations communistes qui existaient au lendemain de 1968. Ainsi, les groupes du courant conseilliste, même ceux qui avaient fait un effort pour s'ouvrir au travail inter­national, comme ICO, ont soit disparu, soit sombré dans la léthargie : le GLAT, ICO, l'Internationale Situationniste, le Spartacusbond, Root and Branch, le PIC, les groupes conseillistes du milieu Scandinave, la liste est longue (et non exhaustive) ... Quant aux organisations se rattachant à la gauche italienne et qui, toutes, s'auto-proclamaient LE PARTI, soit elles ne sont pas sorties de leur provincialisme, soit elles se sont disloquées ou ont dégénéré en groupes gauchistes, tel Programme Communiste ([2]), soit elles en sont aujourd'hui encore à imiter ce que le CCI a réalisé il y a dix ans, et ceci de façon poussive et dans la confusion comme c'est le cas de Battaglia Comunista et de la CWO (avec le BIPR). Aujourd'hui, après l'effondrement comme un château de cartes du (prétendu) Parti Communiste In­ternational, après les échecs du FOR... aux USA (Focus), le CCI reste la seule organi­sation communiste vraiment implantée au niveau international.

Depuis sa fondation en 1975, le CCI non seulement a renforcé ses sections territoria­les d'origine, mais il s'est implanté dans d'autres pays. La poursuite du travail de contacts et de discussions à l'échelle inter­nationale, l'effort de regroupement des révo­lutionnaires ont permis l'établissement de nouvelles sections du CCI : -1975, constitution de la section en Belgi­que qui publie en deux langues la revue, puis le journal Internationalisme et qui comble le vide laissé par la disparition, au lendemain de la seconde guerre, de la Fraction Belge de la Gauche Communiste Internationale.

-1977, constitution du noyau aux Pays-Bas qui entreprend la publication de la revue Wereld Revolutie ; c'est un événement de premier plan dans ce pays qui fut la terre d'élection du conseillisme.

-1978, constitution de la section en Allema­gne qui commence la publication de la Re­vue Internationale en langue allemande et l'année suivante de la revue territoriale Weltrevolution ; la présence d'une organi­sation communiste en Allemagne est évi­demment de la plus haute importance compte tenu de la place prise par le prolé­tariat de ce pays dans le passé et qu'il prendra dans l'avenir.

- 1980, constitution de la section en Suède qui publie la revue Internationell Révolu­tion (...).

Si nous soulignons le contraste entre la re­lative réussite de l'activité de notre courant et l'échec des autres organisations c'est parce que cela met en évidence la validité des orientations qui furent les nôtres depuis 20 ans (1964) dans le travail de regroupe­ment des révolutionnaires, de construction d'une organisation communiste, orientations qu'il est de notre responsabilité de dégager pour l'ensemble du milieu communiste (...) »

Les principales leçons des dix premières années

« Les bases sur lesquelles s'est appuyé, dès avant sa constitution formelle, notre cou­rant dans son travail de regroupement ne sont pas nouvelles. Elles ont toujours, par le passé, constitué les piliers de ce type de tra­vail. On peut les résumer ainsi :

- la nécessité de rattacher l'activité révolu­tionnaire aux acquis passés de la classe, à l'expérience des organisations communis­tes qui ont précédé, de concevoir l'organi­sation présente comme un maillon de toute une chaîne d'organismes passés et futurs de la classe ;

- la nécessité de concevoir les positions et analyses communistes, non comme un dogme mort, mais comme un programme vivant, en constant enrichissement et ap­profondissement ;

- la nécessité d'être armés d'une conception claire et solide sur l'organisation révolu­tionnaire, sur sa structure et sa fonction au sein de la classe. »

Ces enseignements que nous tirions il y a déjà dix ans (et qui étaient plus développés dans la Revue Internationale n° 40 à la­quelle nous recommandons à nos lecteurs de se reporter) restent évidemment toujours valables et notre organisation a veillé en permanence à les mettre en pratique. Ce­pendant, alors que sa tâche centrale au cours de sa première décennie d'existence était de construire un pôle de regroupement interna­tional des forces révolutionnaires, sa respon­sabilité essentielle, dans la période qui a suivi, a consisté à faire face à toute une série d'épreuves (à « l'épreuve du feu », en quel­que sorte) découlant en particulier des bou­leversements qui allaient se produire sur la scène internationale.

L'épreuve du feu

Ainsi, lors du 6e congrès du CCI, qui s'est tenu en novembre 1985, quelques mois après les dix ans du CCI, nous disions : « A la veille des années 1980, le CCI a dési­gné celles-ci comme les "années de vérité", celles où les enjeux majeurs de toute la so­ciété allaient clairement se révéler dans leur formidable ampleur. A la moitié de cette dé­cennie, l'évolution de la situation interna­tionale a pleinement confirmé cette ana­lyse :

-par une nouvelle aggravation des convul­sions de l'économie mondiale qui se mani­feste dès le début des années 1980 par la récession la plus importante depuis celle des années 1930; - par une intensification des tensions entre blocs impérialistes qui se révèle notam­ment durant ces mêmes années, tant par un bond considérable des dépenses militaires que par le développement d'assourdissan­tes campagnes bellicistes dont s'est fait le chantre Reagan, chef de fie du bloc le plus puissant; - par la reprise, dans la seconde moitié de 1983, des combats de classe après leur repli momentané de 1981 à 1983 à la veille et à la suite de la répression des ou­vriers de Pologne, reprise qui se caracté­rise, en particulier, par une simultanéité des combats sans exemple par le passé, notamment dans les centres vitaux du capitalisme et de la classe ouvrière en Europe occidentale" (Résolution sur la si­tuation internationale, Revue internatio­nale n° 44, page 9).

Ce cadre s'est révélé valable jusqu'à la fin des années 1980, même si, évidemment, la bourgeoisie s'est fait, pendant un temps, un devoir de présenter la « reprise » de 1983 à 1990, basée sur un formidable endettement de la première puissance mondiale, comme une « sortie définitive » de la crise. Les faits sont têtus, comme disait Lénine, et depuis le début des aimées 1990, les tricheries capita­listes ont débouché sur une récession ou­verte encore plus longue et brutale que les précédentes et qui est venue transformer l'euphorie du bourgeois moyen en une pro­fonde morosité.

De même, la vague des luttes ouvrières ou­verte en 1983 s'est poursuivie, avec des moments de répit et des moments de plus grande intensité jusqu'en 1989, obligeant no­tamment la bourgeoisie à mettre en avant des formes variées du syndicalisme de base (telles les coordinations) afin de suppléer au discrédit croissant des structures syndicales officielles.

Cependant, il est un des aspects de ce cadre qui a été radicalement remis en cause en 1989 : celui des conflits impérialistes, non pas que la théorie marxiste ait été brusque­ment mise en défaut par leur « dépassement », mais parce qu'un des deux principaux protagonistes de ces conflits, le bloc de l'Est, s'est brutalement effondré. Ce que nous avions appelé les « années de véri­té » ont été fatales à un régime aberrant établi sur les ruines de la révolution de 1917 et au bloc sur lequel il imposait son emprise. Un événement historique d'une telle am­pleur, qui a bouleversé la carte du monde, a créé une situation nouvelle, inédite dans l'histoire, dans le domaine des conflits im­périalistes. Ceux-ci n'ont pas disparu, mais ils ont pris des formes inconnues jusqu'à présent que les révolutionnaires avaient le devoir de comprendre et d'analyser.

En même temps, ces bouleversements qui affectaient les pays qui se présentaient comme « socialistes » ont porté un coup très dur à la conscience et à la combativité de la classe ouvrière internationale laquelle a dû faire face au recul le plus important depuis sa reprise historique de la fin des années 1960.

Ainsi, la situation internationale depuis dix ans a imposé au CCI de faire face aux défis suivants :

- être partie prenante des combats de classe qui se sont déroulés entre 1983 et 1989 ;

-comprendre la nature des événements de 1989 et les conséquences qu'ils allaient avoir, tant dans le domaine des conflits impérialistes que dans celui de la lutte de classe ;

-plus généralement, élaborer un cadre de compréhension de la période de la vie du capitalisme dont l'effondrement du bloc de l'Est a constitué la première grande mani­festation.

Etre partie prenante des combats de classe

A la suite du 6e congrès de la section en France (la plus importante du CCI) tenu en 1984, le 6e congrès du CCI a inscrit cette préoccupation au centre de son ordre du jour. Cependant, l'effort que faisait notre or­ganisation internationale depuis plusieurs mois pour se porter à la hauteur de ses res­ponsabilités face à la classe s'était heurté, dès le début de 1984, à la survivance, en no­tre sein, de conceptions qui sous-estimaient la fonction de l'organisation des révolution­naires comme facteur actif du combat prolé­tarien. Le CCI a identifié ces conceptions comme participant de glissements centristes vers le conseillisme résultant, pour une bonne partie, des conditions historiques qui avaient présidé à sa constitution alors qu'il existait, parmi les groupes et éléments qui avaient participé à celle-ci une forte méfiance envers tout ce qui pouvait ressembler au stalinisme. Dans la lignée du con­seillisme, ces éléments avaient tendance à mettre sur un même plan le stalinisme, les conceptions de Lénine en matière d'organi­sation et l'idée même du parti prolétarien. Dans les années 1970, le CCI avait fait la critique des conceptions conseillistes, mais de façon encore insuffisante, si bien qu'elles continuaient de peser sur certaines parties de l'organisation. Lorsque le combat contre les vestiges de conseillisme a débuté, à la fin de 1983, un certain nombre de camarades ont refusé de voir la réalité de leurs faiblesses conseillistes s'imaginant que le CCI était en train de mener une « chasse aux sorcières ». Pour esquiver le problème qui était posé, celui de leur centrisme envers le conseillisme, ils ont fait la « découverte » que le centrisme ne pouvait plus exister dans la période de décadence du capitalisme ([3]). A ces incompréhensions politiques, il s'ajoutait de la part de ces camarades, dont la plupart étaient des intellectuels peu préparés à subir la critique, un sentiment d'orgueil blessé ainsi que de « solidarité » envers leurs amis qu'ils estimaient injustement « attaqués ». C'était une sorte de « remake » du 2e congrès du POSDR, comme nous le faisions apparaître dans la Revue Internationale n° 45, où le centrisme en matière d'organisation et le poids de l'esprit de cercle, dans lequel les liens affinitaires priment sur les liens politiques, avaient conduit à la scission des mencheviks. La « tendance » qui s'est formée au début de 1985 allait sui­vre le même chemin pour scissionner lors du 6e Congrès du CCI et constituer une nou­velle organisation, la « Fraction Externe du CCI » (FECCI). Cependant, il existe une dif­férence majeure entre la fraction des men­cheviks et la FECCI puisque si la première allait prospérer en rassemblant les courants les plus opportunistes de la social-démocra­tie Russe pour finir dans le camp de la bour­geoisie, la FECCI, pour sa part, s'est conten­tée de jouer un rôle de parasite, consacrant l'essentiel de ses énergies à discréditer les positions et les organisations communistes sans être capable de regrouper autour d'elle. Pour finir, la FECCI a rejeté la plate-forme du CCI alors qu'elle expliquait, au moment de sa constitution, qu'elle se donnait comme tâche principale de défendre cette plate­forme que le CCI, « dégénérescent » à ses dires, était en train de trahir.

En même temps que le CCI menait le com­bat en son sein contre les vestiges de con­seillisme, il participait activement aux com­bats de la classe ouvrière comme notre presse territoriale en a rendu compte régu­lièrement au cours de cette période. Malgré ses faibles forces, notre organisation était présente dans les différentes luttes. Non seulement elle y a diffusé sa presse et des tracts, mais elle a participé directement, chaque fois que c'était possible, aux assem­blées ouvrières pour y défendre la nécessité de l'extension des luttes et de leur prise en main par les ouvriers en dehors des différen­tes formes de syndicalisme, syndicalisme « officiel » ou syndicalisme « de base ». Ainsi, en Italie, lors de la grève de l'école de 1987, l'intervention de nos camarades avait eu un impact non négligeable dans les COBAS (Comités de Base) où ils étaient pré­sents, avant que ces organismes, avec le re­flux du mouvement, ne soient récupérés par le syndicalisme de base.

Au cours de cette période, un des meilleurs indices du début d'impact que nos positions commençaient à rencontrer parmi les ou­vriers consistait dans le fait que le CCI était devenu une sorte de « bête noire » pour cer­tains groupes gauchistes. Ce fut particuliè­rement le cas en France où, lors de la grève des chemins de fer de la fin 1986 et lors de la grève des hôpitaux de l'automne 1988, le groupe trotskiste « Lutte Ouvrière » avait mobilisé ses « gros bras » pour empêcher nos militants d'intervenir lors des assem­blées convoquées par les « coordinations ». En même temps, les militants du CCI ont participé activement -et souvent ils en étaient les animateurs - à plusieurs comités de lutte rassemblant les travailleurs qui res­sentaient la nécessité de se regrouper en de­hors des syndicats pour pousser en avant le combat.

Il ne s'agit évidemment pas de « gonfler » l'impact que les révolutionnaires, et notre organisation en particulier, ont pu avoir sur les luttes ouvrières entre 1983 et 1989. Glo­balement, le mouvement est resté prisonnier du syndicalisme, ses variantes « de base » venant prendre le relais des syndicats offi­ciels là où ils étaient trop discrédités. Notre impact est resté très ponctuel et était de tou­tes façons limité par le fait que nos forces sont encore très réduites. Mais s'il est une leçon que nous devons tirer de cette expé­rience, c'est que, au moment où se dévelop­pent les luttes, les révolutionnaires rencon­trent un écho là où ils sont présents car les positions qu'ils défendent et les perspectives qu'ils mettent en avant apportent une ré­ponse aux questions que se posent les ou­vriers. Et pour cela, ils n'ont nullement be­soin de « cacher leur drapeau », de faire la moindre concession aux illusions qui peu­vent encore peser sur la conscience des ou­vriers, en particulier concernant le syndica­lisme. C'est un enseignement qui vaut pour tous les groupes révolutionnaires qui, sou­vent, restent paralysés face aux luttes parce que celles-ci ne se posent pas encore la question du renversement du capitalisme, ou bien qui se croient obligés, pour « se faire entendre », de travailler dans les structures du syndicalisme de base, apportant par ce fait leur caution à ces organismes capitalis­tes.

Comprendre la nature des événements de 1989

Autant il est de la responsabilité des révolu­tionnaires d'être présents « sur le terrain » au moment des luttes ouvrières, autant il leur revient d'être capables, à chaque instant, de donner à l'ensemble de la classe ouvrière un cadre d'analyse clair des événements qui se déroulent dans le monde.

Cette tâche concerne au premier chef la compréhension des contradictions économi­ques qui affectent le système capitaliste : les groupes révolutionnaires qui n'ont pas été capables de mettre en évidence le caractère insoluble de la crise dans laquelle est plongé ce système, montrant par là qu'ils n'avaient pas compris le marxisme dont pourtant ils se revendiquent, n'ont été d'aucune utilité pour la classe ouvrière. Ce fut le cas, par exem­ple, d'un groupe comme le « Ferment Ou­vrier Révolutionnaire » qui s'est même refu­sé à reconnaître qu'il y avait une crise. Les yeux braqués sur les caractéristiques spéci­fiques de la crise de 1929, il a nié l'évidence pendant des années... jusqu'à en disparaître.

Il appartient aussi aux révolutionnaires d'être en mesure d'évaluer les différents pas qu'accomplit le mouvement de la classe, de reconnaître ses moments d'avancée comme aussi ses moments de recul. C'est un tâche qui conditionne étroitement le type d'inter­vention qu'ils mènent parmi les ouvriers puisque leur responsabilité, lorsque le mou­vement va de l'avant, est de pousser celui-ci le plus loin possible et, en particulier, d'ap­peler à son extension, alors qu'aux moments de repli, appeler à la lutte revient à pousser les ouvriers à se battre dans l'isolement et appeler à l'extension contribue à l'exten­sion... de la défaite. C'est d'ailleurs souvent à ce moment-là que les syndicats appellent, pour leur part, à l'extension.

Enfin, le suivi et la compréhension des dif­férents conflits impérialistes constituent aussi une responsabilité de premier ordre des communistes. Une erreur dans ce domaine peut avoir des conséquences dramatiques. Ainsi, à la fin des années 1930, la majorité de la Fraction communiste italienne, avec à sa tête son principal animateur, Vercesi, considère que les différentes guerres de l'époque, notamment la guerre d'Espagne, n'augurent en aucune façon un conflit généralisé. L'éclatement de la guerre mondiale, en septembre 1939, laissera la Fraction complètement désemparée et il faudra deux années pour qu'elle puisse se reconstituer, dans le sud de la France, et reprendre un travail militant.

Pour ce qui concerne la période actuelle, il était de la plus grande importance de com­prendre clairement la nature des événements qui se sont déroulés au cours de l'été et de l'automne 1989 dans les pays du bloc de l'Est. Pour sa part, dès l'arrivée de Solidarnosc au gouvernement en Pologne, en plein coeur de l'été, dans une période où habituel­lement « l'actualité est en vacances », le CCI se mobilise pour comprendre cet événement ([4]). Il adopte la position que ce qui se passe en Pologne signe l'entrée de l'en­semble des régimes staliniens d'Europe dans une crise sans commune mesure avec les précédentes : « La perspective pour l'en­semble des régimes staliniens n'est... nulle­ment celle d'une "démocratisation pacifi­que" ni d'un "redressement" de l'économie. Avec l'aggravation de la crise mondiale du capitalisme, ces pays sont entrés dans une période de convulsions d'une ampleur in­connue dans leur passé pourtant déjà "riche" de soubresauts violents. » (Revue Internationale n° 59, « Convulsions capita­listes et luttes ouvrières»). Cette idée est développée dans des « Thèses sur la crise économique et politique en URSS et dans les pays de l'Est» rédigées dès le 15 sep­tembre (près de 2 mois avant la chute du mur de Berlin) et adoptées début octobre par le CCI. Dans ces thèses ont peut lire (voir la Revue Internationale n° 60) :

« ... dans la mesure même où le facteur pra­tiquement unique de cohésion du bloc russe est la force armée, toute politique tendant à faire passer au second plan ce facteur porte avec elle l'éclatement du bloc. Dès à pré­sent, le bloc de l'Est nous présente le ta­bleau d'une dislocation croissante... Dans cette zone, les forces centrifuges sont telle­ment fortes qu'elles se déchaînent dès qu'on leur en laisse l'occasion. (...)

C'est un phénomène similaire qu'on retrouve dans les républiques périphériques de l'URSS... Les mouvements nationalistes qui, à la faveur du relâchement du contrôle cen­tral du parti russe, s'y développent aujour­d'hui... portent avec eux une dynamique de séparation d'avec la Russie. » (Point 18) « ... quelle que soit l'évolution future de la situation dans les pays de l'Est, les événe­ments qui les agitent actuellement signent la crise historique, l'effondrement définitif du stalinisme... Dans ces pays s'est ouverte une période d'instabilité, de secousses, de con­vulsions, de chaos sans précédent dont les implications dépasseront très largement leurs frontières. En particulier, l'effondre­ment qui va encore s'accentuer du bloc russe ouvre les portes à une déstabilisation du système de relations internationales, des constellations impérialistes qui étaient sor­ties de la seconde guerre mondiale avec les accords de Yalta. » (point 20)

Quelques mois plus tard (janvier 1990), cette dernière idée est précisée dans les ter­mes suivants :

« La configuration géopolitique sur laquelle a vécu le monde depuis la seconde guerre mondiale est désormais complètement re­mise en cause par les événements qui se sont déroulés au cours de la seconde moitié de l'année 1989. Il n'existe plus aujourd'hui deux blocs impérialistes se partageant la mainmise sur la planète. Le bloc de l'Est, c'est une évidence (...) a cessé d'exister. (...) Cette disparition du bloc de l'Est signifie-t-elle que, désormais, le monde sera dominé par un seul bloc impérialiste ou que le capi­talisme ne connaîtra plus d'affrontements impérialistes ? De telles hypothèses seraient tout à fait étrangères au marxisme. (...) Aujourd'hui, l'effondrement de ce bloc ne saurait remettre en selle ce genre d'analy­ses : cet effondrement porte avec lui, à terme, celui du bloc occidental. (...) La disparition du gendarme impérialiste russe, et celle qui va en découler pour le gendarme américain vis-à-vis de ses princi­paux "partenaires" d'hier, ouvrent la porte au déchaînement de toute une série de ri­valités plus locales. Ces rivalités et affron­tements ne peuvent pas, à l'heure actuelle, dégénérer en un conflit mondial... En re­vanche, du fait de la disparition de la dis­cipline imposée par la présence des blocs, ces conflits risquent d'être plus violents et plus nombreux, en particulier, évidemment, dans les zones où le prolétariat est le plus faible...

La disparition des deux constellations im­périalistes qui étaient sorties de la seconde guerre mondiale porte, avec elle, la ten­dance à la recomposition de deux nouveaux blocs. Cependant, une telle situation n'est pas encore à l'ordre du jour... » (Revue In­ternationale n°61, «Après l'effondrement du bloc de l'Est, déstabilisation et chaos »)

Les événements qui se sont déroulés par la suite, en particulier la crise et la guerre du Golfe en 1990-91 ([5]), sont venus confirmer notre analyse. Aujourd'hui, l'ensemble de la situation mondiale, notamment ce qui se passe dans l'ex-Yougoslavie, fait la preuve plus qu'évidente de la disparition complète de tout bloc impérialiste en même temps que certains pays d'Europe, notamment la France et l'Allemagne, essayent péniblement d'im­pulser la reconstitution d'un nouveau bloc, basé sur l'Union Européenne, qui pourrait tenir tête à la puissance américaine.

Pour ce qui concerne l'évolution de la lutte de classe, les « thèses » de l'été 1989 se pro­nonçaient également dessus : « Même dans sa mort, le stalinisme rend un dernier service à la domination capitaliste : en se décomposant, son cadavre continue encore à polluer l'atmosphère que respire le prolétariat... C'est donc à un recul momen­tané de la conscience du prolétariat... qu'il faut s'attendre... En particulier, l'idéologie réformiste pèsera très fortement sur les lut­tes de la période qui vient, favorisant gran­dement l'action des syndicats... Compte tenu de l'importance historique des faits qui le déterminent, le recul actuel du prolétariat, bien qu'il ne remette pas en cause le cours historique, la perspective générale aux af­frontements de classe, se présente comme bien plus profond que celui qui avait ac­compagné la défaite de 1981 en Pologne » (point 22)

Là aussi, les cinq dernières années ont am­plement confirmé cette prévision. Depuis 1989, nous avons assisté au recul le plus important de la classe ouvrière depuis son surgissement historique, à la fin des années 1960. C'est une situation à laquelle les révo­lutionnaires devaient être préparés afin de pouvoir y adapter leur intervention et, sur­tout, ne pas «jeter l'enfant avec Veau du bain » en considérant que ce long recul re­mettait en cause de façon définitive la ca­pacité du prolétariat à mener et développer ses combats contre le capitalisme. En parti­culier, les manifestations de regain de la combativité ouvrière, notamment à l'au­tomne 1992 en Italie et à l'automne 1993 en Allemagne (voir la Revue Internationale n° 72 et n° 75) ne devaient être ni suresti­mées (compte tenu de la profondeur du recul prolétarien) ni sous-estimées en ce qu'elles constituent les signes avant-coureurs d'une reprise inévitable des combats et du développement de la conscience de la classe dans tous les pays industrialisés.

Le marxisme est une méthode scientifique. Cependant, à l'opposé des sciences de la na­ture, il ne peut vérifier la validité de ses thè­ses en les soumettant à l'expérience de labo­ratoire ou en faisant appel à des moyens d'observation plus puissants. Son « laboratoire », c'est la réalité sociale, et il démontre sa validité en étant capable de prévoir l'évolution de celle-ci. Ainsi, le fait que le CCI ait été capable de prévoir, dès les premiers symptômes de l'effondrement du bloc de l'Est, les principaux événements qui allaient bouleverser le monde depuis 5 ans n'est pas à considérer comme une aptitude particulière à lire dans le marc de café où à interpréter la configuration des astres. C'est tout simplement la preuve de son attache­ment à la méthode marxiste, et c'est donc à celle-ci qu'il faut attribuer le succès de nos prévisions.

Cela dit, il ne suffit pas de se réclamer du marxisme pour être capable de l'utiliser effi­cacement. En fait, notre capacité à compren­dre rapidement les enjeux de la situation mondiale découlait de la mise en application de la même méthode que nous avions reprise de Bilan et dont soulignions il y a déjà dix ans qu'elle était un des enseignements prin­cipaux de notre propre expérience : la né­cessité de se rattacher fermement aux acquis du passé, la nécessité de concevoir les posi­tions et analyses communistes, non comme un dogme mort mais comme un programme vivant.

Ainsi, les thèses de 1989 commencent par rappeler, dans les dix premiers points, quel est le cadre que s'était donné notre organisa­tion au début des années 1980, à la suite des événements de Pologne, pour la compré­hension des caractéristiques des pays et du bloc de l'Est. C'est à partir de cette analyse que nous avons été en mesure de mettre en évidence que c'en était fini des régimes sta­liniens d'Europe et du bloc de l'Est. Et c'est en nous appuyant sur un acquis encore plus ancien du mouvement ouvrier (notamment mis en évidence par Lénine contre Kautsky) : il ne peut exister un seul bloc impérialiste, que nous avons annoncé que l'effondrement du bloc de l'Est ouvrait la porte à la disparition du bloc occidental.

De même, il nous fallait, pour comprendre ce qui était en train de se passer, remettre en cause le schéma qui avait été valable pen­dant plus de quarante ans : le partage du monde entre le bloc occidental dirigé par les Etats-Unis et le bloc de l'Est dirigé par 1’URSS. Il nous fallait également être en me­sure de considérer que ce dernier pays, pro­gressivement constitué depuis Pierre le Grand, ne survivrait pas à l'effondrement de son empire. Encore une fois, nous n'avons aucun mérite particulier d'avoir fait preuve de la capacité à remettre en cause les sché­mas du passé. Cette démarche, nous ne l'avons pas inventée. Elle nous a été ensei­gnée par l'expérience vivante du mouvement ouvrier et particulièrement par ses princi­paux combattants : Marx, Engels, Rosa Luxemburg, Lénine...

Enfin, la compréhension des bouleverse­ments de la fin des années 1980 devait être replacée dans une analyse générale de l'étape actuelle de la décadence du capita­lisme.

Le cadre de compréhension de la période présente du capitalisme

C'est ce travail que nous avions commencé à faire depuis 1986 en indiquant que nous étions entrés dans une phase nouvelle de la décadence capitaliste, celle de la décompo­sition de ce système. Cette analyse a été précisée au début de 1989 dans les termes suivants :

« Jusqu'à présent, les combats de classe qui, depuis vingt ans, se sont développés sur tous les continents, ont été capables d'empê­cher le capitalisme décadent d'apporter sa propre réponse à l'impasse de son écono­mie : le déchaînement de la folie ultime de sa barbarie, une nouvelle guerre mondiale. Pour autant, la classe ouvrière n'est pas en­core en mesure d'affirmer, par des luttes ré­volutionnaires, sa propre perspective ni même de présenter, au reste de la société ce futur qu'elle porte en elle. C'est justement cette situation d'impasse momentanée, où, à l'heure actuelle, ni l'alternative bourgeoise, ni l'alternative prolétarienne ne peuvent s'affirmer ouvertement, qui est à l'origine de ce phénomène de pourrissement sur pied de la société capitaliste, qui explique le degré particulier et extrême atteint aujourd'hui par la barbarie propre à la décadence de ce système. Et ce pourrissement est amené à s'amplifier encore avec l'aggravation inexo­rable de la crise économique. » (Revue In­ternationale n° 57, « La décomposition du capitalisme »)

Evidemment, dès que s'est annoncé l'effon­drement du bloc de l'Est, nous avons replacé un tel événement dans ce cadre de la dé­composition :

«En réalité, l'effondrement actuel du bloc de l'Est constitue une des manifestations de la décomposition générale de la société capitaliste dont l'origine se trouve... dans l'incapacité pour la bourgeoisie d'apporter sa propre réponse, la guerre généralisée, à la crise ouverte de l'économie mondiale. » (Revue Internationale n° 60, « Thèses... », point 20)

De même, en janvier 1990, nous avons dé­gagé les implications pour le prolétariat de la phase de décomposition et de la nouvelle configuration de l'arène impérialiste : « Dans un tel contexte de perte de contrôle de la situation par la bourgeoisie mondiale, il n'est pas dit que les secteurs dominants de celle-ci soient aujourd'hui en mesure de mettre en oeuvre l'organisation et la disci­pline nécessaires à la reconstitution de blocs militaires. (...) C'est pour cela qu'il est fondamental de mettre en évidence que, si la solution du prolétariat - la révolution com­muniste - est la seule qui puisse s'opposer à la destruction de l'humanité (qui constitue la seule "réponse" que la bourgeoisie puisse apporter à sa crise), cette destruction ne ré­sulterait pas nécessairement d'une troisième guerre mondiale. Elle pourrait également résulter de la poursuite, jusqu 'à ses consé­quences extrêmes (catastrophes écologiques, épidémies, famines, guerres locales déchaî­nées, etc.) de cette décomposition. (...) la poursuite et l'aggravation du phéno­mène de pourrissement de la société capita­liste exercera, encore plus qu'au cours des années 1980, ses effets nocifs sur la con­science de la classe. Par l'ambiance géné­rale de désespoir qui pèse sur toute la socié­té, par la décomposition même de l'idéolo­gie bourgeoise dont les émanations putrides viennent empoisonner l'atmosphère que respire le prolétariat, ce phénomène va constituer pour lui, jusqu'à la période pré­révolutionnaire, une difficulté supplémen­taire sur le chemin de sa prise de con­science. » (Revue Internationale n°61, « Après l'effondrement du bloc de l'Est, dé­stabilisation et chaos »)

Ainsi, notre analyse sur la décomposition nous permet de mettre en évidence l'extrême gravité des enjeux de la situation historique présente. En particulier, elle nous conduit à souligner que le chemin du prolétariat vers la révolution communiste sera beaucoup plus difficile que les révolutionnaires n'avaient pu le prévoir dans le passé. C'est là aussi un autre enseignement qu'il s'agit de ti­rer de l'expérience du CCI au cours des dix dernières années et qui rejoint une préoccu­pation mise en avant par Marx au milieu du siècle dernier : les révolutionnaires n'ont pas pour rôle de consoler la classe ouvrière mais au contraire de souligner aussi bien l'absolue nécessité de son combat historique que la difficulté de celui-ci. Ce n'est qu'en ayant une claire conscience de cette difficulté que le prolétariat (et avec lui les révolutionnai­res eux-mêmes) sera en mesure de ne pas se démoraliser face aux embûches qu'il affron­tera, qu'il trouvera la force et la lucidité pour les surmonter pour parvenir au renversement de la société d'exploitation ([6]).

Dans le bilan des dix dernières années du CCI, nous ne pouvons passer sous silence deux faits très importants touchant à notre vie organisationnelle.

Le premier fait est très positif. C'est l'exten­sion de la présence territoriale du CCI avec la constitution en 1989 d'un noyau en Inde qui publie, en langue hindi, Communist Internationalist et d'une nouvelle section au Mexique, pays de la plus haute importance sur le continent américain, et qui publie Ré­volution Mundial.

Le deuxième fait est beaucoup plus déso­lant : c'est la disparition de notre camarade Marc, le 20 décembre 1990. Nous ne re­viendrons pas ici sur le rôle de premier plan qu'il a joué dans la constitution du CCI et, avant cela, dans le combat des fractions communistes aux moments les plus noirs de la contre-révolution. La Revue Internatio­nale (n° 65 et 66) y a consacré un long arti­cle. Disons simplement que, à côté de « l'épreuve du feu » qu'ont représenté pour le CCI, comme pour l'ensemble du milieu révolutionnaire, les convulsions du capita­lisme mondial depuis 1989, la perte de notre camarade était aussi pour nous une autre « épreuve du feu ». Beaucoup de groupes de la gauche communiste n'ont pas survécu à la disparition de leur principal animateur. Cela a été le cas du FOR, par exemple. Et d'ailleurs, certains « amis » nous ont prédit avec « sollicitude » que le CCI ne survivrait pas à Marc. Pourtant, le CCI est encore là, et il a réussi à tenir le cap depuis 4 ans malgré les tempêtes qu'il a rencontrées.

Là dessus non plus nous ne nous accordons aucun mérite particulier : l'organisation ré­volutionnaire n'existe pas grâce à tel ou tel de ses militants, aussi valeureux soit-il. Elle est un produit historique du prolétariat et si elle ne survit pas à l'un de ses militants, c'est qu'elle n'a pas correctement assumé la res­ponsabilité que la classe lui a confiée et que ce militant lui-même a failli d'une certaine façon. Si le CCI a réussi à franchir avec suc­cès les épreuves qu'il a rencontrées, c'est avant tout parce qu'il a eu le souci perma­nent de se rattacher à l'expérience des or­ganisations communistes qui l'ont précédé, de concevoir son rôle comme un combat à long terme et non en vue de « succès » immédiats. Depuis le siècle dernier, cette dé­marche a été celle des militants révolution­naires les plus lucides et solides : nous nous en revendiquons et c'est notre camarade Marc qui, en grande partie, nous a appris à le faire. Il nous a aussi appris, par son exemple, ce que veut dire le dévouement militant sans lequel une organisation révo­lutionnaire ne peut survivre, aussi claire qu'elle puisse être :

« Sa grande fierté, ce n'est pas dans sa contribution exceptionnelle qu'il l'a placée mais dans le fait que, jusqu'au bout, il est resté fidèle, de tout son être, au combat du prolétariat. Et cela aussi était un enseigne­ment précieux pour les nouvelles généra­tions de militants qui n'ont pas eu l'occasion de connaître l'énorme dévouement à la cause révolutionnaire qui était celui des gé­nérations du passé. C'est en premier lieu sur ce plan que nous voulons être à la hauteur du combat que, désormais sans sa présence vigilante et lucide, chaleureuse et passion­née, nous sommes déterminés à poursui­vre. » (« Marc », Revue Internationale n°66).

Vingt après la constitution du CCI, nous poursuivons le combat.

FM



[1] Le fait que nous en soyons aujourd'hui au n° 80 de la Revue Internationale démontre donc que sa régularité a été maintenue sans défaillance.

[2] Au début des années 1980, le PCl-Programma avait changé le titre de sa publication en Combat qui dériva assez rapidement vers le gauchisme. Depuis, quelques éléments de ce groupe ont repris la publication de Programma Comunista qui défend les positions bordiguistes classiques.

[3] Voir à ce sujet les articles que nous avons publiés dans les n° 41 à 45 de notre Revue Internationale.

[4] Il faut noter que pratiquement tous les groupes du milieu prolétarien sont passes à côté de la compréhension des événements de 1989 comme nous le mettons en évidence dans nos articles « Le vent d'Est et la réponse des révolutionnaires» et « Face aux bouleversements à l'Est, une avant-garde en retard» dans la Revue Internationale n°61 et 62. La palme revient sans contestation possible à la FECCI (qui avait quitté le CCI en prétextant que celui-ci dégénérait et était incapable de faire un travail théorique) : il lui a fallu DEUX ANS pour se rendre compte que le bloc de l'Est avait disparu (voir notre article « A quoi sert la FECCI ? » dans la Revue internationale n° 70).

[5] Nous avons rendu compte de ces événements dans la Revue Internationale n° 64 et 65. En particulier, nous écrivions, avant même la « tempête du désert » : « Dans la nouvelle période historique où nous sommes entrés, et les événements du Golfe viennent de le confirmer, le monde se présente comme une immense foire d'empoigne, où jouera à fond la tendance au "chacun pour soi", où les alliances entre Etats n'auront pas, loin de là, le caractère de stabilité qui caractérisait les blocs, mais seront dictés par les nécessités du moment. Un monde de désordre meurtrier, de chaos sanglant, dans lequel le gendarme américain tentera de faire régner un minimum d'ordre par l'emploi de plus en plus massif et brutal de sa puissance militaire. » («Militarisme et décomposition », Revue Internationale n° 64, p. 13). De même nous rejetions l'idée, colportée par les gauchistes mais partagée par la plupart des groupes du milieu prolétarien, que la guerre du Golfe était une «r guerre pour le pétrole » (« Le milieu politique prolétarien face à la guerre du Golfe»).

[6] Il n'est pas nécessaire ici de revenir plus longuement sur notre analyse sur la décomposition. Elle apparaît dans chacun de nos textes traitant de la situation internationale. Ajoutons simplement que, à travers un débat en profondeur dans notre organisation, cette analyse a été progressivement précisée (voir à ce propos nos textes : « La décomposition, phase ultime de la décadence du capitalisme», «Militarisme et décomposition» et « Vers le plus grand chaos de l'histoire » publiés respectivement dans les n° 62, 64 et 68 de la Revue internationale).