Le spectre de la révolution communiste est revenu hanter le monde.
Pendant des décennies, les classes dirigeantes ont cru que les
démons qui avaient agité le prolétariat au siècle
dernier et au début de ce siècle, avaient été
exorcisés pour toujours. Le fait est que, jamais, le mouvement
ouvrier n'avait connu une défaite aussi terrible et aussi durable.
La contre-révolution qui s'était abattue sur la classe ouvrière
européenne après ses combats de 1848, celle qui avait suivi
la tentative héroïque et désespérée de
la Commune, le reflux et la démoralisation qui avaient ponctué
l'échec de l'expérience de1905 en Russie, n'étaient
rien à côté de la chape de plomb qui a recouvert pendant
un demi-siècle toutes les manifestations de la lutte de classe.
Cette contre-révolution a été à la mesure
de la frayeur éprouvée par la bourgeoisie face à
la grande vague révolutionnaire qui a suivi la première
guerre mondiale, la seule vague qui ait, jusqu'ici, réellement
réussi à faire trembler le système capitaliste jusque
dans ses fondements. Après s'être élevé sur
de telles hauteurs, jamais le prolétariat n'avait connu un tel
désastre, un tel désespoir, une telle honte. Et, face à
lui, jamais la bourgeoisie n'avait manifesté une telle arrogance
au point de présenter les plus grandes défaites de la classe
comme des "victoires" pour celle-ci et de faire de l'idée
même de révolution une espèce d'anachronisme, de mythe
hérité d'une époque révolue.
Mais, aujourd'hui, la flamme prolétarienne s'est rallumée
à travers le monde. De façon souvent confuse, hésitante,
mais avec des soubresauts qui parfois étonnent même les révolutionnaires,
le géant prolétarien a relevé la tête et revient
faire trembler le vieil édifice capitaliste. De Paris à
Cordoba, de Turin à Gdansk, de Lisbonne à Shanghai ,du Caire
à Barcelone les luttes ouvrières sont redevenues un cauchemar
pour les capitalistes (4). En même temps, et comme part de cette
reprise générale de la classe sont réapparus des
groupes et courants révolutionnaires qui se sont attelés
à l'immense tâche de la reconstitution théorique et
pratique d'un des instruments les plus importants du prolétariat
: son parti de classe.
L'heure est donc venue pour les révolutionnaires d'annoncer à
leur classe la perspective des combats qu'elle a d'ores et déjà
engagés, de lui rappeler les enseignements de son passé
pour qu'elle puisse se forger son avenir et également de dégager
les tâches qui attendent les révolutionnaires eux-mêmes
comme fruits et facteurs actifs de ce renouveau de la lutte du prolétariat.
Ce sont là les objectifs du présent manifeste.
LA CLASSE OUVRIERE SUJET DE LA REVOLUTION
Le prolétariat est la seule classe révolutionnaire de notre
époque. Lui seul est en mesure, par la prise du pouvoir politique
à l'échelle mondiale et par la transformation radicale des
conditions et des buts de la production, de sortir l'humanité de
la barbarie où elle croupit.
L'idée que la classe ouvrière est la classe du Communisme,
que sa place dans le capitalisme en fait la seule classe capable de renverser
celui-ci, était acquise il y a plus d'un siècle. Elle apparaît
avec force dans la première manifestation programmatique rigoureuse
du mouvement prolétarien : le Manifeste Communiste de1848. Elle
s'exprime en lettres de lumière dans la formule de l'Association
Internationale des Travailleurs : "L'émancipation des travailleurs
sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes" que, depuis,
les générations de prolétaires se sont transmises
comme un drapeau de leurs combats successifs contre le Capital. Mais le
terrible silence dans lequel la classe est restée enfermée
pendant un demi-siècle a permis l'éclosion de toutes sortes
de théories sur "l'intégration définitive de
la classe ouvrière", sur le prolétariat comme "classe
pour le capital", sur la "classe universelle" ou les couches
marginales comme sujets de la révolution et autres vieilleries
déguisées en "nouveautés" qui se sont jointes
aux flots de mensonges de la bourgeoisie pour perpétuer la démoralisation
des travailleurs et leur sujétion idéologique au Capital.
Ce que le Courant Communiste International réaffirme aujourd'hui
en premier lieu avec force, c'est donc la nature révolutionnaire
de la classe ouvrière et de nulle autre dans la période
actuelle.
Mais le fait que cette classe, à l'opposé des classes révolutionnaires
du passé, ne dispose dans la société qu'elle doit
transformer d'aucun pouvoir économique prélude à
son pouvoir politique, lui impose la conquête de ce dernier comme
première condition de cette transformation. Par suite, contrairement
aux révolutions de la bourgeoisie qui avançaient de succès
en succès, la révolution prolétarienne vient nécessairement
couronner une suite de défaites partielles mais tragiques. Et plus
les combats de la classe sont puissants, plus ses défaites sont
terribles.
La grande vague révolutionnaire qui met fin à la première
guerre mondiale et qui se poursuit pendant une décennie, est une
confirmation éclatante de ces deux réalités : la
classe ouvrière comme seul sujet de la révolution communiste
et la défaite comme compagne de sa lutte jusqu'à sa victoire
définitive. Cet immense mouvement révolutionnaire qui renverse
l'Etat bourgeois en Russie, fait trembler celui des autres pays d'Europe
et se répercute comme un écho assourdi jusqu'en Chine, proclame
qu'à un système entré dans sa phase d'agonie le prolétariat
s'apprête à donner le coup de grâce, qu'il se dispose
à exécuter la sentence prononcée par l'histoire contre
le capitalisme. Mais incapable d'élargir à l'échelle
du monde le premier succès de 1917, la classe ouvrière est
finalement vaincue et écrasée. C'est alors de façon
négative que se confirme la nature révolutionnaire du prolétariat : c'est parce que cette classe échoue dans la révolution
et que nulle autre catégorie sociale ne peut la faire à
sa place, que la société continue à s'enfoncer inexorablement
dans une barbarie croissante.
LA DECADENCE DU CAPITALISME
La décadence du capitalisme qui se poursuit depuis la première
guerre mondiale et à laquelle, en l'absence de révolution
prolétarienne, la société ne peut échapper,
apparaît d'ores et déjà comme la pire période
de l'histoire de l'humanité.
Dans le passé, celle-ci avait connu des périodes de décadence
avec leur cortège de calamités et de souffrances indicibles.
Mais celles-ci étaient peu de chose à côté
de ce que l'humanité supporte depuis 60 ans. Les décadences
des autres sociétés voyaient se développer les disettes
et les famines mais jamais, comme aujourd'hui, une telle misère
humaine n'a côtoyé un tel gaspillage de richesses. A l'heure
où l'homme s'est rendu maître de techniques merveilleuses
qui lui permettraient de dominer la nature à son service, il reste
soumis aux caprices de celle-ci, aux catastrophes "naturelles",
climatiques ou agricoles, dans des conditions encore plus tragiques que
par le passé. Pire, la société capitaliste est la
première de l'histoire qui, dans sa phase de déclin, ne
puisse survivre qu'à travers des destructions cycliques et massives
d'une partie toujours croissante d'elle-même. Certes, les autres
périodes de décadence étaient riches en affrontement
entre fractions de la classe dominante, mais celle dans laquelle nous
vivons est enfermée dans un cycle inexorable et infernal de crise-guerre
généralisée-reconstruction-crise.., qui fait payer
au genre humain un terrible tribut de mort et de souffrance. Aujourd'hui,
ce sont des techniques d'un raffinement scientifique inouï qui sont
mises à contribution pour augmenter le pouvoir de destruction et
de mort des Etats capitalistes, si bien que c'est par dizaine de millions
que se chiffrent les victimes des guerres impérialistes ainsi que
celles des génocides systématiques et industriels dans lesquels
le fascisme et le stalinisme se sont illustrés dans le passé
et qui nous menacent sans cesse.
D'une certaine façon, il semble que l'humanité doive payer
le règne de liberté auquel sa domination de la technique
doit lui permettre d'accéder enfin, par le règne des atrocités
les plus terrifiantes permises par cette même domination
Au milieu de ce monde de ruines et de convulsions s'est développé
comme un cancer cet organe garant de la stabilité et de la conservation
sociales : l'Etat. Celui-ci s'est immiscé dans les rouages les
plus intimes de la société et en particulier dans sa base
économique. Tel le dieu Moloch de l'antiquité, sa machine
monstrueuse, froide et impersonnelle a dévoré la substance
de la société civile et de l'homme. Et loin de constituer
un quelconque "progrès", le capitalisme d'Etat qui, sous
toutes sortes de formes juridiques et idéologiques, avec les instruments
de gouvernement les plus barbares, s'est emparé de l'ensemble de
la planète, est une des manifestations les plus brutales de la
putréfaction de la société capitaliste.
LA CONTRE-REVOLUTION
Mais l'instrument le plus efficace qu'a développé le capitalisme
en décadence pour assurer sa survie, a été la récupération
systématique de toutes les formes de luttes et d'organisation que
la classe ouvrière avait héritées du passé
et que le changement de perspective historique a rendu caduques. Toutes
les tactiques syndicales, parlementaires, frontistes qui avaient un sens
et une utilité pour la classe ouvrière au siècle
dernier, sont devenues autant de moyens de paralyser sa lutte et ont constitué
l'arme essentielle de la contre-révolution. Par suite, c'est justement
parce que toutes ses défaites ont pu lui être présentées
comme autant de "victoires" que la classe ouvrière s'est
enfoncée dans la plus terrible contre-révolution qu'elle
ait connue.
C'est sans doute le mythe frauduleux de "l'Etat socialiste"
issu de la révolution en Russie et présenté comme
bastion du prolétariat alors qu'il n'était devenu rien d'autre
que le défenseur du capital national étatisé, qui
a constitué l'arme essentielle, tant d'embrigadement que de démoralisation
du prolétariat. Les prolétaires du monde entier en qui l'embrasement
de1917 avait fait naître un espoir immense étaient maintenant
invités à soumettre inconditionnellement leurs luttes à
la défense de la "patrie socialiste" et à ceux
qui commençaient à deviner la nature anti-ouvrière
de celle-ci, l'idéologie bourgeoise se chargeait d'inculquer l'idée
que la révolution ne pouvait avoir d'autre aboutissement que celui
qu'elle avait eu en Russie : l'apparition d'une nouvelle société
d'exploitation et d'oppression.
Démoralisée par ses échecs des années 20
mais plus encore par ses divisions entre, d'un côté, ceux
qui, éblouis par octobre, n'avaient pas su distinguer sa dégénérescence
et la trahison des partis qui s'en réclamaient, d'un autre côté,
ceux qui avaient perdu tout espoir en la révolution, la classe
ouvrière ne pouvait mettre à profit la crise générale
du système des années 30 pour reprendre l'offensive. Au
contraire, de "victoire en victoire", elle était menée
pieds et poings liés à la seconde guerre impérialiste
qui, à l'opposé de la première ne devait pas lui
permettre de surgir de façon révolutionnaire mais dans laquelle
elle devait être embrigadée dans les grandes "victoires"
de la "résistance", de "l'antifascisme" ou
bien des "libérations" coloniales et nationales.
Les étapes principales du reflux et de l'intégration du
prolétariat dans la société bourgeoise ainsi que
des partis de la IIIème internationale, apparaissent comme autant
de coups de poignards reçus par le mouvement de la classe :
1920-1921 : Lutte de l'Internationale Communiste contre sa gauche sur
les questions parlementaire et syndicale.
1922-1923 : Adoption par l'Internationale Communiste, des tactiques de
"Front Unique" et de "Gouvernement ouvrier" qui aboutit
en Saxe et en Thuringe à des gouvernements de coalition entre les
communistes et les sociaux-démocrates bourreaux du prolétariat
allemand alors que celui-ci est encore dans la rue.
1924-1926 : Apparition de la théorie de la "construction du
socialisme dans un seul pays" : l'abandon de l'internationalisme
traduit la mort de l'Internationale Communiste et le passage de ses partis
dans le camp de la bourgeoisie.
1927 ; Soutien politique et militaire de l'Internationale Communiste à
Tchang Kaï chek qui aboutit au massacre, par les troupes de celui-ci,
du prolétariat et des communistes chinois.
1933 : Triomphe de Hitler,
1934 : Entrée de la Russie dans la société des Nations,
qui signifie la reconnaissance, par les brigands qui s'y regroupent, d'un
de leurs pairs : cette grande "victoire" est en fait le symbole
d'une grande défaite du prolétariat.
1936 : création des "fronts populaires" et politiques
de "Défense Nationale" qui, avec l'accord de Staline
conduit les partis "communistes" à voter les crédits
militaires,
1936-1939 : Débauche antifasciste : en Espagne, massacre des travailleurs
au service de la Démocratie et de la République.
1939-1945 : seconde guerre mondiale et embrigadement du prolétariat
dans la "Résistance". Dans cette guerre, la bourgeoisie
instruite par ses expériences antérieures, étouffe
dans l'œuf en occupant militairement chaque pouce de terrain des
pays vaincus, toute velléité prolétarienne, incapable
d'imposer la fin de la guerre par son propre mouvement. Comme ce fut le
cas en 1917-1918, la classe en sort d'autant plus vaincue.
1945-1965 : Reconstruction et "libération" nationale
: le prolétariat est invité à relever le monde de
ses ruines en échange des quelques miettes que le développement
de la production permet à la bourgeoisie de lui distribuer. Dans
les pays arriérés, le prolétariat est enrôlé
par la bourgeoisie nationale au nom de l'indépendance contre l'impérialisme.
LES FRACTIONS COMMUNISTES DE GAUCHE
Au milieu de cette débandade de la classe et de ce triomphe absolu
de la contre-révolution, les fractions communistes de gauche qui
se dégagent des partis en dégénérescence entreprennent
une tâche difficile de sauvegarde des principes révolutionnaires.
Elles doivent s'opposer aux forces conjuguées de toutes les fractions
de la bourgeoisie, déjouer les mille pièges que celle-ci
leur tend, elles doivent faire face au poids terrible de l'idéologie
ambiante dans leur propre classe, affronter l'isolement, la persécution
physique, la démoralisation, l'épuisement, la disparition
et la dispersion de leurs membres. Tendant d'établir un pont entre
les anciens partis du prolétariat passés à l'ennemi
et ceux que celui-ci fera resurgir au moment de sa prochaine reprise révolutionnaire,
les fractions communistes de gauche produisent un effort surhumain et
héroïque pour, à la fois, garder en vie les principes
prolétariens que l'Internationale et ses partis se sont mis à
vendre aux enchères et, à la fois, à partir de ces
principes, faire un bilan des défaites passées pour en dégager
les nouveaux enseignements que la classe devra faire siens dans ses combats
futurs. Pendant des années, les différentes fractions, plus
particulièrement les gauches Allemande, Hollandaise et surtout
Italienne, poursuivent une activité remarquable de réflexion
et de dénonciation des trahisons des partis qui continuent à
se dire prolétariens.
Mais la contre-révolution est trop profonde et trop longue pour
permettre la survie des fractions. Durement frappées par la seconde
guerre mondiale et par le fait que celle-ci ne provoque aucun ressurgissement
de la classe, les dernières fractions qui ont survécu jusqu'alors
disparaissent progressivement ou bien s'engagent dans un processus de
dégénérescence, de sclérose ou de régression.
Avec ce fait, pour la première fois depuis plus d'un siècle,
se rompt le lien organique qui à travers le temps et l'espace unissait
les unes aux autres, les différentes organisations politiques du
prolétariat telles que la Ligue des Communistes, la première,
la seconde, la troisième Internationale et les fractions qui en
sont issues.
La bourgeoisie est arrivée momentanément à ses fins
: faire taire toute expression politique de la classe, faire apparaître,
sans possibilité de contestation, la révolution comme un
anachronisme poussiéreux, un vestige d'une autre époque,
une spécialité exotique réservée aux pays
arriérés, ou bien encore en falsifier totalement la signification
aux yeux des travailleurs.
LA CRISE DU CAPITALISME
Mais depuis la fin des années 60, cette perspective a changé
de façon fondamentale. La situation de "prospérité"
économique qui accompagnait la reconstruction d'après-guerre
et que non seulement les adorateurs du capitalisme mais encore certains
qui se présentaient comme ses ennemis, se plaisaient à présenter
comme éternelle, a pris fin une fois terminée cette reconstruction.
A partir du milieu des années 60, après deux décennies
de croissance euphorique, le système capitaliste s'est retrouvé
confronté à un cauchemar qu'il croyait réservé
à l'imagerie d'Epinal de l'avant-guerre : la crise. Celle-ci qui,
depuis cette période, est allée en s'approfondissant de
façon inexorable, constitue un triomphe éclatant de la théorie
marxiste dont toutes sortes de falsificateurs appointés par la
bourgeoisie, d'universitaires en mal de "nouveauté",
de pseudo-révolutionnaires de la chaire, de prix Nobel et d'académiciens,
"d'experts" et de "sommités" ainsi que toutes
sortes de "sceptiques" et d'aigris, n'ont cessé de clamer
le "dépassement", la "caducité" et la
faillite.
LA REPRISE PROLETARIENNE
Avec l'approfondissement du désordre économique, la société
se trouve de nouveau confrontée avec l'alternative inévitable
ouverte par chaque crise aiguë de la période de décadence
: guerre mondiale ou révolution prolétarienne (5).
Mais aujourd'hui, la perspective est radicalement différente de
celle qu'avait ouverte la grande catastrophe économique des années
30. A cette époque, le prolétariat, vaincu, n'avait pas
la force de mettre à profit cette nouvelle faillite du système
pour se lancer à son assaut et, au contraire, celle-ci avait eu
comme effet d'aggraver encore sa défaite.
Le prolétariat actuel est différent de celui de l'entre-deux
guerres. D'une part, comme l'ensemble des piliers de l'idéologie
bourgeoise, les mystifications qui ont, dans le passé, écrasé
la conscience prolétarienne, se sont en partie épuisées
progressivement : le nationalisme, les illusions démocratiques,
l'anti-fascisme, utilisés intensivement pendant un demi-siècle
n'ont plus leur impact d'hier. D'autre part, les nouvelles générations
ouvrières n'ont pas subi les défaites des précédentes.
Les prolétaires qui aujourd'hui s'affrontent à la crise,
s'ils n'ont pas l'expérience de leurs aînés, ne sont
pas prostrés non plus dans la même démoralisation.
La formidable réaction que, dès 1968-69, la classe ouvrière
a opposée aux premières manifestations de la crise signifie
que la bourgeoisie n'est pas en mesure d'imposer aujourd'hui la seule
issue qu'elle puisse pour sa part trouver à cette crise : un nouvel
holocauste mondial. Auparavant, elle doit pouvoir vaincre la classe ouvrière
: la perspective actuelle n'est donc pas guerre impérialiste mais
guerre de classe généralisée. Même si la bourgeoisie
poursuit ses préparatifs pour la première, c'est la seconde
qui, de plus en plus, tend à accaparer ses préoccupations
: l'augmentation prodigieuse des ventes d'armes de guerre, seul secteur
qui ne pâtisse pas de la crise, masque pour le moment, le renforcement
général et non moins systématique des dispositifs
de répression, de lutte contre la "subversion", de la
part des Etats capitalistes. Mais ce n'est pas tant de cette dernière
façon que le Capital se prépare aux affrontements de classe,
mais plutôt en mettant en place toute une série de moyens
d'encadrement du prolétariat et de détournement de ses luttes.
En effet, à une combativité ouvrière intacte et en
plein renouveau, la bourgeoisie peut de moins en moins opposer la simple
répression ouverte qui risque d'agir plus comme unificateur des
luttes que comme éteignoir de celles-ci.
LES ARMES DE LA BOURGEOISIE
Avant d'être en mesure de se livrer à une répression
en règle, elle commencera, comme par le passé, à
tenter de démoraliser les ouvriers en dévoyant leurs luttes
et en les détournant vers des impasses. Et pour cela elle mettra
surtout en avant trois thèmes essentiels de mystification qui tous
auront pour fonction de lier la classe à son capital national et
à son Etat : "l'anti-fascisme", "l'autogestion"
et "l'indépendance nationale".
L'anti-fascisme, confronté à des circonstances historiques
différentes de celles des années 30, puisqu'il n'aura pas
en face de lui un "fascisme" bien "concret" comme
ceux de Hitler et Mussolini et qu'il ne se donnera pas pour tâche
immédiate la préparation de la guerre impérialiste,
aura un sens plus large que par le passé. A l'Est comme à
l'Ouest, c'est au nom de la défense des "conquêtes"
démocratiques, des "libertés" contre les menaces
"réactionnaires", "autoritaires", "répressives",
"fascistes" ou même "staliniennes", que les
fractions de "gauche", "progressistes", "démocratiques"
ou "libérales" du capital vont s'attaquer aux luttes
prolétariennes. De plus en plus, les ouvriers auront le désarroi
d'apprendre qu'ils sont les pires agents de la "réaction"
et de la "contre-révolution" à chaque fois qu'ils
s'aviseront de lutter pour la défense de leurs intérêts
(6).
L'autogestion, dont le mythe sera favorisé par les faillites en
série que la crise provoque sur son passage ainsi que par une réaction
compréhensible contre la main mise bureaucratique de l'Etat sur
l'ensemble de la société, sera également une arme
de choix mise en avant par la gauche du capital contre les travailleurs
; ceux-ci devront repousser les chants des sirènes de toutes les
forces capitalistes qui, au nom d'une "démocratisation"
de l'économie, de "l'expropriation" des patrons ou de
l'établissement de "rapports communistes" ou "plus
humains" voudront, en fait, les faire participer à leur propre
exploitation et s'opposer à leur unification en les divisant en
autant d'entreprises ou en autant de quartiers (voir note 3 p.7).
L'indépendance nationale, enfin, version moderne de la "défense
nationale" de sinistre mémoire, fera flèche de tout
bois, particulièrement dans les pays les plus faibles, là
où elle constitue justement un non-sens total, pour appeler à
l'union entre classes contre tel ou tel impérialisme, pour rejeter
la responsabilité de la crise et de l'aggravation de l'exploitation
sur les "visées hégémoniques" de tel ou
tel pays, sur les "multinationales" et autre capitalisme "apatride"
(voir note 2 p.7).
Au nom de l'une ou l'autre de ces mystifications ou de toutes en même
temps, le capital appellera partout les travailleurs à renoncer
à leurs revendications et à faire des sacrifices en attendant
que la crise soit surmontée, comme par le passé les partis
de gauche et "ouvriers" se distingueront dans cette besogne
répugnante et à côté d'eux, ils pourront compter
sur le soutien "critique" des courants gauchistes de tout acabit
qui propagent les mêmes mystifications et les mêmes mensonges
mais avec des méthodes et un langage plus radicaux. Il y a cinquante-sept
ans, le Manifeste de l'Internationale Communiste mettait déjà
en garde la classe ouvrière contre ces dangers :
"Les opportunistes qui, avant la guerre, incitaient les ouvriers
à modérer leurs revendications au nom du passage progressif
au socialisme, qui exigèrent pendant la guerre l'humiliation de
classe et la soumission de classe du prolétariat au nom de l'union
sacrée et de la défense de la patrie, demandent encore au
prolétariat de nouveaux sacrifices et abnégations afin de
surmonter les effroyables conséquences de la guerre. Si de tels
prêches trouvaient audience au sein de la classe ouvrière,
le développement capitaliste poursuivrait son redressement sur
les cadavres de plusieurs générations avec des formes nouvelles
encore plus concentrées et plus monstrueuses, avec la perspective
d'une nouvelle et inévitable guerre mondiale".
L'histoire a montré, par une tragédie sans nom, combien
était clairvoyante la dénonciation des mensonges bourgeois
par les révolutionnaires de 1919. Aujourd'hui, à l'heure
où la bourgeoisie remet sur pied son formidable arsenal politique
qui lui a permis, dans le passé, de contenir et de vaincre le prolétariat,
le Courant Communiste International revendique hautement les paroles de
l'Internationale Communiste et les adresse de nouveau à sa classe.
"Prolétaires, souvenez-vous de la guerre impérialiste
!" clamait l'Internationale Communiste. Prolétaires d'aujourd'hui,
souvenez-vous de la barbarie du demi-siècle écoulé
et imaginez ce qui attend l'humanité si, cette fois encore, vous
ne repoussez pas avec assez de vigueur les discours enjôleurs de
la bourgeoisie et de ses laquais !
LE DEVELOPPEMENT DE LA LUTTE
ET DE LA CONSCIENCE DU PROLETARIAT
Mais si la classe capitaliste fourbit ses armes avec méthode,
le prolétariat de son côté, n'est pas cette victime
soumise qu'elle aimerait rencontrer en face d'elle.
Même si elles présentent des aspects défavorables,
les conditions dans lesquelles il a repris sa lutte doivent être
fondamentalement à son avantage. En effet, pour la première
fois de l'histoire, un mouvement révolutionnaire de la classe ne
se développe pas à la suite d'une guerre mais accompagne
une crise économique du système. Certes, la guerre avait
eu le mérite de faire comprendre rapidement au prolétariat
la nécessité de lutter sur le terrain politique et avait
entraîné dans le sillage de cette classe, une bonne partie
des couches non prolétariennes autres que la bourgeoisie, mais
elle n'avait constitué un facteur puissant de prise de conscience
que pour les prolétaires des pays du champ de bataille et plus
particulièrement des pays vaincus.
La crise qui se développe aujourd'hui n'épargne aucun des
pays du monde et plus la bourgeoisie essaye d'en ralentir le cours, plus
elle en étend ses effets. De ce fait, jamais une montée
de la classe n'avait connu l'ampleur de celle d'aujourd'hui. Son rythme
en est certes lent et irrégulier mais son extension vient confondre
les prophètes de la défaite qui ne cessent de pérorer
sur le caractère soi-disant "utopique" d'un mouvement
révolutionnaire du prolétariat à l'échelle
mondiale (voir note 4 p. 12 ). Par ailleurs, puisque celui-ci affronte
aujourd'hui les tâches immenses qui sont les siennes - et c'est
la cause du caractère irrégulier de son mouvement - en ayant
perdu l'essentiel de ses traditions de lutte et la totalité de
ses organisations de classe, il devra mettre à profit le développement
lent de la crise qui le frappe et qui rythme sa réponse de classe,
pour développer systématiquement les unes et les autres,
c'est à travers ses luttes économiques successives qu'il
reprendra conscience du caractère politique de son combat. C'est
en multipliant et en élargissant ses luttes partielles qu'il se
forgera les instruments de son affrontement général. Face
à ces luttes, le capital se multipliera en lamentations et utilisera
le fait, réel, qu'il ne peut rien accorder, pour appeler les ouvriers
à la "modération" et au "sacrifice".
Mais ceux-ci comprendront, au contraire, que si ces luttes sont infructueuses
et donc défaites sur le plan strictement économique, elles
sont la condition même de la victoire décisive puisque chacune
d'elles est un pas de plus dans leur compréhension de la faillite
totale du système et de la nécessité de le détruire.
Contre tous les prêcheurs de la "prudence" et du "réalisme",
les travailleurs apprendront que le véritable succès d'une
lutte n'est pas dans son résultat immédiat qui, même
positif, est toujours menacé par l'approfondissement de la crise.
Non, la véritable victoire, c'est la lutte elle-même, ce
sont l'organisation, la solidarité et la conscience que celle-ci
développe.
Contrairement donc aux luttes qui se sont développées dans
la grande crise de l'entre-deux guerres et dont l'inévitable défaite
ne produisait qu'une démoralisation et une prostration encore plus
grandes, les luttes actuelles sont autant de jalons vers la victoire finale,
et le découragement momentané provoqué par les défaites
partielles se transformera en un sursaut de colère, de détermination
et de conscience qui viendra féconder les luttes qui les suivront.
En s'aggravant, la crise vient arracher les quelques "avantages"
dérisoires que la reconstruction avait pu distribuer aux prolétaires
en échange d'une exploitation chaque jour plus systématique
et scientifique. Au fur et à mesure de son développement,
par le chômage ou par les baisses massives des salaires réels,
elle plonge dans une misère croissante un nombre toujours plus
grand de travailleurs. Mais par les souffrances qu'elle provoque, elle
met à nu le caractère barbare des rapports de production
qui emprisonnent la société. Contrairement aux classes bourgeoises
et petites bourgeoises et à leurs chantres qui ne voient dans la
crise qu'une calamité et qui l'accueillent avec des lamentations
désespérées, les prolétaires se doivent de
la saluer, de reconnaître en elle, avec enthousiasme, un souffle
régénérateur qui balaiera les liens qui les rattachent
au vieux monde créant ainsi les conditions de leur émancipation.
L'ORGANISATION DES REVOLUTIONNAIRES
Mais, quelle que soit l'intensité des luttes menées par
la classe, cette émancipation ne pourra intervenir que si celle-là
est capable de se donner une de ses armes les plus précieuses et
dont la carence lui a coûté si cher dans le passé
: son parti révolutionnaire.
C'est sa place dans le système qui fait du prolétariat
la classe révolutionnaire. Les conditions indispensables à
son activité comme telle sont créées par la décadence
et la crise aiguë de ce système. Mais toutes les expériences
historiques enseignent que cela ne suffit pas si, en même temps,
elle ne parvient pas à se hisser à un niveau suffisant de
conscience et à se doter de l'instrument à la fois produit
et facteur actif de cet effort : son avant-garde communiste. Celle-ci
n'est pas le produit mécanique des luttes de la classe. Même
si les combats présents et futurs constituent le sol nourricier
indispensable au développement de cette avant-garde, celle-ci ne
pourra se constituer et accomplir sa tâche que si les révolutionnaires
que la classe secrète prennent pleinement conscience de leurs responsabilités
et s'arment de la volonté d'être à la hauteur de celle-ci.
En particulier, les tâches indispensables de réflexion théorique,
de dénonciation systématique des mensonges de la bourgeoisie
et d'intervention active dans les luttes de la classe ne pourront être
menées à bien par les révolutionnaires d'aujourd'hui
que s'ils rétablissent le lien politique qui, à travers
le temps et l'espace, est la condition fondamentale de leur activité.
En d'autres termes, pour accomplir la fonction pour laquelle la classe
les a produits, les révolutionnaires doivent s'approprier les acquis
des luttes et des courants communistes du passé, de même
qu'ils doivent regrouper leurs forces à l'échelle de leur
classe, à l'échelle mondiale.
Mais leurs efforts dans ces deux directions sont encore lourdement handicapés
par la rupture totale de continuité organique avec les fractions
du passé. Le rétablissement de l'indispensable continuité
politique avec ces fractions, qui avaient recueilli et développé
l'essentiel des enseignements de toute l'expérience passée
de la classe, en a été d'autant retardé et entravé
pour les courants révolutionnaires que la classe fait surgir de
nouveau. Ceux-ci ont, en particulier, les plus grandes difficultés
à comprendre deux choses : leur fonction spécifique dans
la classe et surtout l'ensemble des questions d'organisation pour lesquelles,
justement, ils ne disposent pratiquement d'aucune expérience propre.
De plus, la décomposition des couches petites bourgeoises et leur
prolétarisation qui, dès ses débuts, étaient
un boulet au pied du mouvement ouvrier mais que la décadence et
la crise viennent accélérer et accentuer, renforcent d'autant
plus ces difficultés. En particulier, les scories du "mouvement
étudiant", expression typique de la crise de la petite bourgeoisie
intellectuelle et qui a connu son apogée au moment où la
classe a retrouvé le chemin de la lutte, sont venues encombrer
la conscience des organisations révolutionnaires. Les cultes de
la "nouveauté", de la "singularité",
de la phrase, de l'individu, de la "désaliénation"
et même du "spectacle" qu'on se plaisait pourtant à
dénoncer, ces cultes donc, qui sont le propre de cette variété
de la petite bourgeoisie, ont réussi souvent à transformer
en sectes travaillées par des questions mesquines et des ambitions
personnelles de nombreux groupes que la classe avait fait surgir dès
sa reprise.
De facteurs positifs, ces groupes sont devenus alors un obstacle au processus
de prise de conscience du prolétariat et, s'ils persistent, au
nom de divergences inventées ou secondaires, à s'opposer
à la tâche de regroupement des forces révolutionnaires,
le mouvement de cette classe les détruira impitoyablement.
Avec ses moyens encore modestes, le Courant Communiste International
s'est attelé à la tâche longue et difficile du regroupement
des révolutionnaires à l'échelle mondiale autour
d'un programme clair et cohérent. Tournant le dos au monolithisme
des sectes, il appelle les communistes de tous les pays à prendre
conscience des responsabilités immenses qui sont les leurs, à
abandonner les fausses querelles qui les opposent, à surmonter
les divisions factices que le vieux monde fait peser sur eux. Il les appelle
à se joindre à cet effort afin de constituer, avant les
combats décisifs, l'organisation internationale et unifiée
de son avant-garde.
Fraction la plus consciente de la classe, les communistes se doivent de
lui montrer son chemin, en faisant leur le mot d'ordre : "Révolutionnaires
de tous les pays unissez-vous !"
AUX PROLETAIRES
Prolétaires du monde entier,
Les combats dans lesquels vous vous êtes engagés sont les
plus importants de l'histoire de l'humanité. Sans eux, celle-ci
est destinée à connaître un troisième holocauste
impérialiste dont on ne peut prévoir que l'horreur des conséquences
mais qui pourrait signifier pour elle un retour en arrière de plusieurs
siècles ou de plusieurs millénaires, un pourrissement sur
pied excluant tout espoir de socialisme ou bien sa destruction pure et
simple. Jamais une classe n'a porté en elle de telles responsabilités
et un tel espoir. Les sacrifices terribles qu'elle a déjà
consentis dans ses luttes du passé et ceux, peut-être encore
plus terribles, que la bourgeoisie aux abois lui imposera encore n'auront
pas été vains.
Sa victoire signifiera, pour le genre humain, la libération définitive
des chaînes qui l'ont soumis aux lois aveugles de la nature et de
l'économie. Elle marquera la fin de la préhistoire de l'humanité
et le début de son histoire véritable. Elle établira
le règne de la liberté sur les ruines du règne de
la nécessité.
Prolétaires, pour les combats titanesques qui vous attendent,
pour vous préparer à l'assaut final contre le monde capitaliste,
pour l'abolition de l'exploitation, pour le communisme, faites vôtre
le vieux cri de guerre de votre classe :
"PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS ! "
(4) Ce passage fait évidemment référence
au réveil du prolétariat mondial à la fin des années
60, après un demi-siècle de contre-révolution. La
description qui y est donnée des luttes ouvrières paraît
évidemment décalée avec la situation présente
de la lutte de classe. En fait, l'effondrement des pays dits "socialistes",
à la fin des années 80, a provoqué un profond recul
dans la conscience et la combativité de la classe ouvrière.
Le poids de ce recul se manifeste encore aujourd'hui par les difficultés
du prolétariat à développer ses combats de classe,
à retrouver le chemin de sa perspective révolutionnaire
oblitéré par l'ampleur des campagnes bourgeoises sur la
"mort du communisme". Néanmoins, ce recul du prolétariat
mondial n'a nullement remis en question le cours historique aux affrontements
de classe ouvert par la première vague de luttes de la fin des
années 60. Malgré la lenteur du rythme actuel de reprise
de la lutte de classe, l'avenir est toujours entre les mains du prolétariat.
Et c'est bien parce que la lutte de classe est un cauchemar permanent
pour la bourgeoisie que celle-ci déchaîne des campagnes idéologiques
et des manoeuvres extrêmement sophistiquées pour empêcher
le géant prolétarien de s'affirmer sur la scène sociale.
(5) Avec la disparition des deux blocs impérialistes
issus des accords de Yalta, le spectre d'une troisième guerre mondiale
s'est évanoui pour le moment. Ainsi, même si le militarisme
et la guerre caractérisent toujours le mode de vie du capitalisme
décadent, la politique impérialiste de tous les Etats, petits
ou grands, se déchaîne dans une situation historique mondiale
dominée par le chaos et la "chacun pour soi". L'embrigadement
du prolétariat des pays centraux dans une troisième guerre
mondiale n'étant plus à l'ordre du jour, l'alternative historique
est devenue : révolution prolétarienne ou enfoncement de
l'humanité dans la barbarie et le chaos généralisé.
(6) Même si dans certains pays centraux, comme en
France, en Autriche ou en Belgique, on assiste à une montée
des fractions d'extrême droite, ce phénomène n'est
nullement comparable à la situation qui, dans les années
20 et 30, avait permis l'arrivée au pouvoir du fascisme et du nazisme.
Le regain des partis d'extrême droite aujourd'hui est essentiellement
une manifestation de la décomposition du capitalisme, du "chacun
pour soi" qui gangrène l'appareil politique de la bourgeoisie,
et non la conséquence d'une défaite historique du prolétariat
comme c'était le cas dans les années qui ont suivi l'écrasement
de la première vague révolutionnaire de 1917-23. D'ailleurs,
les campagnes antifascistes actuelles n'ont aucune commune mesure avec
les campagnes de mobilisation massive du prolétariat derrière
les drapeaux de la démocratie qui avaient permis l'embrigadement
de la classe ouvrière dans la seconde guerre mondiale.