12e Congrès de RI : la défense de l'organisation

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Courant avril 1996 s'est tenu le 12e congrès de la section en France du Courant Communiste International. Ce congrès était celui d'une section territoriale de notre organisation in­ternationale, mais le CCI a décidé de lui donner une valeur dépassant le simple cadre territorial pour en faire une sorte de congrès international extraordinaire.

Le congrès s'est tenu quelques mois après que nous ayons assisté en France à des évé­nements de première grandeur concernant la lutte entre prolétariat et bourgeoisie : les grèves du secteur public de la fin de l'année 1995, lesquelles résultaient d'une manoeuvre de la bourgeoisie à l'échelle internationale dirigée contre le prolétariat de l'ensemble des pays industrialisés [1]. Mais ces événe­ments ne constituaient qu'un aspect d'une of­fensive générale que mène aujourd'hui la bourgeoisie contre la classe ouvrière et ses organisations. Et c'est justement en tant que moment privilégié de l'armement de l'orga­nisation communiste contre les différents aspects de cette offensive que le 12e congrès de la section en France prenait toute son im­portance.

Une attaque sans précédent de la classe bourgeoise contre le prolétariat

La bourgeoisie est en effet obligée d'accom­pagner son attaque économique contre la classe ouvrière d'une attaque politique. Cette attaque vise évidemment, comme on a pu le voir dans les manoeuvres de la bourgeoisie de la fin 1995, le court terme et le moyen terme : elle vise à affaiblir le prolétariat en prévision des combats qu'il devra mener dans les années qui viennent. Cependant, ce serait dangereusement sous-estimer la classe dominante que de considérer qu'elle ne voit pas plus loin. Ses secteurs les plus lucides savaient bien que l'impact des immenses campagnes sur « la mort du communisme » et la « victoire définitive du capitalisme » ne pourrait durer éternellement, qu'il serait né­cessairement battu en brêche par l'aggrava­tion de la crise du capitalisme et la néces­saire reprise des luttes ouvrières. C'est pour cela qu'il fallait prendre rapidement les de­vants : « ... il faut souligner le changement récent dans un certain nombre de discours de la classe dominante. Alors que les pre­mières années après l'effondrement du bloc de l'Est ont été dominées par les campagnes sur le thème de "la mort du communisme", "l'impossibilité de la révolution", on assiste aujourd'hui à un certain retour à la mode de discours favorables au "marxisme", à la "révolution", au "communisme" de la part des gauchistes, évidemment, mais même au-delà d'eux. » Avant qu'un nombre croissant d'ouvriers ne reconnaisse dans le marxisme la théorie de la lutte du prolétariat pour son émancipation, il s'agit d'élaborer et de diffu­ser un faux marxisme destiné à polluer et dévoyer le processus de prise de conscience de la classe ouvrière.

Mais cette offensive ne s'arrête pas là. Il s'agit aussi de discréditer le courant de la Gauche communiste, celui qui a représenté, au moment de la dégénérescence et de la mort de l'Internationale Communiste, le véritable défenseur des principes commu­nistes qui avaient présidé à la révolution d'octobre 1917. C'est ainsi que, à l'occasion de la publication des archives de Vercesi, principal animateur de la Fraction de Gauche italienne, des universitaires de Bruxelles présentent ce courant comme anti-fasciste, c'est-à-dire l'anti-thèse même de ce qui fut son essence. Ce dont il s'agit fonda­mentalement c'est de compromettre l'avenir du courant de la Gauche communiste, c'est-à-dire le seul qui travaille à la fondation du parti communiste dont aura besoin le prolé­tariat pour mener à bien sa révolution.

Et cette attaque contre la Gauche communiste ne se cantonne pas au niveau universitaire. Les « spécialistes » de la classe dominante savent parfaitement le danger que représentent pour cette dernière les groupes du milieu politique prolétarien qui se réclament justement de la Gauche communiste. Evidemment, ce danger n'est pas immédiat. Continuant à subir les séquel­les de la terrible contre-révolution qui s'est abattue sur le prolétariat à partir de la fin des années 1920 et qui a sévit jusqu'au mi­lieu des années 1960, la Gauche communiste se distingue encore par sa fai­blesse tant numérique qu'au niveau de son impact sur l'ensemble de la classe ouvrière. Une faiblesse qui est encore aggravée par la dispersion entre plusieurs courants (CCI, BIPR, multiples « Partis » du courant bordi­guiste).

Et justement, il faudrait être singulièrement naïf pour croire que la classe dominante, et ses institutions spécialisées, n'emploient pas dès à présent tous les moyens possibles pour empêcher ce courant de se renforcer à me­sure que se développera la prise de con­science du prolétariat, pour le liquider. Parmi ces moyens, il y a évidemment la ré­pression policière. Mais dans le cadre des « démocraties » qui gouvernent les pays in­dustrialisés, c'est un instrument que la bour­geoisie utilise encore assez peu pour ne pas trop se démasquer. Il y a aussi l'infiltration par des organismes spécialisés de l'Etat capi­taliste visant à informer ces derniers et sur­tout à détruire de l'intérieur les organisations communistes. C'est ainsi qu'en 1981, le CCI avait démasqué l'individu Chénier dont les agissements avaient contribué à aggraver la crise qu'avait connue le CCI à l'époque et à provoquer la perte de nombreux militants.

Enfin, et surtout, notre organisation a mis en évidence le rôle particulier que joue aujour­d'hui le milieu parasitaire comme instrument de l'attaque de la bourgeoisie contre le mi­lieu politique prolétarien.

L'attaque du parasitisme contre le milieu politique prolétarien et contre le CCI

Ce n'est pas une préoccupation nouvelle de notre organisation. Ainsi, au lendemain de notre 11e congrès international, il y a un an, nous pouvions déjà écrire :

« Il est préférable pour la bourgeoisie de faire un mur de silence autour des positions et de l'existence des organisations révolu­tionnaires. C'est pour cela que le travail de dénigrement de celles-ci et de sabotage de leur intervention est pris en charge par toute une série de groupes et d'éléments pa­rasitaires dont la fonction est d'éloigner des positions de classe les éléments qui s'appro­chent de celles-ci, de les dégouter de toute participation au travail difficile de dévelop­pement d'un milieu politique prolétarien.

L'ensemble des groupes communistes a été confronté aux méfaits du parasitisme, mais il revient au CCI, parce que c'est aujour­d'hui l'organisation la plus importante du milieu prolétarien, de faire l'objet d'une at­tention toute particulière de la part de la mouvance parasitaire. » (Revue internatio­nale n° 82)

Et sur la base de la convergence de toute une série d'attaques de la part du parasitisme contre le milieu politique prolétarien et le CCI en particulier le congrès a discuté et adopté une résolution dont nous donnons ici quelques extraits :

« La notion de parasitisme politique n'est pas une innovation du CCI. Elle appartient à l'histoire du mouvement ouvrier. Ainsi, dans le combat du Conseil Général dans l'AIT, Marx qualifiait la politique de l'Alliance de Bakounine de 'parasitisme.

Les groupes parasites n'appartiennent pas au milieu politique prolétarien. En aucune façon, il ne sont l'expression de l'effort de prise de conscience de la classe. Au con­traire, ils constituent une tentative de faire avorter cet effort. En ce sens, leur activité vient compléter le travail des forces de la bourgeoisie pour saboter l'intervention des organisations révolutionnaires au sein de la classe.

Ce qui anime l'activité et détermine l'exis­tence des groupes parasites ce n'est nulle­ment la défense des principes de classes du prolétariat, la clarification de positions politiques, mais au mieux l'esprit de cha­pelle ou de "cercles d'amis", l'affirmation de l'individualisme et son individualité vis-à-vis du MPP. C'est pour cela que le point de départ d'une démarche parasitaire pouvant conduire à la fondation d'un groupe para­site est basé sur des griefs personnels, des ressentiments, des frustrations et autres préoccupations mesquines, relents de l'idéologie de la petite-bourgeoisie décom­posée et sans avenir.

En ce sens, ce qui caractérise un groupe pa­rasite, ce n'est pas la défense d'une plate­forme programmatique mais essentiellement une attitude politique face aux organisa­tions révolutionnaires, et plus particulière­ment face au principal pôle de regroupe­ment, le CCI.  (...)

Le parasitisme à ainsi pour fonction :

  • de renforcer la confusion dans la classe... ;
  • de développer les attaques contre les or­ganisations marxistes en vue de la des­truction du MPP ;
  • d'alimenter les campagnes de la bourgeoi­sie contre le communisme en colportant l'idée que toute organisation marxiste se réclamant du combat de Lénine pour la construction du Parti est, par nature, vouée à la dégénérescence stalinienne ;
  • de ridiculiser les principes organisation­nels du prolétariat en inoculant l'idée que la défense instransigeante de ces principes ne mène qu'au sectarisme.

Tous ces thèmes développés dans l'offensive du parasitisme contre le CCI [sont] une confirmation de la contribution active des groupes parasites à l'offensive de l'Etat bourgeois contre le marxisme depuis l'ef­fondrement du bloc de l'Est. Ils constituent un sabotage des efforts du prolétariat pour retrouver sa perspective révolutionnaire.

En ce sens, les groupes parasites sont le ter­rain de prédilection des manipulations de l'Etat. »

Cela ne signifie pas que les groupes parasi­tes soient de simples organes de l'Etat capi­taliste, comme peuvent l'être, par exemple, les groupes gauchistes lesquels défendent un programme capitaliste. De même, il est sûr que, pour la plupart, les éléments du milieu parasitaire, qu'il soit organisé ou informel, n'ont aucun lien direct avec les organismes de l'Etat. Mais, compte tenu de la démarche qui anime ce milieu, du laxisme politique et organisationnel qui le caractérise, des ré­seaux de copinages qui le traversent, de sa prédilection pour les commérages de toutes sortes, rien n'est plus facile pour quelques spécialistes de l'infiltrer et de l'orienter dans des directions qui favorisent encore mieux l'action de la bourgeoisie contre les organi­sations communistes.

L'armement organisationnel du CCI

Le 12e Congrès de la section en France se devait également de faire un bilan, un an après le congrès international, de sa capacité à faire vivre les perspectives dégagées par celui-ci. Nous serons brefs sur ce point car, malgré toute son importance, il était secon­daire par rapport au point qui vient d'être évoqué et lui était, en bonne partie, subor­donné.

La résolution adoptée par ce congrès disait :
« ... le 11
e Congrès constate donc que le CCI est aujourd'hui bien plus fort qu'il n'était au précédent congrès, qu'il est in­comparablement mieux armé pour affronter ses responsabilités face aux futurs surgis­sements de la classe, même si, évidemment, il est encore en convalescence » (point 11)

« Cela ne signifie pas que le combat que nous avons mené soit appelé à cesser. (...) Le CCI devra le poursuivre à travers une vigilance de chaque instant, la détermina­tion d'identifier chaque faiblesse et de l'af­fronter sans attendre. (...) En réalité, l'his­toire du mouvement ouvrier, y compris celle du CCI, nous enseigne, et le débat nous l'a amplement confirmé, que le combat pour la défense de l'organisation est permanent, sans répit. » (point 13)

Tout cela, l'année écoulée l'a pleinement confirmé pour la section en France. C'est ainsi que celle-ci, face à un événement aussi important que les grèves de la fin 1995, a réussi à la fois à identifier immédiatement le piège que la bourgeoisie était en train de tendre à la classe ouvrière et à intervenir activement dans la classe.

Le 12e congrès de la section en France a il­lustré et mis en évidence une fois de plus combien le combat pour la construction et la défense de l'organisation est un combat de longue durée, permanent, qui ne tolère au­cun relâchement. Mais pour les révolution­naires, la difficulté n'est pas un facteur de démoralisation. Au contraire. Avant garde d'une classe qui puise des luttes quotidien­nes qu'elle mène contre l'ennemi capitaliste la force qui lui permettra de transformer le monde, les communistes renforcent leur propre conviction, leur propre détermina­tion, par la lutte contre les attaques de la classe ennemie, comme celle que nous con­naissons aujourd'hui aussi bien que des dif­ficultés que rencontre leur activité.



[1] Voir Revue internationale n° 84 et 85, ainsi que l'article précédent dans ce numéro.