Bilan de 70 années de luttes de « libération nationale » 3e partie

Dans la série La question nationale

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Des nations mort-nées.

Tout au long du 20e siècle, toutes les « nouvelles nations », à peine nées, sont déjà moribondes.

Au début de ce siècle, il y avait à peine 40 Etats indépen­dants dans le monde. Aujourd'hui, ils sont 169, aux­quels il faut ajouter les quelques 20 nouveaux Etats surgis dernièrement de l'explosion de l'URSS et de la Yougoslavie.

La faillite sans appel de la kyrielle de « nouvelles nations » construites tout au long du 20e siècle, la ruine certaine de celtes qui viennent d'être créées, sont une démonstration évidente de l'échec du capita­lisme. Pour les révolution­naires, depuis le début du 20e siècle, ce qui est à l'ordre du jour n'est pas la constitution de nouvelles frontières, mais leur destruction   par   la   révolution prolétarienne mondiale. C'est l'axe central de cette série d'articles de bilan de 70 ans de luttes de « libération nationale ».

Dans le premier article, nous avons vu comment la « libération nationale » a été un poison mortel pour la première vague révolutionnaire interna­tionale de 1917-23. Dans la se­conde partie, nous avons démontré comment les guerres de « libération nationale » et les nouveaux Etats ont été happées dans un engrenage inséparable des impérialismes et de la guerre impérialiste. Dans cette troisième et dernière partie, nous voulons montrer le tra­gique désastre économique et social auquel aboutit l'existence de ces 150 « nouvelles nations » créées au cours du 20e siècle.

La réalité a réduit en pous­sières tous les discours sur les « pays en voie de développe­ment », qui devaient devenir les nouveaux pôles dynamiques du développement économique. Les bavardages sur les nou­velles « révolutions bour­geoises », qui allaient faire ex­ploser la prospérité à partir des richesses naturelles contenues dans les anciennes colonies, n'annonçaient qu'un gigan­tesque fiasco : celui du capita­lisme, l'incapacité de celui-ci de mettre en valeur les deux tiers de la planète, d'intégrer à la production mondiale les mil­liards de paysans qu'il a ruinés. 

Le contexte dans lequel sont nées les « nouvelles nations » : la décadence du capitalisme

Le critère déterminant pour juger si le prolétariat doit ou ne doit pas appuyer la formation de nouvelles nations a toujours été fonction de la période que traverse le capita­lisme au niveau historique et mondial. Dans une période d'expansion et de développement, comme au 19e siècle, un tel appui pouvait avoir un sens, et encore seulement dans le cas où la forma­tion d'une nation contribuait à accélérer le développement du capi­talisme et la constitution de la classe ouvrière, et à condition que soit maintenue l'autonomie de cette dernière par rapport aux forces progressistes de la bourgeoi­sie. Cet appui n'a plus aucun sens et doit être rejeté catégoriquement dès que le capitalisme entre, avec la première guerre mondiale, dans son époque de décadence mortelle.

«Le programme national n'a joué un rôle historique, en tant qu'expression idéologique de la bourgeoisie montante aspirant au pouvoir dans l'Etat, que jusqu'au moment où la société bourgeoise s'est tant bien que mal installée dans les grands États du centre de l'Europe et y a créé les instruments et les conditions indispensables de sa politique.

Depuis lors, l'impérialisme a com­plètement enterré le vieux pro­gramme bourgeois démocratique : l'expansion au delà des frontières nationales (quelles que soient les conditions nationales des pays annexés) est devenue la plate-forme de la bourgeoisie de tous les pays. Certes, la phase nationale est de­meurée, mais son contenu réel et sa fonction se sont mués en leur contraire. Elle ne sert plus qu'à masquer tant bien que mal les aspi­rations impérialistes, à moins qu'elle ne soit utilisée comme cri de guerre, dans les conflits impéria­listes, seul et ultime moyen idéolo­gique de capter l'adhésion des masses populaires et de leur faire jouer leur rôle de chair à canon dans les guerres impérialistes » ([1]).

Ce critère global et historique est à l'opposé d'un critère basé sur des spéculations abstraites et sur des visions partielles ou contingentes. Ainsi, les staliniens, les trotskystes et même certains groupes proléta­riens ont donné comme argument à l'appui de «l'indépendance nationale » des pays d'Afrique, d'Asie, le fait que ces pays conservaient d'importants vestiges féodaux et précapitalistes : de là, ils dédui­saient que ce qui était à l'ordre du jour dans ces pays, c'était une «  révolution bourgeoise » et non une révolution prolétarienne. Ce que nient ces messieurs, c'est que l'intégration dans le marché mondial de tous les principaux ter­ritoires de la planète ferme les pos­sibilités d'expansion du capitalisme, pousse ce dernier à une crise sans issue, et que cette situation domine la vie de tous ces nouveaux pays : « Et si, se survivant, l'ancienne formation (sociale) res­tée maîtresse des destinées de la so­ciété, continue à agir et à guider la société, non plus vers l'ouverture des champs libres au développement des forces productives, mais d'après sa nouvelle nature désormais réac­tionnaire, elle oeuvre vers leur des­truction. »([2])

Un autre argument invoqué en fa­veur de la constitution de nouvelles nations, c'est qu'elles possèdent d'immenses ressources naturelles qu'elles pourraient et devraient dé­velopper en se libérant de la tutelle étrangère. Cet  argument  tombe comme le précédent, dans une vi­sion abstraite et localiste. Certes, ces énormes potentialités existent, mais justement, elles ne peuvent se développer dans le contexte mondial de crise chronique et de déca­dence qui détermine la vie de toutes les nations.

Depuis ses origines, le capitalisme a été basé sur une concurrence fé­roce, au niveau des entreprises comme des nations. Ceci a produit un développement inégal de la production selon les pays :

« La loi du développement inégal du capitalisme, sur les extrapolations de laquelle Lénine et ses épigones basent leur thèse du "maillon le plus faible", se manifeste dans la pé­riode ascendante du capitalisme par une poussée impérieuse des pays retardataires vers un rattrapage et même un dépassement des pays plus développés. Par contre, ce phéno­mène tend à s'inverser au fur et à mesure que le système, comme un tout, approche de ses limites histo­riques objectives et se trouve dans l'incapacité d'étendre le marché mondial en rapport avec les néces­sités imposées par le développement des forces productives. Ayant atteint ses limites historiques, le système en déclin n'offre plus de possibilité d'une égalisation dans le dévelop­pement, mais au contraire dans la stagnation de tout développement, dans le gaspillage, dans le travail improductif et de destruction. Le seul "rattrapage" dont il peut être question est celui qui conduit les pays les plus développés à la situa­tion qui existait auparavant dans les pays arriérés sur le plan des convul­sions économiques, de la misère, et des mesures de capitalisme d'Etat. Si au 19ème siècle, c'est le pays le plus avancé, l'Angleterre, qui indi­quait ce que serait l'avenir des autres, ce sont aujourd'hui les pays du «tiers-monde» qui indiquent d'une certaine façon de quoi est fait l'avenir des pays les plus dévelop­pés.

Cependant, même dans ces condi­tions, il ne saurait exister de réelle "égalisation" de la situation des dif­férents pays qui composent le monde. Si elle n'épargne aucun pays, la crise mondiale exerce ses effets les plus dévastateurs non dans les pays les plus développés, les plus puissants, mais dans les pays qui sont arrivés trop tard dans l'arène économique mondiale et dont  la route au développement est définiti­vement barrée par les puissances les plus anciennes. »([3])

Tout ceci se concrétise dans le fait que « la loi de l'offre et de la de­mande joue contre tout développement de nouveaux pays. Dans un monde où les marchés sont saturés, l'offre dépasse la demande et les prix sont déterminés par les coûts de production les plus bas. De ce fait, les pays ayant les coûts de produc­tion les plus élevés sont contraints de vendre leurs marchandises avec des profits réduits quand ce n'est pas à perte. Cela ramène leur taux d'accumulation à un niveau extrê­mement bas, et, même avec une main d'oeuvre très bon marché, ils ne parviennent pas à réaliser les investissements nécessaires à l'acquisition massive d'une techno­logie moderne, ce qui a pour résul­tat de creuser encore plus le fossé qui sépare ces pays des grandes puissances industrielles. » ([4])

Pour cela, «La période de déca­dence du capitalisme se caractérise par l'impossibilité de tout surgissement de nouvelles nations indus­trialisées. Les pays qui n'ont pas réussi leur "décollage" industriel avant la première guerre mondiale sont, par la suite, condamnés à sta­gner dans un sous-développement total, ou à conserver une arriération chronique par rapport aux pays qui "tiennent le haut du pavé" ». Dans ce cadre « Les politiques protection­nistes connaissent au 20e siècle une faillite totale. Loin de constituer une possibilité de respiration pour les économies les moins dévelop­pées, elles conduisent à l'asphyxie de l'économie nationale. » ([5])

Guerre et Impérialisme aggravent le retard et le sous-développement

Dans ces conditions économiques globales, la guerre et l'impérialisme, attributs insépa­rables du capitalisme décadent, s'imposent comme une loi impla­cable à tous les pays et pèsent comme une chape de plomb sur l'économie des nouvelles nations. Dans la situation de marasme qui règne sur l'économie mondiale, chaque capital national ne peut survivre qu'en s'armant jusqu'aux dents. En conséquence, chaque Etat national se voit obligé de bouleverser sa propre économie : création d'une industrie lourde, mise en place d'industries dans des zones stratégiques mais qui ont des effets dévastateurs sur la produc­tion globale, soumission des infra­structures et des communications à l'activité militaire, énormes dé­penses pour la «défense». Tout ceci a de très graves répercussions sur l'ensemble de l'économie na­tionale des pays dont le tissu social est sous-développé à tous les ni­veaux (économique, culturel, etc.) :

- l'insertion  artificielle  d'activités technologiquement très avancées provoque un énorme gaspillage de ressources et un déséquilibre de plus en plus accentué de l'activité économique et sociale ;

- le renforcement de l'endettement et l'accroissement permanent de la pression fiscale pour faire face à une spirale de dépenses dont on ne peut jamais sortir : « L'Etat ca­pitaliste, sous l'impérieuse néces­sité d'établir  une  économie  de guerre, est le grand consommateur insatiable, qui crée son pouvoir d'achat au moyen d'emprunts gi­gantesques drainant toute l'épargne nationale, sous le contrôle et avec le concours "rétribuée" du capital financier ; il paie avec des traites d'hypothèques les revenus futurs du prolétariat et des petits paysans. »([6]).

En Oman, le poste de défense absorbe 46% des dépenses publiques, en Corée du Nord rien de moins que 24% du PIB. En Thaïlande, alors que la production chute, quelle n’a augmentée que de 1% dans l’agriculture, en qu’on réduit les dépenses d’éducation, « les militaires ont exprimés leur volonté de faire participer l’Europe et les USA à la modernisation de leur armée, soulignant plus clairement dans le camp occidental, et projetant un porte hélicoptère allemand, plusieurs Linx franco-britannique, une escadrille (12 avions) de bombardiers F-16 et 500 tanks M60-A1 et M48-A5 américains » ([7]). En Birmanie, avec un taux de mortalité infantile de 6,45% (0,9% aux USA), une espérance de vie de 61 ans (75,9 aux USA), avec seulement 673 livres publiés (pour 41 millions d’habitants) : « de 1988 à 1990, l’armée birmane a augmenté de 170 000 à 230 000 hommes. Son armement aussi s’est amélioré. Ainsi en Octobre 1990, la Birmanie a commandé 6 avions G4 à la Yougoslavie et 20 hélicoptères à la Pologne. En Novembre, elle a signé un contrat de 1200 millions de dollars – la dette extérieure est de 4171 millions de dollars – avec la Chine pour acquérir, entre autre, 12 avions F-7, 12 avions F-6 et 60 blindés » ([8])

L'Inde est un cas particulièrement grave. L'énorme effort guerrier de ce pays est en grande partie responsable de ce que « entre 1961 et 1970, le pourcentage de la popula­tion rurale qui vit en dessous du mi­nimum physiologique est passé de 52% à 70%. Alors qu'en 1880 chaque hindou pouvait disposer de 270 kilos de céréales et de légumes secs, cette proportion était tombée à 134 kilos en 1966. » ([9]). « Le budget militaire équivalait à 2% de son PNB en 1960, c'est-à-dire 600 mil­lions de dollars. Pour rénover l'arsenal et le parc militaire, les usines d'armement se sont multi­pliées et ont diversifié leur produc­tion. Dix ans plus tard, le budget militaire s'élevait à 1600 millions de dollars, c'est à dire 3,5% du PNB (...) A tout cela s'est ajoutée une réforme de l'infrastructure, en particulier des routes stratégiques, des bases navales (...) Le troisième programme militaire, qui couvre 1974-1979, va absorber annuelle­ment 2500 millions de dollars. »([10]) Depuis 1973, l'Inde possède la bombe atomique et a développé un programme de recherche nu­cléaire, des centrales pour la fusion du plutonium, etc., qui place le ni­veau de ses dépenses dédiées à la « recherche scientifique» dans les plus hauts du monde : 0,9 % du PNB !

Le militarisme aggrave les désavan­tages des pays neufs par rapport aux pays anciens. Ainsi, le nombre de soldats des 16 plus grands pays du «tiers-monde» (l'Inde, la Chine, le Brésil, la Turquie, le Vietnam, l'Afrique du Sud, etc.) est passé de 7 millions, en 1970, à 9,3 millions en 1990, c'est-à-dire, un accroissement de 32 %. Par contre, le nombre de soldats dans les quatre pays les plus industrialisés (USA, Japon, Allemagne, et France) est passé de 4,4 millions, en 1970, a 3,3 millions en 1990, ce qui signifie une réduction de 26%.([11]) Ce n'est pas que ces der­niers aient relâché leur effort mili­taire, mais c'est qu'il est devenu beaucoup plus productif, leur per­mettant d'économiser sur les dé­penses en hommes. Dans les pays les moins développés, c'est la ten­dance inverse, et de loin, qui do­mine : en plus d'augmenter les investissements en armes sophisti­quées et en technologie, ils doivent augmenter la participation des hommes.

Cette nécessité de donner la prio­rité à l'effort de guerre a de graves conséquences politiques qui aggravent encore plus la faiblesse et le chaos économique et social de ces nations : elle impose l'alliance inévitable, contrainte et forcée, avec tous les restes de secteurs féo­daux ou simplement retardataires, puisqu'il est plus important de maintenir la cohésion nationale, face à la jungle impérialiste mon­diale, que d'assurer la « modernisation » de l'économie, qui passe pour un objectif secon­daire et, en général, utopique, face à l'ampleur des impératifs impé­rialistes.

Ces survivances féodales ou pré­capitalistes expriment le poids du passé colonial ou semi-colonial qui leur a légué une économie spéciali­sée dans la production de matières premières agricoles ou minières, ce qui la déforme monstrueuse­ment mil en découle le phénomène contradictoire par lequel l'impérialisme a exporté le mode de production capitaliste et a détruit systématiquement les formations économiques pré-capitalistes, tout en freinant simultanément le déve­loppement du capital indigène, en pillant impitoyablement les écono­mies coloniales, en subordonnant leur développement industriel aux besoins spécifiques de l'économie des métropoles et en appuyant les éléments les plus réactionnaires et les plus soumis des classes dominantes indigènes (...) Dans les co­lonies et les semi-colonies, il ne devait pas naître de capitaux natio­naux indépendants - pleinement formés avec leur propre révolution bourgeoise et leur base industrielle saine -, mais plutôt des caricatures grossières des capitaux des métro­poles, affaiblies par le poids des vestiges en décomposition des modes de production antérieurs, in­dustrialisées au rabais pour servir les intérêts étrangers, avec des bourgeoises faibles, nées séniles, à la fois au niveau économique et po­litique. » ([12]

Pour aggraver encore les pro­blèmes, les anciennes métropoles (France, Grande-Bretagne, etc.), ainsi que d'autres concurrents (USA, l'ancienne URSS, l'Allemagne), ont tissé autour des «nouvelles nations» une toile d'araignée complexe : investisse­ments, crédits, occupations d'enclaves stratégiques, "traités d'assistance, de coopération et de défense mutuelles", intégration dans des organismes internatio­naux de défense, de commerce, etc. Tout cela les tient pieds et poings liés, et constitue un handi­cap particulièrement insurmon­table.

Cette réalité est qualifiée par les trotskystes, les maoïstes et tous les « tiers-mondistes » comme du «néo-colonialisme». Ce terme est un rideau de fumée qui cache l'essentiel : la décadence de tout le capitalisme mondial et l'impossibilité de développement de nouvelles nations. Les pro­blèmes des nations du « tiers-monde», ils les résument à la « domination étrangère ». Il est cer­tain que la domination étrangère fait obstacle au développement des nouvelles nations, mais ce n'est pas le seul facteur et surtout il ne peut être compris que comme une par­tie, un élément constitutif des conditions globales du capitalisme décadent, dominées par le milita­risme, la guerre et la stagnation de la production.

Pour compléter le tableau, les nou­velles nations surgissent avec un péché originel : ce sont des territoires incohérents, formés par un agrégat chaotique de différentes ethnies, religions, économies, cul­tures. Leurs frontières sont pour le moins artificielles et incluent des minorités appartenant aux pays li­mitrophes ; tout cela ne peut que mener à la désagrégation et à des confrontations permanentes.

Un exemple révélateur est l'anarchie gigantesque créée par la coexistence de races, religions et nationalités, dans une région stra­tégique vitale comme le Moyen-Orient. Il y a d'abord les trois religions les plus importantes : le ju­daïsme, le christianisme et l'islamisme. Chacune d'elles est ensuite divisée à son tour en de multiples sectes qui s'affrontent entre elles : la religion chrétienne comporte des minorités maronite, orthodoxe, copte ; la religion mu­sulmane a ses obédiences sunnites, chiites, alaouites, etc. Enfin, « il existe, en plus des minorités eihnico-linguistiques. En Afgha­nistan, les persanophones (Tadjiks) et les turcophones (Ouzbeks, Turk­mènes) ainsi que d'autres groupe­ments. (...) Les turbulences poli­tiques du 20e siècle ont fait de ces minorités des "peuples sans Etats". Ainsi, les 22 millions de Kurdes : 11 millions en Turquie (20% de la population), 6 millions en Iran (12%), 4,5 en Irak (25%), 1 en Syrie (9 %), sans oublier l’existence d'une diaspora kurde au Liban. Il existe aussi une diaspora armé­nienne au Liban et en Syrie. Et, en­fin, les palestiniens constituent un autre "peuple sans Etat" : 5 mil­lions de palestiniens sont répartis entre Israël (2,6 millions), la Jor­danie (1,5 millions), le Liban (400 000), le Koweït (350 000) la Syrie (250 000).» ([13])

 

Dans de telles conditions, les nou­veaux Etats expriment de manière caricaturale la tendance générale au capitalisme d'Etat, lequel ne constitue pas un dépassement des contradictions mortelles du capitalisme décadent, mais une lourde entrave qui augmente encore les problèmes.

« Dans les pays les plus arriérés, la confusion entre l'appareil politique et l'appareil économique permet et engendre le développement d'une bureaucratie entièrement parasi­taire, dont la seule préoccupation est de se remplir les poches, de pil­ler de façon systématique l'économie nationale en vue de se constituer des fortunes colossales : les cas de Batista, Marcos, Duva­lier, Mobutu, sont bien connus, mais ils sont loin d'être les seuls. Le pillage, la corruption et le racket sont des phénomènes généralisés dans les pays sous-développés et qui affectent tous les niveaux de l'Etat et de l'économie. Cette situation constitue évidemment un handicap supplémentaire pour ces économies, qui contribue à les enfoncer toujours plus dans le gouffre. » ([14])
 

Un bilan catastrophique

Ainsi, tout nouvel Etat national, loin de reproduire le développe­ment des jeunes capitalismes du 19e siècle, se confronte dès le dé­part à l'impossibilité d'une accu­mulation réelle et s'enfonce dans le marasme économique, le gaspil­lage et l'anarchie bureaucratique. Loin de fournir un cadre où le prolétariat pourrait améliorer sa situa­tion, il crée, au contraire, un ap­pauvrissement constant, la menace de la famine, la militarisation du travail, les travaux forcés, l'interdiction des grèves, etc.

Pendant les années 1960-70, des politiciens, des experts, des ban­quiers, ont disserté jusqu'à la nau­sée sur le « développement » des pays du «tiers-monde». De pays «sous-développés» ils sont deve­nus «pays en voie de développe­ment». Un des leviers de ce soi-disant « développement » fut l'octroi de crédits massifs qui s'est accéléré surtout avec la récession de 1974-75. Les grandes métropoles industrielles ont concédé à tour de bras des crédits aux nouveaux pays, avec lesquels ces derniers ont acheté des biens d'équipement, des installations « clés-en-mains » pour une production qu'ils n'ont pas pu vendre, victimes de la surproduc­tion généralisée.

Ceci n'a pas entraîné, comme cela est amplement démontré au­jourd'hui, un véritable développe­ment, mais par contre un grave en­dettement des pays neufs qui les a plongés définitivement dans une crise sans issue comme cela s'est vu tout au long de la décennie 1980.

Nos publications ont mis en évi­dence ce désastre généralisé, il suf­fit de rappeler quelques faits : en Amérique Latine, le PIB par habitant a chuté en 1989 au niveau où il était en 1977. Au Pérou, le revenu par habitant était en 1990... le même qu'en 1957 ! Le Brésil, pré­senté dans les années 1970 comme le pays du « miracle économique », a subi, en 1990, une baisse du PNB de 4,5% et une inflation de 1657 % ! La production industrielle de l'Argentine a chuté, en 1990, au niveau de 1975. ([15])

La population, et surtout la classe ouvrière, ont durement souffert de cette situation. En Afrique, 60 % de la population vivait en dessous du minimum vital en 1983 et pour 1995, la Banque Mondiale calcule qu'on arrivera à 80 %. En Amé­rique Latine, il y a 44 % de pauvres. Au Pérou, 12 millions d'habitants (sur une population totale de 21 millions) sont dépourvus de tout. Au Venezuela, un tiers de la popu­lation manque des revenus néces­saires pour acheter les produits de base.

La classe ouvrière s'est vue cruel­lement attaquée : en 1991, le gou­vernement du Pakistan a fermé ou privatisé des entreprises publiques, mettant à la rue 250 000 ouvriers. En Ouganda, un tiers des employés publics a été licencié en 1990. Au Kenya, « le gouvernement a décidé en 1990 de ne pourvoir que 40 % des postes vacants dans la fonction pu­blique, et que les usagers devaient payer les services publics. » ([16]) En Argentine, la part des salariés dans le revenu national est passé de 49 %, en 1975, à 30 %, en 1983.

La manifestation la plus évidente de l'échec total du capitalisme mondial est le désastre agricole que subit l'immense majorité des na­tions qui ont accédé à l'indépendance au 19e siècle : « La décadence du capitalisme n'a fait que pousser à son comble le pro­blème paysan et agraire. Ce n'est pas, si l'on prend un point de vue mondial, le développement de l'agriculture moderne qui s'est réa­lisé, mais son sous-développement. La paysannerie, comme il y a un siècle, constitue toujours la majorité de la population mondiale. » ([17])

Les pays neufs, à travers l'Etat qui a créé une bureaucratie tentaculaire d'organismes de «développement rural», ont étendu les rapports de production capitalistes à la campagne, détrui­sant les anciennes formes d'agriculture de subsistance. Ce­pendant, cela n'a pas produit un quelconque développement, mais au contraire un total désastre. Ces mafias du « développement », aux­quelles se sont unis les caciques, les propriétaires terriens et les usu­riers, ont ruiné les paysans, en les obligeant à introduire des cultures d'exportation qu'ils leur achètent à des prix dérisoires alors qu'ils leur vendent les semences, les ma­chines, à des prix prohibitifs.

Avec la disparition des cultures de subsistance, « les menaces de fa­mine sont aujourd'hui tout aussi réelles qu'elles l’étaient dans les économies antérieures : la produc­tion agricole par habitant est inférieure au niveau de 1940 (voir « Paysans sans terre » de R.Fabre). Signe de l'anarchie totale du sys­tème capitaliste, la plupart des an­ciens pays agricoles producteurs du "tiers-monde" sont devenus depuis la seconde guerre mondiale impor­tateurs : l'Iran, par exemple, im­porte 40% des produits alimen­taires qu'il consomme. » ([18])

Dans un pays comme le Brésil, le plus grand potentiel agricole du monde, « à partir de février 1991, on a pu constater une pénurie de viande, de riz, de haricots, de pro­duits laitiers et d'huile de soja, » ([19]) . L'Egypte, grenier des Empires tout au long de l'histoire, importe au­jourd'hui 60 % des aliments de base. Le Sénégal produit seulement 30 % de sa consommation de cé­réales. En Afrique, la production alimentaire parvient à peine à 100 kilos par an par habitant, alors que le minimum vital est de 145 kilos.

De plus, la canalisation de la pro­duction vers des monocultures des­tinées à l'exportation a coïncidé avec la baisse générale du prix des matières premières, tendance qui ne fait que s'aggraver avec l'approfondissement de la réces­sion économique. En Côte d'Ivoire les rentrées de la vente du cacao et du café ont chuté de 55 % entre 1986 et 1989. Le cours du sucre a baissé dans les pays d'Afrique occidentale  de  80%  entre   1960  et 1985.  Au Sénégal, un producteur de   cacahuètes   gagnait   en   1984 moins qu'en 1919. En Ouganda, la production de café est passée de 186 000 tonnes en 1989 à 138 000 en 1990([20])

Le résultat en est l'anéantissement croissant de l'agriculture, aussi bien de l'agriculture de subsistance que de l'agriculture industrielle d'exportation.

Dans ce contexte, contraints par la chute du prix des matières pre­mières et forcés par le phénoménal endettement dans lequel ils sont piégés depuis le milieu des années 1970, la plupart des pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique, ont étendu encore la part des cul­tures industrielles destinées à l'exportation, ont massacré des fo­rêts, entrepris des travaux de bar­rages pharaoniques, et des ou­vrages d'irrigation très coûteux, en conséquence de quoi, les rende­ments ont décru de plus en plus, et l'épuisement de la terre est presque total. Le désert a avancé. Les res­sources naturelles, si généreuses, ont été anéanties.

La catastrophe est d'une dimension incalculable : le fleuve Sénégal qui avait, en 1960, un débit de 24 000 millions de mètres cubes, avait baissé, en 1983, à seulement 7 000 millions de mètres cubes. La cou­verture végétale du territoire mau­ritanien était de 15 % en 1960, et avait chuté à 5 % en 1986. En Côte d'Ivoire, exportateur de bois pré­cieux, la superficie des forêts est tombée de 15 millions d'hectares, en 1950, à seulement 2 millions, en 1986. Au Niger, 30 % des sols culti­vables ont été abandonnés et le rendement par hectare des cultures de céréales est passé de 600 kilos en 1962 à 350  en 1986. En 1983, l'ONU chiffrait à 150 kilomètres par an l'avancée du désert saharien vers le sud.([21])

Les paysans sont expulsés de leurs régions d'origine et ils s'agglutinent dans les grandes villes dans d'horribles camps de bidon­villes. «Lima, qui fut la cité jardin des années 40, a vu se tarir ses eaux souterraines et est envahie par le dé­sert. De 1940 à 1981 sa population s'est multipliée par 7. Aujourd'hui, avec 400 kilomètres carré de superficie et un tiers de la population pé­ruvienne, l'oasis s'est couverte d'ordures et de béton. (...) Dans la décharge du Callao, des enfants pieds nus et des familles entières travaillent au milieu d'un enfer où l'odeur est insupportable et où pul­lulent des millions de mouches. » ([22])

« Le capital aime ses clients pré-ca­pitalistes comme l'ogre aime les en­fants : en les dévorant. Le travail­leur des économies précapitalistes qui a eu "le malheur de toucher au commerce avec les capitalistes" sait que tôt ou tard, il finira, dans le meilleur des cas, prolétarisé par le capital, dans le pire - et c'est chaque jour le plus fréquent depuis que le capitalisme s'enfonce dans la déca­dence- dans la misère et l'indigence, au milieu des champs stérilisés, ou marginalisés, dans les bidonvilles d'une aggloméra­tion.» ([23])

Cette incapacité à intégrer les masses paysannes dans le travail productif est la manifestation la plus évidente de Péchec du capita­lisme mondial. Son essence même est de généraliser le travail salarié, en arrachant les paysans et les arti­sans à leurs vieilles formes de tra­vail pré-capitalistes et en les trans­formant en ouvriers salariés. Cette capacité de création de nouveaux emplois s'enlise et recule à Péchelle mondiale tout au long du 20e siècle. Ce phénomène se ma­nifeste de façon criante dans les pays neufs : alors qu'au 19e siècle, le chômage moyen était en Europe de 4 à 6 %, et pouvait être résorbé après les crises cycliques, au­jourd'hui, dans les pays du « tiers-monde », le chômage est monté à 20 ou 30 %, il s'est transformé en un phénomène permanent et structu­rel.

Les premières victimes de la décomposition mondiale du capitalisme

Les premières victimes de l'entrée du capitalisme, depuis la fin des années 1970, dans son ultime étape de décomposition mondiale, ont été toute cette chaîne de « jeunes nations», qui, dans les années 1960-70, nous étaient présentées par les champions, « libéraux » ou staliniens, de l’ordre bourgeois comme les « nations du futur ».

L'effondrement des régimes stali­niens depuis 1989 a rejeté au se­cond plan de l'actualité la situation épouvantable dans laquelle s'enfoncent ces « nations du futur ». Les pays qui étaient sous la botte stalinienne appartiennent au pelo­ton des pays arrivés trop tard sur le marché mondial et manifestent les mêmes caractéristiques que les a pays neufs» du 20e siècle, bien que leurs spécificités ([24]) ont rendu leur effondrement beaucoup plus chaotique et lui ont donné une ré­percussion historico-mondiale incalculablement supérieure, surtout au niveau de l'aggravation du chaos impérialiste. ([25])

Pourtant, sans sous-estimer les particularités des pays staliniens, les autres pays sous-développés présentent les mêmes caractéris­tiques de base quant au chaos, à l'anarchie et à la décomposition généralisée.
 

L'explosion des Etats

En Somalie, les chefs tribaux du Nord annonçaient le 24 avril 1991 la partition du pays et la création de l'Etat de « Somaliland». L'Ethiopie est démembrée : le 28 mai, l'Erythrée se déclare souve­raine. Le Tigre, les Oromes, l’Ogaden, échappent totalement au contrôle de l'autorité centrale. L'Afghanistan a été divisé en quatre gouvernements différents, chacun contrôlant ses propres ter­ritoires : celui de Kaboul, l'islamiste radical, l'islamiste mo­déré et le Chiite. Presque deux tiers du territoire péruvien sont dans les mains des gangs du trafic de drogue et des mafias des guérillas du Sentier Lumineux ou de Tupac Amaru. La guerre au Libéria a fait 15 000 morts et provoqué la fuite de plus d'un million de personnes (sur une population totale de 2,5 mil­lions). L'Algérie, avec l'affrontement ouvert entre le FLN et le FIS (qui couvre un affrontement impérialiste entre la France et les USA) plonge dans le chaos.
 

L'effondrement de l’armée

Les révoltes de soldats au Zaïre, l'explosion de l'armée ougandaise en multiples bandes qui terrorisent la population, la gangstérisation généralisée des polices en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud, expriment la même tendance, bien que de manière moins spectacu­laire, que l'actuelle explosion de l'armée de l'ex-URSS.

 

La paralysie générale de l’appareil économique

L'approvisionnement, les trans­ports, les services, s'effondrent to­talement et l'activité économique se réduit à sa plus simple expres­sion : dans la république Centrafri­caine, Bangui, la capitale, « a été complètement isolée du reste du pays, l’ex-métropole coloniale vit des subsides que lui accorde la France et du trafic de diamants. » ([26])

Dans ces conditions, la faim, la misère, la mort se généralisent, la vie ne vaut rien. A Lima des hommes et des femmes de forte corpulence sont séquestrés par des bandes qui les assassinent et vendent leur graisse à des entreprises pharmaceutiques ou cosmétiques américaines ! En Argentine, un demi-million de personnes survit de la vente de foies, reins et autres viscères. Au Caire, un mil­lion de personnes vivent dans les tombes du cimetière copte. Les enfants sont enlevés en Colombie ou au Pérou pour être envoyés dans des mines ou dans des exploitations agricoles où ils travaillent dans des conditions d'esclavage telles qu'ils meurent comme des mouches. La chute du prix des matières premières sur le marché mondial a conduit le capitalisme local à ces pratiques atroces pour compenser la baisse de ses profits. Au Brésil, l'impossibilité d'intégrer les nou­velles générations au travail salarié a développé la sauvagerie de bandes de policiers et de vigiles qui se livrent à l'extermination rémunérée de gosses des rues embriga­dés dans les gangs mafieux de tra­fics de toutes sortes. La Thaïlande est devenue le plus grand bordel du monde, et le SIDA se généralise : 300 000 cas en 1990 ; on en prévoit deux millions pour l'an 2000.

La vague d'émigration qui s'est ac­célérée depuis 1986 en provenance de l'Amérique Latine, de l'Afrique et de l'Asie, sanctionne la faillite historique de ces nations et, à tra­vers elle, la faillite du capitalisme.

La désintégration des structures sociales, nées comme les cellules dégénérées d'un corps mortelle­ment malade, le capitalisme déca­dent, vomit littéralement des masses humaines qui fuient le dé­sastre, affluant vers les vieilles na­tions industrielles, lesquelles, confirmant leur stagnation écono­mique, ont depuis longtemps « affiché complet », et ne tiennent, vis-à-vis de ces masses affamées, que le langage de la répression, de la mort, de la déportation.

 

L'humanité n'a pas besoin de nouvelles frontières, mais de l'abolition de toutes les frontières

Les «nouvelles nations» du 20e siècle n'ont pas grossi les rangs prolétariens, mais, ce qui est le plus dangereux pour la perspective révolutionnaire, elles ont placé le prolétariat de ces pays dans des conditions de fragilité et de fai­blesse extrêmes.

Le prolétariat est une minorité dans l'immense majorité des pays sous-développés : il constitue à peine 10 à 15 % de la population, contre plus de 50 % dans les grands pays industrialisés. De plus, il est très dispersé dans des centres de production éloignés des centres névralgiques du pouvoir politique et économique et n'a pas autant d'expérience politique de la confrontation comme classe à la bourgeoisie que dans les pays les plus développés. Il vit le plus sou­vent immergé dans une masse im­mense de marginalisés et de lumpen très vulnérables aux idéologies les plus réactionnaires et qui in­fluent très négativement sur lui.

D'un autre côté, la forme dans la­quelle se manifeste la faillite du ca­pitalisme de ces pays y rend beaucoup plus difficile la prise de conscience du prolétariat :

-domination irrésistible des grandes puissances impérialistes, ce qui favorise l'influence du nationalisme ;

-corruption généralisée et gaspil­lage invraisemblable des res­sources économiques, ce qui obs­curcit la compréhension des véri­tables racines de la crise capita­liste ;

-domination ouvertement terro­riste de l'Etat capitaliste, même lorsqu'il se donne une façade « démocratique », ce qui donne plus de poids aux mystifications démocratiques et syndicales ;

- formes particulièrement barbares et archaïques d'exploitation du travail, ce qui rend plus forte l'influence du syndicalisme et du réformisme.

Comprendre cette situation ne si­gnifie pas nier que ces ouvriers, comme partie inséparable de la lutte du prolétariat mondial ([27]), ont la force et la potentialité de lutter pour la destruction de l'Etat capitaliste et pour le pouvoir interna­tional des conseils ouvriers : « La force du prolétariat dans un pays capitaliste est infiniment plus grande que sa proportion numérique dans la population. Et il en est ainsi parce que le prolétariat occupe une position clé au coeur de l'économie capitaliste et aussi parce que le prolétariat exprime, dans le do­maine économique et politique, les intérêts réels de l’immense majorité de la population laborieuse sous la domination capitaliste. » (Lénine)

La vraie leçon est que l'existence de ces « nouvelles nations », au lieu d'apporter quelque chose à la cause du socialisme, a eu l'effet exactement inverse : elle a créé de nouveaux obstacles, de nouvelles difficultés pour la lutte révolution­naire du prolétariat.

« On ne peut pas soutenir, comme le font les anarchistes, qu'une pers­pective socialiste restait ouverte quand bien même les forces produc­tives seraient en régression. Le ca­pitalisme représente une étape indispensable et nécessaire pour l'instauration du socialisme dans la mesure où il parvient à développer suffisamment les conditions objec­tives. Mais, de même qu'au stade actuel il devient un frein par rapport au développement des forces productives, de même la prolongation du capitalisme, au delà de ce stade, doit entraîner la disparition des conditions du socialisme C'est en ce sens que se pose aujourd'hui l'alternative historique : socialisme ou barbarie. » ([28])

Les « nouvelles nations » ne favori­sent ni le développement des forces productives, ni la tâche historique du prolétariat, ni la dynamique vers l'unification de l'humanité. Au contraire, elles sont, comme ex­pression organique de l'agonie du capitalisme, une force aveugle qui entraîne la destruction des forces productives, des difficultés pour le prolétariat, la dispersion, la divi­sion et l'atomisation de l'humanité.

Adalen, 8 février 1992.

 



[1] Rosa Luxemburg, La crise de la social-démocratie, chap. 7.

[2] Internationalisme, Rapport sur la situa­tion internationale, juin 1945.

[3] Revue Internationale n° 31, Le prolétariat d'Europe de l'Ouest au coeur de la générali­sation internationale de la lutte de classe.

[4] Revue Internationale n°23,   La lutte  du prolétariat dans la décadence du capita­lisme.

[5] Idem.

[6] Bilan    n°11,    Crise    et    cycles    dans l'économie du capitalisme à l'agonie.

[7] El Estado del mundo, 1992.

[8] Idem.

[9] Révolution Internationale n° 10 : L'Inde : un cimetière à ciel ouvert.

[10] Idem.

[11] Les faits ont été tirés des statistiques sur les armées mentionnées dans la publication annuelle El estado del mundo, 1992. Le choix des pays et le calcul des moyennes sont de notre fait.

[12] Revue Internationale n° 19 : Sur l'impérialisme.

[13] Idem.

[14] Revue Internationale n° 60 : Thèses sur la crise économique et politique des pays de l'Est.

[15] Faits tirés de la publication annuelle El estado del mundo, 1992.

[16] El estado del mundo, 1992.

[17] Revue Internationale n° 24 : Notes sur la question agraire et paysanne.

[18] Idem.

[19] El estado del mundo, 1992.

[20] Faits tirés du livre de  René  Dumont Pour l'Afrique, j'accuse.

[21] Faits tirés du livre de R. Dumont.

[22] De l'article «Le choiera des pauvres» publié par El Pais du 27 mai 1991.

[23] Revue Internationale n° 30 : Critique de Boukharine, 2e partie.

[24] Voir les « Thèses sur la crise économique et politique des pays de l'Est » dans la Revue Internationale n 60.

[25] D'un  autre côté, l'identification stalinisme = communisme   qu'emploie   au­jourd'hui la bourgeoisie pour convaincre les prolétaires qu'il n'y a pas d'alternative à l'ordre capitaliste, est plus persuasive si elle amplifie les phénomènes de l'Est et relati­vise  ou  banalise  ce  qui arrive  dans  les nations du « tiers-monde ».

[26] El estado del Mundo, 1992.

[27] Le centre de la lutte révolutionnaire du prolétariat est constitué par les grandes concentrations ouvrières des pays industrialisés : voir, dans la Revue internationale n°31, « Le prolétariat d'Europe occidentale au centre de la généralisation de la lutte de classe ».

[28] Internationalisme n°45 : L'évolution du capitalisme et la nouvelle perspective.