La plus grave crise économique de l'histoire du capitalisme : l'éclatante vérification du marxisme

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Alors que le capitalisme connaît la plus grave crise économique de son histoire, les défenseurs de l'ordre établi ne cessent de procla­mer la mort du marxisme, c'est à dire de la seule théo­rie qui permet de comprendre la réalité de cette crise, et qui l'a prévue. Usant jusqu'à la corde le vieux et ignoble mensonge qui identifie marxisme et stalinisme, révolution et contre-révolu­tion, la bourgeoisie veut faire passer la faillite du capita­lisme d'Etat stalinien pour la faillite du communisme et de sa théorie, le marxisme. C'est une des plus violentes attaques qu'ait eu à subir,  sur le plan de la conscience, la classe ouvrière depuis des décennies. Mais les exorcismes hystériques de la classe dominante ne peu­ vent rien changer à la réalité crue : les théories bour­geoises s'avèrent totalement incapables d'expliquer l'actuel désastre écono­mique, alors que l'analyse marxiste des crises du ca­pitalisme trouve une écla­tante vérification.

L'impuissance des «théories» bourgeoises

Il est frappant de voir les plus lu­cides des «penseurs et commenta­teurs» de la classe dominante constater l'ampleur du désastre qui bouleverse la planète, sans qu'ils puissent pour autant fournir le moindre début d'explication cohé­rente. Il peuvent se répandre pen­dant des heures à la télévision, remplir des pages entières dans les journaux sur les ravages de la mi­sère et de la maladie en Afrique, sur l'anarchie destructrice qui me­nace de famine l'ancien empire « soviétique », sur la dévastation écologique de la planète qui met en péril la survie même de l'espèce hu­maine, sur les ravages de la drogue devenue un commerce aussi impor­tant que celui du pétrole, sur l'absurdité qui consiste à stériliser des terres cultivables en Europe alors que les famines se multiplient dans le monde, sur le désespoir et la décomposition qui rongent les banlieues des grandes métropoles, sur le manque de perspectives qui envahit toute la société mondiale... ils peuvent multiplier les études «sociologiques» et économiques dans tous les domaines, le pour­quoi de tout cela reste pour eux un mystère.

Les moins stupides perçoivent va­guement qu'à l'origine il y a un problème économique. Sans le dire, ou le savoir, ils se rendent à cette vieille découverte du marxisme qui dit que, jusqu'à pré­sent, l'économie constitue la clé de l'anatomie de la vie sociale. Mais cela ne fait qu'ajouter à leur per­plexité. Car, dans la bouillie qui leur sert de cadre théorique, le blo­cage de l'économie mondiale de­meure le mystère des mystères.

L'idéologie dominante repose sur le mythe de l'éternité des rapports de production capitalistes. En­visager, ne fût-ce qu'un instant, que ces rapports, le salariat, le profit, les nations, la concurrence, ne constituent plus le seul mode d'organisation économique pos­sible, comprendre que ces rapports sont devenus la calamité à la source de tous les fléaux qui frap­pent l'humanité, voilà qui mettrait définitivement à terre les quelques pans qui subsistent de leur édifice philosophique.

Les économistes n'ont cessé d'avancer depuis deux décennies, dans un langage de plus en plus in­compréhensible, des «explica­tions» de la dégradation continue de l'économie mondiale. Ces «explications» ont toutes en com­mun deux caractéristiques : la dé­fense du capitalisme comme seul système possible, et le fait d'avoir été, les unes après les autres, ou­vertement ridiculisées par la réalité peu de temps après avoir été for­mulées. Qu'on se rappelle.

A la fin des années 1960, lorsque la «prospérité», qui avait accompa­gné la reconstruction d'après la seconde guerre mondiale, touchait à sa fin, il y a eu deux récessions : en 1967 et en 1970. Comparées aux se­cousses économiques que nous avons connues depuis, ces réces­sions peuvent aujourd'hui sembler bien insignifiantes ([1]) Mais, à l'époque, elles constituaient un phénomène relativement nouveau. Le spectre de la crise économique, qu'on croyait avoir définitivement enterré depuis la dépression des années 1930, revenait hanter les esprits des économistes bourgeois ([2]). La réalité parlait d'elle même : la reconstruction terminée, le capitalisme plongeait à nouveau dans la crise économique. Le cycle de vie du capitalisme décadent de­puis 1914 se confirmait: crise -guerre - reconstruction - nouvelle crise. Mais les «experts» ont ex­pliqué qu'il n'en était rien. Le capi­talisme était tout simplement à l'aube d'une nouvelle jeunesse et il ne subissait qu'une crise de crois­sance. La raison de ces secousses n'aurait été que «la rigidité du sys­tème monétaire hérité de la se­conde guerre mondiale» - les fa­meux accords de Bretton-Woods qui reposaient sur le dollar comme étalon et un système de taux de change fixe entre les monnaies. On créa donc une nouvelle monnaie in­ternationale, les Droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI et on dé­cida que les taux de change flotte­raient librement.

Mais, quelques années après, deux nouvelles récessions, beaucoup plus profondes, longues et éten­dues géographiquement ont frappé de nouveau le capitalisme mondial, en 1974-75 puis en 1980-82. Les «experts» ont alors trouvé une nouvelle explication : la pénurie de sources d'énergie. On baptisa ces nouvelles convulsions «chocs pé­troliers». Par deux fois encore on expliqua que le système n'était pour rien dans ces difficultés. Il s'agissait seulement des effets de la cupidité des cheiks arabes, voire même de la revanche de certains pays sous-développés producteurs de pétrole. Et, comme pour mieux se convaincre de l'éternelle vitalité du système, la «reprise» écono­mique des années 80 se fit au nom d'un retour à un « capitalisme pur ». Les «reaganomics», re­donnant aux entrepreneurs privés les pouvoirs et la liberté que les Etats leur avaient prétendument confisqués, devaient enfin faire ex­ploser toute la puissance créatrice du système. Privatisations, élimi­nation impitoyable des entreprises déficitaires, généralisation de la précarité de l'emploi pour mieux permettre le jeu du marché au ni­veau de la force de travail, l'affirmation du «capitalisme sau­vage» devait montrer à quel point les fondements du capitalisme res­tent sains et offrent la seule issue possible. Mais dès le début des an­nées 80, les économies des pays du «tiers-monde» s'effondrent. Au milieu des années 80, l'URSS et les pays de l'Est de l'Europe, s'engagent dans une voie «libérale», essayant de s'arracher aux formes les plus rigides de leur capitalisme ultra étatisé. La dé­cennie se termine avec une nouvelle aggravation du désastre : l'ancien bloc soviétique plonge dans un chaos sans précédent.

Dans un premier temps, les idéo­logues des démocraties occiden­tales ont présenté cela comme une confirmation de leur évangile : l'URSS et les pays d'Europe de l'Est s'écroulent parce qu'ils ne parviennent pas encore à devenir réellement capitalistes ; les pays du «tiers-monde» parce qu'ils gèrent mal le capitalisme. Mais au début des années 90, il se confirme que la crise économique frappe violem­ment les pays les plus puissants de la planète. Le coeur du capitalisme «pur et dur». Et, à l'avant-garde de ce nouveau plongeon se trou­vent justement les champions du nouveau libéralisme, les pays qui étaient censés donner au monde entier l'exemple des miracles que peut accomplir «l'économie de marché» : les Etats-Unis et la Grande Bretagne.

Au début de 1992 les plus beaux fleurons du capitalisme occidental, les entreprises les mieux gérées de la planète annoncent que leurs profits s'écroulent et qu'elles s'apprêtent à supprimer des dizaines de milliers de postes de tra­vail : IBM, premier constructeur d'ordinateurs du monde, le modèle des modèles, qui n'avait jamais connu de pertes depuis sa fonda­tion ; General Motors, première entreprise industrielle du monde, dont on résume la puissance par la fameuse formule «Ce qui est bon pour General Motors est bon pour les Etats-Unis» ; United Technolo­gies, un des premiers et plus mo­dernes groupes industriels améri­cains ; Ford ; Mercedes Benz, le symbole de la puissance du capital allemand, qui se flattait d'être le seul constructeur d'automobiles à avoir embauché au cours des an­nées 80 ; Sony, champion du dy­namisme et de l'efficacité du capi­tal japonais... Quant au secteur bancaire et financier mondial, ce­lui qui a connu la plus grande «prospérité» au cours des années 80, profiteur immédiat de cette pé­riode marquée par les plus gigan­tesques spéculations et les endet­tements les plus démentiels de l'histoire, il est frappé de plein fouet par la crise et menace de s'écrouler usé par ses propres abus. Des «abus» que certains écono­mistes semblent découvrir au­jourd'hui, mais qui ont constitué depuis deux décennies la véritable bouée de sauvetage de l'économie mondiale : la fuite en avant dans le crédit. La «machine à repousser les problèmes dans le temps» tombe en morceaux, écrasée par le poids des dettes cumulées pendant des années. ([3])

Que reste-t-il des explications de la crise par «l'excessive rigidité du système monétaire» lorsque l'anarchie des taux de change est devenue un élément de l'instabilité économique mondiale ? Que reste-t-il du bavardage sur les «chocs pé­troliers» lorsque les cours du pé­trole se noient dans la surproduc­tion ? Que reste-t-il des discours sur «le libéralisme» et «les mi­racles de l'économie de marché» lorsque l'effondrement écono­mique se fait dans la plus sauvage des guerres commerciales pour un marché mondial qui se rétrécit à vi­tesse accélérée ? Que valent les ex­plications basées sur une découverte tardive des dangers de l'endettement lorsqu'on ignore que cet endettement suicidaire était le seul moyen de prolonger la survie d'une économie agonisante ?

Ces prêtres de l’absurde que sont devenus les économistes dans le capitalisme décadent, ne parvien­nent pas plus à comprendre le pourquoi de la crise économique, qu'à dessiner une quelconque perspective sérieuse pour le proche ou le moyen avenir([4]). Leur métier de défenseurs du système capita­liste leur interdit, aussi «intelligents» soient-ils, de com­prendre la plus élémentaire réalité : le problème de l'économie mon­diale ne réside pas dans une ques­tion de pays ou de façon de gérer le système capitaliste. C'est le sys­tème mondial, le capitalisme lui même qui est le problème. Leurs «raisonnements», leurs «pensées» resteront certainement dans l'histoire comme un des plus si­nistres exemples de l'aveuglement et de la stupidité de la pensée d'une classe décadente.

Le marxisme, la première conception cohérente de l'histoire

Avant Marx, l'histoire humaine apparaissait généralement comme une suite d'événements plus ou moins disparates, évoluant au gré des batailles militaires ou des convictions idéologiques ou religieuses de tel ou tel puissant de ce monde. En dernière instance, la  seule logique pouvant servir de fil conducteur à cette histoire devait être cherchée en dehors du monde matériel, dans les sphères éthérées de la divine Providence ou, dans le meilleur des cas, dans le développement de l'Idée Absolue de l'Histoire chez Hegel([5]).

Aujourd'hui, les économistes et autres «penseurs» de la classe do­minante en sont restés au même point, le retard en plus. Avec l'effondrement de ce qu'ils consi­dèrent avoir été «le communisme», il en est même qui, reprenant une caricature de la pensée de Hegel, annoncent «la fin de l'histoire» : puisque maintenant tous les pays parviennent à la forme la plus achevée du capitalisme («le libéra­lisme démocratique»), puisqu'il ne peut rien y avoir au delà du capita­lisme, nous serions au bout du chemin. Avec de telles concep­tions, l'actuel chaos, le blocage économique de la société, sa désagrégation généralisée ne peu­vent que demeurer un mystère de la Providence. Pour celui qui croit qu'au delà du capitalisme il ne peut rien exister, le terrifiant constat de faillite au bout de plusieurs siècles de domination capitaliste sur la planète, ne peut provoquer que stupeur, une stupeur à faire déses­pérer de l'humanité.

Pour le marxisme, par contre, il s'agit d'une éclatante confirmation des lois historiques qu'il a décou­vertes et formulées. Du point de vue du prolétariat révolutionnaire, le capitalisme n'est pas plus éternel que ne l'ont été les anciens modes d'exploitation, le féodalisme ou l'esclavagisme antique par exemple. Le marxisme se distingue justement des théories commu­nistes qui l'ont précédé, par le fait qu'il fonde le projet communiste sur une compréhension de la dy­namique de l'histoire : le commu­nisme devient possible histori­quement parce que le capitalisme crée simultanément les conditions matérielles permettant d'accéder à une véritable société d'abondance, et la classe capable d'entreprendre la révolution communiste : le pro­létariat. Il devient une nécessité historique parce que le capitalisme aboutit à une impasse.

Autant l'impasse capitaliste dé­concerte les bourgeois et leurs éco­nomistes, autant elle confirme les marxistes dans leurs convictions révolutionnaires.

Mais, comment les marxistes ex­pliquent-ils cette situation de cul-de-sac historique ? Pourquoi le ca­pitalisme ne peut-il pas se déve­lopper à l'infini ? Une phrase du Manifeste communiste, de Marx et Engels, résume la réponse : «Les institutions bourgeoises sont devenues trop étroites pour contenir la richesse qu'elles ont créée».

Quelle est la signification de cette formulation ? La réalité actuelle la confirme-t-elle ?

«Les institutions bourgeoises»

Un des pièges de l'idéologie bour­geoise, et dont les premières vic­times sont les économistes eux-mêmes, consiste à croire que les rapports capitalistes seraient des rapports «naturels». L'égoïsme, la rapacité, l'hypocrisie et la cynique cruauté de l'exploitation capitaliste ne seraient que la forme la plus raffinée atteinte par une éternelle, et toujours «mauvaise», «nature humaine».

Mais quiconque jette un regard à l'histoire constate immédiatement qu'il n'en est rien. Les rapports so­ciaux actuels ne dominent la vie économique de la société que de­puis 500 ans, si l'on situe, comme Marx, le début de cette domination au 16e siècle, lorsque la découverte de l'Amérique et l'explosion du commerce mondial qui s'ensuit, permettent aux marchands ca­pitalistes de commencer à imposer définitivement leur pouvoir sur la vie économique de la planète. Auparavant, l'humanité a connu d'autres sociétés de classes, comme le féodalisme et l'esclavagisme antique, et avant cela, elle a vécu pendant des millé­naires sous des formes diverses de «communisme primitif», c'est-à-dire dans des sociétés sans classes ni exploitation.

«Dans la production sociale de leur existence, - explique Marx([6])- les hommes nouent des rapports déter­minés, nécessaires, indépendants de leur volonté; ces rapports de production correspondent à un de­gré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s'élève un édifice juridique et poli­tique, et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale.»

Les institutions bourgeoises, les rapports de production capitalistes et leur «édifice juridique et poli­tique», loin de constituer des réali­tés éternelles, ne sont qu'une forme particulière,  momentanée de l'organisation sociale, correspon­dant «à un degré donné du dévelop­pement des forces productives». Marx disait qu'au moulin à bras correspondait l'esclavagisme an­tique, au moulin à eau le féoda­lisme, au moulin à vapeur le capi­talisme.

Mais en quoi consistent ces rapports ? Dans la mythologie qui identifie stalinisme et commu­nisme, il est commun de définir les rapports capitalistes par opposition à ceux qui prédominaient dans les pays soi-disant commu­nistes, tels l'ex-URSS. La question de la propriété des moyens de pro­duction par des capitalistes individuels ou par l'Etat serait le critère déterminant. Mais, commet l'avaient déjà démontré Marx et Engels dans leur combat contre le socialisme étatique de Lassalle, le fait que l'Etat capitaliste possède ; les moyens de production ne fait t que donner à cet Etat le statut de «capitaliste collectif idéal». '

Rosa Luxemburg, une des plus grandes marxistes depuis Marx, in­siste sur deux critères principaux, deux aspects de l'organisation so­ciale pour déterminer les spécifici­tés d'une mode d'exploitation par rapport aux autres : le but de la production et le rapport qui lie l'exploité à ses exploiteurs. Ces cri­tères, définis bien avant la révolu­tion russe et son étouffement, ne laissent d'ailleurs aucun doute sur la nature capitaliste des économies staliniennes. ([7])

Le but de la production

 

Rosa Luxemburg résume la spé­cificité du but de la production ca­pitaliste de la façon suivante : «Le propriétaire d'esclaves achetait des esclaves pour sa commodité et pour son luxe, le seigneur féodal extor­quait des corvées et des redevances au serfs dans le même but: pour vivre largement avec sa parenté. L'entrepreneur moderne ne fait pas produire aux travailleurs des vivres, des vêtements, des objets de luxe pour sa consommation, il leur fait produire des marchandises pour les vendre et en retirer de l'argent.»([8])

 

Le but de la production capitaliste c'est l'accumulation du capital, à tel point que les dépenses de luxe auxquelles se livrent les membres de la classe exploiteuse sont, dans les temps radicaux du capitalisme naissant, condamnées par le puri­tanisme bourgeois. Marx en parle comme d'un «vol du capital».

Les bourgeois-bureaucrates pré­tendent que dans leurs régimes, on ne poursuit pas des objectifs capi­talistes et que le revenu des «responsables» est sous forme de «salaire». Mais le fait que le re­venu soit distribué sous forme de revenu fixe (faussement appelé dans ce cas «salaire») et d'avantages de fonction, au lieu de l'être sous forme de revenus d'actions ou placements indivi­duels, tout cela n'est pas significa­tif lorsqu'il s'agit de déterminer s'il s'agit d'un mode de production capitaliste ([9]). Le revenu des grands i bureaucrates de l'Etat n'en est pas moins fait du sang et de la sueur des prolétaires. La «planification» stalinienne de la production ne poursuit pas d'autres objectifs que les investisseurs de Wall-Street : nourrir le dieu Capital National avec le sur-travail extirpé aux ex­ploités, accroître la puissance du capital et en assurer la défense face aux autres capitaux nationaux. L'aspect «Spartiate» affiché, hy­pocritement, par les bureaucraties staliniennes, surtout lorsqu'elles viennent de s'emparer du pouvoir, n'est qu'une caricature dégénérée du puritanisme de l'accumulation primitive du capital, une caricature rendue difforme par les lèpres du capitalisme décadent : la bureau­cratie et le militarisme.

Le lien exploité-exploiteur

Les spécificités du capitalisme, quant au rapport entre l'exploité et son exploiteur, ne sont pas moins importantes ni moins présentes dans le capitalisme d'Etat stali­nien.

Dans l'esclavagisme antique, l'esclave est nourri tout comme le sont les animaux appartenant au maître. Il reçoit, de la part de son exploiteur, le minimum in­dispensable pour vivre et se repro­duire. Cette quantité est relative­ment indépendante du travail qu'il fournit. Même s'il n'a pas travaillé, même si la récolte est détruite, le maître se doit de le nourrir, sous peine de le perdre, comme on perd un cheval qu'on a négligé d'alimenter.

Dans le servage féodal, le serf par­tage encore avec l'esclave, même si c'est sous des formes plus disten­dues et émancipées, sa condition d'objet personnellement rattaché à son exploiteur ou à une exploita­tion : on cède un château avec ses terres, ses bêtes et ses serfs. Cependant, le revenu du serf n'est plus véritablement indépendant du travail qu'il effectue. Son droit à prélever sur la production est défini comme une partie, un pourcentage de la production réalisée.

Dans le capitalisme, l'exploité, le / prolétaire est «libre». Mais cette «liberté» tant vantée par la propagande bourgeoise, se résume au j fait que l'exploité n'a aucun lien personnel avec son  exploiteur. L'ouvrier n'appartient à personne,  il n'est rattaché à aucune terre ou propriété. Son lien avec son exploi­teur se réduit  à une opération commerciale : il vend, non pas lui même, mais sa force de travail. Sa «liberté» c'est d'avoir été séparé de ses moyens de production. C'est la liberté du capital de l'exploiter en n'importe quel lieu, pour lui faire produire ce que bon lui semble. La part que le prolétaire a le droit de prélever sur le produit social (quand il y a droit) est indé­pendante du produit de son travail. Cette part équivaut au prix de la seule marchandise importante qu'il possède et reproduit : sa force de travail.

«Comme toute autre marchandise, la marchandise "force de travail" a sa valeur déterminée. La valeur de toute marchandise est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. Pour produire la marchandise "force de travail", une quantité déterminée de travail est également nécessaire, le travail qui produit la nourriture, les vêtements, etc., pour le travailleur. La force de travail d'un homme vaut ce qu'il faut de travail pour le maintenir en état de travailler, pour entretenir sa force de travail.»([10]}

C'est le salariat.

Les staliniens prétendent que leurs régimes ne  pratiquent pas cette forme d'exploitation car il n'y a pas de chômage. Il est vrai que, de fa­çon générale, dans les régimes staliniens on «fait travailler les chômeurs». Le marché du travail est caractérisé par la situation de monopole de l'Etat qui achète prati­quement tout ce qui se trouve sur le marché, en échange de salaires de misère. Mais l'Etat, ce «capitaliste collectif», n'en est pas moins ache­teur et exploiteur. Pour le prolé­taire, la garantie d'emploi, il doit la payer de l'interdiction absolue de toute revendication et de l'acceptation des conditions de vie les plus misérables. Le stalinisme ce n'est pas la négation du salariat, mais la forme totalitaire de celui-ci.

Aujourd'hui, les économies des pays staliniens ne deviennent pas capitalistes, elles ne font que tenter d'abandonner les formes les plus rigidement étatiques du capitalisme décadent qui les caractérisent.

Production exclusivement en vue de la vente pour l'accumulation de capital, rémunération des travail­leurs par le salariat, cela ne définit évidemment pas toutes les institu­tions bourgeoises, mais met en avant les plus spécifiques. Celles qui permettent de comprendre pourquoi le capitalisme est condamné à l'impasse.

«La richesse qu'elles ont créée... »

Au sortir de la société féodale, les rapports de production capita­listes, les «institutions bourgeoises» ont permis un bond gigantesque des forces productives de la so­ciété. A l'époque où le travail d'un homme permettait à peine de se nourrir lui-même et un autre, lorsque la société était encore mor­celée en une multitude de fiefs qua­siment autonomes les uns par rap­port aux autres, le développement de la «liberté» du salariat et de l'unification de l'économie par le commerce, a constitué un puissant facteur de développement.

 

«La bourgeoisie... a montré ce que l'activité humaine est capable de réaliser. Elle a accompli des mer­veilles qui sont autre chose que les pyramides égyptiennes, les aque­ducs romains, les cathédrales go­thiques... Au cours de sa domina­tion de classe à peine séculaire, la bourgeoisie a créé des forces pro­ductives plus massives et plus colos­sales que ne l'avaient fait dans le passé toutes les générations dans leur ensemble.»([11])

Contrairement aux théories communistes pré-marxistes, qui disaient le communisme possible à tout moment de l'histoire, le marxisme reconnaît que seul le ca­pitalisme crée les moyens matériels d'une telle société. Avant de devenir «trop étroites pour contenir la richesse qu'elles ont créée», les institutions bourgeoises étaient suffisamment larges pour apporter, « dans la boue et dans le sang » deux réalités indispensables à l'instauration d'une véritable so­ciété communiste : la création d'un réseau productif mondial (le mar­ché mondial) et un développement suffisant de la productivité du tra­vail. Deux réalités qui, on le verra, finiront par se transformer en un cauchemar pour la survie du capital.

« La grande industrie a fait naître te marché mondial, que la découverte de l'Amérique avait préparée... – dit le Manifeste communiste. Poussée par le besoin de débouchés toujours plus larges pour ses produits, la bourgeoisie envahit toute la surface du globe. Partout elle doit s'incruster, partout il lui faut bâtir 1 partout elle établit des relations..] Elle contraint toutes les nations\ sous peine de courir à leur perte, d'adopter le mode de production bourgeois; elle les contraint d'importer chez elles ce qui s'appelle la civilisation, autrement dit : elle en fait des nations de bour­ geois. En un mot, elle crée un monde à son image. »([12])

Stimulant et produit de cette unifi­cation de l'économie mondiale, la productivité du travail fait les plus importants progrès de l'histoire. La nature même des rapports capi­talistes, la concurrence à mort dans laquelle vivent les différentes fractions du capital, au niveau national ou international, contraint celles-ci à une course permanente à la productivité. Baisser les coûts de production, pour être plus com­pétitifs, est une condition de survie sur le marché.([13])

Malgré le poids destructif de l'économie de guerre devenue quasi permanente depuis la pre­mière guerre mondiale, malgré les irrationalités introduites par un fonctionnement devenu de plus en plus militarisé, difficile et contra­dictoire depuis la constitution défi­nitive du marché mondial, au dé­but de ce siècle([14]), le capitalisme a poursuivi un développement de la productivité technique du travail. On estime([15]) que vers 1700, un tra­vailleur agricole en France pouvait nourrir 1,7 personne, c'est-à-dire qu'il s'alimentait lui même et four­nissait les trois quarts de l'alimentation d'une autre per­sonne ; en 1975, un travailleur agricole aux Etats-Unis peut nour­rir 74 personnes en plus de lui ! La production d'un quintal de blé coû­tait 253 heures de travail en 1708 en France ; ce coût y est de 4 heures en 1984. Sur le plan industriel, les progrès ne sont pas moins specta­culaires : pour produire une bicy­clette en France en 1891 il fallait 1500 heures de travail ; en 1975 il en fallait 15 aux Etats-Unis. Le temps de travail nécessaire pour produire une ampoule électrique en France a été divisé par plus de 50 entre 1925 et 1982, celui d'un poste de radio par 200. Au cours de la dernière décennie, marquée par une exacerbation sans frein de la guerre commerciale, guerre qui n'a fait que s'aiguiser entre les princi­pales puissances occidentales de­puis l'effondrement du bloc de î'Est([16]), le développement de l'informatique et l'introduction croissante de « robots » dans la production ont donné une nouvelle accélération au développement de cette productivité.([17])

Mais ces conditions qui rendent possible d'organiser consciem­ment, en fonction des besoins hu­mains, la production au niveau mondial, qui permettraient en peu d'années d'éliminer définitivement faim et misère de la planète en fai­sant exploser le développement de la science et des autres forces pro­ductives, bref, ces conditions ma­térielles, qui rendent possible le communisme, se transforment pour la bourgeoisie en un véritable tourment. Et la subsistance des rapports bourgeois se transforme pour l'humanité en un véritable cauchemar.

« Des institutions trop étroites... »

« A un certain degré de leur déve­loppement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de pro­duction existants, ou avec les rap­ports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors, et qui n'en sont que l'expression ju­ridique. Hier encore formes de dé­veloppement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. » Marx.([18])

Dans le cas des sociétés d'exploitation pré-capitalistes, comme dans celui du capitalisme, cette «collision» entre «le dévelop­pement des forces productives maté­rielles de la société» et «les rap­ports de propriété» se concrétise par une situation de pénurie, de di­sette. Mais, lorsque les rapports de l'esclavagisme antique ou ceux du féodalisme sont devenus «trop étroits», la société s'est trouvée de­vant l'impossibilité matérielle de produire plus, d'extraire suffisam­ment de biens et de nourriture à partir de la terre et du travail. Alors que, dans le cas du capitalisme, nous assistons à un blocage de type particulier : la «surproduction».

«La société se voit rejetée dans un état de barbarie momentanée ; on dirait qu'une famine, une guerre de destruction universelle lui ont coupé les vivres ; l'industrie, le commerce semblent anéantis. Et pourquoi? Parce que la société a trop de civili­sations, trop de vivres, trop d'industrie, trop de commerce » (Manifeste communiste)

Ce que Marx et Engels décrivaient au milieu du 19e siècle, analysant les crises commerciales du capita­lisme historiquement ascendant, est devenu une situation quasi chronique dans le capitalisme dé­cadent. Depuis la première guerre mondiale, la «surproduction» d'armements est devenu une mala­die permanente du système. Les famines se développent dans les pays sous-développés au même moment où le capital américain et le capital «soviétique» rivalisent dans l'espace au moyen des tech­niques les plus coûteuses et sophis­tiquées. Depuis la crise de 1929, le gouvernement américain a, presque chaque année, consacré une partie de ses subventions agri­coles à payer des agriculteurs pour qu'ils ne cultivent pas une partie de leur terre. ([19]) A la fin des années 80, alors que le secrétaire général des Nations Unies annonce plus de 30 millions de morts en Afrique du fait de la faim, aux Etats-Unis près de la moitié de la récolte d'oranges est volontairement détruite par le feu. Au début des années 90, la CEE engage un gigantesque plan de congélation de terres cultivables (15 % des terres consacrées aux cé­réales). La nouvelle récession ou­verte, qui ne constitue qu'une ag­gravation de la crise dans laquelle se débat le système depuis la fin des années 60, frappe tous les secteurs de l'économie, et, dans le monde entier, les fermetures de mines et d'usines font suite à la stérilisation des terres.

 

Entre les besoins de l'humanité et les moyens matériels pour les sa­tisfaire se dresse une «main invi­sible» qui contraint les capitalistes à ne plus produire, à licencier, et les exploités à croupir dans la mi­sère. Cette «main invisible», c'est la «miraculeuse économie de mar­ché», les rapports capitalistes de production devenus «trop étroits».

 

Aussi cynique et impitoyable que puisse être la classe capitaliste, elle n'engendre pas volontairement une telle situation. Elle ne demanderait qu'à faire tourner à pleine produc­tivité son industrie et son agricul­ture, extirper une masse toujours croissante de surtravail aux exploi­tés, vendre sans limites et cumuler du profit à l'infini. Si elle ne le fait pas, c'est parce que les rapports capitalistes qu'elle incarne, le lui interdisent. Comme on l'a vu, le capital ne produit pas pour sa­tisfaire les besoins humains, pas même ceux de la classe dominante. Il produit pour vendre. Or, parce qu'il repose sur le salariat, le capi­talisme est incapable de fournir à ses propres travailleurs, encore moins à ceux qu'il n'exploite pas, les moyens d'acheter toute la pro­duction qu'il est capable de faire réaliser.

Comme on l'a aussi vu, la part de la production qui revient au prolé­taire est déterminée non pas par ce qu'il produit, mais par la valeur de sa force de travail, et, cette valeur, le travail nécessaire pour le nour­rir, le vêtir, etc. ne fait que se ré­duire au même rythme que s'accroît la productivité générale du travail.

L'augmentation de la productivité, en baissant la valeur des marchan­dises, permet à un capitaliste de s'emparer des marchés d'un autre, ou d'empêcher un autre de s'emparer des siens. Mais elle ne crée pas de nouveaux marchés. Au contraire. Elle réduit le marché constitué par les producteurs eux-mêmes.

«Le pouvoir de consommation des travailleurs est limité en partie par les lois du salaire, en partie par le fait qu'ils ne sont employés qu'aussi longtemps que leur emploi est pro­fitable pour la classe capitaliste. La raison unique de toutes les crises réelles, c'est toujours la pauvreté et la   consommation restreinte des masses, face à la tendance de l'économie capitaliste à développer les forces productives comme si elles n'avaient pour limite que le pouvoir de consommation absolu de la so­ciété » Marx.([20])

Telle est la contradiction fonda­mentale qui condamne le capita­lisme à l'impasse. ([21])

Cette contradiction, cette incapa­cité à créer ses propres débouchés commerciaux, le capitalisme la porte en lui depuis sa naissance. Il l'a surmontée à ses débuts par la vente aux secteurs féodaux, puis par la conquête des marchés colo­niaux. C'est à travers la recherche de ces débouchés que la bourgeoi­sie a «envahi toute la planète». C'est cette recherche qui, à partir du moment où le marché mondial était constitué et partagé entre les principales puissances, au début de ce siècle, a conduit à la première, puis à la deuxième guerre mon­diales.

Aujourd'hui, 20 ans après la fin du «répit» donné par la reconstruc­tion des gigantesques destructions de la deuxième guerre, après 20 ans de fuite en avant, repoussant les échéances en s'octroyant crédit sur crédit, le capitalisme se retrouve confronté à sa même vieille et inévitable contradiction : un an et demi de production mondiale de dettes en plus.

L'étroitesse des institutions bour­geoises a fini par faire de la vie économique mondiale une mons­truosité où moins de 10 % de la po­pulation produit plus de 70 % des richesses ! Contrairement aux hymnes de louanges aux futurs « miracles de l'économie de mar­ché» qu'entonne aujourd'hui la bourgeoisie sur les ruines du stali­nisme, la réalité fait apparaître dans toute son horreur le fléau barbare que constitue, pour l'humanité, le maintien de rapports capitalistes. Plus que jamais, la survie même de l'espèce humaine exige l'avènement d'une nouvelle société. Une société qui, pour dé­passer l'impasse capitaliste, devra être fondée sur deux principes es­sentiels :

- la production exclusivement en vue des besoins humains ;

- l'élimination du salariat et l'organisation de la distribution d'abord en fonction des richesses existantes, puis, lorsque l'abondance matérielle sera enfin acquise au niveau mondial, en fonction des besoins de chacun.

Plus que jamais, la lutte pour une société fondée sur le vieux principe communiste : «De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses be­soins», ouvre la seule issue à l'humanité.

L'attachement des économistes au mode d'exploitation capitaliste les aveugle et les empêche de voir et de comprendre la faillite de celui-ci. La révolte contre l'exploitation pousse au contraire le prolétariat à la lucidité historique. C'est en se si­tuant du point de vue de cette classe que Marx, les marxistes, les vrais, ont pu s'élever à une vision historique cohérente. Une vision qui est capable non seulement de cerner ce qui constitue la spécifi­cité du capitalisme par rapport aux autres types de société du passé, mais aussi de comprendre les contradictions qui font de ce sys­tème un mode de production aussi transitoire que les autres du passé. Le marxisme fonde la possibilité et la nécessité du communisme sur une base matérielle scientifique. Et, en ce sens, loin d'être enterré comme en rêvent les défenseurs de l'ordre établi, il demeure plus ac­tuel que jamais.

RV, 6/3/92



[1] En 1967 c'est surtout l'Allemagne qui est frappée. Pour la première fois depuis la guerre, son produit intérieur brut cesse de croître. Le «miracle allemand» cède la place à un recul de -0,1 % du PIB. En 1970 c'est au tour de la première puissance mon­diale, les Etats Unis, de connaître un recul de sa production (-0,3 %).

[2] En 1969, la revue économique française, L'expansion s'interroge en couverture : « 19z9 peut-il recommencer ? »

 

[3] Certaines estimations évaluent l'endettement mondial à 30 000 milliards de dollars (Le monde diplomatique, février 1992). Cela équivaut à sept fois le produit annuel des USA, ou de la CEE, ou encore à près d'un an et demi de travail (dans les conditions actuelles) de toute l'humanité !

[4] En décembre 1991, l'OCDE, une des principales organisations de prévision éco­nomique occidentales, présentait ses Pers­pectives économiques à la presse : celles-ci annonçaient une reprise économique immi­nente, encouragée, entre autre, par la baisse des taux d'intérêt allemands. Le jour même, la Bundesbank décidait une impor­tante hausse de son taux d'intérêt et quelques jours plus tard la même OCDE ré­visait à la baisse ses prévisions, soulignant l'importance des incertitudes qui dominent l'époque...

[5] Voir dans ce numéro l'article « Comment le prolétariat a gagné Marx au commu­nisme ».
 

[6] .«Avant-propos» à la Critique de l’économie politique. Ed. La pléiade.

[7] Les économistes ont du mal à com­prendre que ce soit seulement du point de vue marxiste que l’on puisse réellement comprendre la nature capitaliste de ces économies.

[8] Rosa Luxemburg, Introduction à l'économie politique, chap. 5, «Le travail salarié».

[9] Cette différence est, par contre, impor­tante pour comprendre la différence d'efficacité entre le capitalisme d'Etat stali­nien et celui dit «libéral». Le fait que le re­venu des bureaucrates soit indifférent du ré­sultat de la production dont ils sont censés avoir la responsabilité, fait de ceux-ci des monuments d'irresponsabilité, de corrup­tion et d'inefficacité. (Voir «Thèses sur la crise économique et politique dans les pays de l'est», Revue internationale, n° 60).

[10] Rosa  Luxemburg,  Introduction à l'économie politique, idem.

[11] Manifeste communiste,   «Bourgeois  et prolétaires».

[12] Idem.

[13] Dans le cas de pays comme l'URSS, où la concurrence à l'intérieur de la nation était émoussée par le monopole étatique, c'est au niveau de la concurrence militaire interna­tionale que s'exerçait la pression à l'accroissement continu de la productivité.

[14] Voir notre brochure La décadence du capitalisme.

[15] Les données sur la productivité son ti­rées de divers ouvrages de Jean Fourastié : La productivité (ed.PUF, 1987), Pourquoi les prix baissent (éd. Hachette, 1984) Pou­voir d'achat, prix et salaires (té. Gallimard, 1977).

[16] Voir dans cette revue l'article « Guerre commerciale : l'engrenage infernal de la concurrence capitaliste ».

[17] On peut avoir une idée de l'importance de l'augmentation de la productivité du tra­vail par l'évolution du nombre de personnes « improductives » entretenues par le travail réellement productif (au sens général du terme, c'est-à-dire utile pour la subsistance des hommes). Les agriculteurs, les travail­leurs de l'industrie, des services et du bâti­ment produisant des biens ou services des­tinés a la consommation ou à la production de biens de consommation, permettent à un nombre toujours croissant de personnes de vivre sans fournir un travail réellement pro­ductif : militaires, policiers, travailleurs de toutes les industries produisant des armes ou des fournitures militaires, une grande partie de la bureaucratie étatique, les tra­vailleurs des services financiers et ban­caires, du marketing et de la publicité, etc. La part du travail généralement productif dans la société capitaliste décadente ne cesse de diminuer au profit d'activités, in­dispensables pour la survie de chaque capi­tal national, mais inutile sinon destructrice du point de vue des besoins de l'humanité.

[18] «Avant-propos» à la Critique de l'économie politique.

[19] Du simple point de vue technique, les Etats Unis sont capables de nourrir à eux seuls la planète entière.

[20] Le capital, livre III, 5° section, p. 1206, éd. La Pléiade.

[21] L'analyse marxiste ne décèle pas seule­ment cette contradiction dans les rapports de production capitalistes : la loi de la baisse tendancielle du taux de profit, la contradiction entre la nécessité (ravoir re­cours à des investissements toujours plus importants et les exigences de la rotativité du capital, la contradiction entre le ca­ractère mondial du processus de production capitaliste et la nature nationale de l'appropriation du capital, etc., le marxisme a découvert d'autres contradic­tions essentielles qui sont moteur et impasse de la vie du capital. Mais toutes ces autres contradictions ne se transforment en en­trave effective à la croissance du capital qu'à partir du moment où celui-ci se heurte à «la raison ultime» de ses crises : son incapacité à créer ses propres débouchés.