2eme conférence internationale

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Fin 1978 s'est tenue une Conférence Internationale des groupes se réclamant de la gauche commu­niste. Cette Conférence, appelée par la Conférence de Milan de mai 1977 organisée par le Partito Comunista Internazionalista (Battaglia Comunista) à laquelle avait participé le Courant Communis­te International, avait à son ordre du jour : 1)  la croise actuelle et les perspectives,  2) la question des luttes de libération nationale et 3)  la question du parti. Deux brochures sont en cours de parution qui contiennent la correspondance entre les groupes,  les textes préparatoires à la Conférence et le compte-rendu des débats. A cette Conférence,  le pas le plus important qui a été franchi a été l'élargissement de la participation ; ainsi, en plus du PCI(BC) et du CCI, ont participé : la Comunist Workers'Organisation de Grande-Bretagne,  le Nucleo Comunista In­ternazionalista d'Italie,  le Marxist Study Group (For Kormnmismen) de Suède. Deux autres groupes ont donné leur accord pour participer mais n'ont pas pu assister à la Conférence pour diverses raisons : l'Organisation Communiste Révolutionnaire Internationaliste d'Algérie (Travailleurs Immigrés en lutte) et Il Leninista d'Italie. Ce dernier groupe a fait parvenir des contributions qui paraîtront dans la brochure de la Conférence. Le Ferment Ouvrier Révolutionnaire de France et d'Espagne a quitté la Conférence dès l'ouverture et n'a donc pas pris part aux débats ; d'autres groupes invités ont refusé de participer (voir à ce sujet l'article paru dans la Revue Interna­tionale n° 16).

Nous publions ici un article qui fait suite à l'article précédent du n°16 de la Revue Internatio­nale essentiellement consacré aux groupes qui ont rejeté l'invitation. Cet article répond à certains points des articles de la CWO (Revolutionnary Perspectives n°12) et du PCI (Battaglia Comu­nista 1978-16) consacrés à la Conférence et introduit les résolutions du CCI qui ont été refu­sées par la Conférence en rappelant les points essentiels des interventions du CCI. Nous publions également en annexe une RESOLUTION SUR LE PROCESSUS DE REGROUPEMENT DES REVOLUTIONNAIRES prise par le CCI et qui synthétise nos orientations sur cette question.

Dans l'article consacré à la deuxième Conféren­ce Internationale (Revue Internationale n°16), nous avons expliqué la place que nous accordons à ce travail de discussions entre les groupes révolutionnaires et réfuté les arguments de ceux qui ont refusé de participer. Nous avons particulièrement Insisté sur le fait que ces groupes manifestent   fondamentalement une atti­tude sectaire. Pour le CCI, cette attitude est en elle-même un obstacle à la clarification po­litique Indispensable au mouvement ouvrier, par­ce que, sans confrontation des positions, il n'existe pas de possibilité de clarification.

Nous reviendrons sur cette question pour recti­fier certaines affirmations contenues dans les prises de position du Partito Comunista Interna­tionalista, Battaglia Comunista (BC) et de la Communist Workers Organisation (CWO) ([1]) sur la participation a la Conférence, prises de position qui qualifient allègrement le CCI d’"opportunis­te" et qui nient qu'il existe un problème de sectarisme. Il est donc nécessaire de faire une mise au point. Nous donnerons ensuite brièvement notre point de vue sur le contenu des discussions pour souligner l'Importance que nous accor­dons   au débat politique face à nos détracteurs qui affirment que nous le reléguons au second plan. Enfin, nous expliquerons pourquoi nous avons proposé à la Conférence des résolutions sur les différents points à l'ordre du jour, résolutions que nous publions à la fin de cet article.

D'où vient le sectarisme?

BC nous prête "la volonté opportuniste d'estom­per d'importantes divergences de principes pour rassembler n'importe comment des groupes qui sont par ailleurs distants entre eux". BC nous prête l'intention de nous cacher derrière une critique de l’"esprit de chapelle" pour gom­mer les divergences politiques. Répétons-le, nous ne cachons pas les divergences politiques et si nous insistons sur la nécessité de com­battre le refus de discuter, nous qualifions précisément ce refus, de refus de discuter les divergences et de peur de confronter les posi­tions politiques en se cachant derrière l'auto-proclamation de la détention de la vérité. Nous ne détenons pas la vérité et nous défen­dons une plate-forme politique que nous confron­tons le plus possible à la réalité de la situa­tion dans nos interventions, dans la confronta­tion avec les groupes et éléments qui se récla­ment de la révolution communiste.

Etrange purisme que celui de BC qui nous accuse de cacher les divergences par opportunisme. Faut-il rappeler la convocation de la première Conférence Internationale par BC ? BC, partant d'une analyse de "1'euro-communisme" émettait trois hypothèses pour les perspectives de la situation d'une part, et face à la gravité de la situation appelait à une Conférence interna­tionale en mettant en avant trois "armes effi­caces du point de vue de la théorie et de la pratique politiques" :

a) avant tout, sortir de l'état d'Infériorité et d'impuissance où l'ont menée (la Gauche Com­muniste) le provincialisme de querelles culturelles empreintes de dilettantisme, l'infatuation incohérente qui ont pris la place de la modestie révolutionnaire, et surtout l'affaiblissement du concept de militantisme compris comme sacrifice dur et désintéressé ;

b) établir une base programmatique historique­ment valable, laquelle est, pour notre parti, l'expérience théorico-pratique qui s'est incar­née dans la Révolution d'Octobre et, sur le plan international l'acceptation critique des thèses du deuxième congrès de l’I.C. ;

c) reconnaître que l'on ne parvient ni à une politique de classe ni à la création du parti mondial de la révolution, ni d'autant moins à une stratégie révolutionnaire si l'on ne décide pas d'abord de faire fonctionner, dès à présent, un Centre International de liaison et d'informa­tion qui soit une anticipation et une synthèse de ce que sera la future Internationale, comme Zimmerwald et plus encore Kienthal furent l'é­bauche de la Troisième Internationale. ([2])

BC donnait donc trois points pour cadre de la convocation, en d'autres termes : 1) rompre l’isolement, 2) des critères politiques, 3) des implications organisationnelles. A cette convocation, le CCI a répondu positivement et a d'une part réclamé des critères politiques plus précis et d'autre part jugé prématurée la possi­bilité immédiate d'un Centre International de liaison et d'Information :

"Nous ne pensons évidemment pas qu'une telle Conférence puisse se dérouler sans qu'il y ait au moins une base minimale d'accord entre les groupes participants, et sans toucher aux ques­tions principielles les plus fondamentales du mouvement prolétarien d'aujourd'hui, afin d'é­viter tout malentendu et donner un cadre solide pour un déroulement fructueux des débats.(...) Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de nous prononcer maintenant sur votre seconde pro­position de création d'un centre de liaison in­ternational qui ne pourrait être que la conclu­sion de la Conférence internationale. (2)

BC disait hier qu'il faut surmonter le "provin­cialisme", nous étions d'accord, nous le sommes toujours.

C'est pourquoi nous revenons sur cet aspect et nous répondrons aux critiques d'opportunisme qui nous sont adressées par BC ainsi qu'aux cri­tiques de la CWO qui vont dans le même sens. Dans l'incompréhension et la critique au CCI sur son attitude décidée à condamner le refus de la confrontation politique comme tel au delà des divergences politiques qui servent de "no­ble" prétexte à cette attitude, il y a la persistance d'un réflexe d'isolement et d'auto-protection. Ce réflexe, hérité de la période de reflux des luttes ouvrières, de la contre-révo­lution, quand il s'agissait alors de rester ferme, même seul sur les positions de classe, se change en une entrave à l'heure où l'ouvertu­re du débat, dans un contexte de montée de la lutte de classe, peut se faire, peut s'élargir sans pour autant impliquer de renoncer à sa pla­te-forme politique, à son programme.

C'est là le premier point fondamental qui sous-tend la prise de position du CCI envers les groupes qui se refusent à la discussion : il ne s'agit pas d'écarter les divergences politiques pour regrouper n'importe qui n'importe comment mais, sur la base d'une analyse de la période actuelle à la remontée des luttes et à l'accrois­sement des capacités révolutionnaires du prolé­tariat, il s'agit de comprendre que le terrain est favorable à la confrontation des divergences tracé par la lutte de classe aujourd'hui, une montée, une généralisation de la lutte et des débats qu'elle fait surgir. L'attitude du CCI sur la question de la participation se fonde sur une position politique précise qu'il ne ca­che pas : la fin de la contre-révolution, la perspective d'affrontements de classe générali­sés. Ce changement de période implique un chan­gement dans la façon qu'ont les révolutionnaires d'envisager la confrontation : il ne s'agit plus de se protéger des dangers de contamination de la dégénérescence des organisations ou de ré­sister à la démoralisation du prolétariat, mais, avec le prolétariat qui a rouvert une brèche dans la domination bourgeoise, d'oeuvrer à l'élaboration des positions communistes les plus claires et les plus cohérentes possibles.

Pour cela, il faut d'abord être capable de faire la distinction entre incompréhension et malenten­du d'une part, divergences politiques réelles d'autre part. Les incompréhensions ou les malen­tendus sur ce que chaque groupe veut dire sont inévitables : ils sont le tribut que les révolutionnaires payent à cinquante ans de contre-révolution. Pendant cette période, les organi­sations révolutionnaires se disloquent, les groupes se replient, tout comme le prolétariat : c'est là le véritable triomphe de la bourgeoisie. Les révolutionnaires subsistent tant bien que mal en infimes minorités, isolées entre elles. Ceci crée des habitudes qui pèsent à l'heure de la reprise. A l'image du prolétariat, ce géant endormi, les révolutionnaires resurgissent en­gourdis par cinquante ans de  dispersion et d'isolement. Soit les vieilles habitudes pèsent à l'heure où la période change, soit l'inexpé­rience et la méconnaissance de l'histoire du mouvement ouvrier des nouveaux groupes qui sur­gissent du réveil de la classe ouvrière, font qu'au premier reflux temporaire de la lutte, ceux-ci disparaissent, sombrent dans l'activis­me, se disloquent en de multiples mini-fractions, et se retrouvent avec des habitudes où l'arro­gance de l'ignorance devient le credo, où l'on refait l'histoire au gré de sa fantaisie. L'iso­lement, la dispersion, l'inexpérience des révolu­tionnaires sont des problèmes réels qu'aucune organisation ne peut ignorer. Ne pas voir qu'il existe un problème de sectarisme, c'est-à-dire la théorisation de la dispersion, c'est   ignorer ces problèmes.

BC et la CWO ne volent pas l'existence d'un pro­blème de sectarisme et d'esprit de chapelle, problème inventé par le CCI par opportunisme se­lon BC. Il n'y a pas si longtemps pourtant, BC semblait consciente de ce problème. Aujourd'hui, BC ne prétend voir dans l'attitude des groupes comme Programma Comunista, le PIC ou le FOR ([3]) que des questions de divergences politiques. Mais les divergences politiques existent entre les groupes participants à la Conférence, parfois plus profonds sur certains points qu'avec des groupes qui se refusent à participer. Il n'y a pas un lien direct et immédiat permet­tant d'expliquer toute l'attitude par la seule divergence politique. C'est trop facile et c'est oublier   une des plus violentes conséquences de la contre-révolution, l'atomisation du prolétariat, l’émiettement des révolutionnaires dont les formulations des positions politiques se maintiennent en vase clos, sans confrontation permanente.

Dans la période de reflux, dans les années 30, dans les années 50, la clarification ne pouvait se faire véritablement qu'en sachant ne pas se laisser emporter, en sachant rester seul s'il le faut, à contre-courant. Dans une période de montée, la clarification ne peut se faire que par la participation active à tous les débats qui surgissent par et dans la lutte. Aujourd'hui, l'attitude des révolutionnaires vis-à-vis de la clarification politique doit être celle qui a toujours guidé l'attitude des révolutionnaires par le passé dans de tels mo­ments.

Lorsque les Eisenachiens font des concessions aux Lassaliens, Marx critique très fermement les concessions des marxistes aux Lassaliens qu'il juge inutiles. Pour autant, et en fonc­tion de la période, il insiste sur un point : "Tout pas fait en avant, toute progression réelle importe plus qu'une douzaine de pro­grammes." ([4]) Marx était-il opportuniste ? Le sectarisme existe et est un problème en lui-même qui n'est pas "normalement" lié aux posi­tions politiques. Lénine combat le sectarisme pour pousser à la création du POSDR ([5]) tout en critiquant fermement les positions politi­ques et sans pour autant faire des concessions.

Cette attitude de pousser à la discussion est d'autant plus valable que même dans les périodes d'isolement, où les conditions rendent dif­ficiles les possibilités de contact, la volon­té constante de discussions subsiste toujours chez les révolutionnaires les plus conséquents (Bilan) ([6]).

Par un curieux renversement dont seule BC a le secret, on nous donne aujourd'hui une leçon d'intransigeance politique après avoir à plu­sieurs reprises, et sans aucun critère, appelé à des rencontres comme il y a quelques années avec Lotta Comunista et Programma Comunista pour aboutir à un constat de divergences, comme au début des années 60 avec News and Letters de R.Dunayevskaya et le FOR de Munis, après avoir entretenu des contacts avec Lutte Ouvrière, groupe trotskyste en France, il n'y a pas si longtemps encore. Faut-il croire que lorsque BC initie des rencontres de ce type et entretient de tels contacts, c'est la juste position et que lorsque le CCI défend la nécessité de la confrontation entre groupes réellement révolu­tionnaires sur la base de critères politiques, c'est de l'opportunisme ?

De même, par un tout aussi curieux renversement, l'attitude de la CWO qui, il n’y a pas si long­temps, rejetait le CCI dans le camp de la con­tre-révolution, a aujourd'hui changé. Faut-il croire que les positions politiques de la CWO ont si profondément changé qu'elle daigne au­jourd'hui participer activement aux Conféren­ces Internationales (première Conférence de Milan, Conférence d'Oslo, deuxième Conférence de Paris)  ; ou faut-il plutôt y voir un changement d'attitude, la reconnaissance qu'il ne sert à rien de se proclamer le seul détenteur de la vé­rité, qu'il est nécessaire de débattre des divergences politiques et de ne pas chercher des prétextes à éviter le débat, la reconnaissance implicite qu'il y a donc un problème d'attitu­de des groupes révolutionnaires.

Pour terminer sur ce premier point, signalons simplement l'incohérence qui consiste à inviter des groupes à se joindre à la Conférence inter­nationale, à réclamer des contributions sur les questions à l'ordre du jour, pour ensuite consi­dérer "normal" leur refus de participer, puisque de tels groupes, par les positions qu'ils développent, "n'ont pas leur place dans de telles confé­rences". Alors pourquoi les inviter ? Par souci "démocratique" ? Si de tels groupes ont raison de ne pas venir, il faudrait se rendre à l'évidence et constater que nous avons fait une erreur en les invitant. Nous ne le pensons pas. Quelles que soient les aberrations politiques que de tels groupes défendent, ils se situent au sein du camp prolétarien, et la confrontation directe et publique est le meilleur moyen à notre avis de ba­layer ces aberrations qui subsistent encore aujourd'hui dans le mouvement ouvrier.

Les positions politiques erronées, sclérosées ou confuses sont à combattre par les organisations révolutionnaires dignes de ce nom. Nous ne recon­naissons à aucun groupe politique un "droit à l'erreur" en soi, nous ne "respectons" pas les positions politiques qui ne font que jeter un peu plus de fatras dans un mouvement qui a déjà eu bien du mal à se dégager des conséquences de la contre-révolution. Nous ne "respectons" pas le refus de discuter au nom des divergences, car ce serait reconnaître implicitement une validité et une cohérence politiques des positions défen­dues par chacun des groupes : chacun défend ses positions et tout est pour le mieux dans le meil­leur des mondes révolutionnaire ! Nous appelons au contraire tous les groupes du camp prolétarien comme l'ensemble de la classe ouvrière à prendre la parole dans la confrontation publique, ouverte et internationale, dans les Interventions et les actions de classe, à défendre leurs positions.
 

Les travaux de la conférence

C'est dans cet esprit que le CCI a défendu la né­cessité de se prononcer clairement sur les ques­tions à l'ordre du jour, questions qui ne sont pas des problèmes académiques, mais qui impliquent des orientations vitales de plus en plus urgentes dans la lutte de la classe ouvrière. Pour pousser à se prononcer clairement, pour cerner accords et désaccords, le CCI a proposé, en plus des textes préparatoires, de courtes résolutions synthétiques! Sur la crise actuelle et la perspective, sur la question nationale, et sur l'organisation des ré­volutionnaires. Le principe de proposer des réso­lutions a été rejeté.

Nous rappelons ici les axes essentiels de nos interventions au cours des débats à la Confé­rence.

1 - Sur le premier point, CRISE ET PERSPECTIVE DE LA PERIODE ACTUELLE, le CCI a insisté sur la nécessité de dégager une perspective clai­re, étayée par une analyse solide, concréti­sée par la situation qui se déroule sous nos yeux : allons-nous vers des affrontements de classe généralisés ou des affrontements inter-impérialistes se généralisant ?? En tant qu'or­ganisations révolutionnaires intervenant dans la classe ouvrière, qui prétendent défendre des orientations politiques -une direction politique-, nous avons à nous prononcer sur le sens général de la lutte de classe aujour­d'hui. Les révolutionnaires par le passé ont pu se tromper sur la période,  mais ils se sont toujours prononcés.

Sur cette question, BC a défendu la position suivante :

"En 1976, nous avions formulé trois hypothè­ses possibles :

•1) que le capitalisme dépasserait temporai­rement sa crise économique ;

•2) que l'ultérieure aggravation de la crise créerait une situation subjective de peur gé­néralisée telle qu'elle conduirait à une so­lution de force et à la troisième guerre mon­diale ;

•3) l'anneau le plus faible de la chaîne se briserait, d'où la réouverture de la phase ré­volutionnaire du prolétariat, continuité his­torique de l'Octobre bolchévik. {...) Deux ans après, nous pouvons affirmer que la situation actuelle a pris les contours et les lignes de notre deuxième hypothèse" ([7])

La CWO quant à elle ne se prononce pas claire­ment : les deux possibilités sont ouvertes, la guerre ou la révolution. Cette réponse "peut-être bien que oui, peut-être bien que non" s'infléchit cependant dans le sens d'une insistance de la CWO sur la passivité, le re­flux de la lutte de classe actuelle.

Pour le CCI, depuis dix années de crise ouver­te du système capitaliste, les conditions ont été â nouveau réunies du point de vue des con­tradictions Internes du système pour des af­frontements impérialistes tendant à se géné­raliser. Les points forts de cette évolution sont les suivants : l'Europe et le Japon re­construits se retrouvent à nouveau en concur­rence directe avec les Etats-Unis ; la crise impose un resserrement des blocs Impérialistes: le bloc occidental impose la "pax americana" au Moyen-Orient et redéploie sa stratégie en Asie du sud-est pour intégrer définitivement la Chine à son orbite ; etc. Du point de vue des antagonismes inter-impérialistes, aux plans économique, politique et stratégico-militaire, la question qui se pose n'est pas : "à quel moment la guerre impérialiste va-t-elle se généraliser ? ", mais plutôt pourquoi la guerre ne s'est-elle pas généralisée.

Pour la CWO, la courbe "magique" de la baisse tendancielle du taux de profit n'est pas encore assez infléchie: il reste au capitalisme nom­bre de possibilités -des mesures d'austérité (?)-avant que ne soient réunies les conditions d'une guerre généralisée : "le prolétariat a encore le temps et l'opportunité de détruire le capitalisme avant qu'il ne détruise la civilisation." ([8])

Que sont les interventions militaires croissantes des puissances capitalistes dès que s'ouvrent des possibilités guerrières : Zaïre, Angola, Vietnam-Cambodge, Chine-Viêtnam ? Que sont les campagnes sur les "droits de l'homme" et autres batta­ges idéologiques ? Qu'est-ce que cet accroissement accéléré et pléthorique de l'industrie de guerre ? La CWO répond très justement que ce sont des préparatifs de guerre. Pour autant, selon la CWO, ce n'est pas la lutte de classe qui entrave la généralisation, "scénario absurde du CCI". Pour la CWO, les luttes de la classe ouvrière sont "sectorielles, avec une faible possibilité de généralisation à des batailles de l'ensemble de la classe". Conclusion "logique" de la CWO : "la crise n'est pas encore assez profonde pour rendre la guerre un pas nécessaire pour la bour­geoisie". Ceci n'est qu'une tautologie et revient à dire : si la guerre n'est pas là, c'est que les conditions ne sont pas réunies (!). D'accord, mais nous sommes alors revenus à la question de départ : quelles conditions ? Ne pas saisir une argumentation théorique peut se comprendre, mais ne pas s'inquiéter lorsque les faits eux-mêmes restent inexpliqués est difficile à admettre. Les événements tels que l'assassinat d'un archi­duc à Sarajevo ont servi de prétexte au déclen­chement d'un conflit mondial ; aujourd'hui, des événements autrement plus importants -guerres de 1967 et 1973 au Moyen-Orient, Viêt-nam, Chypre, Chine Viêtnam, etc..- n'ont pas ouvert un tel con­flit. Pourquoi ? Pourquoi l'URSS n'est-elle pas intervenue directement au Viêt-nam ? Pourquoi les Etats-Unis ne sont-ils pas intervenus en An­gola ou en Ethiopie ? Les dialecticiens nous répondent que les conditions objectives ne sont pas réunies. Nous sommes d'accord mais pour le CCI la condition majeure qui fait aujourd'hui dé­faut est l'adhésion, l'embrigadement de la popula­tion et au premier rang du prolétariat, derrière la défense des intérêts de la nation capitaliste.

Pour les autres conditions déterminant la possi­bilité d'un conflit généralisé, l'existence de blocs impérialistes constitués, la crise ouverte du système capitaliste, elles sont globalement réunies. Si la CWO et BC ne le pensent pas, leur thermomètre de la baisse tendancielle du taux de profit ne leur permet pas d'argumenter, sinon de dire que les blocs ne sont pas "assez" renforcés ou que la crise n'est pas "assez" profonde. Peut-être que "le scénario du CCI" est "absurde" (CWO), mais alors il faut le démontrer.    Par contre, les implications politiques de la vision de BC d'une "situation subjective de peur généra­lisée" ou de la CWO d'un "prolétariat confus, désorienté et pessimiste quant â la lutte" sont, elles, assez incroyables.

A un prolétariat combatif qui, depuis dix   ans, a repris le chemin de la lutte, à un prolétariat qui, nulle part dans le monde n'adhère aux idéaux bourgeois de défense de la "patrie démocratique" ou "socialiste", aux   justifications de l’austérité, les révolutionnaires vont dire : les dés sont jetés ! ? Nous ne sommes plus dans les années 30, les conditions ne sont pas les mêmes aujourd'hui. Tout cela est négligeable pour la CWO qui ne volt pas la reprise des luttes ac­tuelles mais toujours un reflux ou pour BC pour qui, par exemple, les récentes grèves anti-syn­dicales des hospitaliers en Italie sont négligeables, ou pour qui il ne s'est rien passé ou presque en 1969 sinon un vague mouvement sans signification profonde pour la classe ouvrière... Tout simplement parce que BC n'était pas là. Le CCI non plus, mais pour nous, l'histoire existait avant nous ! Dans l'analyse de la pé­riode actuelle et ses implications dans la mise en avant d'une orientation claire, ce n'est pas sur la querelle académique -théorie de la baisse tendancielle du taux de profit "contre" saturation des marchés, dans laquelle la CWO comme BC veulent fourvoyer les débats que nous nous battrons. Pour nous, la théorie de la saturation du marché mondial constitue un cadre cohérent permettant de comprendre toute la période depuis la première guerre mondiale et la crise actuelle, cadre qui inclut la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit et qui ne 1'exclut pas. Ce qui nous importe dans ce débat sur la crise d'aujour­d'hui, ce sont ses implications pour notre in­tervention. Il y a une énorme faiblesse dans l'analyse économique de la CWO et de BC au plan théorique, mais fondamentalement la faiblesse principale réside dans la sous-estimation du niveau de la lutte de classe aujourd'hui, dans l'incapacité de dégager de ce qui se déroule sous nos yeux, les éléments embryonnaires qui portent concrètement la perspective d'affrontements de classe,comme préalables à la possi­bilité d'une explosion généralisée des contra­dictions capitalistes en un nouvel holocauste mondial.
 

2 - La seconde question abordée à la Conférence a été LA QUESTION NATIONALE. Sur ce point, si pour tous les groupes présents, à l'exception du Nucleo Comunista Internazionalista (NCI), le prolétariat ne peut pas soutenir aujourd'hui les luttes de libération nationale, beaucoup de nuances et divergences d'analyses séparent enco­re les groupes de la Conférence.

Le NCI pour sa part, a repris à la lettre la po­sition défendue par TIC, le soutien aux libéra­tions nationales vues comme un affaiblissement de l'impérialisme et donc un facteur positif pour l'aide a la lutte du prolétariat destiné à en prendre la tête. Que, depuis 50 ans, cela ne se soit pas produit, que, depuis 10 ans, chaque fois l'entrée en lutte de la classe ouvrière dans tous les pays ait rejeté jusqu'à les affronter tous les courants politiques de la "li­bération nationale", cela n'ébranle guère le NCI qui n'y voit là aucune "démonstration" de l'in­validité d'une telle théorie .Le NCI nous ressert intelligemment rajeunie, la théorie de la "sou­dure" entre mouvement social des aires sous-développées et mouvement prolétarien des pays avancés. Sans comprendre que la "soudure" ne peut être que souder les rangs du prolétariat mondial, quelles que soient les "aires" faibles ou fortes du capitalisme, le NCI n'a pas encore entièrement ôté les lunettes déformantes du bordiguisme : il voit encore une continuité entre l'embrigadement des masses dans les luttes nationales et la mobilisation prolétarienne -et toute l'expérience de ce siècle le con­firme-, il ne peut y avoir que rupture sans con­cession aucune avec le terrain national de la part du prolétariat, où qu'il se trouve, quel­le que soit sa force numérique au sein de l'Etat national qui l'exploite.

La condamnation par le CCI de toutes les luttes nationales n'est en rien indifférence, abstrac­tion ou mépris de la révolte populaire au sein de laquelle se trouve aussi souvent le proléta­riat, mais au contraire dénonciation de ceux qui la manoeuvrent à des fins impérialistes ou nationalistes, c'est-à-dire toutes les fractions qui reconnaissent un quelconque pas en avant possible au niveau national. Ce sont les luttes ouvrières et elles seules qui peuvent donner un sens à la révolte ; en leur absence, il n'y a pas d'autre issue que misère, massacres, et guerres. Et qu'on ne nous dise pas qu'en l'absence du parti cette rupture est impossible ! Sans parti, les ouvriers sont déjà capables au­jourd'hui par 1eurs grèves d'enrayer les ar­deurs nationalistes comme cela s'est produit en Angola, en Israël, en Egypte, en Algérie, au Ma­roc. La rupture avec la "libération nationale" n'est pas une abstraction que défend le CCI mais la réalité d'aujourd'hui.

Plus subtile est l'ambiguïté qui subsiste sur cette question dans un groupe comme BC qui, tout en qualifiant les guerres de "libération nationale" de moments de la guerre impérialiste, trace comme perspective au prolétariat mondial -donc aussi à celui de ces pays- de "dresser les mouvements de libération nationale1 en révolution prolétarienne", par la construction de la future Internationale Communiste. Autant la position du NCI a une cohérence sur la ques­tion, autant celle de BC est pour le moins "le cul entre deux chaises". Il faut choisir. Ou bien les "luttes de libération nationale ont achevé complètement leur fonction historique" (BC, souligné par BC) et il faut en tirer les conséquences : elles sont inutilisables pour le prolétariat qui, lui, a une mission historique. Pour un parti de classe a fortiori, son rôle n'est pas de les transformer en quoique ce soit mais appeler à abattre toutes les agences d'embrigadement dans la guerre impéria­liste. Ou bien, il est possible de les "dresser en révolution prolétarienne" et il faut alors leur reconnaître une fonction historique au sein de la tâche historique du prolétariat. Il faut dire alors qu'elles ne contiennent pas seu­lement des caractéristiques   impérialistes.

Il ne s'agit pas de transformer la libération nationale en révolution prolétarienne, mais de dresser le prolétariat contre tout mouvement na­tional. BC nous répondra probablement une fois de plus que le CCI est bien peu "dialectique". Encore une fois, le CCI peut avoir tort, mais ce n'est   pas avec la "dialectique" à toutes les sauces, à 1'instar du médecin qui, pour toute maladie, répond "c'est une allergie", que la discussion avancera d'un pouce sur la question. Le parti est pour BC la réponse à toutes ces contradictions qui restent inexpli­quées. Mais pour que le parti de classe agisse encore faut-il qu'il existe. Et d'où va-t-il surgir ? Des luttes nationales ? Certainement pas. Il grossira ses rangs des éléments ayant rompu définitivement avec toutes les politi­ques nationalistes quelles qu'elles soient. Et d'où surgiront ces éléments ? Des mouve­ments de classe dans tous les pays, y compris ceux qui sont soumis aujourd'hui au déluge de fer et de sang de l'impérialisme mondial que leur imposent les "mouvements de libération nationale".

La compréhension claire, pratique et théori­que par le prolétariat mondial, qu'il ne peut se battre que sur son terrain, le terrain in­ternationaliste, qu'il n'y a aucune possibilité d'utiliser un mouvement, surgi des intérêts impérialistes antagoniques locaux et mondiaux, dans lequel les masses ne servent que de chair à canon, est une condition fondamentale de sa capacité à lutter.

Des révolutionnaires qui tergiversent encore aujourd'hui sur cette question, ne font que par­ticiper à la confusion ambiante sur le nationa­lisme qui existe aujourd'hui dans la classe ou­vrière et accréditer cette idée bourgeoise que le nationalisme a un tout petit quelque cho­se de révolutionnaire. Par quelle casuistique expliquer aux ouvriers, qui appréhendent dans leur pratique quotidienne que la lutte est la même dans tous les pays, qu'elle est la même mais qu'elle n'est pas tout à fait la même,ou que par stratégie, le prolétariat peut se glisser dans les rangs nationalistes pour les dresser contre le nationalisme. Autant demander d'entrer dans la police pour lutter contre la police.

Quant à  la CWO, très soucieuse au départ de se démarquer du soutien aux mouvements nationaux, qui voulait faire de cette question un critère d'exclusion de la discussion, elle n'a rien argumenté contre la position de TIC dé­fendue par le NCI, mais a surtout insisté sur l'idée que tous les pays n'étaient pas impéria­listes, ou plutôt pas tous "vraiment" impéria­listes, que l'impérialisme était une politique des seules principales puissances capitalistes.

Nous n'entrerons pas dans le détail de cette question, mais nous relèverons simplement la simplification de la question par la CWO. Dans l'article de Reyolutionary Perspectives (RP) ([9]) sur la Conférence, la CWO pose une question : "comment peut-on argumenter que, par exemple, Israël est une puissance impéria­liste indépendante ?" N'est pire sourd que celui qui ne veut entendre. On ne peut pas en effet. prétendre qu'aucun pays n'échappe aujour­d'hui â l'impérialisme; le fait que tous les pays du monde soient aujourd'hui impérialistes signifie précisément qu'il n'y a plus d'in­dépendance nationale possible. Les plus puissants disposent d'une marge de manoeuvre plus  grande, non parce qu'ils seraient impérialistes et que les plus faibles ne le seraient pas, mais simplement parce   qu'ils sont les plus compétitifs sur le marché mondial et/ou les plus puissants sur le champ de bataille interna­tional. Que tous les pays soient aujourd'hui im­périalistes signifie précisément qu'aucune bourgeoisie nationale ne peut défendre ses intérêts sans se heurter aux limites objectives d'un mar­ché mondial qui a envahi la planète jusqu'en ces derniers recoins. Nous répondrons à la question de la CWO : Israël est un Etat impéria­liste, mais n'est pas un Etat Indépendant.

Mais le plus important réside dans les implica­tions politiques d'une telle vision de la CWO. Si seules les grandes puissances ont les moyens de mener une politique impérialiste, et si les pays de second ordre ne les ont pas, il faut être cohérent et affirmer que les gouvernements nationaux de ces derniers ne sont que de simples "agents" de l'impérialisme des plus grands ou, pour utiliser la terminologie gauchiste, des "valets" des Etats-Unis, des grandes puissances, de l'URSS. C'est certes vrai   mais c'est insuf­fisant. La condamnation des luttes nationales n'est pas une question morale, une dénonciation des fractions nationalistes comme de simples "vendus" à l'impérialisme, mais elle se fonde sur une réalité sociale : il n'y a pas de pos­sibilité pour qui que ce soit de défendre la nation hors des nécessités impérialistes.

3. Dans la troisième partie, au cours de la dis­cussion sur LA QUESTION DU PARTI, le CCI a insisté particulièrement sur un point : le parti doit-il prendre le pouvoir ? A cette question, le groupe For Kommunismen a répondu non et le  FOR, quoi qu'absent de la Conférence a contribué par son texte de façon claire à ce que le CCI estime être une des leçons essentielles de la révolution en Russie. Le rôle du parti n'est pas de prendre le pouvoir ; la prise du pouvoir est l'oeuvre des conseils ouvriers qui sont les or­ganes unitaires de la dictature du prolétariat au sein de laquelle les partis constituent l'a­vant-garde communiste de la classe, regroupant les éléments les plus clairs et les plus cons­cients sur la marche vers le communisme, le dé­périssement de l'Etat, la disparition des clas­ses, la libération totale de l'humanité.

Le NCI a défendu la position de la prise du pou­voir par le parti en se revendiquant de la criti­que de Lénine aux communistes de gauche dans "La Maladie infantile du communisme", en ne com­prenant pas que la critique de l'erreur de TIC sur cette question ne doit rien à la démocratie bourgeoise .Elle s'appuie sur l'expérience du prolétariat en Russie, sur les bolcheviks, sur Lénine capable, malgré les théorisations fausses qu'il a pu développer, de fulgurante clarté lors­qu'il exprime les plus hauts moments de la lutte prolétarienne sur "la nécessité de faire passer immédiatement tout le pouvoir aux mains de la démocratie révolutionnaire guidée par le prolé­tariat révo1ut1onnaire"(soul1gné par Lénine).

S'il est une question restée en débat avec la dé­faite de la révolution mondiale des années 1917-23, c'est bien celle du pouvoir qui surgit de la révolution. L'erreur de TIC sur cette ques­tion s'est avérée être un facteur accéléra­teur de la contre-révolution à partir du mo­ment où, isolé, le pouvoir en Russie assimi­lait chacun des reculs que lui imposait la si­tuation à un acquis pour le prolétariat et où ce pouvoir s'autonomisait chaque fois plus de l'organisation générale de la classe, jusqu'à la tragédie de Kronstadt qui vit s'affronter les armes à la main l'Etat et le Parti bol­chevik à sa tête, aux ouvriers. La conception de la prise du pouvoir par le parti est une position immature des révolutionnaires du dé­but du siècle, encore imprégnés d'une période où le schéma bourgeois restait la référence de base pour l'appréhension du processus ré­volutionnaire.

La CWO reconnaît les fondements du pouvoir du prolétariat dans les conseils ouvriers mais remet à jour la vieille conception gradualiste du parlementarisme révolutionnaire et la trans­pose dans les conseils. Pour la CWO, la prise du pouvoir signifie la conquête de la majorité des conseils aux positions révolutionnaires, et, puisque ces positions sont portées par le parti, c'est donc le parti qui s'empare "en pratique" du pouvoir une fois qu'il est majo­ritaire dans les conseils. Le tour est joué. La classe ouvrière ne s'exprime selon la CWO lorsqu'elle s'empare du pouvoir qu'en singeant le parlementarisme bourgeois, ses majorités et ses minorités, et la lutte prolétarienne devient une lutte de "partis" où chacun essaie de conquérir à ses positions la majorité pour assumer le pouvoir.

Ni la Commune de Paris, ni la révolution de 1917 ne nous montrent un tel processus numé­rique parlementaire mais l'évolution d'un rapport de forces profond entre classes so­ciales qui n'a rien de la simple sanction parlementaire d'une domination déjà existante, figée dans des rapports de production précis. Ceci est le propre de la bourgeoisie. Pour le prolétariat, la prise du pouvoir relève de l'action consciente et organisée d'une classe en devenir.

BC affirme justement dans son texte préparatoi­re à la Conférence que "sans parti, il n'y a pas de révolution et de dictature du proléta­riat, comme il n'y a pas de dictature prolé­tarienne et d'Etat ouvrier sans les conseils ouvriers" (quoique nous réfutions la formula­tion d'"Etat ouvrier" pour qualifier l'Etat qui surgit au sortir de la révolution). BC prétend par ailleurs se démarquer du "super partidisme" des bordiguistes pour qui le parti est tout et l'organisation en conseils de la classe ouvrière une simple forme à laquelle seul le parti donne un contenu révolutionnaire. Mais sur la question de la prise du pouvoir, en dernier ressort, pour BC aussi, c'est le parti qui prend le pouvoir ! La dialectique si chère à BC du rapport parti-classe se sim­plifie considérablement et tous les beaux discours sur les conseils ouvriers et la dic­tature du prolétariat, les méchantes critiques aux bordiguistes et à leur "super partidisme" tombent. Il faut être clair : il y a deux orga­nismes essentiels dans la révolution, conseils et partis. Si le pouvoir revient au parti, quel est le rôle des conseils ? Où est la différence de conception avec ceux qui volent le pouvoir du prolétariat comme celui de l'adhésion de la base (les conseils) à un sommet (le parti) qui assume en fait ce pouvoir ? La question du pou­voir est une fois encore vue comme le pouvoir d'une partie de l'ensemble au nom de l'ensemble. Ceci n'est pas possible pour le prolétariat. Sa seule force réside précisément dans sa capa­cité collective à détenir le pouvoir politique. Ou le prolétariat prend le pouvoir collective­ment, ou il ne peut pas le prendre, et personne à sa place. Lorsque le parti bolchevik prend le pouvoir, c'est avec pour mot d'ordre "tout le pouvoir aux soviets" et non "tout le pouvoir au parti". Que dans l'esprit de Lénine et des bol­cheviks la distinction soit loin d'être claire est compréhensible. Les bolcheviks étaient les premiers surpris de leur propre audience auprès de la classe ouvrière et c'est l'initiative des masses qui pousse le parti bolchevik sur la ques­tion de l'insurrection, sur la question de la prise de pouvoir, alors que Lénine lui-même était réticent à être Président du Conseil des Commissaires du Peuple.

C'est ultérieurement, avec le reflux de la révo­lution que devait tragiquement se révéler l'impos­sibilité pour le parti de se substituer à un pouvoir de la classe déclinant sous les coups de l'isolement international, de l'épuisement. Si la classe ouvrière mobilisée peut faire sur­gir la plus grande clarté au sein de son parti, y faire s'exprimer la plus grande fermeté révo­lutionnaire, la meilleure fermeté révolutionnai­re du meilleur des partis ne peut maintenir le pouvoir prolétarien d'une classe démobilisée. Pourquoi ? Fondamentalement parce que la nature du pouvoir du prolétariat découle de sa nature de classe exploitée qui ne possède comme force que sa force collective. La question de la prise du pouvoir est complexe et ce n'est pas la mégalomanie de tous les groupes politiques qui l'éludent en réclamant le pouvoir qui la résou­dra. Le pouvoir du parti ne sera jamais une ga­rantie ; la seule garantie se trouve dans la classe ouvrière elle-même et c'est le rôle du ou des partis révolutionnaires de défendre cette seule garantie contre toute démobilisation, dé­mobilisation qui ne peut être qu'accentuée par ceux qui disent et diront au prolétariat "donnez-nous le pouvoir, nous vous ferons la révolution".

Remarques sur la conclusion

Le pas le plus important qui a été fait par la Conférence Internationale est l'élargissement du débat à de nouveaux groupes qui n'avaient pas par­ticipé à la 1ère Conférence de Milan : la confron­tation directe des positions des différents grou­pes, la clarification des divergences qui les sé­parent, les précisions de formulation qu'impose une telle confrontation sont vitales pour des or­ganisations qui Interviennent dans la lutte de classe.

C'est pourquoi le CCI a insisté tout au long de la Conférence comme après sur la question du sectarisme. Dans ce sens également, deux points sont à notre avis à déplorer dans les conclusions Si les groupes ont pu se met­tre d'accord pour poursuivre un tel travail, la Conférence ne s'est pas prononcée comme telle et n'a pas été capable d'une déclara­tion commune officielle sur ce travail. En ce sens, la Conférence est restée muette comme corps et n'a pas été capable de tracer col­lectivement les accords et les désaccords des différents groupes sur les questions à l'or­dre du jour.

C'est le principe même de résolutions issues d'une telle Conférence qui a été rejeté. En proposant les résolutions de dessous, il ne s'est agi pour le CCI, ni de forcer l'accord de quiconque, ni d'altérer ses pro­pres positions politiques. Il faut savoir si nous sommes des bavards ou des militants révolutionnaires. Nous ne participons pas aux Conférences Internationales pour la seule satisfaction d'une publication commune issue d'une rencontre où chacun vient exprimer ses positions et s'en retourner à son travail comme si de rien n'était. Les textes prépara­toires et les débats sont des moments qui doi­vent permettre de clarifier des points d'accord et de désaccord ; ceci doit se traduire par une capacité à mettre noir sur blanc publique­ment non seulement une simple juxtaposition des positions et déclarations des uns et des autres mais également une rédaction commune si cela est possible.

Cela n'a pas été possible et c'est une fai­blesse de la Conférence. Paradoxalement, cet­te volonté de rester muet en tant que Confé­rence en refusant d'envisager une déclaration commune, s'est accompagnée d'un souci de ra­jouter des critères, envisages comme critères de "sélection" pour BC et d'"exclusion" pour la CWO, pour la tenue de prochaines Conféren­ces. Nous nous retrouvons à la fois en pré­sence de propositions s'orientant vers une sorte de plateforme minimum au lieu d'un sou­ci de cadre de discussion et à la fois en présence d'un refus de se prononcer en com­mun sur quoi que ce soit. Comprenne qui pour­ra. Même les décisions prises telles que la préparation d'une prochaine Conférence res­tent "dans l'air": au bon soin du lecteur de la brochure d'interpréter les implications pratiques du travail fourni.

M.G.

RESOLUTION SUR LA CRISE

1) Y compris pour les secteurs les moins lu­cides de la classe dominante, la crise mon­diale du capitalisme est devenue aujourd'hui une évidence indiscutable. Mais si les écono­mistes, ces apologistes appointés du mode de production capitaliste, commencent à renoncer â attribuer les difficultés présentes de l'é­conomie à la hausse du prix du pétrole ou au dérèglement du système monétaire internatio­nal institué en 1944, ils n'en sont pas pour autant capables, compte tenu de leurs préju­gés de classe de comprendre la signification réelle de ces difficultés.

2)  Cette signification, seul le marxisme permet de l'appréhender. Il enseigne, comme l'a mis en évidence l'Internationale Communiste que, depuis la première guerre impérialiste, le système capitaliste est entré dans sa phase de décadence. Aux crises cycliques du siècle dernier, qui étaient comme les pulsations d'un corps en plei­ne santé, a succédé une crise permanente où le système ne se survit plus qu'à travers un cycle infernal -véritables râles de son agonie- de crises aiguës, guerres, reconstruction, nouvel­les crises aiguës..,

3)  Sont ainsi à rejeter les théories -y compris celles se réclamant du marxisme- qui font de la crise présente une simple crise "cyclique", ou de "restructuration", ou "d'adaptation", ou de "modernisation". Le capitalisme est absolument incapable de surmonter la crise présente et tous ses plans, qu'ils soient destines à limiter l'inflation ou à relancer la production, ne peuvent aboutir finalement qu'à des échecs. La seule "issue" à laquelle le capitalisme, livré à ses propres lois, puisse aboutir, est une nou­velle guerre impérialiste mondiale.

4)  Si la seule perspective que le capitalisme offre à l'humanité est la guerre généralisée, l'histoire a montré notamment en 1917 en Russie et en 1918 en Allemagne qu'il existe dans la société une force capable de s'opposer, de fai­re reculer et d'anéantir une telle perspective : la lutte révolutionnaire du prolétariat. L'alter­native que pose l'aggravation inexorable des con­tradictions économiques du capitalisme, est donc : guerre impérialiste ou surgissement révolutionnai­re de la classe ouvrière ; l'issue qui finalement l'emportera étant la traduction des rapports de forces entre les deux classes principales de la société : bourgeoisie et prolétariat.

5)  Par deux fois, la bourgeoisie a réussi à impo­ser sa "solution" aux contradictions de son écono­mie : en 1914, grâce à la gangrène opportuniste et à la trahison des grands partis ouvriers ; en 1939, grâce à une terrible défaite imposée au pro­létariat dans les années 20, parachevée par la trahison de ses partis communistes et par la cha­pe de plomb du fascisme et des mystifications an­ti-fascistes et démocratiques. Mais tout autre la situation présente :

• L’encadrement du prolétariat par les partis de gauche PC et PS est incomparablement moins efficace que ne l’était celui des partis sociaux-dé­mocrates en 1914 ;

• les mythes démocratiques ou anti-fascistes -mê­me s'ils sont fréquemment agités-, la puissance mystificatrice du soi-disant "Etat ouvrier", sont passablement usés et émoussés.

6) Ainsi la perspective ouverte par l'aggravation des contradictions capitalistes à la fin des an­nées 60 n'est pas guerre impérialiste généralisée mais guerre de classe généralisée : ce n'est qu'a­près avoir imposé une cuisante défaite au proléta­riat que le capitalisme pourrait se laisser aller à une troisième guerre mondiale ; c'est ce qu'a démontré la réaction prolétarienne de 68 en France 69 en Italie, 70 en Pologne et dans beaucoup d'autres pays à la même période. Et si la bour­geoisie a pu, grâce à une contre-offensive poli­tique et idéologique, principalement animée par les partis de gauche, faire taire momentanément les luttes, les réserves de combativité du pro­létariat sont loin d'être épuisées. Avec l'ag­gravation de la crise, de l'austérité et du chômage, et contrairement à ce qu'espère la bourgeoisie, cette combativité ne manquera pas de s'exprimer à nouveau en de formidables com­bats contre le capitalisme.

 

RESOLUTION SUR QUESTION NATIONALE

1)  A la base de la constitution de l'Internatio­nale Communiste résidait la reconnaissance du fait que le capitalisme était entré dans sa pha­se de décadence, mettant à l'ordre du jour la révolution prolétarienne. Comme elle l'écrivait, avec la première guerre mondiale, "s'est ouverte l'ère des guerres impérialistes et des révolu­tions". Aujourd'hui, toute formulation cohérente des positions de classe prolétarienne repose sur la reconnaissance de cette caractéristique essen­tielle de la vie de la société.

2)  Depuis le "Manifeste Communiste", le marxisme a toujours reconnu la tendance du mode de produc­tion capitaliste à unifier les lois de l'économie mondiale, de la bourgeoisie "à créer un monde à son image". En ce sens, il est étranger au mar­xisme de considérer qu'il puisse exister, alors que la révolution prolétarienne est à Tordre du jour, des aires géographiques données échappant à l'évolution d'ensemble du capitalisme où des "révolutions démocratiques bourgeoises" ou bien des "luttes de libération nationale"   seraient à 1'ordre du jour.

3)  L'expérience de plus d'un demi-siècle a démon­tré que ces prétendues "luttes nationales" ne sont pas autre chose que des moments des diffé­rents conflits inter-impérialistes qui culminent dans la guerre mondiale et que tout le battage qui tente d'entraîner les prolétaires dans la participation à ces luttes ou dans leur soutien n'ont d'autre résultat que le dévoiement des véritables luttes du prolétariat et participe de la préparation à la guerre impérialiste mondiale.

 

RESOLUTION SUR L'ORGANISATION DES REVOLUTIONNAIRES

1)   Depuis qu'il existe, le mouvement ouvrier a reconnu dans l'organisation et la conscience les deux armes essentielles de la lutte de classe prolétarienne. Au même titre que toute activité humaine et notamment les révolutions du passé, la révolution communiste est un acte conscient mais à un degré considérablement plus élevé. C'est tout au long de son expérience comme classe que le prolétariat se forge la conscience de son être, de ses buts et des moyens pour y parvenir. C'est là un processus douloureux, heurté, hétéro­gène, dans lequel  la classe secrète des organisa­tions politiques regroupant ses éléments les plus conscients, ceux qui "ont sur le reste de la mas­se prolétarienne l'avantage de comprendre les conditions, la marche et les résultats généraux du mouvement" (le "Manifeste"), organisations qui ont pour tâche de participer activement à cette prise de conscience, à sa généralisation et donc aux combats de la classe.

2)  L'organisation des révolutionnaires constitue un organe essentiel de la lutte du prolétariat tant avant qu'après l'insurrection et la prise du pouvoir : sans elle, sans le parti proléta­rien et, parce que cela exprimerait une immatu­rité de sa prise de conscience, la classe ou­vrière ne peut réaliser sa tâche historique : détruire le système capitaliste et édifier le communisme.

3)  Avant la révolution et comme préparation de celle-ci, les communistes interviennent active­ment dans les luttes de la classe et encoura­gent, stimulent toutes les manifestations et possibilités qui se font jour en son sein, expri­mant sa tendance vers l’auto-organisation et le développement de sa conscience : assemblées générales, comités de grève, comités de lutte ou d'action, comités de chômeurs, cercles de dis­cussion ou noyaux ouvriers... par contre, sous peine de contribuer à la confusion et à la mystification entretenues par la bourgeoisie, les communistes doivent interdire toute participa­tion à la vie de ces organes du capitalisme que sont devenus aujourd'hui et de façon définitive les syndicats.

4)  Pendant et après la révolution, le parti prolé­tarien participe activement à la vie de l’ensemble de la classe regroupée dans son organisation unitaire, les conseils ouvriers, afin de l'orien­ter vers la destruction de l'Etat capitaliste, la prise du pouvoir politique, la destruction des rapports de production capitalistes et l'ins­tauration de rapports sociaux communistes. Cepen­dant, et même si son action est indispensable, le parti, contrairement au schéma qui prévaut dans la révolution bourgeoise, ne peut se substi­tuer à l'ensemble de la classe pour la prise du pouvoir et l'accomplissement de sa tâche historique. En aucun cas, il ne peut constituer une dé­légation de la classe ; la nature du but à teindre, le communisme, est telle que seule la prise du pouvoir par l'ensemble de la classe, son activité et son expérience peuvent y conduire.

5) Après la plus profonde contre-révolution de l'histoire du mouvement ouvrier, une des tâches les plus importantes qui revient aux révolution­naires est de contribuer activement à la recons­titution de cet organe essentiel de la lutte ré­volutionnaire : le parti prolétarien. Si le surgissement de celui-ci est conditionné par le développement et l'approfondissement de la lutte de classe, par l'éclosion d'un cours vers la révolution communiste, un tel surgisse­ment n'est pas un produit fatal et mécanique ; il ne peut en aucune façon être improvise. Sa préparation passe aujourd'hui par :

-   la réappropriation des acquis fondamentaux des expériences passées de la classe ;

-  l'actualisation de ces acquis à là lumière des nouvelles données de la vie du capitalisme et de la lutte de classe ;

-  l'effort de discussion entre les différents groupes communistes, de confrontation et d'é­claircissement de leurs positions respectives, seules conditions pour l'établissement de bases programmatiques claires et cohérentes qui doi­vent nécessairement présider à la fondation du parti mondial prolétarien.

 

RESOLUTION SUR LE PROCESSUS DE REGROUPEMENT

1)   Depuis le début du mouvement ouvrier, l'uni­té des révolutionnaires a constitué pour ceux-ci une préoccupation fondamentale. Cette exigen­ce fondamentale de l'unité entre les éléments les plus avancés de la classe est une manifes­tation de l'unité profonde des intérêts immé­diats et historiques de celle-ci et constitue un facteur décisif dans le processus qui con­duit à son unification mondiale, à la conquête de son propre être. Que ce soit dans la tentati­ve de constitution en 1850 d'une "Ligue Mondiale des Révolutionnaires Communistes", regroupant la "Ligue des Communistes", les "Blanquistes" et les "Chartistes" de gauche, dans la fondation de l’AIT en 1864, celle de la Deuxième Inter­nationale en 1889 ou de l'Internationale Com­muniste en 1919, chaque étape importante du mouvement ouvrier a été ponctuée par cette recher­che du regroupement mondial des révolutionnai­res.

2)  Bien que répondant à une exigence fondamenta­le de la lutte de classe, cette tendance vers l'unité des révolutionnaires -au même titre que celle vers l'unité de la classe dans son ensem­ble- a constamment été entravée par toute une série de facteurs comme :

-  les vestiges du cadre ancien où s'est dévelop­pé le capitalisme lui-même avec ses diversités régionales, nationales, culturelles et évidem­ment économiques, cadre que ce système tend à bouleverser mais ne peut réellement dépasser et qui pèse sur la lutte et la conscience de la classe ;

-  l'immaturité politique des révolutionnaires eux-mêmes, leurs incompréhensions, les insuf­fisances de leurs analyses, leurs difficultés à se dégager du sectarisme, de l'esprit de chapelle et de toutes autres sortes d'influ­ence des idéologies petites-bourgeoises et bourgeoises en leur propre sein.

3)  La capacité de cette tendance vers l'unité des révolutionnaires à surmonter ces obstacles est en général une traduction assez fidèle du rapport de forces entre les deux classes fonda­mentales de la société : la bourgeoisie et le prolétariat,

Si aux périodes de reflux de la lutte de classe, correspond généralement un mouvement de disper­sion et d'isolement mutuel des courants et élé­ments révolutionnaires, aux périodes de montée prolétarienne est associée la concrétisation de la tendance fondamentale vers l'unité des révo­lutionnaires. Ce phénomène se manifeste de façon particulièrement nette lors de la formation des partis du prolétariat, formation qui prend place dans le cadre d'un développement qualitatif de la lutte de classe et qui résulte en général du regroupement de différentes tendances politiques de la classe comme ce fut le cas notamment :

-  lors de la fondation de la Social-Démocratie Allemande en 1875 à Gotha ("lassaliens" et "marxistes");

-  lors de la constitution du Parti communiste en Russie en 1917 (bolcheviks et autres courants comme le groupe de Trotsky et celui de Bogdanov)

-  lors de la fondation du Parti communiste en Al­lemagne en 1919 (Spartakistes, "gauches radica­les", etc)  ;

-  lors de la fondation du Parti communiste en Italie en 1921 (courant Bordiga et courant Gramsci) .

Quelles que soient les faiblesses de certains de ces courants constitutifs et bien, qu'en général, l'unification se soit faite autour d'un courant politiquement plus solide que les autres, le fait demeure que la fondation du parti n'est pas le fait d'une proclamation unilatérale mais le pro­duit d'un processus organique de regroupement des éléments les plus avancés de la classe.

4)  L'existence d'un tel processus de regroupement aux moments de développement historique de la lutte de classe s'explique :

-  par la dynamique unitaire qui s'empare de la classe et se répercute sur les révolutionnai­res eux-mêmes les poussant à dépasser leurs di­visions artificielles et sectaires ;

-  par la responsabilité accrue qui repose sur les révolutionnaires comme facteurs actifs et influents des luttes immédiates et dont la prise en charge impose une concentration des forces et des moyens ;

-  par la clarification des problèmes, par le dé­passement des divisions portant sur des ques­tions que la pratique de la classe se charge de trancher.

5)  La situation présente du milieu révolutionnai­re se caractérise par son extrême division, par l’existence de divergences importantes sur des questions fondamentales, par l'isolement de ses différentes composantes, par le poids du secta­risme, de l'esprit de chapelle, de la sclérose de certains courants et de l'inexpérience de certains autres, toutes manifestations de la terrible pression exercée par un  demi-siècle de contre-révolution.

6)  Une approche statique de cette situation peut induire l'idée, notamment défendue par le FOR   (Fomento Obrero Revolucionario) qu'il n'existe aucune possibilité, ni présente, ni future de rapprochement entre les différentes positions et analyses existant à l'heure ac­tuelle, rapprochement qui seul peut permettre l'acquisition d'une cohérence et d'une clarté communes, bases indispensables de toute plate­forme pour la constitution d'une organisation unifiée. Une telle approche ignore deux éléments essentiels  :

-  la capacité de la discussion, de la confron­tation des positions et analyses à clarifier les questions ne serait-ce que parce qu'el­les permettent une meilleure compréhension des positions respectives et l'élimination des fausses divergences ;

-  l'importance de l'expérience pratique de la classe comme facteur de dépassement des incompréhensions et divergences.

7)  Aujourd'hui, la plongée du capitalisme dans la crise aigue et le resurgissement mondial du prolétariat mettent à l'ordre du jour de façon pressante le regroupement des forces révolu­tionnaires. L'ensemble des problèmes auxquels la classe sera confrontée dans la pratique, les enseignements qu'avec elle les révolutionnaires seront conduits à tirer de son expérience con­crète :

-  constitue un terrain favorable à un tel pro­cessus de regroupement,

-  permettra une clarification sur les questions essentielles qui divisent aujourd'hui l'avant-garde du prolétariat, comme les perspectives du capitalisme, la nature des syndicats et l'attitude des communistes à leur égard, la nature des luttes nationales, la fonction du parti prolétarien, etc..

Mais la mise à l'ordre du jour et l'exigence de l'unité et en dernier lieu l'ouverture de débats entre révolutionnaires, s'ils constituent une nécessité absolue, ne se traduisent pas mécani­quement en une réalité s'ils ne s'accompagnent pas d'une prise de conscience de cette nécessi­té et d'une volonté militante d'en assumer la prise en charge. Ceux des groupes qui, à l'heu­re actuelle, n'ont pas pris conscience de cette nécessité et refusent de participer au proces­sus de discussion et de regroupement sont con­damnés, s'ils ne révisent pas leurs positions, à devenir des entraves au mouvement et à disparaître comme expressions du prolétariat.

8)  C'est l'ensemble de ces considérations qui anime la participation du CCI aux débats développés dans le cadre de la conférence de Milan en mai 1977 et celle de Paris en novembre 1978. C'est fondamentalement parce qu'il analyse la période actuelle comme celle d'une reprise his­torique de la classe ouvrière que le CCI atta­che une telle importance à cet effort, qu'il condamne avec fermeté l'attitude des groupes qui négligent ou rejettent un tel effort et considè­re que cette attitude sectaire constitue une po­sition politique en soi et dont les implications sont au moins aussi importantes que les autres positions erronées qui peuvent peser sur le cou­rant communiste. Il estime donc que ces discussions sont un élément très important dans le pro­cessus de regroupement des forces révolutionnai­res devant conduire à leur unification au sein du parti mondial du prolétariat -arme essentiel­le de son combat révolutionnaire.

 


[1] Revolutionnary Perspectives n°12, Battaglia Comunista 1978-16

[2] Textes et compte-cendu de la Conférence Internationale de Milan (mai 1977)

[3] Parti Communiste International (Programma Comunista en Italie, Programme Communiste en France) Pour une Intervention Communiste (Jeune Taupe) en France

[4] Marx, Lettre de K.Marx à W.Bracke, 5 mai 1875, Avant-Propos à la Critique du Programme de Gotha, Ed.Sociales.

[5] POSDR : Parti Ouvrier Social-Démocrate Russe

[6] Bilan n°l

 

[7] Textes et Compte-Rendu de la Conférence Internationale de Paris (novembre 1978)

[8] Idem.

[9] Revolutionnary Perspectives n°12