Le PCF dans la "guerre froide": un parti stalinien modèle (1947-1967)

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Après avoir été de tous les gouvernements de la bourgeoisie française pendant trois ans, de 1944 à 1947 pour faire accepter à la classe ouvrière, à travers une pression idéologique énorme, de "retrousser ses manches" et de "se sacrifier" pour la reconstruction nationale d’après-guerre, en pleine période de disette et de blocage des salaires, le PCF est poussé hors du gouvernement, sitôt la fin de la grève chez Renault. Face à cette grève, le parti stalinien avait montré ses difficultés à maintenir son encadrement sur le prolétariat et à contenir la colère accumulée.

Si la grève de Renault a constitué l’élément déterminant de ce départ forcé le 5 mai 1947, le reste de la bourgeoisie avait préparé le terrain. Déjà le 18 mars, en guise d’avertissement, le Chef du gouvernement, le radical Ramadier, avait provoqué un clash à l’Assemblée nationale en poussant les députés communistes à se désolidariser publiquement du gouvernement sur la guerre coloniale d’Indochine (1). Cette guerre avait été engagée l’année précédente avec le plein aval de Thorez et une prudente réserve des autres ministres du PC, alors même que Staline soutenait ouvertement le Viêt-minh.

Cependant, le PCF cherche à s’accrocher et, loin de se radicaliser dans un premier temps, ses discours démontrent qu’il fait pression pour revenir au gouvernement, multipliant les con­cessions, acceptant presque toutes les clauses du plan Marshall d’aide à la reconstruction européenne sous l’aile des Etats-Unis et marte­lant l’idée chez ses militants que sa mise à l’écart du gouvernement n’est que provisoire.

C’est dans ce contexte qu’il est convoqué à la conférence des "partis frères" qui s’ouvre le 22 septembre 1947 à Szlarska-Poreba en Pologne. D’emblée, la politique du PCF (ainsi que celle du PC italien qui a également pratiqué une politique de coalition gouvernementale après la chute du régime fasciste) est violemment mise en accusation par les émissaires de Staline et par ses disciples venus en force des pays de l’Est passés sous sa coupe qui se font les procureurs les plus zélés des "partis frères" occidentaux. Il leur est carrément reproché la plus lourde des fautes : faire le jeu de l’impérialisme américain. Duclos, représentant du PCF à cette confé­rence, mis sur la sellette pour "l’inadmissible attitude conciliante" de son parti entre 1943 et 1947, s’effondre et fait son "autocritique" la plus complète, reniant tous ses engagements passés avec "l’ennemi bourgeois" et surtout l’impérialisme américain.

A la fin de cette conférence, intervenait une autre décision, elle aussi longuement et mûre­ment préparée par Staline pour resserrer le contrôle de son bloc sur les "partis frères" satellites : la création du Kominform (2) qui sera opérationnel dès 1948, cinq ans après l’autodissolution officielle du Komintern par Staline.



La période de "guerre froide" entre les deux blocs impérialistes vient de commencer. Du jour au lendemain, le parti stalinien s’investit à fond dans l’opposition politique tous azimuts la plus résolue et la plus radicale, tant sur le terrain de la lutte de classe que sur le plan des affron­tements interimpérialistes où il passe de la défense du "socialisme dans un seul pays" à la défense inconditionnelle de la politique impé­rialiste du bloc russe.

Dans l’opposition contre la classe ouvrière

Dès la mi-novembre 1947, pour se recrédibiliser aux yeux de la classe ouvrière, attisant le large mécontentement des ouvriers, exaspérés par une pénurie qui provoque une nouvelle flambée des prix et des services de consommation courante (gaz, électricité, trans­ports), il lance, anime et contrôle de bout en bout une série impressionnante de grèves à l’échelon national. Ces grèves sont extrêmement dures et violentes. Elles démarrent le 12 novembre à Marseille, contre une nouvelle augmentation des tarifs dans les tramways. En deux semaines, le PCF parvient à étendre la grève chez la quasi-totalité des mineurs, des dockers, des marins, des métallos (Renault, Citroën), ainsi que chez les enseignants, les postiers, les ouvriers du textile et du bâtiment, et une multitude de petites entreprises. La presse d’époque évoque le chiffre d’environ 3 millions de grévistes. Le parti stalinien fait non seulement occuper les usines comme en 1936, mais pousse également les ouvriers à assiéger des bâtiments publics comme les préfectures ou à bloquer les voies ferrées et les routes. Il relie même ces mouve­ments à travers un comité national de grève placé sous son autorité. Il pousse également les ouvriers vers des affrontements systématiques avec la police, les exposant à la répression menée avec énergie par le ministre de l’Intérieur "socialiste" Jules Moch.

Cet "automne chaud" se soldera par 1 375 arrestations officielles et un millier de condam­nations en justice. Au bout du compte, le gouvernement lâchera deux jours après la re­prise du travail appelée par le comité national de grève une prime de 1 500 francs à tous les salariés parisiens et environ 1 300 francs en province (3).

Un an plus tard, en octobre 1948, le PCF, secondé par la CGT, pousse à nouveau les mineurs à se mettre en grève pour réclamer 35 % d’augmentation de salaire et à s’affronter dure­ment, d’une part aux forces de répression (40 000 soldats et 5 000 policiers sont mobilisés dans le seul bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais), d’autre part aux non-grévistes (regroupés en particulier derrière le nouveau syndicat FO, appuyé et financé par le gouvernement améri­cain). La grève des mineurs, cette fois isolée dans le secteur, est écrasée mais le PCF la laisse durer encore trois semaines avant d’appeler à la re­prise du travail. Il y aura 1 800 licenciements et des centaines d’arrestations. Le climat de divi­sion suscité par ce nouveau conflit dur laissera de douloureuses cicatrices pour toute une géné­ration de mineurs

Un soutien inconditionnel au bloc impérialiste russe

A partir de 1948, le PCF, tout en continuant à remplir sa fonction essentielle d’encadrement de la classe ouvrière au service du capital natio­nal en tant que parti d’opposition, s’est fidèle­ment et systématiquement aligné sur la défense inconditionnelle du bloc impérialiste russe pen­dant la guerre froide.

… à travers le pacifisme

Parallèlement, le parti stalinien français ne va pas manquer une seule occasion à partir de 1948, de s’opposer à l’impérialisme américain en combattant aussi bien contre la mise en appli­cation du plan Marshall que contre la guerre de Corée qui, mettant directement pour la première fois aux prises les deux blocs issus des accords de Yalta, allait cristalliser les tensions et alimen­ter les craintes d’un troisième conflit mondial généralisé.

Ainsi, le PCF, dénonçant le bellicisme et l’agressivité de l’impérialisme américain, se lance dans de grandes campagnes pacifistes, en particulier à partir de mars 1950, en faveur de signatures pour l’appel de Stockholm qui per­mettra au parti d’étendre son influence auprès de fractions intellectuelles ou "humanistes" de la petite-bourgeoisie ou de la bourgeoisie. C’est ainsi qu’il crée et anime le "Mouvement pour la paix" à partir du moment où l’URSS peut véritablement se lancer dans la course aux arme­ments et rivaliser avec les Etats-Unis en se dotant à son tour de la bombe atomique.

Là encore, le PCF ne pouvait que bénéficier des illusions pacifistes qui pesaient sur les ouvriers à peine sortis du cauchemar de la guerre mondiale. Cependant, il est amené rapidement à "durcir" ses prises de position et ses engage­ments au profit du bloc russe. C’est pourquoi il prend l’initiative d’organiser une grande ma­nifestation le 28 mai 1952, à l’occasion de la venue en France du général Ridgway, nommé commandant en chef des nouvelles forces de l’OTAN (4). Les staliniens préparent et li­vrent leurs troupes à de véritables combats de rues face à d’imposantes forces de police qui feront un mort et 17 blessés dans les rangs ouvriers ; Duclos sera même arrêté et empri­sonné pendant un bon mois (5).

Après la construction du Mur de Berlin et l’installation du "Rideau de Fer", il s’oppose avec véhémence au "réarmement de l’impéria­lisme allemand" en Allemagne de l’Ouest par le bloc occidental. De la même manière, le PCF.

… à travers la guerre d'Algérie

C’est pourquoi le cas de la guerre d’Algérie ressort comme un cas particulier qui détonne avec ses autres prises de position de l’époque.

La prudence extrême et la modération du PCF sur la guerre d’Algérie s’expriment dès le début de l’insurrection le 1er novembre 1954 du fait que celle-ci n’a nullement l’aval de l’URSS. Au contraire, le PC algérien, n’y ayant pris aucune part, la condamne. Et dès le 8, le PCF déclare dans l’Humanité "ne pas approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes", assimilant ainsi les nationalistes algériens à des provocateurs.

Dans les mois qui suivent, il continue à ignorer le FLN et à prôner le maintien de l’Algérie dans "l’union française", tout en étant contraint d’ac­cepter "la revendication à la liberté qui doit être discutée avec les délégués de tous les partis, les représentants démocratiques, professionnels, culturels et les personnalités". En octobre 1955, il maintient ce profil bas en réaffirmant que "la négociation est le seul moyen de rassembler dans l’Union française les peuples assujettis à l’impérialisme français qui revendiquent avec l’appui des autres démocrates la liberté et l’indépendance nationale".

De même, en janvier 1956, il est amené à condamner la politique de répression sanglante de Mendès-France à la tête du gouvernement français mais deux mois plus tard, le 12 mars, sous l’impulsion de Thorez, le groupe parle­mentaire du PCF vote des "pouvoirs spéciaux" au socialiste Guy Mollet pour l’intensification de "l’effort de guerre", l’envoi de renforts mas­sifs de soldats du contingent et l’allongement de la durée du service militaire. Plus tard, il con­damnera avec la plus grande fermeté les actes d’insoumission, de sabotage ou de désertion et s’opposera avec vigueur au "Manifeste des 121" en soutien au FLN.

Ce soutien à l’indépendance nationale à géo­métrie variable, en fonction des intérêts et des choix exclusifs du bloc russe, entraînera certai­nes désaffections à son égard, notamment auprès des plus jeunes générations, massivement ré­quisitionnées et entraînées dans l’aventure guer­rière de l’Algérie française.

… à travers l'épuration "anti-titiste"

Au cours de la même période, le PCF s'appli­que parallèlement, sous la houlette de son secré­taire général, Maurice Thorez, à intégrer com­plètement et reproduire dans l'appareil français le modèle stalinien, au point de devenir, après la mort du sanguinaire "petit père des peuples", le plus représentatif défenseur du stalinisme pur et dur.

La première occasion pour le PCF de manifes­ter sa complète allégeance aux ordres du Kominform lui est fournie dès 1948, par l'insou­mission des dirigeants yougoslaves commandés par le maréchal Tito à l'intérieur du camp stali­nien. Le motif essentiel du "schisme" titiste est le refus par Tito de laisser les "spécialistes" militaires russes noyauter l'armée yougoslave.

La défense d'un nationalisme exacerbé (6) amène le gouvernement de Tito à se retourner contre celui qui avait été jusque là son principal allié, Staline, et à s'opposer à la volonté impé­rialiste hégémonique de la Russie. En effet, pour la bourgeoisie yougoslave, l'opposition à Sta­line permet de souder une unité nationale entre les différentes ethnies qui s'étaient entre-déchi­rées dans la guerre. Cependant, en pleine guerre froide, la "démarcation" tentée par Tito ne peut rester neutre. Pour maintenir le rapport de forces, l'Etat yougoslave doit recourir à l'aide et aux subsides du camp adverse et s'intégrer progressivement dans le bloc occidental. Par exemple, Tito obtient un énorme prêt de la part de la banque mondiale contrôlée par la bourgeoi­sie américaine et conclut des accords commer­ciaux avec plusieurs pays occidentaux, notam­ment la Grande-Bretagne.

Dans sa propagande, Staline entreprend une gigantesque campagne contre les "traîtres titis­tes" destinée à resserrer les rangs des autres alliés du camp russe. Sans hésiter, le PCF monte en première ligne pour mener avec zèle une véritable "chasse aux sorcières" contre tous ceux soupçonnés de sympathie avec la "déviation titiste".

Le "titisme" est purement et simplement as­similé puis amalgamé au "trotskisme" comme au "boukharinisme" et taxé du "crime d'espionnage impérialiste". Cette épuration reprend de plus belle à l'automne 1949, lors du procès de l'ex­secrétaire général adjoint du PC hongrois Rajk soupçonné, comme Tito, de fomenter un com­plot contre "le front unique d'action" des "partis frères". Même s'il est impossible d'évaluer le nombre d'exclusions et de rétrogradations au sein du PCF lié à cette épuration, la surveillance et la répression staliniennes employées dans chaque cellule du parti visent particulièrement tance" susceptibles d'avoir fréquenté des "par­les anciens membres des FTP dans la "Résis-tisans" yougoslaves dans les maquis.

Un parti stalinien pur et dur

Cependant, l'utilisation des méthodes em­ployées sans discontinuer par Staline pour éliminer ses rivaux au sommet de l'Etat n'ont pas encore été greffées sur l'appareil de direction du PCF, malgré le précédent expérimental de "l'af­faire Barbé-Célor" en 1931. C'est à partir de 1952 que Thorez, avec le plein aval de Staline, les reprend à son compte avec l'élimination du tandem Marty-Tillon, accusé de mener un tra­vail fractionnel au sein du parti. En particulier, un dossier d'accusation est monté contre André Marty, numéro 3 du parti. Ce dernier était jusque là considéré comme un "héros", d'une part au titre d'ancien officier de marine qui s'était rallié au camp des mutins de la mer Noire refusant d'intervenir contre l'Union Soviétique en 1919, d'autre part comme ancien chef des Brigades Internationales dans la guerre d'Espa­gne en 1936. Stalinien dévoué corps et âme (Staline le nomma pour cette raison secrétaire du Komintern à Moscou au cours des années 30) et défenseur inconditionnel de l'URSS, il est pourtant sacrifié à la rivalité qui l'oppose depuis toujours à Thorez et dont Staline n'a cessé de jouer. Cependant, certaines déclarations publi­ques hasardeuses de Marty sur les remanie­ments nécessaires selon lui à la tête de l'appareil stalinien français à la Libération l'ont desservi. D'abord mis en disgrâce, il est ensuite à travers une sombre machination, carrément accusé dans les colonnes de L'Humanité d'être un policier. Quant à Charles Tillon, ex-chef des FTP et ancien ministre responsable du bombardement de Sétif en 1946, il est le bouc-émissaire du reniement par le PCF de sa politique gouverne­mentale entre 1944 et 1947. Il est accusé, en plus de certaines "fautes politiques et fractionnelles graves", d'avoir détourné des fonds de la caisse du parti à la Libération. Cette élimination est menée parallèlement au procès de Prague contre les anciens dirigeants du PC tchèque Slansky et London qui devait se conclure par plusieurs nouvelles condamnations à mort.

L'alignement du PCF sur la politique du maître du Kremlin va jusqu'à singer au profit de son secrétaire général le culte de la personnalité consacré au "petit père des peuples". Thorez est ainsi un Staline au petit pied, sous l'impul­sion des hommages serviles des intellectuels du parti comme cette "fresque lyrique" mise en musique par Joseph Kosma et intitulée "Celui de France que nous aimons le plus". Deux mois après la célébration fastueuse des 70 ans de Staline, c'est Thorez qui bénéficie du même traitement à l'occasion de son cinquantième anniversaire. Le secrétaire général, qui bénéfi­ciait sous Staline de l'exclusivité des directives de Moscou, a les pleins pouvoirs de décision, aidé par une sorte de "secrétariat particulier" non officiel composé de quelques hommes ini­tiés aux arcanes du pouvoir du Kremlin. Le véritable organe exécutif est le secrétariat, uni­vers clos dont les discussions, en tant que seul lieu de discussion des orientations politiques, ne filtrent jamais à l'extérieur. Quant au bureau politique, issu de la sélection écrémée des cadres du parti, il n'est qu'une simple chambre d'enre­gistrement.

Comme en URSS, s'édifie également dans le parti stalinien français une série de privilèges réservés à la "nomenklatura", au sommet de cette bourgeoisie bureaucratique, depuis la luxueuse villa de Thorez sur la Côte d'Azur jusqu'aux "datchas" de vacances au bord de la mer Noire, réservées aux membres du bureau politique.

L'arrivée de Khrouchtchev au pouvoir en URSS ...

A la mort de Staline en mars 1953, la lutte de cliques pour sa succession en URSS n'a pas d'influence immédiate sur la politique du PCF, si ce n'est que la mise en échec puis l'élimination dès mai 1953 de l'aile stalinienne la plus dure dirigée par le chef de la police politique Béria, le contraint à modérer ses dénonciations tous azimuts de "complots anti-soviétiques".

Cependant, la mort de Staline laisse la bour­geoisie bureaucratique russe face à une série de problèmes économiques majeurs qu'elle ne peut tenter de surmonter qu'en changeant résolu­ment de cap.

En URSS même, l'état de l'agriculture est catastrophique. L'expérience stalinienne de pla­nification de la production des sovkhoses direc­tement gérés par l'Etat est un fiasco alors que les moyens de production agricoles sont archaï­ques et le rendement quasi-nul. La disette me­nace des millions de paysans.

De même, l'autre nécessité pour la bourgeoisie "soviétique" est de desserrer l'étau qui étouffe une production industrielle entièrement subor­donnée au secteur des armements et à la défense nationale, alors même que les dépenses militai­res représentent plus de 20% du budget de l'Etat. En outre, depuis l'instauration du COMECON en 1949, qui constitue un "échange privilégié" à sens unique à travers lequel l'URSS exerce un véritable brigandage impérialiste (7), cette économie de pillage révèle très vite ses limites, conduisant à l'asphyxie progressive de ses pays satellites. Ceci se révèle d'autant plus que le prolétariat de ces pays commence à relever la tête. Dès l'été 1953, le bloc russe est confronté à une première vague de révoltes ouvrières engendrée par le niveau d'exploitation et le contrôle répressif de l'appareil d'Etat ap­puyé par l'URSS. Début juin, les travailleurs tchécoslovaques remettent en question leur rétribution sous forme de salaire aux pièces. Une grève générale éclate 15 jours après à Berlin-Est et se propage rapidement dans tous les grands centres industriels de la Saxe, notamment à Cheminitz. Les chars russes stationnés en RDA y mettent fin brutalement et une terrible répres­sion s'ensuit.

C'est dans de telles circonstances et pour ces raisons que le clan Khrouchtchev, principal représentant des fractions les plus "réformis­tes" au sein même du sérail stalinien (8) est poussé en avant. Cette volonté de "réforme" est l'expression des fractions les plus conscientes et les moins arriérées de la bourgeoisie russe qui, face au délabrement croissant de l'économie, comprennent la nécessité pour l'URSS de s'ouvrir davantage sur le marché mondial. Ce qui allait s'exprimer à travers le vernis de la "déstalinisa­tion", ouvre la voie à une nouvelle période de "détente" entre les deux blocs, théorisée idéologiquement à travers "la coexistence paci­fique".

Dès septembre 1953, Khrouchtchev s'em­ploie en priorité à dynamiser la production des kolkhoses et à redonner un peu d'oxygène aux paysans kolkhosiens en leur accordant des subventions d'Etat. Les quelques succès qu'il connaît dans ce domaine lui permettent de consolider ses positions.

De même, les efforts de Khrouchtchev en matière de politique extérieure s'avèrent payants et "équilibrent" davantage le rapport de forces entre les blocs. C'est d'abord une spectaculaire "réconciliation" avec Tito qui, en consacrant le statu quo par rapport à la Yougoslavie, est un signal lancé au bloc adverse sur le changement d'orientation de la politique impérialiste de l'URSS. La conférence afro-asiatique de Bandung, sous prétexte du "non alignement" de 25 pays sur la politique de blocs, affaiblit le camp occidental et détermine l'ouverture d'une nouvelle zone d'influence impérialiste pour l'URSS. Quelques jours après, en mai 1955, la signature du Pacte de Varsovie permet à l'URSS de resserrer son emprise militaire sur ses alliés en Europe de l'Est et de décharger sur eux une partie du fardeau de la défense militaire du bloc. Non seulement l'URSS peut concrétiser une plus grande stabilité militaire du bloc russe face à l'OTAN et s'assurer de l'allégeance des autres Etats d'Europe de l'Est, mais du même coup, son "assistance militaire" la prépare à mieux faire face à de nouveaux risques de soulèvements prolétariens dans les pays de l'Est.

… déchaîne une offensive pro-stalinienne dans le parti français

Cette montée en puissance du clan "réfor­miste" en URSS inquiète rapidement les diri­geants du PCF qui, ayant misé sur la pérennisation du modèle stalinien dans lequel ils se sont totalement engagés et compromis, crai­gnent que le processus de "déstalinisation" déclenché en URSS, n'aboutisse à leur propre remise en cause. C'est pourquoi Thorez et les autres dirigeants du PCF jouent en coulisses la carte de l'appui sur la "vieille garde" stalinienne des opposants à Khrouchtchev (Molotov, Malenkov, Kaganovitch). Non seulement le PCF continue à se référer à Staline, mais il tente aussi de saboter les orientations politiques de Khrouchtchev, s'opposant notamment à lui sur la question de la "coexistence pacifique" entre les blocs.

Pour contrer ses adversaires, Khrouchtchev décide de lancer un coup de force à la fin du XXe congrès du PCUS en mars 1956, en présence des représentants de tous les "partis frères". Le rapport Khrouchtchev consacré à la "dénoncia­tion des crimes de Staline" fait l'effet d'une véritable bombe. Ayant bâti toute sa carrière dans l'ombre du pouvoir de Staline, et calqué ses prises de position sur lui, Thorez se sent aus­sitôt directement menacé. Il impose le black-out aux autres délégués français dès leur retour de Moscou. Face à la détermination de Khroucht­chev de publier son rapport et alors que celui-ci circule déjà à tous les échelons du parti en URSS, il est contraint de livrer une version édulcorée des accusations du rapport : Staline aurait simplement commis certaines erreurs politiques à la fin de sa vie. Bref, il restait le héros et la référence suprême pour le PCF. Duclos s'écrie même lors d'un meeting parisien en mars 1956 : "Pour nous, Staline restera le vainqueur de Stalingrad !". Début juin 1956, le rapport de Khrouchtchev commence à être publié en France sous forme de "feuilleton" dans les colonnes du journal Le Monde : la direction du PCF prétend alors que le rapport est un faux pur et simple et L'Humanité se déchaîne contre les "calomnies de la presse bourgeoise". Après l'élimination de Molotov, leur principal soutien, Thorez et les dirigeants français attaquent Khrouchtchev au grand jour et apparaissent alors ouvertement comme les ultimes défenseurs de Staline aux côtés d'un autre ardent supporter incondition­nel du stalinisme : Mao Zedong, seul allié de circonstance à monter au créneau contre Khrouchtchev.

Ces prises de position ont comme consé­quence une poursuite de la politique d'épuration au sein de l'appareil français. Déjà le secrétaire de l'organisation Auguste Lecœur, qui avait pris l'initiative de rapporter en petit comité dans le secrétariat les confidences d'un haut dirigeant russe sur les crimes reprochés à Staline s'était retrouvé mis à l'écart dès 1953. Plus tard, au début des années 60, quand Thorez entraînera le parti à soutenir à nouveau Mao Zedong contre Khrouchtchev, ce seront des adeptes pro-soviétiques du "tournant khrouchtchévien" de l'URSS, Casanova et Sirven (tous deux ayant eux-mêmes joué un rôle de premier plan dans les épurations antérieures du PCF) qui se verront destitués.



Cependant, en URSS, c'est la fraction Khrouchtchev qui doit faire marche arrière. En effet, Khrouchtchev ne tarde pas à prendre conscience que son rapport scie la branche sur laquelle est assise la bourgeoisie bureaucratique qu'il dirige. En cherchant à déboulonner Staline de son socle, il a mis les doigts dans un engrenage qui sape les fondements mêmes des régimes staliniens, de l'URSS stalinisée et de son bloc. Le modèle totalitaire stalinien de capitalisme d'Etat, pur produit de la contre-révolution, repose entièrement sur la terreur étatique, le contrôle permanent et la surveillance de toute vie sociale, la répression policière, la militarisa­tion intégrale de la société. Plus de 30 ans avant l'expérience gorbatchévienne qui, en cherchant à dépasser certaines de ces limites, devait débou­cher sur l'implosion de l'URSS et de son bloc, Khrouchtchev et la bourgeoisie "soviétique" étaient déjà confrontés à cette réalité : il n'y a pas de place ni marge de manoeuvre dans le modèle stalinien de capitalisme pour une "libéralisa­tion" ou une "démocratisation" de l'Etat. C'est pourquoi Khrouchtchev va ordonner moins de six mois après les remous qu'il avait provoqués au XXe congrès du PCUS, la destruction d'un million d'exemplaires de son rapport. Il accepte sans difficulté d'y substituer officiellement une simple résolution du PCUS, pâle réplique du rapport initial qui finit par être totalement escamoté. Thorez et le PCF pouvaient être rassurés : le stalinisme était toujours debout.



L'écrasement du prolétariat hongrois scelle la "réconciliation"entre le PCF et la politique de l'URSS

Ils n'allaient pas tarder à en voir la confirma­tion concrète quelques mois plus tard. La ré­pression brutale de l'insurrection ouvrière de novembre 1956 en Hongrie par les troupes russes appelées en renfort dans le cadre de l'application du Pacte de Varsovie va sceller la "réconciliation" du PCF et de l'URSS de Khrouchtchev sur un aspect essentiel. C'est bien dans l'écrasement du prolétariat que les régimes et les partis staliniens expriment le plus clairement leur fonction contre-révolutionnaire, c'est en appliquant implacablement sa politi­que du talon de fer contre la classe ouvrière que le modèle stalinien de capitalisme entend faire la preuve de son efficacité. La sanglante répres­sion des prolétaires hongrois par les tanks de "l'armée rouge" est chaudement approuvée et justifiée par le PCF.

De plus, le soutien total des staliniens français à l'intervention russe en Hongrie, même s'il se solde par la défection de quelques intellectuels compagnons de route du PCF, aura permis de ressouder l'appareil du parti en France. En effet, ce dernier peut exploiter les événements qui se déroulent en même temps à Paris : pour protes­ter contre l'intervention russe, des manifestants de droite et d'extrême-droite assaillent le siège du comité central puis les locaux de L'Humanité avec la complicité des forces de police. En appelant ses militants à venir le défendre, le PCF peut prétexter qu'il s'agit d'une attaque fasciste soutenue par le gouvernement. Et il peut aussi donner un regain de crédibilité à sa propa­gande empoisonnée : faire passer aux yeux des ouvriers français le soulèvement prolétarien en Hongrie pour une action des forces contre-révolutionnaires.

Si toute la bourgeoisie profite des illusions du prolétariat hongrois envers la démocratie, elle peut se partager le travail d'embrigadement idéo­logique de la classe ouvrière en la mettant devant le faux choix de se ranger soit derrière le camp stalinien soit derrière le camp démocratique et, en fin de compte, de la coincer entre les deux blocs impérialistes rivaux :

Le PCUS manifestera encore quelques velléi­tés de "réformisme", notamment en octobre 1961, quand Khrouchtchev dénoncera encore et cette fois publiquement les crimes de Staline. Mais à partir de 1962, l'enlisement croissant dans un marasme économique inextricable qui réveille les luttes de cliques pour le pouvoir. La fuite en avant dans la course aux armements (y compris nucléaire), face à son rival américain, signent un retour à la "normalisation" intérieure.



Cela se traduit immédiatement par le déferle­ment de la répression contre la classe ouvrière. La vague de grèves ouvrières dans la région de Novocherkassk sera impitoyablement noyée dans le sang après l'isolement complet de la région conjointement par la police et par l'armée. Les goulags se remplissent.

Le conservatisme stalinien à l'épreuve de l'évolution de la situation

Cependant, c'est l'évolution de la situation en France qui vient déstabiliser profondément le parti stalinien. A la faveur de la guerre d'Algérie, qui a renforcé l'influence des militaires, et face à l'instabilité devenue chronique des gouverne­ments de la IVe République, l'aspiration au sein de la bourgeoisie nationale à un "pouvoir exécu­tif fort" voit le jour. Le général De Gaulle profi de cette situation. Il fait son retour sur la scène politique en s'opposant à la tentative de putsch d'une fraction de l'armée qui, avec des colons civils, forme un "comité de salut public" à Alger le 13 mai 1958, appuyée par le débarquement de troupes de parachutistes en Corse le 26 mai. De Gaulle apparaît comme "l'homme providentiel" pour la majeure partie de la bourgeoisie fran­çaise. Le 1er juin, ce "sauveur" reçoit l'investi­ture du président de la République René Coty qui le nomme chef du gouvernement. Il se fait rapidement plébisciter en septembre à travers un référendum sur une nouvelle constitution qui renforce et concentre le pouvoir aux mains d'un seul homme assumant les fonctions de "chef de l'Etat", le président de la République, ainsi doté des "pleins pouvoirs" au détriment du Parle­ment.

L'ambivalence du PCF face à la domination gaulliste

Le parti de Thorez est incapable de discerner clairement que la fonction essentielle de De Gaulle pour la bourgeoisie française est de liquider l'ère coloniale et de mettre fin à la guerre d'Algérie. Tandis que l'appareil du PCF panique tout d’abord (le premier réflexe de Thorez est de se réfugier en Suisse), il se trouve désarçonné par l'évolution des événements et profondément divisé sur l'attitude à adopter. Une partie des staliniens, formée à l'école de la Résistance et dans le moule de l'antifascisme avant tout, se déclare "prête à défendre la république et la démocratie" les armes à la main en prêtant main forte à De Gaulle. Cependant, la majorité de la direction s'en tient à l'analyse selon laquelle l'arrivée au pouvoir de De Gaulle correspond à l'instauration "d'un régime de dictature person­nelle et militaire" qui "s'appuie sur les éléments les plus chauvins et les plus colonialistes de la grande bourgeoisie, et tend à ouvrir la voie au fascisme". Après l'échec du mot d'ordre de grève générale lancé par la CGT, le 28 mai le PCF appelle à une manifestation populaire pacifique à Paris puis le 1er juin, à une mobilisation plus dure contre "le général" désigné comme "l'homme des factieux". Des heurts violents avec la police se produisent, dans lesquels un ouvrier est tué. Lors du référendum-plébiscite de De Gaulle du 28 septembre 1958, le PCF est la seule force politique à appeler à voter "non" et en re­cueillant à peine 21% des suffrages, subit un revers cuisant. Aux élections législatives du 23 novembre, l'électorat du PC chute de plus de 30%, totalisant moins de 19% des voix. Malgré les tentatives de l'appareil pour la minimiser, c’est une débâcle qui va marquer durablement le déclin de son influence.

La raison essentielle de cette déroute est que le gaullisme puise au même fonds de commerce que le parti stalinien : même démagogie popu­liste et ultra-chauvine, s'appuyant sur un natio­nalisme exacerbé. L'appareil gaulliste et l'appa­reil stalinien sont de purs produits de la déca­dence du capitalisme. Ainsi leur proche concep­tion autoritaire de la mise en oeuvre des mesures capitalistes d’Etat n'est pas liée comme chez les partis bourgeois plus anciens à la démocratie parlementaire. Leur rôle dominant est l'expres­sion de la contre-révolution triomphante où la bourgeoisie n'a pas besoin d'un masque démo­cratique pour défendre ses intérêts nationaux. De même, à un autre niveau, la politique "d'in­dépendance nationale" préconisée par De Gaulle qui le poussait à prendre ses distances avec l'OTAN et à afficher ses réticences envers l'alignement sur la politique impérialiste du bloc américain, traduisait une certaine convergence avec le parti stalinien (9). C’est d’ailleurs là la base même d’un rapprochement en matière de politique internationale entre la France et l’URSS, conduite de façon convergente par De Gaulle et Khrouchtchev. Ce rapprochement devait se confirmer avec le voyage de Khroucht­chev en France en mars-avril 1960, suite à l'invitation de De Gaulle et au nom de "la coexistence pacifique". Il sera d’ailleurs un élément important des réticences du PCF en­vers la politique internationale menée par Khrouchtchev qui n’a cessé de soutenir le main­tien de De Gaulle au pouvoir en France. Il explique aussi l’impuissance permanente des staliniens à s’opposer résolument au pouvoir gaulliste et à présenter une alternative claire.

Le ralliement à Khrouchtchev

Mais le parti stalinien français est également confronté à cette époque à d’autres contradic­tions. Même s’il a pu pratiquer une vaste épuration dans la mouvance pro­khrouchtchévienne en France entre 1961 et 1964 (le courant Casanova-Servin appuyé par le milieu étudiant de l’UEC), il est contraint en politique internationale de se plier à un rallie­ment conditionnel à Khrouchtchev, en sachant que ce dernier contient ses adversaires et tient encore solidement les rênes de l’URSS. Sous l’égide de Thorez, le PCF cherche à prôner une réconciliation entre Khrouchtchev et Mao et appuie dans ce but l’idée d’une conférence mondiale des PC. Celle-ci regroupera les diri­geants staliniens de 81 pays en novembre 1961. Mais, de fait, au lieu du compromis escompté par le PCF, ces retrouvailles vont confirmer le schisme entre les deux plus grandes puissances staliniennes, la Chine et l’URSS. Le PCF doit trancher mais il n’a pas vraiment le choix. Même si un Thorez est beaucoup plus proche de l’approche idéologique typiquement stalinienne et des méthodes de Mao, les liens de dépen­dance du PCF (subsides matériels essentiels, intérêts stratégiques au maintien de la "coexis­tence pacifique") lui dictent la nécessité absolue de ne pas se couper de l’URSS. Seulement soutenue par la minuscule Albanie, la Chine se retrouve totalement isolée et marginalisée. Dès lors, le PCF va s’engager résolument sous l’aile de son "parrain" dans le soutien actif systéma­tique à la politique impérialiste plus expansion­niste de l’URSS, notamment dans tous les mouvements de "libération nationale" qu’elle suscite, arme et subventionne, de l'Amérique latine à l’Asie du Sud-Est en passant par le continent africain. Il vante ainsi le régime de Castro à Cuba, le "martyre" de Lumumba au Congo-Zaïre, "l'héroïque résistance" du Viet­minh.

"L'union de la gauche"

La tuerie du métro Charonne (9 morts) où la police du gouvernement gaulliste coince et pié­tine le 8 février 1962 les manifestants rassem­blés par le PCF et les syndicats contre la multiplication des actions terroristes de l'OAS pro-Algérie française (Organisation de l’Armée Secrète) redonne momentanément une auréole de victime et de martyr au parti stalinien. Mais c'est De Gaulle qui retire toute la popularité "d'homme de la situation" face à la guerre d’Al­gérie. Ses déclarations sur le "droit à l’autodéter­mination du peuple algérien", sa mise en échec du putsch des généraux en avril 1961, et surtout la signature des accords d’Evian (avec la recon­naissance du droit à l'indépendance) en mars 1962 lui permettent de mettre fin à la guerre d'Algérie et d'apparaître comme "le champion de la décolonisation".

Pendant ce temps, l’appareil stalinien, obnu­bilé par la hantise de voir s’affirmer des tendan­ces "réformistes" ou des fractions contestatai­res, continue à naviguer à vue pour avant tout préserver le statu quo au sein de la direction. Thorez, qui deux mois avant s'était fait nommer "président" du parti concentrant tous les pou­voirs de décision et avait lui-même désigné son "successeur", Waldeck-Rochet, au poste de secrétaire général, meurt le 11 juillet 1964. Le nouveau chef, conçu pour être un homme de paille à la botte de Thorez est néanmoins pré­senté comme le "Khrouchtchev français", jus­que dans son apparence physique, dans l’opti­que de gommer de façon étroitement contrôlée l’image trop marquée d’un pouvoir autocrati­que et stalinien. Pour son malheur, monsieur "K." est destitué trois mois à peine après que cet autre fils de paysan ait pris seul les rênes de l'appareil stalinien français. Cette tentative de ravalement de façade qui s’effectue à contre-courant s’en retrouve d’autant plus freinée. La nouvelle entreprise de "russification" du parti français va s'effectuer au seul bénéfice du clan conservateur et des représentants de la conti­nuité stalino-thorézienne, notamment la veuve de Thorez, Jeannette Vermeersch et "l'étoile montante" du parti, Georges Marchais, dont Waldeck-Rochet demeure l'otage. Cependant, n’étant plus capable d’offrir une perspective crédible à la classe ouvrière à force de sclérose bureaucratique affichée et en passe de subir une nouvelle hémorragie dans l'élection de ses nota­bles, enracinés dans l’appareil d’Etat (notam­ment dans les mairies des banlieues ouvrières), le parti stalinien est contraint de changer de stratégie. Pour la première fois depuis 1946, il conclut localement certains accords de désiste­ments mutuels avec la SFIO, pour les élections législatives de novembre 1962. Les résultats positifs qu'il en retire l'encouragent dans cette voie. La dynamique "d'union de la gauche", seule stratégie alternative du PCF d’une part pour sortir de sa marginalisation politique progres­sive dans la vie politique de la bourgeoisie française, d’autre part pour lui permettre de continuer à encadrer solidement et efficacement le prolétariat, notamment en cherchant à "rani­mer l’élan du Front populaire", va continuer à faire son chemin. Le 9 septembre 1965, Mit­terrand annonce sa candidature à l'élection pré­sidentielle de décembre et le lendemain crée la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste) pour rénover l’image de la SFIO trop discréditée sous la IVe République. Le PCF décide alors spectaculairement de ne pas lui opposer de candidat et de lui apporter son soutien dès le premier tour. Après avoir mis De Gaulle en ballottage, le "candidat unique de la gauche" recueille 45% des voix au second tour. Le 20 décembre 1966, un accord électoral global et historique de désistement mutuel est signé entre le PCF et la FGDS. La nouvelle voie de "l’union de la gauche" face au pouvoir gaulliste est ouverte.

(Extraits de RI n° 280, 281 et 282 Juin Juillet Septembre 1998)

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1Il avait demandé aux parlementaires de rendre un hommage public envers les soldats français tombés en Indochine auquel les députés du PC ont refusé de s'associer, ce qui provoqua un scandale.

2Le Kominform, présenté comme un organe de "coordination" politique entre les six pays du bloc de l’Est (après l’exclusion du PC yougoslave dès 1948) et les PC italien et français était en fait un réseau d’espionnage chargé de surveiller et de contrôler l’alignement idéologique des autres PC sur la politique de l’URSS. Il perdra cependant son influence dès la mort de Staline, avec la féroce lutte de cliques entre ses successeurs et cessera formellement d’exister en 1956, au profit du Comecon, véritable instrument du pillage impérialiste de l’URSS sur les "pays frères".

3Le salaire moyen mensuel des ouvriers tournait à l’époque autour de 10 000 francs, la "prime" octroyée était donc loin de compenser la perte souvent d’un mois de salaire pour les grévistes.

4Surnommé "Ridgway-la-peste" car il était accusé d’avoir utilisé des armes bactériologiques dans la guerre de Corée qu’il commandait auparavant.

5L’appel à la grève générale lancée par le PCF pour "la libération immédiate de Duclos" fut un cuisant fiasco. Par contre, c’est la mobilisation de la petite-bourgeoisie intellectuelle qui obtint cette libération rapide.

6Contrairement aux autres dirigeants fantoches directement installés par Staline à la tête des pays de l'Est à la faveur d'une occupation militaire par "l'armée rouge", avec l'aval des bourgeoisies occidentales lors des accords de Yalta (voir RI n°279), la clique militaire et ultra-nationaliste de Tito avait pu s'imposer directement à la tête de l'Etat yougoslave à travers la victoire des Alliés. Tito avait alors utilisé le thème de "l'unité yougoslave" pour asseoir son pouvoir sur un Etat meurtri et divisé par la lutte à mort que s'étaient livrés les "partisans" victorieux à dominante serbe et les fractions qui avaient été installées et soutenues par l'Allemagne nazie dans la seconde boucherie mondiale.

7En fait, il s'agissait d'institutionnaliser le pillage systématique des produits et des ressources des autres pays de son glacis, allant jusqu'au démontage dans les pays vaincus ayant collaboré avec les puissances de l'Axe, de certaines usines et à leur transport avec les ouvriers en URSS, où elles étaient reconstituées.

8Avant même de commanditer l'écrasement du prolétariat de Hongrie en 1956 et la répression de grèves ouvrières au cours de la même année dans des républiques excentrées de l'URSS, Khrouchtchev s'était illustré en Ukraine dès 1937 en participant aux exactions des services secrets dans cette région, ce qui lui valut une promotion dans l'appareil stalinien.

9On allait retrouver ce paradoxe apparent dans les orientations de la politique française au-delà même du départ de De Gaulle, en fait jusqu’à la fin des années 80 tout au long de l’existence d’une politique de blocs : les deux pôles apparemment les plus éloignés car marqués le plus "à gauche" et "à droite" du point de vue de la politique intérieure (le PC et le parti gaulliste) se retrouvent souvent sur des positions voisines sur deux options politiques majeures. D’abord pour manifester leur défiance (ou leurs réticences) vis-à-vis des orientations dominantes atlantistes et pro-américaines de la bourgeoisie française (que partagent en revanche la droite démocrate-chrétienne modérée (MRP, puis plus tard l’UDF) et la gauche dite "non-communiste" (social­démocrates et radicaux). Pour le parti stalinien, il s’agit d’un penchant "naturel" à s’aligner sur la défense des intérêts du bloc impérialiste russe, le parti gaulliste par ses aspirations à vouloir préserver orgueilleusement une politique "d’indépendance nationale" à travers ses illusions anachroniques sur la capacité de l’Etat français de constituer la tête de pont "d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural".