Qui peut changer le monde ? (2e partie) le prolétariat est toujours la classe révolutionnaire

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Dans la première partie de cet article nous avons dégagé les raisons pour lesquelles le prolé­tariat est la classe révolutionnaire au sein de la société capitaliste. Nous avons vu pourquoi c'est la seule force capable, en instau­rant une nouvelle société débar­rassée de l'exploitation et en mesure de satisfaire pleinement les besoins humains, de ré­soudre les contradictions inso­lubles qui minent le monde ac­tuel. Cette capacité du proléta­riat, mise en évidence depuis le siècle dernier, en particulier par la théorie marxiste, ne découle pas du simple degré de misère et d'oppression qu'il subit quoti­diennement. Elle repose encore moins, comme voudraient le faire dire au marxisme certains idéo­logues de la bourgeoisie, sur une quelconque « inspiration di­vine » faisant du prolétariat le « messie des temps mo­dernes ». Elle se base sur des conditions bien concrètes et matérielles : la place spécifique qu'occupe cette classe au sein des rapports de production ca­pitalistes, son statut de produc­teur collectif de l'essentiel de la richesse sociale et de classe ex­ploitée par ces mêmes rapports de production. Cette place au sein du capitalisme ne lui permet pas, contrairement aux autres classes et couches exploitées qui subsistent dans la société (tels les petits paysans, par exemple), d'aspirer à un retour en arrière. Elle l'oblige, au contraire, à se tourner vers l'avenir, vers l'aboli­tion du salariat et l'édification de la société communiste.

Tous ces éléments ne sont pas nou­veaux, ils font partie du patrimoine classique du marxisme. Cependant, un des moyens les plus perfides par lesquels l'idéologie bourgeoise es­saye de détourner le prolétariat de son projet communiste, est de le convaincre qu'il est en voie de dis­parition, voire qu'il a déjà disparu. La perspective révolutionnaire au­rait eu un sens tant que les ouvriers industriels constituaient l'immense majorité des salariés, mais avec la réduction actuelle de cette catégo­rie, une telle perspective s'étein­drait d'elle-même. Il faut d'ailleurs reconnaître que ce type de discours n'a pas seulement un impact sur les ouvriers les moins conscients, mais aussi sur certains groupes qui se ré­clament du communisme. C'est une raison supplémentaire pour com­battre fermement de tels bavardages.

La prétendue « disparition » de la classe ouvrière

Les « théories » bourgeoises sur la « disparition du prolétariat » ont déjà une longue histoire. Pendant plusieurs décennies, elles se sont basées sur le fait que le niveau de vie des ouvriers connaissait une cer­taine amélioration. La possibilité pour ces derniers d'acquérir des biens de consommation qui, aupa­ravant étaient réservés à la bour­geoisie ou à la petite bourgeoisie, était sensée illustrer la disparition de la condition ouvrière. Déjà, à l'époque, ces « théories » ne te­naient pas debout : lorsque l'automobile, la télévision ou le ré­frigérateur deviennent, grâce à l'ac­croissement de la productivité du travail humain, des marchandises relativement bon marché, lorsque, en outre, ces objets se font indispensables de par l'évolution du cadre de vie qui est celui des ou­vriers ([1]), le fait de les posséder ne signifie nullement qu'on se soit dé­gagé de la condition ouvrière ou même qu'on soit moins exploité. En réalité, le degré d'exploitation de la classe ouvrière n'a jamais été déterminé par la quantité ou la na­ture des biens de consommation dont elle peut disposer à un mo­ment donné. Depuis longtemps, Marx et le marxisme ont apporté une réponse à cette question : le pouvoir de consommation des sala­riés correspond au prix de leur force de travail, c'est-à-dire à la quantité de biens nécessaire à la reconstitution de cette dernière. Ce que vise le capitaliste, en versant un salaire à l'ouvrier, c'est de faire en sorte que celui-ci poursuive sa par­ticipation au processus productif dans les meilleures conditions de rentabilité pour le capital. Cela suppose que le travailleur, non seulement puisse se nourrir, se vê­tir, se loger, mais aussi se reposer et acquérir la qualification nécessaire à la mise en oeuvre de moyens de production en constante évolution.

C'est pour cela que l'instauration de congés payés et l'augmentation de leur durée, qu'on a pu constater au cours du 20e siècle dans les pays développés, ne correspondent nul­lement à une quelconque « philantropie » de la bourgeoisie. Elles sont rendues nécessaires par la formi­dable augmentation de la producti­vité du travail, et donc des ca­dences de celui-ci, comme de l'ensemble de la vie urbaine, qui caractérise cette même période. De même, ce qu'on nous présente comme une autre manifestation de sollicitude de la classe dominante, la disparition (relative) du travail des enfants et l'allongement de la scolarité, relève essentiellement (avant que ce dernier ne soit devenu aussi un moyen de masquer le chô­mage) de la nécessité, pour le capi­tal, de disposer d'une main d'oeuvre adaptée aux exigences de la production dont la technicité ne cesse de croître. D'ailleurs, dans «l'augmentation» du salaire tant vantée par la bourgeoisie, notam­ment depuis la seconde guerre mondiale, il faut prendre en consi­dération le fait que les ouvriers doi­vent entretenir leurs enfants pen­dant une durée beaucoup plus longue que par le passé. Lorsque les enfants allaient travailler à 12 ans ou moins, ils rapportaient pen­dant plus d'une dizaine d'années, avant qu'ils ne fondent un nouveau foyer, un revenu d'appoint dans la famille ouvrière. Avec une scolarité portée à 18 ans, un tel appoint dis­paraît pour l'essentiel. En d'autres termes, les « augmentations » sala­riales sont aussi, et en très grande partie, un des moyens par lesquels le capitalisme prépare la relève de la force de travail aux conditions nouvelles de la technologie.

En réalité, même si, pendant un certain temps, le capitalisme des pays les plus développés a pu don­ner l'illusion d'une réduction du ni­veau d'exploitation de ses salariés, ce n'était qu'une apparence. Dans les faits, le taux d'exploitation, c'est-à-dire le rapport entre la plus-value produite par l'ouvrier et le salaire qu'il reçoit ([2]), n'a cessé de s'accroître. C'est pour cela que Marx parlait déjà d'une paupérisa­tion « relative » de la classe ouvrière comme tendance permanente au sein du capitalisme. Durant ce que la bourgeoisie a baptisé « les trente glorieuses» (les années de relative prospérité du capitalisme corres­pondant à la reconstruction du se­cond après-guerre), l'exploitation des ouvriers a augmenté de façon continue, même si cela ne se tradui­sait pas par une baisse de leur ni­veau de vie. Ceci dit, ce n'est plus de paupérisation simplement rela­tive qu'il est question aujourd'hui. Les « améliorations » du revenu des ouvriers ne sont plus de mises par les temps qui courent et la paupérisa­tion absolue, dont les chantres de l'économie bourgeoise avaient an­noncé la disparition définitive, a fait un retour en force dans les pays les plus « riches ». Alors que la poli­tique de tous les secteurs nationaux de la bourgeoisie, face à la crise, est de porter des coups brutaux au niveau de vie absolu des prolé­taires, par le chômage, la réduction drastique des prestations «socia­les » et même les baisses du salaire nominal, les bavardages sur la « so­ciété de consommation » et sur « l’embourgeoisement » de la classe ouvrière se sont éteints d'eux-mêmes. C'est pour cela que, main­tenant, le discours sur « l’extinction du prolétariat» a changé d'arguments et que, de plus en plus, il porte principalement sur les modi­fications qui affectent les diffé­rentes parties de la classe ouvrière et notamment sur la réduction des effectifs industriels, de la propor­tion des ouvriers « manuels » dans la masse totale des travailleurs sala­riés.

De tels discours reposent sur une grossière falsification du marxisme. Celui-ci n'a jamais identifié le pro­létariat avec le seul prolétariat in­dustriel ou « manuel » (les « cols bleus »). C'est vrai que, du temps de Marx, les plus gros bataillons de la classe ouvrière étaient constitués par les ouvriers dits «manuels». Mais, de tous temps, il a existé au sein du prolétariat des secteurs qui faisaient appel à une technologie sophistiquée ou à des connais­sances intellectuelles importantes. Par exemple certains métiers tradi­tionnels, tels que les pratiquaient les « compagnons », nécessitaient un long apprentissage. De même, des métiers comme correcteur d'imprimerie, faisaient appel à des études non négligeables assimilant ceux qui le pratiquaient à des «travailleurs intellectuels». Cela n'a pas empêché ce secteur du prolétariat de se trouver souvent à l'avant-garde des luttes ouvrières. En fait, l'opposition entre « cols bleus » et « cols blancs » correspond à un découpage comme les affec­tionnent les sociologues et leurs employeurs bourgeois et qui est destiné à diviser les rangs ouvriers. C'est d'ailleurs pour cela que cette opposition n'est pas nouvelle, la classe dominante ayant compris depuis longtemps l'intérêt qu'il pouvait y avoir pour elle de faire croire à beaucoup d'employés qu'ils n'appartiennent pas à la classe ouvrière. En réalité, l'appar­tenance à la classe ouvrière ne re­lève pas de critères sociologiques, et encore moins idéologiques : l'idée que se fait de sa condition tel ou tel prolétaire, ou même l'ensemble d'une catégorie de pro­létaires. Ce sont fondamentalement des critères économiques qui dé­terminent cette appartenance.

Les critères d'appartenance à la classe ouvrière

Fondamentalement, le prolétariat est la classe exploitée spécifique des rapports de production capita­listes. Il en découle, comme nous l'avons vu dans la première partie de cet article, les critères suivants : « A grands traits... le fait d'être privé de moyens de production et d'être contraint, pour vivre, de vendre sa force de travail à ceux qui les détiennent et qui mettent à profit cet échange pour s'accaparer une plus-value,  détermine l'appartenance à la   classe   ouvrière». Cependant, face à toutes les falsifications qui, de façon intéressée, ont été introduites sur cette question, il est nécessaire de préciser ces critères.

En premier lieu, il faut remarquer que, s'il est nécessaire d'être salarié pour  appartenir  à la classe  ou­vrière, ce n'est pas suffisant : sinon, les flics, les curés, certains PDG dé grandes entreprises (en particulier ceux des entreprises publiques) et même les ministres seraient des ex­ploités et, potentiellement, des ca­marades de combat de ceux qu'ils répriment, abrutissent, font trimer ou qui ont un revenu dix ou cent fois moindre ([3]). C'est pour cela qu'il est indispensable de signaler qu'une des caractéristiques du prolétariat est de produire de la plus-value. Cela signifie notamment deux choses : le revenu d'un prolétaire n'excède pas un certain niveau ([4]) au delà duquel il ne peut provenir que de la plus-value extorquée à d'autres travailleurs ; un prolétaire est un producteur réel de plus-value et non pas un agent salarié du capital ayant pour fonction de faire régner l'ordre capitaliste parmi ces producteurs.

Ainsi, au sein du personnel d'une entreprise,   certains   cadres   techniques  (et  même  des   ingénieurs d'études) dont le salaire n'est pas éloigné de celui d'un ouvrier quali­fié, appartiennent à la même classe que ce dernier, alors que ceux dont le revenu s'apparente plutôt à celui du patron (même s'ils n'ont pas de rôle dans l'encadrement de la main-d'oeuvre) n'en font pas partie. De même, dans cette entreprise, tel ou tel «petit chef» ou « agent de sécu­rité», dont le salaire peut être moindre que celui d'un technicien ou même d'un ouvrier qualifié mais dont le rôle est celui d'un « kapo » du bagne industriel, ne peut pas être considéré comme appartenant au prolétariat.

D'un autre côté, l'appartenance à la classe ouvrière n'implique pas une participation directe et immé­diate à la production de plus value. L'enseignant qui éduque le futur producteur, l'infirmière - ou même le médecin salarié (dont il arrive maintenant que le revenu soit moindre que celui d'un ouvrier qualifié) - qui « répare » la force de travail des ouvriers (même si, en même temps, elle soigne aussi des flics, des curés ou des responsables syndicaux, voire des ministres) ap­partient incontestablement à la classe ouvrière au même titre qu'un cuisinier dans une cantine d'entreprise. Evidemment, cela ne veut pas dire que ce soit aussi le cas pour le mandarin de l'université ou pour l'infirmière qui s'est mise à son compte. Il est cependant né­cessaire de préciser que le fait que les membres du corps enseignant, y compris les instituteurs (dont la si­tuation économique n'est vraiment pas reluisante, en général), soient consciemment ou inconsciemment, volontairement ou non, des véhi­cules des valeurs idéologiques bourgeoises, ne les exclut pas de la classe exploitée et révolutionnaire, pas plus, non plus, que les ouvriers métallurgistes qui produisent des armes ([5]). D'ailleurs on peut constater que, tout au long de l'histoire du mouvement ouvrier, les enseignants (particulièrement les instituteurs) ont fourni une quantité importante de militants révolutionnaires. De même, les ou­vriers des arsenaux de Kronstadt faisaient partie de l'avant-garde de la classe ouvrière lors de la révolu­tion russe de 1917.

Il faut également réaffirmer que la grande majorité des employés ap­partient aussi à la classe ouvrière. Si on prend le cas d'une administra­tion comme la poste, personne ne s'aviserait de prétendre que les mé­caniciens qui entretiennent les ca­mions postaux et ceux qui les conduisent, de même que ceux qui transbordent des sacs de courrier n'appartiennent pas au prolétariat. Partant de là, il n'est pas difficile de comprendre que leurs cama­rades qui distribuent les lettres ou qui travaillent derrière les guichets pour affranchir des colis ou payer des mandats se trouvent dans la même situation. C'est pour cela que les employés de banque, les agents des compagnies d'assuran­ce, les petits fonctionnaires des caisses de sécurité sociale ou des impôts, dont le statut est tout à fait équivalent à celui des précédents, appartiennent également à la classe ouvrière. Et on ne peut même pas arguer que ces derniers auraient des conditions de travail meilleures que celles des ouvriers de l'industrie, un ajusteur ou un fraiseur, par exemple. Travailler toute une jour­née derrière un guichet ou devant un écran d'ordinateur n'est pas moins pénible que d'actionner une machine-outil, même si on ne s'y salit pas les mains. En outre, ce qui constitue un des facteurs objectifs de la capacité du prolétariat, tant de mener sa lutte de classe, que de renverser le capitalisme, le carac­tère associé de son travail, n'est nullement remis en cause par les conditions modernes de la produc­tion. Au contraire, il ne cesse de s'accentuer.

De même, avec l'élévation du ni­veau technologique de la produc­tion, cette dernière fait appel à un nombre croissant de ce que la so­ciologie et les statistiques nomment les « cadres » (techniciens ou même ingénieurs) dont la plupart, comme on l'a signalé plus haut, voient ainsi leur statut social, et même leur re­venu, se rapprocher de celui des ouvriers qualifiés. Il ne s'agit nul­lement, dans ce cas, d'un phéno­mène de disparition de la classe ou­vrière au détriment des « couches moyennes» mais bien d'un phéno­mène de prolétarisation de celles-ci ([6]). C'est pour cela que les discours sur la « disparition du prolétariat », qui résulterait du nombre croissant d'employés ou de « cadres » par rap­port au nombre d'ouvriers «ma­nuels» de l'industrie, n'ont d'autre fondement que de tenter de mysti­fier ou démoraliser les uns et les autres. Que les auteurs de ces dis­cours y croient ou non ne change rien à l'affaire : ils peuvent servir efficacement la bourgeoisie tout en étant des crétins incapables de se demander qui a fabriqué le stylo avec lequel ils écrivent leurs âneries.

La prétendue « crise » de la classe ouvrière

Pour démoraliser les ouvriers, la bourgeoisie ne met pas tous ses oeufs dans le même panier. C'est pour cela qu'à l'adresse de ceux qui ne marchent pas dans ses cam­pagnes sur la « disparition de la classe ouvrière » elle serine que cette dernière est «en crise». Et un des arguments qui se veut décisif pour faire la preuve de cette crise c'est la perte d'audience qu'ont subi les syndicats au cours des deux der­nières décennies. Dans le cadre de cet article, nous ne reviendrons pas sur notre analyse démontrant la na­ture bourgeoisie du syndicalisme sous toutes ses formes. En fait, c'est l'expérience quotidienne de la classe ouvrière, le sabotage systé­matique de ses luttes par les organi­sations qui prétendent la « défen­dre», qui se charge, jour après jour, de faire cette démonstration ([7]). Et c'est justement cette expérience des ouvriers qui est la pre­mière responsable de leur rejet des syndicats. En ce sens, ce rejet n'est pas une «preuve» d'une quelconque crise de la classe ouvrière, mais au contraire, et avant tout, une manifestation d'une prise de conscience en son sein. Une illustration de ce fait, parmi des milliers, nous est donnée par l'attitude des ouvriers lors de deux mouvements de grande ampleur qui ont affecté le même pays, la France, à trois décennies d'intervalle. A la fin des grèves de mai-juin 1936, alors que nous nous trouvons au creux de la contre-révolution qui a suivi la vague révolu­tionnaire mondiale du premier après-guerre, les syndicats bénéfi­cient d'un mouvement d'adhésion sans précédent. En revanche, la fin de la grève généralisée de mai 1968, qui signe la reprise historique des combats de classe et la fin de cette période de contre-révolution, est marquée par de nombreuses démis­sions des syndicats, par des mon­ceaux de cartes déchirées.

L'argument de la désyndicalisation comme preuve des difficultés que peut rencontrer le prolétariat est un des plus sûrs indices de l'appartenance au camp bourgeois de celui qui l'utilise. Il en est exac­tement de même que pour la pré­tendue nature «socialiste» des ré­gimes staliniens. L'histoire a mon­tré, notamment avec la seconde guerre mondiale, l'ampleur des ra­vages sur les consciences ouvrières de ce mensonge promu par tous les secteurs de la bourgeoisie, de droite, de gauche et d'extrême gauche (staliniens et trotskistes). Ces dernières années, on a pu voir comment l'effondrement du stali­nisme a été utilisé comme «preuve » de la faillite définitive de toute perspective communiste. Le mode d'emploi du mensonge sur la « nature ouvrière des syndicats » est en bonne partie similaire : dans un premier temps, il sert à embrigader les ouvriers derrière l'Etat capita­liste ; dans un deuxième temps, on tente d'en faire un instrument pour les démoraliser et les désorienter. Il existe cependant une différence dans l'impact de ces deux men­songes : parce qu'elle ne résultait pas des luttes ouvrières, la faillite des régimes staliniens a pu être uti­lisée avec efficacité contre le prolétariat ; en revanche, le discrédit des syndicats résulte, pour l'essentiel, de ces mêmes luttes ouvrières, ce qui en limite grandement l'impact comme facteur de démoralisation. C'est bien pour cette raison, d'ailleurs, que la bourgeoisie a fait surgir un syndicalisme « de base » chargé de prendre la relève du syn­dicalisme traditionnel. C'est pour cette raison, également, qu'elle fait la promotion d'idéologues, aux al­lures plus «radicales», chargés de délivrer le même type de message.

C'est ainsi qu'on a pu voir fleurir, et promues dans la presse ([8]), des analyses comme celles du sieur Alain Bihr, docteur en sociologie et auteur, entre autres, d'un livre inti­tulé : «Du grand soir à l'alternati­ve : la crise du mouvement ouvrier européen». En soi, les thèses de ce personnage ne présentent pas un grand intérêt. Cependant, le fait que celui-ci grenouille, depuis quelques temps, dans des milieux qui se réclament de la gauche communiste, lesquels, pour certains, n'ont pas peur de reprendre à leur compte (de façon « critique », évidemment) ses « analyses » ([9]), nous incite à relever le danger que représentent ces dernières.

Monsieur Bihr se présente comme un « vrai » défenseur des intérêts ouvriers. C'est pour cela qu'il ne prétend pas que la classe ouvrière serait en voie de disparition. Au contraire, il commence par affirmer que : « ... les frontières du prolétariat s'étendent aujourd'hui bien au-delà du traditionnel "monde ouvrier" ». Cependant, c'est pour mieux faire passer son message central : « Or, au cours d'une quinzaine d'années de crise, en France comme dans la plupart des pays occidentaux, on a assisté à une fragmentation croissante du prolétariat, qui, en mettant en cause son unité, a tendu à le paralyser en tant que force sociale. »([10])

Ainsi, le propos principal de notre auteur est de démontrer que le prolétariat « est en crise » et que le responsable de cette situation est la crise du capitalisme lui-même, cause à laquelle il faut ajouter, évi­demment, les modifications socio­logiques qui ont affecté la composi­tion de la classe ouvrière : « En fait, les transformations en cours du rap­port salarial, avec leurs effets glo­baux de fragmentation et de "démassification" du prolétariat, [...] tendent à dissoudre les deux figures prolétariennes qui lui ont fourni ses gros bataillons durant la période for dis te : d'une part, celle de l'ouvrier professionnel, que les transformations actuelles remanient profondément, les anciennes catégo­ries d'OP liées au fordisme tendant à disparaître tandis que de nouvelles catégories de "professionnels" ap­paraissent en liaison avec les nou­veaux procès de travail automati­sés ; d'autre part, celle de l'ouvrier spécialisé, fer de lance de l'offensive prolétarienne des années 60 et 70, les OS se trouvant progressivement éliminés et remplacés par des tra­vailleurs précaires à l'intérieur de ces mêmes procès de travail auto­matisés. »([11]) Au delà du langage pédant (qui transporte de plaisir les petits bourgeois qui se prennent pour des « marxistes »), Bihr nous ressort les mêmes poncifs que nous ont déjà infligés des générations de sociologues : l'automatisation de la production serait responsable de l'affaiblissement du prolétariat (comme il se veut « marxiste », il ne dit pas la « disparition »), etc. Et il leur emboîte également le pas en prétendant que la désyndicalisation serait elle aussi un signe de la « crise de la classe ouvrière » puisque : « Toutes les études effectuées sur le développement du chômage et de la précarité montrent que ceux-ci ten­dent à réactiver et à renforcer les an­ciennes divisions et inégalités au sein du prolétariat (...). Cet éclatement en des statuts aussi hétérogènes a eu des effets désastreux sur les conditions d'organisation et de lutte. En témoigne d'abord l'échec des diffé­rentes tentatives menées, notam­ment par le mouvement syndical, pour organiser précaires et chô­meurs, ...;»([12]) Ainsi, derrière ses phrases plus radicales, derrière son prétendu «marxisme», Bihr nous ressort la même camelote frelatée que celle qui nous est servie par tous les secteurs de la bourgeoisie : les syndicats seraient encore au­jourd'hui des « organisations du mouvement ouvrier. »([13])

Voilà chez quel type de « spécialistes » des gens comme GS et des publications comme Pers­pective Internationaliste (PI), qui accueille avec sympathie ses écrits, tirent leur inspiration. Il est vrai que Bihr, qui malgré tout est malin, prend soin,  pour faire passer en contrebande sa marchandise, de prétendre que le prolétariat sera capable de surmonter, malgré tout, ses difficultés actuelles en parve­nant à se « recomposer ». Mais la fa­çon dont il le dit tend plutôt à convaincre du contraire : « Les transformations du rapport salarial lancent ainsi un double défi au mouvement ouvrier : elles le contraignent simultanément à s'adapter à une nouvelle base sociale (à une nouvelle composition "technique" et "politi­que" de la classe) et à faire la syn­thèse entre des catégories aussi hété­rogènes a priori que celles des "nou­veaux professionnels" et des "pré­caires", synthèse beaucoup plus dif­ficile à réaliser que celle entre OS et OP pendant la période fordiste » ([14]) «L'affaiblissement pratique du prolétariat et du sentiment d'appar­tenance de classe peut ainsi ouvrir la voie à la recomposition d'une identité collective imaginaire sur d'autres bases. »([15])

Ainsi, après des tonnes d'argu­ments, pour la plupart spécieux, destinés à convaincre le lecteur que tout va mal pour la classe ouvrière, après avoir «démontré» que les causes de cette « crise » sont à rechercher dans l'automatisation du travail ainsi que dans l'effondrement de l'économie capi­taliste et la montée du chômage, tous phénomènes qui ne pourront que s'aggraver, on finit par affir­mer, de façon lapidaire et sans le moindre argument : « Cela ira mieux... peut-être! Mais c'est un défi très difficile à relever. » Si après avoir gobé les sornettes de Bihr on continue de penser qu'il existe en­core un futur pour le prolétariat et pour sa lutte de classe, c'est qu'on est un optimiste béat et indécrotable. Bien joué, Docteur Bihr : vos grosses ficelles ont attrapé les niais qui publient PI et qui se présentent comme les véritables défenseurs des principes communistes que le CCI aurait jetés aux orties.

C'est vrai que la classe ouvrière a rencontré au cours de ses dernières années un certain nombre de diffi­cultés pour développer ses luttes et sa conscience. Pour notre part, et contrairement aux reproches que nous font les sceptiques de service (qu'ils s'appellent la FECCI -ce qui est bien dans son rôle de semeur de confusion - mais aussi Battaglia Comunista - ce qui l'est moins, puisqu'il s'agit d'une organisation du milieu politique prolétarien -) nous n'avons jamais hésité à signa­ler ces difficultés. Mais en même temps, et c'est la moindre des choses qu'on puisse attendre des révolutionnaires, nous avons, sur la base d'une analyse de l'origine des difficultés que rencontre le proléta­riat, mis en évidence les conditions permettant leur dépassement. Et lorsqu'on examine un tant soit peu sérieusement l'évolution des luttes ouvrières au cours de la dernière décennie, il saute aux yeux que leur affaiblissement actuel ne saurait s'expliquer par la diminution des effectifs des ouvriers « tradition­nels », des « cols bleus ». Ainsi, dans la plupart des pays, les travailleurs des postes et télécommunications sont parmi les plus combatifs. Il en est de même des travailleurs de la santé. En 1987, en Italie, ce sont les travailleurs de l'école qui ont mené les luttes les plus importantes. Et nous pourrions ainsi multiplier les exemples qui viennent illustrer le fait que, non seulement le proléta­riat ne se limite pas aux «cols bleus », aux ouvriers « tradition­nels » de l'industrie, mais que la combativité ouvrière non plus. C'est pour cela que nos analyses ne se sont pas focalisées sur des consi­dérations sociologiques bonnes pour universitaires ou petits-bour­geois en mal d'interprétation non pas du « malaise » de la classe ou­vrière, mais de leur propre malaise.

Les difficultés réelles de la classe ouvrière et les conditions de leur dépassement

Nous ne pouvons pas revenir, dans le cadre de cet article, sur l'ensemble des analyses de la situa­tion internationale que nous avons faites tout au long des dernières an­nées. Le lecteur pourra les retrou­ver dans pratiquement tous les numéros de notre Revue au cours de cette période et particulièrement dans les thèses et résolutions adop­tées par notre organisation depuis 1989 ([16]). Les difficultés que traverse aujourd'hui le prolétariat, le recul de sa combativité et de la conscience en son sein, difficultés sur lesquelles s'appuient certains pour diagnostiquer une « crise » de la    classe    ouvrière,    n'ont    pas échappé au CCI. En particulier, nous avons mis en évidence que, tout au long des années 1980, celle-ci à été confrontée au poids crois­sant de la décomposition générali­sée de la société capitaliste qui, en favorisant le désespoir, l'atomisation, le « chacun pour soi», a porté des coups importants à la perspective générale de la lutte prolétarienne et à la solidarité de classe, ce qui a facilité, en particulier, les manoeuvres syndicales visant à enfermer les luttes ouvrières dans le corporatisme. Cependant, et c'était une manifestation de la vitalité du combat de classe, ce poids permanent de la décomposition n'a pas réussi, jusqu'en 1989, à venir à bout de la vague de combats ouvriers qui avait débuté en 1983 avec les grèves du secteur public en Belgique. Bien au contraire, durant cette période, nous avions assisté à un débordement croissant des syndicats qui avaient dû, pour le travail de sabotage des luttes, laisser le devant de la scène de plus en plus souvent à un syndicalisme « de base », plus radical. ([17])

Cette vague de luttes prolétariennes allait cependant être engloutie par les bouleversements planétaires qui se sont succédés à partir de la se­conde moitié de 1989. Alors que certains, en général les mêmes qui n'avaient rien vu des luttes ou­vrières du milieu des années 1980, estimaient que l'effondrement, en 1989, des régimes staliniens d'Europe (qui constitue, à ce jour, la manifestation la plus importante de la décomposition du système capitaliste) allait favoriser la prise de conscience de la classe ouvrière, nous n'avons pas attendu pour an­noncer le contraire ([18]). Par la suite, notamment en 1990-91, lors de la crise et de la guerre du Golfe puis du putsch de Moscou suivi de l'effondrement de l'URSS, nous avons relevé que ces événements allaient affecter également la lutte de classe, la capacité du prolétariat à faire face aux attaques croissantes que le capitalisme en crise allait lui asséner.

C'est pour cela que les difficultés traversées par la classe au cours de la dernière période n'ont pas échappé, ni surpris, notre organisation. Cependant, en analysant leurs causes véritables (qui ont peu de chose à voir avec un mythique besoin de « recomposition de la classe ouvrière ») nous avons, en même temps, mis en évidence les raisons pour lesquelles la classe ouvrière avait aujourd'hui les moyens de dépasser ces difficultés.

A ce sujet, il est important de reve­nir sur un des arguments du sieur Bihr pour accréditer l'idée d'une crise de la classe ouvrière : la crise et le chômage ont «fragmenté le prolétariat» en «renforçant les an­ciennes divisions et inégalités» en son sein. Pour illustrer son propos, et « charger la barque », Bihr nous fait le catalogue de tous ces «fragments» : «les travailleurs stables et garantis », « les exclus du travail, voire du marché du travail », « la masse flottante des travailleurs précaires». Et, dans cette dernière, il se délecte à distinguer des sous-catégories : « les travailleurs des entreprises travaillant en sous-trai­tance et en régie », « les travailleurs à temps partiel », «les travailleurs temporaires », «les stagiaires » et « les travailleurs de l'économie sou­terraine. »([19]) en fait, ce que le doc­teur Bihr nous présente comme un argument n'est pas autre chose qu'un constat photographique, ce qui cadre tout à fait avec sa vision réformiste ([20]). C'est vrai que, dans un premier temps, la bourgeoisie a mené ses attaques contre la classe ouvrière de façon sélective de façon à limiter l'ampleur des ripostes de cette dernière. C'est vrai également que le chômage, et particulière­ment celui des jeunes, a constitué un facteur de chantage sur certains secteurs du prolétariat et, partant, de passivité tout en accentuant l'action délétère de l'ambiance de décomposition sociale et de «chacun pour soi». Cependant, la crise elle-même, et son aggravation inexorable, se chargeront de plus en plus d'égaliser par le bas la condition des différents secteurs de la classe ouvrière. En particulier, les secteurs «de pointe» (informatique, télécommunica­tions, etc.) qui avaient paru échap­per à la crise, sont aujourd'hui frappés de plein fouet, jetant leurs travailleurs dans la même situation que ceux de la sidérurgie ou de l'automobile. Et ce sont mainte­nant les plus grandes entreprises (telles IBM) qui licencient en masse. En même temps, contraire­ment à la tendance de la décennie passée, le chômage des travailleurs d'âge mûr, qui ont déjà une expé­rience collective de travail et de lutte, augmente aujourd'hui plus vite que celui des jeunes, ce qui tend à limiter le facteur d'atomisation qu'il avait représenté par le passé.

Ainsi, même si la décomposition constitue un handicap pour le dé­veloppement des luttes et de la conscience dans la classe, la faillite de plus en plus évidente et brutale de l'économie capitaliste, avec le cortège d'attaques qu'elle implique contre les conditions d'existence du prolétariat, constitue l'élément dé­terminant de la situation actuelle pour la reprise des luttes et de la marche de celui-ci vers sa prise de conscience. Evidemment, on ne peut comprendre cela si l'on pense, comme l'affirme l'idéologie réfor­miste qui se refuse à envisager la moindre perspective révolution­naire, que la crise capitaliste pro­voque une « crise de la classe ou­vrière». Mais, encore une fois, les événements eux-mêmes se sont chargés de souligner la validité du marxisme et l'inanité des élucubrations des sociologues. Les luttes formidables du prolétariat d'Italie, à l'automne 1992, face à des at­taques économiques d'une violence sans précédent, ont, une fois de plus, démontré que le prolétariat n'était pas mort, qu'il n'avait pas disparu et qu'il n'avait pas renoncé à la lutte, même si, comme on pou­vait s'y attendre, il n'avait pas en­core fini de digérer les coups qu'il avait reçus dans les années précé­dentes. Et ces luttes ne sont pas destinées à rester des feux de paille. Elles ne font qu'annoncer (comme l'avaient fait les luttes ouvrières de mai 1968, il y a juste un quart de siècle, en France) un renouveau gé­néral de la combativité ouvrière, une reprise de la marche en avant du prolétariat vers la prise de conscience des conditions et des buts de son combat historique pour l'abolition du capitalisme. N'en déplaise à tous ceux qui se lamen­tent, sincèrement ou hypocrite­ment, sur la « crise de la classe ou­vrière » et sa « nécessaire recomposi­tion».

FM.



[1] L'automobile est indispensable pour aller à son travail ou pour faire des achats lorsque les transports en commun sont insuffisants et que les distances à parcourir deviennent de plus en plus considérables. On ne peut se passer d'un réfrigérateur lorsque le seul moyen d'acquérir de la nourriture bon mar­ché est de l'acheter dans des grandes sur­faces, ce qu'on ne peut faire tous les jours. Quant à la télévision, qui fut présentée comme le symbole de l'accession à la «société de consommation », outre l'intérêt qu'elle présente comme instrument de pro­pagande et d'abrutissement entre les mains de la bourgeoisie (comme «opium du peuple», elle a remplacé avantageusement la religion), on la trouve aujourd'hui dans beaucoup de logis des bidonvilles du tiers-monde, ce qui en dit long sur la dévalorisa­tion d'un tel article

[2] Marx appelait taux de plus-value ou taux d'exploitation le rapport P1/V où PI repré­sente la plus-value en valeur-travail (le nombre d'heures de la journée de travail que le capitaliste s'approprie) et le capital va­riable, c'est-à-dire le salaire (le nombre d'heures pendant lesquelles l'ouvrier produit l'équivalent en valeur de ce qu'il reçoit). C'est un indice qui permet de déterminer en termes économiques objectifs, et non sub­jectifs, l'intensité réelle de l'exploitation.

[3] Evidemment, cette affirmation va à rencontre des mensonges proférés par tous les prétendus « défenseurs de la classe ouvrière », comme les socio-démocrates ou les staliniens, qui ont une longue expérience tant de la répression et de la mystification           des ouvriers que des cabinets ministériels. Lorsqu'un ouvrier « sorti du rang » accède au poste de cadre syndical, de conseiller municipal, voire de maire, de député ou de ministre, il n'a plus rien à voir avec sa classe d'origine.

[4] Il est évidemment très difficile (sinon impossible) de déterminer ce niveau, lequel peut être variable dans le temps ou d'un pays à l'autre. L'important est de savoir que, dans chaque pays (ou ensemble de pays similaires du point de vue du développement économique et de la productivité du travail), il existe un tel seuil qui se situe entre le salaire de l'ouvrier qualifié et celui du cadre supérieur.

[5] Pour une analyse plus développée sur tra­vail productif et travail improductif, on pourra se reporter à notre brochure <r La dé­cadence du capitalisme » (pages 78-84 dans la version en français).

[6] Il faut cependant noter qu'en même temps, une certaine proportion des cadres voit ses revenus augmenter ce qui débouche sur son intégration dans la classe dominante.

[7] Pour une analyse développée de la nature bourgeoise des syndicats, voir notre bro­chure «Les syndicats contre la classe ou­vrière».

[8] Par exemple Le Monde Diplomatique, un mensuel humaniste français, spécialisé dans la promotion d'un capitalisme <r à visage hu­main», publie fréquemment des articles d'Alain Bihr. Ainsi, dans sa livraison de mars 91, on peut y trouver un texte de cet au­teur intitulé « Régression des droits sociaux, affaiblissement des syndicats, le prolétariat dans tous ses éclats ».

[9] C'est ainsi que dans le n°22 de Perspective Internationaliste, organe de la <r Fraction ex­ terne (sic!) du CCI», on peut lire une contribution de GS (qui, sans que son auteur ne soit membre de la FECCI, rencontre, pour l'essentiel, l'assentiment de celle-ci) intitulée «La nécessaire recomposition du prolétariat» et qui cite longuement le livre phare de Bihr pour étayer ses assertions.

[10] Le Monde Diplomatique, mars 1991.

[11] « Du Grand Soir... »

[12] Le Monde Diplomatique, mars 1991.

[13] Le Monde Diplomatique, mars 1991.

[14] « Du grand soir...»

[15] Le Monde Diplomatique, mars 1991.

[16] Voir la Revue Internationale n° 60,  63, 67, 70, et ce numéro.

[17] Evidemment, si l'on considère, comme le Docteur Bihr, que les syndicats sont des organes de la classe ouvrière et non de la bourgeoisie, les progrès accomplis par la lutte de classe se convertissent en une ré­gression. Il est toutefois curieux que des gens, tels les membres de la FECCI, qui of­ficiellement reconnaissent la nature bour­geoise des syndicats, lui emboîtent le pas dans cette appréciation.

[18] Voir « Des difficultés accrues pour le pro­létariat » dans la Revue Internationale n° 60.

[19] Le Monde Diplomatique, mars 1991.

[20] D'ailleurs, une des phrases favorites d'Alain Bihr est que «  le réformisme est une chose trop sérieuse pour la laisser aux réfor­mistes». Si par hasard il se prenait pour un révolutionnaire, nous tenons ici à le dé­tromper.