MARC : II - De la deuxième guerre mondiale à la période actuelle

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La première partie de cet article, parue dans le numéro précédent de la Revue Internatio­nale, en hommage à notre camarade Marc disparu en décembre 1990, évoquait la période de 1917 à la fin de la deuxième guerre mondiale.

«Marc appartenait à la toute petite minorité de militants communistes qui a survécu et résisté à la terrible contre-révolution qui s'est abattue sur la classe ouvrière entre les années 1920 et les années 1960, tels Anton Pannekoek, Henk Canne-Meijer, Amadeo Bordiga, Onorato Damen, Paul Mattick, Jan Appel ou Munis. De plus, outre sa fidélité indé­fectible à la cause du communisme, il a su à la fois conserver sa pleine confiance dans les capacités révolutionnaires du prolétariat, faire bénéficier les nouvelles générations de militants de toute son expérience passée, et ne pas rester enfermé dans les analyses et positions dont le cours de l'histoire exi­geait le dépassement. En ce sens, toute son activité de militant constitue un exemple concret de ce que le marxisme veut dire : la pensée vivante, en constante élaboration, de la classe révolutionnaire, porteuse de l'avenir de l'humanité. » (Revue Internationale, n°65)

Cette deuxième partie retrace l'activité de notre camarade au sein de la Gauche communiste de France puis lors de la dernière période de sa vie où sa contribution a été décisive dans la constitution et le développement du CCI.

« INTERNATIONALISME »

La Gauche Communiste de France (GCF) tient sa deuxième conférence en juillet 1945. Elle adopte un rapport sur la situation internationale rédigé par Marc (republié dans la Revue Internationale, n°59, 4e trimestre 1989) qui fait un bilan global des années de guerre. Tout en rappelant les positions classiques du marxisme sur la question de l'impérialisme et de la guerre, notamment face aux aberrations développées par Vercesi, ce document constitue un réel approfon­dissement dans la compréhension des principaux problèmes affrontés par la classe ouvrière dans la décadence du capitalisme. Ce rapport est à l'image de toute la contribution qui sera apportée par la GCF à la pensée révolutionnaire et dont les différents articles publiés dans sa revue théorique. Internationalisme, nous donnent une idée ([1]). En effet, L'Etincelle cesse d'être publiée fin 1946. C'est la conséquence de la compréhension par la GCF que ses prévisions d'une sortie révolutionnaire de la guerre impérialiste (à l'image de ce qui s'était passé au cours de la première guerre mondiale) ne se sont pas réalisées. Grâce aux leçons qu'elle a tirées du passé, comme la Fraction le craignait dès 1943, la bourgeoisie des pays "vainqueurs" a réussi à empêcher un surgissement du prolétariat. La "Libération" ne constitue pas un marchepieds pour la révolution, mais au contraire, un des sommets de la contre-révolution. La GCF en tire les conséquences et estime que la constitution du parti n'est pas à l'ordre du jour de même que n'est pas a l'ordre du jour l'agitation dans la classe ouvrière dont L'Etincelle se voulait un des outils. C'est un travail comparable à celui de Bilan qui attend les révolutionnaires. C'est pour cela que la GCF se consacre désormais à un effort de clarification et de discussion théorique-politique à l'inverse du PCInt qui, durant des années, sera agité par un activisme fébrile qui aboutira à la scission de 1952 entre la ten­dance de Damen, plus activiste, et celle de Bordiga (avec qui se retrouve Vercesi). Cette dernière ten­dance se replie complètement dans le sectarisme et dans une prétendue invariance (en fait, une véritable fossilisation des positions de la Gauche communiste de 1926) qui seront la marque du Parti communiste international qui publie Programma Comunista. De son côté, le PCInt de Damen (qui, majoritaire, a conservé les publications Battaglia Comunista et Prometeo), auquel on ne peut pas reprocher un tel sectarisme à cette époque, se lance dans toute une série de tentatives de conférences et d'activités en commun avec des courants non prolétariens tels les trotskistes et les anarchistes.

Pour sa part, la GCF a maintenu l'esprit d'ouverture qui avait caractérisé la Gauche italienne avant et au cours de la guerre. Mais, contrairement au PCInt qui s'ouvre aux quatre vents et n'est pas très regardant sur la nature de ses fréquentations, les contacts établis par la GCF sont basés, à l'image de ceux de Bilan, sur des critères politiques précis permettant de se distin­guer clairement des organisations non prolétariennes. C'est ainsi qu'en mai 1947, la GCF participe à une conférence internationale organisée a l'initiative du Communistenbond des Pays-Bas (de tendance "conseilliste") en compagnie, notamment, du groupe Le Prolétaire issu des RKu, de la Fraction belge et de la Fédération autonome de Turin qui avait scissionné du PCInt dû fait de ses désaccords au sujet de la par­ticipation aux élections. Dans la préparation de cette conférence, à laquelle le Bond a convié la Fédération anarchiste, la GCF insiste sur la nécessité de critères de sélection plus précis écartant les groupes, tels les anarchistes officiels, qui avaient participé au gouvernement de la République espagnole et à la Résistance ([2]).

Cependant, l'apport essentiel de la GCF au combat du prolétariat, dans cette période dominée par la contre-révolution, se situe bien dans le domaine de l'élaboration programmatique et théorique. L'effort considérable de réflexion réalisé par la GCF dans ce domaine la conduit notamment à préciser la fonction du parti révolutionnaire, en dépassant les concep­tions "léninistes" classiques, ou à reconnaître l'intégration définitive et irréversible des syndicats et du syndicalisme dans l'Etat capitaliste. Sur ces ques­tions, la Gauche germano-hollandaise avait, dès les années 20, fait une critique sérieuse des positions erronées de Lénine et de l'Internationale communiste. La confrontation de la Fraction italienne, avant la guerre, et de la GCF, après celle-ci, avec les positions de ce courant, ont permis à la GCF de reprendre à son compte certaines de ses critiques à l'IC. Cepen­dant, la GCF se montre capable de ne pas tomber dans l'excès de ce courant sur la question du parti (auquel il a fini par dénier toute fonction) de même que d'aller bien plus loin que lui sur la question syndi­cale (puisqu'à coté du rejet du syndicalisme classique, la Gauche germano-hollandaise préconisait une forme de syndicalisme "de base" s'appuyant, par exemple sur les "Unions"). Sur la question syndicale, notamment, se manifeste toute la différence de démarche gui distingue la Gauche allemande de la Gauche italienne. C’est très rapidement que la pre­mière a réussi à comprendre, au cours des années 20, les grands traits d'une question (par exemple sur la nature capitaliste de l'URSS ou sur la nature des syn­dicats) mais, en faisant l'économie de toute une réflexion systématique dans l'élaboration des nou­velles positions, elle a été conduite à remettre en cause certains des fondements du marxisme ou à s'interdire tout approfondissement ultérieur de ces questions. La Gauche italienne, pour sa part, est beaucoup plus prudente. Avant les dérapages de Vercesi a partir de 1938, elle a le souci permanent de soumettre à une critique systématique les pas qu'elle effectue dans la réflexion afin de vérifier qu'ils ne s'écartent pas du cadre du marxisme. Ce faisant, elle s'est rendue capable d'aller beaucoup plus loin dans la réflexion et d'élaborer, en fin de compte, une pen­sée bien plus audacieuse, en particulier, sur la ques­tion fondamentale de l'Etat. C'est une telle démarche, dont Marc s'était pleinement pénétré au sein de la Fraction italienne, qui lui permet d'impulser l'énorme travail de réflexion effectué par la GCF. Un travail qui conduit également cette organisation à poursuivre 1’élaboration de la position de Ta Fraction sur la ques­tion de l'Etat dans la période de transition du capita­lisme au communisme de même qu'à donner à la question du capitalisme d'Etat une vision dépassant la seule analyse de l'URSS pour faire ressortir le caractère universel de cette manifestation essentielle de la décadence du mode de production capitaliste.

Cette analyse, on la trouve notamment dans l'article "L'évolution du capitalisme et la nouvelle perspective" publié dans internationalisme n°46 (republié dans la Revue internationale n° 21). Ce texte rédigé en mai 1952 par Marc, constitue, en quelque sorte, le testament politique de la GCF. En effet, Marc quitte la France pour le Venezuela en juin 1952. Ce départ correspond à une décision collective de la GCF qui, face à la guerre de Corée, estime qu'une troisième guerre mondiale entre le bloc américain et le bloc russe est devenu inévitable à brève échéance (comme il est dit dans le texte en question). Une telle guerre, qui ravagerait principalement l'Europe, risquerait de détruire complètement les quelques groupes commu­nistes, et notamment la GCF qui ont survécu à la pré­cédente. La "mise à l'abri" en dehors d'Europe d'un certain nombre de militants ne correspond donc pas au souci de leur sécurité personnelle (tout au long de la seconde guerre mondiale Marc et ses camarades ont fait la preuve qu'ils étaient prêts à prendre des risques énormes pour défendre les positions révolu­tionnaires dans les pires conditions qui soient) mais au souci de préserver la survie de l'organisation elle-même. Cependant, le départ sur un autre continent de son élément le plus expérimenté et formé va porter un coup fatal à la GCF dont les éléments qui sont restés en France, malgré la correspondance suivie que Marc entretient avec eux, ne parviennent pas, dans une période de profonde contre-révolution, à maintenir en vie l'organisation. Pour des raisons sur lesquelles on ne peut revenir ici, la troisième guerre mondiale n'a pas eu lieu. Il est clair que cette erreur d'analyse a coûté la vie de la GCF (et c'est probablement l’erreur, parmi celles commises par notre camarade tout au cours de sa vie militante, qui a eu les conséquences les plus graves). Cependant, la GCF avait laissé tout un bagage  politique   et  théorique  sur  lequel   allaient s'appuyer les groupes qui ont été à l'origine du CCI.

LE « COURANT COMMUNISTE INTERNATIONAL »

Pendant plus de dix ans, alors que la contre-révolu­tion continue de peser sur la classe ouvrière, Marc connaît un isolement particulièrement pénible. Il suit les activités des organisations révolutionnaires qui se sont maintenues en Europe et reste en contact avec elles et certains de leurs membres. De même, il conti­nue sa réflexion sur un certain nombre de questions que la GCF n'avait pu élucider suffisamment. Mais, pour la première fois de sa vie, il est privé de cette activité organisée qui constitue le cadre par excel­lence d'une telle réflexion. C'est une épreuve très douloureuse comme il l'exprime lui-même :

«  Dans la période de réaction d'après-guerre, ce fut une longue marche dans le désert, en particulier suite à la disparition du groupe Internationalisme après dix ans d'existence. C était le désert de l’isolement pendant une quinzaine d'années. »

Cet isolement se poursuit jusqu'au moment où il réus­sit à rassembler autour de lui un petit groupe de ly­céens qui vont constituer le noyau d'une nouvelle organisation :

«Et c'est en 1964 qu'au Venezuela se constituait un groupe d'éléments très jeunes. Et ce groupe continue aujourd'hui. Vivre quarante ans dans la contre-révolu­tion, dans la réaction, et sentir tout d'un coup l'espoir, sentir que, de nouveau, la crise du capital est là, que les jeunes sont là et, à partir de là, sentir ce groupe pousser peu à peu, se développer à travers 1968, à tra­vers la France et s'élargir dans dix pays, tout cela est vraiment une joie pour un militant. Ces années-là, ces derniers vingt-cinq ans, sont certainement mes années les plus heureuses. C'est dans ces années que j'ai pu réellement sentir la joie de ce développement et la conviction que ça recommençait, que nous étions sortis de la défaite et que le prolétariat se reconstituait, que les forces révolutionnaires reprenaient. Avoir la joie de participer soi-même, de donner tout ce qu'on peut, le meilleur de soi-même, à cette reconstruction, c'est une énorme joie. Et cette joie, je la dois au CCI... »

A la différence des autres organisations dans les­quelles Marc avait milité, nous n'évoquerons pas ici 1 histoire du CCI dont nous avons donné des éléments à l'occasion de son dixième anniversaire (Revue Inter­nationale n°40). Nous nous bornerons à signaler quelques faits mettant en relief l'énorme contribution e notre camarade au processus qui a conduit à la formation de notre organisation. Ainsi, dès avant la constitution formelle du CCI, c'est à lui essentielle­ment que revient la capacité du petit groupe qui, au Venezuela, publie Internationalisme) (le même nom que la revue de la GCF) de s'orienter vers une grande clarté, notamment sur la question de la libération nationale particulièrement sensible dans ce pays et sur laquelle il subsiste énormément de confusions dans le milieu prolétarien. De même, la politique, que mène Internacionalismo, de recherche de contacts avec les autres groupes de ce milieu, sur le continent américain et en Europe, se trouve dans la droite ligne de celle de la GCF et de la Fraction. Et, en janvier 1968, alors qu'on ne parle (y compris cer­tains révolutionnaires) que de la "prospérité" du capi­talisme et de sa capacité à éliminer les crises, que fleurissent les théories de Marcuse sur l’« intégration de la classe ouvrière», que les révolutionnaires que Marc a rencontrés au cours d'un voyage en Europe durant l'été 1967 font, pour la plupart, preuve d'un total scepticisme sur les potentialités de lutte du pro­létariat supposé se trouver encore en pleine contre-révolution, notre camarade ne craint pas d'écrire, dans Internacionalismo n° 8 :

«  Nous ne sommes pas des prophètes, et nous ne pré­tendons pas deviner quand et de quelle façon vont se dérouler les événements futurs. Mais ce dont nous sommes effectivement sûrs et conscients concernant le processus dans lequel est plongé actuellement le capi­talisme, c'est qu'il n'est pas possible de l'arrêter (...) et qu'il mène directement à la crise. Et nous sommes sûrs également que le processus inverse de développe­ment de la combativité de la classe, qu'on vit actuelle­ment de façon générale, va conduire la classe ouvrière à une lutte sanglante et directe pour la destruction de l'Etat bourgeois. »

Quelques mois plus tard, la grève généralisée de mai 68 en France apporte une confirmation éclatante de ces prévisions. Ce n'est évidemment pas encore l'heure d'«une lutte directe pour la destruction de l'Etat bourgeois » mais bien celle d'une reprise histo­rique du prolétariat mondial, attisée par les premières manifestations de la crise ouverte du capitalisme, après la plus profonde contre-révolution de l'histoire. Ces prévisions ne relèvent pas de la voyance mais tout simplement de la remarquable maîtrise du marxisme par notre camarade et de la confiance que, même aux pires moments de la contre-révolution, il a conservée envers les capacités révolutionnaires de la classe. Immédiatement, Marc se rend en France (il parcourt même la dernière partie de son voyage en auto-stop puisque lès transports de ce pays sont paralysés). Il reprend contact avec ses anciens camarades de la GCF et entre en discussion avec toute une série de groupes et d'éléments du milieu politique ([3]). Cette action, comme celle d'un jeune membre d'Internacionalismo venu en France dès 1966, sera déterminante dans l'apparition et le développement du groupe Révolution internationale qui va jouer le rôle de pôle de regroupement à l'origine du CCI.

Nous ne pourrons pas rendre compte, non plus, de tous les apports politiques et théoriques de notre camarade au sein de notre organisation une fois qu'elle a été constituée. Il suffît de dire que, sur toutes les questions essentielles qui se sont posées au CCI, comme à l'ensemble de la classe, sur toutes les avan­cées que nous avons pu réaliser, la contribution de notre camarade a été décisive. En fait, c'était en géné­ral Marc qui, le premier, était amené à soulever les points nouveaux sur lesquels il importait de se pen­cher. Cette vigilance permanente, cette capacité à identifier rapidement, et en profondeur, les questions nouvelles auxquelles il était nécessaire d'apporter une réponse, de même d'ailleurs que les questions plus anciennes sur lesquelles il pouvait subsister des confu­sions dans le milieu politique, notre Revue Internatio­nale en a rendu compte tout au long de ses soixante-quatre numéros précédents. Les articles publiés sur ces questions n'étaient pas toujours rédigés directe­ment par Marc car, n'ayant jamais fait d'études et, surtout, contraint de s'exprimer dans des langues, tel le français, qu'il n'avait apprises qu'à l'âge adulte, écrire représentait pour lui un effort très pénible. Cependant, il a toujours été le principal inspirateur des textes permettant à notre organisation d'accomplir sa responsabilité d'actualisation perma­nente des positions communistes. Ainsi, pour ne citer qu'un des derniers exemples où notre organisation a dû réagir rapidement face à une nouvelle situation his­torique, l'effondrement irréversible du bloc de l'Est et du stalinisme, la grande vigilance de notre camarade, en même temps, évidemment, que sa profondeur de pensée, ont joué un rôle essentiel dans la capacité du CCI à apporter une réponse adéquate dont les faits n'ont cessé, depuis, de confirmer la validité.

Mais la contribution de Marc à la vie du CCI ne se limitait pas à l'élaboration et à l'approfondissement des positions politiques et des analyses théoriques. Jusqu'aux derniers instants de sa vie, tout en conti­nuant à réfléchir sur l'évolution de la situation mon­diale et à faire part, malgré l'effort surhumain que cela représentait pour lui, de ses réflexions aux cama­rades qui lui rendaient visite à l'hôpital, il a continué également à se préoccuper des moindres détails de la vie et du fonctionnement du CCI. Pour lui, il n'y a jamais eu de questions "subalternes" qu'on aurait pu réserver à des camarades moins formés théorique­ment. De même qu'il a toujours eu comme préoccu­pation que l'ensemble des militants de l'organisation soit capable de la plus grande clarté politique pos­sible, que les questions théoriques ne soient pas réser­vées à des "spécialistes", il n'a jamais hésité à "mettre la main à la pâte" de toutes les activités pratiques et quotidiennes. Ainsi, Marc a toujours donné aux jeunes militants du CCI l'exemple d'un militant com­plet, engagé avec toutes ses capacités dans la vie de cet organe indispensable du prolétariat, son organisa­tion révolutionnaire. En fait, notre camarade a su en permanence transmettre aux nouvelles générations de militants toute l'expérience qu'il avait accumulée sur tous les plans au cours d'une vie militante d'une lon­gueur et d'une intensité exceptionnelles. Et une telle expérience, ce n'est pas seulement dans la lecture des textes politiques que ces générations pouvaient l'acquérir, c'est dans la vie quotidienne de l'organisation et avec la présence de Marc qu'ils pou­vaient y parvenir pleinement.

En ce sens, Marc a occupé une place tout à fait excep­tionnelle dans la vie du prolétariat. Alors que la contre-révolution a éliminé, ou a plongé dans la sclé­rose, les organisations politiques que la classe ouvrière avait sécrétées dans le passé, il a constitué un pont, un maillon irremplaçable, entre les organisa­tions qui avaient participé a la vague révolutionnaire du premier après-guerre et celles qui seront confron­tées à la prochaine vague révolutionnaire. Dans son Histoire de la révolution russe, Trotsky est conduit à s'interroger sur la place particulière et exceptionnelle qu'y a prise Lénine. Tout en reprenant à son compte les thèses classiques du marxisme sur le rôle des indi­vidus dans l'histoire, il en conclut que, sans Lénine qui a réussi à impulser le redressement et 1’"armement" politique du parti bolchevik, la révolu­tion n'aurait pu avoir lieu, ou qu'elle se serait soldée par un échec. Il est clair que, sans Marc, le CCI n'existerait pas, tout au moins sous sa forme actuelle d'organisation la plus importante du milieu révolu­tionnaire international (sans parler de la clarté de ses positions sur laquelle, évidemment, d'autres groupes révolutionnaires peuvent avoir un point de vue diffé­rent du nôtre). En particulier, sa présence et son acti­vité ont permis que ne disparaisse pas dans l'oubli mais, au contraire, que fructifie le travail énorme et fondamental effectué par les fractions de gauche, et particulièrement la Fraction italienne, qui ont été exclues de l'Internationale communiste. En ce sens, si notre camarade n'a jamais eu dans la classe ouvrière une notoriété ne serait-ce que comparable à celles de Lénine, de Rosa Luxemburg, de Trotsky ou même de Bordiga ou Pannekoek, et il ne pouvait en être autre­ment alors que la plus grande partie de sa vie mili­tante s'est passée dans la période de contre-révolution, et justement à cause de cela, il ne faut pas craindre d'affirmer que sa contribution à la lutte du prolétariat se situe au même niveau que celle de ces révolutionnaires.

Notre camarade s'est toujours montré réfractaire à ce type de comparaisons. Et c'est toujours avec la plus grande simplicité qu'il a accompli ses tâches mili­tantes, qu’il n'a jamais revendiqué de "place d'honneur" au sein de l'organisation. Sa grande fierté, ce n'est pas dans sa contribution exception­nelle qu'il l'a placée mais dans le fait que jusqu'au bout, il est reste fidèle, de tout son être, au combat du prolétariat. Et cela aussi était un enseignement pré­cieux pour les nouvelles générations de militants qui n'ont pas eu l'occasion de connaître l'énorme dévouement à la cause révolutionnaire qui était celui des générations du passé. C'est en premier lieu sur ce plan que nous voulons être à la hauteur du combat que, désormais sans sa présence vigilante et lucide, chaleureuse et passionnée, nous sommes déterminés à poursuivre.

CCI


[1] Les articles d'Internationalisme publiés dans la Revue

Internationale sont les suivants :

" L'évolution du capitalisme et la nouvelle perspective "

(n° 21,2e trim. 1980)

"La tâche de l'heure : formation du parti ou formation des cadres"

(n°32, ler trim. 1983)

"Contre la conception du chef génial", (n° 33, 2e trim. 1983)

"La discipline... Force principale... ", (n° 34, 3e trim. 1983)

"Le 2e congrès du Parti Communiste Internationaliste", juillet 1948 (n°36, ler trim. 1984)

" Rapport sur la situation internationale, GCF, juillet 1945 ", extraits sous le titre "Les vraies causes de la 2e guerre mondiale"

Ainsi que :

" le "Manifeste" de L'Etincelle, janvier 1945, (n° 59, 4e trim. 1989)

"L'expérience russe", (n° 61, 2e trim. 1990)

Ou la série d'articles :

"Critique de « Lénine philosophe » de Pannekoek, Politique et philosophie de Lénine à Harper", (n° 25, 27, 28, 30).

[2] Cette même préoccupation d'établir des critères précis dans la convocation de conférences de croupes communistes a été manifes­tée par le CCI, contre le flou dans lequel se complaisait le PCInt lors de la Ire conférence tenue en mai 1977. Voir à ce sujet la Revue Internationale n° 10, 13, 17, 22, 40, 41, 53, 54, 55 et 56.

[3] Il a alors l'occasion de manifester un des traits de son caractère qui n'a rien à voir avec celui d'un "théoricien en chambre" : présent sur tous les lieux où vit le mouvement, dans les discussions mais aussi dans les manifestations, il passe une nuit entière derrière une barricade bien décidé, avec un groupe déjeunes éléments, à "tenir jusqu'au matin" face à la police... comme l'avait fait la petite chèvre de Monsieur Seguin race au loup dans le conte d'Alphonse Daudet.