L'année 1991
s'ouvre avec la menace d'une guerre terriblement meurtrière, impliquant
massivement l'armée de la première puissance capitaliste, les Etats-Unis, avec
une plongée dans la récession ouverte de l'économie mondiale, d'énormes
attaques contre la classe ouvrière des pays développés, une misère de plus en
plus épouvantable, non seulement dans le "tiers-monde", mais aussi
dans les pays de l'ancien "bloc de l'Est", au premier rang desquels
l'URSS, ravagée par la famine.
Le monde n'entre pas dans un
"nouvel ordre international", mais se trouve de plain-pied dans la
phase ultime de la décadence du mode de production capitaliste, la décomposition
([1]),
avec, au coeur du tourbillon de la barbarie, la guerre de tous contre tous,
au premier rang de laquelle les Etats-Unis, déterminés à défendre par tous les
moyens militaires dont ils disposent, leur prépondérance mondiale sur I'
"ordre" existant.
La guerre du golfe, vers le
massacre
Au moment où nous écrivons, Baker,
deuxième personnage de l’Etat US, vient de terminer sa tournée de rencontre
des chefs d'Etat en Arabie, en Syrie, en URSS, en France, au cours de laquelle
il a rappelé la détermination des Etats-Unis dans la "crise du Golfe"
face à l’Irak. Bush revient de Tchécoslovaquie où il a relancé l’appel à suivre
et soutenir les Etats-Unis dans leur croisade militaire. L'armée américaine
effectue des grandes manoeuvres. Le nombre de soldats doit être porté après de
400 000. Des centaines de milliers d'irakiens férocement embrigadés sont sur le
front. L'armée israélienne est sur le pied de guerre et toutes les armées,
polices, milices de la région sont en effervescence. Le Moyen-Orient est à la
veille d'une nouvelle tuerie, d'une violence sans précédent.
Contrairement à la
propagande sur la fin de la "guerre froide" qui devait marquer
l'ouverture d'un "nouvel ordre mondial" de paix, c'est le
"réchauffement" de la guerre à tous les niveaux, c'est le chaos de la
situation internationale et la décomposition du système capitaliste qui
s'accélèrent.
Le "désarmement" ?
Une course à des armes encore plus efficaces et plus adaptées à la guerre
"moderne", avec mise au rebut du matériel inutilisable, et un
engagement armé direct accru dans des conflits de la part des principaux pays
protagonistes des 'conférences" et autres "accords^ sur ce soi-disant
"désarmement", au premier rang desquels, le plus puissant, les
Etats-Unis.
La "paix" ? C'est
la multiplication des conflits, l'entrée dans la guerre directement et
massivement de l'armée américaine, l'envoi de troupes et de matériel de
plusieurs pays, y compris des pays développés, en quantité jamais vue depuis
plusieurs décennies sur les champs de bataille, avec, en toile de fond, une
récession sans précédent de toute l'économie mondiale. ([2])
La "communauté
internationale" ? Les résistances et les oppositions s'aiguisent entre les
anciens "alliés" des Etats-Unis d'un "bloc de l'Ouest"
désormais rangé au placard de l'histoire.
Les résistances des pays
développes
La dislocation de la
coalition anti-irakienne, vers le chacun pour soi
Alors que les Etats-Unis
parvenaient à afficher l'unanimité de façade de la "communauté internationale"
en août 1990, en déclenchant la "crise du Golfe" face au "fou
Saddam", à peine deux mois plus tard, c'est ouvertement le chacun pour soi
dans la dite "communauté".
La libération de tous les
otages français fin octobre 1990, à l'initiative de Saddam Hussein, sans
négociation apparente, a montré ce que valait la détermination des
"alliés" des USA et le "solennel engagement" pris quelques
jours plus tôt... de "ne pas négocier séparément avec l'Irak". C'est
apparemment Cheysson, ancien ministre français des affaires étrangères, qui a eu
des "contacts" avec son homologue irakien. A sa suite, Bagdad a
accueilli une procession de personnalités politiques de premier plan, venant
négocier ouvertement la libération d'otages, et certainement bien d'autres
choses plus discrètement : Willy Brandt, ex-chancelier de RFA, président de l’"Internationale
socialiste", prix Nobel de la Paix, Nakasone, ex-premier ministre du
Japon, Primakov, conseiller particulier de Gorbatchev, le ministre Chinois des
affaires étrangères, d'ex-premiers ministres de pays plus secondaires, Danemark
et Nouvelle-Zélande, des délégations de parlementaires italiens et irlandais,
et d'autres.
Ce défilé n'était pas le
résultat d'initiatives individuelles. C'est avec la bénédiction de Kohl que
Brandt fait le voyage, c'est évidemment un voyage officiel que fait le ministre
chinois, Cheysson n'a pas été démenti lorsqu'il a vendu la mèche sur sa
véritable mission. Nous sommes loin de la réprobation générale qui avait marqué
le voyage, durant l'été 1990, d'un Kurt Waldheim, lorsqu'il alla chercher des
ressortissants autrichiens. Il ne s'agit pas non plus d'un partage des tâches
pour piéger l'Irak, entre les Etats-Unis jouant les intransigeants et les
autres jouant les conciliants. Les réactions américaine et anglaise sont là pour
le montrer. Là réaffirmation brutale du refus de négocier avec l'Irak, les
critiques fermes et intransigeantes de Bush, Thatcher et Baker prouvent que les
désaccords sont bien réels au sein de la coalition "onusienne".
Les "traitements de
faveur" consentis par l'Irak à l'égard d'un certain nombre de pays,
notamment à l'égard de la France, ne sont pas des fleurs gratuites. Ils visent
à enfoncer un coin entre les différents "alliés" de la coalition
anti-Irak. Si Saddam Hussein a mené une telle politique de marchandage de son
stock d'otages contre la venue de tel ou tel homme politique de renom, c'est
bien parce qu'il était conscient des clivages existant entre ces divers pays.
Et cette politique a rencontré un succès certain.
Alors que les USA demandent
au Conseil de sécurité de PONU de voter une résolution autorisant "le
recours aux armes", les résistances de la France, de l'URSS et de la
Chine, membres permanents de ce Conseil, font que celui-ci accouche finalement
d'une résolution appelant au... "renforcement de l'embargo" ! Alors
que les USA fidèlement secondés par la Grande-Bretagne, renforcent constamment
leur potentiel militaire dans le Golfe, que leur discours se fait de plus en
plus menaçant, la France traîne les pieds, fait reculer ses troupes du front,
relance l'option diplomatique, avec le discours de Mitterrand à PONU, la
réunion Gorbatchev-Mitterrand, et la première déclaration, depuis le début de
la crise, de Rocard, le premier ministre en voyage à Singapour, sur les
nécessités... d'"explorer toutes les voies de la négociation". Le
Japon et l'Allemagne restent silencieux.
L'unité du "monde
libre" a vécu. Les événements d'octobre 1990 auront été les premières
manifestations dans les faits de la tendance de fond inscrite dans les
nouvelles conditions créées par la disparition du bloc impérialiste russe en
1989 : la disparition du "bloc de l'Ouest", l'accélération de la
décomposition, le chacun pour soi de tous les Etats capitalistes, la lutte de
tous contre tous, et, au premier rang de celle-ci, l'empoignade entre les
principaux pays industrialisés.
La loi du plus fort
Les Etats-Unis sont prêts à
passer outre leurs "alliés", PONU et tout le monde. Si la bourgeoisie
américaine est prête à la guerre contre l'Irak, au sacrifice de milliers de
"boys and girls", ce n'est pas pour le Koweït, pour la défense du
"droit international", mais pour montrer sa force et signifier sa
détermination aux autres pays les plus développés. La bourgeoisie française,
par exemple, s'est ainsi faite expulser de ses zones d'influence
traditionnelles au Moyen-Orient, de l'Irak d'abord, et aussi de Beyrouth, les
Etats-Unis donnant le feu vert à la Syrie pour une annexion du Liban, aussi
musclée et meurtrière que celle de Hussein au Koweït.
Dans tous les domaines se
multiplient les accrocs dans les relations :
- dissolution du réseau secret d'influence et de contrôle mis en
place par les USA au lendemain de la 2e guerre mondiale (le
"scandale" du "Gladio" en Italie, mais aussi en Belgique,
en France, en Hollande, en Allemagne) ;
- diktat des USA dans les
négociations du GATT, sur les subventions des pays d'Europe en soutien à leur
secteur agricole ;
- multiplication des
"affaires" d'"espionnage industriel", vis-à-vis du Japon
notamment, mais aussi de la France ; etc.
Et tout ceci n'est encore
que de l'anecdote à côté des formidables divergences d'intérêts qui vont
grandir, de plus en plus ouvertement, entre les plus grands pays
industrialisés, avec une guerre économique et commerciale redoublée, du fait
de l'accélération brutale de la crise.
L'opposition entre les USA,secondés
par la Grande-Bretagne,et
les autres
C'est tout l'ancien rapport
des forces politico-militaire et géo-stratégique de la planète qui a été bouleversé
de fond en comble avec l'écroulement du bloc impérialiste russe. Et cette
situation a non seulement ouvert une période de chaos total dans les pays et
régions de cet ancien bloc, mais elle a aussi accéléré partout les tendances au
chaos, menaçant P"ordre" capitaliste mondial dont les Etats-Unis sont
les principaux bénéficiaires. Ces derniers ont été les premiers à réagir. Ils
ont suscité la "crise du Golfe" en août 1990, non seulement pour
prendre pied de façon définitive dans la région, mais surtout, et c'est ce qui
a été décisif dans leur détermination, pour en faire un exemple destiné à
servir d'avertissement à quiconque voudrait s'opposer à leur place prépondérante
de super-puissance dans l’arène capitaliste mondiale.
Pour les USA, la situation
est claire. Leur intérêt national, comme première puissance mondiale (et de
loin), s'identifie parfaitement à l’"ordre" existant, à l'intérêt
global du capital face à la décomposition qui entraîne l'éclatement de tout le
système de relations internationales. Parmi les grandes puissance la
Grande-Bretagne est le seul pays qui ait manifesté un soutien indéfectible
envers les Etats-Unis, du fait de l'orientation traditionnelle de sa politique
étrangère, de ses intérêts au Koweït, et surtout du fait de son expérience
particulière du "leadership" mondial, qui lui permet de mieux
comprendre les enjeux de la situation présente.
Par contre, pour les autres
puissances, la situation est beaucoup plus contradictoire. Si tous ont intérêt
à freiner la tendance à la décomposition, ce qui motive la condamnation unanime
de l'invasion du Koweït, leur intérêt propre n'est pas pour autant que les USA
renforcent encore leur prépondérance, ce qu'ils ne peuvent faire qu'au
détriment de leurs principaux concurrents.
L'opération militaire
engagée par les USA qui devait amener la paix au Moyen-Orient, par une guerre
justifiée aux yeux de tous parce qu'elle devait maintenir l'ordre des grandes
"démocraties" et des "libertés", n'a pas vu la soudure des
grandes puissances "démocratiques", mais le début de la débandade.
En fait, ces différents pays
sont pris dans un piège. En jouant son rôle de gendarme contre un pays arriéré
et de deuxième ordre, dès le début, les Etats-Unis ne visent pas seulement à
contenir le chaos qui se développe dans le "tiers-monde", mais aussi
celui qui menace de s'établir entre les pays avancés. Ce ne sont pas seulement
les ambitions des Etats périphériques qu'ils se proposent de contenir, mais
aussi et surtout celles des Etats centraux. Par contre, ces derniers sont
évidemment intéressés au premier objectif des Etats-Unis, le maintien de
l'ordre dans les zones périphériques, mais nullement au second.
En faisant étalage de leur
surpuissance militaire, les USA montrent la faiblesse relative des autres. Les
américains ont envoyé leurs troupes dès le début sans attendre l'accord des
"alliés", qui ont du se rallier sous la pression plus que par
conviction. Tant que l'action contre l'Irak prenait la forme d'un blocus ou
d'un isolement diplomatique, ils pouvaient prétendre jouer un petit rôle, et
ainsi faire valoir leurs intérêts particuliers. En revanche l'offensive
militaire ne peut que faire ressortir l'énorme supériorité des Etats-Unis et
l'impuissance de leurs "alliés".
Ces pays ne sont pas
aujourd'hui, et pour longtemps encore, aptes à rivaliser avec les Etats-Unis sur
le plan politico-militaire. Le Japon et l'Allemagne accusent un retard
important dans le domaine militaire. La mobilisation et l'armement français
n'existent qu'intégrés dans le système militaire américain, comme le montre la
lamentable prestation française en Arabie Saoudite, totalement dépendante de la
couverture des Etats-Unis. Il en est de même de l'engagement de la
Grande-Bretagne. Les principaux rivaux économiques ne sont pas armés, et ceux
qui le sont, dotés d'un armement cent fois moins puissant et efficace, ne
peuvent rivaliser avec les Etats-Unis. Le moment est donc propice pour les USA.
L'Irak lui en a fourni l'occasion, et comme il est de notoriété publique
aujourd'hui, les Etats-Unis connaissaient les préparatifs de l'Irak pour
l'invasion du Koweït, ils 'ont laissé faire, sinon plus.
Les USA, gendarme du
Moyen-Orient, gendarme du monde
Le contexte général dans
lequel se débat la première puissance capitaliste mondiale ne peut que la
pousser a la guerre, à défendre son hégémonie face à l'effondrement de pans
entiers du capitalisme qui entraîne les bourgeoisies locales, les impérialismes
régionaux, étranglés, dans des aventures militaires dangereuses pour la bonne marche
de la "pax americana", remise en cause par la nouvelle situation. Les
Etats-Unis ont été déterminés, dès la fin de la guerre Iran-Irak, à empêcher
que la puissance militaire de l'Irak rompe 1'"équilibre" des forces
de la région. C'est par cet "équilibre" entre les différents pays
sur le plan militaire, qu'ils peuvent renforcer leur contrôle sous couvert du
rôle de 1' "arbitre".
A l'heure où l'économie
s'effondre, les USA savent que, pour garder leur contrôle de l'économie
mondiale, ils devront utiliser leur force militaire. Si c'est surtout de l'arme
économique que les USA ont joué dans les décennies précédentes depuis la fin de
la guerre du Vietnam, face au rival impérialiste russe, avec l'effondrement
économique actuel, c'est de plus en plus de leur suprématie militaire qu'ils
doivent user pour garder leur "leadership"
du système capitaliste.
Une seule solution : la
lutte de classe
La guerre USA-URSS n'aura
pas lieu, mais la "logique de guerre" engagée aujourd'hui montre que
le déchaînement de l'impérialisme ne cesse pas pour autant. Il menace dès
aujourd'hui de mettre à feu et à sang le Moyen-Orient. Et ce n'est que le début
d'une série de conflits armés et d'opérations militaires, de guerres
"ethniques" ou "nationales" meurtrières.
Dans les pays les plus
développés, la classe ouvrière ne se trouve pas confrontée à une mobilisation
générale, comme ce fut le cas lors des Ire et 2e guerre mondiale. Elle n'est
pas embrigadée militairement comme c'est le cas pour le prolétariat d'Irak et
des pays en guerre aujourd'hui. Mais pour autant, la guerre au Moyen-Orient, le
déséquilibre total de toute cette région, les énormes destruction que va
entraîner la spirale guerrière, le bain de sang ourdi par le capitalisme
mondial pour le maintien (fun résidu d' "ordre" international, ne
sont pas "lointains", étrangers à la classe ouvrière des métropoles
industrialisées. Ce n'est pas encore ce prolétariat qui paie de son sang dans
des tranchées ou sous des bombardements, mais ce prolétariat est déjà au
premier rang pour payer la facture du "maintien de l'ordre" capitaliste,
avec 1’attaque redoublée de ses conditions d'existence. Une exploitation
renforcée, l'inflation et le chômage, les baisses des salaires, des retraites
et de toutes les allocations, la "flexibilité" des heures de travail,
la dégradation continue de la santé, des transports, du logement, de
l'éducation, de la sécurité, sont des attaques économiques sans précédent
depuis la 2e guerre mondiale.
La mobilisation générale
sous les drapeaux pour combattre dans l'armée nationale n'est pas à l'ordre du
jour dans les pays développés, parce que le prolétariat n'a pas subi de
défaite massive et décisive dans ses luttes économiques contre l'austérité,
dans les tentatives d'extension et de prise en mains de celles-ci tout au long
des années 1980. Mais le lourd tribut déjà payé aujourd'hui du sang des
prolétaires enrôlés directement dans des massacres impérialistes, annonce celui
qui menace le prolétariat des grandes concentrations industrielles.
La classe ouvrière a pu
repousser au cours des vingt dernières années la destruction totale de la planète
par l'holocauste inter-impérialiste, en particulier lors des périodes de luttes
ouvrières importantes, internationalement, dans les années 1968-75, 1978-81,
puis 1983-89. Aujourd'hui, le capitalisme pourrit sur pied, se décompose, et la
menace de destruction totale est plus que jamais présente. Dans le fait qu'il
n'existe plus l’"équilibre de la terreur", il n'y a certainement plus
l’"équilibre" que constituait la présence de deux super-puissances,
mais la "terreur" subsiste et va s'accentuer encore, à tous les
niveaux.
L'alternative socialisme ou
barbarie est plus que jamais à l'ordre du jour. Le capitalisme ne mourra pas de
lui-même. Il n'a pas pu entraîner l'humanité à sa fin dans la terreur nucléaire
instantanée, mais, par sa dynamique propre, sa survie ne peut mener qu à une
horreur sans fond pour l'humanité, qui ne pourra aboutir qu'au même résultat.
Ce cours catastrophique,
vers lequel conduit la persistance des rapports de production capitaliste dans
le monde, ne peut être enrayé que par le développement de la lutte de classe
du prolétariat, une lutte consciente de sa propre force comme classe sociale,
antagoniste à tous les intérêts particuliers des autres classes et couches de
la société et qui, en défendant ses propres intérêts, est la seule force
capable de prendre en charge la destruction du pouvoir politique du capitalisme
à l'échelle mondiale, garant de l’"ordre" de ce monde à l'agonie.
Seules les luttes du
prolétariat, les luttes ouvrières, internationalement, et en premier lieu dans les
grands pays industrialisés, peuvent enrayer le bras armé du capitalisme
mondial. La dynamique propre du système capitaliste ne peut mener qu'à la
barbarie guerrière. Il ne peut y avoir de "paix dans le capitalisme, aujourd'hui moins
encore qu'au cours des vingt dernières années.
JM, 18 novembre 1990.
[1] Voir "La décomposition, phase ultime de la
décadence du capitalisme", Revue Internationale n° 62, 3e trimestre 1990.
[2] Voir les
articles "L'économie mondiale au bord du gouffre", p. 4, et
"Militarisme et décomposition", p. 9, dans ce numéro.
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