Polémique avec le P.C.Int.-Battaglia Comunista : La période de transition

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Le débat sur la période de transition a toujours été l'objet de polémiques acharnées entre groupes ré­volutionnaires. Avec le développement de la lutte de classe,  les révolutionnaires sont obligés de porter leur attention sur des questions plus immédiates des luttes ouvrières, en particulier les questions de l'intervention et de l'organisation. Mais en jouant son rôle de force de propositions concrètes dans les luttes ouvrières,  l'organisation révolutionnaire, parce qu'elle s'appuie sur ce qui est "général", ce qui concerne tous les ouvriers, l'ensemble de la classe, ne peut pas se permettre de négliger le problè­me des buts historiques de la lutte : la destruction révolutionnaire de l'Etat capitaliste,  la dictature du prolétariat,  la transformation communiste de la vie sociale.

En consacrant cet article aux positions du Parti Communiste Internationaliste-Battaglia Comunista (PCInt.) sur la période de transition, telles qu'elles ont été exprimées dans le document de son 5ème Congrès (Prometeo n°7), notre but est d'aider à la réanimation de cette importante discussion au sein du mouve­ment révolutionnaire.

Pour notre part, nous n'avons aucun doute sur le fait que le PCInt. partage avec nous une base com­mune importante d'acquis historiques du marxisme, en particulier :

-   contre les théories idéalistes typiques de l'his­toriographie bourgeoise, il localise les origines de l'Etat dans l'évolution historique réelle et ma­térielle de la société de classes ;

-   contre l'utopie anarchiste, il affirme la néces­sité de la dictature du prolétariat et d'un Etat pendant la période de transition, qui sera encore marquée par des divisions de classes ;

-   contre le réformisme, qui est maintenant une idéologie contre-révolutionnaire de la bourgeoisie, il affirme les leçons de La Commune de Paris sur la nécessité de détruire l'Etat bourgeois et de le remplacer par un Etat d'un nouveau type, un semi-Etat destiné à disparaître avec le dépassement des antagonismes de classe ;

-   en accord avec L'Etat et la Révolution de Lénine, il affirme que le semi-Etat doit être basé sur la forme Soviet découverte par la classe ouvrière en 1905 et 1917 ;

-   et enfin, dans la ligne de la contribution de la Fraction italienne de la Gauche communiste dans les années 30, il tire un certain nombre de leçons critiques de l'expérience russe :

.les causes du déclin de la révolution russe et la transformation de l'Etat des Soviets et du parti bolchevik en machine capitaliste contre-révolutionnaire, réside d'abord et surtout dans l'échec de la révolution à s'étendre au niveau international;

.au sein du cadre objectif de l'isolement de la révolution et des conditions d'arriération et de famine auxquelles s'est confrontée la révolution russe, certaines erreurs du parti bolchevik ont agi comme "accélérateur" du processus de dégénérescence ;

.la première de ces erreurs résidait dans une identification entre le parti et la dictature du prolétariat, aboutissant à la confusion entre  parti et Etat, à la faille grandissante entre le parti et la classe, et l'incapacité croissante du parti à jouer son rôle réel d'avant-garde politique ; il y a aussi un écho - même si, comme nous le verrons plus loin, il est faible et inconsistant - de la position développée par la Fraction et plus élaborée par la Gauche Commu­niste de France(GCF) ([1]) et le CCI selon laquelle non seulement le parti ne doit pas être identi­fié à l'Etat, mais aussi que l'Etat transitoire et la dictature du prolétariat ne sont pas iden­tiques.

L ' importance de ces  points communs ne doit pas être sous-estimée parce que ceux-ci constituent des frontières de classe sur le problème de l'Etat, le "point de départ" essentiel pour une compréhension marxiste de la question, l'exception ici étant la question de la non-identification de l'Etat avec la dictature du prolétariat qui, comme nous 1'avons toujours défendu est une "question ou­verte" qui ne peut pas être définitivement tran­chée avant la prochaine expérience révolutionnaire majeure.

Ayant brièvement défini ce que nous considérons être des zones d'accord, nous pouvons maintenant développer nos critiques aux inconséquences et in­suffisances du PCInt. qui diminuent sa capacité à défendre et développer la position marxiste sur ces questions.

Une assimilation incomplète du travail de la GAUCHE ITALIENNE

Le PCInt. proclame que :

"Les positions politiques mentionnées ici, représen­tent le bagage théorique et la tradition de lutte de la Gauche Italienne, dont la présence historique a été assurée par la fondation du Parti Communiste d'Italie, et les acquis successifs de la Fraction et du PCInt. constitué au cours de la seconde guer­re mondiale."

Comme nous l'avons dit, le texte reflète indubita­blement le travail de la Fraction. Mais si le PCInt ne balaie pas purement et simplement ce travail comme le font les bordiguistes. On ne peut pas dire non plus qu'il a pleinement assimilé ce tra­vail et surtout la méthode qui a permis à la Frac­tion d'entamer une critique fondamentale des posi­tions de 1'Internationale Communiste (IC). Dans un certain nombre de cas, le PCInt. revient à l'ortho­doxie "léniniste" que la Fraction avait osé mettre en doute. Ceci est particulièrement clair sur la question des relations entre le prolétariat et 1'Etat transitoire.

D'après le PCInt., le CCI régresse du marxisme à l'opportunisme quand il défend l'idée qu'une leçon cruciale de la révolution russe est que l'Etat transitoire, émanant d'un ordre social qui est en­core divisé en classes, aura un caractère conserva­teur plutôt que dynamique, codifiant et adminis­trant, au mieux, la poussée vers le communisme ve­nant de la classe révolutionnaire, et au pire, s'y opposant et devenant le foyer de la contre-révolu­tion renaissante ; et que, en conséquence, le pro­létariat ne doit pas identifier son autorité de classe avec la machine d'Etat, mais doit subordon­ner rigoureusement celle-ci au contrôle de ses  pro­pres organes de classe.

Le PCInt. veut être très "orthodoxe" sur cette question et revient donc à la position de Marx se­lon laquelle dans la période de transition, "l'Etat ne peut être autre chose que la dictature révolu­tionnaire du prolétariat."  (Marx s'attaquait ici aux déviations réformistes sur l'Etat). Pour le PCInt. -'l'Etat est un  'Etat ouvrier',  et même un 'Etat socialiste (dans le sens où il permet la réalisation du socialisme)";  c'est la même chose que les Soviets : "L'erreur est de voir les Soviets (qui auront tout le pouvoir)  comme étant différents de l'Etat ; mais l'Etat prolétarien n'est rien d'autre que la synthèse centralisée du réseau des Soviets."

En fait, le PCInt. ne peut rester très "orthodoxe" sur cette question qu'en ignorant certaines des questions fondamentales posées par la Fraction et les continuateurs de sa méthode. Le texte a, en fait, quelques lueurs des développements de la Fraction à ce propos, en ce sens que certains pas­sages impliquent que l'Etat et la dictature du pro­létariat ne sont pas identiques. Par exemple, le texte commence en disant :

"Parler de la période de transition, c'est parler de l'Etat ouvrier et de ses caractéristiques politiques et économiques, et des relations qui doivent s'établir entre celui-ci et la forme spéci­fique de la dictature du prolétariat : les Soviets"

Mais cette perspicacité est alors contredite par l'insistance du PCInt. à se définir contre les po­sitions du CCI. Et ce faisant, il se définit inévi­tablement contre le travail de la Fraction. Les pages de Bilan contiennent beaucoup d'études profondes sur la question de l'Etat. Ses  origines historiques, les différentes formes de l'Etat dans la société capitaliste, etc., sont analysées dans ... la série d'articles "Parti-Internationale-Etat". Les questions politiques et économiques posées par la période de transition sont examinées surtout dans la série d'articles de Mitchell "Problèmes de la Période de Transition" (que le CCI se propose de republier).A la lumière de l'expérience russe, où les Soviets ont été transformés en un monstrueux appareil bourgeois, Mitchell revient à certaines mises en garde de Marx et Engels à propos de l'Etat transitoire qui est un "mal nécessaire", un "fléau" que le prolétariat est contraint d'utiliser, et Mitchell conclut que les bolcheviks avaient fait une erreur fondamentale en identifiant la dictatu­re du prolétariat avec l'Etat transitoire :

"Bien que Marx, Engels et surtout Lénine eussent maintes fois souligné la nécessité d'opposer à l'Etat son antidote prolétarien,  capable d'empêcher sa dégénérescence,  la Révolution russe,   loin d'assurer le maintien et la vitalité des organisations de classe du prolétariat,  les stérilisa en les incorporant à l'appareil étatique et ainsi dévora sa propre substance. Même dans la pensée de Lénine,  la notion de "Dicta­ture de l'Etat" devint prédominante  : c'est ainsi qu'à la fin de 1918,  dans sa polémique avec Kautsky ("La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky") il ne parvient pas à dissocier les deux notions opposées   : Etat et Dictature du Prolétariat." (Bilan n°31, p.1038) Ou encore,

"La sauvegarde de la Révolution russe et son main­tien sur les rails de la Révolution mondiale n'étaient donc pas conditionnés par l'absence de l'ivraie bureaucratique - excroissance accompagnant inévitablement la période transitoire - mais par la présence vigilante d'organismes prolétariens où pût s'exercer l'activité éducatrice du Parti con­servant au travers de l'Internationale la vision de ses tâches internationalistes. Ce problème capi­tal, les Bolcheviks ne purent le résoudre par sui­te d'une série de circonstances historiques et par ce qu'ils ne disposaient pas encore du capital ex­périmental et théorique indispensable. L'écrasante pression des événements contingents leur fit per­dre de vue l'importance que pouvait représenter la conservation des Soviets et Syndicats en tant qu'organisations se juxtaposant à l'Etat et le contrôlant, mais ne s'y incorporant pas."(Id.p.1040).

Le lien entre cette position et celle du CCI est clair. Les organes de classe du prolétariat ne doivent pas être confondus avec l'Etat. Aussi, le PCInt. devrait se référer à BILAN sur cette ques­tion.

Bien sûr, la position du CCI n'est pas simplement une répétition de celle de BILAN. En assimilant le travail de la GCF il a rendu plus clairs un cer­tain nombre de points :

-  Sur la question du parti : BILAN a vu la néces­sité de distinguer le prolétariat et son parti d'avec l'Etat, mais tendait à identifier le parti avec la dictature du prolétariat. Pour le CCI, le parti n'est pas un instrument pour exercer le pou­ voir politique. C'est là la tâche des "conseils ouvriers" et des autres organes unitaires de la classe ouvrière. La fonction du parti est de mener un combat politique au sein des conseils et de la classe dans son ensemble contre toutes les vacillations et l'influence bourgeoise, et pour la réalisation du programme communiste ;

-   sur la question syndicale : le prolétariat dans la période de transition aura encore besoin de dé­fendre ses  intérêts immédiats contre les exigen­ces de l'Etat, mais il n'y aura plus de syndicats, hérités des organisations par métier du siècle dernier dans la lutte pour des réformes et qui ont prouvé être antithétiques aux besoins de la lutte de classe' et sont passés dans le camp capi­taliste à l'époque de la révolution sociale. Il y aura les conseils ouvriers et les comités d'usines, de quartier, milices, etc., qui en émanent (cf. infra).

-   sur la question de l'Etat lui-même : la GCF et le CCI faisant des recherches plus approfondies sur les origines de l'Etat dans l'histoire et dans la période de transition ([2]) ont rejeté la formulation "Etat prolétarien" qui apparaît encore dans le travail de BILAN.

Dans le passage de son document traitant des ori­gines historiques de l'Etat, le PCInt. résume correctement les écrits d'Engels sur le sujet en disant que :

1)     l'Etat est le produit de la société divisée en classes ;

2)     l'Etat est l'instrument de domination de la classe économiquement dominante.

" Pourtant, il n'en tire pas toutes les conclusions appropriées, en particulier le fait que l'Etat n'émerge pas comme une simple création, ex-nihilo, de la classe dominante, mais il émerge "spontané­ment" des contradictions internes d'un ordre so­cial divisé en classes. L'Etat est d'abord et avant tout un instrument de préservation de l'or­dre social. Cette compréhension permet d'expli­quer comment, dans le phénomène du "capitalisme d'Etat", l'Etat peut se "substituer" à la classe dominante traditionnelle, l'exemple le plus poussé étant l'Etat russe où cette classe dominante "traditionnelle"avait été renversée par le prolétariat. Cette compréhension du fait que l'Etat émerge d'une situation sociale divisée en classes permet de voir que l'Etat transitoire n'émane pas du pro­létariat mais des exigences de la société transitoire elle-même. La destruction de l'Etat bourgeois représente une rupture dans une continuité millénaire, qui nous conduit, à un niveau supé­rieur, à la situation qui existait avant l'émergence des premières formes étatiques. L'Etat tran­sitoire découle des "désordres" hérités de la des­truction de l'Etat bourgeois. Mais, contrairement à tous les Etats antérieurs, cet Etat ne deviendra pas "automatiquement" l'expression organique, la prolongation d'une classe économiquement dominante, exploiteuse, parce qu'une telle classe n'existera plus. Le prolétariat devra mener une lutte politique constante pour s'assurer que l'Etat reste sous son contrôle ; aucun développement automatique des lois économiques n'assurera cela. Au contraire, la période de transition sera la champ de bataille entre la volonté humaine consciente et les automa­tismes économiques de toutes sortes, et ainsi en­tre le prolétariat communiste et l'Etat qui tendra à refléter la pression continue des lois économi­ques dans une société encore marquée par la pénurie et la division en classes.

Pour être plus précis, l'émergence de l'Etat dans la société transitoire signifie que celui-ci sera basé sur des organismes -les soviets territoriaux- qui regroupent l'ensemble de la population non-ex­ploiteuse. Bien qu'ils contiennent des prolétaires, ces  organes ne sont pas prolétariens en eux-mêmes et le prolétariat doit toujours maintenir une stricte indépendance politique, à travers ses  or­ganes de classe spécifiques, les conseils ouvriers, qui exerceront un contrôle rigoureux sur les so­viets territoriaux et sur tous les organes admi­nistratifs ou répressifs qui émergeront de leur centralisation.

Il est frappant de voir que le texte du PCInt. évacue presque entièrement le problème de l'orga­nisation des couches non-prolétariennes, non ex­ploiteuses dans l'Etat transitoire, en particu­lier au vu de la "sensibilité" autoproclamée du PCInt vis-à-vis des problèmes que rencontrent ces couches à la périphérie du capitalisme, où elles dépassent largement en nombre la classe ou­vrière et posent donc un problème central pour la révolution. En conséquence, quand le PCInt. est obligé d'aborder ce problème, il tombe dans deux erreurs symétriques :

- l'erreur "ouvriériste" (qui a été, dans le passé, particulièrement nette dans la Communist Workers'Organisation (CWO) consistant à nier que ces cou­ches auront un rôle particulier quelconque dans l'Etat transitoire. Ainsi ils écrivent : "Les soviets seront élus exclusivement par les ou­vriers, privant de tout droit électoral ceux qui profitent du travail salarié ou qui, d'une façon ou d'une autre, exploitent économiquement le tra­vail du prolétariat."

L'exclusion des exploiteurs de toute participation aux soviets est une chose, et nous sommes d'accord avec cela. Mais ce passage ne nous dit rien de ce qu'il faut faire de toutes les vastes masses humai­nes -paysans, artisans, éléments marginalisés, etc.- qui n'appartiennent ni à la classe ouvrière ni à la bourgeoisie. Essayer d'exclure ces masses du système des soviets aurait été impensable aux Bolcheviks en 1917, et il devrait en être de même pour les communistes aujourd'hui. Pour entraîner ces couches derrière et dans la révolution ouvriè­re et non contre elle, pour élever leur conscience des buts et des méthodes de la transformation com­muniste, pour pousser en avant leur intégration dans le prolétariat, ces couches doivent être intégrées dans le système des soviets, à travers un réseau de Soviets élus sur la base d'assemblées de quartiers ou de village (au contraire des conseils ouvriers, qui seront élus sur les lieux de tra­vail) ;

- l'erreur inter-classiste, qui consiste à faire , fusionner, ou à submerger les organes de classe du prolétariat dans des organes regroupant toute la population non-exploiteuse : le PCInt. parle ainsi de l'Etat transitoire comme "l'Etat de tous les exploités,. dirigés politiquement par une classe ouvrière organisée sur une base internationale."De nouveau, la formulation n'est pas totalement incorrecte ; la confusion provient de ce qui n'est pas dit. Qui sont "tous les exploités" ? La classe ouvrière seule, ou bien, comme le passage semble l'impliquer dans la phrase "dirigés politiquement par une classe ouvrière", les autres couches non-exploiteuses aussi ? Et si l'Etat doit être celui de toutes les couches non-exploiteuses, comment sera-t-il "dirigé politiquement" par la classe ouvrière si la classe ouvrière n'est pas organisée de façon indépendante ?

Ces deux erreurs se renforcent réciproquement, dans la mesure où elles viennent de la même source : une incapacité à analyser les conditions sociales réelles donnant naissance à l'Etat dans la période de transition.

LA QUESTION SYNDICALE

Sur la question syndicale, il est normal d'atten­dre des groupes révolutionnaires d'aujourd'hui une plus grande clarté que la Gauche italienne, dans la mesure où la faiblesse des luttes de classe au­tonomes dans les années 30 ne donnait pas à celle-ci tous les éléments pour résoudre cette question. Comme nous l'avons dit, à la fois Bilan, et à ses débuts la GCF considéraient que la nécessaire dé­fense des intérêts immédiats du prolétariat contre les exigences de l'Etat transitoire, serait assu­rée par les syndicats. Ce qui est étrange, en tout cas, c'est de lire que le PCInt. - qui dit que les syndicats ne sont plus des organes prolétariens, et devront être détruits pendant la révolution - dé­fend l'idée, dans son document sur la période de transition, écrit en 1983, selon laquelle :

"Les Soviets sont réellement des organes révolu­tionnaires et politiques. Ils ne doivent donc pas être confondus avec les syndicats qui, après la ré­volution, auront encore la fonction de défense des intérêts immédiats du prolétariat et d'organisation des luttes contre la bourgeoisie pendant le difficile processus  'd'expropriation des expropriateurs’. Ils ne doivent pas non plus être confondus avec les Conseils d’usine qui auront la tâche d'assurer le contrôle ouvrier sur la production."

Nous avons souvent dit que le PCInt. et la CWO gar­dent certaines confusions à propos des syndicats, vus comme organisations "intermédiaires" ou même "ouvrières" à notre époque, et cela le confirme tout à fait. Ils semblent incapables de comprendre pourquoi la forme syndicale ne correspond plus aux besoins de la lutte de classe de notre époque, épo­que de la décadence capitaliste et de la révolu­tion prolétarienne. Les caractéristiques essentiel­les de la lutte de classe à cette époque - son ca­ractère massif, la nécessité de rompre toutes les barrières sectorielles - ne changeront pas après la prise du pouvoir par les ouvriers. Nous avons déjà dit que nous reconnaissons la nécessité conti­nué pour les ouvriers de pouvoir défendre leurs in­térêts immédiats et spécifiques contre les exigen­ces de l'Etat transitoire, mais pour cela il faut des organes qui regroupent les prolétaires sans te­nir compte des branches ou secteurs : les comités d'usine et les Conseils ouvriers eux-mêmes. Dans la vision des choses du PCInt., où les Conseils ou­vriers "sont" l'Etat, on nous présente le scénario bizarre dans lequel les ouvriers utilisent les syn­dicats pour se défendre... contre les Conseils ou­vriers !

EN CONCLUSION

Cet article ne prétend en aucune façon être une étude exhaustive sur la question de la période de transition, ni même de la vision du PCInt. sur la question. Son but était plutôt de donner une nou­velle impulsion à la discussion sur là période de transition, de définir certains points de base, et de critiquer quelques une des confusions, contra­dictions ou concessions à l'idéologie bourgeoise contenues dans les positions d'une autre organisa­tion révolutionnaire. Les positions du PCInt.,bien que se situant sur une base marxiste, montrent,sur certaines questions cruciales - les relations entre classe et Etat, Parti et Etat, la question syndicale - une difficulté à avancer à partir de cette ba­se vers des conclusions plus cohérentes. Il reste à mi-chemin entre les positions les plus avancées de la Gauche communiste et les thèses dépassées de l'Internationale Communiste sous Lénine. Mais comme même la bourgeoisie révolutionnaire l'avait com­pris, on ne peut pas faire une révolution à moitié. Toutes les confusions et contradictions à propos du processus révolutionnaire seront mises à nu par la révolution elle-même. Et c'est précisément pour cela que le débat sur la période de transition ne peut pas être ignoré aujourd'hui : quand nous se­rons lancés dans l'océan de la révolution communis­te, nous devrons être équipés de la boussole la plus précise possible que nous permet l'évolution présente de la théorie marxiste.

M.U.



[1] Voir par exemple la brochure du CCI "LA PERIODE DE TRANSITION DU CAPITALISME AU SOCIALISME,  1, Le dépérissement de l'Etat dans la théorie marxiste".

[2] GCF:1945-1953, "Internationalisme"