Réponse au P.C. Internazionalista "Battagua Comunista"

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Depuis plus d'un an, le CCI et le Parti Communiste Internationa1iste ont engagé un débat dans le but de dépasser le sectarisme qui pèse encore sur le mouvement révolutionnaire renaissant. C'est dans la poursuite de cet effort commun que le CCI a envoyé une importante délégation à la Conférence Internationale convoquée par Battaglia Communista en mal 1977 à Milan ([1]) et qu'il a invité une délégation de Battaglia à assister aux travaux de son second Congrès en Juillet de la même année. Nous avons donc été plutôt surpris par la publication, immédiatement après, de deux articles dans Battaglia intitulés : "Le Second Congrès du CCI : déboussolement et confusion", dans lesquels nous sommes violemment attaqués parce que nous serions la proie d'un "processus d'involution et d’un éloignement conséquent du marxisme révolutionnaire"([2]).

Nous avons déjà souligné dans notre presse ([3]) la méprise bruyante des camarades de Battaglia qui ont pris pour des grandes "nouveautés de nature politique", des Innovations, les projets de résolution qui synthétisaient les positions constamment apparues dans notre presse (en particulier le projet sur les groupes politiques prolétariens qui est une nouvelle version de l'article "Groupes Révolutionnaires et Groupes Confus" paru entre autres dans Rivoluzione Internazionale n°8).

Battaglia n'a pas pu nier l'évidence et a cherché à échapper à la question en soutenant que ces textes-là n'étalent pas "officiels". Voilà, en vérité, une bien étrange conception que celle qui considère comme non officiels des ébauches de documents qui circulent à usage interne. Mais, toute autre considération mise à part, les positions qui sont à la base du projet de résolution sur la période de transition sont exprimées non seulement dans un tas d'articles, mais dans une résolution adoptée au second Congrès de notre section en France et publiée comme telle dans la Revue Internationale n°8. Et cela aussi, ce n'est pas officiel ?

Et en fait, ces grandes "nouveautés" apparues dans le congrès dont depuis des années au centre du débat international entre organisations communistes, un débat qui a été mené à travers les différentes publications et au cours de nombreuse conférences internationales. En plus certains groupes se sont précisément basés sur ces positions pour rompre tout contact avec notre organisation en la condamnant comme "contre-révolutionnaire". Mais, pour Battaglia tout ce travail, ces progrès, ces erreurs n'existent pas ou bien sont des bavardages sans signification : la discussion commence avec ses articles - qui sont en grande partie la répétition d'une attaque analogue fait par Programme Communiste il y a deux ans ([4]).

Si nous insistons sur cette méprise, ce n'est pas pour le plaisir de coincer Battaglia, mais pour mettre en évidence les difficultés que les groupes, ayant survécues aux anciennes Gauches Communistes du passé, rencontrent pour participer au débat sur le même plan que les groupes révolutionnaires produits par la récente reprise de la lutte de classe. Mais si certains de ces groupes ont choisi la vole du silence, d'au-plus capable de réagir, ressentent à toute occasion la nécessité de défendre leurs conceptions vis-à-vis de ces minorités en adoptant un une attitude "supérieure" et inadéquate ([5]).

Ainsi, pour autant que l'attaque lancée par Battaglia est violente et superficielle, elle est aussi un symptôme du fait que "le camp révolutionnaire International est en perpétuel mouvement, unifications et ruptures, croisement de polémiques, rencontres et heurts qui montrent que quelque chose bouge"([6]) et comme telle, nous la saluons.. Pour cette raison, nous ne considérons pas notre réponse comme une des éternelles "mises au point" qui ont pour but de "liquider" l'adversaire. Au contraire, c'est une réaffirmation de nos positions là où elles ont été déformées, et une contribution pour redéfinir le cadre dans lequel doit se situer ta poursuite du débat - qui ne peut que mettre au centre les thèmes qui sont effectivement-à la base de nos divergences et en premier lieu celui de la nature et de la fonction du parti prolétarien.

REPRISE DE LA LUTTE DE CLASSE ET REEMERGENCE DES POSITIONS REVOLUTIONNAIRES

"Il est Inutile de se référer aux groupes affiliés au "Courant", à leur histoire pas toujours révolutionnaire de façon conséquente... En 1968, Il y a ceux qui se sont confondus avec les gauchistes; de toute façon, pour ne pas perdre sa réputation, on se cache encore aujourd'hui derrière des analyses fictives selon lesquelles mai 1968 a été le moment d'ouverture de la crise actuelle, un moment d'explosions de grandes luttes ouvrières, une première grande réponse de la classe Contre le capital" (Battaglia Communista n°10-11).

Pour commencer, nous voulons dire que si Battaglia a des accusations à faire, qu'il le fasse ouvertement les accusés et surtout en les documentant. Les communistes n'ont rien à cacher y compris leurs propres erreurs. Ceci dit, nous rappelons à l'imprudent auteur de l'article que pendant les événements de mai-juin 68, notre section française actuelle. Révolution Internationale, n'existait pas (le premier numéro ronéotypé sort en décembre 68) et avait par la même occasion peu de chances de se confondre avec les gauchistes. A  l'époque, il existait seulement un petit groupe de camarades au Venezuela qui publiait  la revue Internacionalismo et collaborait au bulletin ouvrier Proletario avec d'autres camarades non organisés et un autre groupe de  la gauche communiste "Proletario Internacional".

Lors des événements de mal, Proletario  Interna­cional s'est  laissé entraîner, à  leur annonce, dans l'euphorie générale et a proclamé,  derrière les Situationnistes, la nécessité de constituer immédiatement  les Conseils ouvriers :

"Et pour donner l'exemple, Proletario Interna­cional a proposé que les différents groupes constituant Proletario (considéré pour l'occa­sion comme une sorte de conseil ouvrier) se dissolvent en son sein. Tous  les participants à Proletario ont suivi  Proletario Internacional sur cette voie glorieuse à l'exception d'Inter­nacionalismo. Proletario et ses participants auto-dissous n'ont pas survécu à ce qu'ils avaient pris pour la révolution. Les retombées du mouvement de mai les ont entraînés dans  le néant"([7]).

Ainsi les quelques militants qui  défendaient alors les positions qui sont aujourd'hui celles du Courant, isolés géographiquement et entourés par la débandade et les illusions, ont su rester solidement attachés au fil de l'histoire, même au prix de leur isolement  local. Mais le "coup d'épaule" de mai  68 a aussi permis le surgissement en France et aux Etats-Unis de petits groupes de camarades capables de se rattacher aux positions de la Gauche Communiste défendues par Internacionalismo, jetant ainsi les bases de notre regroupement International. Quant à Mai 68, nous y reconnaissons effectivement la première manifestation ouverte de  la crise qui a ébranlé le monde capitaliste après les années "d'abondance". Mais les marxistes n'ont pas besoin de voir exploser la crise de façon ouverte et tangible pour la prévoir :

"L'année  1967 a vu  la chute de  la  Livre-sterling et 68 nous amène  les mesures de Johnson... Nous ne sommes pas des prophètes et nous ne prétendons pas savoir comment et quand auront lieu  les événements.  Par contre,  nous sommes certains qu'il  est  impossible d'arrêter le processus que subit actuellement  le système capitaliste avec ses réformes,  ses mesures de sauvetage et autres mesures économiques capitalistes et que ce processus  les porte  irrémédiablement à  la crise". (Internaclonalismo - janvier 1968).

Nous étions bien préparés pour reconnaître  la crise qui allait commencer à se manifester et nous  l'avons reconnue ([8]),  au milieu des grands rires de tous ceux qui parlaient de "révolte étudiante contre l'ennui de la vie". Aujourd'hui, ils ont cessé de rire.

Turin, Cordoba, Dantzig, Szczecin ont rendu impossible par la suite de nier l'évidence et Battaglia reconnaît que le capitalisme est entré en crise en...1971. Pour rejeter  la nature de classe des événements de 68 en France et de 69 en Italie, Battaglia rappelle comment ils se sont terminés et quelle sorte de groupuscules les ont dominés. C'est avec cette même méthode que depuis cinquante ans, les conseillistes démontrent que  la révolution d'Octobre était une révolution bourgeoise,...  vu comment elle s'est terminée... Nier la nature de classe de la vague de grèves de ces années en se référant à la nature "opportuniste" des groupes qui l'ont dirigée, cela revient à nier la nature prolétarienne des révolutions de 1905 et de février 1917 puisque la majorité des soviets était contre les bolcheviks. Battaglia soutient avec raison que la présence physique des ouvriers ne garantit pas la nature prolétarienne d'un mouvement et donne l'exemple des manifestations pour l'anniversaire de la Libération en Italie. Mais il y a une grande différence entre une manifestation politique qui célèbre le triomphe de l'Etat républicain sur la lutte de classe et une grève sauvage, c'est-à-dire une manifestation de la lutte de classe. Si la Gauche Italienne ne nous avait enseigné qu'une seule chose, c'est bien que les communistes soutiennent et participent à toutes les luttes prolétariennes qui se situent sur le terrain de la défense des intérêts spécifiques de la classe ouvrière Indépendamment de la nature politique de ceux qui dominent les grèves ([9]). Il est plutôt drôle de noter que dans le feu de la justification de l'absence du parti dans les luttes de 69, les camarades de Battaglia se font du tort à eux-mêmes. En effet, dans les polémiques qui ont précédé la scission du Parti Communiste Internationaliste avec les prédécesseurs de l'actuel Programme Communiste en 1952, c'étaient ces derniers qui proclamaient la nécessité de ne pas participer aux grèves politiques générales contre l'impérialisme américain vue la totale hégémonie des staliniens sur ces mouvements. Et les camarades de la tendance Damen répondaient :

"Les groupes d'usines et de chantiers doivent acquérir la capacité (qu'ils n'ont pas encore) de changer le cours de l'agitation contre l'esprit et l'orientation de cette agitation... Après avoir ouvertement pris leurs responsabilités et exprimé leurs positions politiques, ils doivent sortir de l'usine avec la majorité des travailleurs qui sortent, rester là où la majorité reste. Il ne s'agit pas d'un critère de conformité à la majorité ou à la minorité, mais d'une méthode communiste, d'une évaluation de principe : celle d'être présents là où se trouvent les masses ouvrières, là où elles bougent, discutent et ex» priment leurs désirs qui, nous le savons, ne sont pas toujours en accord avec leurs intérêts de classe... Les soi-disant camarades d'Asti (qui n'avaient pas participé aux grèves) sont et restent des jaunes; j'ajoute que, s'ils s'étaient trouvés là, leur geste aurait reçu la leçon qui lui est due; cela aurait été beau de voir des Internationalistes attaquer d'autres Internationalistes", (extrait des interventions de Lecchi et Mazenchelli, rapportées dans un bulletin interne fin 1951 de la tendance Damen). Que devons-nous en déduire ? Que la participation de la classe à des manifestations qui se déroulent EN DEHORS du terrain de classe ne constituent pas un empêchement suffisant pour être présents "là où se trouvent les ouvriers", alors que l'Inévitable immaturité et confusion qui accompagne le retour de la classe sur son PROPRE TERRAIN DE LUTTE suffit par contre pour s'interdire de participer à cette reprise de la lutte ? Cette spectaculaire contradiction n'est qu'un exemple parmi tant d'autres des conséquences auxquelles mène la tentative de concilier le mythe de l'infaillibilité du parti avec la prosaïque réalité de l'absence du parti au rendez-vous qu'il avait pourtant su attendre durant de longues années de "paix sociale". Il serait absurde aujourd'hui de proclamer notre supériorité parce que nous aurions su "comprendre Mai". Mais c'est encore plus absurde que ceux qui ont pris les événements de 1968-69 pour une restructuration du capitalisme menée par la révolte des petit-bourgeois, se permettant aujourd’hui de proclamer :

"La portée réelle de cette crise que SEUL le parti et LE PREMIER (!) a su voir et énoncer" (Battaglla CommunIsta n°l3).

INVARIANCE DOGMATIQUE ET REFLEXION REVOLUTIONNAIRE

"Le marxisme révolutionnaire, le léninisme (comme continuité rigide de cette tradition de laquelle nous nous réclamons)... contre ceux qui pour ne pas se "scléroser", ont besoin de se "renouveler" par de continuelles élucubrations sur ces manques ou "erreurs" présumés du marxisme ou du léninisme" (B.C n°10-11);

Dans l'enthousiasme de la polémique contre nous, Battaglia semble accepter le fameux acte d'adhésion du militant communiste qui s'engage à : "ne pas revoir, ne pas ajouter, ne pas laisser de côté - tout soutenir, tout défendre, tout confirmer et tout répandre comme un bloc monolithique et de toutes ses forces" (Bordiga, février 1953).

Mais, par chance et surtout pour eux, nos "léninistes d'acier" se sont permis quelque "révision" et c'est vraiment ce qui leur a permis de maintenir une position entièrement Internationaliste et défaitiste pendant la seconde guerre mondiale :

"... ces thèses (de Lénine), tout en arrivant à des conclusions franchement révolutionnaires, contiennent dans leurs prémisses certaines idées qui, si elles sont mal comprises et encore plus mal appliquées devaient mener à de dangereuses déviations et donc par là-même, à de graves défaites prolétariennes.... la notion de classe a un caractère essentiellement international : ce point fondamental de la conception marxiste a été examiné de façon plus approfondie par Rosa Luxembourg qui, à peu près en même temps que Lénine, est arrivée par d'autres voies à des conclusions différentes et à les dépasser... Brièvement, le problème que Rosa soulevait et qui se heurtait aux thèses de Lénine est le suivant : le capitalisme, dans son ensemble mondial suit une voie essentiellement unitaire : les désaccords qui le troublent ne sont jamais tels qu'ils brisent la solidarité de classe qui préside à la défense de ses Intérêts fondamentaux... A faire abstraction de la considération très importante que déjà, en 1914, Rosa avait raison contre Lénine lorsqu'elle affirmait que l'époque des luttes de libération nationale était terminée avec la constitution des grands Etats européens et que dans la phase de décadence du capitalisme, toutes les guerres avalent nettement un caractère impérialiste (alors que, selon Lénine, les guerre nationales étaient encore possibles et les tâches des révolutionnaires vis-à-vis de celles-ci étaient différentes de celles à assumer face aux autres), il n'en reste pas moins le fait que le cours de la situation qui s'est ouvert avec la guerre d'Afrique, confirme de façon lumineuse la vérité des thèses de Luxembourg". (Prometeo, clandestin 1er novembre 1943)

Aujourd'hui encore Battaglia défend la position révolutionnaire sur les soi-disant "luttes de libération nationale", mais pour la défendre contre Programma à qui se réfère-t-il ? à Lénine ! :

"Il faudrait rappeler aux prétendus Internationalistes en question comment Lénine écrit vis-à-vis des soi-disant "guerres nationales" en réalité des guerres impérialistes... Lénine explique que dans toutes les guerres, le seul vaincu, c'est le prolétariat", (B.C n°18-décembre 1976)

Pour ménager la chèvre et le chou, positions révolutionnaires et "autorité léninienne", Battaglia est contraint de faire dire à Lénine le contraire de ce qu'il a dit historiquement et entre autre en se démentant lui-même comme l'a montré la citation de Prometeo. Ainsi, l'incapacité de faire une critique complète des erreurs de la IIIème Internationale (ceci vaut en particulier pour le parti) comporte le fait que même sur les questions dans lesquelles les erreurs ont été dépassées on ne parvient pourtant jamais à une véritable clarté. Par exemple, dans la question syndicale, Battaglia reconnaît que dans la vague révolutionnaire, la classe détruira les syndicats et que c'est la tâche des communistes d'en dénoncer dès maintenant la nature bourgeoise. Mais on écrit que :

"(En ce qui concerne les syndicats), s'éloigner de la ligne tracée par l'œuvre de Lénine, c'est de toute façon une chute verticale dans le vide... Le cadre de toujours reste fondamental, tout comme cela a été pour Marx, puis Lénine et tout comme nous le connaissons aujour­d'hui". (Prometeo n°18, p.9, 1972)

Alors, si rien n'est changé, pourquoi le prolétariat devrait-il détruire ses anciens instruments, les syndicats. Si le syndicat est celui "de toujours", pourquoi écrire dans la plateforme :

"Catégoriquement, le Parti affirme que, dans la phase actuel le de domination totalitaire de l'impérialisme (souligné par nous), les organisations syndicales sont indispensables à l'exercice de cette domination". (Plate-forme 1952, P.C Int.).

Les camarades de Battaglia nous accusent de fossiliser leur position sur les groupes Internationalistes d'usine, qui dans la réalité sont des organes du parti, de véritables courroies de transmission entre le parti et la classe. Dans un article sur la récente Rencontre d'Oslo (B.C n°13), ils constatent que même la Comunist Workers' Organisation n'arrive pas à comprendre le rôle de ces groupes. Nous pensons qu'une incompréhension aussi largement diffusée, est due surtout à la réelle ambiguïté de leur rôle. On nous dit qu'ils sont des organes de parti, mais comment un organe de parti peut-II se baser sur des éléments qui, dans leur grand nombre, ne militent pas dans le parti ? On nous dit que les courroies de transmission du parti dans la classe sont ces groupes et non ceux des coordinations ouvrières qui surgissent spontanément. Bien. Mais, si les mots ont un sens, la courroie de transmission dans un moteur est l'élément qui assure la médiation entre deux autres éléments (et en effet les camarades de Battaglia parient "d'organismes intermédiaires"). Mais si un organisme est intermédiaire, c'est-à-dire est à moitié chemin entre  le parti  et  la classe, comment peut-il être "un organisme de parti" ? La Gauche Italienne a toujours refusé  la ligne de l'Internationale visant à l'organisation du parti sur la base des cellules d'usine et avec l'argumentation que les ouvriers étaient des militants du parti  comme n'importe quel autre et que seule une organisation basée sur des sections territoriales pouvaient garantir une militance politique de tous ses membres. Battaglia semble résoudre la question en prévoyant à côté de la structure territoriale pour tous  les militants une sous-structure "intermédiaire" réservée seulement aux militants ouvriers. Nous ne pensons pas qu'il s'agit d'un pas en avant. Pour la même raison, nous ne pensons pas que c'est "un souci d'ordre intellectuel" que de voir une contradiction entre la dénonciation des syndicats comme contre-révolutionnaires et la présence en leur sein comme délégués syndicaux. Plus ces délégués seront combatifs et dévoués aux intérêts de la classe, plus seront renforcées chez les ouvriers la possibilité "d'utiliser les syndicats". Il ne s'agit pas de simples plaintes de pessimistes mais d'un danger réel comme le montre le fait que Battaglia, qui soutient néanmoins qu'il a les idées claires sur les Conseils d'Usine (Documents de  la Gauche Italienne n°1, p.7, Janvier 1974) arrive à déclarer :

"Il y a des données de toute autre nature à  la I.B Mec. d'Asti où  la participation ouvrière est très grande, pourquoi ? Parce qu'à la I .B Mec. d'Asti le Conseil d'Usine agit indépendamment ou mieux sur  la base des Intérêts ouvriers et non sur les directives "pompiéristes" de La­ma et Cie". (Battaglia Comunista n°l  Janvier 1977)

On finit donc par participer au chorus que depuis des mois la gauche extra-parlementaire a commencé à chanter : redonner du souffle aux structures de base du syndicat, les conseils d'usine en les opposant aux "méchants sommets", c'est à dire Lama et Cie (Voir à ce propos l'assemblée du Théâtre Lyrique "pour un syndicat de Conseil"). Si on voulait suivre  les méthodes polémiques de Battaglia, on pourrait sans difficulté déclarer que sa seule préoccupation est la chasse aux fauteuils des bureaucrates syndicaux. Mais ce n'est pas vrai  et nous  le savons bien. Nous pensons au contraire que ces erreurs-là sont une réponse fausse à une exigence juste et fondamentale : la défense militante des positions révolutionnaires dans la classe et dans ses luttes. Nous n'avons pas non plus la présomption de détenir toute la vérité. Mais les positions que nous défendons ne sont pas de "simples abstractions géométriques" développées dans l'atmosphère raréfiée des bibliothèques. Passées à l'épreuve des faits dans les cercles ouvriers qui ont surgi de la  lutte de classe en Espagne, en Belgique, en France et ailleurs, elles se sont bien révélées autre chose que de "l'intellectualisme".

GROUPES POLITIQUES PROLETARIENS

"Enoncé de façon présomptueuse (puisque nous ne savons pas de quel droit le CCI s'empare du rôle d'eau pure opposée au marais de la confusion entre les groupes de  la Gauche Communiste), le premier document théorise en partant d'une position au-dessus des partis : nous sommes la vérité, tous les autres le chaos".(B.C n°10-11)

Un groupe qui imagine être le seul dépositaire de la vérité révolutionnaire, "l'imaginerait" justement. Mais si nous relisons notre résolution sur les "groupes politiques prolétariens ([10]), nous ne trouvons pas de telles bêtises; la résolution se conclue justement en soulignant la nécessité absolue de "nous garder de considérer que nous sommes le seul et unique groupe révolutionnaire existant aujourd'hui (Revue Internationale n°11, p.22). Loin de vanter notre incapacité innée à commettre une erreur quelconque, nous affirmons :

"Le CCI doit... se garder de recommencer ses erreurs passées qui ont conduit Révolution Internationale par exempte à écrire "nous doutons de l'évolution positive d'un groupe venant de l'anarchisme" dans une lettre adressée au "Journal Lutte de classe" dont les membres allaient un an plus tard avec ceux du RRS et du VRS fonder la section du CCI en Belgique" (Revue lnt.n°11, p.20). Et pourtant, on aurait beaucoup à citer sur les erreurs des autres.il existe par exemple des groupes qui prétendent être déjà parvenus à une clarté parfaite alors que les autres commenceraient tout juste maintenant à éclaircir leurs idées :

"La tâche propre aux révolutionnaires de tous les pays, là où Ils sont organisés en Parti (Italie) ou là où Ils agissent comme petits groupes ou simplement des individus isolés, se précise de plus en plus". (Prometeo, n°26/27, p.16, 1976)

Mis à part le ton d'auto-exaltation mythologique et la réduction à de petits groupes en phase d'orientation pour le CCI, le PIC et la CWO qui ont une plate-forme, on peut penser que, pour Battaglia, les trois autres groupes qui en Italie se réclament de la Gauche Italienne (Programma Comu­nista, Rivoluzione Comunista et Partito Comunista) ne sont pas révolutionnaires ou ne sont pas des partis! Mais la chose la plus amusante est le fait, qu'après avoir d'une façon désinvolte annulé d'un simple trait l'existence même de Programma Comunista, Battaglia trouve "absurdes et ridicules" nos critiques à cette organisation dans notre résolution sur les groupes politiques prolétariens. Quelle est notre position ? :

"Concernant ce dernier groupe, quel que soit le degré atteint par sa régression, Il n'existe pas à 1'heure actuelle d'é1ément décisif permettant d'établir qu'elle est passée comme corps dans le camp de la bourgeoisie. Il faut mettre en garde contre une appréciation hâtive sur ce sujet qui risque non pas de favoriser, mais d'entraver le travail d'éléments ou tendances qui peuvent tenter; au sein de ces groupes, de résister contre ce cours de dégénérescence, ou de s'en dégager" (Revue Internationale n°11, p.21).

Nous considérons Programma Comunista comme un groupe qui se situe encore dans le camp prolétarien, donc nous sommes ouverts à la discussion et à la polémique politique. Ce n'est pas par hasard que dans notre presse "nous avons déploré son mépris manifeste pour la Conférence Internationale convoquée par Battaglia. Mais quelle ne fut pas notre surprise quand, ayant reçu (après avoir beaucoup Insisté) la liste des organisations auxquelles Battaglia avait expédié 1'Appel, aux groupes internationaux de la Gauche Communiste pour la Conférence de Milan, nous n'avons trouvé ni Programma ni les autres organisations qui se réclament de la Gauche Italienne. Il y a donc deux possibilités : soit Battaglia n'a pas expédié l'Appel à ces organisations et dans ce cas, elle a essayé de se faire passer au niveau International comme le seul groupe héritier de la Gauche Italienne, soit elle les a Invités, et, face à leur refus, n'a pas daigné les nommer. Quel que soit le cas ([11]), elle a démontré dans les faits son incompréhension que face aux groupes politiques qui sont sur un terrain de classe, quelles que soient leurs erreurs, Il est nécessaire : "de conserver une attitude ouverte à la discussion, discussion qui doit se mener pu publiquement et non à travers des échanges confidentiels" (Revue lnt. n°11.p.22) Et surtout, il faut savoir ne pas se laisser aller à des réactions émotives, à des représailles polémiques et à des obstinations sur des problèmes formels; c'est pour cette raison que notre attitude envers Programma Comunista ne change pas par le simple fait qu'il nous a qualifiés d’imbéciles" ([12]) .

BATTAGLIA COMUNISTA, LE CCI ET LA CWO

"SI la CWO, avec plus de sérieux, se montre ou vert à l'approfondissement critique et ne s'érige pas en maître du communisme, les confusionnistes du CCI prétendent donner des sentences sur les confusions des autres en rangeant parmi les groupes confus la fleur des réactionnaires gauchistes, comme les trotskystes" (B.C n°l3).

Pour que notre nature de "marxistes du dernier moment" soit plus claire, Battaglia a pensé à nous opposer à un groupe "sérieux", la CWO. Mais pour arriver à son but, elle doit nous attribuer les positions erronées des autres et vice-versa. Battaglia fait semblant de ne pas savoir (ou probablement, elle ne le sait pas vraiment) que la CWO a rompu tout rapport avec nous en 1976 après nous avoir défini non pas comme confus mais comme "contre-révolutionnaires"([13]). Les camarades de la CWO ont maintenu cette position absurde pendant presque deux ans, refusant toute discussion avec nous malgré nos propositions publiques en ce sens (W.R n°6, Revue Internationale n°9 et 10). Cette attitude ultra-sectaire l'a amenée à un isolement croissant et à la désagrégation : d'abord la scission de Liverpool (l'ancien Workers' Voice) après la scission des sections d'Edimbourg et d'Aberdeen, qui réclamaient l'ouverture de discussions avec le CCI en vue de leur Intégration dans le Courant.

Les camarades restés dans la CWO, même s'ils continuent à nous qualifier de "contre-révolutionnaires" ont enfin annoncé "que l'article dans la Revue Internationale n°l0 était politiquement assez sérieux pour pouvoir constituer la base d'une reprise de débat et donc nous sommes obligés d'essayer de faire comprendre encore une fois au CCI les conséquences de ses théories"([14]) et Ils ont maintenu une attitude fraternelle lors de la Conférence "non-léniniste d'Oslo" où nous avons défendu en commun les positions révolutionnaires. En ce qui concerne les trotskystes, notre Résolution parle clair : "Parmi les parti passés à la bourgeoisie, on peut nommer principalement les partis socialistes issus de la 2ème Internationale, les partis communistes Issus de la 3ème Internationale de même que les organisations appartenant au monarchisme officiel et également les courants trotskystes...En ce sens, on ne doit rien attendre des différentes scissions trotskystes qui régulièrement se proposent de sauvegarder ou revenir à "un trotskysme pur" ([15]). Mais si nous n'avons jamais pris les trotskystes pour des confus, il y en a qui, malheureusement, les ont pris pour des révolutionnaires : Battaglia Comunista a invité à la Conférence de Milan deux organisations trotskystes françaises, Union Ouvrière et Combat Communiste, et elle a défendu longuement cette invitation contre nos protestations et notre ferme opposition à n'lm-porte quelle discussion avec des organisations contre-révolutionnaires. Cette opposition n'a pas été simplement exprimée de vive voix dans une rencontre avec la CE de Battaglia mais a été publiée dans notre presse :

"... tout en mettant en garde contre l'absence de critères politiques, ce qui permet l'invitation de groupes tels que les trotskystes-modernistes d'Union Ouvrière ou les mao-trotskystes de Combat Communiste, dont nous ne voyons pas la place dans une conférence de communistes..."([16]). Après tout cela. Il faut pas mal d'inconscience pour écrire que c'est nous qui n'avons pas les idées claires sur la nature réactionnaire du trotskysme.

L'ETAT DANS LA PERIODE DE TRANSITION

Nous n'avons pas l'intention, ici, de nous étendre sur ce sujet aussi complexe que vital pour les révolutionnaires, ni même de réfuter les simplifications désinvoltes que Battaglia énumère à ce propos (ceci trouvera sa place dans le développement ultérieur de la discussion). Nous nous contenterons de souligner les bourdes les plus retentissantes et mettre au clair le cadre dans lequel cette discussion doit se situer.

Pour les camarades de Battaglia, le projet de résolution présenté par le Bureau International du CCI n'est rien d'autre que la négation de la dictature du prolétariat au profit d'un "organe au-dessus des classes, ce qui se rattache, comme une conséquence logique à la défense que les partis de gauche font de "l'Etat de tous". Il est bon de rappeler ici que des accusations analogues avaient été faites par la CWO, pour ne nommer qu'elle. Quel est aujourd'hui le bilan de toutes ces accusations ? Voici ce qu'une importante minorité de la CWO a été conduite à admettre :

"La CWO soutient que le CCI serait partisan d'une soumission de la classe ouvrière à un quelconque "Etat Interclassiste". S'il en était ainsi, le CCI aurait effectivement franchi les frontières de classe. Mais en réalité, si on se prend la peine de suivre les textes du CCI sur la période de transition, on y trouve défendues les mêmes positions de classe que la CWO... Le CCI met clairement en relief que SEULE la classe ouvrière peut disposer du pouvoir politique... Il y est clair que SEULE la classe ouvrière peut s'organiser en tant que classe; la seule concession faite à cet égard concerne les paysans qui peuvent s'organiser sur une base géographique pour faire connaître leurs besoins au prolétariat"([17]).

La thèse défendue dans le projet de résolution et dans maints autres textes précédents, exprime l'idée que l'expérience de la révolution russe a démontré de façon tragique que la dictature du prolétariat, la dictature des conseils ouvriers ne peut s'identifier avec cet Etat engendré par la subsistance de la division de la société en classes au lendemain même de la révolution, il en découle que la dictature du prolétariat ne s'exerce pas dans l'Etat ni à travers l'Etat mais sur l'Etat, qu'en conséquence celui-ci ne pourra être -comme l'a toujours dit le marxisme- qu'un "demi-Etat" destiné à s'éteindre progressivement et pour cela privé de toute une série de caractéristiques particulières, tel par exemple le monopole des armes.

Battaglia joue de l'équivoque et s'indigne :

"Mais alors l'Etat bourgeois a, lui, le monopole des armes, par contre celui qui surgira de la révolution prolétarienne, non!" (B.C n°12) laissant ainsi entendre au lecteur que, d'après nous, le prolétariat devrait se partager fraternellement les armes disponibles avec les anciennes classes possédantes, au nom d'une soi-disant très démocratique "lutte pour le monopole". En réalité, dans la résolution, l'Etat n'a pas le monopole des armes pour la simple raison que la classe, en ne s'identifiant pas à lui, ne le lui délègue pas :

"La domination de la dictature du prolétariat sur l'Etat et l'ensemble de la société se base essentiellement :

- sur l'interdiction de toute organisation propre aux autres classes en tant que classes,

- par sa participation hégémonique au sein de l'organisation d'où émane l'Etat,

- sur le fait qu'elle s'impose comme seule classe armée".(Revue Internationale n°11, p.26)

Puis Battaglia entreprend de nous présenter comme des gens aveuglés par une sorte de phobie de l'Etat due à des "amours libertaires non encore assoupies" :

"Faire de tous les effets négatifs de l'Etat la cause principale de la dégénérescence de la révolution d'Octobre - comme le théorise de façon explicite le document - c'est avoir compris bien peu de l'expérience de la révolution russe, c'est prendre des vessies pour des lanternes, les effets pour les causes". (B.C n°l2).

Et Battaglia d'assumer la tâche aisée de rappeler le poids sur la révolution, de l'encerclement, le reflux de la vague révolutionnaire, etc. Mais le rappeler à qui ? Le CCI a toujours défendu que "de même que la révolution russe fut le premier bastion de la révolution Internationale en 1917, le premier d'une série de soulèvements prolétariens internationaux, de même sa dégénérescence en contre-révolution fut l'expression d'un phénomène international, le résultat de l'échec de l'action d’une classe internationale, le prolétariat" ([18]), menant de dures polémiques contre ceux qui ne volent comme cause de la dégénérescence que les erreurs du parti bolchevik et son identification avec l'Etat. La résolution affirme que l'Etat fut "le principal agent", c'est-à-dire l'Instrument de la contre-révolution, contrairement aux prévisions des bolcheviks, pour qui la contre-révolution ne pouvait s'affirmer qu'au travers de la destruction de l'Etat soviétique par les généraux blancs et les armées d'Invasion du capital mondial. Il revint cependant à l'Etat soviétique, renforcé au maximum pour mieux "défendre la révolution", de prendre en charge son étranglement ainsi que celui du parti bolchevik, en tant que parti prolétarien.

Bref, le projet de résolution sur la période de transition constitue un "brusque détour des voies de la science révolutionnaire", détour qui est d'autant plus grave qu9II n'a d'autre justification que celle de l’originalité à tout prix" (souligné par nous). Battaglia tombe ici vraiment mal. Notre débat sur la période de transition, les contributions élaborées au cours des années, se situent dans une continuité directe des recherches menées par les minorités révolutionnaires des années 30. Ceci est particulièrement vrai pour la Gauche Italienne qui énonçait comme tâche des révolutionnaires la résolution des "NOUVEAUX PROBLEMES POSES PAR L'EXERCICE DU POUVOIR PROLETARIEN EN RUSSIE" (Bilan, nov.1933), et qui parvint à fournir une contribution, qui pour ne pas avoir été définitive, n'en fut pas moins fondamentale :

"Mais l'Etat soviétique ne fut pas considéré essentiellement par les bolcheviks, au travers des terribles difficultés contingentes, comme un "fléau dont le prolétariat hérite et dont il devra atténuer les effets les plus fâcheux" (Engels), mais comme un organe qui pouvait être totalement identifié avec la dictature du prolétariat et donc avec le Parti... Bien que Marx, Engels, et surtout Lénine, aient, plus d'une fois, souligné la nécessité d'opposer à l'Etat son antidote prolétarien, capable d'empêcher sa dégénérescence, la révolution russe, loin de garantir le maintien et la vitalité des organisations de classe du prolétariat, les a stérilisées en les intégrant dans l'appareil étatique et en a ainsi dévoré la substance même" ([19])

On peut certes être  en divergence avec ces positions et/ou avec les conclusions qui en ont été tirées par la Gauche Communiste de France (Internationalisme) pendant les années 40 et par nous aujourd'hui : l'existence d'un débat ouvert sur ces thèmes au sein de notre organisation en est la meilleure preuve ([20]). Mais présenter tout ce travail comme un ridicule souci "d'originalité", c'est au contraire fournir la meilleure preuve du processus de sclérose auquel Battaglia se trouve confrontée.

Mais à peine a-t-on prononcé ce terme de sclérose que les camarades de Battaglia sentent le sang leur monter à la tête, l'interprétant comme une tentative de les définir comme une bande de vieillards artérioscléroses et recroquevillés. Ce n'est pourtant pas en termes d'Insultes que nous parlons de sclérose à l'égard des groupes qui ont survécu des anciens courants révolutionnaires, tout comme ce n'est pas sur un ton d'éloge que nous constatons "l'agilité" de tous ceux (Togliatti, etc.) qui ont, avec la plus grande désinvolture, sauté de l'autre côté de la barricade. Il n'en demeure pas moins qu'un groupe révolutionnaire ne peut pas subir pendant près de 50 ans l'influence du poids de la contre-révolution triomphante, au sein même des rangs de la classe ouvrière, sans qu'il s'en dégage la moindre conséquence :

"En règle générale, d'ailleurs, leur sclérose est, en partie la rançon qu'ils paient à leur attachement et à leur fidélité aux principes révolutionnaires, à leur méfiance à l'égard de toute Innovation qui a constitué, pour d'autres groupes, le cheval de Troie de la dégénérescence ([21]), méfiance qui les a conduits à rejeter les actualisations de leur programme, rendues nécessaires par l'expérience historique"([22]).

Dans la réalité, la capacité de dépasser et de dénoncer les faiblesses de la position de Lénine sur la question nationale (positions que le Parti Communiste d'Italie avait, en son temps, entièrement fait siennes) a constitué un facteur Important dans la défense du défaitisme révolutionnaire, menée par le Parti Communiste International pendant la IIème guerre mondiale. Mais au cours de la longue période de paix sociale qui s'est ouverte avec l'après-guerre, le processus de sclérose a pris, en grande partie, le dessus sur le travail d'enrichissement des positions de classe. Si Programma Comunista a cru résoudre tous les problèmes et, proclamant le retour à toutes les vieilles erreurs de la IIIème Internationale, Battaglia - comme nous l’avons vu -tente elle de concilier la défense de positions de classe et une adhésion "rigide" au "léninisme". Ainsi, par exemple, dans un article sur le parti bolchevik paru dans Prometeo ([23]). L’auteur des articles sur le second congrès du CCI, à côté d'une polémique juste "contre ces conceptions qui Identifient l'exercice de la dictature - qui doit être le fait de la classe et d'elle seule - avec la dictature du parti", attaque surtout "ces conceptions débordantes de préjugés bourgeois, telles celles de Rosa Luxembourg, suivant lesquelles la dictature consiste dans l'application de la démocratie et non dans son abolition". Nous ne pensons pas que ce soit ici le lieu pour répondre à ces simplifications et déformations des critiques adressées par la grande révolutionnaire à l'expérience bolchevique. D'ailleurs, il y a quelques années, Battaglia s'est, elle-même chargée de le faire en publiant, en italien la brochure "La Révolution Russe" de Rosa et en affirmant, par la plume autorisée d'Onorato Damen, que :

"La dictature du prolétariat de demain, quelque soit le pays où elle agira, constituera une expérience nouvelle, en ce sens qu'elle synthétise ra l'intuition et l'optimisme révolutionnaires de Luxembourg et l'irremplaçable enseignement de Lénine" ([24]).

Mais peut-être l'auteur de l'article ne le savait pas et peut-être s'est-ll laissé aller au plaisir de "l'originalité à tout prix" à l'égard de son propre parti. Nous ne pouvons que constater : Il s'agit encore une fois des zigzags typiques de cette prétendue "Invariance" rigide.

LE DEBAT ENTRE LES REVOLUTIONNAIRES ET LES QUESTIONS OUVERTES

"Ainsi, d'après les auteurs de l'article (peut-être d'après tous les camarades du CCI ? Nous en doutons ...), l'Etat au cours de la période de transition est une question sur laquelle II est permis et même nécessaire de discuter au sein d'une organisation révolutionnaire aux aspirations vraiment internationales... Ce qui est tout à fait Inacceptable, c'est la prétention du CCI d'être une organisation Internationale de révolutionnaires. Il serait plus juste de l'appeler "groupe international d'études", groupe avec lequel, bien entendu, nous sommes toujours prêts à collaborer en donnant le meilleur de nous-mêmes". (B.C. n°14).

Contrairement à ce que semble penser aujourd'hui Battaglia Comunista, les frontières de classe qui déterminent l'appartenance au camp prolétarien, n'ont pas été toutes codifiées dans le Manifeste de 1848. La Commune de Paris a démontré que "l'Etat bourgeois se détruit mais ne sa conquiert pas", et l'entrée du capitalisme dans sa phase de décadence, marquée par l'éclatement de la première guerre mondiale a rendu inutilisables pour la classé toutes les vieilles tactiques réformistes. De façon spécifique, dans ce dernier cas, il est parfaitement compréhensible que les révolutionnaires n'aient pas été capables, sur le moment, de mesurer l'ampleur du changement qualitatif. Mais aujourd'hui, après 50 ans de démenti historique, les refus de 669 tactiques est devenu une frontière de classe, dont la défense est la base de toute organisation révolutionnaire. La plate-forme du CCI, base d'adhésion unique dans tous les pays, assume cette fonction et c'est à faire sa critique que nous invitons quiconque voudrait sérieuse ment démontrer notre inexistence comme organisation Internationale des révolutionnaires. C'est au sein de ce cadre programmatique cohérent qu'il est permis, même nécessaire de discuter sur tous les problèmes que l'expérience historique de la classe n'a pas encore résolus. Avec Bilan, nous pensons que le court exercice du pouvoir par le prolétariat en Russie, loin de confirmer toutes les vieilles convictions du mouvement ouvrier, a soulevé de "nouveaux problèmes" auxquels II faut donner une solution dans la perspective révolutionnaire. Contribuer à la préparation de cette solution, telle est la tâche qui anime tous les militants du CCI dans cette discussion, qui se situe fermement à l'intérieur du cadre tracé par l'expérience russe (la dictature du prolétariat n'est pas la dictature du parti, etc.). Mais ce problème ne concerne pas uniquement le CCI; Il est l'affaire de tout le mouvement révolutionnaire. C'est pourquoi le débat est mené de façon ouverte, face à l'ensemble de la classe, Invitant les autres groupes à participer au débat.

C'est cette attitude qui nous a aidés è assumer dans les faits l'effort de regroupement des révolutionnaires au niveau International, cette tâche que nous avons "la prétention" de faire nôtre. C'est pour cela que nous pouvons entreprendre une discussion avec d'autres groupes sans besoin de "nous donner du courage" en affirmant qu'il s'agit uniquement de fournir une aide maximum de notre part à d'inoffensifs studieux, privés de toute cohérence Interne.

         Si nous avons publié dans notre presse un texte de Battaglia fortement critique à notre égard ([25]) ce n'est ni par éclectisme, ni par faiblesse : "Loin de s'exclure, fermeté sur les principes et ouverture dans l'attitude vont de pair : nous n'avons pas peur de discuter précisément parce que nous sommes-convaincus de la validité de nos positions" ([26]). En fait, nous soutenons fermement que la discussion publique au sein et entre les organisations prolétariennes soit le patrimoine du mouvement ouvrier et non de quelque Institut International des Hautes Etudes Sociales. C'est ainsi que Bilan publia - à propos de la guerre d'Espagne - les textes de la minorité scissionniste et nous- mêmes les avons reproduits en publiant aujourd'hui les textes de Bilan sur cette question ;

"Ce n'est certes pas un scrupule moral qui a motivé ce choix, c'est encore moins une volonté de se tenir au-dessus de la mêlée (étant donné notre prise de position sans équivoque) qui nous a conduits à publier les textes des deux tendances. La politesse n'a rien à faire ici. Nous laissons volontiers aux héros des guerres Impérialistes la haute satisfaction de porter des fleurs à l’ennemi vaincu. Le débat politique n'est pas pour nous un beau geste, une "touche de classe", quelque chose qui nous distingue et nous fait remarquer, mais au contraire, UNE NECESSITE ELEMENTAIRE VITALE A LAQUELLE IL NE SAURAIT ETRE QUESTION DE RENONCER". ([27])



[1] Les documents et les procès-verbaux de la Conférence sont publiés sous la forme d'une brochure ronéotée en français et anglais et comme numéro spécial de Prometeo en Italien. On peut se procurer ces textes au PCInt. Casella Postale 1753 -Milano-Italie-

[2] Voir Battaglia Comunista nô 10-11 et 12 -Août-septembre  1977.

[3] Rivoluzione  Internazionale n°10, p.4, sept.77.

[4] "L'insondable profondeur du marxisme occidental" dans  'Le Prolétaire n°203-204-octobre  1975.

[5] C'est  le cas de Battaglia pour les groupes qui viennent de  la Gauche  Italienne,  de Spartacus-Bond pour la Gauche Hollandaise (voir "Spartacus-Bond terrorisé par les fantasmes bolcheviks, Revue Internationale n:2).

[6] Battaglia Comunista n°l3-octobre  1977.

[7] Bulletin d'Etude et de Discussion de RI  n°!0, p.3l.

[8] Voir par exemple "La crise monétaire" dans RI ancienne série n°2, février  1969.

[9] Ainsi  nous nous sommes solidarisés avec les grèves d'août  1975 des cheminots   Italiens malgré l'Intervention démagogique des syndicats autonomes (Rivoluzione  Internazionale n°3).

[10] Rivoluzione  Internazionale n°7, p.23

[11] Probablement le deuxième, étant donné les "allusions" de Programma : "Toutefois,  de temps en temps, nous recevons des appels,  pas très convaincus, certainement peu convaincants, pour une rencontre sur la base d'un programme très général de lutte contre  l'opportunisme"  (Program­ma Comunista,  n°l2,  Juin  1976).

[12] Voir article de Programma Comunista n°2l, nov.1977, auquel   nous répondrons dans notre prochain numéro de Rivoluzione  Internazionale.

[13] Voir "Les convulsions du CCI" dans Revolutionary Perspectives n°4. Selon ces camarades, en en effet, notre refus de considérer le parti bolchevik et l'IC dans son ensemble comme totalement réactionnaires à partir de  1921,  fait de nous "un de ces nombreux groupes qui  font partir la contre-révolution après  1921". Les camarades de Battaglia qui  se réclament explicitement du Parti  de Livourne (1921) et des Thèses de Rome savent désormais ce que la CWO pense d'eux.

[14] Revolutionary Perspectives n°8, p.38.

[15] Revue  Internationale n°11, p.19-20.

[16] Revue  Internationale n°8,  p.46,  déc.1976.

[17] "Frontières de classe et organisation", texte de la section d'Aberdeen et d'Edimbourg, publié maintenant dans Revolutionary Perspectives n°8

[18] "La dégénérescence do  la révolution russe", p.l8 dans  la Revue  Internationale n°3.

[19] Bilan n°28, mars-avril 1936. Pour une Histoire de  la Gauche Italienne dans  l'exil,  voir Revue Internationale n°9. p.10.

[20] Voir à ce propos  le contre-projet de résolution écrit par quelques camarades dans  la Revue Internationale n°11,  p.27. Voir encore dans le même numéro la lettre critique envoyée par le camarade E. et la réponse de R.Victor, p.31.

[21] C'est pour cela que nous avons toujours condamné le mépris "juvénile" de groupes qui tels, Union Ouvrière à qui II a suffi d'une année pour Juger théoriquement et expérimenter pratiquement la formidable pauvreté de tous les "bordigo-pannekoeko-révisionnistes et de leurs sous-produits critiques" (U.O de décembre 1975); leur mépris pour les vieilles "momies" de la Gauche Communiste n'est en réalité qu'un mépris vis-à-vis des difficultés que rencontre le prolétariat pour se hausser à la hauteur de ses tâches historiques. Le naufrage d'Union Ouvrière dans la confusion après "une année" en est la meilleure preuve.

[22] Revue Internationale n°11, p.21

[23] Prometeo n°24-25, p.35, 1975.

[24] "La Révolution Russe" de Rosa Luxembourg, Edizione Battaglia Comunista, sans date.

[25] Introduction aux textes sur la divergence dans la Rivoluzione  Internazionale n°1.

[26] "Lettre de Battaglia Comunista" publiée dans la Revue Internationale n°8 (Eds française, anglaise et espagnole) avec une réponse approfondie et documentée de notre part. Depuis, près d'un an s'est écoulé et nous attendons toujours une réponse.

[27] Revue Internationale n°11, p.22.