ONU : le repaire de brigands capitalistes fête ses 60 ans.

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Du 14 au 16 septembre, les dirigeants de 150 pays ont fêté les 60 ans de l’ONU. Partis avec de grandes et belles promesses dans leurs bagages, rivalisant pendant le sommet de beaux discours humanitaires et pacifistes, ils sont revenus les mains encore plus vides qu’à l’aller. Le plus grand sommet de l’histoire de cette institution a été une des plus belles expressions de son impuissance à traiter les problèmes du monde et des divergences qui l’habitent.

Voilà bientôt 60 ans, la bourgeoisie, par la voix de l’ambassadeur américain Henry Cabot Lodge, essayait de faire avaler au monde que la création de l’ONU était destinée, non pas "à nous emmener au paradis", mais "à nous sauver de l’enfer". La naissance de l’ONU, le 24 octobre 1945, était donc la "garantie", après la Seconde Guerre mondiale, d’un "plus jamais ça". C’est de la même manière que la classe dominante avait présenté la fondation de la Société des Nations (SDN) avec la promesse que la Première Guerre mondiale serait "la Der des ders". On sait ce qu’il en fut !

Pourquoi la SDN a-t-elle été totalement impuissante devant la marche inexorable à la guerre dans les années 1930 ? Pourquoi l’ONU, à sa suite, s’est trouvée tout aussi incapable de mettre un terme aux conflits armés en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud et en Afrique, qui se sont développés sans discontinuer à peine la Seconde Guerre mondiale terminée ? Pourquoi encore ses multiples résolutions et autres gesticulations n’arrivent-elles même pas à donner un coup de frein au chaos guerrier grandissant qui ravage aujourd’hui des continents et des régions de plus en plus grandes de la planète ?

Loin d’être la garante d’une quelconque volonté de paix de la part de la bourgeoisie, l’ONU, à une bien plus grande échelle que son ancêtre la SDN, que Lénine qualifiait de "repaire de brigands", n’est en réalité qu’un lieu d‘affrontements privilégié entre toutes les puissances, petites ou grandes. Il s’agit d’un panier de crabes où se nouent et se dénouent des alliances, où se pèsent et s’évaluent des rapports de force impérialistes et militaires, le tout enrobé de la terminologie humanitariste la plus hypocrite.

Ces deux institutions ont été accouchées respectivement par les deux conflits mondiaux qui ont ensanglanté la planète au 20e siècle, de purs produits de la période impérialiste et de la décadence capitaliste. L’objectif premier de la SDN de "conserver la paix en Europe", puis celui de l’ONU "d’assurer la sécurité collective" n’ont jamais eu d’autre signification que de pérenniser les accords, pris immédiatement après chaque guerre mondiale, pour régir le dépeçage du monde entre vautours impérialistes.

La SDN sera ainsi créée à partir du Traité de Versailles qui redéfinissait les frontières de l’Europe au profit des puissances victorieuses et donnait le feu vert au pillage en règle des forces productives allemandes comme à une exploitation forcenée de la classe ouvrière en Allemagne. Quant à la naissance de l’ONU, c’est au cours d'un autre  repartage du monde, cette fois entre Staline, Churchill et Roosevelt à Yalta, pendant les massacres qui marquent la fin de la guerre au Japon ([1]) et en Allemagne que la charte onusienne et le Conseil de sécurité seront créés afin d’institutionnaliser la prédominance planétaire des vainqueurs de 1945.

Et c’est au sein de l’ONU que vont s’affronter ouvertement dès 1947 les bourgeoisies russes et américaines qui prendront la tête des deux blocs impérialistes dont les rivalités pour imposer leur ordre respectif vont ensanglanter la planète jusqu’en 1989. Chacune des résolutions de l’ONU ne sera qu’un moment de légitimation des actions militaires des grandes puissances, accentuant dans l’arène onusienne la dynamique de foire d’empoigne entre diplomaties impérialistes rivales.

Avec la fin de la Guerre froide et l’effondrement du bloc de l’Est, la discipline qu’imposaient les Etats-Unis et l’URSS à leurs différents "alliés" au sein de l’ONU va voler en éclats. La période de "chacun pour soi" ainsi ouverte va se concrétiser par une contestation ouverte de la part des seconds couteaux. L’URSS elle-même explosera un an plus tard, et les Etats-Unis vont voir leurs anciens alliés, en particulier la France et l’Allemagne, remettre en cause de plus en plus fortement leur leadership. Et si l’Amérique pouvait encore avec peine mobiliser l’ONU derrière elle lors de la première Guerre du Golfe en 1990, toutes ses interventions ultérieures l’ont contrainte à utiliser l’OTAN, qu’elle contrôlait mieux.

La remise en cause ouverte de l’hégémonie des Etats-Unis n’a pas calmé les dissensions au Conseil de Sécurité et dans l’ONU. Bien au contraire, cette organisation bourgeoise est devenue plus que jamais un nid de vipères, et toutes les interventions qu’elle effectue ou fait engager au nom du "maintien de la paix" ne sont encore et toujours que de nouvelles expressions des rivalités qui s’exacerbent  entre toutes les puissances, petites ou grandes.

L’ONU et son histoire sont à l’image du système capitaliste, dans lequel l’humanité n’est que chair à canon ou source de profit, dans lequel la solidarité, l’union, l’entente sont des mots dont la bourgeoisie se sert d’autant plus qu’elle n’a aucune intention de les mettre en pratique.

Il n’y a que deux moments où les nations capitalistes peuvent s’unir : soit pour faire la guerre à d’autres nations, soit pour écraser la classe ouvrière en lutte.

Azel (19 septembre)


[1] Le 26 juin, l’ONU était créée, les 6 et 9 août, les Etats-Unis, après avoir arrosé de bombes incendiaires le Japon durant des semaines, larguaient deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.

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