Théories des crises et décadence : Notre réponse, I

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Les convulsions économiques actuelles, la vague de licenciements qui frappe tous les travailleurs du monde et principalement ceux des pays les plus industrialisés, n'est pas sans semer de larges doute,., par rapport à la propagande assourdissante qui ne cesse de parler de la "bonne santé" et des "radieuses perspectives" de ce système social, justifiant une certaine inquiétude quant à son devenir.

En discuter, voir quelles sont les théories existant dans le mouvement révolutionnaire et quelle est celle qui parvient à l'explication la plus cohérente de l'état de choses actuel et sur ses perspectives, est en conséquence de la plus grande importance. La correspondance que nous publions ici s'inscrit dans ce sens. Le camarade ne nourrit pas le moindre doute quant à la décadence du capitalisme. Son point de départ est la position fondamentale issue du premier congrès de l'Internationale communiste : « Une nouvelle époque est née. Epoque de désagrégation du capitalisme, de son effondrement intérieur. Epoque de la révolution communiste du prolétariat (...). La période actuelle est celle de la décomposition et de l'effondrement de tout le stystème capitaliste mondial et qui sera celle de l’effondrement de la civilisation européenne en général, si on ne détruit pas le capitalisme avec ses contradictions indissolubles. » Il partage aussi les positions politiques qui découlent de cette analyse historique : « L'impossibilité de réformes autentiques et de l’autodétermination nationale, la nature impérialiste de toutes les nations, la nature réactionnaire de toutes les fractions de la bourgeoisie, la nature mondiale de la révolution prolétarienne. » Dans le même sens, il affirme que « la principale force des analyses de l'impérialisme de Boukharine, Luxemburg, Bilan, Mattick, de la Gauche communiste de France et du CCI se trouve dans la reconnaissance du caractère global de la décadence capitaliste » et il insiste sur l'importance essentielle de voir le capitalisme dans sa totalité et non abstraitement ou partiellement, mettant en évidence que malgré les critiques qu'il nous adresse, « par dessus tout, c'est la rigueur et la cohérence du programme politique du Courant qui influe de façon déterminante dans la clarté et la perspicacité de ses analyses ».

Dans ce cadre, le camarade rejette la thèse de Rosa Luxemburg sur l'explication théorique de la crise capitaliste, et il pense que le CCI tombe dans le dogmatisme sur cette question, affirmant que Marx « n'explique la crise capitaliste qu'uniquement en termes de baisse du taux de profit, parce que cette dernière englobe le processus total de l'accumulalion capitaliste. »

Notre réponse ne va pas aborder toutes les questions que pose le camarade. Nous nous limiterons à exposer quels sont les problèmes concrets auxquels répondent les deux théories qui se sont essentiellement développées dans le mouvement marxiste pour expliquer la crise historique du capitalisme (la tendance à la baisse du taux de profit et la tendance à la surproduction) ; nous tenterons de démontrer qu'elles ne sont en rien contradictoires et que d'un point de vue global et historique, précisément, c'est la tendance à la sur­production qui se dégage des propres travaux de Marx et fut plus tard développée par Rosa Luxemburg ([1]) -, qui permet l'explication la plus juste et qui intègre la tendance à la baisse du taux de profit de façon cohérente. Dans le même sens, nous tenterons d'éclaircir une série de malentendus quant aux analyses de Rosa Luxemburg.

 La baisse tendancielle du taux de profit

Le capitalisme a développé de façon prodigieuse la productivité du travail humain sur tous les plans de l'activité sociale. Les transports, par exemple, qui sous la féodalité étaient limités aux méthodes lentes du cheval, de la charrette et du bateau à voiles, ont été développés par le capitalisme jusqu'aux incroyables vitesses atteintes successivement par le chemin de fer, le bateau à vapeur, l'avion et le train à grande vitesse. Le Manifeste du Parti cornrrtuni.sle rend compte de cet énorme dynamisme du système capitaliste :

« Elle [la bourgeoisie] a réalisé bien d'autres merveilles que les pyramides d'Egypte, les aqueducs romains et les cathédrales gothiques, elle a conduit bien d'autres expéditions que les grandes invasions et les croisades (...)

« Par son exploitation du marché mondial, la bourgeoisie a rendus cosmopolites la production et la consommation de tous les pays. Pour le plus grand regret des réactionnaires, elle a retiré à l'industrie sa base nationale. (...)

« Par l'amélioration rapide de tous les instruments de production, par les commu­nications rendues infiniment plus faciles, la bourgeoisie entraîne toutes les nations, jusqu'aux plus barbares, dans le courant de la civilisation. Le bas prix de ses marchandises, est son artillerie lourde, avec laquelle elle rase toutes les murailles de Chine, avec laquelle elle contraint à capituler les barbares xénophobes les plus entêtés. »

Pour cette raison, alors que « la conservation de l'ancien mode de production était (...) la première condition d'existence de toutes les classes industrielles du passé », la bourgeoisie au contraire « ne peut exister sans révolutionner toujours plus avant les instruments de production, donc les rapports de production, donc l'ensemble des rapports sociaux. »

Les adulateurs du capital soulignent unilatéralement cette caractéristique du système en l'attribuant à "l'esprit d'entre­prise", à la fougue "innovatrice" que la liberté de commerce aurait soi-disant libérée chez les individus. En reconnaissant à sa juste mesure la contribution historique du capitalisme, Marx démonte cependant ces chants de sirène.

Pour commencer, il met en évidence la base matérielle de ces prodigieuses transfor­mations. Le capitalisme contient une tendance permanente à ce que le capital constant (les machines, les immeubles, les installations, les matières premières...) croisse proportion­nellement davantage que le capital variable (le travail des ouvriers). Celui-là est la coagulation d'un travail réalisé antérieure­ment, c'est-à-dire un travail mort, alors que celui-ci met en mouvement ces moyens pour créer de nouveaux produits, c'est le travail vivant. Dans le capitalisme, le poids du travail mort tend à être toujours plus lourd au détriment du travail vivant. En d'autres termes, le capital constant (travail mort) croît proportionnellement davantage que le capital variable (travail vivant). C'est ce qu'on appelle la tendance à l'augmentation de la composition organique du capital.

Quelles sont les conséquences sociales et historiques de cette tendance ? Marx les met en évidence, révélant le côté obscur et destructeur de ce que les propagandistes du capital présentent unilatéralement comme le Progrès, avec une majuscule. En premier lieu, il engendre une tendance permanente au chômage, qui tend à devenir chronique avec la décadence du capitalisme ([2]). Mais il démontre aussi que l'accroissement de la composition organique du capital signifie globalement que la masse de travail vivant tend à décroître, et avec elle la source des bénéfices des capitalistes, la plus-value arrachée aux ouvriers ; comme le signalait Mitchell dans l'article déjà cité : « une seule consommation l'émeut [le capitalisme], le passionne, stimule son énergie et sa volonté, constitue sa raison d'être : la consommation de la force de travail! ». Selon les propres termes de Marx, « l'augmentation progressive du capital constant pur rapport au capital variable doit nécessairement avoir pour effet une baisse graduelle du taux de profit général, ou degré d'exploitation du travail par le capital, restant le même » (Le Capital, Vol. lll, Sect. 3, Ch. IX "Définition de la loi "). En d'autres termes, le développement de la productivité du travail qui se traduit par l'accroissement de la composition organique du capital a comme contrepartie la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. C'est pour cela que Mitchell peut affirmer que « la loi de la baisse tendancielle du taux de profit est génératrice de crises cycliques et sera un puissant ferment de décomposition de l'économie capitaliste décadente. » ([3])

 Les limites de la baisse tendancielle du taux de profit

 Au 19° siècle, époque historique d'expansion et d'apogée du capitalisme, où l'humanité stupéfiée assistait à une interminable succession d'inventions et de progrès qui transformaient tous les aspects de la vie sociale, Marx, de façon rigoureusement scientifique, fut capable de voir dans ces progrès les facteurs de la future crise historique et de la décomposition d'un système qui en était encore à son zénith. Il fut le premier à découvrir cette loi et systématisa ses conséquences historiques possibles. Et sa rigueur et sa méticulosité l'amenèrent précisément à voir aussi les limites de cette loi, les facteurs qui la contrecarraient et ses propres contradictions : « Si l'on considère le développement énorme des forces productives du travail social, ne fût-ce que dans les trente dernières années (..) alors la difficulté que les économistes ont rencontrée jusqu 'ici n'est pas d'expliquer la baisse du taux de profit comme telle, mais plutôt les raisons pain­lesquelles cette baisse n 'u pas été plus importante ni plus rapide. Des influences contraires interviennent sans doute, qui contrarient, voire annulent, l'effet de la loi générale, et qui la réduisent à une simple tendance ; c'est d'ailleurs pourquoi nous avons caractérisé la baisse du taux général du profit comme une baisse tendancielle. » Ce questionnement débute le Chapitre X de la Section 3 du Volume III du Capital, et s'intitule « Influences contraires. » Dans ce chapitre, Marx énumère six « influences contraires » :

a) L'intensité croissante de l'exploitation du travail

b) L'abaissement du salaire

c) la diminution de prix des éléments du capital constant

d) la surpopulation relative

e) le commerce extérieur

f) l'accroissement du capital-actions.

Dans les limites de cet article, nous ne pouvons faire une analyse en profondeur de ces "influences contraires ", de leur portée ni de leur validité. Mais nous devons souligner la plus importante : si le taux de bénéfices décroît, le taux de plus-value tend à augmenter ([4]), c'est-à-dire que les capitalistes tentent de compenser la baisse de leurs bénéfices en augmentant l'exploitation de l'ouvrier. Contre les thèses partisanes des bourgeois, syndicalistes et économistes selon lesquelles le progrès technique et la productivité diminueraient l'exploitation, Marx signale que « la baisse tendancielle du taux de profit va de pair avec une hausse tendancielle du taux de plus-value, donc avec un accroisse­ment du degré d'exploitation du travail. Dés lors, quoi de plus absurde que d'expliquer la baisse du taux de profit par une hausse du taux de salaire, bien que cela puisse arriver quelquefois, à titre exceptionnel. Il faut d'abord comprendre les conditions qui forment le taux de profit, avant que la statistique puisse permettre de vraies analyses du taux de salaire à différentes époques et dans différents pays. Le taux de profit ne baisse nullement parce que le travail devient improductif mais parce qu'il devient plus productif » (Le Capital, Vol. III, Sect. 3, Ch. V, « Le commerce extérieur »)

C'est là la réalité de tout le 20° siècle, au cours duquel le capitalisme a férocement intensifïé l'exploitation de la classe ouvrière : « Il faut remarquer que malgré une certaine baisse par rapport à ceux du siècle dernier, les taux de profit actuels se sont maintenus a une valeur appréciable de l'ordre de 10% - maintien qui est essentiellement imputable à la formidable augmentation du taux d’exploitation subie par les travailleurs : sur une même journée de 10 heures, si l'ouvrier du 19° siècle en travaillait 5 pour lui et 5 pour le capitaliste (rapports fréquemment envisages par Marx), l'ouvrier actuel en travaille une pour lui et 9 pour le patron. » ([5]) (Révolution internationale ancienne série, n° 7, "la crise : allons-nous vers un nouveau 29 ? ")

Ainsi « cette théorie des crises [celle qui les explique par la baisse tendancielle du taux de profit] présente l'intérêt de dégager le caractère temporaire du mode de production capitaliste et la gravité sans cesse accrue des crises qui secoueront la société bourgeoise. Avec une telle vision, on peut donc partiellement interpréter le changement qualitatif qui s'est produit entre le 19° et le 20° siècle dans la nature des crises : la gravité croissante des crises trouverait son explication dans l'aggravation de la tendance à la baisse du taux de profit mais cette vision ne suffit pas à notre avis à tout expliquer et en particulier à trouver une réponse satisfaisante aux deux questions : 1) pourquoi les crises se présentent-elles sous la forme d'une crise de marché ? 2) pourquoi à partir d'un certain moment, les crises n'ont-elles pu que déboucher sur la guerre alors qu'auparavant, elles trouvaient une solution pacifique ? » (idem)

Le rôle du marché

 Le capitalisme ne se caractérise pas uniquement par sa capacité à augmenter la productivité du travail. Sa caractéristique essentielle se trouve en réalité dans la généralisation et l'universalisation de la production marchande : "Bien que la marchandise ait existé dans la plupart des sociétés, l'économie capitaliste est la première qui soit basée fondamentalement sur la production de marchandises. Aussi 1'existence de marchés sans cesse croissants est-elle l'une des conditions essentielles du développement du capitalisme. En particulier, la réalisation de la plus-value produite par l'exploitation de la classe ouvrière est indispensable à l'accumulation du capital, moteur essentiel de la dynamique de celui­ ci. " (Plate-forme du CCI, point 3). Le capitalisme n'est pas le fruit d'artisans intelligents ou d'innovateurs géniaux, mais celui des marchands. La bourgeoisie surgit en tant que classe de commerçants et elle a eu recours tout au long de son histoire -aujourd'hui y compris - à des formes de travail de productivité très réduite :

-  elle profite de l'esclavage pendant une bonne partie du 19° siècle ;

- elle emploie massivement encore aujour­d'hui le travail forcé des détenus, comme le montre la première concentration indus­trielle du monde, les Etats-Unis ([6]) ;

- elle continue à exploiter le travail domestique ;

- elle a utilisé pendant de longues périodes diverses formes de travail forcé ;

- le travail des enfants est aujourd'hui en pleine expansion.

La raison d'être du capitalisme est le bénéfice maximum, qui trouve son cadre global dans le marché. Il faut cependant préciser les termes de "marché" et de "production mercantile."

Les économistes bourgeois présentent le marché comme un monde "de producteurs et de consommateurs", comme si le capitalisme était un simple système d'échanges de marchandises dans lequel chacun vend afin de pouvoir acheter le nécessaire pour subvenir à ses besoins. La base du capitalisme se trouve dans le travail salarié, c'est-à-dire dans l'exploitation de cette marchandise spéciale qu'est la force de travail, dans le but d'en tirer le maximum de bénéfice. Ceci détermine une forme spécifique d'échange caractérisée par ces caractéristiques :

1. Elle se réalise à grande échelle, rompant avec le cadre étroit de la région ou même de la nation.

2. Elle perd tout lien avec le troc ou même le simple échange de marchandises propre aux petites communautés locales de producteurs pour prendre mie forme universelle basée sur l'argent.

3. Elle est au service de la formation et de l'accumulation du capital.

4. Comme condition même de son existence ne pouvant trouver de point d'équilibre, elle a besoin de se développer constamment.

Il est certain que le marché n'est pas le but de la production capitaliste. Celle-ci ne se réalise pas pour satisfaire les besoins de consomma­tien des acheteurs solvables, mais pour extirper de la plus-value à une échelle toujours plus ample. Il n'y a malheureusement pas d'autre moyen pour matérialiser la plus-value que de passer par le marché, comme il n'y a pas d'autre moyen d'obtenir une plus-value toujours plus ample qu'en amplifiant le marché.

Au sein du mouvement révolutionnaire, les tenants de l'explication de la crise exclusive­ment par la baisse tendancielle du taux de profit, comme le camarade, tendent à relativiser ou à nier purement et simplement le rôle du marché dans la crise du capitalisme. Ils allèguent que le marché n'est jamais que le reflet de ce qui se passe sur le terrain de la production. Selon eux, les proportionnalités entre les divers secteurs de la production capitaliste (essentiellement le secteur I des moyens de production et le secteur II des moyens de consommation) se manifestent dans l'équilibre ou les déséquilibres du marché.

Ce schéma abstrait néglige totalement les conditions historiques dans lesquelles croît et se développe le capitalisme. S'il était concevable de voir le marché comme une foire médiévale où les producteurs exposent le fruit de leurs récoltes ou de leurs productions artisanales à des consommateurs qui cherchent à compléter ou à troquer ce qui leur manque pour leur subsistance, alors effectivement le marché serait le reflet de ce qui se passe dans le domaine de la production. Mais le marché capitaliste ne ressemble en rien à cette image d'Epinal. Sa base principale est l'expropria­tion des producteurs directs, les séparant de leurs moyens de subsistance et de production, les convertissant en prolétaires et les soumettant progressivernent, à partir de là, au système de l'échange mercantile. Ce mouvement de lutte contre les formes économiques précapitaliates se réalise dans et par le marché, et peut s'étendre sans rencontrer d'obstacle décisif tant qu'existent sur le globe des territoires de dimension suffisante, non soumis à la production capitaliste.

Marx et la question du marché

 Les partisans de la baisse tendancielle du taux de profit affirment souvent que Marx n'a pas pris en compte la question du marché à l'heure d'analyser la cause des crises du capitalisme. Une analyse sommaire de ce que Marx a réellement dit dans le Capital comme dans d'autres oeuvres montre qu'il n'en est rien.

1. Il commence par affirmer la nécessité pour les marchandises de se vendre pour que se réalise la plus-value et se valorise le capital. « A mesure que le processus se développe, qui s'exprime dans la baisse du faux de protif, la masse de plus-value ainsi produite s’accroît immensément. Vient alors le second acte du processus. Il faut que toute la masse des marchandises, le produit total, aussi bien la partie qui représente le capital constant, que celle qui représente la plus-value, se vende. »

(Le Capital, Vol. III, Sect. 3, Conclusions : « les contradictions internes de la loi ») Il affirme en outre que « si la vente ne s'opère pas ou bien qu'elle ne s’opère que partiellement ou à des prix inférieurs au prix de production, il y a bien eu exploitation de l'ouvrier, mais elle n’est pas réalisée comme telle pour le capitaliste : elle peut même aller de pair avec l’impossibilité totale ou partielle de réaliser la plus-value extorquée, voire de la perte total ou partielle du capital. » (idem)

L'extraction de plus-value n'est pas la fin du processus de production capitaliste, encore faut-il vendre les marchandises pour réaliser la plus-value et valoriser le capital. Dans le Livre 1, Marx nomme cette seconde partie « le saut mortel de la marchandise ». L'extraction de plus-value (qui détermine un taux moyen de bénéfice à partir du niveau atteint par la composition organique du capital) est une unité avec la réalisation de la plus-value qui est déterminée par la situation générale du marché mondial.

2. Il définit le marché comme étant le cadre global pour réaliser la plus-value. Quelles sont les conditions de ce marché ? Est-il une simple manifestation externe, la forme épidermique d'une structure interne détermi­née par la proportionnalité entre les différentes branches de la production et la composition organique générale ? C’est l'idée de ceux qui parlent de la « méthode abstraite de Marx » et qui accusent d'empirisme toute tentative de parler de "marché" ou de choses aussi prosaïques que de la nécessité de "vendre" les marchandises. Marx ne les suit heureuse­ment pas sur ce terrain : « Les conditions de l 'exploitation directe et celles de sa réalisation ne sont pas les mêmes : elles diffèrent non seulement de temps et de lieu, mais même de nature. Les unes n'ont d'autre limite que les productives de la société, les autres la proportionnalité des différentes branches de la production et le pouvoir de consommation de la société. » (idem)

3. Il met en évidence que les rapports de production capitalistes, basés sur le travail salarié, déterminent les limites historiques du marché capitaliste. Mais qu'est-ce qui détermine ce « pouvoir de consommation de la société » ? « Celui-ci n 'est déterminé ni par la force productive absolue ni par le pouvoir de consommation absolue : il l'est par le pouvoir de consommation, qui a pour base des conditions de répartition antagoniques  qui réduisent la consommation de la grande masse de la société à un minimu variable dans des limites plus ou moins étroites. » (idem)

Le capitalisme est une société de production marchande basée sur le travail salarié. Ce dernier détermine une certaine limite à la capacité de consommation de la grande majorité salariée de la société : le salaire doit plus ou moins osciller autour du coût de la reproduction sociale de la force de travail. C'est pour cela que Marx affirme catégorique­ment dans le Capital que « la raison ultime de toutes les crises réelles, c'est toujours la pauvreté et la consommation restreinte des masses, face à la tendance de l'économie capitaliste à développer les forces productives, comme si elles n'avaient pour limite que le pouvoir de consommation absolu de la société » (idem, Chap.XVII, La pléiade, p. 1206). Cette capacité de consommation de la grande masse « est, en autre, restreint par le désir d'accumuler, la tendance a augmenter le capital et à produire de la plus-value sur une échelle plus étendue. C'est une loi de la production capitaliste qu'impose le boule­versement continuel des méthodes de production, par la dépréciation concomitante du capital existant, la concurrence générale et la nécessite d'améliorer la production et d'en étendre l'échelle, ne fût-ce que pour la maintenir, et sous peine de courir à la ruine. » (idem)

4. Il conçoit la nécessité de l'élargissement constant du marché dans la perspective de la constitution du marché mondial. Marx considère inévitable l'amplification constante du marché, condition de l'accumulation capitaliste : « Il faut, par conséquent, constamment élargir le marché, si bien que ses interrelations et les conditions qui les règlent prennent de plus en plus la forme d'une loi naturelle indépendante des producteurs et deviennent de plus en plus incontrôlables. C'ette contradiction interne tend à être compensée par l'extension du champ extérieur de la production. Mais, plus !es foces productives se développent, plus eles entrent en conflit avec les fondements étroits sur lesquels reposent les rapports de consommation. Il n'est nullement contradictoire, sur cette base remplie de contradictions, qu'un excès de capital soit lieà un excès croissant de population. Bien que la combinaison des deux puisse accroitre la masse de la plus-value produite, la contradiction entre les conditions où cette plus-value est produite et les conditions où elle est réalisée s'en trouverait accrue. » (idem)

Il considère que la formation du marché mondial est la tâche historique fondamentale du capitalisme : « Talonnée par le besoin de débouchés toujours plus étendus pour ses produits, la bourgeoisie gagne la terre entière. Il lui faut se nicher partout, s'installer partout, créer partout des relations. » (Manifeste du Parti communiste) Lénine va d'ailleurs dans le même sens : « L'important est dans 1’impossibilité de survie et de développement du capitalisme sans étendre constamment sa sphère de domination, sans coloniser de nouveaux pays, sans incorporer d'anciens pays non capitalistes au tourbillon de l'oconomie mondiale. » (Le développement du capitalisme en Russie).

5. Il donne une grande importance au marché sur la question de la formation des crises. Mais cette tendance conduit en même temps à l'aggravation de ses contradictions par ses propres rapports de production basés sur le travail salarié : « Si le mode de production capitaliste est, par conséquent, un moyen historique de développer la puissance matérielle de la production et de créer un marché mondial approprié, il est en même temps la contradiction permanente entre cette mission historique et les conditions correspondantes de la production sociale. » (idem) C'est pour cela que l'évolution du marché est la clé du surgissement des crises « Admettre que le marché doit s'élargir avec la production, c’est d’un autre point de vue, admettre la possibilité de la surproduction, parce que le marché est limité extérieurement géographiquement... Il est parfaitement envisageable que les limites du marché ne puissent s'élargir suffisemment vite pour la production ou bien que les nouveaux marchés soient si rapidement absorbés par celle-ci que le marché élargi devienne une entrave pour la production comme l'était le marche antérieur plus limité. »

Il pose la question dans le Manifeste du parti communiste : « Dans les crises éclate une épidémie sociale qui serait apparue à toutes les époques antérieures comme une absur­dité : l'épidémie de la surproduction. La société se trouve brusquement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu'une famine, qu’une guerre générale d’anéantissement lui ont coupé tous les moyens de subsistance : l'industrie, le commerce semblent anéantis, et pourquoi ? Parce qu'elle possède trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne servent plus à faire avancer la civilisation bourgeoise et les rapports de propriété bourgeois : au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ces rapports, ils sont entravés par elles ; et dès qu'elle surmontent cet obstacle, elles portent toute la société bourgeoise eu désordre, elles mettent en péril l'existence de la société bourgeoise. Les rapports bourgeois sont devenus trop étroits pour contenir les richesses qu'elles ont produites. Par quel moyen la bourgeoisie surmonte -t-elle les crises ? D’une part par l’anéantissement forcé, d'une masse de forces productives, d’autre part par la conquête de nouveaux marchés et 1'exploitation plus poussée des anciens. Par quel moyen donc ? En préparant des crises plus étendues et plus violentes et en diminuant les moyens de les prévenir. »

Cet élément est très important pour comprendre les causes de la crise historique du capitalisme, de sa décadence irréversible. Alors que dans des modes de production antérieurs les crises étaient des crises de sous-production (famines, sécheresse, épidémies... ), les crises capitalistes sont les premières de l'histoire a être des crises de surproduction. La misère de la majorité ne trouve pas son origine dans la pénurie de moyens de consommation mais dans leur excès. Le chômage et les fermetures d'usine ne sont pas dus à la pénurie de biens ou à l'absence de machine mais à leur profusion. La destruction et la destruction, la menace de l'effondrement dans la barbarie, sont le fruit de la surproduction. Ceci nous montre aussi la base du communisme, la tâche de la société future : orienter les forces productives vers la pleine satisfaction des besoins humains, libérant l'humanité du joug du travail salarié et du marché.

La contribution de Rosa Luxemburg

 Marx avait étudié les deux faces dont est constitué, dans sa globalité, le système capitaliste. Une face est la production de plus-value et de ce point de vue le taux de profit, le développement de la productivité du travail et la tendance à la baisse tendancielle du taux de profit sont déterminants. Mais l'autre face est celle de la réalisation de la plus-value, et ce qui intervient de coté-ci c'est le marché, les limites imposées par les rapports de production eux-mêmes, rapports basés sur le travail salarié et le besoin de conquérir de nouveaux marchés autant pour réaliser la plus-value qu'en vue d'en obtenir de nouvelles sources (séparation de la part des producteurs de leurs moyens de production et de vie et leur intégration dans le travail salarié).

Les deux faces, ou pour le dire plus précisément, les deux contradictions, contiennent les prémisses des convulsions qui amènent le capitalisme à sa décadence et à la nécessité pour la classe ouvrière de le détruire et d'instaurer le communisme. Globalement, Marx a fait une formulation plus élaborée sur la première "face", mais, comme nous venons de le voir, il adonné une grande importance à la deuxième face.

On peut aisément comprendre ce déséquilibre en analysant les conditions historiques dans lesquelles Marx vivait et luttait. Entre 1840 et 1880, la période où Marx mène son activité militante, le trait dominant de la production capitaliste est celui d'une accélération prodigieuse des découvertes techniques, et le développement chaque fois plus étendu de l'industrie. A la suite des exagérations de 1848, quand le Manifeste prévoyait une crise économique quasi définitive, Marx et Engels s'engagent sur une analyse plus circonspecte, en tenant compte de tous les facteurs et en faisant une recherche étendue sur la "radiographie de la société."

D'un coté, la bataille principale contre les économistes ct les idéologues de la bourgeoisie avait deux axes : montrer la base matérielle de la production - l'exploitation de l'ouvrier, l'extraction de la plus-value - et montrer le caractère historiquement limité du régime de production capitaliste. Sur ce dernier aspect, ils ont centré sur la démonstration du fait que la tendance la plus encensée par les chantres du capitalisme - la progression de la force productive du travail - contenait en elle ­même les germes de la crise et les convulsions définitives du système - la baisse tendancielle du taux de profit.

D'un autre coté, le problème de la réalisation de la plus-value, même s'il pointait après chaque crise cyclique, n'apparaissait pas comme le problème historique décisif: En 1850, seulement 10% de la population mondiale vivait sous le régime capitaliste et les capacités d'extension du système apparaissaient comme infinies et illimitées : chaque crise cyclique débouchait sur une nouvelle extension du monde capitaliste. Malgré cela, Marx a su apercevoir la gravité que tout cela contenait et montrer la contradiction sous-jacente entre la tendance du capitalisme à produire de manière illimitée et la nécessité inhérente à sa propre structure de contenir dans des limites la consommation de la grande majorité de la population.

La situation change radicalement pendant la dernière décenniedu 19° siècle. Le phénomène de l'impérialisme surgit, les guerres impérialistes s'aggravent, débouchant sur l'effroyable boucherie de 1914. C'est ainsi que la question théorique fondamentale pour comprendre la crise historique du capitalisme est celle de la réalisation de la plus-value et non pas simplement sa production : « On constate la ruée du capital vers les pays non capitalistes, depuis le début du capitalisme et au cours de tout son développement. On la voit s'accentuer, jusqu'à devenir depuis un quart de siècle, dans la phase impérialiste, le facteur dominant de la vie sociale. » (Rosa Luxemburg, Oeuvres IV, L'accumulation du capital, II, "Critique des critiques", page 148)

Rosa Luxemburg aborde ce problème avec une méthode historique. Elle ne se pose pas, comme le prétendent ceux qui la critiquaient, une question conjoncturelle du genre : comment trouver des « tierces personnes », ni capitalistes ni ouvriers, pour faire un débouché des marchandises qu'on arrive pas à vendre ? Elle se pose une question globale : quelles sont les conditions historiques de l'accumu­lation capitaliste? Sa réponse est: « le capitalisme se présente à son origine et se développe historiquement dans un milieu social non capitaliste. En Europe occidental, il baigne d'abord dans le milieu féodal dont il est issu – l’économie de servage de dans la campagne, l'artisanat de corporation à la ville - puis, une fois la féodalité abattue, dans un milieu à la fois paysan et artisan, où par conséquent l'économie marchande simple règne dans l’agriculture, comme dans l'artisanat. En outre, hors d'Europe, le capitalisme européen est entouré de vastes territoires où se rencontrent toutes les formes sociales à tous les degrés d'évolution, depuis les hordes communistes de chasseurs nomades jusqu’à la production marchande, paysanne et artisane. C'est dans ce milieu que se poursuit le processus de l'accumulation capitaliste. » (Chap. 27. « La lutte contre l'économie naturelle ». L'accumulation du capital, Oeuvres IV, p. 40)

Elle distingue trois phases dans ce processus : « la lutte du capital contre l'économie naturelle, sa lutte contre l'economie marchande et sa lutte sur la scène mondilae autour de ce qui reste des conditions d'accumulation. » (ibidem)

Même si ces trois parties sont présente, dans toute la vie du capitalisme, chacune d'entre elles a une suprématie dans chacune de ses phases historiques. Ainsi, pendant la phase d'accumulation primitive - la genèse du capital anglais du 14° au 17° siècles, si bien étudiée par Marx - le trait dominant est la lutte contre l'économie naturelle ; par contre, la période qui va du 17° au premier tiers du 19° siècle est globalement dominée par le deuxième aspect - la lutte contre l'économie simple des marchandises - tandis qu'au dernier tiers du 19°, le facteur déterminant est le troisième : la concurrence exacerbée pour le partage de la planète.

A partir de cette analyse, elle montre que : « le capitalisme à besoin pour son existence et son développement de formes de production non capitalistes autour de lui. Mais cela ne veut pas dire que n'importe laquelle de ces formes puisse lui ètre utile. Il lui faut des couches sociales non capitalistes comme débouchés pour sa plus-value, comme source de moyensde production et comme réservoirs de main-d'oeuvre pour son système de salariat. » (idem)

De ce point de vue historique et global, elle fait une critique au schéma de la reproduction élargie que Marx avait employé pour représenter le processus régulier de l'accumulation capitaliste. Elle ne met pas en question la validité de ce schéma par rapport à l'objectif concret et immédiat que Marx lui avait donné, qui était celui de démontrer contre Adam Smith et l'économie classique bourgeoise que la reproduction élargie était possible et pointer l'erreur que celle-ci faisait en niant l'existence du capital constant. Parce que si on ne reconnaît pas l'existence du capital constant, il est impossible de comprendre la continuité de la production et le rôle du travail accumulé au sein de celle-ci et, par conséquent, l'accumulation du capital est impossible.

Elle ne critique pas non plus ce schéma parce qu'il ne répondrait pas à la réalité immédiate contrairement à ce que le camarade pense, qui attribue à Rosa Luxemburg une "erreur de débutante" - Rosa Luxemburg considère parfaitement légitime le modèle abstrait élaboré par Marx pour cet objectif concret de démontrer que l'accumulation, la reproduction élargie, est possible.

Ce que Luxemburg critique est de présupposer que toute la plus-value extraite est consommée à l'intérieur du monde composé de capitalistes et d'ouvriers. Ce présupposé peut être valable si on veut expliquer le fait que l'accumulation est possible en général, mais il ne sert pas si l'on veut comprendre le processus historique du développement et, par la suite, de crise générale du système capitaliste.

Par conséquent, Rosa Luxernburg fait le constat qu'il existe une partie de toute la plus-value extraite aux ouvriers qui n'est pas consommée par les capitalistes et elle explique que sa réalisation se fait au moyen de la lutte pour rattacher des territoires pré-capitalistes au système marchand et salarié propre au capitalisme. Ce faisant, elle essaye de répondre à une réalité très concrète du capitalisme dans sa période d'apogée ( 1873-­1914) : « Si la production capitaliste constitue elle-même un débouché suffisant pour ses produits et si son extension n'est limitée que par la grandeur de la valeur accumulée, un autre phénomène de l'histoire moderne devient inexplicable : la chasse aux marchés et aux débouchés les plus lointains, et l'exportation des capitaux ces signes les plus marquants de l'impérialisme actuel. C'est lui fait incompréhensible ! Pourquoi tout ce remue-ménage ? Pourquoi la conquête des colonies, pourquoi les guerres de l'opium de 1840 et 1860, les conflits actuels autour des marais du Congo et des déserts de Mésopotamie ? Que le capital reste donc dans son pays d'origine et qu'il gagne honnêtement son pain. Krupp n'aurait qu'à produire pour Thyssen, Thyssen pour Krupp, il leur suffirait de réinvestir leurs capitaux dons leur propres entreprises qu'ils agrandiraient les uns pour les autres et ainsi de suite en cercle ferme. Le mouvement historique du capital devient incompréhensible, et avec lui l’impérialisme actuel. » (idem, Oeuvres IV, p. 158) C'est exactement la même chose que Marx quand il affirme : « Dire que seuls les capitalistes peuvent échanger et consommer leurs marchandises entre eux, c'est oublier complètement le caractère de la production capitaliste et oublier qu'il s'agit pour lui de valoriser le capital et non de le consommer. »

Il faut laisser bien clair que Luxemburg ne conçoit pas les territoires pré-capitalistes comme les "tierces personnes" dont les capitalistes auraient besoin pour placer leurs marchandises en trop, tel que ses critiques le lui reprochent :

« Les buts économiques du capitalisme dans sa lutte contre l'économie naturelle peuvent se résumer ainsi :

1) Appropriation directe d'importantes ressources de forces productives comme la terre, le gibier des forêts vierges, les minéraux, les pierres précieuses et les minerais, le produit des plantes exotiques telles que le caoutchouc, etc.;

2) « Libération » des forces de travail qui seront contraintes de travailler pour le capital ;

3) Introduction de l'économie marchande ;

4) Séparation de l'agriculture et de l'artisanat. »

(Chap. 27, "La lutte contre l'économie naturelle ", L'accumulation du capital, (Euvres IV, p. 41)

Les chantres du capitalisme prétendent que c'est un système basé sur l'échange régulier des marchandises dont se dégage un équilibre graduel entre l'offre et la demande et c'est ainsi que l'économie grandit et se développe. Face à cela, Rosa Luxcmburg affirme que : « L'accumulation capitaliste, dans son ensemble, a donc, comme processus historique concret, deux aspects différent : l'un concerne la production de la plus-value -  à l'usine, dans la mine, dans l'exploitation agricole - et la circulation de marchandises sur le marché. Considérée de ce point de vue, l'accumulation est un processus purement économique dont la phase la plus importante est une transaction entre le capitalisme et le salarié. Dans les deux phases cependant, à l'usine comme sur le marché, elle reste exclusivement dans les limites d'un échange de marchandises, d'un échange de grandeurs équivalentes, sous le signe de la paix, de la propriété privée et de l'égalité. Il a fallu toute la dialectique acérée d'une analyse scientifique pour découvrir comment, au cours de l'accumulation, le droit de propriété se transforme en appropriation de la propriété d'autrui, l’échange de marchandises en exploitation, l'égalité en domination de classe. » (idem, "Le protectionnisme et l'accumulation", p. 116)

Mettre en évidence ce dernier aspect mettre à nu la violence et la destruction contenues dans le simple échange régulier de marchandises - fut le travail de Marx dans le Capital, mais face à la période de l'impérialisme, face à l'entrée du système dans sa décadence, ce qui était crucial était de se centrer sur « L'autre aspect de l'accumulation capitaliste [qui] concerne les relations entre le capital et les modes de production non capitalistes, il a le monde entier pour théâtre. Ici les méthodes employées sont la politique coloniale, le systême des emprunts internationaux, la politique des sphères d'intérêt, la guerre. La violence, l'escroquerie, l'oppres­sion. Le pillage se déploient ouvertement(…) » (idem)

Dans la deuxième partie de cette correspondance, nous publierons un complément que nous a fait parvenir le camarade sur son explication des périodes de reconstruction et sa critique du dogmatisme du CCI sur les questions économiques. Nous développerons pour notre part des précisions en défense des analyses de Rosa Luxemburg et répondrons à ces critiques.

Adalen


[1] Signalons aussi l'importante contribution de Mitchell dans Bilan, « Crises et cycles dans l'économie du capitalisme agonisant », que nous avons rééditée dans la Revue internationale n°102 et 103.

[2] Cf Revue Internationale n° 93, et notre supplément "Le Manifeste sur le chômage. "

[3] Op. cit.

[4] La distinction faite par Marx entre taux de la plus­-value et taux de bénéfices est très importante du point de vue de l'évolution du capitalisme :

- Taux de la plus-value =p/v

(p =plus-value et v=capital variable ou masse totale des salaires)

- Taux de bénéfices =p/(c + v)

(c = capital constant), (p= plus-value et v = capital variable ou masse totale des salaires).

[5] Il ne s'agit pas dans cet article de réfuter l'idée selon laquelle l'ouvrier "moderne" serait beaucoup moins exploité que ses prédécesseurs du 19° siècle. Cette mystification sans cesse répétée est basée surla falsification de ce qu'est réellement l'exploitation. Par rapport à cette question, le lecteur peut se reporter entre autres articles à la Revue internationale n° 73 et 74, "Qui peut changer le monde ? ", et à la série d'articles publiées dans diverses publications territoriales du CCI : « Réponse aux doutes concernant la classe ouvrière ».

[6] Au Texas, l'Elat gouverné par Bush junior aujourd'hui Président des Etats-Unis, existe une industrie pénitentiaire employant près de 200 000 détenus qui produit de nombreux articles de produits de consommation ainsi que des composants électroniques.