L'offensive guerrière de la bourgeoisie exige une réponse unide la part des révolutionnaires
La guerre en Serbie a démasqué les faux révolutionnaires
et mis en évidence l'unité de fond des groupes véritablement internationalistes
Les guerres, comme les
révolutions, constituent des événements historiques d'une grande portée pour
délimiter le camp de la bourgeoisie de celui des révolutionnaires et viennent
donner la preuve de la nature de classe des forces politiques. Il en fut ainsi
pour la première guerre mondiale qui a provoqué la trahison de la
social-démocratie au niveau international, la mort la 2e
Internationale et l'émergence d'une minorité qui va constituer les nouveaux
partis communistes et la 3e Internationale. Il en fut ainsi avec la seconde
guerre mondiale qui confirma l'intégration des différents partis staliniens
dans la défense de l'État bourgeois à travers leur soutien au front
impérialiste "démocratique" contre le "fascisme", mais
aussi des différentes formations trotskistes qui appelèrent la classe ouvrière
à défendre “l'État ouvrier” russe contre l'agression de la dictature
nazi-fasciste, et qui vit aussi la résistance courageuse d'une infime minorité
de révolutionnaires qui surent maintenir le cap au cours de cette terrible
épreuve historique. Aujourd'hui nous ne sommes pas encore face à une troisième
guerre mondiale, les conditions ne sont pas encore mûres et nous ne pensons pas
qu'elles vont l’être dans un futur proche ; toutefois, l’opération
guerrière en Serbie est certainement l’événement le plus grave depuis la fin de
la seconde guerre mondiale et elle a provoqué une polarisation des forces
politiques autour des deux principales classes de la société : le
prolétariat et la bourgeoisie.
Alors que les diverses
formations gauchistes ont confirmé leur fonction bourgeoise par leur soutien
soit à l’attaque de l'OTAN soit à la défense de la Serbie[1],
nous pouvons au contraire constater avec une profonde satisfaction comment les
principaux groupes politiques révolutionnaires ont tous assumé une position
internationaliste cohérente en soutenant les points fondamentaux
suivants :
1. La guerre en cours est
une guerre impérialiste (comme toutes les guerres aujourd’hui) et la classe ouvrière
n’a rien à gagner dans le soutien à l’un ou l’autre front :
“Armer tel ou tel camp –américain
ou serbe, italien ou français, russe ou anglais– ce sont toujours des conflits
inter-impérialistes suscités par les contradictions de l'économie bourgeoise
(...). Pas un homme, pas un soldat pour la guerre impérialiste : lutte
ouverte contre sa propre bourgeoisie nationale, serbe ou kosovar, italienne ou
américaine, allemande ou française.” (Il Programma comunista, n°4, 30 avril
1999)
“Pour les communistes
authentiques, le soutien à tel ou tel impérialisme, en distinguant le plus
faible du plus fort parce qu’entre deux maux il faudrait choisir le moindre est
erroné, opportuniste et malhonnête. Tout appui à un front impérialiste ou
l’autre est un appui au capitalisme. C’est une trahison de toutes les
espérances d’émancipation du prolétariat et de la cause du socialisme.
Le seul chemin pour sortir de
la logique de la guerre passe seulement par la reprise de la lutte de classe au
Kosovo comme dans le reste de l’Europe, aux États-Unis comme en Russie.” (Tract
du BIPR, “Capitalisme veut dire impérialisme, impérialisme veut dire guerre”,
25 mars 1999)
2. La guerre en Serbie,
loin de poursuivre des objectifs humanitaires en faveur de telle ou telle
population, est la conséquence logique de l'affrontement inter-impérialiste au
niveau mondial :
“Les avertissements et
les pressions sur la Turquie, et même la guerre contre l'Irak, n'ont pas arrêté
la répression et le massacre des kurdes ; comme les avertissements et les
pressions sur Israël n'ont pas arrêté la répression et le massacre des
palestiniens. Les missions de l’ONU, les soi-disant forces d'interposition, les
embargos, n'ont ni évité ni arrêté la guerre hier en ex-Yougoslavie, entre
Serbie et Croatie, entre Croatie, Serbie et Bosnie, de tous contre tous. Et
l’intervention militaire des bourgeoisies occidentales organisée par l'OTAN
contre la Serbie n'évitera pas la ‘purification ethnique’ contre les kosovars,
comme elle n'a pas évité non plus le bombardement de Belgrade et de Pristina.
Les missions humanitaires de
l'ONU (...) ont tout au plus ‘préparé’ le terrain à des répressions et des
massacres encore plus horribles. C’est la démonstration que la vision et
l'action humanitaires et pacifistes sont en réalité simplement illusoires et
donc impuissantes.” (“La véritable opposition aux interventions militaires et à
la guerre est la lutte de classe du prolétariat, sa réorganisation classiste et
internationaliste contre toutes les formes d'oppression bourgeoise et de nationalisme”,
supplément à Il comunista, n°64-65, avril 1999).
3. Cette guerre, au-delà
de l'unité de façade, exprime un affrontement entre les puissances
impérialistes engagées dans l'alliance atlantique et principalement entre les États-Unis
d'une part et l'Allemagne et la France d'autre part :
“la ferme volonté des États-Unis
de créer un ‘casus belli’ par l’intervention directe contre la Serbie est
apparue pendant les pourparlers de Rambouillet : ces colloques, loin de
chercher une solution pacifique à la question inextricable du Kosovo, devait
servir au contraire à rejeter la responsabilité de la guerre sur le
gouvernement yougoslave. (...) Le vrai problème pour les États-Unis était en
fait celui de leur propres alliés et Rambouillet a servi à les presser et leur
imposer l’approbation à l'intervention de l'OTAN (...).” (Il Partito comunista,
n°266, avril 1999)
“Pour empêcher que se
consolide un nouveau bloc impérialiste capable de s’opposer au premier, les États-Unis
poussent à l'extension de l’OTAN à l’aire entière des Balkans ainsi qu’à
l’Europe de l’Est (...) Ils prétendent
(...), peut-être le point le plus important, infliger un coup dur aux
aspirations européennes à jouer un rôle impérialiste autonome.
Les européens, à leur tour,
font bonne figure dans ce maudit jeu en soutenant l’action militaire de l'OTAN
seulement pour ne pas risquer d'être complètement exclus d'une région d’une
telle importance.” (Tract du BIPR, “Capitalisme veut dire impérialisme,
impérialisme veut dire guerre”, 25 mars 1999)
4. Le pacifisme, comme
toujours, démontre encore une fois qu’il est l’instrument non pas de la lutte
de la classe ouvrière et des masses populaires contre la guerre, mais le moyen
destiné à les endormir, utilisé par les partis de gauche, ce qui confirme le
rôle de ces derniers de sergent-recruteur de tout futur carnage :
“Ceci veut dire abandonner
toute les illusions pacifistes et réformistes qui désarment et se tourner vers
des objectifs et des méthodes de luttes classistes qui ont toujours appartenu à
la tradition prolétarienne (...)” (Il Programma comunista, n°4, 30 avril 1999)
“Le front bigarré (...)
adresse le même appel pacifiste à tous ceux dont le capital se sert pour faire
la guerre : la Constitution, les Nations Unies, les gouvernements (...).
Enfin, et ce qui en devient ridicule, on demande à ce même gouvernement qui est
en train de faire la guerre... d’être gentil et d’oeuvrer pour la paix.”
(Battaglia Comunista, n°5, mai 1999)
Notre appel au milieu politique prolétarien
Comme on peut le constater,
il s’agit d’une pleine convergence sur toutes les questions de fond sur le
conflit des Balkans entre les différentes organisations qui font partie du
milieu politique révolutionnaire. Toutefois, il existe naturellement aussi des
divergences qui concernent une approche différente de l'analyse de
l'impérialisme dans la phase actuelle et du rapport de forces entre les
classes. Mais, sans sous-estimer ces divergences, nous considérons que les
aspects qui les unissent sont de très loin plus importants et significatifs que
ceux qui les distinguent par rapport aux enjeux du moment et c’est sur cette
base que, le 29 mars 1999, nous avons lancé un appel à l'ensemble de ces
groupes[2]
pour prendre une initiative commune contre la guerre :
“Camarades, ...
Aujourd'hui, les groupes
de la gauche communiste sont les seuls à défendre ces positions classiques du
mouvement ouvrier. Seuls les groupes qui se rattachent à ce courant, le seul
qui n'ait pas trahi au cours de la seconde guerre mondiale, peuvent apporter
une réponse de classe aux interrogations qui ne manqueront pas de se faire jour
au sein de la classe ouvrière. Leur devoir est d'intervenir le plus largement
possible au sein de la classe pour y dénoncer les flots de mensonge que
déversent tous les secteurs de la bourgeoisie et y défendre les principes
internationalistes que nous ont légués l'Internationale communiste et ses
Fractions de gauche. Pour sa part, le CCI a déjà publié un tract dont nous vous
envoyons ici une copie. Mais nous pensons que la gravité des enjeux mérite que
l'ensemble des groupes qui défendent une position internationaliste publie et
diffuse une prise de position commune affirmant les principes de classe
prolétarien contre la barbarie guerrière du capitalisme. C'est la première fois
depuis plus d'un demi-siècle que les principaux brigands impérialistes mènent
la guerre en Europe même, c'est-à-dire le théâtre principal des deux guerres
mondiales en même temps que la principale concentration prolétarienne du monde.
C'est dire la gravité de la situation présente. Elle donne la responsabilité
aux communistes d'unir leurs forces afin de faire entendre le plus fort
possible la voix des principes internationalistes, afin de donner à
l'affirmation de ces principes l'impact le plus grand possible que le
permettent nos faibles forces.
Il est clair pour le CCI qu'une telle prise de
position serait différente par certains aspects de celle contenue dans le tract
que nous avons publié puisque nous savons bien qu'il existe au sein de la
Gauche communiste des désaccords sur certains aspects de l'analyse que nous
pouvons faire de tel ou tel aspect de la situation mondiale. Cependant nous
sommes fermement convaincus que l'ensemble du groupe de la Gauche communiste
peuvent parvenir à un document réaffirmant les principes fondamentaux de
l'internationalisme sans édulcorer ces principes. C'est pour cela que nous vous
proposons que nos organisations se rencontrent le plus rapidement possible afin
d'élaborer un appel commun contre la guerre impérialiste, contre tous les
mensonges de la bourgeoisie, contre toutes les campagnes du pacifisme et pour
la perspective prolétarienne de renversement du capitalisme.
En faisant cette proposition, nous nous estimons
fidèles à la politique menée par les internationalistes, et particulièrement
par Lénine, lors des conférences de Zimmerwald et de Kienthal en 1915 et 1916.
Une politique qui fut capable de surmonter ou laisser de côté les divergences
pouvant subsister entre différents secteurs du mouvement ouvrier européen pour
affirmer clairement la perspective prolétarienne face à la guerre impérialiste.
Evidemment, nous sommes ouverts à toute autre initiative que pourrait prendre
votre organisation, à toute proposition permettant de faire entendre le point
de vue prolétarien face à la barbarie et aux mensonges de la bourgeoisie. (...)
Nous vous adressons nos salutations communiste.
Le CCI.”
______________________________
Les réponses à notre appel
Malheureusement les réponses
à cet appel n'ont pas été à la hauteur de la situation et de notre attente.
Deux des formations bordiguistes, Il Comunista-Le Prolétaire et Il Partito
Comunista, n'ont pas encore répondu à l'appel, malgré une seconde lettre de
proposition envoyée le 14 avril 1999 pour solliciter une réponse. Le troisième
groupe bordiguiste, Programma comunista, avait promis une réponse écrite
(négative), mais nous n'avons rien reçu. Enfin le BIPR nous a fait l'honneur de
répondre à notre invitation par un refus fraternel. Il est évident que nous ne
pouvons que regretter l’échec de cet appel, outre qu’il confirme une fois de
plus, s’il en était encore besoin, les difficultés dans lesquelles se trouve
aujourd'hui le milieu politique prolétarien, encore fortement imprégné de
l’engourdissement sectaire du climat contre-révolutionnaire dans lequel ce
milieu s'est reconstitué. Mais en ce moment, par rapport au problème de la
guerre, notre préoccupation principale n'est pas d'alimenter encore plus les
frictions dans le milieu politique prolétarien en développant une polémique sur
l'irresponsabilité que constitue une réponse négative ou une absence de réponse
à notre appel, mais de développer jusqu’au bout les arguments qui militent en
faveur de la nécessité et de l'intérêt pour la classe ouvrière qu'une
initiative commune soit prise par l'ensemble des groupes internationalistes.
Pour faire cela nous analyserons les arguments opposés par le BIPR (le seul qui
nous ait répondu !) soit par lettre soit dans les rencontres directes que
nous avons eues avec ce groupe, en considérant que beaucoup des arguments du
BIPR pourraient être avec une forte probabilité ceux que nous auraient donnés
les groupes bordiguistes, si seulement ils avaient daigné nous répondre. De
cette façon nous espérons réussir à
faire avancer notre proposition d'initiative commune face à tous les camarades
et toutes les formations politiques de la classe ouvrière et obtenir un
meilleur résultat dans le futur.
Est-il vrai qu'une réponse unie du milieu politique ait nécessairement un “profil bas”?
Le premier argument utilisé
par le BIPR est que les positions des divers groupes sont trop différentes,
motif pour lequel une prise de position commune serait “de profil politique
très bas” et donc peu efficace pour “faire sentir le point de vue prolétarien
face à la barbarie et aux mensonges de la bourgeoisie” (de la lettre de réponse
du BIPR à notre appel).
Et, en appui à ces affirmations, il ajoute :
“Il est vrai que ‘aujourd'hui les groupes de la gauche communiste sont les
seuls à défendre les positions classiques du mouvement ouvrier’, mais il est
vrai que chaque courant le fait d’une manière qui aujourd'hui apparaît
radicalement différente. Nous n'indiquerons pas les différences spécifiques que
tout observateur attentif peut facilement relever ; nous nous limitons à souligner que ces
différences marquent une décantation très importante entre les forces qui se
réclament d’une Gauche communiste générique. ...” (Ibidem)
Ceci est exactement le
contraire de ce que nous venons juste de démontrer. Les citations rapportées au
début de l’article pourraient facilement être changées entre les différents
groupes sans produire aucune déformation politique et, prises tout ensemble,
fournir les éléments politiques de base d'une possible prise de position
commune dont a tant besoin la classe ouvrière en ce moment.
Pourquoi alors le BIPR parle
de “divergences radicales” qui rendraient inefficaces les efforts pour une
initiative en commun ? Parce que le BIPR met sur le même plan les
positions de fond (l’attitude défaitiste
face à la guerre) et les analyses politiques de la phase actuelle (les causes
de la guerre en Serbie, le rapport de forces entre bourgeoisie et
prolétariat...). Nous ne cherchons certainement pas à sous-estimer l'importance
des divergences actuelles dans le milieu politique prolétarien sur ces
analyses. Nous reviendrons sur ces arguments dans un prochain article et notre
critique à ce que nous considérons être une position économiste développée en
particulier par Battaglia Comunista et par Il Partito comunista. Actuellement
nous estimons que le problème le plus important est la sous-estimation que le
BIPR, et avec lui tous les autres groupes cités, exprime en ce qui concerne
l'écho que pourrait avoir une telle initiative.
Ce n'est pas pour rien si,
pour réfuter cette possibilité, le BIPR est contraint de s'attaquer à la
signification des conférences de Zimmerwald et de Kienthal et qu'il arrive à
les sous-estimer énormément.
La signification des conférences de Zimmerwald et
Kienthal
“Pour cette raison la
référence à Zimmerwald et Kienthal présente dans votre lettre-appel n’est
d'aucune référence avec la situation historique actuelle.
Zimmerwald et Kienthal n'ont pas été des initiatives
bolcheviks ou de Lénine, mais plutôt des socialistes italiens et suisses qui
s’y sont réunis et majoritairement les tendances ‘radicales’ internes aux
partis de la Seconde internationale. Lénine et les bolcheviks vont y participer
pour pousser à la rupture avec la 2e Internationale mais :
a) la rupture n’était pas certaine à ce
moment-là, au contraire Lénine est resté en minorité absolue dans les deux
conférences ;
b) il n'est pas sûr que le manifeste de
Zimmerwald ‘affirme clairement la perspective prolétarienne face à la guerre
impérialiste’, mais c’est plutôt les motions de Lénine, rejetées par les
conférences.
Donc présenter la participation des bolcheviks aux conférences de
Zimmerwald et Kienthal comme modèle auquel se référer dans la situation
actuelle n'a pas de sens.” (Lettre de réponse du BIPR à notre appel)
Dans ce passage, après avoir
rappelé des choses évidentes comme le fait que les conférences ont été à
l’initiative des socialistes italiens et suisses et non des bolcheviks (mais
c’est peut-être déshonorant ?), que Lénine y a participé avec l'intention
de pousser à la rupture avec la 2e internationale et que, par conséquent ajoutons-nous, Lénine est
resté en minorité absolue dans les deux conférences, on finit par lancer
l’anathème à ceux qui présentent “les
conférences de Zimmerwald et Kienthal comme modèle auquel se référer dans la situation
actuelle.”
Or, le BIPR ne comprend pas –évidemment
par inattention à la lecture de notre appel– ce que nous-mêmes affirmons :
c'est “la politique menée par les internationalistes,
et particulièrement par Lénine, lors
des conférences de Zimmerwald et de Kienthal en 1915 et 1916 (qui a été
capable) d'affirmer clairement la perspective prolétarienne face à la guerre
impérialiste”. Le problème est que le BIPR semble ignorer l'histoire même de
notre classe. S'il est vrai en fait que les bolcheviks, à la “gauche du
mouvement ouvrier” de l’époque, ont toujours cherché à pousser le plus loin
possible les résultats de ces conférences, ils n’ont jamais imaginé rester en
dehors parce qu’ils comprenaient la nécessité de se rassembler dans un moment
de décantation politique particulièrement forte et cruciale comme celui du
début du siècle. Lénine lui-même y a mené un travail très important animant ce
qui s’est appelé “la gauche de Zimmerwald”, le creuset à partir duquel ont été
forgées les forces politiques qui permettront la construction de la 3e
Internationale. Et, encore à propos du fait que “Zimmerwald et Kienthal n'ont
pas été des initiatives bolcheviks”, voilà ce que pensait la gauche
révolutionnaire de Zimmerwald :
“Le manifeste accepté par la
conférence ne nous satisfait pas complètement. Dans celui-ci il n’y a rien de
particulier sur l'opportunisme déclaré ou sur ce qui se cache derrière les
phrases radicales –de cet opportunisme qui non seulement porte la principale
responsabilité de l’effondrement de l’Internationale, mais qui de plus veut se
perpétuer. Le manifeste ne spécifie pas clairement les moyens pour s’opposer à
la guerre. (...)
Nous acceptons le Manifeste
parce que nous le concevons comme un appel à la lutte et parce que, dans cette
lutte, nous voulons marcher, côte à côte, avec les autres groupes de
l’Internationale. (...)”
(Déclaration de la Gauche
zimmerwaldienne à la conférence de Zimmerwald, signée par N.Lénine, G.Zinoviev,
Radek, Nerman, Höglung et Winter et rapportée dans Les origines de
l'Internationale communiste, de Zimmerwald à Kienthal, J.Humbert-Droz, éditions
Guanda)
Et voilà ce que disait
Zinoviev le lendemain de la conférence de Kienthal :
“Nous, zimmerwaldiens, avons l'avantage de nous être
déjà retrouvés au niveau international, alors que les sociaux patriotes ne
l'ont pas encore pu. Nous devons donc mettre à profit cet avantage pour
organiser la lutte contre le social patriotisme (...).
Au fond, la résolution représente un pas en avant.
Ceux qui confrontent cette résolution avec le projet de la gauche zimmerwaldienne,
en septembre 1915, et avec les écrits de la gauche allemande, hollandaise,
polonaise et russe, devront admettre que nos idées ont été alors dans le sens
des principes acceptées par la Conférence (...).
Lorsqu’on fait le point,
la seconde Conférence de Zimmerwald représente un pas en avant. La vie
travaille pour nous (...).
La Seconde Conférence de
Zimmerwald sera politiquement et historiquement un nouveau pas en avant sur la
voie de la 3e internationale.” (G. Zinoviev, Ibidem)
En conclusion, Zimmerwald et
Kienthal ont constitué deux étapes cruciales dans la bataille que les
révolutionnaires ont conduit pour le rapprochement des révolutionnaires et leur
séparation d’avec les social-patriotes traîtres en vue de la constitution de la
3e Internationale.
Les bolcheviks et Lénine ont
été capables de comprendre ce que représentait pour les ouvriers isolés et
désespérés sur les fronts, le Manifeste de Zimmerwald : un immense espoir
et une sortie de l’enfer. C’est ce que ne comprend malheureusement pas le BIPR.
Il y a des moments dans l’histoire où une avancée des révolutionnaires est plus
importante que mille programmes les plus clairs politiquement, pour paraphraser
ce que disait Marx.
Que reste-t-il ?
La dernière chose qui reste à comprendre, en ce qui
concerne spécifiquement le BIPR, est comment cette organisation, qui il y a
encore quelques mois et depuis quelques années, a pris avec nous toute une
série d'initiatives communes dont les plus significatives sont :
la
participation coordonnée et l'intervention parfois au nom des deux
organisations, dans la deuxième conférence sur l’héritage politique de Trotsky
organisée à Moscou en 1997 par la mouvance trotskiste ;
la tenue d'une réunion publique
commune à Londres sur la révolution russe avec une introduction unique pour les
deux groupes, un seul présidium et la publication d'un même article de bilan
rédigé ensemble par les deux groupes et publié dans les organes de presse
respectifs en langue anglaise Workers Voice et World Revolution ;
une intervention coordonnée entre
les deux organisations dans la confrontation à des groupes parasites en
Grande-Bretagne ;
refuse maintenant toute
initiative de ce type. Quand nous avons posé la question aux camarades de
Battaglia comunista, ceux-ci nous ont répondu que sur la révolution russe on
pouvait travailler ensemble parce que “les leçons étaient acquises depuis
beaucoup de temps”, il s'agit là d’analyses consolidées, de choses du passé,
alors que la guerre est un problème différent, actuel, qui a des implications
sur les perspectives. Or, à part le fait que, outre les réunions publiques sur
la révolution d'octobre, c’est aussi l'intervention faite aux conférences en
Russie qui ne concernait absolument pas le passé, mais par définition le
présent et le futur du mouvement ouvrier, et ce qui est curieux c’est que la
même discussion sur Octobre 1917 est
présentée comme un élément d'archéologie politique plutôt que comme un
instrument pour affiner les armes d'intervention dans la classe ouvrière
aujourd'hui. En somme, encore une fois, les arguments du BIPR sont non
seulement pas valables, mais en plus ils sont faux.
En réalité, à y regarder de
près, ce retournement du BIPR n’est pas tellement mystérieux parce qu'il a été
annoncé et correspond à ce que les camarades ont écrit dans leurs conclusions
de la “Résolution sous le travail international” du 6e congrès de
Battaglia comunista, adoptées par l'ensemble du Bureau et rapportées dans la
réponse du BIPR à notre appel :
“C’est maintenant un principe
acquis de notre ligne de conduite politique que, sauf dans des circonstances
très exceptionnelles, toutes les
nouvelles conférences et réunions internationales entreprises par le Bureau et
ses organisations doivent se situer complètement dans le sens qui mène à la
consolidation, au renforcement et à l’extension des tendances révolutionnaires
du prolétariat mondial. Le Bureau International pour le Parti révolutionnaire
et les organisations qui lui appartiennent adhèrent à ce principe. (...) Et il
est clair à partir du contexte et de l’ensemble des autres documents du Bureau
que par ‘tendances révolutionnaires du prolétariat’ nous entendons toutes les
forces qui vont former le Parti International du prolétariat. Et, –étant
donné la méthode politique actuelle de votre organisation et des autres–
nous ne pensons pas que vous puissiez en faire partie.”
Dans ce passage, au delà de
l’évidence de la première partie, avec laquelle nous pouvons nous aussi être
d'accord, “toutes les nouvelles conférences et réunions internationales (...)
doivent se situer complètement dans le sens qui mène à la consolidation, au
renforcement et à l’extension des tendances révolutionnaires du prolétariat
mondial”, se cache l’idée selon laquelle
le BIPR est, aujourd’hui la seule organisation crédible à l’intérieur de la
gauche communiste (d’où vient cette auto-proclamation d’un type nouveau au sin
du mouvement ouvrier ; mais le BIPR a peut-être comme le pape un
“arrangement avec le ciel”), étant donné la nature “idéaliste” du CCI et la
“sclérose” des bordiguistes : “étant donné la méthode politique actuelle
de votre organisation et des autres, nous ne pensons pas que vous puissiez
faire partie” du “Parti International du prolétariat”. Pour cela, autant vaut
suivre directement sa propre voie par rapport aux organisations soeurs, mais
sans perdre du temps à faire des conférences ou initiatives communes qui
auraient des résultats stériles et sans perspective.
C’est la seule position
claire du BIPR, mais complètement incohérente ou pour le moins avec des raisons
tout à fait spécieuses.
Nous reviendrons sur ces
aspects. En ce qui nous concerne nous savons que le parti naîtra de la
confrontation et de la décantation politiques qui se fera inévitablement au
sein des organisations révolutionnaires existantes.
31 mai 1999, Ezechiele
[1] Voir dans nos différents
organes de presse territoriale des mois d'avril, mai, juin 1999 la dénonciation
des formations faussement révolutionnaire présentes dans chaque pays.
[2] Bureau International pour le
Parti Révolutionnaire (Partito Comunista Internazionalista qui publie Battaglia
Comunista en Italie et Communist Workers Organisation qui publie Revolutionary
Perspectives en Grande-Bretagne) ; Partito Comunista Internazionale (qui
publie Il Comunista en Italie et Le Prolétaire en France) ; Partito
Comunista Internazionale (qui publie Il Partito Comunista) ; Partito
Comunista Internazionale (qui publie Il Programma Comunista en Italie, Cahiers
Internationalistes en France, Internationalist Papers en Grande-Bretagne)
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