A propos de l'appel lancé par le CCI sur la guerre en Serbie

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  • L'offensive guerrière de la bourgeoisie exige une réponse unide la part des révolutionnaires

  • La guerre en Serbie a démasqué les faux révolutionnaires et mis en évidence l'unité de fond des groupes véritablement internationalistes

Les guerres, comme les révolutions, constituent des événements historiques d'une grande portée pour délimiter le camp de la bourgeoisie de celui des révolutionnaires et viennent donner la preuve de la nature de classe des forces politiques. Il en fut ainsi pour la première guerre mondiale qui a provoqué la trahison de la social-démocratie au niveau international, la mort la 2e Internationale et l'émergence d'une minorité qui va constituer les nouveaux partis communistes et la 3e Internationale. Il en fut ainsi avec la seconde guerre mondiale qui confirma l'intégration des différents partis staliniens dans la défense de l'État bourgeois à travers leur soutien au front impérialiste "démocratique" contre le "fascisme", mais aussi des différentes formations trotskistes qui appelèrent la classe ouvrière à défendre “l'État ouvrier” russe contre l'agression de la dictature nazi-fasciste, et qui vit aussi la résistance courageuse d'une infime minorité de révolutionnaires qui surent maintenir le cap au cours de cette terrible épreuve historique. Aujourd'hui nous ne sommes pas encore face à une troisième guerre mondiale, les conditions ne sont pas encore mûres et nous ne pensons pas qu'elles vont l’être dans un futur proche ; toutefois, l’opération guerrière en Serbie est certainement l’événement le plus grave depuis la fin de la seconde guerre mondiale et elle a provoqué une polarisation des forces politiques autour des deux principales classes de la société : le prolétariat et la bourgeoisie.

Alors que les diverses formations gauchistes ont confirmé leur fonction bourgeoise par leur soutien soit à l’attaque de l'OTAN soit à la défense de la Serbie[1], nous pouvons au contraire constater avec une profonde satisfaction comment les principaux groupes politiques révolutionnaires ont tous assumé une position internationaliste cohérente en soutenant les points fondamentaux suivants :

1. La guerre en cours est une guerre impérialiste (comme toutes les guerres aujourd’hui) et la classe ouvrière n’a rien à gagner dans le soutien à l’un ou l’autre front :

“Armer tel ou tel camp –américain ou serbe, italien ou français, russe ou anglais– ce sont toujours des conflits inter-impérialistes suscités par les contradictions de l'économie bourgeoise (...). Pas un homme, pas un soldat pour la guerre impérialiste : lutte ouverte contre sa propre bourgeoisie nationale, serbe ou kosovar, italienne ou américaine, allemande ou française.” (Il Programma comunista, n°4, 30 avril 1999)

“Pour les communistes authentiques, le soutien à tel ou tel impérialisme, en distinguant le plus faible du plus fort parce qu’entre deux maux il faudrait choisir le moindre est erroné, opportuniste et malhonnête. Tout appui à un front impérialiste ou l’autre est un appui au capitalisme. C’est une trahison de toutes les espérances d’émancipation du prolétariat et de la cause du socialisme.

Le seul chemin pour sortir de la logique de la guerre passe seulement par la reprise de la lutte de classe au Kosovo comme dans le reste de l’Europe, aux États-Unis comme en Russie.” (Tract du BIPR, “Capitalisme veut dire impérialisme, impérialisme veut dire guerre”, 25 mars 1999)

2. La guerre en Serbie, loin de poursuivre des objectifs humanitaires en faveur de telle ou telle population, est la conséquence logique de l'affrontement inter-impérialiste au niveau mondial :

“Les avertissements et les pressions sur la Turquie, et même la guerre contre l'Irak, n'ont pas arrêté la répression et le massacre des kurdes ; comme les avertissements et les pressions sur Israël n'ont pas arrêté la répression et le massacre des palestiniens. Les missions de l’ONU, les soi-disant forces d'interposition, les embargos, n'ont ni évité ni arrêté la guerre hier en ex-Yougoslavie, entre Serbie et Croatie, entre Croatie, Serbie et Bosnie, de tous contre tous. Et l’intervention militaire des bourgeoisies occidentales organisée par l'OTAN contre la Serbie n'évitera pas la ‘purification ethnique’ contre les kosovars, comme elle n'a pas évité non plus le bombardement de Belgrade et de Pristina.

Les missions humanitaires de l'ONU (...) ont tout au plus ‘préparé’ le terrain à des répressions et des massacres encore plus horribles. C’est la démonstration que la vision et l'action humanitaires et pacifistes sont en réalité simplement illusoires et donc impuissantes.” (“La véritable opposition aux interventions militaires et à la guerre est la lutte de classe du prolétariat, sa réorganisation classiste et internationaliste contre toutes les formes d'oppression bourgeoise et de nationalisme”, supplément à Il comunista, n°64-65, avril 1999).

3. Cette guerre, au-delà de l'unité de façade, exprime un affrontement entre les puissances impérialistes engagées dans l'alliance atlantique et principalement entre les États-Unis d'une part et l'Allemagne et la France d'autre part :

“la ferme volonté des États-Unis de créer un ‘casus belli’ par l’intervention directe contre la Serbie est apparue pendant les pourparlers de Rambouillet : ces colloques, loin de chercher une solution pacifique à la question inextricable du Kosovo, devait servir au contraire à rejeter la responsabilité de la guerre sur le gouvernement yougoslave. (...) Le vrai problème pour les États-Unis était en fait celui de leur propres alliés et Rambouillet a servi à les presser et leur imposer l’approbation à l'intervention de l'OTAN (...).” (Il Partito comunista, n°266, avril 1999)

“Pour empêcher que se consolide un nouveau bloc impérialiste capable de s’opposer au premier, les États-Unis poussent à l'extension de l’OTAN à l’aire entière des Balkans ainsi qu’à l’Europe de l’Est (...) Ils prétendent (...), peut-être le point le plus important, infliger un coup dur aux aspirations européennes à jouer un rôle impérialiste autonome.

Les européens, à leur tour, font bonne figure dans ce maudit jeu en soutenant l’action militaire de l'OTAN seulement pour ne pas risquer d'être complètement exclus d'une région d’une telle importance.” (Tract du BIPR, “Capitalisme veut dire impérialisme, impérialisme veut dire guerre”, 25 mars 1999)

4. Le pacifisme, comme toujours, démontre encore une fois qu’il est l’instrument non pas de la lutte de la classe ouvrière et des masses populaires contre la guerre, mais le moyen destiné à les endormir, utilisé par les partis de gauche, ce qui confirme le rôle de ces derniers de sergent-recruteur de tout futur carnage :

“Ceci veut dire abandonner toute les illusions pacifistes et réformistes qui désarment et se tourner vers des objectifs et des méthodes de luttes classistes qui ont toujours appartenu à la tradition prolétarienne (...)” (Il Programma comunista, n°4, 30 avril 1999)

“Le front bigarré (...) adresse le même appel pacifiste à tous ceux dont le capital se sert pour faire la guerre : la Constitution, les Nations Unies, les gouvernements (...). Enfin, et ce qui en devient ridicule, on demande à ce même gouvernement qui est en train de faire la guerre... d’être gentil et d’oeuvrer pour la paix.” (Battaglia Comunista, n°5, mai 1999)

  • Notre appel au milieu politique prolétarien

Comme on peut le constater, il s’agit d’une pleine convergence sur toutes les questions de fond sur le conflit des Balkans entre les différentes organisations qui font partie du milieu politique révolutionnaire. Toutefois, il existe naturellement aussi des divergences qui concernent une approche différente de l'analyse de l'impérialisme dans la phase actuelle et du rapport de forces entre les classes. Mais, sans sous-estimer ces divergences, nous considérons que les aspects qui les unissent sont de très loin plus importants et significatifs que ceux qui les distinguent par rapport aux enjeux du moment et c’est sur cette base que, le 29 mars 1999, nous avons lancé un appel à l'ensemble de ces groupes[2] pour prendre une initiative commune contre la guerre :

Camarades, ...

Aujourd'hui, les groupes de la gauche communiste sont les seuls à défendre ces positions classiques du mouvement ouvrier. Seuls les groupes qui se rattachent à ce courant, le seul qui n'ait pas trahi au cours de la seconde guerre mondiale, peuvent apporter une réponse de classe aux interrogations qui ne manqueront pas de se faire jour au sein de la classe ouvrière. Leur devoir est d'intervenir le plus largement possible au sein de la classe pour y dénoncer les flots de mensonge que déversent tous les secteurs de la bourgeoisie et y défendre les principes internationalistes que nous ont légués l'Internationale communiste et ses Fractions de gauche. Pour sa part, le CCI a déjà publié un tract dont nous vous envoyons ici une copie. Mais nous pensons que la gravité des enjeux mérite que l'ensemble des groupes qui défendent une position internationaliste publie et diffuse une prise de position commune affirmant les principes de classe prolétarien contre la barbarie guerrière du capitalisme. C'est la première fois depuis plus d'un demi-siècle que les principaux brigands impérialistes mènent la guerre en Europe même, c'est-à-dire le théâtre principal des deux guerres mondiales en même temps que la principale concentration prolétarienne du monde. C'est dire la gravité de la situation présente. Elle donne la responsabilité aux communistes d'unir leurs forces afin de faire entendre le plus fort possible la voix des principes internationalistes, afin de donner à l'affirmation de ces principes l'impact le plus grand possible que le permettent nos faibles forces.

Il est clair pour le CCI qu'une telle prise de position serait différente par certains aspects de celle contenue dans le tract que nous avons publié puisque nous savons bien qu'il existe au sein de la Gauche communiste des désaccords sur certains aspects de l'analyse que nous pouvons faire de tel ou tel aspect de la situation mondiale. Cependant nous sommes fermement convaincus que l'ensemble du groupe de la Gauche communiste peuvent parvenir à un document réaffirmant les principes fondamentaux de l'internationalisme sans édulcorer ces principes. C'est pour cela que nous vous proposons que nos organisations se rencontrent le plus rapidement possible afin d'élaborer un appel commun contre la guerre impérialiste, contre tous les mensonges de la bourgeoisie, contre toutes les campagnes du pacifisme et pour la perspective prolétarienne de renversement du capitalisme.

En faisant cette proposition, nous nous estimons fidèles à la politique menée par les internationalistes, et particulièrement par Lénine, lors des conférences de Zimmerwald et de Kienthal en 1915 et 1916. Une politique qui fut capable de surmonter ou laisser de côté les divergences pouvant subsister entre différents secteurs du mouvement ouvrier européen pour affirmer clairement la perspective prolétarienne face à la guerre impérialiste. Evidemment, nous sommes ouverts à toute autre initiative que pourrait prendre votre organisation, à toute proposition permettant de faire entendre le point de vue prolétarien face à la barbarie et aux mensonges de la bourgeoisie. (...)

Nous vous adressons nos salutations communiste.

Le CCI.”

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  • Les réponses à notre appel

Malheureusement les réponses à cet appel n'ont pas été à la hauteur de la situation et de notre attente. Deux des formations bordiguistes, Il Comunista-Le Prolétaire et Il Partito Comunista, n'ont pas encore répondu à l'appel, malgré une seconde lettre de proposition envoyée le 14 avril 1999 pour solliciter une réponse. Le troisième groupe bordiguiste, Programma comunista, avait promis une réponse écrite (négative), mais nous n'avons rien reçu. Enfin le BIPR nous a fait l'honneur de répondre à notre invitation par un refus fraternel. Il est évident que nous ne pouvons que regretter l’échec de cet appel, outre qu’il confirme une fois de plus, s’il en était encore besoin, les difficultés dans lesquelles se trouve aujourd'hui le milieu politique prolétarien, encore fortement imprégné de l’engourdissement sectaire du climat contre-révolutionnaire dans lequel ce milieu s'est reconstitué. Mais en ce moment, par rapport au problème de la guerre, notre préoccupation principale n'est pas d'alimenter encore plus les frictions dans le milieu politique prolétarien en développant une polémique sur l'irresponsabilité que constitue une réponse négative ou une absence de réponse à notre appel, mais de développer jusqu’au bout les arguments qui militent en faveur de la nécessité et de l'intérêt pour la classe ouvrière qu'une initiative commune soit prise par l'ensemble des groupes internationalistes. Pour faire cela nous analyserons les arguments opposés par le BIPR (le seul qui nous ait répondu !) soit par lettre soit dans les rencontres directes que nous avons eues avec ce groupe, en considérant que beaucoup des arguments du BIPR pourraient être avec une forte probabilité ceux que nous auraient donnés les groupes bordiguistes, si seulement ils avaient daigné nous répondre. De cette façon nous espérons réussir à faire avancer notre proposition d'initiative commune face à tous les camarades et toutes les formations politiques de la classe ouvrière et obtenir un meilleur résultat dans le futur.

  • Est-il vrai qu'une réponse unie du milieu politique ait nécessairement un “profil bas”?

Le premier argument utilisé par le BIPR est que les positions des divers groupes sont trop différentes, motif pour lequel une prise de position commune serait “de profil politique très bas” et donc peu efficace pour “faire sentir le point de vue prolétarien face à la barbarie et aux mensonges de la bourgeoisie” (de la lettre de réponse du BIPR à notre appel).

Et, en appui à ces affirmations, il ajoute :

“Il est vrai que ‘aujourd'hui les groupes de la gauche communiste sont les seuls à défendre les positions classiques du mouvement ouvrier’, mais il est vrai que chaque courant le fait d’une manière qui aujourd'hui apparaît radicalement différente. Nous n'indiquerons pas les différences spécifiques que tout observateur attentif peut facilement relever ; nous nous limitons à souligner que ces différences marquent une décantation très importante entre les forces qui se réclament d’une Gauche communiste générique. ...” (Ibidem)

Ceci est exactement le contraire de ce que nous venons juste de démontrer. Les citations rapportées au début de l’article pourraient facilement être changées entre les différents groupes sans produire aucune déformation politique et, prises tout ensemble, fournir les éléments politiques de base d'une possible prise de position commune dont a tant besoin la classe ouvrière en ce moment.

Pourquoi alors le BIPR parle de “divergences radicales” qui rendraient inefficaces les efforts pour une initiative en commun ? Parce que le BIPR met sur le même plan les positions de fond (l’attitude défaitiste face à la guerre) et les analyses politiques de la phase actuelle (les causes de la guerre en Serbie, le rapport de forces entre bourgeoisie et prolétariat...). Nous ne cherchons certainement pas à sous-estimer l'importance des divergences actuelles dans le milieu politique prolétarien sur ces analyses. Nous reviendrons sur ces arguments dans un prochain article et notre critique à ce que nous considérons être une position économiste développée en particulier par Battaglia Comunista et par Il Partito comunista. Actuellement nous estimons que le problème le plus important est la sous-estimation que le BIPR, et avec lui tous les autres groupes cités, exprime en ce qui concerne l'écho que pourrait avoir une telle initiative.

Ce n'est pas pour rien si, pour réfuter cette possibilité, le BIPR est contraint de s'attaquer à la signification des conférences de Zimmerwald et de Kienthal et qu'il arrive à les sous-estimer énormément.

  • La signification des conférences de Zimmerwald et Kienthal

“Pour cette raison la référence à Zimmerwald et Kienthal présente dans votre lettre-appel n’est d'aucune référence avec la situation historique actuelle.

Zimmerwald et Kienthal n'ont pas été des initiatives bolcheviks ou de Lénine, mais plutôt des socialistes italiens et suisses qui s’y sont réunis et majoritairement les tendances ‘radicales’ internes aux partis de la Seconde internationale. Lénine et les bolcheviks vont y participer pour pousser à la rupture avec la 2e Internationale mais :

  • a) la rupture n’était pas certaine à ce moment-là, au contraire Lénine est resté en minorité absolue dans les deux conférences ;
  • b) il n'est pas sûr que le manifeste de Zimmerwald ‘affirme clairement la perspective prolétarienne face à la guerre impérialiste’, mais c’est plutôt les motions de Lénine, rejetées par les conférences.

Donc présenter la participation des bolcheviks aux conférences de Zimmerwald et Kienthal comme modèle auquel se référer dans la situation actuelle n'a pas de sens.” (Lettre de réponse du BIPR à notre appel)

Dans ce passage, après avoir rappelé des choses évidentes comme le fait que les conférences ont été à l’initiative des socialistes italiens et suisses et non des bolcheviks (mais c’est peut-être déshonorant ?), que Lénine y a participé avec l'intention de pousser à la rupture avec la 2e internationale et que, par conséquent ajoutons-nous, Lénine est resté en minorité absolue dans les deux conférences, on finit par lancer l’anathème à ceux qui présentent “les conférences de Zimmerwald et Kienthal comme modèle auquel se référer dans la situation actuelle.”

Or, le BIPR ne comprend pas –évidemment par inattention à la lecture de notre appel– ce que nous-mêmes affirmons : c'est “la politique menée par les internationalistes, et particulièrement par Lénine, lors des conférences de Zimmerwald et de Kienthal en 1915 et 1916 (qui a été capable) d'affirmer clairement la perspective prolétarienne face à la guerre impérialiste”. Le problème est que le BIPR semble ignorer l'histoire même de notre classe. S'il est vrai en fait que les bolcheviks, à la “gauche du mouvement ouvrier” de l’époque, ont toujours cherché à pousser le plus loin possible les résultats de ces conférences, ils n’ont jamais imaginé rester en dehors parce qu’ils comprenaient la nécessité de se rassembler dans un moment de décantation politique particulièrement forte et cruciale comme celui du début du siècle. Lénine lui-même y a mené un travail très important animant ce qui s’est appelé “la gauche de Zimmerwald”, le creuset à partir duquel ont été forgées les forces politiques qui permettront la construction de la 3e Internationale. Et, encore à propos du fait que “Zimmerwald et Kienthal n'ont pas été des initiatives bolcheviks”, voilà ce que pensait la gauche révolutionnaire de Zimmerwald :

“Le manifeste accepté par la conférence ne nous satisfait pas complètement. Dans celui-ci il n’y a rien de particulier sur l'opportunisme déclaré ou sur ce qui se cache derrière les phrases radicales –de cet opportunisme qui non seulement porte la principale responsabilité de l’effondrement de l’Internationale, mais qui de plus veut se perpétuer. Le manifeste ne spécifie pas clairement les moyens pour s’opposer à la guerre. (...)

Nous acceptons le Manifeste parce que nous le concevons comme un appel à la lutte et parce que, dans cette lutte, nous voulons marcher, côte à côte, avec les autres groupes de l’Internationale. (...)”

(Déclaration de la Gauche zimmerwaldienne à la conférence de Zimmerwald, signée par N.Lénine, G.Zinoviev, Radek, Nerman, Höglung et Winter et rapportée dans Les origines de l'Internationale communiste, de Zimmerwald à Kienthal, J.Humbert-Droz, éditions Guanda)

Et voilà ce que disait Zinoviev le lendemain de la conférence de Kienthal :

“Nous, zimmerwaldiens, avons l'avantage de nous être déjà retrouvés au niveau international, alors que les sociaux patriotes ne l'ont pas encore pu. Nous devons donc mettre à profit cet avantage pour organiser la lutte contre le social patriotisme (...).

Au fond, la résolution représente un pas en avant. Ceux qui confrontent cette résolution avec le projet de la gauche zimmerwaldienne, en septembre 1915, et avec les écrits de la gauche allemande, hollandaise, polonaise et russe, devront admettre que nos idées ont été alors dans le sens des principes acceptées par la Conférence (...).

Lorsqu’on fait le point, la seconde Conférence de Zimmerwald représente un pas en avant. La vie travaille pour nous (...).

La Seconde Conférence de Zimmerwald sera politiquement et historiquement un nouveau pas en avant sur la voie de la 3e internationale.” (G. Zinoviev, Ibidem)

En conclusion, Zimmerwald et Kienthal ont constitué deux étapes cruciales dans la bataille que les révolutionnaires ont conduit pour le rapprochement des révolutionnaires et leur séparation d’avec les social-patriotes traîtres en vue de la constitution de la 3e Internationale.

Les bolcheviks et Lénine ont été capables de comprendre ce que représentait pour les ouvriers isolés et désespérés sur les fronts, le Manifeste de Zimmerwald : un immense espoir et une sortie de l’enfer. C’est ce que ne comprend malheureusement pas le BIPR. Il y a des moments dans l’histoire où une avancée des révolutionnaires est plus importante que mille programmes les plus clairs politiquement, pour paraphraser ce que disait Marx.

  • Que reste-t-il ?

La dernière chose qui reste à comprendre, en ce qui concerne spécifiquement le BIPR, est comment cette organisation, qui il y a encore quelques mois et depuis quelques années, a pris avec nous toute une série d'initiatives communes dont les plus significatives sont :

  • la participation coordonnée et l'intervention parfois au nom des deux organisations, dans la deuxième conférence sur l’héritage politique de Trotsky organisée à Moscou en 1997 par la mouvance trotskiste ;
  • la tenue d'une réunion publique commune à Londres sur la révolution russe avec une introduction unique pour les deux groupes, un seul présidium et la publication d'un même article de bilan rédigé ensemble par les deux groupes et publié dans les organes de presse respectifs en langue anglaise Workers Voice et World Revolution ;
  • une intervention coordonnée entre les deux organisations dans la confrontation à des groupes parasites en Grande-Bretagne ;

refuse maintenant toute initiative de ce type. Quand nous avons posé la question aux camarades de Battaglia comunista, ceux-ci nous ont répondu que sur la révolution russe on pouvait travailler ensemble parce que “les leçons étaient acquises depuis beaucoup de temps”, il s'agit là d’analyses consolidées, de choses du passé, alors que la guerre est un problème différent, actuel, qui a des implications sur les perspectives. Or, à part le fait que, outre les réunions publiques sur la révolution d'octobre, c’est aussi l'intervention faite aux conférences en Russie qui ne concernait absolument pas le passé, mais par définition le présent et le futur du mouvement ouvrier, et ce qui est curieux c’est que la même discussion sur Octobre 1917 est présentée comme un élément d'archéologie politique plutôt que comme un instrument pour affiner les armes d'intervention dans la classe ouvrière aujourd'hui. En somme, encore une fois, les arguments du BIPR sont non seulement pas valables, mais en plus ils sont faux.

En réalité, à y regarder de près, ce retournement du BIPR n’est pas tellement mystérieux parce qu'il a été annoncé et correspond à ce que les camarades ont écrit dans leurs conclusions de la “Résolution sous le travail international” du 6e congrès de Battaglia comunista, adoptées par l'ensemble du Bureau et rapportées dans la réponse du BIPR à notre appel :

“C’est maintenant un principe acquis de notre ligne de conduite politique que, sauf dans des circonstances très exceptionnelles, toutes les nouvelles conférences et réunions internationales entreprises par le Bureau et ses organisations doivent se situer complètement dans le sens qui mène à la consolidation, au renforcement et à l’extension des tendances révolutionnaires du prolétariat mondial. Le Bureau International pour le Parti révolutionnaire et les organisations qui lui appartiennent adhèrent à ce principe. (...) Et il est clair à partir du contexte et de l’ensemble des autres documents du Bureau que par ‘tendances révolutionnaires du prolétariat’ nous entendons toutes les forces qui vont former le Parti International du prolétariat. Et, –étant donné la méthode politique actuelle de votre organisation et des autres– nous ne pensons pas que vous puissiez en faire partie.”

Dans ce passage, au delà de l’évidence de la première partie, avec laquelle nous pouvons nous aussi être d'accord, “toutes les nouvelles conférences et réunions internationales (...) doivent se situer complètement dans le sens qui mène à la consolidation, au renforcement et à l’extension des tendances révolutionnaires du prolétariat mondial”, se cache l’idée selon laquelle le BIPR est, aujourd’hui la seule organisation crédible à l’intérieur de la gauche communiste (d’où vient cette auto-proclamation d’un type nouveau au sin du mouvement ouvrier ; mais le BIPR a peut-être comme le pape un “arrangement avec le ciel”), étant donné la nature “idéaliste” du CCI et la “sclérose” des bordiguistes : “étant donné la méthode politique actuelle de votre organisation et des autres, nous ne pensons pas que vous puissiez faire partie” du “Parti International du prolétariat”. Pour cela, autant vaut suivre directement sa propre voie par rapport aux organisations soeurs, mais sans perdre du temps à faire des conférences ou initiatives communes qui auraient des résultats stériles et sans perspective.

C’est la seule position claire du BIPR, mais complètement incohérente ou pour le moins avec des raisons tout à fait spécieuses.

Nous reviendrons sur ces aspects. En ce qui nous concerne nous savons que le parti naîtra de la confrontation et de la décantation politiques qui se fera inévitablement au sein des organisations révolutionnaires existantes.

31 mai 1999, Ezechiele


[1] Voir dans nos différents organes de presse territoriale des mois d'avril, mai, juin 1999 la dénonciation des formations faussement révolutionnaire présentes dans chaque pays.

[2] Bureau International pour le Parti Révolutionnaire (Partito Comunista Internazionalista qui publie Battaglia Comunista en Italie et Communist Workers Organisation qui publie Revolutionary Perspectives en Grande-Bretagne) ; Partito Comunista Internazionale (qui publie Il Comunista en Italie et Le Prolétaire en France) ; Partito Comunista Internazionale (qui publie Il Partito Comunista) ; Partito Comunista Internazionale (qui publie Il Programma Comunista en Italie, Cahiers Internationalistes en France, Internationalist Papers en Grande-Bretagne)