L'antifascisme radical de l'extrême-gauche de la bourgeoisie

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Nous dénonçons ici la vacuité des principaux arguments qui sont à la base de l’"antifascisme" version gauchiste et prétendent démontrer que l’opposition fascisme-antifascisme peut, ne fût-ce que momentanément, traduire l’opposition : bourgeoisie-prolétariat.

L’"antifascisme gauchiste" se veut une lutte contre les forces "fascistes" de la bourgeoisie, prises comme ennemi spécifique, distinct, du moins momentanément, des autres forces de la bourgeoisie. Cette tactique a comme fondement principal l’alliance explicite ou implicite du prolétariat avec les forces "antifascistes", "démocratiques" de la bourgeoisie. L"’antifascisme" gauchiste se distinguerait de l’"antifascisme bourgeois" :

  • 1) du fait qu’il ne considère pas la lutte contre le fascisme et pour la démocratie comme le but final, mais uniquement comme une étape nécessaire, un moyen provisoire, pour atteindre le but révolutionnaire ;
  • 2) du fait qu’il ne se cantonne pas aux méthodes légalistes, électoralistes, chères aux démocrates bourgeois.

Cependant, c’est sous cette écoeurante forme "radicale" que l’"antifascisme" est le plus dangereux au sein du prolétariat car la phraséologie révolutionnaire dont il se recouvre rend moins apparente sa nature bourgeoise.

Alors que "l’antifascisme bourgeois" classique, tel celui d’un Churchill ou d’un De Gaulle, fonde sa propagande sur la défense du libéralisme capitaliste et de la démocratie parlementaire "garantie de liberté", "l’antifascisme révolutionnaire" prétend, lui, se fonder sur la défense des intérêts de la classe révolutionnaire. Toute sa mythologie s’appuie sur un mensonge, pourtant démenti des dizaines de fois par l’histoire, à savoir : l’opposition fascistes et fractions démocrates de l’appareil politique de la bourgeoisie peut, à certains moments, recouvrir, traduire, l’antagonisme qui oppose la bourgeoisie au prolétariat. Si les "antifascistes révolutionnaires" appuient momentanément les fractions antifascistes de la bourgeoisie, ce ne serait donc pas pour défendre une partie de la bourgeoisie contre une autre, mais pour défendre le prolétariat, dont les intérêts seraient momentanément portés par une fraction de la bourgeoisie. Ce ne serait qu’une question de tactique momentanée.

Comment ces gens parviennent-ils à expliquer qu’en une période historique où la révolution prolétarienne est à l’ordre du jour, il puisse exister une fraction de la bourgeoisie qui défende, ne fût-ce que partiellement, les intérêts objectifs de son fossoyeur immédiat : le prolétariat ?

Les antifascistes "radicaux", qui prétendent parler au nom du prolétariat, répondent, sans crainte du ridicule :

  • 1) les régimes de droite sont le moyen spécifique dont se sert la bourgeoisie pour écraser les luttes prolétariennes. Il faut donc en combattre les représentants en premier lieu ;
  • 2) le prolétariat ne peut pas être indifférent à l’existence ou non des libertés démocratiques bourgeoises, car elles lui sont nécessaires pour forger les armes de son combat révolutionnaire. Il faut donc, en premier lieu, lutter pour contraindre la bourgeoisie à les accorder.

Si l’on se réfère à l’histoire des luttes ouvrières écrasées par le capital, de telles assertions apparaissent immédiatement comme de vulgaires et ignobles mensonges historiques. Si l’on se réfère à la défense des intérêts historiques du prolétariat, il apparaît tout aussi nettement que de tels arguments ne peuvent provenir que d’un camp totalement étranger aux luttes révolutionnaires du prolétariat.

La droite n’a jamais été l’outil spécifique pour l’écrasement des luttes prolétariennes

Par son nombre, par sa place au centre du processus de production, par sa capacité d’unification mondiale, par le fait qu’il est le porteur de la seule forme de société capable de sortir l’humanité de l’impasse dans laquelle le plonge le capitalisme décadent, le prolétariat possède potentiellement une force gigantesque.

Dans un véritable processus de montée des luttes ouvrières, cette force est telle qu’il est impossible au capital de l’affronter directement. L’histoire l’a démontré des dizaines de fois. Les tentatives de répression brutale dans des périodes de montée des luttes se transforment trop souvent en stimulants unificateurs pour le développement d’un processus révolutionnaire.

Dans la presque totalité des exemples de défaite sanglante du prolétariat, on ne retrouve pas le schéma infantile inventé de toutes pièces par les "antifascistes" : les ouvriers se soulèvent, la droite les écrase. Pour que cet écrasement ait été possible il n’a jamais suffi à la bourgeoisie une force pour frapper brutalement. La répression des grands mouvements prolétariens a toujours nécessité la collaboration d’une deuxième force, chargée, elle, non de réprimer directement mais de désarmer, puis d’immobiliser la classe, avant et au cours de la répression.

Les "gauches démocrates", que les "antifascistes" -version "révolutionnaire"- voudraient ranger dans le camp des non répressifs ont en fait rempli aussi bien une fonction que l’autre. Tantôt elles ont joué le rôle de désarmeur-immobilisateur du prolétariat, tantôt -généralement dans les cas les plus difficiles- elles se sont chargées directement de l’ignoble besogne sanglante, après avoir elle-même désarmé le prolétariat.

Affirmer que la droite est l’organe spécifique de la répression des luttes prolétariennes et présenter les régimes "démocratiques" comme une sauvegarde, une aide, même provisoire, contre celle-ci, c’est se moquer grossièrement de toute l’expérience tragique du prolétariat.

La "gauche démocrate" a joué directement le rôle de "chien sanglant" ; parmi d’autres exemples :

  • contre l’insurrection ouvrière de Berlin en 1919 (c’est le gouvernement social-démocrate d’Ebert-Scheidemann, avec l’ouvrier "socialiste" Noske, qui a fait couler le sang ouvrier dans les rigoles des rues de Berlin).
  • contre les premières révoltes de la classe ouvrière espagnole rapidement déçue par la "démocratie" de 1931 (c’est le gouvernement "social" d’Azana qui a assumé la responsabilité de les réprimer violemment : en juillet 1931 à Séville, en janvier 1932 en Catalogne, en janvier 1933 contre les ouvriers agricoles de Casas Viejas - le gouvernement avait donné l’ordre de raser le village si nécessaire).
  • contre l’insurrection des ouvriers polonais de décembre 1970 (c’est le très "antifasciste" parti ouvrier polonais qui a commandé aux milices et aux blindés de tirer sur les foules de manifestants).

Ce ne sont là que quelques-uns des cas les plus nets car comme nous le verrons, c’est surtout en collaboration avec la droite que la gauche a joué son rôle de répression du prolétariat.

Curieuse "ignorance" que celle des trotskistes, des maoïstes et autres anarchistes, tous ces antifascistes "radicaux" qui "oublient" si facilement que dans tant de cas, et pas des moindres, ce n’est ni la "droite" ni "le fascisme" qui ont constitué l’organe spécifique de la répression bourgeoise contre la classe ouvrière mais bel et bien la très "démocratique" et très "antifasciste" gauche du capital.

Un "oubli" dont le résultat politique est de présenter au prolétariat son bourreau comme un "allié tactique". Un "oubli" qui n’aboutit qu’à jeter les travailleurs entre les mains de leur étrangleur. Un "oubli" qui place d’emblée ses auteurs dans le camp des plus efficaces fusilleurs du prolétariat. (...)

Les antifascistes version "gauchiste", ceux qui critiquent les socialistes et les staliniens, ceux qui sont prêts à rejeter les méthodes légalistes sur lesquelles "ils n’auraient aucune illusion", sont bien placés pour connaître l’histoire de l’éternelle collaboration de la droite et de la gauche du capital contre le prolétariat, puisqu’ils ont à chaque occasion offert leurs bons offices de "supporters critiques" à la fraction démocratique de la bourgeoisie. Ils savent de combien de massacres la classe ouvrière a dû payer ses illusions sur les "forces démocratiques" et "antifascistes" du capital. (...)

Qu’il puisse y avoir une troisième alternative qui renvoie dos à dos ces deux formes du pouvoir politique de la bourgeoisie, voilà qui dépasse totalement l’entendement de ces gens. Et c’est normal. C’est uniquement dans le camp du prolétariat et de son point de vue qu’une telle alternative peut avoir un sens. Or, quand on est incapable de concevoir la classe ouvrière autrement que comme une masse de manoeuvre, quand on ne peut se faire à l’idée que la classe ouvrière puisse avoir une vision propre du monde, qu’elle soit une force révolutionnaire autonome avec son expérience et son programme historique. (...) Ce n’est pas un hasard si pour eux, tout comme pour les fascistes, toute organisation "implantée" dans la classe ouvrière est par définition "une organisation ouvrière" ; que cette organisation sabote systématiquement les luttes, qu’elle participe, armes à la main au massacre d’insurrections prolétariennes, ne change rien pour eux. De toutes façons "les masses ouvrières" ne peuvent exister qu’à travers leurs partis officiels et leurs syndicats. "Par elle-même", la classe ouvrière n’existe politiquement pas. (...)

Si malgré 50 ans de massacres du prolétariat par la gauche ces gens continuent à défendre la nécessité de faire des choix entre les fractions de l’appareil politique de la bourgeoisie[1],si pour eux "l’alternative réaliste" est toujours un choix entre une partie de la bourgeoisie et une autre, et jamais entre le camp de la bourgeoisie comme un tout et celui du prolétariat, c’est tout simplement parce qu’ils ne sont jamais sortis du terrain de la bourgeoisie ; c’est parce qu’ils n’ont jamais du prolétariat d’autre vision que celle de la bourgeoisie, à savoir : une masse impuissante, incapable de savoir ce qu’elle veut, toujours vaincue, toujours manœuvrée.

Les libertés démocratiques bourgeoises ne sont pas des armes pour le prolétariat

Le deuxième argument qui sert de clé de voûte au mensonge antifasciste lorsqu’on prétend le justifier "au nom des intérêts de la révolution", c’est que les libertés démocratiques bourgeoisies seraient des moyens, des conditions nécessaires pour le développement de la lutte révolutionnaire du prolétariat. La liberté de presse et d’organisation, le droit de grève, le droit de vote, la liberté syndicale, tous ces piliers de la démocratie bourgeoise, seraient d’après l’antifascisme gauchiste, des armes fondamentales, indispensables pour la lutte... C’est pourquoi elles doivent, dans un premier temps, constituer un objectif immédiat de la lutte ouvrière.

Ces gens veulent vraiment présenter la bourgeoisie comme une classe stupide ou suicidaire. Si les libertés démocratiques bourgeoises sont des armes pour le prolétariat, comment faut-il comprendre cette curieuse manie de la bourgeoisie de les accorder précisément lorsque le prolétariat la menace ? Comment expliquer que dans beaucoup de pays elle aille même jusqu’à faire de leur utilisation une OBLIGATION ? Nombreux sont les Etats où le vote n’est pas uniquement "un droit", mais une contrainte, l’abstention électorale étant sévèrement punie par la loi. Quant aux syndicats, le système du "close shop", obligation d’être syndiqué pour pouvoir travailler, est de plus en plus généralisé dans le monde. Et dans des pays où l’utilisation de ces "libertés" n’est pas rendue obligatoire par l’Etat, en France par exemple, c’est un éternel concert qu’on entend de la part de toutes les forces politiques de la bourgeoisie pour en recommander l’utilisation. Aux dernières élections législatives[2], le président de la république ne répétait-il pas systématiquement, après avoir fait la propagande de son parti, "ce qui importe le plus ce n’est pas que vous votiez à droite ou à gauche, mais que vous accomplissiez votre devoir civique : voter". Quant aux syndicats, grassement subventionnés par l’Etat, c’est tout aussi régulièrement que gouvernement et patronat (par la bouche de leurs principaux représentants du CNPF) insistent sur "la nécessité d’une plus grande syndicalisation des masses ouvrières".

Quand au Portugal et en Espagne les luttes ouvrières deviennent la préoccupation numéro un de l’Etat, ne voit-on pas une unanimité internationale pour obliger - par des pressions diplomatiques - les bourgeoisies locales à "rétablir les droits de l’Homme" et à accorder les "libertés démocratiques" ?

Dans les pays de l’Est où les libertés démocratiques ne sont que des phrases inscrites sur le poussiéreux livre de la constitution, ne voit-on pas les bourgeoisies locales commencer à réagir de façon analogue face à la montée croissante des luttes ouvrières ? (...) Lors de l’insurrection généralisée des ouvriers polonais en décembre 1970 (c’est la brutalité de la répression des premières luttes qui a provoqué la réaction insurrectionnelle des ouvriers et l’extension de leur lutte à tous les secteurs industrialisés de toute la Pologne), les bourgeoisie de l’Est commencent à parler de mettre en place - de "ranimer" comme ils disent - des structures démocratiques : reconnaissance du droit de grève, appels aux bureaucrates syndicaux pour qu’ils essaient de prêter l’oreille aux revendications ouvrières (Cf. le dernier congrès du P.C. hongrois - en 1974), déclaration en vue de la "ranimation des conseils ouvriers" (Gierek au lendemain de l’écrasement des luttes de 1970 en Pologne) ; et, de façon générale, développement dans tous les pays de l’Est de l’influence des tendances "démocratiques" de la bureaucratie, souvent en conflit violent avec la "vieille garde" attachée aux méthodes dictatoriales de l’époque où le développement des luttes ouvrières ne constituait pas un problème majeur.

Si comme le prétendent les gauchistes, les libertés démocratiques bourgeoisies sont des armes pour le prolétariat, il faut conclure immédiatement que la bourgeoisie mondiale est en train de perdre la raison, car c’est dans tous les pays, et d’abord dans ceux où le prolétariat est le plus fort ou dans ceux où il se bat le plus, que la classe dominante est en train de les accorder généreusement, sous la bienveillante protection du sabre des plus hautes hiérarchies militaires et la bénédiction du Pape et des évêques !

Mais la bourgeoisie est loin d’être folle. Les libertés démocratiques bourgeoises ne sont pas des armes pour le prolétariat, mais contre lui. En ranimant les libertés démocratiques, la bourgeoisie est en train de se préparer à faire face au prolétariat dans une période de montée générale de luttes ouvrières. (...)

Dans le capitalisme décadent, les armes du prolétariat n’ont rien à voir avec les soi-disant "libertés" instaurées par la bourgeoisie. Au 19e siècle, lorsque le prolétariat pouvait réellement combattre pour des réformes au sein du système et que la bourgeoisie, à l’apogée de sa richesse, pouvait objectivement les accorder, les "libertés démocratiques bourgeoises" étaient une condition nécessaire au bon déroulement de l’activité syndicale et parlementaire de la classe ouvrière. Mais dans le capitalisme décadent, lorsque toute réforme réellement en faveur de la classe ouvrière est devenue utopique, lorsque toute lutte ouvrière est contrainte, pour être conséquente, de s’attaquer directement à l’Etat bourgeois lui-même sans qu’il puisse exister de moyen terme, les vieilles libertés démocratiques pour lesquelles la classe ouvrière s’était battue, il y a 100 ans, se sont transformées en simples organes de domination du prolétariat par le capital. Dans cette période historique où seul ce qui est révolutionnaire peut être prolétarien, où la seule alternative qui puisse représenter une amélioration de la condition ouvrière c’est la révolution prolétarienne elle-même, les seules armes ouvrières sont celles de sa révolution.

Il suffit d’envisager le contenu de chacune des libertés bourgeoises pour qu’apparaisse leur nature parfaitement contre révolutionnaire.

La liberté de presse et d’organisation politique ?

A première vue, il paraîtrait logique de dire : c’est tout de même plus simple de développer la presse et les organisations révolutionnaires lorsqu’on ne va pas en prison pour le simple fait d’avoir prononcé les mots de "révolution prolétarienne". En conséquence, pour que les idées révolutionnaires puissent se développer, il serait nécessaire d’"arracher" à la bourgeoisie la liberté de presse et d’organisation. Triste illusion et écœurant mensonge !

Ce n’est pas parce que la bourgeoisie accorde ses libertés démocratiques que se développent les idées révolutionnaires. C’est au contraire parce que les idées révolutionnaires se développent dans la classe que la bourgeoisie a recours aux libertés démocratiques pour avoir les moyens d’en entraver le développement. L’antidote aux idées révolutionnaires, ce ne sont pas les grossières imbécillités idéologiques de la droite et du fascisme prétendant que la lutte de classe n’existe pas et toute lutte ouvrière est l’oeuvre du malin, des juifs ou d’une puissance étrangère. Au contraire. Les véritables "contrepoisons" qui aient quelques chances d’être efficaces contre les idées révolutionnaires ce sont toutes les idéologies et toutes les organisations qui commencent à s’affirmer résolument "prolétariennes", "populaires", "révolutionnaires", tout en affirmant que le prolétariat ne peut pas tout faire SEUL ; qu’il doit tenir compte de.. ici la liste serait trop longue, nommons en passant : l’opinion publique, la nécessité de garder de son côté les secteurs libéraux de la bourgeoisie, la défense des libertés démocratiques, l’incompréhension des paysans, le désaccord des commerçants, le faible niveau culturel des ouvriers, la force des ennemis, la nécessité d’avoir les cadres avec nous, et surtout, surtout... la nécessité de sauvegarder "NOTRE" économie nationale. (...) Les libertés de presse et d’organisation de la bourgeoisie, c’est la liberté pour ses chiens de garde de pénétrer en milieu ouvrier et de remplir leur fonction.

Peut-être, disent les gauchistes, mais les révolutionnaires peuvent tirer profit ! Toujours imbus d’amour pour l’Etat bourgeois, à condition qu’il soit "démocratique", toujours incapables d’envisager les problèmes de la classe ouvrière autrement qu’à travers ceux du développement de leur propre petite organisation, ces antifascistes "radicaux" prétendent nous faire oublier que l’Etat bourgeois, pour être "démocratique" n’en a pas moins des prisons politiques, et qu’en période de montée des luttes prolétariennes, il sait parfaitement les remplir d’"extrémistes", de "partisans de la violence", de "saboteurs de l’économie nationale", de "diviseurs du peuple", de "terroristes", bref, de révolutionnaires. Et généralement la gauche du capital sait mieux reconnaître que quiconque quels sont les vrais ennemis de l’Etat dont elle assume la gestion. Quant à la "liberté de la presse", la démocratie bourgeoise n’a pas plus de ménagements envers la presse des révolutionnaires qu’elle n’en a envers leurs organisations. Lorsqu’envahir la classe ouvrière d’un océan de presse de "gauche" pour noyer toute tentative de clarification révolutionnaire, ne suffit plus pour enrayer le développement des idées révolutionnaires, la démocratie n’hésite jamais à avoir recours à la répression et à l’interdiction.

L’expérience de toutes les organisations révolutionnaires le montre clairement : ce n’est pas sur les libertés bourgeoises qu’elles peuvent compter pour le développement objectif du besoin de leur intervention au sein du prolétariat et la compréhension croissante par celui-ci du caractère historique et mondial de sa lutte.

Le droit de grève ?

Lorsque la bourgeoisie affronte une période de multiplication des grèves, la reconnaissance du "droit de grève", outre qu’il ne fait que reconnaître un état de fait - continuer à proclamer interdites les grèves alors que celles-ci se développent partout, ne peut que ridiculiser l’autorité de l’Etat - n’a évidemment jamais comme but de permettre leur libre épanouissement, mais, au contraire, de créer "démocratiquement", "légalement" toutes les limites possibles, toutes les entraves capables d’empêcher leur transformation en un mouvement susceptible de mettre en question les fondements du système et l’autorité de l’Etat. Le "droit de grève", c’est d’abord le droit pour l’Etat bourgeois de réprimer "démocratiquement" toute grève "illégale", toute forme de lutte qui sort du cadre de la "légalité démocratique" : grèves antisyndicales, invasion d’usine par les ouvriers d’autres usines venant exiger la solidarité de classe, grèves mettant réellement en danger l’économie nationale...

Il est ensuite un puissant moyen pour briser de l’intérieur la force révolutionnaire des grèves, c’est-à-dire leur force réelle. En effet, la grève "démocratique" ne doit pas dépasser les limites au-delà desquelles elle pourrait constituer :

  • 1) un véritable coup de boutoir contre le capital national,
  • 2) une expérience capable de constituer un pas important dans le processus de formation de l’armée prolétarienne. Mais une grève qui attend l’autorisation du patron pour éclater et accepte ensuite de se tenir dans le cadre de la légalité imposée par le capital, est un pétard mouillé d’avance. Une source de démoralisation certaine pour la classe. La gauche du capital le sait bien qui a pour tâche dans la démocratie bourgeoise d’assurer l’encadrement légal de toute tentative de lutte ouvrière.

Dans le capitalisme décadent, la classe ouvrière n’a jamais eu besoin du démocratique "droit de grève" pour se battre. Ses armes, ce ne sont pas les soi-disant "autorisations" de son exploiteur pour se battre contre lui, mais au contraire sa résolution à affronter la légalité des patrons quelque soit le vernis "démocratique", "populaire" dont elle puisse se recouvrir. Moyen pour "légaliser" la répression "démocratique" des grèves, instrument du sabotage de la combativité ouvrière savamment utilisée par la gauche du capital, le "droit de grève" n’est pas une arme du prolétariat mais de la bourgeoisie.

La liberté syndicale ?

Les syndicats ne sont plus, dans le capitalisme décadent, la forme que se donne la classe ouvrière pour combattre le capital, mais l’appareil d’encadrement dont se sert l’Etat capitaliste pour encadrer la classe ouvrière. Plus de cinquante ans d’expérience l’ont montré clairement, les luttes ouvrières de notre époque ce sont les assemblées ouvrières, unitaires et souveraines, se coordonnant entre elles par des conseils de délégués élus et révocables à tout instant. La "liberté syndicale", c’est la lutte du capital contre ces assemblées, c’est la possibilité pour la bourgeoisie de se doter de cet indispensable appareil d’encadrement des travailleurs que sont les syndicats. Ce n’est pas par hasard si les premiers prisonniers politiques libérés par les franquistes "démocrates" au lendemain de la mort de leur fétiche, ce sont justement les responsables des "syndicats démocratiques", les "Commissionnes Obreras".

Le droit de vote ?

Le droit d’élire démocratiquement son bourreau, d’octroyer aux chefs de la "police démocratique" un label de "représentants du peuple".. La "liberté électorale" n’est que le moyen de légaliser par une mascarade vide, la dictature du capital sur la société.

C’est une des principales armes du capital pour briser dans la classe la volonté de s’assumer comme corps distinct dans la société, comme force autonome capable de prendre le pouvoir. Elle s’inscrit directement contre toute organisation de pouvoir de la classe ouvrière : d’une part, en l’atomisant en une poussière de millions d’"individus", de "citoyens" impuissants, isolés les uns des autres devant les urnes ; d’autres part, développant jusqu’à l’extrême au sein de la classe l’idée qu’elle ne pourra jamais rien faire par elle même, qu’elle devra toujours déléguer la défense de ses intérêts à des corps totalement étrangers à elle, "ses partis officiels".

Loin de constituer une arme pour le prolétariat, la "liberté électorale" constitue le fondement même du désarmement de la classe ouvrière. (...)

Le renforcement de la puissance de la classe ouvrière n’a rien à voir avec la "générosité" des fractions les plus intelligentes de la bourgeoisie. Les véritables instruments de son combat : sa conscience, sa capacité à s’organiser et à agir de façon indépendante par rapport à tous les autres secteurs de la société, le prolétariat ne peut les forger qu’en se débarrassant de toute illusion à l’égard de la "démocratie bourgeoise" ; en s’attaquant à la bourgeoisie, dans sa globalité, à ses partis et à ses syndicats c’est-à-dire sans tomber dans l’immonde piège du "choix" entre les différentes formes d’oppression de la bourgeoisie.

La classe ouvrière a payé de dizaines d’échecs sanglants le fait de ne pas avoir compris à temps qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même, sur ses propres assemblées et son programme historique propre. L’antifascisme, ce bavardage qui prétend présenter la gauche du capital comme moins répressive que la droite, amenant par là la classe ouvrière à lier son sort à celui de ses bourreaux ; cette tromperie qui présente les armes de la bourgeoisie comme des armes prolétariennes, poussant ce dernier à faire confiance à l’Etat bourgeois "démocratisé", ce mensonge qui unit aujourd’hui toutes les forces de la bourgeoisie, du Pape jusqu’aux gauchistes, n’a pas d’autre but que de tenter de le lui faire oublier encore une fois.


[1] La collaboration des socialistes italiens avec les fascistes ? L’appel de Togliatti (secrétaire général du P.C. d’Italie) en 1938 aux fascistes italiens ? La collaboration des socialistes et des staliniens à l’armement d’Hitler ? Le pacte Hitler/Staline ? Le désarment du prolétariat espagnol par toute la gauche unie ou celui du prolétariat chilien par l’Unitad Popular. d’Alliende ? Pour l’antifascisme gauchiste, ce ne sont là que des... erreurs ! Curieuse race que celle des démocrates qui se "trompent" toujours dans le même sens et dont on peut prévoir à chaque occasion quand et comment ils vont commettre leur éternelle erreur ! Du point de vue du prolétariat, la seule erreur ici est celle commise par les ouvriers qui, par manque de confiance dans leur propre classe, ont fait confiance à ces organisations bourgeoises travaillant en milieu ouvrier.

[2] celles de 1973