Nous avons publié sur notre site en allemand un article [1] sur le dit “automne chaud” de 1977. A l’époque, le kidnapping et le meurtre du président de la fédération des patrons par la Rote Armee Fraktion (RAF), plus connue sous le nom de « bande à Baader » dans les médias, avaient fourni le prétexte à une vague de répression sans égale dans l’histoire de l’Allemagne de l’Ouest d’après-guerre. C’était une période durant laquelle les forces de sécurité pouvaient à loisir intimider la population. Il y eut des raids policiers partout, des quartiers entiers étaient encerclés, les trains étaient arrêtés en pleine campagne et les passagers contraints de sortir sous la menace des armes des policiers. Pour avoir une idée du climat de peur, d’hystérie et de dénonciation publique qui dominait alors, et du rôle que les médias de l’Etat démocratique y ont joué, on peut se référer à la nouvelle de Heinrich Böll, “Katharina Blum”. La révélation que fit le magazine Stern selon laquelle la police savait où se trouvait Schleyer depuis le début montra à quel point son kidnapping n’était qu’un prétexte à une démonstration de puissance et la justification de nouvelles mesures de répression.
Notre article montre que le terrorisme de la RAF ou du “Mouvement du 2 juin” en Allemagne, comme celui des Brigades Rouges en Italie, exprimait une indignation envers le capitalisme, mais aussi des doutes, voire un sentiment de désespoir, sur le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière. Cela ne peut conduire qu’à une révolte impuissante, car individualiste, contre l’Etat, révolte fondamentalement petite-bourgeoise par sa nature et qui ne peut pas mettre en danger la classe dominante ni même convenir à ses propres desseins. How it all began, le livre de “Bommi” Baumann, un des témoins du mouvement terroriste, montre comment la bourgeoisie se sert de la rébellion terroriste et comment elle peut la manipuler. Par exemple, il explique comment les premiers combattants armés achetèrent leurs armes directement à la police politique allemande ! La classe bourgeoise utilisa cette génération de “lutte armée” de deux façons. D’une part, elle s’en servit d’épouvantail pour justifier un renforcement de l’Etat, dirigé non pas tant contre le “terrorisme” que contre la population de façon préventive, et en particulier contre la classe ouvrière. D’autre part, ces groupes armés, du fait de leurs confusions politiques, tout autant qu'en raison de leur propre impuissance, étaient invariablement entraînés dans les luttes de pouvoir au sein de la bourgeoisie (dans le conflit Est-Ouest ou en défendant la cause nationaliste palestinienne). En fait, déjà à l’époque, le terrorisme était d’abord et avant tout un moyen de lutte impérialiste entre les Etats et les fractions capitalistes (IRA, OLP, etc.).
Loin de s’exclure l’un l’autre, ces deux utilisations principales du terrorisme par l’Etat - arme de la guerre impérialiste et justification de la répression contre la classe ouvrière - se complètent au contraire et se renforcent mutuellement. Cela peut s’illustrer encore plus clairement aujourd’hui. Le terrorisme islamique est, en premier lieu, une arme dans les mains d’une série d’Etats et de cliques contre des rivaux impérialistes le plus souvent supérieurs économiquement et militairement. Mais surtout, c’est la “guerre contre le terrorisme” qui est devenue, au moins depuis le 11 septembre 2001, le cri de guerre de tous les Etats industriels majeurs de la planète. Ceci vaut non seulement pour les Etats-Unis, qui se sont servis de ce prétexte pour justifier l’invasion et l’occupation de l’Irak, mais aussi pour l’impérialisme allemand qui s’est opposé à la guerre en Irak mais justifie ses propres opérations militaires en Afghanistan, en Afrique ou sur la côte du Liban pour les mêmes raisons.
Concernant l’énorme renforcement répressif récent des Etats vis-à-vis de leurs propres populations, qu’on a aussi vu en Allemagne, il est vrai qu’initialement la prévention d’attaques terroristes de la part d’ennemis de ces Etats était le souci prédominant. Mais la classe dominante est pleinement avertie que son ennemi naturel et mortel est le prolétariat. Il est son ennemi à la fois “chez lui” et au niveau mondial. Paradoxalement, la classe dominante ne connaît plus de limites pour s’impliquer dans des activités terroristes. Il est bien connu que les Etats-Unis ont aidé à l’origine à construire, armer et entraîner l’organisation de Ben Laden. Mais les vieux liens entre les politiciens allemands et les groupes terroristes du Moyen-Orient ou des Balkans, ou plus récemment en Afghanistan, sont un sujet qu’il conviendrait aussi d’approfondir.
Six ans après l’attaque terroriste sur New-York, les événements de cette année en Allemagne ont puissamment illustré la “guerre contre le terrorisme” est aussi dirigée contre le front social. Trente ans après l’automne chaud allemand, on peut parler “d’été allemand 2007”. D’un côté, on a vu comment les manifestants, et principalement les plus jeunes qui, à Rostock et Heiligendamm, ont manifesté contre le G8 et “pour un monde différent”, étaient confrontés à la terreur d’Etat ouverte et jetés en prison. D’un autre côté, les activités du prétendu “Groupe militant” (“Militant group” ou MG) a été l’occasion de d’assimiler idéologiquement toute expression critique, anti-capitaliste à la pratique du terrorisme, et d’y répondre par des arrestations et des emprisonnements en cellules d’isolement. Ce groupe est censé avoir causé des dommages à la propriété, “symbole du capitalisme”, en endommageant des voitures et autres véhicules de luxe de l’armée allemande.
Nous n’avons pas d’éléments confirmés sur la nature de ce groupe, sa manifestation publique restant très brumeuse. Ce qui est en revanche clair et frappant, et ce sur quoi nous voulons insister dans cet article, est la façon dont l’Etat y a répondu. Ces attaques symboliques contre du matériel appartenant à l’Etat viennent alimenter le poids et le spectre de la “lutte contre le terrorisme”. Citons une lettre ouverte au procureur général contre la criminalisation de la science critique et de l’engagement politique, publié le 15 août par certains collègues des personnes emprisonnées en Allemagne et au niveau international :
“Le 31 juillet 2007, les appartements et les lieux de travail du Dr Andrej H. et du Dr Matthias B., et de cinq autres personnes, ont été investis par la police. Le Dr Andrej H. a été arrêté, conduit par hélicoptère à la cour fédérale allemande de Karlsruhe et amené au tribunal. Il a ensuite été transféré dans une prison de Berlin en incarcération préventive. Quatre personnes ont été accusées d’être “membres d’une association terroriste selon l’article 129a StGB’ (code pénal allemand, section 7 sur les “Crimes contre l’ordre public”). Ils sont supposés être des membres d’un prétendu “Militant Group” (MG). Le texte d’accusation a révélé que des mesures préliminaires avaient été menées contre ces quatre personnes depuis septembre 2006 et que les quatre avaient été sous surveillance constante.
Quelques heures avant l’investigation aux domiciles, Florian L., Oliver R. et Axel H. furent arrêtés dans la région du Brandebourg et accusés de tentative d‘incendie sur quatre véhicules de l’armée fédérale allemande. Andrej H. est accusé d’avoir rencontré une de ces trois personnes par deux fois dans la première moitié de 2007 dans de prétendues “circonstances conspiratives”.
Le procureur ou avocat général (federal prosecutor) assure donc que les quatre personnes mentionnées ci-dessus tout comme les trois arrêtées dans le Brandebourg sont membres du “Militant Group”, et tous les sept sont interrogés sous la charge d’être suspectés ”d’appartenance à une association terroriste “ selon l’article 129a StGB.
Selon le motif d’arrestation d’Andrej H., ce qui est à charge des quatre personnes mentionnées ci-dessus serait justifié par les éléments suivants listés par le procureur :
le docteur Matthias B. est accusé d’avoir utilisé dans sa publication académique, des “termes et des mots-clés” qui sont aussi utilisés par le “Militant Group” ;
en tant que scientifique politique titulaire d'un doctorat en philosophie, Matthias B. est considéré intellectuellement à même d’être “l’auteur des textes sophistiqués du MG”. De plus, “en tant qu’employé d’un institut de recherche il a accès à des bibliothèques dont il peut se servir sans en être soupçonné afin de faire le travail nécessaire à l’écriture des textes du “MG” ;
un autre accusé aurait rencontré des suspects de façon conspirative : “des réunions étaient régulièrement arrangées sans, cependant, mentionner l’endroit, l’heure et le contenu des réunions ; de plus, il aurait eu un rôle actif sur les “projets de l’extrême gauche” ;
dans le cas du troisième accusé, un carnet d’adresses a été trouvé, avec les noms et adresses des trois autres accusés ;
le Dr Andrej H., qui travaille comme sociologue urbain, aurait eu des contacts étroits avec trois individus qui seraient accusés, mais restent encore libres ;
le Dr Andrej H. est accusé d’avoir été actif dans la “résistance organisée selon le projet d’extrême gauche contre le sommet économique mondial de 2007 à Heiligendamm” ;
le fait qu’il n’ait pas pris – soi-disant de façon intentionnelle – son téléphone mobile avec lui à une réunion est considéré comme un “comportement de conspirateur”.Andrej H., comme Florian L., Oliver R. et Axel H., sont détenus depuis le 1er août 2007 à Berlin-Moabit dans des conditions très strictes : ils sont enfermés seuls en cellule 23 heures par jour et ne peuvent faire qu’une promenade d’une heure. Les visites sont limitées à une demi-heure tous les quinze jours. Les contacts, y compris ceux avec les avocats, se font à travers des panneaux de séparation. Le courrier à la défense est vérifié.
Les charges décrites dans l’acte d’accusation révèlent une construction basée sur un raisonnement par analogie très douteux. Le raisonnement comprend quatre hypothèses de base, dont aucune ne pourrait donner à la haute cour fédérale une évidence concrète et substantielle, mais dont la combinaison laisse une impression “d’association terroriste”. Les sociologues, du fait de leur activité de recherche académique, de leurs capacités intellectuelles et de leur accès à des bibliothèques, sont supposés être les cerveaux d’une prétendue “organisation terroriste”. Car, selon le procureur général, une association appelée “Groupe militant” utiliserait les mêmes concepts que les sociologues en accusation. Comme évidence de ce raisonnement, le concept de “gentrification” est nommé – un des thèmes-clé de recherche d’Andrej H. et Matthias B. dans les années passées, sur lesquelles ils avaient fait des publications au niveau international. Ils n’ont pas limité leurs recherches à faire des trouvailles dans une tour d’ivoire, mais ont rendu leurs travaux disponibles pour les initiatives citoyennes et les mouvements d'opinion. Voila comment des sociologues critiques sont transformés en chefs de bande intellectuels.”
La façon dont ces évènements ont été rapportés dans les médias n’est pas moins frappante. D’un côté, il y a eu très peu de publicité. Les médias se sont évidemment intéressés à faire profil bas afin de ne pas provoquer de réactions hostiles dans la population. Contrairement aux assassinats de la RAF qui ont précédé “l’automne allemand” de 1977, les récentes attaques contre les véhicules militaires à Berlin et dans le Brandebourg sont moins aptes à créer une atmosphère de peur publique et d’hystérie. De plus, les temps ont changé depuis 1977. Dans la période de crise économique ouverte, de démolition massive des services sociaux et de mauvais traitements bureaucratiques en particulier des chômeurs, il est beaucoup plus difficile de mobiliser la population, même temporairement, derrière l’Etat (comme cela s’est vu après le 11 septembre 2001 à New-York). L’objectif des forces de répression semble être plutôt d’intimider et de terrifier ces minorités politiquement en recherche qui ont déjà commencé à remettre la société bourgeoise en question. D’un côté, ces attaques, quand on en parle, sont systématiquement reliées à un certain “environnement théorique” qui est mis en lien avec le “sol fertile du terrorisme”. Les médias font ainsi fréquemment référence à “des discussions sur la révolution mondiale” comme une caractéristique de ce milieu. Il est fait références à de dangereux théoriciens qui, du fait du radicalisme de leurs opinions doivent être considérés comme des “intellectuels incendiaires” même lorsqu’ils rejettent eux-mêmes le terrorisme. Dans la même veine, la récente vague de raids policiers a aussi frappé Rotes Antiquariat, une des rares librairies en Allemagne qui offrent la possibilité de connaître les idées et les publications des groupes révolutionnaires internationalistes. Ici aussi, la différence d’approche de la bourgeoisie par rapport aux années 1970 est frappante. A l’époque, les médias en Allemagne et en Italie ne condamnaient pas les idées politiques de la RAF et des Brigades rouges. Les attaques de ces groupes étaient au contraire présentées comme le résultat de maladies mentales. Il fut même proposé de les traiter avec une chirurgie du cerveau. A ce moment-là, les gens les plus politisés étaient très activistes et tendaient à accepter les slogans du stalinisme de façon plus ou moins critique. Ce qui caractérise la nouvelle génération, c’est une réflexion beaucoup plus critique et profonde –réalité qui menace de devenir un bien plus grand danger pour le capitalisme. Il en est ainsi de la criminalisation de la théorie radicale. La réapparition de la pratique des attaques contre des “symboles du capitalisme” peut sembler étrange. Et bien que ces attaques présentes ne soient pas dirigées contre des personnes, elles montrent que les leçons de l’expérience de la RAF et des Brigades rouges n’ont pas été, ou ont été insuffisamment, tirées. De tels actes de désespoir sont, encore aujourd’hui, l’expression d’une profonde indignation contre le système dominant. Nous partageons pleinement cette indignation, d’où notre solidarité avec les victimes de la terreur d’Etat, indépendamment du fait qu’elles aient ou non été impliquées dans de telles actions. Mais celles-ci sont aussi l’expression d’une profonde difficulté à comprendre où se trouve la réelle force révolutionnaire dans cette société. Une telle difficulté n’est pas surprenante. Ce qui caractérise le monde contemporain, par comparaison avec 1977, ne tient pas seulement à l’impasse bien plus dramatique et dangereuse dans lequel le capitalisme a conduit l’humanité, mais aussi dans le fait que le prolétariat a considérablement perdu le sens de son identité de classe depuis 1989.
Aujourd’hui cependant, le prolétariat mondial commence à redécouvrir sa propre force. Et l’avant-garde politique de cette classe commence à redécouvrir et à développer ses théories et ses positions propres. Une part de la solidarité du prolétariat avec les victimes de la terreur d’Etat se trouve dans la lutte pour gagner les désespérés à la cause et aux méthodes de la classe ouvrière.
D’après Welt Revolution, 31 août 2007
La semaine dernière, le gouvernement Sarkozy/Fillon/Hortefeux/Pécresse et consorts (avec la complicité silencieuse du PS et de toute la "gauche plurielle") a franchi le Rubicon de l'ignominie et du sadisme. Après les immigrés chassés manu militari hors des frontières de l'Hexagone, au nom de la politique de sélection de "l'immigration choisie", ce sont maintenant les étudiants grévistes qui sont sauvagement matraqués. La répression féroce s'est abattue sur les étudiants en lutte contre la loi sur la privatisation des universités (appelée LRU). Au nom de la "démocratie" et de la "liberté", certains présidents d'université vendus au capital ont pris la décision inique de faire appel aux CRS et aux gardes mobiles pour libérer les facs bloquées et occupées à Nanterre, Tolbiac, Rennes, Aix-Marseille, Nantes, Grenoble...
La répression a été particulièrement ignoble à Rennes et surtout Nanterre.
Après avoir fait intervenir des vigiles armés de chiens policiers, les présidents d'universités ont laissé des centaines de CRS investir les locaux : les étudiants bloqueurs ont été délogés à coup de matraques et de gaz lacrymogène. Plusieurs d'entre eux ont été arrêtés et blessés. Les CRS ont poussé le sadisme jusqu'à arracher les lunettes (symbole de ceux qui font des études et lisent des livres !) d'un étudiant de Nanterre et de les lui casser. Les médias sarkozystes aux ordres du capital ont relayé et justifié la répression en donnant la parole aux présidents d'universités. Le 13 novembre, au journal télévisé de 20 heures de France 2, on a pu entendre en effet le président de l'université de Nanterre justifier ainsi la répression : "Ce n'est pas une lutte, c'est de la délinquance". Quant à cet autre larbin hystérique du capital, le président de l'université de Rennes, il n'a eu aucun scrupule à affirmer que ceux qui se révoltent sont des "terroristes et des khmers rouges" !
Il est clair que l'ex-premier flic de France, Nicolas le Petit, est bien déterminé aujourd'hui à "nettoyer au kärcher" les université françaises et à stigmatiser les enfants de la classe ouvrière comme des "voyous", de la "racaille", ou des "délinquants" (dixit le président de Nanterre). Quant à tous ceux qui font de la "politique" (pour Madame Pécresse, le 7 novembre sur LCI : "les blocages sont d'abord politiques"), ce ne sont que des "terroristes". Au moment même où Alliot-Marie donnait l'ordre à ses flics de donner l'assaut dans les facs occupées, sa "copine" Madame Pécresse a poussé le cynisme jusqu'à affirmer à la télé qu'elle voulait "rassurer les étudiants" (sic !).
Les travailleurs du secteur public comme du privé doivent entendre le message : tous ceux qui se lanceront dans des grèves "illégales" et "impopulaires" (et on peut compter sur les médias et Télé-Sarkozy pour accentuer jour après jour la propagande), tous ceux qui comme les travailleurs de la SNCF et de la RATP oseront "prendre en otage" les "usagers" seront montrés du doigt comme des "terroristes", des semeurs de trouble de "l'ordre public".
Le vrai "péril jaune", ce ne sont pas les prétendus "khmers rouges" de l'université de Rennes. Ce sont les "casseurs", les briseurs de grève de la voyoucratie qui cognent et gazent les jeunes générations de la classe ouvrière avec la bénédiction des mouchards et des fayots : les présidents des universités. Les vrais "terroristes", les vrais criminels, ce sont ceux qui nous gouvernent et qui exécutent les basses oeuvres de cette classe de gangsters : la bourgeoisie décadente. Leur ordre, c'est celui de la TERREUR implacable du capital.
Mais cette classe de voyous ne s'est pas contentée d'envoyer ses chiens mordeurs et ses CRS matraqueurs contre les étudiants grévistes. Dans certaines universités évacuées par les flics, ils ont poussé la crapulerie jusqu'à "confisquer" les caisses de grève des étudiants. Ainsi, par exemple, à Lyon, le 16 novembre, les étudiants qui occupaient la fac avaient réussi à collecter un petit pécule de quelques centaines d'euros. Pendant que les CRS armés jusqu'aux dents débloquaient la fac, l'administration de l'université a, quant à elle, confisqué le matériel de cuisine apporté par les étudiants et a fait main basse sur leur caisse de grève. C'est ignoble, honteux, répugnant ! Ces moeurs de petits voyous de la bourgeoisie n'a décidément rien à envier à celle des "casseurs" des banlieues qui ont été manipulés par l'État bourgeois pendant le mouvement de 2006 contre le CPE pour attaquer les étudiants dans les manifestations et leur voler leurs téléphones portables !
Voilà le vrai visage de la démocratie parlementaire : l'ordre "public", c'est l'ordre du capital. C'est l'ordre de la terreur et des matraques, celles des flics et des médias. C'est l'ordre du mensonge et de la manipulation des Télés-Sarkozy ! C'est l'ordre des Machiavels qui cherchent à nous diviser pour mieux régner. C'est l'ordre de ceux qui cherchent à nous monter les uns contre les autres en utilisant la stratégie préconisée par l'ex-gouvernement Villepin/Sarkozy au printemps 2006 : le pourrissement par la violence !
La répression sauvage contre les étudiants est une attaque inique contre l'ensemble de la classe ouvrière. La grande majorité des étudiants en lutte contre la privatisation des universités et la sélection par le fric sont des enfants de prolétaires et non pas de la petite bourgeoisie bien pensante, comme le prétendent certains médias et les socio-idéologues du capital. Bon nombre d'entre eux sont en effet des enfants des travailleurs de la fonction publique ou issus de l'immigration (notamment dans les universités de banlieues comme à Nanterre ou Saint-Denis). La nature prolétarienne de la lutte des étudiants contre la Loi Pécresse s'est clairement révélée par le fait que les grévistes ont été capables d'élargir leurs revendications : dans la plupart des universités bloquées, ils ont mis en avant dans leur plateforme revendicative, non seulement le retrait de la LRU, mais également la défense des régimes spéciaux des retraites, le rejet de la loi Hortefeux et de la politique de "l'immigration choisie" de Sarkozy, le rejet des franchises médicales et de toutes les attaques du gouvernement contre l'ensemble de la classe ouvrière. Ils ont mis en avant la nécessaire SOLIDARITÉ qui doit unir les travailleurs en lutte contre l'enfermement corporatiste et les "négociations" entreprise par entreprise, catégorie par catégorie, préconisées par les syndicats. Cette solidarité, les étudiants ont été capables de la faire vivre concrètement. Ainsi plusieurs centaines d'étudiants à Paris comme en province se sont joints aux manifestations de cheminots (notamment les 13 et 14 novembre) en lutte contre la remise en cause des régimes spéciaux de retraite. Dans certaines villes (Rennes, Caen, Rouen, Saint-Denis, Grenoble), cette solidarité des jeunes générations de la classe ouvrière a été accueillie très favorablement par les cheminots qui leur ont ouvert les portes de leurs AG et ont mené des actions communes avec les étudiants (telles que des interventions aux sorties d'autoroute où les étudiants et les cheminots ont laissé passer gratuitement les automobilistes aux péages en leur expliquant le sens de leur mouvement). Aujourd'hui, il y a donc des étudiants et des cheminots qui réfléchissent, discutent, agissent et mangent ensemble. Dans certaines universités (présidée par des êtres humains et non par des hyènes hystériques qui hurlent avec les loups), ils ont été rejoints par les enseignants et le personnel administratif, comme à Paris 8-Saint-Denis.
Cette nature prolétarienne de la lutte des étudiants est encore réaffirmée par le fait que, en occupant les universités, les étudiants ne veulent pas seulement occuper des locaux pour pouvoir tenir leurs assemblées générales et mener des débats politiques ouverts à tous (oui, Madame Pécresse, l'espèce humaine, parce qu'elle est douée de langage, contrairement aux singes, est une espèce politique, comme l'ont démontré certains chercheurs travaillant dans des "pôles d'excellence" !). Dans certaines facultés, les étudiants grévistes ont décidé d'investir les locaux pour accueillir les immigrés sans papiers.
Et c'est bien à cause de cette solidarité active qui risque de faire tâche d'huile que le gouvernement Sarkozy/Fillon (et ses "dames de fer", Pécresse, Alliot-Marie, Dati et autres "Mi-putes, Mi-soumises") a décidé d'envoyer ses flics pour casser les reins de la classe ouvrière. Ce que veut la bourgeoisie française, c'est mettre en application la même politique que Thatcher. Ce qu'elle veut, c'est interdire, comme en Grande-Bretagne, toutes les grèves de solidarité afin d'avoir les mains libres pour asséner des attaques encore plus brutales en 2008, après les élections municipales. Et c'est aujourd'hui, par l'épreuve de force et par le déchaînement de la répression que la classe dominante, et son homme de main Sarkozy, cherche à imposer l'ordre "démocratique" du capital.
Le mouvement de solidarité dans laquelle les étudiants et certains cheminots se sont engagés montre que les leçons de la lutte contre le CPE n'ont pas été oubliées malgré la campagne électorale assourdissante des dernières présidentielles. La solidarité entre les étudiants en lutte et une partie des travailleurs de la SNCF et de la RATP nous montre le chemin. C'est dans cette voie que tous les travailleurs actifs ou chômeurs, français "de souche" ou immigrés, de la fonction publique comme du privé, doivent résolument s'engager. C'est le seul moyen de construire un rapport de forces contre les attaques de la bourgeoisie et de son système décadent qui n'a qu'un seul avenir à offrir aux jeunes générations : le chômage, la précarité, la misère et la répression (aujourd'hui, les matraques et les gaz lacrymogènes ; demain, la mitraille !)
En 2006, si le premier flic de France, Sarkozy, n'avait pas envoyé ses CRS contre les étudiants "bloqueurs", ce n'est nullement parce qu'il avait à l'époque le moindre scrupule moral. C'est essentiellement parce qu'il était candidat aux présidentielles et ne voulait pas se mettre à dos une partie de son électorat dont les enfants sont scolarisés dans les universités. Maintenant qu'il est arrivé au pouvoir, il veut montrer ses muscles et régler les comptes de toute la bourgeoisie française qui a gardé en travers de la gorge le retrait du CPE en 2006 (n'avait-il pas annoncé la couleur au lendemain de son élection en affirmant : "l'État ne doit pas reculer" ?). Ce que veut Sarkozy, c'est montrer à la clique de Villepin que lui, il ne se dégonflera pas (car, comme le disait Raffarin, "ce n'est pas la rue qui gouverne"). Le cynisme avec lequel il a annoncé publiquement, au nom de la "transparence", l'augmentation de son salaire de 140% en même temps qu'il affiche son intransigeance dans toutes les attaques contre le niveau de vie des prolétaires, est une véritable provocation. En roulant des mécaniques et en faisant des pieds de nez à la classe ouvrière, voilà le message qu'il veut faire passer : "Il est hors de question de remettre en cause les privilèges de la bourgeoisie. J'ai été élu par les Français, maintenant j'ai carte blanche pour faire ce que je veux !". Mais au-delà des intérêts et ambitions personnelles de ce sinistre personnage, c'est l'ensemble de la classe capitaliste que Sarkozy représente : force doit rester à la loi du capital. Le bras de fer qu'il a engagé avec les cheminots vise un seul objectif : infliger une défaite cuisante à l'ensemble de la classe ouvrière en effaçant le sentiment laissé par le mouvement contre le CPE, celui que seule la lutte unie paie. C'est pour cela que Sarkozy n'a pas l'intention de céder aux cheminots et qu'il veut transformer les universités en forteresses policières.
Mais quelle que soit l'issue de ce bras de fer entre le gouvernement Sarkozy/Fillon/Pécresse et la classe ouvrière, la lutte a déjà commencé à payer : le mouvement de solidarité engagé par les cheminots et les étudiants et qui a commencé à entraîner derrière lui d'autres partie de la classe ouvrière (notamment les travailleurs des universités) laissera une trace durable dans les consciences, tout comme la lutte contre le CPE. Comme toutes les luttes ouvrières qui se déroulent à l'échelle mondiale, il est un jalon sur le chemin qui mène vers le renversement futur du capitalisme. Le principal gain de la lutte, c'est la lutte elle-même, c'est l'expérience de la solidarité vivante et active de la classe ouvrière en marche vers son émancipation, et vers l'émancipation de l'humanité toute entière.
Travailleurs "français" et immigrés, du public et du privé, étudiants, lycéens, chômeurs : un seul et même combat contre les attaques du gouvernement ! A bas l'État policier ! Face à la terreur du capital, solidarité de toute la classe ouvrière !
Sofiane (17 novembre 2007)
Attachment | Size |
---|---|
![]() | 25.24 KB |
Après plusieurs semaines de contorsions de la direction d’Airbus et une rencontre Chirac-Merkel, le couperet est tombé : 10 000 suppressions de postes en Europe, fermeture ou vente de plusieurs usines.
La direction, la main sur le cœur, nous dit « il n’y aura pas de licenciements secs », « tout se réglera par des préretraites et des départs volontaires ».
Pas de licenciements à Airbus, mais ce n’est que la moitié des effectifs touchés : les 5000 intérimaires ou salariés des entreprises sous-traitantes seront priés de se faire voir ailleurs. Quant aux salariés d’Airbus, on sait ce que signifient pour eux les « départs volontaires » : le harcèlement par les petits chefs afin de les faire craquer. Au total, il y aura encore plus de chômage, surtout parmi les jeunes qui cherchent du boulot. Et pour ceux qui restent : des cadences encore plus infernales, une augmentation des heures travaillées pour le même salaire, ou moins.
Pour expliquer la crise d’Airbus justifiant de telles mesures, chacun y va de son petit couplet. Pour Gallois, le patron d’Airbus, c’est principalement à cause de l’Euro fort : les avions Airbus sont trop chers par rapport à ceux produits par Boeing. Pour les syndicats, c’est à cause d’une mauvaise gestion ou de l’avidité des actionnaires. Pour le patronat, c’est parce que l’État a voulu se mêler de la politique industrielle, ce qui n’est pas son rôle : il faut laisser les investisseurs privés se débrouiller entre eux. Pour les partis de gauche c’est parce que l’État n’a pas joué son rôle d’actionnaire. Pour la presse française c’est à cause de l’État allemand qui tire la couverture à lui. Pour la presse allemande, et la bourgeoisie qui est derrière, c’est difficile de renvoyer cet argument dans l’autre sens vu que, sans que les français y soient pour quelque chose, 6100 suppressions de postes sont annoncées à Bayer, géant de la chimie, en même temps que la direction de Deutsch Telekom décide de transférer vers des sous-traitants 50 000 de ses salariés, ce qui est un moyen de préparer leur licenciement une fois qu'ils seront dispersés dans de multiples petites entreprises. Et pour faire bonne mesure, ceux qui restent devront travailler 5 heures de plus par semaine, sans augmentation salariale. A travers ses médias, la bourgeoisie allemande essaie plutôt de consoler les ouvriers d'Airbus en disant que cela aurait pu être pire pour eux : ce sont les travailleurs français les plus touchés. Même son de cloche dans la presse espagnole : on ne s’en sort pas trop mal, mais c’est parce qu’on est plus compétitif. Et pour en rajouter une petite couche dans le refrain nationaliste, allemands et français sont accusés de faire leur petite cuisine dans leur coin, sans consulter les espagnols.
Quant à la presse britannique, c’est plutôt la discrétion qui domine : c’est vrai qu’en ce moment même, ce sont des centaines de milliers de travailleurs de la santé qui sont attaqués par un gel de leurs salaires déjà particulièrement bas.
Que nous proposent ceux qui rejettent les décisions de la direction d’Airbus ?
Pour les syndicats allemands, les difficultés d’Airbus sont un exemple parmi d’autres de la mauvaise gestion des patrons, laquelle est également responsable des difficultés de Deutsch Telekom et de Bayer. Ils revendiquent d’être plus présents dans la gestion des entreprises alors qu’ils représentent pratiquement 50% des conseils d’administration et qu’ils ont déjà été associés à toutes les décisions concernant Airbus ou d’autres secteurs. Dans ce cadre, ils proposent que les mesures à prendre pour « préserver l’avenir d’Airbus » soient discutées localement, usine par usine, entre les syndicats et les patrons.
Les syndicats français, pour leur part, dénoncent aussi la mauvaise « gouvernance » de la direction actuelle et proposent que ce soit l’État qui soit plus impliqué dans la gestion d’Airbus, perspective qui est également soutenue par le premier ministre et les candidats de droite et du centre aux prochaines élections présidentielles, Sarkozy et Bayrou. Quant à la candidate socialiste, Ségolène Royal, elle fait en plus la proposition que les régions soient impliquées dans le capital de l'avionneur. C’est-à-dire ce qui existe déjà en Allemagne où les Länder sont partie prenante dans le capital d’Airbus, avec le succès qu’on voit !
Il peut y avoir une part de vérité dans certaines de ces déclarations. C’est vrai que l’Euro fort est un obstacle à la vente des avions produits en Europe face à la concurrence de Boeing. C’est vrai qu’il y a des problèmes de gestion dans Airbus. En particulier, c’est vrai que la concurrence entre l’État allemand et l’État français n’a pas arrangé les choses. Chacun peut raconter une petite partie de la vérité, mais tous ces gens-là partagent le même mensonge : les travailleurs qui aujourd’hui paient les difficultés d’Airbus auraient les mêmes intérêts que les patrons. En somme, ils devraient adhérer à l’objectif que tous ces discours se donnent : il faut que Airbus soit rentable par rapport à Boeing. C’est exactement aussi ce que disent les patrons américains aux ouvriers américains et c’est aussi pour cela que ces derniers ont subi des dizaines de milliers de licenciements au cours des dernières années. En fin de compte, dans tous les discours que nous font entendre les « responsables », que ce soit le gouvernement, les patrons ou les syndicats, les ouvriers américains seraient les ennemis des ouvriers européens de la même façon que les ouvriers français, allemands, anglais et espagnols seraient les ennemis les uns des autres. Finalement, dans la guerre économique d’aujourd’hui, l’ensemble des forces de la bourgeoisie veut opposer les ouvriers des différents pays entre eux comme elle le fait dans les guerres militaires.
Que les États capitalistes soient en concurrence les uns avec les autres, ils n’arrêtent pas de nous le dire et c’est vrai. Les guerres du 20e siècle nous ont montré que ce sont les travailleurs qui ont le plus à perdre dans ces rivalités entre nations capitalistes et qu’ils n’ont aucun intérêt à se soumettre aux ordres et aux intérêts de leur bourgeoisie nationale. Dans la logique du capitalisme, il faut que les ouvriers américains comme les ouvriers européens fassent toujours plus de sacrifices. Si Airbus redevient rentable face à Boeing, les ouvriers américains subiront de nouvelles attaques (d'ailleurs, ce sont dès aujourd'hui 7000 emplois dont on annonce la suppression) et ensuite ce sera aux ouvriers européens de payer une nouvelle fois la note. Chaque recul des ouvriers face aux exigences capitalistes, et partout, ne fait que préparer de nouvelles attaques encore plus violentes que les précédentes. Il n’y a pas d’autre « option » possible pour le capitalisme car ce système est en crise, une crise insoluble et que la seule réponse qu’il sache opposer à cette crise ce sont toujours plus de suppressions de postes et une exploitation toujours plus féroce des ouvriers qui ont « la chance » de conserver leur emploi… pour le moment.
Pour les travailleurs qui sont aujourd’hui frappés par les mesures de la direction d’Airbus, il n’y a pas d’autre alternative que la lutte. Dans plusieurs usines d'Airbus, ils l'ont compris immédiatement : dès l'annonce des plans de la direction, les 1000 ouvriers de l'usine de Laupheim, dans le sud de l'Allemagne, sont partis en grève spontanément, au même moment où ceux de Méaulte, en Picardie, arrêtaient le travail ; travail qu'ils ont repris lorsque le syndicat leur a annoncé que l'usine ne serait pas vendue, ce qui était un mensonge.
Mais les travailleurs d'Airbus ne sont pas les seuls concernés par cette lutte. C’est l’ensemble des exploités qui doivent se sentir solidaires face aux attaques qui aujourd’hui s’abattent sur les travailleurs de l’aéronautique, qui demain frapperont une nouvelle fois ceux de l’automobile, des Télécoms, de la chimie et tous les secteurs.
Il faut que partout les travailleurs se réunissent en assemblée générale souveraine où ils discutent et décident des objectifs et des moyens de leur lutte. Leur lutte, c’est l’affaire des travailleurs eux-mêmes. Ce n’est pas l’affaire des candidats aux élections dont les promesses seront oubliées dès qu’ils seront au pouvoir. Ce n'est pas l'affaire non plus de leurs « représentants » patentés, les syndicats. Ces derniers passent leur temps à cultiver la division entre les travailleurs, que ce soit au sein d’une même entreprise ou d’une même unité de production (comme on le voit aujourd’hui à Toulouse où les discours du principal syndicat, « Force Ouvrière », tentent d'opposer les « cols bleus » des usines aux « cols blancs » du siège social, eux aussi lourdement frappés). Ou encore d’un pays à l’autre, puisque les syndicats sont les premiers à agiter les chiffons nationalistes. Pour les syndicats français d'Airbus, avec à leur tête le même « Force Ouvrière », il faut « lutter », y compris en paralysant la production pour obtenir une « meilleure répartition des sacrifices », en d'autres termes, pour que les ouvriers allemands soient encore plus lourdement frappés. Et même lorsqu’un syndicat comme IG Metall propose pour la mi-mars une journée d’action commune des travailleurs des différents pays où est implanté Airbus, ce n’est qu’une manoeuvre pour prendre les devants d’une prise de conscience des travailleurs que leurs intérêts ne sont pas ceux du capital national, en même temps qu'il essaie de faire passer ses déclarations contre la grève au nom de la « responsabilité ». C’est aussi un moyen de cultiver une « solidarité » entre ouvriers européens d'Airbus qu’on oppose aux ouvriers américains de Boeing qui pourtant, à l'automne 2005, étaient entrés massivement en grève contre les attaques patronales.
La nécessaire solidarité de tous les travailleurs a commencé à se manifester, notamment à travers des débrayages spontanés dans des usines relativement épargnées comme celles de Hambourg et de Brême, les plus importantes en Allemagne. Il y a peu, dans le sud de l'Espagne, les ouvriers d'Airbus, aujourd'hui attaqués, avaient apporté leur soutien aux manifestations des familles des travailleurs de l'équipementier automobile Delphi jetés à la rue par la fermeture de l'usine de Puerto Real. C'est le chemin dans lequel doivent s'engager tous les travailleurs.
Face aux appels des patrons à accepter les suppressions d’emploi, les baisses de salaires et l’aggravation des conditions de travail, une seule réponse : refus des sacrifices qui préparent des attaques encore plus brutales ! Seule la lutte paie !
Face aux tentatives de diviser les travailleurs par entreprises ou par pays, solidarité de toute la classe ouvrière !
Contre l’isolement qui veut toujours dire la défaite, élargissement des luttes ! Les assemblées ouvrières doivent envoyer des délégations massives aux autres entreprises pour que l’ensemble des travailleurs soit partie prenante d’un mouvement solidaire.
Face à un système capitaliste mondial aux abois qui portera des attaques toujours plus brutales contre tous les travailleurs dans tous les secteurs et dans tous les pays, il n’y a pas d’autre alternative pour la classe ouvrière que de mener des luttes toujours plus déterminées, plus amples, plus solidaires.
C’est le seul moyen pour faire obstacle à une aggravation de l’exploitation, à des conditions de vie et de travail de plus en plus inhumaines, et aussi pour se préparer au renversement de ce système qui sème la misère, la guerre et la barbarie.
Le 25 juin 2007, décédait Cajo Brendel à l'âge de 91 ans. Il était le dernier des communistes de conseil néerlandais. Cajo était un ami et un compagnon de lutte, qui défendait vigoureusement ses positions mais était également jovial et chaleureux avec son entourage. A l'occasion de son 90ème anniversaire, nous avions publié l'an dernier un article dans Wereldrevolutie, n° 107. Nous voudrions ici revenir plus largement sur sa vie et nos liens avec lui.
Cajo se représentait le CCI comme un courant qui se réclamait de « positions dépassées », comme celles du KAPD (Parti Ouvrier Communiste d'Allemagne) au début des années 1920, qui selon lui auraient été dépassées par le GIC (Groupe des Communistes Internationaliste), et en 1981, il caractérisait d'une manière univoque notre conception de la décadence de « humbug » (attrape-nigaud) lors d'un débat à Amsterdam. Mais Cajo était d'abord et avant tout un internationaliste persistant et convaincu, c'est ce que nous avions de commun avec lui, et c'est la raison pour laquelle il nous a toujours inspiré admiration et respect. Nous avions des différences de vue avec lui, entre autres sur les syndicats, qui selon Cajo auraient été « capitalistes » dès le début, et à propos de la question nationale ; selon lui, des « révolutions bourgeoises » se déroulaient encore, et il y incluait aussi bien la guerre civile de 1936 en Espagne que les changements en Chine sous Mao Tse-Toung, aussi bien d'ailleurs que la révolution prolétarienne d'Octobre en Russie en 1917-1923.
Si l'activité politique était pour son ami Jaap Meulenkamp un « hobby d'inspiration sociale », pour Cajo, c'était un peu plus que cela : une profonde conviction dans laquelle il s'investissait infatigablement et qu'il essayait de transmettre aux autres par la force des arguments. Lorsque, avec Otto Rühle, il acquit la conviction que « la révolution n'est pas une affaire de parti », cela ne l'empêcha pas de mener campagne pour les positions de la Gauche Communiste, ni de conférer à ces positions une notoriété sur plusieurs continents. A de nombreuses occasions, nous avons débattu et polémiqué fermement avec lui, à commencer par Mai 68 à Paris, et il faut dire que parfois les esprits se sont échauffés. Mais, alors que d'autres membres de Daad en Gedachte, comme Jaap, refusaient "par principe" de débattre avec des organisations ou des groupes qui se présentaient comme "l'avant-garde politique" du prolétariat, Cajo participa en 1973 à plusieurs conférences à Termonde et à Langdorp en Belgique, où le Communistenbond Spartacus était également présent, tout comme les groupes qui un an plus tard allaient fonder la section du CCI en Belgique, et dont on trouve les répercussions également dans Daad en Gedachte de 1973-1975.
Cajo est né à La Haye le 2 octobre 1915. Originaire comme il le disait lui-même d'une « famille petite-bourgeoise » qui connut de très grandes difficultés financières après le krach de 1929, il s'intéressera aux questions sociales. Initialement sympathisant du trotskisme, en mai 1934, après un débat avec David Wijnkoop devenu stalinien, il entre en contact avec deux ouvriers de La Haye, Arie et Gees, et ensuite Stientje. Ceux-ci s'avèrent être d'anciens membres du Parti Ouvrier Communiste des Pays-Bas (KAPN) et forment la section de La Haye du GIC. En 1933, ils publient le journal De Radencommunist (Le Communiste de Conseil). Pendant des mois, alors âgé de 19 ans, Cajo discutera avec eux tous les soirs jusqu'à ce qu'il soit convaincu en septembre. Plus tard, il dira de cette période que « c'était comme s'il était passé directement du jardin d'enfants à l'université ». Par leur intermédiaire, il entra en contact avec la section amstellodamoise du GIC, dans laquelle Henk Canne Meijer et Jan Appel jouaient un rôle si important, et avec qui Anton Pannekoek était en contact. Il a également été très influencé par des écrivains comme Paul Mattick et Karl Korsch. Jeune et désargenté, Cajo a mené dans le La Haye de ces temps de crise, comme on dit, une existence haute en couleurs. En 1935, après que des groupes à Leiden, La Haye et Groningen se soient séparés du GIC, trop « théorique » selon eux, il publie avec le groupe de La Haye le journal Proletariër, et en 1937-1938 Proletarische Beschouwingen (Considérations Prolétariennes). En 1938-1939, il écrit ensuite chaque semaine un article pour le journal anarchiste De Vrije Socialist (Le Socialiste Libre) de Gerhard Rijnders, à qui le marxisme de Cajo ne posait manifestement aucun problème. Mobilisé en 1940, Cajo diffuse un tract internationaliste parmi les soldats, mais sans trouver le moindre écho. Après son transport vers Berlin comme prisonnier de guerre, il revient aux Pays-Bas, dans la clandestinité, caché sous un journal. Après la guerre, il travaille comme journaliste à Utrecht, sur le plan personnel, ce sont des années plus calmes et plus heureuses. En 1952, Cajo s'affilie au Communistenbond Spartacus, où il fait partie de la rédaction. Cette année-là, il apprend aussi à connaître Anton Pannekoek. Dans les douze années qui suivent, il écrira un très grand nombre d'articles, et aussi des brochures comme De opstand der arbeiders in Oost-Duitsland (la résistance des ouvriers en Allemagne de l'Est) et Lessen uit de Parijse Commune (Leçons de la Commune de Paris), toutes deux en 1953. Lors du conflit de 1964, au cours duquel des membres du Communistenbond ont été exclus, surtout Theo Maassen qui avait déjà été exclu du GIC, alors que d'autres partaient volontairement, Cajo adopte d'abord une attitude conciliatrice, mais finalement il se rallie au groupe qui publiera à partir de 1965 le journal Daad en Gedachte, « consacré aux problèmes de la lutte ouvrière autonome ».
Mais Cajo devient vraiment important lorsqu'il publie Anton Pannekoek, theoretikus vans het socialisme (Pannekoek, théoricien du socialisme) en 1970, un livre qui aura une grande influence aux Pays-Bas sur toute une génération d'éléments à la recherche des positions marxistes, et qui en 2001 paraissait aussi en allemand, sous le titre Pannekoek, Denker der Revolution. En 1970, il existe à l'échelle internationale un regain d'intérêt pour la Gauche Communiste. En 1974, l'année du décès de Theo Maassen, paraît Stellingen over de Chinese revolutie (Thèses sur la révolution chinoise), et cette même année aussi, la brochure en allemand Autonome Klassenkämpfe in England 1945-1972, dont paraîtra aussi une version française, et pour l'écriture de laquelle il passa beaucoup de temps en 1971 au pays de Galles, parmi les mineurs. D'un très grand intérêt aussi, son volumineux ouvrage Revolutie en contrarevolutie in Spanje (Révolution et contre-révolution en Espagne), malheureusement toujours pas traduit à l'heure actuelle. Cajo connaissait les langues, et bien que la plupart de ses écrits aient paru en néerlandais, il publiait aussi en allemand, anglais et français; ses œuvres ont été traduites dans des langues plus nombreuses encore. En conséquence, son influence internationale s'accroît réellement, ne serait-ce qu'au travers de ses contributions à la publication Echanges et Mouvements, éditée en français et en anglais, et de sa participation à des conférences internationales, comme à Paris en 1978.
Lorsqu'en 1981 une conférence de groupes internationalistes fut organisée à Amsterdam Daad en Gedachte avait choisi de ne pas y participer, mais un membre du groupe était toutefois présent à titre personnel, et autant Cajo que Jaap avaient envoyé d'importantes contributions à la discussion, et par conséquent leurs positions y étaient représentées. En 1981 aussi, pendant la grève de masse en Pologne, Cajo défendit devant une salle comble à Amsterdam que la ligne de démarcation « ne se trouvait pas entre d'un côté l'Etat polonais et de l'autre les ouvriers et le syndicat Solidarnosc, mais entre d'une part l'Etat polonais et le syndicat Solidarnosc, et d'autre part les ouvriers », point sur lequel nous étions fondamentalement d'accord. En 1983, lors de la présentation à Anvers du livre Blaffende bonden bijten niet (Des syndicats qui aboient ne mordent pas), plein de citations de la presse du CCI, Cajo défend face à un public hostile d'extrême-gauche que le reproche qui est fait de « faire le jeu de la droite » est totalement injuste : les partis de droite patronaux étaient conscients mieux que personne de l'intérêt qu'avait pour eux le mouvement syndical; nous l'avons soutenu aussi bien que nous le pouvions.
En 1987, apparut clairement le fait que Cajo était en tout premier lieu un internationaliste convaincu lorsque, plus ou moins par erreur, le CCI et un certain nombre de ses membres et sympathisants fut invité à participer à une conférence du groupe Daad en Gedachte. Quelques-uns de nous étaient effectivement présents, et sur notre insistance, la question de l'internationalisme prolétarien avait été mise à l'ordre du jour. A notre grande surprise, nous nous sommes soudain retrouvés aux côtés de Cajo et Jaap face à pratiquement tous les "jeunes" du groupe, favorables à l'antifascisme et prêts à prendre la défense de la démocratie bourgeoise. Nous avons publié un compte-rendu de cette réunion dans notre presse. Il est devenu évident, quand cette question politique de la première importance fut reléguée dans ce groupe à un rang secondaire, que le groupe sombrait dans l'académisme journalistique et ne pouvait plus subsister. Cajo et Jaap étaient des internationalistes, ils ont dénoncé toute leur vie durant les camps fasciste, stalinien et démocratiques avec la même force; mais, bien qu'au sein de leur propre groupe, ils n'ont pas semblé être en mesure de faire passer tout cela à la nouvelle génération. Les plus jeunes ont commencé à se retirer, tendance encore renforcée par l'effondrement du bloc de l'Est, lorsque tout ce qui ressemblait au Marxisme sentait le soufre.
En 1990, à l'occasion des 25 ans du groupe, parut une « rétrospective » résumant le contexte et les positions de Daad en Gedachte. Mais contrairement à l'intention, cela n'attire plus de nouveaux lecteurs, et encore moins de nouveaux collaborateurs. Ce que nous avions vu arriver en 1981 à l'intérieur du Communistenbond Spartacus, les "jeunes" voulant quitter alors que les plus "âgés" veulent continuer, se répète dix ans plus tard dans le groupe Daad en Gedachte. En 1991, après l'effondrement du bloc de l'Est, nous avons invité Cajo pour discuter avec lui du Manifeste du 9ème congrès du CCI à propos de l'effondrement du bloc de l'Est et du stalinisme, publié en sept langues. Nous avons aussi essayé de le pousser à présenter une introduction sur ce sujet pour une réunion publique du CCI. Il était particulièrement ému et remonté : « Je suis totalement en désaccord avec vous, mais je trouve extraordinairement important qu'un tel document soit diffusé à l'échelle internationale ». Il adopta cette même attitude en 1992, lorsqu'il fit la demande de faire publier en néerlandais notre livre sur la Gauche Hollandaise, « la seule étude qui traite de ce sujet dans sa totalité », et pour lequel il avait lui-même fourni beaucoup d'informations et de documents, alors qu'il disait être en désaccord avec beaucoup de points développés dans ce livre, ce qui dépassait toute attente. La publication du périodique Daad en Gedachte devait se poursuivre jusqu'à juillet 1997, mais avec toujours moins de collaborateurs. La structure d'organisation du groupe, celle d'un cercle d'amis, rendait toujours plus difficile sa cohésion. Après la maladie et le décès de Jaap, Cajo se retrouvait seul à assumer cette tâche. Un appel de notre part à ne pas abandonner la publication parce qu'elle signifierait un énorme appauvrissement pour la diffusion des positions internationalistes de la Gauche Hollandaise est resté sans suite. Nous écrivions: « Quelles que soient les positions et les analyses qui nous séparent, nous considérons ce courant politique comme une part fondamentale de l'héritage historique du mouvement ouvrier qui a contribué visiblement à son progrès théorique et pratique » (Wereldrevolutie, n° 85, décembre 1998).
En novembre 1998, Cajo, alors âgé de 83 ans, a donné une série de conférences en Allemagne, où nous étions présents, et dont nous avons publié un compte-rendu dans notre presse internationale (ea Weltrevolution, n° 92, Wereldrevolutie, n° 92, World Revolution, n° 228). Ces conférences ont touché des salles d'une centaine d'auditeurs et de participants au débat. Nos camarades en Allemagne ont été très impressionnés par les analyses précises de Cajo et ses grandes qualités humaines. Toute sa vie, il a donné des conférences, toujours suivies d'un débat et non d'une "heure de questions", non seulement aux Pays-Bas mais dans toute une série de pays comme l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et les pays scandinaves, et même aux Etats-Unis, en Russie et en Australie. En 2000, nous avons invité Cajo à une réunion publique à Amsterdam, sur la question Le Communisme de conseils, un pont entre marxisme et anarchisme? Cajo n'est pas venu, mais face aux tentatives d'amalgamer la Gauche Hollandaise à l'anarchisme, il nous a écrit, et nous avons salué cela dans notre presse: « Je ne suis absolument pas anarchiste », et « De la méthode de Marx qu'il applique dans ses analyses, de toute dialectique ou réelle compréhension de ce qu'est le marxisme, les anarchistes ne comprennent rien » (Wereldrevolutie, n° 91).
Nous avons visité Cajo pour la dernière fois en 2005, chez lui, et quelque mois plus tard dans la maison de repos où il avait été transporté. Il ne nous a plus reconnus, mais il parlait encore beaucoup de ses activités, même si les noms ou les lieux commençaient à lui échapper. Contrairement à ce que prétend la presse anarchiste, il n'est pas « mort dans le dénuement » : dans l'institution il était bien soigné et ses enfants y ont veillé. Mais il ne recevait plus beaucoup de visites des camarades.
Les archives de Cajo, une mine d'or de presque six mètres, reposent à l'Institut International de l'Histoire Sociale à Amsterdam. Mais ce sont surtout les plus de soixante-dix ans pendant lesquels Cajo Brendel, avec toutes ses facultés et de toutes ses forces, la plupart du temps « contre le courant » a porté haut le flambeau de l'internationalisme prolétarien qui font de lui quelqu'un d'exceptionnel dans l'histoire de la Gauche Hollandaise, dont il était le dernier représentant.
C'est avec un cynisme sans borne et avec la complicité de la grande majorité de ses médias (notamment de ses chaînes de télévision) que la classe dominante s'est efforcée pendant 9 jours, à chaque édition du journal télévisé, de nous montrer comment la France était menacée par une "petite minorité" de "rebelles" qui ne veulent pas se soumettre à la loi implacable du capital, celle de la misère et de l'exploitation. L'épouvantail Sarkozy a certainement la "tête de l'emploi". Mais il n'est pas le seul. La politique de "fermeté" du gouvernement à qui la France "a fait confiance" devait apparaître tous les jours sur le petit écran dans l'allure "ferme", "déterminée", "musclée" de François Fillon, Patrick Devedjian et Rachida Dati (caricature du personnage de Wald Disney, Cruella, la "preneuse d'otages" des 101 Dalmatiens). Face au mouvement de grève des étudiants et des cheminots, la classe dominante a agité non seulement l'épouvantail Sarkozy mais également tous les autres tyrannosaures du gouvernement pour terroriser et paralyser les travailleurs et mener une campagne sans précédent de criminalisation des grévistes. Une véritable chasse aux sorcières aux relents du maccarthysme des années 1950 aux États-Unis1. Grâce à la manipulation des images, quelques interviews ont été soigneusement sélectionnées d'"usagers" soit disant "pris en otage" : les manifestants du dimanche de "Liberté Chérie" et certains usagers, notamment d'origine africaine (une immigration "choisie" au profit de la propagande télévisée ?). Les montages les plus grossiers ont été étalés à outrance surtout pour dissuader tous ceux qui (comme les travailleurs de l'Éducation nationale, et notamment les instituteurs) seraient tentés à leur tour de "prendre les usagers en otage" pour engager la lutte contre les attaques du gouvernement et apporter leur solidarité aux cheminots et aux étudiants. Le 21 novembre, au lendemain des manifestations massives des fonctionnaires, les médias nous ont sorti un nouveau "scoop" : après avoir débusqué des "khmers rouges" et des "terroristes" parmi les étudiants en lutte contre la loi Pécresse, on apprend avec effroi que des actions de sabotage ont été "coordonnées" et "planifiées" dans toute la France sur des équipements de sécurité des voies ferrées mettant ainsi en péril la vie des usagers. Ce qui a permis à notre "transparent" Premier ministre d'exister un peu en affirmant, haut et fort, que les "coupables seront sévèrement punis". C'est une "petite minorité" qui veut "politiser" la grève des cheminots (car il ne faut par confondre un mouvement "social" et "syndical" avec un mouvement politique, dixit le magouilleur politicard Bernard Thibault2). Comme chacun sait, les travailleurs, dans un pays "démocratique", n'ont pas le droit de se mobiliser sur un terrain "politique"... sauf pour aller coller des affiches lors des foires électorales. Dans une société capitaliste en pleine décomposition, la seule "politique" acceptable, c'est celle des petits hooligans "anti-bloqueurs" de la Fac de Nanterre3.
Ces derniers ne peuvent pas être "sévèrement punis" tout simplement parce que le journal de 20 heures a bien pris soin de ne pas divulguer les images trop "choquantes" de ce "fait divers" (que beaucoup ont pu voir d'ailleurs sur Internet !).
La ficelle était tellement grosse (comme l'ont révélé les "bafouillements" de PPDA au journal de 20 heures) que la classe dominante a dû rapidement mettre un bémol à ces "reportages" cousus de fil blanc et à ces "bavures verbales" des pompiers pyromanes. Une grande majorité des travailleurs qui ont pris les transports aux heures de pointe dans la région parisienne n'ont pas hésité à exprimer, malgré la "galère" dont on nous a rebattu les oreilles heure après heure, leur profonde sympathie envers cette "petite minorité" de "preneurs d'otages" (car ils ont beaucoup apprécié le courage de ces cheminots et traminots qui ont mené une grève non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour toute la classe ouvrière). Certains "usagers en colère" ont même osé dire à d'autres usagers qui attendaient les rames de métro sur les quais, le jour de l'annonce des fameux "sabotages organisés et planifiés" : Ceux qui ne sont pas contents de la grève ont eu le président qu'ils méritent ! Quant aux "manifestants du dimanche", ils ont dû sortir par l'escalier de service tant leurs gesticulations les a fait apparaître, lors de la journée de "galère" qui a rassemblé 750 000 "usagers" dans les manifestations du 20 novembre, comme de piètres "guignols de l'info" ! Le constat que l'on doit faire, c'est que les médias de notre belle république "démocratique", aux ordres du capital, n'ont eu aucun scrupule à mettre en pratique cette phrase du chef de la propagande nazie, Goebbels : "Un mensonge énorme porte avec lui une force qui éloigne le doute" (sauf que nous ne sommes plus dans les années 1930 et que c'est maintenant l'inverse qui est vrai : "plus un mensonge est gros, plus il ouvre la porte au doute"). Cette propagande honteuse de criminalisation des grévistes (qui a commencé avec la stigmatisation des "khmers rouges " des universités de Rennes et Nanterre) n'a pu se déchaîner qu'avec la bénédiction de tous ces grands défenseurs de la classe ouvrière que sont les partis "socialiste" et "communiste" et autres "révolutionnaires" en peau de lapin : notre "Arlette nationale", le petit facteur Besancenot (sponsorisé par l'ex-"lider maximo" de la LCR, Alain Krivine), et tout le gratin de la gauche "écolo" de José Bové à Dominique Voynet. Tous ces brillants "démocrates" se sont enfermés dans un silence très "actif" et très "bruyant"4. C'est bien ce qu'on a vu à la manifestation enterrement de la lutte des cheminots le 20 novembre où il n'y avait aucune banderole syndicale dénonçant la répression. Union sacrée oblige. Il faut croire que tous ces valets du capital ne savent faire entendre leur voix que lors des kermesses électorales pour aller à la soupe et pour mystifier les ouvriers.
Même les touristes étrangers en visite dans la "plus belle ville du monde" ont été époustouflés par la manifestation enterrement ubuesque du 20 novembre où les pieds nickelés de la CGT et des autres syndicats sont même allés jusqu'à faire défiler les CRS5 et le syndicat Alliance (proche de l'UMP) de la police nationale au milieu de leur cortège ! Et les touristes ont pu filmer aussi la cerise sur le gâteau : un cordon très serré de militants "anti-autoritaires" et "antifascistes" de la CNT qui, avec leurs uniformes noirs, leurs médailles (leurs badges au chat noir en colère) et leurs claquements de bottes ressemblaient plus à un détachement militaire ou une milice fasciste qu'à un groupe de militants de la classe ouvrière. C'est le monde à l'envers : les milices du capital manifestent contre les attaques du capital pendant que certains antiautoritaires se revendiquant du courant anarchiste se donnent des allures de fachos.
Les touristes qui ont pu assister au spectacle se mettent maintenant à bavarder dans les cafés parisiens : on les entend dire que la France est, décidément, un pays "très en retard" (pour ne pas dire politiquement "arriérée"). Le "populisme" à la française est aujourd'hui devenu une curiosité touristique (à défaut d'être reconnu par l'UNESCO comme "chef-d'œuvre en péril" à inscrire au "Patrimoine de l'Humanité"...). Heureusement que la classe ouvrière, elle, a un peu relevé le niveau : victime des manoeuvres de division syndicale, elle n'a pas pu se mobiliser massivement pour apporter sa solidarité aux cheminots. Mais le patron de la CFDT Chérèque s'est fait virer de la manif manu militari et a été obligé de partir en courant sous escorte de sa garde rapprochée tandis que le patron de la CGT s'est fait siffler. Ce coup de théâtre, non prévu au programme, n'était pas un numéro de "politique people" affectionné par les médias mais bien une première riposte politique de la classe ouvrière au sale travail des centrales syndicales, partie prenante de la Sainte-Alliance des défenseurs du Capital !
Sylvestre (23 novembre)
1 Le "maccarthysme" a été une campagne de "chasse aux sorcières" (appelée aussi "terreur rouge") aux relents antisémites que certains secteurs de droite de la bourgeoisie américaine, sous la conduite du sénateur McCarthy, avaient déchaînée au début des années 1950 (dans le cadre des tensions impérialistes de la "guerre froide" entre les deux blocs impérialistes rivaux, celui de l'URSS stalinienne et du bloc "démocratique" occidental). Toute une série de personnalités du monde intellectuel ou artistique (comme Joseph Losey) ont été inscrites sur une "liste noire" et persécutées, accusées d'être des "communistes", des "ennemis de la nation", des espions à la solde de l'URSS. Au cours de cette période, cette campagne hystérique relayée par les médias a permis au capital américain de bâillonner les droits "démocratiques" et la liberté d'expression aux États-Unis. Tous les films à coloration "sociale", notamment, ont été mis à l'index. En ce sens, c'était aussi une campagne de terreur contre les ouvriers qui voulaient se défendre contre l'exploitation capitaliste.
2 En URSS (qui avait les faveurs du parti de Bernard Thibault) non plus les travailleurs n'avaient pas le droit de s'engager dans un mouvement politique. La loi du silence a régné en maître pendant plus d'un demi siècle. Et cette "petite minorité" de gestionnaires du capitalisme d'État en URSS, qui vivaient grassement de l'exploitation du travail de la "grande majorité" des travailleurs, a envoyé les tanks pour réprimer dans le sang les ouvriers qui, en URSS, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Pologne, menaient des luttes "politiques".
3 Ainsi, à la fac de droit de Nanterre, les anti-bloqueurs de droite et d'extrême droite voulaient (au nom de la "démocratie" et de leur "liberté chérie"), bloquer la solidarité avec les autres étudiants en lutte contre les attaques du gouvernement. Les anti-bloqueurs se sont engouffrés dans la campagne lancée par les médias officiels (la prise en otage des étudiants "démocrates", fine fleur de la Nation, par les "khmers rouges" et autres "terroristes" !). Les anti-bloqueurs leur jettent des projectiles au visage (y compris des morceaux de viande !). Le président de l'université qui ne veut pas faire de "politique" (sic !) fait appel aux forces de l'ordre. Les étudiants anti-bloqueurs encouragent les CRS en scandant : "Allez les bleus !" (l'équipe nationale de foot de Zizou). Excités par les anti-bloqueurs, les milices du capital commencent à montrer les dents. Pour leur part, les bloqueurs commettent une petite "erreur historique" en criant : "Pétain, reviens ! T'as oublié tes chiens !" (en effet, le corps des CRS n'a pas été créé par le maréchal Pétain, mais en 1944 avec une forte participation de "résistants" et des membres et sympathisants du PCF afin de contrecarrer le poids des pétainistes au sein de la police nationale et particulièrement de ses forces de répression). Un ordre est donné (on entend sur un clip vidéo qui a été diffusé sur le web [11] un chuchotement : "Chargez !"). Pendant que les CRS matraquent les bloqueurs, les "enragés" anti-bloqueurs jouent les supporters. Nanterre occupée est enfin libérée. Les "anti-bloqueurs" applaudissent, acclament les CRS en chantant la Marseillaise. On se serrait cru au "bon" vieux temps de la "Libération" de Paris, sauf que ce sont maintenant les commandos de l'"intelligentsia" de droite qui reprennent à leur compte le même état d'esprit revanchard et xénophobe du PCF de 1944 (qui titrait dans son journal "L'Humanité" : "Plus forts les coups sur le boche chancelant ! ", "A chaque parisien son boche !"). La propagande télévisée de criminalisation des grévistes a été soigneusement orchestrée sur fond de campagne anti-"bolchevique" lancée par la presse et les "historiens" du capital (à l'occasion de l'anniversaire de la révolution d'Octobre 1917). Elle a aussi des relents nauséabonds des appels au pogrom (placardés sur les murs des rues de Berlin) et organisée par le parti "socialiste" allemand contre les spartakistes en 1919. Les milices anti-ouvrières du SPD ont fini par faire régner l'ordre du capital à Berlin en assassinant lâchement Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg qui appelaient à des luttes ouvrières "politiques". Pour compléter ce sinistre tableau, on peut encore signaler les menaces ouvertes (qui ont été largement diffusées par exemple sur le site Internet Indymédia) où des défenseurs de la "démocratie" n'ont pas hésité à menacer pendant plusieurs jours les enfants de la classe ouvrière (étudiant à la faculté de Paris 3-Censier) de leur "mettre une balle dans la tête". Ils sont même allés jusqu'à décrire en détail les armes qu'ils vont employer si les grévistes continuent à contester les lois dictées par le capital (alors qu'à Censier, il n'y a jamais eu d'affrontements entre bloqueurs et anti-bloqueurs !). Voilà à quoi conduit la propagande médiatique du journal de 20 heures, les "bavures" verbales du président de la république (qui a dit vouloir "liquider" mai 68) et la délation des Présidents d'université (qui veulent faire de leur boutique des "pôles d'excellence") !
4 Sur les sites Web de "Rouge" (hebdomadaire de la Ligue "Communiste " "Révolutionnaire") et de "Lutte Ouvrière" (journal d'Arlette Laguiller) on ne trouve, en effet, aucune dénonciation de la répression contre les étudiants. Peut-être que ce silence est destiné à ne pas froisser le PC, et surtout le PS, avec qui les "trotskistes" s'apprêtent à passer des accords pour les élections Municipales.
5 Il faut reconnaître que, sans leurs armures et leurs matraques, ces spécialistes de la répression n'étaient pas très impressionnants. Ainsi, à Paris, on a pu voir un CRS aux allures de clochard (style inspecteur Columbo) poussant un petit chariot avec une pancarte : "pour remplir les caddies". Dans une grande ville de province, un CRS schizophrène est même venu nous acheter notre supplément qui titrait "A bas l'État policier !
En plus des dérèglements climatiques (avec les victimes de la plus terrible mousson depuis un siècle en Inde, au Bengla Desh, en Chine, des inondations en Grande-Bretagne, de la sécheresse dans l'Est et le Sud de l'Europe) (voir par ailleurs), plusieurs catastrophes ont marqué cet été : accident ferroviaire libérant des produits toxiques en Ukraine, séisme au Japon provoquant une fissure dans le réacteur d'une centrale nucléaire, catastrophe aérienne meurtrière au Brésil, effondrement d'un pont aux Etats-Unis. Toutes ces catastrophes tragiques, de natures différentes, sont de plus en plus fréquentes. Elles ont pourtant les mêmes causes fondamentales. Alors que les médias plaident chaque fois que ces calamités qu'on nous présente comme des faits divers seraient le résultat de la fatalité ou d'une mystérieuse loi des séries avec les mêmes mensonges écœurants, la responsabilité première de ces désastres incombe au système capitaliste dans sa course folle à la rentabilité et aux profits immédiats face à la concurrence : produire et vendre au plus bas coût de revient, vétusté, usure jusqu'à la corde des infrastructures et mise en sur-régime permanent des machines, non renouvellement du matériel, économies de personnel, surexploitation de la main d'œuvre, sans la moindre préoccupation des risques pour l'environnement et surtout avec le mépris le plus total de la vie humaine sur la planète entière.
Dans l'ouest de l'Ukraine, dans la région de Lviv, près de la frontière polonaise, c'est un train transportant 15 citernes de phosphore jaune, produit inflammable et très toxique qui a déraillé le 16 juillet : des valves de pression étaient cassées sur les citernes vétustes, qui auraient dû être retirées du service il y a cinq ans. 6 wagons-citernes remplis de ce phosphore destiné à la fabrication d'engrais se sont retrouvés éventrés, laissant échapper un nuage toxique couvrant un territoire de 86 km2, sur une zone qui compte plus de 11 000 habitants. 16 000 personnes ont subi des examens médicaux dont 184 ont dû être hospitalisées pour empoisonnement aux vapeurs de phosphore. Certains d'entre eux n'avaient pas quitté l'hôpital 3 semaines après. Malgré la pollution de la terre et de l'air, l'évacuation n'a pas été assurée et laissée à l'initiative des habitants de la région : on a certifié que les produits se dissiperaient sans plus de dommage dans l'atmosphère et le porte-parole de l'antenne régionale du ministère des Situations d'urgence s'est empressé d'assurer que la "situation était sous contrôle" et sans danger... Ces propos ne tardaient pas à être démentis par la réalité : des résidus de phosphore se sont spontanément enflammés à nouveau au contact de l'air le 3 août dernier, faisant courir à la population de nouveaux risques d'affection des voies respiratoires et de lésions mortelles. On mesure le risque permanent quand on sait que, pour un seul pays comme l'Ukraine, quelque 50 millions de tonnes de marchandises, dont 70% de substances dangereuses comme le chlore, l'azote, l'ammoniaque et les produits pétroliers, sont transportés chaque année par rail. D'ailleurs, ce 3 août, dans la même région de Lviv, c'est une locomotive qui percutait trois wagons-citernes cette fois emplis de pétrole provoquant un incendie à proximité d'une raffinerie et d'une entreprise de peinture. Une semaine auparavant, dans la même station, une autre rame avait déraillé et était entrée en collision avec des wagons entreposés
Au Japon, le 16 juillet, dans la région de Niigata au nord-ouest du pays, a eu lieu un séisme d'une ampleur de 6,8 sur l'échelle de Richter. Si le bilan du séisme (9 morts, un millier de blessés, plus de 500 maisons individuelles et de 300 immeubles détruits) est très loin d'atteindre celui du tremblement de terre de Kobé le 17 janvier 1995 (6400 morts, 40 000 blessés, 200 000 habitations détruites), il a provoqué l'incendie d'un transformateur électrique dans la plus grande centrale nucléaire du monde, Kashiwazaki Kariwa. L'opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power Co. (Tepco), n'a annoncé que plusieurs heures après l'existence d'une fuite de 1200 litres d'eau contaminée, après avoir affirmé dans un premier temps que la secousse n'avait pas eu de conséquences sur la centrale et après avoir nié toute fissure dans le réacteur. Une centaine de fûts emplis de déchets contaminés ont en outre été renversés et le contenu de certains d'entre eux s'est répandu, selon l'agence de presse Kyodo. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a recensé pas moins de 67 anomalies dans le fonctionnement de la centrale. Tepco et une entreprise concurrente avaient déjà reconnu il y a quelques mois avoir dissimulé plusieurs accidents. Le gouvernement nippon a toutefois continué à assurer que la fuite n'avait eu aucune conséquence sur l'environnement et certaines "sommités scientifiques" se sont empressés de rassurer : aucun risque de contamination des populations.
"Je crois que l'on ne peut faire fonctionner les centrales nucléaires qu'avec la confiance de la population", a cyniquement déclaré le Premier ministre Shinzo Abe aux journalistes. "Personnellement, je pense qu'une centrale nucléaire est l'endroit le plus sûr en cas de séisme", a renchéri imperturbablement un éminent professeur à l'Institut de technologie de Tokyo et spécialiste de l'énergie nucléaire 1.
Treize autres unités nucléaires sont en construction et les autorités japonaises n'ont pas l'intention de renoncer à une énergie qui fournit 30 à 40% de l'électricité consommée dans le pays. Cependant, le gouvernement a dû se résoudre à fermer la centrale pour une durée indéterminée (au moins pendant un an) et l'AIEA s'est engagée à inspecter cette dernière.
Le risque n'est limité ni au Japon ni aux secousses sismiques Fin juin, un incendie dans une centrale nucléaire dans le nord de l'Allemagne (à Krümmel dans le Land du Schleswig-Holstein, à proximité d'Hambourg) a provoqué une panne de la pompe de stockage d'eau du réacteur et une série de dysfonctionnements dans le mécanisme d'extinction automatique anti-incendie du réacteur, relançant une nouvelle série de polémiques sur l'avenir du nucléaire. Le spectre d'un nouveau Tchernobyl est partout 2.
Une récente étude de la Banque mondiale fait état le la mort prématurée de 350 à 400 000 morts par an en Chine à cause de la pollution de l'air (dont 30 000 enfants). 300 000 autres mourraient en raison de la mauvaise qualité de l'aération dans les bâtiments. des ateliers et des usines (sans compter les conditions de travail ou la manipulation de produits dangereux). Dans les campagnes, c'est la mauvaise qualité de l'eau qui serait responsable de 60 000 décès annuels.
Le 1er août, un pont enjambant le Mississipi s'est effondré à Minneapolis dans le Minnesota, Une cinquantaine de véhicules ont basculé dans les eaux du fleuve, 20 mètres plus bas : 5 morts, 79 blessés, une dizaine de disparus. La structure de ce pont d'acier et de béton d'une longueur de 160 mètres, sur lequel passait une autoroute à huit voies construit il y a 40 ans avait été inspecté en 2005 et 2006 mais aucun défaut structurel n'avait alors été identifié. Il était pourtant classé depuis 2005 parmi les "ouvrages défectueux" 3. Des travaux sur la charpente métallique étaient en cours au moment du drame à une heure de sortie du travail, sans toutefois la moindre décision d'interrompre la circulation. Selon le Bureau des transports local, 200 000 véhicules franchissaient ce pont chaque jour et un autocar scolaire transportant une soixantaine d'enfants a évité le drame de justesse 4.
Le pays compte 756 ponts avec une structure similaire en acier dont au moins 27% sont jugés dans un état aussi alarmant que celui qui s'est effondré.
Les lois du profit, la rentabilité immédiate, la concurrence acharnée entre Etats constituent une menace permanente pour le présent comme pour l'avenir du monde. Les chantres du progrès et de la civilisation sont devenus des apprentis-sorciers, les grands prêtres d'une véritable danse de mort, d'un atroce sabbat infernal autour de l'autel du capitalisme décadent qui, au mépris le plus total de la vie humaine, livrent leurs esclaves salariés à des rituels sacrificiels plus absurdes et barbares que les pires et les plus cruelles sociétés de l'histoire.
L'actualité en fournit un autre sinistre exemple dans un tout autre domaine. Au Brésil, le 17 juillet, un avion Airbus de la compagnie TAM a dérapé sur la piste d'atterrissage de l'aéroport de Sao Paulo, Congonhas, en pleine zone résidentielle, balayant une avenue très fréquentée avant de percuter une station-service et un entrepôt de la TAM qui ont pris feu. Bilan : au moins 207 morts, la plus grande catastrophe aérienne de l'histoire du Brésil 5.
Depuis des années, le personnel des aéroports du Brésil proteste contre la détérioration de ses conditions de travail : une quasi-absence de vérification des avions par économie financière et un bourrage de kérosène acheté à bas prix, du matériel non renouvelé, un trafic aérien toujours plus dense allant de pair avec une politique de suppression des personnels mécaniciens et des contrôleurs aériens pour obtenir une rentabilité maximum.
A Sao Paulo, l'enquête a soulevé une multitude d'anomalies : la piste était notoirement connue depuis des années comme très dangereuse, ne remplissant pas les conditions de sécurité avec une aire d'atterrissage trop courte un trafic trop dense.
Le revêtement avait été refait le mois précédent mais les travaux d'aménagement entrepris n'avaient pas été terminés et la piste avait été remise en service fin juin sans que le rainurage des pistes permettant d'évacuer les eaux de pluie ait été effectué et beaucoup ont dénoncé une réouverture prématurée pour des motifs purement commerciaux. Quatre autres incidents similaires ("glissades incontrôlés sur la piste) avaient déjà eu lieu au cours de ces derniers mois. Or, au moment de l'atterrissage, le sol était entièrement détrempé par de violentes pluies. Et la veille de l'accident, le gouvernement avait refusé la fermeture de la piste, pourtant réclamée par les contrôleurs aériens de l'aéroport. De plus, l'avion de la TAM était dépourvu d'un de ses deux inverseurs de poussée, qui permettent à l'appareil de ralentir à l'atterrissage. La chaîne de télévision Globo TV a même affirmé que cet équipement a été retiré après un dysfonctionnement la semaine précédente et que l'avion a difficilement freiné sur cette même piste la veille de l'accident. Une vidéo a montré que l'avion a accéléré après avoir touché le sol tout près de la marque indiquant la distance limite pour les atterrissages, ce qui pourrait signifier que le pilote a tenté de redécoller en réalisant qu'il ne pourrait freiner à temps.
Un responsable de la compagnie aérienne avait cependant assuré que les normes techniques permettaient à l'avion de voler même en l'absence de deux inverseurs de poussée. Pourtant, une panne identique avait tué 99 personnes sur le même aéroport en 1996.
"Le gouvernement tente manifestement de convaincre l'opinion publique que la piste de Congonhas n'est pas en cause. Ils vont tout faire pour accuser le pilote", a réagi le président d'une association de pilotes
Effectivement. Moins de 15 jours après la catastrophe de Congonhas, l'enquête officielle tendait à rejeter la faute sur le pilote dans l'accident6.
C'est face à de tels dangers et contre de telles conditions de travail que les contrôleurs aériens de Brasilia, de Curitiba, de Manaos et de Salvador s'étaient spontanément mis en grève le 30 mars dernier, adressant un message prémonitoire à tous les ouvriers dans un Manifeste avant de paralyser le service, d'entamer une grève de la faim et de s'enfermer dans les locaux pour faire pression sur les autorités du Commandement de l'Aéronautique, organe militaire responsable du contrôle du trafic aérien au Brésil (voir RI n° 380 [13], juin 2007) : "Nous touchons les limites de l'inhumanité, nous ne sommes plus en état de continuer à assumer ce travail si important pour le pays dans les conditions où nous sommes dirigés et traités. Nous n'avons plus confiance ni en nos équipements ni en ceux qui nous gouvernent. Nous travaillons les fusils braqués sur nous...". Déjà fin septembre 2006, en plein Mato Grosso, une collision entre un Boeing et un avion d'affaires avait tué 154 passagers. Les contrôleurs avaient déjà effectué plusieurs débrayages pour protester contre les accusations du gouvernement et des autorités militaires qui les en rendent responsables. Dans leur Manifeste, les travailleurs se défendent contre ces calomnies : "Six mois après la collision du 29 septembre, aucun signe positif n'a été fait pour résoudre les difficultés rencontrées par les contrôleurs aériens. Au contraire, ces difficultés ne font que s'aggraver. Comme si les difficultés d'ordre technique et de conditions de travail ne suffisaient pas, on nous accuse de sabotage dans le seul but de masquer les failles de gestion du système...". La grève exprimait l'indignation des contrôleurs aériens face à la riposte du gouvernement et du haut commandement militaire qui ont en outre décidé d'emprisonner certains d'entre eux : ce Manifeste et cette grève dénonçaient déjà toute l'hypocrisie de l'ensemble de la bourgeoisie brésilienne et sa responsabilité dans la crise des transports aériens, tant de la part de la gauche aujourd'hui au gouvernement que de la droite. La bourgeoisie tentait d'occulter aussi que le déchaînement de la concurrence entre compagnies aériennes, la politique financière de baisse des coûts, la survente de billets, le surencombrement de l'espace aérien, l'augmentation du nombre de vols conduisent de plus en plus le système de contrôle aérien et le pilotage des avions lui-même à s'effectuer dans des conditions extrêmes.
Les conditions se sont encore aggravées aujourd'hui. Six jours après l'accident de Congonhas, une panne d'électricité et des générateurs de secours a encore paralysé le centre de contrôle aérien de l'Amazonie, entraînant l'annulation de 10% des vols sur le territoire brésilien et contraignant une fois de plus les contrôleurs à travailler dans les conditions les plus précaires.
Seule la classe ouvrière à travers le développement de ses luttes peut non seulement désigner mais surtout combattre le vrai responsable de toutes ces tragédies : la société capitaliste.
Wim (10 août)
1 Il est cependant vrai que le Japon est de loin l'Etat dont les centrales nucléaires ont été les mieux équipées pour résister aux séismes. Dans un pays comme la France par exemple où certaines centrales sont construites à proximité ou sur des zones de faille (Alsace, PACA,...) sans la moindre protection anti-sismique, on peut envisager l'horreur que provoquerait un tremblement de terre...
2 Rappelons que le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl avait explosé le 26 avril 1986. Les matières radioactives se sont déposées partout provoquant des cancers de la thyroïde, plus particulièrement dans de vastes zones du Bélarus, de la Fédération de Russie et d'Ukraine. On a d'ailleurs fait croire que le nuage radioactif s'arrêtait aux frontières, sous couvert de protection de l'anticyclone des Açores jusqu'à ce l'on avoue qu'il avait balayé toute l'Europe d'Est en Ouest. Officiellement, le nombre de morts à cause de Tchernobyl varie entre 50 000 et 150 000, l'ex- secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan a pourtant avoué par la suite qu'au moins 7 millions de personnes avaient été affectées par cette catastrophe.
Sur le toit et aux alentours immédiats de la centrale, une cinquantaine d'opérateurs étaient chargés dans les premiers jours suivant la catastrophe de collecter les débris très radioactifs. Chaque opérateur ne disposait que de 90 secondes pour effectuer sa tâche. Il était exposé à cette occasion à des niveaux de radiations extrêmement élevés dont ne le protégeaient guère des équipements de protection dérisoires, principalement destinés à l'empêcher d'inhaler des poussières radioactives. Nombre d'entre de ces travailleurs en première ligne ont développé par la suite des cancers et sont morts dans les années qui ont suivi.
On estime à 350 000 le nombre d'agents de décontamination ou « liquidateurs » appartenant à l'armée, au personnel de l'usine, à la police locale et aux pompiers ayant participé dès le début au confinement et à la décontamination des débris radioactifs au cours de la période 1986-1987. Près de 240 000 de ces « liquidateurs » qui se succèdent à la cadence d'un toutes les 5 minutes ont reçu les doses de rayonnement les plus fortes alors qu'ils procédaient à des activités importantes d'atténuation des effets de la radioactivité dans une zone de 30 kilomètres alentour. Par la suite, le nombre de « liquidateurs » répertoriés est passé à 600 000. Sous le cœur du réacteur en fusion, la dalle de béton menaçait de fondre. On a ainsi amené des dizaines de milliers de mineurs des mines des environs de Moscou et du Donbass pour creuser un tunnel menant sous le réacteur afin d'y creuser une salle. Un serpentin de refroidissement à l'hélium devait y être installé pour refroidir la dalle. Les mineurs travaillaient dans des conditions très difficiles dues à la température élevée et au niveau massif de radiations. Leur sacrifice sera quasiment vain car le circuit de refroidissement ne sera jamais installé et finalement remplacé par un sarcophage de béton coulé par dessus. Depuis quelques années, des fissures sont apparues à leur tour dans ce sarcophage, mais ni l'Ukraine ni la Russie ni aucune autre instance ne veut assumer les nouveaux risques ni le surtout financement énorme des travaux nécessaires... On a fait croire que cette tragédie était une exception due à l'arriération des pays de l'Est et de sa technologie, au manque d'entretien des infrastructures héritées de l'ère stalinienne et que pour les centrales des Etats les plus modernes, un tel risque était nul. La fissure de la centrale japonaise et avant elle, l'accident de Three Mile Islands aux Etats-Unis ont démontré le contraire. Le même risque existe partout.
3Une étude similaire fait aussi état d'une soixantaine de barrages qualifiés de « défectueux » et « à haut risque » dans un pays tel que la France.
4Dans la même période, d'autres "accidents" dont les conséquences auraient pu être beaucoup plus dramatiques ont été évitées d'extrême justesse. Ainsi, le l8 juillet, une canalisation souterraine de gaz a explosé à New York en plein coeur de Manhattan, au croisement de Lexington Avenue et de la 41e Rue, tout près de la gare de Grand Central semant une énorme panique (car à cause de la force et la violence de l'explosion, la population a cru à un nouvel attentat terroriste et revivre le même cauchemar que le 11 septembre 2001). Une personne est morte d'une crise cardiaque et une trentaine d'autres ont été blessées. La canalisation de 60 cm de diamètre, installée en 1924, aurait explosé sous un choc thermique. Le maire de la ville a exprimé des craintes vis-à-vis d'une libération éventuelle d'amiante. New York est truffée de canalisations souterraines vieillissantes et plusieurs dizaines de canalisations ont explosé au cours de ces vingt dernières années dans la ville.
Le 29 juillet, un incendie s'est déclaré dans une rame de métro parisien sur l'une des lignes les plus fréquentées du réseau. 150 voyageurs coincés dans les souterrains de la station ont été intoxiqués par une fumée nocive à l'intérieur d'un des compartiments. 35 personnes ont été momentanément hospitalisées. L'embrasement d'un patin de freinage complètement usé d'un wagon est à l'origine de l'incident. Le bilan aurait pu être nettement plus lourd si l'incident ne s'était pas produit un dimanche matin à un moment où l'affluence hebdomadaire était la plus faible.
C'est une indication des dangers permanents auxquels les populations du monde entier sont exposés en permanence.
5 Ce n'est pas la première fois qu'un avion s'écrase en pleine ville sur un immeuble, sur une autoroute ou sur une zone habitée (sans pouvoir incriminer un quelconque attentat terroriste). La liste serait trop longue : au Venezuela, le 16 mars 1969, un DC9 s'était écrasé sur un bidonville. Le bilan était de 163 morts et une centaine de blessés. En Europe, il suffit de rappeler deux accidents du même ordre : en octobre 1992, un Boeing 747 s'était écrasé sur deux immeubles en plein quartier ouvrier de la banlieue d'Amsterdam : 53 morts. Un effet comparable à un bombardement : immeubles éventrés, une mer de feu, des flammes de 30 mètres de haut transformant les victimes en torches vivantes ou écrasées sous des tonnes de béton et d'acier.
Le 25 juillet 2000, un Concorde (célébré comme le fleuron le plus beau et le plus avancé de la technologie) à destination de New York s'était « crashé » sur un hôtel de Gonesse dans le Val d'Oise deux minutes seulement après son décollage de l'aéroport de Roissy. Les 109 passagers étaient tués dans l'accident ainsi que 4 employés de l'hôtel. L'enquête technique avait révèle qu'une roue de l'appareil avait été endommagée au décollage par un lamelle métallique tombée d'un autre avion sur la piste. Les débris du pneu avaient provoqué la rupture d'un réservoir où le feu s'était déclaré.
6 L'hypothèse d'une "erreur humaine" elle-même en pareil cas n'aurait absolument rien d'étonnant avec les charges et les conditions de travail auxquels sont astreints les pilotes qui doivent la plupart du temps assurer des aller-retour sur de longs trajets dans la même journée, ou avec une seule heure de repos, le temps de recharger l'avion en kérosène.
Nous avons récemment publié sur notre site Internet un article au sujet de l'intervention du GCI (Groupe communiste internationaliste) à propos de la lutte des étudiants en France [14]. Le GCI est un groupe que beaucoup considèrent comme faisant partie de la tradition de la Gauche communiste, mais comme le montrait notre article, cela est complètement faux. Derrière ce drapeau faussement radical, le tract du GCI préconise des méthodes de combat tout à fait compatibles avec le syndicalisme, tout en manifestant un profond mépris pour les efforts des jeunes prolétaires de France pour s'organiser eux-mêmes en dehors des syndicats, les appelant à "cass[er] le démocrétinisme des AG "souveraines et massives", [à] crach[er] sur les "délégués élus et révocables en permanence" ".
Dans le même registre, quand il parle des massacres impérialistes qui se propagent sur tout la planète, le GCI, lui qui se présente comme l'ennemi de tout nationalisme, crache maintenant ouvertement sur l'authentique internationalisme prolétarien.
Nous avons déjà montré cela dans un autre article : "A quoi sert le GCI ? [15]" dans la Revue internationale n°124. Dans cet article, nous pointions du doigt le fait que, pour le GCI, sur qui les méthodes du terrorisme et de la guérilla exercent depuis longtemps une véritable fascination, la majorité des actions armées attribuées à la "Résistance" en Irak sont en réalité des expressions des luttes de la classe prolétarienne. Nous citions ce passage en particulier :
"C'est tout l'appareil, les services, les organes, les représentants sur place de l'Etat mondial qui sont systématiquement pris pour cible. Loin d'être aveugles, ces actes de résistance armée ont une logique si nous prenons la peine de sortir un peu des stéréotypes et du bourrage de crâne idéologique que les bourgeois nous proposent pour seule explication de ce qui se passe en Irak. Derrière les objectifs, ainsi que dans la guérilla quotidienne qui est menée contre les forces d'occupation, on peut deviner les contours d'un prolétariat qui essaye de lutter, de s'organiser contre toutes les fractions bourgeoises qui ont décidé d'apporter l'ordre et la sécurité capitalistes dans la région, même s'il est encore extrêmement difficile de juger de l'autonomie de notre classe par rapport aux forces bourgeoises qui essayent d'encadrer la colère, la rage de notre classe contre tout ce qui représente de près ou de loin l'Etat mondial. Les actes de sabotages, attentats, manifestations, occupations, grèves... ne sont pas le fait d'islamistes ou de nationalistes pan arabes, cela serait trop facile et irait dans le sens du discours dominant qui veut absolument enfermer notre compréhension dans une lutte entre "le bien et le mal", entre les "bons et les méchants", un peu comme dans un western, évacuant une fois encore la contradiction mortelle du capitalisme : le prolétariat." ("De quelques considérations sur les événements qui secouent actuellement l'Irak" (in Communisme n°55, Février 2004).
En fait, d'après le GCI, le niveau de lutte de classe et de conscience de classe en Irak est si haut que le principal but de l'invasion de l'Irak était de réprimer le mouvement de classe - l'invasion était avant tout une "action policière" menée par ce qu'il appelle "l'Etat mondial" contre une fraction particulièrement combative du prolétariat. Et dans le chaos et les massacres qui ont suivi l'invasion, le GCI continue de voir un mouvement de classe si avancé qu'il aurait déjà atteint un niveau de lutte armée.
Il semblerait que ces distorsions délirantes du vrai cauchemar auquel est aux prises l'Irak, aient même produit des réactions parmi les sympathisants du GCI. La dernière revue, Communisme, arch 200, n°58, publie le débat entre le GCI et ses sympathisants - ce qui est pour ce groupe un pas sans précédent. La revue commence par une lettre qui exprime de sévères réserves au sujet des déclarations du GCI à propos des actions armées et des bombardements en Irak :
"Votre article concernant l'Irak, paru dans le dernier Comunismo, malgré sa tentative de se situer dans une perspective de classe, tenant compte de l'action, des difficultés et du niveau d'autonomie du prolétariat (caractéristique, comme je vous l'ai souvent dit, que je considère qualitativement positive dans les analyses de votre groupe), tombe dans l'amalgame et l'homogénéisation propres aux analyses bourgeoises qui traitent de la situation en Irak en identifiant ce qui se déroule là-bas, aux attentats sanglants et indiscriminés qui n'ont rien à voir avec les expressions de la lutte prolétarienne (qui est bien en cours). Vous tombez dans la même erreur quand vous énumérez certains attentats indiscutablement perpétrés par des fractions bourgeoises (la CIA, les pro-Saddam, la Syrie, l'Iran...?), tels ceux d'Al Hakim, de l'ONU ou encore de l'ambassade de Jordanie durant l'été 2003, comme des expressions de la lutte prolétarienne."
Cette lettre est suivie d'un long texte - on ne voit pas clairement s'il provient de la même source ou d'une autre, mais c'est apparemment le travail d'un groupe - qui, à son tour, exprime des doutes concernant certains aspects des affirmations du GCI sur le niveau avancé de la lutte de classe en Irak. Ce texte questionne l'argument du GCI selon lequel la vague de pillages qui a balayé le pays dans le sillage de l'invasion pourrait être qualifiée de façon générale de mouvement prolétarien, montrant par exemple que ce ne sont pas seulement les bureaux gouvernementaux et les palais de Saddam qui ont été mis à sac, mais aussi beaucoup d'hôpitaux qui ont été dépouillés de fournitures vitales. Il liste également nombre d'actions qui sont plus clairement sur un terrain de classe, telles que des manifestations de chômeurs ou de travailleurs demandant leur salaire. Et tout en semblant toujours d'accord avec le GCI sur le fait que "les actions armées sont pour la plupart enracinées dans la classe ouvrière en Irak", ils disent, par ailleurs, que c'est une erreur énorme de tomber dans la même homogénéisation que les médias bourgeois applaudissent en jubilant.
"Que ces attentats soient l'œuvre de partisans de Saddam, de la Syrie ou d'Iran, désireux de couvrir de boue les USA en Irak, d'islamistes ou de la CIA (si par hasard ce n'était pas la même chose) nous importe peu, ce qui par contre semble clair, c'est qu'ils tentent de diviser et de terroriser le prolétariat irakien, et c'est à nos yeux une terrible erreur que de tomber dans l'amalgame qui fait la fierté des médias bourgeois qui applaudissent ces attentats (comme l'a fait le G.C.I. dans son article sur l'Irak qui, bien qu'il parte d'une perspective de classe, contient une bonne dose d'homogénéisation et de confusion; c'est aussi ce que font les camarades de Arde[1] qui, selon nous, ont d'emblée, et sans beaucoup d'argumentation, présenté ces attentats contre l'ONU ou ces sabotages comme des expressions de l'avancée prolétarienne."
Face à cette critique, le GCI ne revient pas en arrière ; au contraire, il réitère son horrible amalgame de façon encore plus éhontée. Par exemple, devant les réserves sur le fait que l'attentat contre le Quartier général des Nations Unies soit décrit comme une expression du combat prolétarien, il réplique :
"Pour commencer notre explication, nous reprenons un exemple sur lequel il faudrait réfléchir: celui de " l'attentat contre l'ONU " que vous qualifiez allègrement de bourgeois sur base du critère insuffisant selon lequel des civils y sont morts (au cours de l'histoire, il y a énormément d'actes violents du prolétariat qui ont fait des victimes civiles). C'est précisément cet attentat qui a été le plus dénoncé par toutes les fractions bourgeoises d'opposition en Irak, et spécialement celles qui se proclament dirigeantes de "la lutte de résistance" armée en Irak."
En fait, selon toute vraisemblance, c'est le travail du groupe Zarkaoui dont beaucoup d'actions ont aussi été condamnées par une foule d'autres organisations de "résistance". Mais, de toutes façons, le GCI est tout à fait prêt à applaudir de telles attaques contre "l'Etat mondial", même quand les prolétaires qui les effectuent ont été "capturés par les forces bourgeoises" - en d'autres termes, quand ils sont ouvertement effectués par Al Qaida ou d'autres gangs terroristes bourgeois. En fait, le GCI justifie son plaisir face à la destruction des Twin Towers par exactement le même argument :
"Nous avons exposé clairement cette distinction dans la revue Communisme n°53, "Capitalisme = terrorisme contre l'humanité; contre la guerre et la répression capitaliste ", lorsque nous commentons les événements du 11 septembre. Alors que nous montrons que le prolétariat a tout intérêt à détruire ces objectifs qui représentent et réalisent parfaitement le terrorisme du capital mondial, au lieu de pleurer sur les civils morts comme l'ont fait tous les complices de la dictature démocratique, nous affirmons que cela ne signifie pas que cet attentat soit réalisé par le prolétariat en tant que classe. Plus encore, nous expliquons clairement que, même si ces actions sont réalisées par des prolétaires (dans le sens sociologique du terme), alors même qu'elles détruisent des centres de répression et de commerce mondial, actes qui suscitent toute notre sympathie, comme aux révolutionnaires du monde entier, nous n'appuyons pas les organisations qui les réalisent. Ainsi nous n'écartons pas le fait que les dites actions aient été menées par des organisations islamiques, que nous définissons comme centristes, c'est-à-dire par des organisations extrémistes de la social-démocratie qui constituent l'ultime et le plus solide rempart contre la révolution."
Ainsi, pendant que les révolutionnaires à travers le monde dénonçaient le massacre du 11 septembre comme un acte de guerre impérialiste (et un acte qu'en toute probabilité, les Etats Unis ont "laissé faire" pour justifier leurs plans de guerre) ; pendant que nous exprimions notre solidarité avec les milliers de prolétaires immolés dans ce crime barbare, le GCI ne pouvait que ressentir une "grande sympathie" pour les actions de Ben Laden et compagnie, qui sont bizarrement définis comme "centristes" (ce qui définit traditionnellement une fraction du mouvement politique prolétarien confuse et indécise ...), et qui de toute façon accomplissaient un acte - la destruction des centres de répression et du commerce mondial- qui était "dans l'intérêt" du prolétariat.
"Considérer qu'un attentat est correct ou, comme vous le dites, l'applaudir, parce qu'il frappe l'Etat bourgeois international, n'implique pas, pour nous, appuyer l'organisation qui l'a réalisé." La logique est typiquement trotskiste. Tout comme les trotskistes l'utilisent pour soutenir les nationalistes qui revendiquent un Etat, comme l'OLP, le Hezbollah ou l'armée de libération du Kosovo, de même le GCI l'a utilisée dans le passé pour justifier son soutien aux actions du Sentier lumineux au Pérou ou du Bloc populaire révolutionnaire au Salvador.
En effet, pour le GCI pour qui le point culminant de l'action prolétarienne est l'œuvre de petits groupes violents et secrets, il n'y a pas de distinction à faire entre les méthodes du prolétariat et les méthodes du terrorisme bourgeois. Il n'est pas étonnant que les sympathisants critiques du GCI soient confus. Ils veulent pouvoir discerner quels actes de sabotage, quelles attaques à la bombe contre les forces de la coalition sont réalisés par des réactionnaires islamistes ou par les forces de l'Etat qui œuvrent dans l'ombre, et lesquels sont réalisés par des "groupes de prolétaires associés". Ce qu'ils ne peuvent voir, c'est que les initiatives armées de minorités qui n'ont pas de connexion avec une classe qui lutte pour ses propres revendications et avec ses propres formes d'organisation, ne peuvent qu'être récupérées par la bourgeoisie et tournées contre les intérêts de la classe ouvrière, même si ces actions sont initialement le travail de groupes agissant plus ou moins spontanément.
A côté de l'amalgame du GCI entre la violence de classe et le terrorisme, son soutien à la Résistance en Irak est justifié par une hideuse déformation de l'internationalisme prolétarien. Des citations de l'anarchiste mexicain Ricardo Flores Magon parsèment toutes ses réponses. Magon était certainement un militant du prolétariat au 19e siècle jusqu'à ce qu'il soit assassiné par les Etats Unis en 1921. Mais certaines des citations de Magon utilisées par le GCI au sujet de la Première Guerre mondiale montrent une profonde confusion qui le sépare des internationalistes les plus clairs de cette époque. Nous citons donc Magon en 1914 :
"Quand les nôtres meurent, nous devons pleurer ; quand les imbéciles qui se battent dans l'intérêt de leurs propres bourreaux meurent, nous devons rire - cela laisse moins d'obstacles à notre combat pour la destruction du présent système. Ce ne sont pas nos frères, ceux qui meurent par milliers sur les champs de bataille de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie. Ce sont nos ennemis ; ils veulent que ce système perdure ; ils sont les laquais du capital, de l'église et de l'autorité."
Juste pour bien clarifier que le GCI est en effet d'accord avec cet épouvantable passage, il répète : "Ricardo Flores Magon n'avait pas de problème à se délecter des milliers de soldats détruits dans la guerre impérialiste de 1914-1918...parce qu'il savait qu'ils mouraient en tant que forces de l'Etat mondial du capital, parce que ceux qui ont été détruits n'étaient pas nos camarades mais nos ennemis, ces soldats obéissants qui consentaient à mourir et à tuer sur les fronts de bataille comme agent de leur propre bourgeoisie."
Cela n'a jamais été l'attitude de révolutionnaires comme Lénine ou Luxemburg de qualifier les soldats qui ont combattu au front de stupides esclaves, d'ennemis du prolétariat. Au contraire : Luxemburg parle de la fine fleur du prolétariat européen abattue sur les champs de bataille. Ces prolétaires, même s'ils sont tombés "au champ du déshonneur, du fratricide, de l'auto-destruction", sont restés nos frères de classe et c'est sur cette base que les organisations révolutionnaires ont appelé à la fraternisation, aux mutineries, à "transformer la guerre impérialiste en guerre civile". Les révolutionnaires ont dénoncé les tueries des deux côtés ; ils ne se sont pas frotté les mains en pensant que c'était la voie sûre qui mènerait à la révolution. Au contraire, plus les massacres duraient, plus le danger que la classe ouvrière ne soit pas capable de faire la révolution socialiste et soit engloutie dans la barbarie grandissait.
Le GCI adopte cette attitude à l'égard des soldats de "notre" camp comme un modèle de sa version du "défaitisme révolutionnaire" - qui ressemble comme deux gouttes d'eau à l'attitude des trotskistes pour qui le défaitisme s'applique invariablement à un seul camp uniquement dans la guerre impérialiste. Bien qu'il argumente que Magon n'a pas commis l'erreur de compter comme ses alliés les armées ennemies pendant la guerre impérialiste de 1914 , cette attitude est plus qu'implicite chez le GCI quand il écrit : "Notre position est celle du défaitisme révolutionnaire et c'est pour cela que chaque coup qui accélère la défaite de notre Etat qui, aujourd'hui même, réprime en Irak, est le bienvenu et ce, malgré que, à maintes reprises, ce coup soit porté par des prolétaires encadrés par des forces bourgeoises. " C'est la logique classique de l'anti-impérialisme : nous soutenons tout ce qui affaiblit notre propre puissance impérialiste. Ce que cette logique ignore, c'est que, sur ce terrain, l'affaiblissement d'une puissance impérialiste est le pendant du renforcement de l'autre. Ainsi, le GCI se fait le complice direct de la guerre impérialiste en Irak.
Le GCI a dupé beaucoup d'éléments intéressés par les positions communistes avec ses phrases ultra radicales et ses imageries violentes, particulièrement ceux influencés par l'anarchisme. Par ailleurs, nous maintenons depuis longtemps que le GCI est une claire expression du parasitisme politique (cf. Thèses sur le parasitisme [16] dans la Revue Internationale n°94), un groupe dont la véritable raison d'être est de jouer un rôle destructeur envers les authentiques organisations révolutionnaires - dans le cas du GCI, jusqu'au point de prôner des attaques violentes, et mêmes meurtrières, contre elles [17]. Les positions prises par le GCI sur le mouvement en France et sur la guerre en Irak devraient mener certains éléments qu'il influence à réfléchir sur la nature de ce groupe. Pour nous, il ne fait aucun doute qu'il fait de plus en plus ouvertement le travail de la bourgeoisie, qu'il soit ou non manipulé par des forces étatiques.
En France, les prolétaires font un grand pas en avant dans les assemblées générales et voilà qu'un groupe qui se dit "communiste", "internationaliste" arrive et leur dit d'abandonner les assemblées, de cracher sur le principe de délégués élus et révocables et de revenir aux actions syndicalistes de type commando. Quoi de mieux pour empêcher toute rencontre véritable entre les minorités communistes et le mouvement de masse ?
En Irak, ce groupe "communiste", "internationaliste" chante les louanges des fusillades, des attentats et des actes de sabotage sans fin qui, loin d'exprimer un mouvement de classe du prolétariat, sont une manifestation de la guerre impérialiste dans une phase de montée du chaos et de la décomposition ; c'est l'œuvre de gangsters bourgeois qui ne combattent pas les forces d'occupation mais, de plus en plus, se livrent à des massacres sectaires et indiscriminés. Par dessus le marché, en faisant cet amalgame nauséabond, le GCI établit clairement un lien, pour les dossiers des forces de sécurité de l'Etat, entre ceux qui se considèrent comme des communistes internationalistes et ceux qui s'identifient au terrorisme international. Quelle meilleure excuse pour effectuer une surveillance, des enquêtes et autres attaques répressives envers les groupes révolutionnaires ?
Si nous ajoutons à cela le dossier du GCI concernant ses propres menaces de violence contre les organisations prolétariennes, il devrait être tout à fait clair que ce groupe, quelles que soient ses réelles motivations, doit être considéré comme un réel danger pour le mouvement révolutionnaire. Ceux qui veulent discuter la politique de classe et l'internationalisme prolétarien doivent rompre autant que possible tout lien avec ce groupe.
Amos
[1] Arde est un groupe en Espagne qui est proche du GCI. Le passage ci-dessus continue par une critique du CCI qui ne serait qu'une pâle copie de la presse bourgeoise ne parlant, à propos de l'Irak, que des sunnites et des chiites et non de classe. C'est entièrement faux. Nous avons, en effet, parlé de la situation du prolétariat en Irak et avons écrit au sujet de certains de ses efforts de lutte, mais nous reconnaissons qu'il est confronté aux difficultés les plus terribles pour affirmer ses intérêts de classe et se trouve en fait devant le danger imminent de se faire mobiliser dans une "guerre civile" bourgeoise.
Cette crise, qui touche l’industrie aéronautique européenne à travers Airbus face à son concurrent principal Boeing, est un exemple frappant de la guerre commerciale que se livrent les pays européens et les Etats-Unis. Ainsi, le retard de livraison du nouvel avion d’Airbus l’A380 aujourd’hui porté à deux ans, après plusieurs reports successifs, a permis à Boeing, après l'avantage initial pris par Airbus depuis 2001, de prendre une avance déterminante dans la vente de gros avions porteurs pour les années à venir. Face aux difficultés d’Airbus, les décisions ont été prises dans l’urgence par les bourgeoisies européennes concernées pour tenter de pallier cette poussée de Boeing en diminuant au maximum le coût de fabrication de l'A380 tout en accélérant sa finalisation. Le cri d'alarme que poussent les bourgeoisies européennes n'est pas abusif, car il s’agit bel et bien d'un véritable enjeu et d’une crise majeure dans la guerre sans merci que se livrent les puissances américaines et européennes. Ce qui va en résulter pour la classe ouvrière, en termes de licenciements et d'exploitation dans le secteur de l'aéronautique, comme dans l’industrie automobile, concerne des centaines de milliers d’ouvriers sur l'ensemble des territoires français et européen.
Les bourgeoisies européennes engagées dans la construction d’Airbus doivent faire face a une très grosse crise financière : les tentatives pour rattraper Boeing ont déjà coûté très cher (l’Airbus A380 ne sera rentable qu’à partir du 450e avion, contre 250 prévus lors du lancement du projet). La direction d’EADS (consortium qui englobe l’entreprise Airbus) a déjà été obligée de créer un montage financier pour trouver l’argent des investissements pour le nouvel avion A350 WBX. La décision de lancer cet avion était devenue incontournable car comme l’avait dit le représentant d’une compagnie : « Si [l'A350] est un échec, Airbus mourra ». Mais il faut savoir que le moyen courrier de Boeing, le 787, effectuera son premier vol dans moins de 2 ans (2008), alors que le projet d’Airbus doit décoller en 2013, cinq ans plus tard. Airbus a besoin de financements énormes pour faire face à la concurrence. Il faut qu'il finance à la fois le coût du retard de l’A380 (12 milliards d’euros -selon la dépêche de l'AFP du 3/10/06-) et le nouveau projet d’A350 (10 milliards d’euros), plus le projet de l’avion militaire A400M dont le premier exemplaire est en cours de construction, et qui lui aussi a pris du retard, et enfin le remplacement des modèles qui vieillissent.
Auparavant, Boeing a connu des situations de crise très graves qui ont été résolues par le licenciement de plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers. Malgré ces mesures drastiques de "dégraissage", à chacune d'entre elles, l’Etat américain a été contraint de financer le redressement de l'entreprise, en y mettant chaque fois plus de temps. Pour Airbus, c’est d’autant plus difficile que les Etats européens sont, aujourd’hui, de plus en plus endettés. Ils ne peuvent plus, malgré les velléités de la France à se poser en première puissance européenne, financer de tels projets qui deviennent colossaux et constituent de véritables gouffres financiers.
Alors que la direction d'Airbus prétend que les mesures du plan de restructuration prendront effet après février 2007, l'attaque a de fait déjà commencé dans toute l'Europe. Le grand mot d’ordre est : "il faut réduire les coûts de production." Depuis l’annonce de la crise (septembre 2006) les contrats précaires (CDD, intérim) ne sont plus renouvelés, ce qui signifie 1000 emplois supprimés sur chacun des sites d’Hambourg et de Toulouse depuis l'automne 2006. Ces 2000 licenciements ont pour conséquence une augmentation des charges de travail qui se traduit déjà par des heures supplémentaires imposées. Et, malgré ces mesures, dans certains ateliers, il devient de plus en plus difficile de tenir les délais de fabrication prévus.
Mais si l’attaque a déjà commencé, elle va toucher dans un premier temps, les sous-traitants. 56 000 personnes, dont le nombre doit être réduit de 80%, sont concernées pour la seule région Midi-Pyrénées. Les chiffres annoncés sont d'une rare brutalité : "Le report du calendrier va coûter près de 5 milliards d'euros à l'avionneur Airbus, qui vient d'annoncer une réduction du nombre des sous-traitants de 3000 à 500. Un sur deux sera installé dans un pays à bas coût de main-d'œuvre" (La Nouvelle République du 14 novembre 2006). Même s’il va y avoir des regroupements de sous-traitants et équipementiers, on peut imaginer les conséquences, car ces entreprises sont fortement encouragées à délocaliser leur production en particulier dans les pays de la zone dollar, c'est-à-dire là où la main d’œuvre est moins chère, Airbus exigeant qu’ils diminuent leur coût jusqu’à 30%.
Toutes ces mesures d’économies, qui sont le contraire de leur appellation « "Power 8" , et plutôt "Impuissance x", sont inévitables pour "restaurer" la compétitivité d'Airbus. Aussi, afin de bien « remettre Airbus sur les rails", ses dirigeants ont aussi préparé un plan d’austérité impitoyable pour les ouvriers d’Airbus eux-mêmes, plan que la direction a commencé à mettre en place depuis bien avant les récentes déclarations de Gallois : « Airbus compte notamment réduire de 30% ses frais de fonctionnement » (AFP du 3 octobre 2006) ; Il faut gagner « 20% de productivité dans toutes les usines dans les 4 prochaines années » et réduire "les coûts de 5 milliards d'euros jusqu'en 2010 » (Libération du 9 octobre 2006). Enfin, « à partir de 2010, l’entreprise doit économiser 2 milliards d’euros par an pendant 3 ans » et « diminuer le nombre de fournisseurs » pour tenter de trouver de nouveaux capitaux.
Il est prévu, également, de « réduire les temps d’essai des nouveaux projets » ; ce qui veut dire une augmentation des cadences et du temps de travail. On peut rajouter en clair que cela signifie la poursuite accélérée tout aussi bien des licenciements que des départs à la retraite anticipés.
Lorsqu’on se représente les conséquences du plan d’austérité que l’on vient de décrire, on comprend pourquoi la direction de l’entreprise a pu dire qu'il s'agissait de « prendre des mesures difficiles ». Le nouveau PDG a réuni depuis le mois de septembre tous les « acteurs » du sommet de l’Etat au Comité Central d’Entreprise, c’est-à-dire les syndicats. Il est évident qu’ils ont abordé les conséquences des « mesures difficiles » à prendre. Si, depuis le début du mois de décembre, on ne parle que de l’annonce du lancement des études du nouvel avion A350, les syndicats se préparent de longue date à faire face au développement du mécontentement ouvrier.
Dans cette situation, les syndicats ont tous eu le même langage, celui de minimiser la gravité de ce qui se préparait, s'inscrivant pleinement dans les mensonges que la direction et les différents Etats concernés, ont annoncé comme la seule "vérité" auprès des ouvriers de l'aéronautique : "Ne vous inquiétez pas, tout le monde est au chevet du malade, et il va guérir sans trop de difficultés."
Dés le début, FO, syndicat majoritaire, a fait semblant de dénoncer les commentaires des médias qui amplifieraient la crise : « Il faut arrêter de déstabiliser notre entreprise au risque d’aggraver dangereusement la situation ! » (tract du 10 octobre). De son côté, la CGT minoritaire dénonçait les actionnaires comme fauteur de la crise : « Ce sont bien les actionnaires avec leurs exigences de rentabilité immédiate qui sont à l’origine des difficultés actuelles et à venir dans cette industrie … » (octobre 2006) et continuait en reprochant à l’Etat de ne pas jouer son rôle "d’impulsion" et de "contrôle". Ils félicitaient même les salariés, comme le font les patrons, d’avoir accepté des sacrifices dans l’intérêt de l’entreprise, à l'instar d'un tract de FO du 17 novembre 2006 mettant en avant avec cynisme "Les actions d’amélioration de la performance d’Airbus auxquelles les salariés ont largement contribué depuis plus de quinze ans », et cela "grâce à une rationalisation largement aboutie, nos sites sont optimisés et compétitifs, y compris par rapport aux marchés externes" !
Les syndicats ont montré, par là, qu’ils sont bien les garants de la bonne gestion de l’entreprise et, quand celle-ci est en difficulté, ils révèlent leur rôle de pompier social au grand jour, comme le dit un article du journal Libération en date du 9 octobre 2006 et intitulé : « Syndicalistes à Airbus, un exercice de haute voltige ». Tous les syndicats ont donc appliqué les consignes de discrétion soi-disant pour ne pas "déstabiliser l’entreprise vis-à-vis de la concurrence". Malgré leurs déclarations plus ou moins radicales, la priorité est restée pour les syndicats à la discrétion. Ceci est confirmé par cette déclaration du secrétaire de la section syndicale à Toulouse du syndicat FO : « Si je laisse filer un quelconque document ou si je dis un mot de travers, ça peut se retrouver le lendemain dans la presse américaine ou anglaise. Et je ne voudrais pas être à l'origine d'un effondrement du titre EADS en Bourse.». Cette collusion claire et évidente entre intérêt du capital, intérêt national et sabotage syndical est encore soulignée par cette autre citation d’un leader CGT : "Les salariés de la production sont prêts à faire un nouvel effort après tous ceux déjà consentis."
Aujourd’hui, la CGT fait de grandes déclarations combatives dans ses tracts, allant jusqu’à se féliciter que tous les syndicats européens de l’entreprise Airbus se soient retrouvés unis au niveau européen « pour exiger [de la direction] la présentation exhaustive du plan « Energie 8 » et de toutes ses conséquences au niveau social ». Or nous savons très bien que les syndicats sont parfaitement au courant des mesures qui se préparent puisque la direction a créé « un comité de pilotage social » composé de représentants de la direction spécialisés dans la « réduction des coûts de structure » et des syndicats. Ces derniers savent donc très bien de longue date que les mesures draconiennes d’austérité vont être appliquées et étalées dans le temps.
Les syndicats des sites de Nantes et Saint-Nazaire, ainsi que tous les élus de la région (qui ont eux aussi été mis au courant depuis belle lurette), peuvent bien à présent se "mobiliser" contre la menace de licenciements qui risque de frapper 16 000 emplois en Pays de Loire, tout ce monde qui crie aujourd'hui au charron savait ce qu'il en était depuis des mois.
Pour les syndicats, il faut baliser le terrain et reculer l'échéance des réactions ouvrières afin de mieux s'y préparer et faire passer les licenciements et les attaques. Une de leurs principales armes va être de diviser les salariés de l'entreprise au maximum, de diviser les intérêts de ceux des différents sites frappés par l'attaque. C'est ainsi déjà que les syndicats FO, CGC, et CFTC « revendiquent que les gains de productivité et les efforts d’optimisation à venir se concentrent en priorité sur les secteurs d’Airbus en Europe, qui n’ont pas encore démontré leur engagement résolu au service des performances de notre société. ». Et ils vont demain faire en sorte de séparer et "traiter" les licenciements par régions et par usines.
Aux sacrifices supplémentaires que demande la direction et les « partenaires sociaux », il faut répondre par la lutte. Pour être forts et unis, pour faire reculer les attaques, nous devons rejeter la division entre ouvriers d'EADS et sous-traitants, entre ouvriers français et ouvriers d'Europe ou américains. La concurrence et le profit sont les maîtres-mots des patrons, de l'Etat et des syndicats, pas les nôtres! La classe ouvrière doit au contraire cultiver ce qui fait sa force, celle de la lutte collective qui seule peut faire reculer une exploitation toujours plus féroce. Les « partenaires sociaux » cherchent à diviser les ouvriers pour les empêcher d'entrer en lutte de façon massive et unie, de façon solidaire, contre leurs manœuvres et leurs coups bas.
Pour développer la lutte, il ne faut pas faire confiance aux organisations syndicales qui créent la division et font passer les attaques. Les récents combats menés par d'autres ouvriers, que se soit les jeunes lors des luttes contre le CPE en France, ou lors des grèves des ouvriers métallurgistes à Vigo en Espagne montrent l'exemple du chemin à suivre, par la solidarité ouvrière et la volonté de tenir les luttes en mains dans les assemblées générales les plus massives possibles, en-dehors et contre les syndicats.
Damo
Nous avons tenu deux conférences sur le thème Socialisme et décadence du capitalisme dans deux universités du pays : Santiago de los Caballeros (seconde ville du pays) et Santo Domingo (la capitale). Ces débats ont été possibles grâce à la volonté et à l'effort d'organisation d'un noyau de discussion internationaliste que nous remercions chaleureusement pour le travail réalisé. Ces réunions n'ont rien eu d'académique. Comme lors d'une expérience similaire dans une université du Brésil (1), se sont exprimées des inquiétudes et des préoccupations sur le futur que nous offre le capitalisme, sur la façon de lutter pour une nouvelle société qui dépasse les contradictions dans lesquelles se trouve immergé le système actuel, sur les forces sociales capables de réaliser ce changement...
Ces débats sont un moment de l'effort de prise de conscience de la part de minorités du prolétariat. La dimension internationale de cet effort est indiscutable. Publier une synthèse des discussions menées en République dominicaine répond à un double objectif : participer au développement d'un débat international et contribuer à ce que les débats et les discussions qui se sont développés dans un pays s'inscrivent dans le seul cadre qui puisse les faire fructifier : le cadre international et internationaliste (2).
Suite à la présentation (3), beaucoup de questions ont été posées, dont certaines ont suscité la discussion dans la salle. Dans la synthèse que nous proposons ici, nous les avons organisées thématiquement et présentées sous la forme question-réponse.
Il y a eu beaucoup de révolutions au xxe siècle. Vous les condamnez cependant toutes, exceptée la Révolution russe, dont vous dites qu'elle fut un échec. Vous êtes injustes envers les efforts des peuples luttant pour leur libération.
Il ne s'agit pas de dénigrer les luttes des classes exploitées et opprimées, mais de comprendre ce qu'est réellement la révolution à l'ordre du jour à partir du xxe siècle. Il y a eu de ce point de vue un changement fondamental lorsqu'éclata la Première Guerre mondiale. Cette guerre, qui atteignit des records stupéfiants de barbarie montra au monde que le capitalisme était devenu un système social décadent qui ne pouvait plus offrir à l'humanité que des guerres, des famines, des destructions et la misère. Elle mit fin à la période des révolutions bourgeoises, c'est-à-dire des révolutions populaires démocratiques, réformistes et nationales. Ces mouvements devinrent dès lors de simples ravalements de façade de l'Etat. A partir de cette guerre, la seule révolution capable d'apporter un progrès pour l'humanité est la révolution prolétarienne dont l'objectif est d'instaurer le communisme dans le monde entier. La Révolution russe de 1917 et toute la vague révolutionnaire qui s'ensuivit exprime cet état de fait. Le Premier congrès de l'Internationale communiste, en mars 1919, affirma d'ailleurs : « Une nouvelle période commence. Période de décomposition du capitalisme, de son effondrement interne. Période de révolution communiste du prolétariat » (4).
Pourquoi vous obstinez-vous à rester dans le dogme d'une révolution mondiale et pourquoi rejetez-vous les avancées graduelles par le biais de révolutions nationales ?
Les révolutions bourgeoises avaient un caractère national et pouvaient survivre longtemps à l'intérieur de leurs frontières. C'est ainsi que la révolution anglaise triompha en 1640 et survécut dans un monde pourtant encore féodal jusqu'aux révolutions bourgeoises de la fin du xviiie siècle. La révolution prolétarienne, par contre, sera mondiale ou ne sera pas. D'abord, parce que la production est aujourd'hui mondiale. La classe ouvrière est mondiale. Mais aussi parce que le capitalisme a créé un marché mondial et que les lois de ce marché Les problèmes dus au capitalisme ont un caractère mondial et ne peuvent être résolus que par la lutte unifiée de tout le prolétariat mondial.
Quelle est votre position sur Trotski et le trotskisme ?
Trotski fut toute sa vie un militant révolutionnaire. Il eut un rôle très important durant la Révolution russe de 1917. Mais il lutta aussi contre la dégénérescence de la Révolution russe en défendant des positions internationalistes. Il fut le principal animateur de ce qui se nomma l'Opposition de gauche, qui mena une lutte héroïque pour s'opposer à la contre-révolution stalinienne tant en Russie qu'au sein des différents partis communistes dans le monde. Cependant, Trotski et l'Opposition de gauche ne comprirent jamais la nature de l'URSS et la considéraient comme étant un « Etat ouvrier avec des déformations bureaucratiques » qu'il fallait malgré tout défendre. Les conséquences de cette erreur furent tragiques. Après son lâche assassinat par Ramon Mercader, tueur à la solde de Staline, ceux qui prétendaient être les héritiers de Trotski appelèrent à participer à la Seconde Guerre mondiale et devinrent un courant politique qui défend toujours, de façon bien sûr « critique » et avec un langage « radical », les mêmes postulats que les partis staliniens et sociaux-démocrates (5).
Vous êtes injustes avec Chavez, mais il y a pire : vous ne prenez pas en compte le processus révolutionnaire impulsé par Chavez qui se développe aujourd'hui dans toute l'Amérique latine, la mettant en pleine effervescence révolutionnaire.
Le dilemme chavisme-antichavisme est un piège, comme l'ont démontré récemment les mobilisations des étudiants au Venezuela en tentant de se dégager de cette polarisation stérile et destructive entre chavisme et Opposition (6).
Chavez soutient tant le renforcement de l'intervention de l'Etat dans l'économie que la concentration des pouvoirs entre les mains d'une seule personne (la Réforme constitutionnelle pour favoriser sa réélection permanente). Il lance des programmes « sociaux » qui, s'ils arrangent momentanément la situation de quelques couches marginalisées, s'inscrivent en réalité dans un programme de renforcement de l'exploitation des travailleurs et d'appauvrissement de la grande majorité de la population. Ce genre de programmes ne sert qu'à faire accepter à la population la misère la plus dégradante. Il s'agit de formules qui se sont souvent répétées tout au long du xxe siècle et qui ont été des échecs retentissants. Elles n'ont rien changé au capitalisme, elles ont simplement contribué à le maintenir en vie, et à maintenir aussi les souffrances de l'immense majorité (7).
Chavez prétend être « anti-impérialiste » sous prétexte qu'il s'oppose vigoureusement au « diable Bush ». Le soi-disant « anti-impérialisme » de Chavez n'est rien qu'un camouflage pour avancer ses propres desseins impérialistes. Les travailleurs et les opprimés ne peuvent baser leur combat sur un sentiment de haine ou de revanche contre un empire tout-puissant comme les Etats-Unis, car ce sentiment est manipulé par les bourgeoisies latino-américaines - tant les fractions au gouvernement que celles dans l'opposition - pour faire en sorte que la population se sacrifie pour leurs intérêts.
Il n'y a pas d'issue nationale à une crise du capitalisme qui est mondiale. L'issue ne peut qu'être internationale et se base sur la solidarité internationale du prolétariat, dans le développement de ses luttes autonomes.
Pourquoi ne parlez-vous que des ouvriers et pas des paysans ou d'autres couches populaires ?
Quelle que soit son importance numérique dans chaque pays, la classe ouvrière est la seule classe mondiale dont les intérêts soient mondiaux. Sa lutte comme classe représente les intérêts et l'avenir pour toute l'humanité opprimée et exploitée. La classe ouvrière cherche à gagner les paysans et les couches marginalisées des grandes villes à sa lutte. Il ne s'agit en rien de former un « front de mouvements sociaux » car l'intérêt profond, la libération authentique des ouvriers, des paysans, des marginalisés des villes n'est pas une somme de revendications corporatistes mais la destruction commune du joug de l'exploitation salariale et mercantile.
Ne tombez-vous pas dans des recettes et des formules dépassées ? La classe ouvrière n'existe plus et ici, en Amérique, il n'y a presque plus d'usines.
La classe ouvrière n'a jamais été limitée aux travailleurs industriels. Ce qui caractérise la classe ouvrière, c'est le rapport social basé sur l'exploitation du travail salarié. La classe ouvrière n'est pas une catégorie sociologique. Les travailleurs de l'industrie, les travailleurs des champs, les employés publics et bien des travailleurs « intellectuels », font partie du prolétariat. Il faut aussi compter sur tous les travailleurs qui sont jetés au chômage et sont obligés pour survivre de vendre à la sauvette dans les carrefours.
Un changement de mentalité n'est-il pas nécessaire pour que les masses ouvrières fassent la révolution ?
Bien sûr ! La révolution prolétarienne n'est pas le simple résultat de facteurs objectifs inéluctables, elle se base essentiellement sur l'action consciente, collective et solidaire des grandes masses de travailleurs. Dans l'Idéologie allemande, Marx et Engels soutiennent que la révolution n'est pas seulement nécessaire pour détruire l'Etat qui opprime la majorité, mais aussi pour que cette majorité s'émancipe elle-même des haillons idéologiques du passé qui lui collent au corps. La révolution prolétarienne se prépare par une transformation gigantesque de la mentalité des masses Elle sera le produit de l'effort indépendant des masses, qui passe non seulement par des luttes mais aussi par des débats passionnés.
CCI
Chers camarades,
Nous ne voulons pas imposer nos positions, nous ne venons pas vous dire « voici la vérité, mettez-vous à genoux ». Notre intention est d'animer un débat, non seulement ici mais qui se poursuive pour tous ceux qui sont intéressés. Comme vous avez pu le voir dans la convocation, le sujet proposé est : socialisme et décadence du capitalisme. Cette question est actuellement débattue dans des cercles de jeunes, ouvriers, étudiants, éléments intéressés, dans de nombreux pays. Ici en République Dominicaine, mais aussi dans d'autres pays d'Amérique Latine, aux Philippines, en Allemagne, en Corée...
Pourquoi un tel intérêt pour cette question ? Le sentiment que le futur que nous prépare la société capitaliste est toujours plus inquiétant, s'étend de jour en jour. Quoi que l'on regarde, les éléments qui provoquent la préoccupation envers l'avenir ainsi que l'indignation contre le système social s'accumulent. Les jeunes se voient condamnés à une précarité sans issue, au chômage, à l'impossibilité de se loger ; leurs aînés sont condamnés au chômage ou à une retraite de famine ; des masses gigantesques fuient désespérées la campagne pour aller s'installer dans les bidonvilles des grandes villes sans trouver plus de solution ; les guerres impérialistes comme celle d'Irak se radicalisent, mettant en évidence une autre impasse ; il est de plus en plus évident qu'un désastre écologique menace la planète ; les accidents, les catastrophes se multiplient partout, mettant en évidence la totale incapacité des Etats ; l'effondrement de la société, sa perte de éthique est chaque jour plus évidente...
Ces conditions rendent nécessaire le débat, la réflexion sur ce que devrait être une nouvelle société, comment y parvenir, quelles sont les forces qui peuvent la construire, sur les leçons à tirer des expériences historiques des révolutions ou tentatives révolutionnaires du passé.
Nous allons avancer une réponse historique et dynamique : le socialisme, c'est la société qui dépasse et résout les contradictions qui provoquent le chaos et le désastre au sein de la vieille société capitaliste. Deux grandes contradictions mènent le capitalisme à la ruine et provoquent les souffrances extrêmes de la grande majorité de l'humanité. D'une part, le capitalisme est un système dans lequel la production n'est pas destinée à satisfaire les besoins humains mais à réaliser de la plus-value qui se traduit en espèces sonnantes et trébuchantes. D'autre part, la production sous le capitalisme atteint un caractère toujours plus social et mondial alors que l'organisation et le système de production ont un caractère privé et national. Ces deux contradictions provoquent tant la tendance inexorable à la surproduction (pour la première fois dans l'histoire, les hommes meurent de faim non à cause de la pénurie d'aliments mais à cause de leur abondance) que la guerre à mort, l'impérialisme, entre les différents capitaux nationaux pour le partage des marchés, c'est-à-dire du monde.
Le socialisme, c'est l'organisation de la production non en fonction du marché ou du travail salarié, mais en fonction de la pleine et consciente satisfaction des besoins humains. Le socialisme ne peut qu'être une société mondiale, une communauté humaine mondiale qui travaille collectivement et fraternellement pour elle-même.
NON. C'est la réponse catégorique qu'a toujours donné le mouvement ouvrier. Le socialisme sera mondial ou ne sera pas. Cette affirmation nous permet de clarifier ce que nous pensons du régime de l'URSS, qui se prétendait être le continuateur de la grande révolution prolétarienne d'Octobre 1917 : ce n'était pas le socialisme, ce n'était pas une « voie vers le socialisme », c'était une forme particulière de capitalisme d'Etat. Des régimes comme celui de Chine, de Cuba, de Corée du Nord, dans lesquels règne une dictature féroce et militarisée sur la classe ouvrière et la population en général, ne peuvent être « socialistes » ou « communistes ».
Nous devons sur ce point être très clairs : il ne faut pas confondre socialisme et capitalisme d'Etat. Ce dernier est une tendance générale qui concerne l'ensemble du capitalisme mondial tout au long du xxe siècle. Cette tendance s'est concrétisée de deux manières : la forme dite « libérale », où l'Etat contrôle et intervient dans l'économie de façon indirecte en respectant la propriété privée, et celle qui est présentée démagogiquement comme « socialiste », où l'Etat contrôle l'économie par la voie des nationalisations et de l'étatisation directe. Le grand mensonge du xxe siècle a été de présenter comme « socialisme » des régimes où l'économie est étatisée plus ou moins complètement et où règne le système du parti unique, de sorte que ce qui s'est nommé cyniquement « dictature du prolétariat » n'est en réalité qu'une dictature étatique sur le prolétariat.
Ceci dit, qu'est-ce que le socialisme ? Nous devons, pour répondre, reprendre les idées qui ont été développées par le mouvement ouvrier. Il ne s'agit pas de répéter simplement de vieilles formules, mais de les analyser de façon critique en les intégrant à la situation actuelle et à la perspective du futur.
1) C'est un système mondial. Le socialisme est impossible en un seul pays. C'est là selon nous la cause fondamentale de l'échec de la Révolution de 1917 ;
2) Il implique la participation active et consciente des masses ouvrières et exploitées organisées en Conseils ouvriers. Le socialisme ne peut s'imposer par décrets de façon administrative, mais est le fruit de la force collective du prolétariat ;
3) Le socialisme ne se construit pas par le renforcement de l'Etat mais par son extinction progressive. Il est certain que perdure un Etat de transition après la destruction politique du capitalisme, mais celui-ci devra être progressivement démantelé. C'est un Etat doté d'une date de péremption.
Ce bref rappel sur des principes du socialisme nous conduit à mettre l'accent sur le fait que le socialisme ne peut qu'être le produit de l'action collective, organisée et consciente du prolétariat mondial, renforcée et soutenue par tous les opprimés et exploités de la planète. Le « socialisme » réalisé par l'Etat, basé sur un parti unique, est une immonde mystification : il n'aurait rien à voir avec le socialisme, mais serait une des formes du capitalisme d'Etat.
La Révolution russe avait été le fruit de nombreuses luttes non seulement en Russie, mais aussi en Allemagne, en Autriche et de nombreux pays d'Europe, d'Asie, d'Amérique... Elle fut le fer de lance de grands mouvements mondiaux des masses ouvrières. Nous ne sommes pas des idéalistes, notre prétention n'est pas de vous vendre des illusions. Nous savons parfaitement que nous sommes encore loin d'une situation où la présence généralisée des luttes massives du prolétariat dominerait la scène mondiale. Nous pensons cependant que la situation actuelle se caractérise par une maturation des conditions qui peut conduire à terme à une situation révolutionnaire comme celle qui aboutit à 1917.
Sur quoi nous basons-nous pour avancer cette perspective ? Essentiellement sur deux facteurs : d'une part, les luttes actuelles (malgré leur caractère encore très limité) tendent à se multiplier dans de nombreux pays d'Europe, d'Asie, d'Amérique. Nous faisons ici référence à des mouvements significatifs dans un grand nombre de pays : France 2006, Grande Bretagne 2005, Espagne 2006, Dubaï 2006, Bengladesh 2006, Egypte 2007, Pérou 2007, Allemagne 2007... Nous ne décrirons pas ici en détails ces mouvements mais leur analyse sérieuse montre un potentiel important. D'autre part, commence à apparaître un réel processus de prise de conscience. Des minorités de prolétaires dans beaucoup de pays se posent beaucoup de questions, cherchent avec énergie et enthousiasme des positions théoriques révolutionnaires et, ce qui va de pair, une activité révolutionnaire. Des groupes internationalistes apparaissent qui tendent à défendre des positions révolutionnaires, amplifiant ainsi et approfondissant l'action des organisations révolutionnaires internationalistes comme le CCI : aux Philippines, en Corée, au Brésil, en Turquie, en Argentine, en Tchécoslovaquie, en Allemagne, etc.
Nous ne pouvons considérer de façon isolée chacun des efforts de ces minorités. Elles annoncent et préparent un changement formidable dans la mentalité des masses ouvrières. Concentrons-nous sur la réflexion et l'action de ces minorités. A la recherche de positions révolutionnaires, elles croisent inévitablement la route de nombreux partis, organisations, mouvements qui se revendiquent du communisme et du socialisme, de la classe ouvrière, de la révolution, etc. Comment s'orienter ? Comment distinguer entre ces courants d'origine communiste ou qui se prétendent tels ceux qui ne sont qu'un leurre et une mystification ? Répondre à cette question conduirait à un débat détaillé dans lequel nous ne pouvons ici entrer. Nous voulons cependant apporter un début de réponse qui découle de tout ce que nous venons de dire sur le socialisme et son processus de construction.
Toutes ces organisations qui prétendent que le socialisme en un seul pays est possible et qui défendent la nation, qui prétendent être anti-impérialistes et défendent une action nationale impérialiste, qui présentent comme socialiste l'étatisation et la nationalisation de l'économie, qui défendent le renforcement de l'Etat capitaliste sous sa forme démocratique ou totalitaire, toutes ces organisations n'ont rien de socialiste ni de communiste mais défendent au contraire, en fin de compte, le capitalisme.
Cette réalité s'impose quelle que soit la bonne volonté ou la sincérité de bien des militants de ces organisations, par rapport auxquels nous préconisons le débat sincère et profond afin de comprendre s'il est possible de lutter pour le socialisme dans le cadre de ces organisations ou si au contraire ce cadre ne fait que poser des obstacles à cette lutte.
Chers camarades, notre présentation, comme nous l'avons annoncé, ne prétendait pas donner une réponse achevée et systématique, mais ouvrir le débat. C'est pourquoi nous concluons en souhaitant que vous n'hésitiez pas à poser les questions, les problèmes, les arguments, les accords et désaccords, afin que nous puissions clore cette réunion enrichis par l'idée que nous aurons, ensemble, lancé une dynamique vers la clarification sur les problèmes qui assaillent l'humanité.
1 Consulter es.internationalism.org/cci-online/200602/434/cuatro-intervenciones-publicas-de-la-cci-en-brasil-un-reforzamiento-de-las-pos [19].
2 Cela va de soi, si des camarades sont intéressés par l'organisation de débats de ce type dans leur ville ou leur pays, nous sommes disposés à collaborer à leur organisation. Toute initiative en ce sens reste vitale
3 Cette présentation est présente sous forme d'annexe en bas de cet article.
4 Voir sur notre site la brochure sur la Révolution russe [20].
5 Voir sur notre site la brochure sur Trotski et le stalinisme [21].
6 Voir entre autres textes, le plus récent: es.internationalism.org/cci-online/200708/2006/estudiantes-en-venezuela-la-perspectiva-de-lucha-proletaria-el-camino-para-su [22].
7 Voir es.internationalism.org/cci-online/200706/1928/chavez-explota-a-favor-del-capital-los-suenos-de-las-capas-mas-necesitadas [23] et es.internationalism.org/cci-online/200706/1934/acentuacion-de-la-precariedad-en-nombre-del-socialismo [24].
Ils disent que l'économie espagnole va « à plein tube », ils disent que l'économie mondiale va de l'avant Les gouvernements, les experts, les économistes, les chefs d'entreprises et syndicaux, nous présentent un « monde » qui n'a rien à voir avec le monde réel que nous subissons tous les jours. Dans leur monde il y a des édifices éblouissants, des technologies merveilleuses, des résultats économiques « formidables »...
Cependant, dans notre monde, le monde réel, il se passe des choses très différentes : des licenciements à la pelle, des contrats précaires, des pensions de retraite à chaque fois plus réduites et plus difficiles à obtenir, une augmentation de la pauvreté, l'impossibilité d'accéder à un logement digne, un fonctionnement désastreux des services de santé qui sont débordés en permanence, le chaos dans les transports (pour donner un exemple criant, le désastre dans le fonctionnement des trains de banlieue de Barcelone...)
Ce « monde réel » est subi par les travailleurs du monde entier, par l'immense majorité de l'humanité. En nous limitant uniquement au fléau des licenciements, rappelons-nous qu'aux États-Unis, General Motors projette de licencier 30 000 de nos camarades et Ford 10 000 ; en Allemagne, Wolkswagen prévoit 10 000 autres licenciements ; en Allemagne et en France, 10 000 suppressions de poste à Airbus avec des répercussions probables en Espagne. Ce ne sont que quelques cas au milieu d'une liste interminable de licenciements qui touche les travailleurs des grandes et des petites entreprises et de nombreux pays.
A Delphi, avec l'accord du gouvernement régional d'Andalousie et des syndicats, il avait été établi un plan industriel qui, en échange de sacrifices importants des travailleurs, « garantirait l'emploi au moins jusqu'en 2010 ». Ce fut le énième plan de sauvetage de l'entreprise semblable à celui de SEAT, des chantiers navals et de tant d'autres.
Le mécanisme est toujours le même : les gouvernements, le patronat et les syndicats nous proposent de « sauver l'entreprise ». Pour cela ils nous demandent de faire des sacrifices (en nous baissant les salaires, en nous demandant de faire des heures supplémentaires, d'accepter des préretraites et des départs « volontaires ») pour avoir un « plan d'avenir ». Delphi est la énième démonstration que ces promesses sont uniquement de la poudre aux yeux. Accepter les sacrifices aujourd'hui mène à des sacrifices encore pires et plus nombreux avec comme résultat final les LICENCIEMENTS MASSIFS.
En Allemagne nous avons eu la même situation : en 2003, à Wolkswagen, le patronat et les syndicats ont décidé un plan draconien (48 heures de travail par semaine avec 10% de baisse de salaire) pour « empêcher les licenciements ». Le résultat : en 2006 et aujourd'hui en 2007, le patronat a décidé plus de 16 000 licenciements.
A SEAT, en décembre 2005, ils ont dit que les 660 licenciements qu'ils ont réussi à imposer avec la complicité effrontée des syndicats seraient « les derniers ». Ils ont mis moins d'un an pour se dédire et, aujourd'hui, l'entreprise impose une nouvelle série de licenciements, que les syndicats se contentent de juger « inopportuns » !
Nous devons nous poser la question : pourquoi se passe-t-il toujours la même chose ? Pourquoi les sacrifices n'apportent-ils que de nouveaux sacrifices ? Où allons-nous aboutir ? Les « plans d'avenir » instaurés par le patronat, les syndicats et les partis politiques servent-ils à quelque chose ? Ces « plans d'avenir » ne sont-ils pas la carotte avec lequel on nous conduit de sacrifice en sacrifice jusqu'au licenciement final de tout le personnel ? Ces « plans d'avenir » sont-ils une alternative réaliste ou bien, ce qui est plus réaliste, s'agit-il de comprendre que le capitalisme n'a pas d'avenir ?
Le capitalisme comme système mondial est dans une situation à chaque fois plus critique. En témoigne la fermeture continue d'entreprises productives, l'interminable cascade de licenciements, le fonctionnement toujours plus désastreux des infrastructures, le fait que pour amortir les coups de la crise en réduisant les coûts de production on transfère des parties importantes de la production en Chine, en Inde, etc., dans des pays transformés en ateliers du monde à bas prix puisque là-bas les conditions de travail sont insupportables.
Les politiciens, les syndicalistes et les économistes se lamentent sur le fait que les multinationales démantèlent les industries pour les transférer en Chine. Mais quelle est la solution qu'ils mettent en avant ? Eh bien d'accepter une dégradation de nos conditions de travail et de vie jusqu'à nous mettre en situation de pouvoir faire concurrence aux prix de la Chine ! Voilà l'avenir que nous offre le capitalisme ! Nous ramener au niveau de nos camarades en Chine qui supportent jusqu'à 70 heures de travail par semaine, des salaires de misère, sans sécurité sociale ni pension garantie et en logeant dans des taudis infects !
L'avenir que nous offre le capitalisme c'est la précarité, le chômage chronique, la perte des pensions, une vie de misère indescriptible et, en même temps, des guerres impérialistes, le désastre des infrastructures, des catastrophes écologiques, la barbarie morale... L'avenir que le capitalisme offre à l'humanité c'est la barbarie.
La seule alternative qu'ont les travailleurs, c'est la lutte. La lutte massive et solidaire. La solidarité est vitale. Face à la menace des licenciements qui pèse sur nos camarades et leurs familles à Puerto Real, tous les ouvriers doivent discuter, sur les lieux de travail, dans les quartiers, sur tous les lieux possibles de réunion, de la nécessité de lutter, de développer la solidarité, de lutter ensemble et de façon unie.
Il y a un an, quand les ouvriers de SEAT ont arrêté spontanément le travail en solidarité avec leurs camarades menacés de licenciement, dans un tract où nous appelions à la solidarité des autres travailleurs sans distinction de secteur, de région ou de race, nous disions : « le problème de SEAT ne se réduit pas aux 660 licenciements ; c'est un problèmes de TOUT LE PERSONNEL. Mais ce n'est pas seulement le problème des ouvriers de SEAT, mais de TOUS LES TRAVAILLEURS, tant des fonctionnaires avec la « garantie de l'emploi » (jusqu'à quand ?) que des entreprises privées, tant des sans papiers que de ceux qui ont des papiers, tant des entreprises qui font des bénéfices que des entreprises en déficit. Nous sommes ou serons tous dans la même situation que les camarades de SEAT ! »
La réalité montre que NOUS SOMMES TOUS DANS LA SITUATION DES CAMARADES DE DELPHI. C'est pour cela que la réponse est la SOLIDARITE DE CLASSE de tous les travailleurs, la solidarité de tous les exploités.
Nous saluons le commencement de la lutte à Delphi et le fait que ce soit les femmes et les familles qui, de façon solidaire, ont pris l'initiative à travers des manifestations quotidiennes. Nous saluons le fait qu'à l'usine d'Airbus et à Bazan ils ont commencé à faire preuve de solidarité.
Une manifestation a été convoquée pour le 1er mars à Cadix. Plus les travailleurs seront nombreux à y participer, tant à Cadix qu'à Puerto Real comme d'autres régions, d'autres entreprises, d'autres secteurs, plus LES CAMARADES DE DELPHI AURONT DE FORCE ET PLUS DE FORCE NOUS AURONS TOUS.
La solidarité est une question de vie ou de mort que nous devons discuter et impulser partout.
Nous devons distinguer la FAUSSE SOLIDARITÉ, la « solidarité » du bourreau et de ses complices, de la VÉRITABLE SOLIDARITÉ, qui ne peut être que la SOLIDARITE DE TOUS LES TRAVAILLEURS, DE TOUS LES EXPLOITÉS, exprimée de façon directe et massive.
La FAUSSE SOLIDARITÉ c'est la solidarité du gouvernement d'Andalousie qui pousse des cris d'orfraie parce que l'entreprise « ne lui a rien communiqué » alors qu'il lui avait versé des subventions à la pelle, et déroulé un tapis rouge devant elle en échange d'une limitation des salaires des travailleurs et de l'amélioration de leurs conditions de travail en leur faisant du chantage avec le refrain bien connu : « se sacrifier pour obtenir des créations d'emplois ».
La FAUSSE SOLIDARITÉ c'est celle du gouvernement PSOE, qui par la bouche de Madame Fernandez de la Vega (vice-présidente du gouvernement) a déclaré solennellement qu'elle « travaille avec le gouvernement d'Andalousie pour faire en sorte qu'il n'y ait aucune famille qui souffre des conséquences d'un processus de cette nature », ce qui signifie tout simplement : il faut accepter les licenciements (appelés par euphémisme « le processus ») et se contenter de quelques broutilles. Quelle solidarité pouvons-nous attendre d'un gouvernement qui vient d'augmenter de 12 à 15 ans la durée de travail minimale pour avoir droit à une pension et qui a été l'organisateur des licenciements de 2005 dans les chantiers navals ?
La FAUSSE SOLIDARITÉ c'est celle des organisations syndicales qui, dans le silence des bureaux, signent tout ce que le gouvernement, la CEOE (l'organisation patronale) et les patrons concernés leur mettent sur la table et qui ensuite, pour la galerie, « protestent », « se lamentent ». Quelle alternative nous offrent-elles ? Un nouvel « accord » avec de nouveaux sacrifices pour « préserver l'emploi ». Accord qui consiste à accepter le licenciement de beaucoup de camarades, la dégradation des conditions des « bienheureux » qui restent en poste et la prolongation de l'agonie pour un ou deux ans jusqu'à ce que la Direction, implacable et renforcée par une telle capitulation, annonce une autre série de licenciements qui sera présentée comme la dernière.
La FAUSSE SOLIDARITÉ c'est celle des partis, PSOE, PP (Parti Populaire) et IU (Gauche Unie), celle des maires de la région, qui appellent à la « mobilisation citoyenne » dans laquelle on veut diluer et paralyser une riposte forte, unie et solidaire des travailleurs.
La véritable solidarité réside dans la lutte massive et indépendante des travailleurs à laquelle peuvent et doivent s'associer tous les opprimés et exploités. Nous avons un exemple récent à Vigo, en mai 2006 ; les travailleurs du secteur de la métallurgie ne sont pas tombés dans ces pièges de la fausse solidarité et ont mis en pratique la véritable solidarité en luttant massivement, avec la participation aux manifestations des différentes usines, en établissant le contact direct et la lutte directe des ouvriers eux-mêmes. Ils ont organisé chaque jour une ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ouverte aux autres travailleurs et à toute personne qui voulait soutenir la lutte et y participer.
A Delphi se pose la nécessité de rester dans l'usine pour éviter que les installations ne soient fermées pendant la nuit dans le dos des ouvriers. Mais en même temps se pose la nécessité, encore plus vitale, de gagner la solidarité directe des autres travailleurs, de Bazan, d'Airbus, de la baie de Cadix... Pour répondre à ces deux nécessités, il faut s'inspirer de l'exemple des camarades de Vigo : il faut organiser des assemblées massives à la porte de l'usine où peuvent se joindre les femmes, les familles, les autres travailleurs... tous ont quelque chose à apporter, tous unis nous serons forts pour arrêter les licenciements.
CCI (25 février 2007)
(1) équipementier pour l’automobile américain ayant plusieurs usines en Espagne et en Europe. C’est l’usine de Puerto Real, en Andalousie, qui a été fermée provoquant la perte de 1600 emplois directs et 4000 indirects.
C'est au nom de « l’équité sociale » que Sarkozy et ses amis milliardaires ont le culot de nous demander d’accepter la suppression ou l’aménagement des régimes spéciaux de retraite en les alignant sur 40 ans pour tous.
Ce que revendiquent les cheminots, les employés de la RATP, les gaziers, les électriciens, ils l’ont clairement proclamé dans leurs AG : ce ne sont pas des « privilèges », c’est 37 ans et demi pour tous !
S’ils laissent passer cette attaque sur les régimes spéciaux, les ouvriers savent bien que l’État nous demandera à tous dès demain d’aller à 41 puis 42 ans de cotisations pour toucher une retraite à taux plein et même bien au-delà comme en Italie (qui passera bientôt à un régime de retraite à 65 ans) et allant jusqu’à 67 ans comme c’est déjà le cas en Allemagne ou au Danemark.
Dans les facultés, ce même gouvernement a adopté en douce, durant l'été (avec la complicité de l'UNEF et du Parti Socialiste), une loi qui prépare une université à 2 vitesses : d’un côté des « pôles d'excellence » réservés aux étudiants les plus friqués, de l’autre des « facs poubelles » qui préparent une majorité des jeunes générations, les enfants issus des milieux les plus pauvres, à leur condition de futurs chômeurs ou de travailleurs précaires.
Dans la fonction publique, le gouvernement se prépare à supprimer 300 000 emplois d’ici 2012 alors que, dès aujourd’hui, les enseignants sont confrontés à des classes surchargées et qu'on impose à tous les fonctionnaires de plus en plus de tâches et d’heures supplémentaires.
Dans les entreprises du privé, les suppressions d’emplois et les vagues de licenciements continuent à tomber à tour de bras alors que le gouvernement Sarkozy se prépare à nous imposer une réforme du Code du travail où le maître mot est la « flexi-sécurité » permettant aux employeurs de nous jeter encore plus facilement à la rue du jour au lendemain.
Au 1er janvier 2008, nous devrons payer de nouvelles franchises médicales qui vont se cumuler avec le déremboursement croissant des médicaments, la hausse du forfait hospitalier (institué par l’ex-ministre PCF Ralite), la franchise sur les actes médicaux de plus de 90 euros, une nouvelle hausse de la CSG…
Sarkozy nous demande de « travailler plus pour gagner plus ». En fait, il est clair qu’il s’agit de travailler plus pour gagner moins. La chute vertigineuse du pouvoir d’achat s’accompagne aujourd’hui d’une augmentation exorbitante de tous les produits alimentaires de base : produits laitiers, pain, pommes de terre, fruits et légumes, poisson, viande…
En même temps, les loyers flambent : de plus en plus de prolétaires vivent aujourd’hui dans des conditions de logement précaires ou insalubres.
De plus en plus de prolétaires, même avec un travail, sont déjà plongés dans la misère, sont incapables de se nourrir, de se loger, de se soigner décemment. Et on nous dit : "ce n’est pas fini". L’avenir qu’on nous réserve, les attaques qu’on nous promet seront demain bien pires encore. Et cela parce que la bourgeoisie française a entrepris de combler son retard par rapport à ses concurrentes des autres pays. Avec l'aggravation de la crise du capitalisme, avec l'exacerbation de la concurrence sur le marché mondial, il faut "être compétitif". C'est-à-dire attaquer toujours plus les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière.
La seule façon de s’opposer à toutes ces attaques c’est de développer les luttes
La colère et le ras-le-bol qui s’expriment aujourd’hui dans la rue comme dans les entreprises, ne peuvent que se généraliser partout parce que les travailleurs sont contraints de se battre partout face aux mêmes attaques.
Depuis 2003, la classe ouvrière (qui, selon les dires de la bourgeoisie, serait une « notion dépassée ») démontre sa combativité, précisément face aux attaques sur les retraites en 2003 en France et en Autriche, contre les réformes du système de santé, face aux licenciements dans les chantiers navals galiciens en Espagne en 2006 ou dans l’automobile en Andalousie au printemps dernier. Aujourd’hui, leurs frères de classe cheminots en Allemagne sont en lutte pour des hausses de salaires. Dans toutes les luttes, du Chili au Pérou ces derniers mois, en Égypte comme chez les travailleurs immigrés du bâtiment à Dubaï encore récemment, émerge un profond sentiment de solidarité de classe qui pousse vers l’extension de la lutte face à une même surexploitation. Et c’est cette solidarité de classe, qui s’est manifestée dans la lutte des étudiants contre le CPE au printemps 2006, qui est au cœur des enjeux de la situation. C’est ce que craint par-dessus tout la bourgeoisie.
La gauche et les syndicats sont entièrement d’accord sur le fond avec le gouvernement; ils ont toujours mis en avant la nécessité des « réformes », celle des retraites et des régimes spéciaux en particulier. C’est d’ailleurs l’ancien Premier ministre socialiste Rocard qui avait, au début des années 1980, rédigé le « livre blanc » des retraites qui sert de canevas à toutes les attaques mises en place sur ce plan par les gouvernements successifs, de gauche comme de droite. Les critiques actuelles de la gauche et des syndicats portent uniquement sur la forme : elles ne sont pas décidées « démocratiquement », il n’y aurait pas assez de« concertation ». La gauche étant momentanément hors jeu, notamment avec les « débauchages » pratiqués par Sarkozy, le rôle essentiel d’encadrement de la classe ouvrière revient aux syndicats. Ces derniers se sont partagés le travail avec le gouvernement (comme entre eux) à tous les niveaux pour saboter et diviser la riposte ouvrière. Il est nécessaire à la bourgeoisie d’isoler les ouvriers du secteur des transports publics, de les couper de la réaction de l’ensemble de la classe ouvrière.
Dans ce but, la classe dominante a mobilisé tous ses médias pour tenter de discréditer la grève et matraquer l’idée que les autres travailleurs étaient les otages d’une minorité égoïste de privilégiés en profitant du fait que le principal secteur concerné par les régimes spéciaux était constitué par les entreprises de transport public. Elle mise sur l’impopularité d’une longue grève des transports et plus particulièrement sur celle de la SNCF (secteur traditionnellement le plus combatif lors des grèves de l’hiver 1986/87 et celles de 1995) pour dresser les « usagers » contre les grévistes.
Chaque syndicat a pris sa part dans la division et l’isolement des luttes :
Malgré la volonté du gouvernement de casser la résistance des ouvriers, malgré la multiplication des injonctions péremptoires du gouvernement à la reprise du travail, malgré la complicité et tout le travail de sape et de sabotage des luttes par les syndicats, non seulement la colère et la combativité ouvrière subsistent mais la volonté d'unifier les différents foyers de lutte commence à émerger. A Rouen par exemple, le 17 novembre, des étudiants de la faculté de Mont-Saint-Aignan sont allés trouver les cheminots en grève, ont partagé leur repas et ont participé à leur AG ainsi qu’à une opération de mise en place de « péage gratuit » sur l’autoroute. Peu à peu germe ainsi l’idée de la nécessité d’un combat massif et uni de toute la classe ouvrière pour pouvoir faire face à la poursuite inévitable des attaques du gouvernement. Pour cela, les travailleurs en lutte doivent tirer les leçons du sabotage syndical. Pour pouvoir se battre efficacement, opposer une riposte unie et solidaire en recherchant toujours plus l'extension de leur lutte, ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Ils n'auront pas d'autre choix que de prendre eux-mêmes leurs luttes en mains et de déjouer tous les pièges, toutes les manoeuvres de division et de sabotage des syndicats.
Plus que jamais, l’avenir est au développement des combats de classe.
Wim (18 novembre)L'enthousiasme et la volonté de débattre autour de cette question ne se sont pas démentis : les participants sont venus de tout le pays mais aussi d'Espagne, de Suisse et de Turquie 2. Cette discussion riche et animée est retranscrite presque intégralement, ainsi que les présentations introductives réalisées par des camarades non-membres du CCI, sur notre site Web en langue anglaise. Nous nous contenterons ici de relever les questions principales débattues durant cette journée d'étude.
La question première qui nous avait réunis pour cette journée d'étude était à l'origine : "Le communisme est-il une utopie ?". Mais, en réalité, la plupart des contributions se sont rapidement orientées plus précisément sur la question de "Comment parvenir au communisme ?"
Ainsi, au fil de la discussion, nous avons cherché à mieux comprendre quel est le rôle des révolutionnaires. Sont-ils les organisateurs de la classe ouvrière ? Apprennent-ils à la classe ouvrière la nature du capitalisme et comment elle peut le renverser ? Le rôle des révolutionnaires n'est-il pas de participer au développement de l'auto-organisation, de la conscience et de la solidarité de la classe ouvrière ?
En effet, bien que les minorités révolutionnaires aient un rôle absolument essentiel à jouer, elles ne peuvent se substituer à l'activité consciente de la classe ouvrière dans son ensemble. La discussion a donc développé une vision de la classe ouvrière et du rôle de ses minorités les plus conscientes qui vient démentir les assertions du gauchisme. Ce courant, non seulement ôte toute auto-activité aux ouvriers, mais se pose aussi en sauveur de la classe ouvrière et de sa lutte. Cette politique est aux antipodes des intérêts de notre classe.
Différentes interventions ont tenu à rappeler l'immensité de la tâche qui se dresse devant la classe ouvrière. En particulier, nous devons faire attention aux difficultés auxquelles fera face la classe ouvrière par rapport aux autres couches sociales non-exploiteuses. En Europe de l'Ouest, où une majeure partie de la population est salariée et payée par des entreprises petites ou grandes, il peut être facile d'oublier que cette situation ne prévaut pas partout dans le reste du monde. Dans la plupart des pays sous-développés, non seulement il y a des paysans sans terre, mais il y a aussi des millions d'individus dans des situations de grande précarité, vivant au jour le jour par tous les moyens qu'ils peuvent trouver. Dans de nombreuses grandes villes de ces régions, il y a beaucoup de zones extrêmement démunies où les travailleurs agricoles vivent aux côtés de ceux qui peuvent être décrits comme faisant partie de l'économie "informelle", vivant du crime, de la mendicité, d'escroqueries, de troc ou de tout expédient ressemblant à du travail.
La classe ouvrière a une très grande responsabilité face à toutes ces couches de l'humanité. Même si elle partage des conditions de vie tout aussi misérables que ces autres couches, elle fait face au capital et à son Etat dans une relation différente, car elle représente la force qui peut renverser le capitalisme. C'est pourquoi ses luttes, ses actes et sa force de persuasion dans les discussions peuvent entraîner les autres couches exploitées vers la perspective du communisme. Si pour la classe ouvrière, la tâche est donc immense, l'enjeu est grandiose pour toute l'humanité !
La deuxième partie de la discussion de cette journée d'étude a commencé par une présentation sur le rôle de l'Etat, comment il ne peut amener au socialisme et pourquoi il doit être détruit par la lutte révolutionnaire.
Très vite, nous en sommes venus à prendre en considération la nature des illusions dans les rangs de la classe ouvrière. Avec la force de la campagne actuelle autour de Chavez comme représentant du socialisme au Venezuela, il n'est pas surprenant que des ouvriers aient été pris dans la propagande qui prétend permettre d’accéder graduellement au socialisme par des mesures d’Etat. Ainsi, la vision qu'ont beaucoup d'ouvriers sur l'Etat est qu'il servirait de « protecteur » vis-à-vis des pires excès du capitalisme. Ceci correspond à l'idée que la démocratie pourrait être organisée dans les intérêts de la classe ouvrière.
Dans la discussion, nous avons abordé les exemples de prédilection des tenants de « la possibilité d'un Etat social et protecteur » : l'éducation et la santé publique. Il est vrai qu'aujourd'hui, l'ensemble des pays les plus industrialisés détruisent progressivement l'accès aux soins et à l'éducation. Mais ce n'est absolument pas parce que l'Etat aurait abandonné sa politique sociale de l'après-guerre. Cette « politique sociale » est un mythe. En réalité, si la bourgeoisie a organisé à partir des années 1950 une politique de soins et d'éducation à l'échelle nationale, cela s'est fait dans l'unique but d'avoir une main d'œuvre en bonne santé et éduquée... donc plus productive ! Aujourd'hui, le démantèlement de « l'Etat providence » signifie simplement que la bourgeoisie n'a même plus les moyens de cette politique, que la profondeur de sa crise économique la rend même incapable d'entretenir convenablement la force de travail qu'elle exploite !
Pour finir, il faut dire que cette discussion a été traversée par un très bon état d'esprit. Bien qu'il y ait eu des divergences, elles furent toujours approchées avec camaraderie. La tenue et la réussite d'une telle réunion, internationale et internationaliste, ouverte et fraternelle, témoignent de la dynamique actuelle de notre classe, le prolétariat, qui est en train de réfléchir en profondeur, de développer progressivement sa conscience. L'émergence d'individus et de groupes, portés par la volonté de débattre, en est la démonstration la plus vivante !
A la fin de cette journée d'étude, nous avons demandé aux participants leur impression : tous étaient enthousiastes. Etant donné le succès de cette journée de discussion, nous aimerions la répéter et l'élargir dans l'avenir, en Grande-Bretagne comme ailleurs. Des camarades intéressés à participer à de telles journées doivent nous écrire. Les idées, propositions de thème et autres questionnements, seront les bienvenus.
D'après World Révolution, section du CCI en Grande-Bretagne
1 Le Communisme n'est pas un bel idéal mais une nécessité matérielle. Ce livre peut être commandé sur notre site Web internationalism.org ou par courrier ( lire notre adresse page 7).
2 Le camarade de Turquie était là en tant que représentant d'un groupe politique prolétarien nommé Enternasyonalist Komünist Sol (EKS). Ce tout jeune groupe se réclame ouvertement des positions de la Gauche Communiste (courant auquel appartient le CCI) et de l'internationalisme prolétarien. Pour en savoir plus sur EKS, lire notre article « Une voix internationaliste en Turquie [28] », publié dans Internationalisme n° 327, organe du CCI en Belgique.
La véritable débauche de haine, les émeutes accompagnées d'incendies et de pillages, qui s'est déchaînée contre les Caucasiens et les Tchétchènes à Kondopoga, petite ville industrielle proche de la frontière russo-finlandaise, a eu un large retentissement au plan national, en Russie, et même internationalement.
Les événements de Kondopoga sont loin d'être un cas isolé. Surtout depuis la guerre en Tchétchénie qui a commencé en 1994. Mais ces derniers mois, des pogroms ont éclaté dans plusieurs régions de Russie. Au mois de mai 2006, à Novossibirsk, 20 autochtones ont incendié une dizaine de maisons tsiganes sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue ; dans la ville de Kharagun (région de Tchita), des heurts ont opposé Russes et Azerbaïdjanais, résultat : un mort ; dans la région d'Astrakhan, à la suite du meurtre d'un jeune Kalmouke lors d'une bagarre avec des Tchétchènes, 300 Kalmoukes ont agressé les Tchétchènes et ont incendié leurs maisons. Un mois après, dans le village de Targuis (région d'Irkoutsk) un pogrom anti-Chinois s'est conclu par l'expulsion de 75 Chinois. Quelques jours plus tard, c'est contre les Daghestanais que les habitants de Salsk (région de Rostov) se sont mobilisés ; les troubles ont fait un mort. Le 21 août, une bombe a explosé sur le marché Tcherkizovo à Moscou, où la plupart des commerçants viennent d'Asie centrale ou d'Extrême-Orient ; bilan: 12 morts et plus de 40 blessés. Les Tchetchènes, cherchant refuge contre la guerre, concentrent sur eux la plus forte hostilité, ainsi que les Tsiganes.
A Kondopoga, le pogrom anti-Caucasiens a pris une intensité sans précédent. Pendant cinq jours, du 30 août au 5 septembre 2006, une foule de plusieurs centaines d'individus (en majorité des jeunes hommes de 15 à 20 ans) se déchaîne. Elle porte sa vindicte d'abord contre le marché de la ville où, comme dans toutes les villes de Russie, des Caucasiens tiennent les stands de fruits et légumes. Les stands sont dévastés, les commerces pillés et incendiés. Puis, les émeutes se répètent plusieurs nuits de suite attaquant échoppes, garages et voitures appartenant aux Caucasiens, à coups de pierres, de bouteilles et de cocktails Molotov. On tente aussi d'incendier l'école où plusieurs familles d'Asie centrale avaient trouvé refuge ! Plusieurs mouvements nationalistes se sont impliqués et ont publiquement appelé à la "déportation" immédiate des Caucasiens. Les troubles se sont terminés par un départ massif de la population immigrée de la ville prise de panique. 200 Caucasiens et des dizaines de Tchétchènes ont quitté les lieux et trouvé refuge dans une autre ville à 50 kilomètres de là, pour protéger leur vie.
De nombreuses voix ont stigmatisé la responsabilité des ultranationalistes du Mouvement contre l'immigration illégale (DPNI). Venus de Moscou et de Saint-Pétersbourg, les militants de ce groupuscule xénophobe pro slave, épaulés par des néonazis, ont joué un rôle central pour chauffer à blanc les jeunes cerveaux et pour organiser les manifestations dans le pogrom qui a déferlé sur Kondopoga. Cependant s'ils ont pu agir ainsi c'est parce qu'ils n'ont pas agi seuls. Leur action n'a été possible qu'avec l'aval des autorités et de la bourgeoisie locales. Le leader ultranationaliste du DPNI, Belov, s'est même rendu sur place à l'invitation du député local du parti populiste LDPR, Nikolaï Kourianovitch, appelant à la formation d'une milice d'anciens combattants russes en Tchétchénie pour y rétablir l'ordre !
Les autorités publiques font des Caucasiens les boucs émissaires responsables de tous les maux qui accablent la population. Elles stigmatisent leur "richesse ostentatoire" et "leur Mercedes roulant à tombeau ouvert" sans parler de leurs "combines maffieuses" ou des pots de vins versés à la police pour qu'elle ferme les yeux. Le gouverneur de la région, Katanandov, membre de Russie Unie, le parti de Poutine, étalant le racisme ordinaire propre à sa classe, a largement contribué à souffler sur les braises pour attiser la vindicte et l'irrationalité pogromistes : "La raison principale [des troubles] est que des représentants d'un autre peuple se sont conduits de façon impertinente et provocatrice, ignorant la mentalité de notre peuple" les Caucasiens auraient ainsi pris l'habitude "de ne pas faire la queue au contrôle technique" en cas d'accident de voiture, "montrant que tout leur est permis" [sic[1]] Il en rajoute dans la surenchère nationaliste, justifiant le pogrom en dénonçant "ces jeunes gens venus du Caucase et d'autres régions" qui se comportent "en occupants" pour clamer : "Ils font profil bas ou ils partent." [2]
La collusion entre les autorités officielles et les groupes néo-nazis n'est pas un dérapage de sous-fifres locaux des échelons inférieurs de l'État. En vérité, l'État russe possède lui-même ses propres raisons pour faire des Caucasiens des boucs émissaires. L'atmosphère de pogrom entre parfaitement dans l'intérêt de l'État russe. Elle est en réalité directement encouragée par la grande bourgeoisie et l'état. C'est l'un des moyens les plus répugnants utilisés dans la défense de ses intérêts impérialistes. Les groupes néo-nazis, s'ils ne sont pas directement des émanations du pouvoir, sont largement manipulés par le Kremlin. D'une part, celui-ci se sert d'eux comme d'une police officieuse et parallèle pour leur sous-traiter la sale besogne de la répression contre tout genre d'opposition. D'autre part, ils constituent de précieux auxiliaires pour propager au sein de la population la haine et l'hystérie nationalistes, propices aux exactions barbares de l'impérialisme russe en Tchétchénie.
Dans le bras de fer entre requins impérialistes qui oppose Géorgie et Russie, c'est en attisant cette atmosphère pogromiste que l'État russe a pris des mesures de rétorsions contre les Géorgiens présents en Russie, pour exercer ses représailles contre Tbilissi, suite à la brusque aggravation des tensions entre les deux états après l'arrestation de quatre officiers russes accusés d'espionnage, le 27 septembre. Ainsi Poutine, début octobre, donne-t-il lui-même dans la dénonciation des "groupes criminels ethniques" qui régissent le commerce de détail exigeant que l'on "mette de l'ordre" sur les marchés, qualifiés de lieux les "plus ethniquement pollués" du pays, pour défendre "les intérêts des producteurs russes et de la population autochtone"[3] afin de procéder à l'expulsion du territoire russe de plusieurs milliers de Géorgiens, "criminalisés" et prétendument en situation irrégulière.
L'autre utilité, et non la moindre, que trouvent la bourgeoisie et l'État en attisant l'esprit de pogrom, c'est le moyen de semer la division dans les rangs de son ennemi mortel, le prolétariat, et pour empêcher les classes opprimées de voir où se trouvent leurs réels ennemis. Ces campagnes abjectes répétées contre les immigrés qui "volent le travail aux Russes et les pervertissent" (credo de l'État comme des groupes ultranationalistes) constituent l'arrière-plan idéologique des attaques et des multiples agressions physiques dont sont victimes les immigrés. Faire porter sur les immigrés la responsabilité du déclin général des conditions de vie de la classe ouvrière, pour en faire les boucs émissaires, est consciemment destiné à saper l'identité et la solidarité de classe du prolétariat.
L'instigation des pogroms par l'État s'inspire directement d'une longue tradition nationale, notamment des crimes du tsarisme envers les Juifs. L'État russe, qui institue la xénophobie comme idéologie officielle, ne fait que remettre au goût du jour la sinistre ‘tradition' des "règlements provisoires destinés à soustraire les Chrétiens de l'exploitation juive" d'Alexandre III (1882) dans la défense de la domination de classe de la bourgeoisie. Prévoyant qu'"un tiers de juifs émigrera, un tiers se convertira, un tiers périra" ceux-ci ont été promulgués en grande partie dans le but d'attiser le déchaînement de pogroms antisémites, pour servir de dérivatif afin de paralyser et empêcher toute lutte contre le pouvoir monarchique. C'est pourquoi le mouvement ouvrier dénonçait dans les pogroms le rôle de l'État et de "l'autocrate de toutes la Russie qui sert de protecteur suprême à cette camorra à demi-gouvernementale de brigands et de massacreurs, soutenue par la bureaucratie officielle (...) et qui a pour état-major la camarilla des courtisans" (Trotsky, 1905) Les têtes couronnées ne servent plus de décorum à l'État capitaliste mais celui-ci préside toujours aux mêmes scénarios barbares !
Dans une prise de position, Kondopoga - un soulèvement populaire qui tourne au pogrom, publiée sur Internet en septembre 2006[4] et dont nous ne savons pas si elle constitue une initiative individuelle de son auteur (M. Magid) ou si elle reflète la position officielle de l'organisation dont il se revendique (section russe de l'AIT) se trouvent développées de dangereuses confusions tant concernant la nature de classe du mouvement que sur les perspectives dont il est porteur. Bien plus l'auteur s'évertue même à en faire un mouvement, si ce n'est de la classe ouvrière elle-même, à tout le moins utile à son combat. "Partout, ou Presque partout dans la province russe se répand la destruction causée par les bandits de toutes les nationalités qui contrôlent les marchés locaux, les entreprises et les banques. (...) A Kondopoga, nous avons assisté à une tentative des gens pour mettre sur pied un organe d'auto-administration, une assemblée régulière populaire qui prendrait des décisions que les autorités devraient exécuter conformément à l'opinion des gens. Mais les émeutes se sont transformées en émeutes nationalistes. (...) Est-ce que ce mouvement était sous la conduite ou à l'initiative des fascistes ou des négociants locaux ? Non, cette assertion est un mensonge des médias officiels. C'était une émeute populaire, des travailleurs, qui s'est développée dans une direction nationaliste, sans danger pour les autorités, en partie à cause des événements eux-mêmes, en partie à cause de l'initiative des commerçants locaux."
Au final, l'auteur institue les moyens utilisés, l'émeute et le pogrom, comme des armes valables que le prolétariat peut utiliser. Le seul regret critique qu'il émet, c'est le qu'il aurait fallu ne pas se contenter de cibler ceux qu'il nomme les bandits caucasiens mais élargir l'action aux bandits russes. Le plus frappant c'est qu'il prend sans barguigner pour argent comptant les campagnes nationalistes de l'État capitaliste faisant des Caucasiens ‘tous des maffieux'. A aucun moment il ne lui vient à l'idée que cela pourrait être une idée fausse. C'est clairement céder aux mensonges répugnants de l'État, lui apporter sa caution en se faisant le complice de la désignation raciste des Caucasiens comme boucs émissaires.
Cette attitude est en complète contradiction avec celle que doivent prendre les révolutionnaires en continuité du mouvement ouvrier. Face au pogrom antisémite de Kichinev en 1903, le Congrès de fondation du POSDR recommandait aux militants "d'utiliser tous les moyens en leur possession pour combattre de tels mouvements et pour expliquer au prolétariat la nature réactionnaire et classiste des incitations antisémites ou national-chauvines en général." L'attitude de la classe ouvrière et des révolutionnaires a toujours été d'apporter sa solidarité aux victimes des pogroms et de leur offrir sa protection. C'est une partie du rôle exercé par les soviets en 1905 et 1917 : "le soviet organisait les masses ouvrières, dirigeait les grèves et les manifestations, armait les ouvriers, protégeait la population contre les pogroms." (Trotsky, 1905) Sous la direction des conseils, dans un grand nombre de villes, les ouvriers organisèrent des milices armées pour réprimer les débordements des voyous pogromistes. Les Bolcheviks eux-mêmes se sont constamment et fortement impliqués dans la formation de groupes révolutionnaires armés pour s'opposer à eux. Voici un exemple de l'action bolchevique dans la ville d'Odessa : "Là, je fus témoin de la scène suivante : un groupe de jeunes hommes, âgés de 20 à 25 ans, parmi lesquels se trouvaient des agents de police en civil et des membres de l'Okhrana, raflait quiconque ressemblait à un Juif - hommes, femmes, enfants - les dépouillant de leurs vêtements et les battant sans merci... Nous organisâmes immédiatement un groupe de révolutionnaires armés de revolvers... Nous courûmes à eux et fîmes feu sur eux. Ils déguerpirent. Mais, entre les pogromistes et nous, apparut soudain un solide mur de soldats armés jusqu'aux dents et nous faisant front. Nous battîmes en retraite. Les soldats s'en allèrent et les pogromistes réapparurent. Cela se produisit plusieurs fois. Il était clair pour nous que les pogromistes agissaient de concert avec l'armée." [5] Aujourd'hui, le prolétariat n'a pas la force d'adopter de telles mesures: mais pour retrouver sa force, c'est cette attitude des bolcheviques qu'il faut adopter, et non pas celle que nous propose M Magid. Si les ouvriers se laissent diviser et se laissent entraîner dans des pogroms, ils courent à leur perte. Pour la classe ouvrière, c'est une véritable question de vie ou de mort.
La vision, que développe Magid, qui autorise la désignation de boucs émissaires sur lesquels on fait porter la responsabilité de la situation insupportable crée par la crise économique capitaliste procède d'une vision complètement étrangère au prolétariat. Cette ambiguïté sur la nature des pogroms condamne ceux qui l'acceptent à faire le jeu politique de l'État. Ce qui explique ces errements, c'est l'absence de critères de classe pour aborder la réalité de la société capitaliste et les luttes qui la traversent, dissolvant le prolétariat dans le tout indifférencié du ‘peuple' ainsi que le culte bakouniniste de la violence et du déchaînement des passions destructrices, conçu comme le viatique de la révolution, typiques de l'anarchisme. C'est dans ses fondements mêmes que résident les racines de ces confusions dangereuses pour le combat de classe et les bases qui en font le soutien du pogromisme.
Le prolétariat ne peut parvenir à assumer son avenir révolutionnaire qu'en développant sa solidarité et qu'en rejetant toutes les formes de divisions que le capitalisme lui impose. Toutes les formes de nationalisme et de racisme ne peuvent qu'affaiblir son combat pour son émancipation. La révolution n'est pas et ne peut pas être une vengeance exercée contre une partie de la population rendue responsable de sa situation. La lutte de la classe prolétarienne se développe en vue de la destruction du capitalisme comme système, basé sur l'exploitation du travail salarié dans le cadre des rapports de production capitaliste. Son objectif final est la transformation de l'ordre des choses existant dans la société afin de "créer des conditions de vie pour tous les êtres humains tels qu'ils puissent développer leur nature humaine avec leurs voisins dans des conditions humaines, et ne plus avoir peur que de violentes crises bouleversent leurs vie"[6].
A bas tous les pogroms !
A bas le système capitaliste qui les engendre et les utilise pour sa préservation!
Vive la solidarité internationale de tous les travailleurs!
[1] Libération.fr, 08.09.06
[2] Le Monde, 21.09.06
[3] lefigaro.fr, 17.11.06
[4] En russe sur avtonom.org ; en anglais sur https://libcom.org/forums/thought/kondopoga-a-popular-uprising-turned-to... [29]
[5] Piatnitsky, O., Zapiski Bol'shevika, (Memoirs of a Bolshevik), Moscow, 1956.
[6] Engels, Two speeches in Eberfeld, 1845
Nous invitons nos lecteurs en Chine ou de langue chinoise à visiter le nouveau site dans cette langue [32] . Etant donné l'importance de la Chine pour le mouvement ouvrier mondial, l'ouverture de ce site est un moment important pour tout le CCI, même si pour l'instant nous n'avons pu afficher que nos positions de base. Nous espérons pouvoir publier d'autres textes ultérieurement.
Nous remercions le camarade responsable de la traduction pour ses efforts.
CCI, 2 octobre 2007
Durant plus de sept mois, un important mouvement social a eu lieu au Mexique, à partir d'une grève des enseignants dans la ville principale de la province, Oaxaca. Cette lutte s'est étendue rapidement à toute la population, qui soutenait les revendications des enseignants. Nous avons déjà traité dans notre presse (voir RI n° 375 et 376) de ce mouvement qui a pris de multiples formes. Aujourd'hui, les enseignants ont repris le travail, ayant subi une cuisante défaite et la pire répression. Ceux qui étaient massivement entrés en grève au mois de mai 2006 pour protester contre les conditions de travail et pour exiger l’augmentation des salaires ont été submergés par le déferlement d’organisations en tous genres, « de base », « populaires », venus apporter leur « aide » aux enseignants, comme la corde soutient le pendu. En effet, l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO), structure interclassiste formée de l’agrégat de pas moins de 365 groupes de gauche, gauchistes et syndicalistes, qui a pris la tête du mouvement, s’est appuyée sur la grève des enseignants pour mettre progressivement au second plan leurs revendications et développer les thèmes pourris de la défense de la démocratie et de la lutte contre la corruption. Elle est parvenue à focaliser la lutte autour d'une seule revendication : réclamer la démission du gouverneur de la province. Ce mouvement s’est achevé dans une répression policière brutale fin décembre, alors que la question des enseignants était totalement laissée de côté, toute la propagande des médias mexicains et internationaux ne parlant plus que de la défense des leaders de l’APPO.
De nombreux mensonges ont été répandus sur ce qu’a représenté le mouvement d’Oaxaca et sur l’APPO comme « organe révolutionnaire ». Ainsi, des idées fausses ont été propagées d’une part sur le fait que le Mexique aurait vécu une véritable période « insurrectionnelle », avec la formation de Communes, voire de soviets et, d’autre part et plus généralement, sur le fait que l’APPO, les syndicats et les organisations gauchistes représentaient réellement les intérêts de tous et qu’ils auraient employé des méthodes authentiquement prolétariennes de lutte. De telles affirmations n’ont fait qu’entretenir la confusion dans la tête des ouvriers tout au long de la lutte et ont eu pour but d’empêcher que les véritables leçons de ce mouvement ne soient tirées par la suite.
Certaines formes de lutte qu’on a pu voir à Oaxaca (les sit-in, les blocages de routes, les rassemblements au son des casseroles, les méga-manifs, les grèves de la faim, les affrontements avec les forces armées de l’Etat, etc.), présentées comme des moyens de pression sur l’Etat, ont été autant de moments pour pousser les ouvriers dans l’isolement et l’enfermement, puis dans l’épuisement physique et moral. Elles n’ont réussi qu’à les placer encore plus fortement dans les mains des organisations populistes, gauchistes et syndicales pour le compte de la bourgeoisie.
Quand c’est le prolétariat qui contrôle ses propres grèves, ses manifestations ont pour but de chercher la solidarité active des autres ouvriers. Ainsi, ils s’adressent aux autres centres industriels et de travail, en cherchant à fomenter les discussions et l’extension du mouvement ; cela permet le développement progressif de l’unité, la compréhension de sa propre force, la reconnaissance même de la part des travailleurs de leur être en tant que classe, enfin, le développement de la conscience. On est aux antipodes de ce qui s'est déroulé à Oaxaca où les syndicalistes, les gauchistes, les tenants des partis officiels tenaient le haut du pavé, empêchant tout développement d'une réelle expression de solidarité et d'ouverture vers d'autres secteurs et surtout blindant toute réelle réflexion en réclamant l'"éviction de "l'ennemi principal", le gouverneur Ulyses Ruiz.
Ce qui est arrivé à Oaxaca a encore été baptisé des noms de commune, soviets, insurrection. Ces termes recouvrent les formes supérieures de la lutte de la classe révolutionnaire qui se développent après de longues périodes de combat pendant lesquelles le prolétariat apprend à s’organiser massivement et arrive à prendre une conscience claire de son objectif historique. Ces trois méthodes de lutte du prolétariat sont les formes pour abattre l’Etat et instaurer la dictature du prolétariat.
Les révoltes avec formations de barricades survenues à Oaxaca ne sont qu’une insulte à ces véritables formes de lutte de la classe ouvrière. Elles ont été en partie le résultat de l’immédiatisme, mais surtout de la crapulerie politique délibérée de leurs organisateurs qui ont fait passer ces bagarres sans lendemain avec les forces de répression de l’Etat pour le nec plus ultra de la lutte des classes, pour les prémices d’une insurrection « révolutionnaire ». Les morts, les blessés et les prisonniers sont la démonstration du caractère répressif et sanguinaire de l’Etat. Mais ces morts, ces blessés, ces prisonniers sont aussi la concrétisation de l’impasse mortelle, à la fois physiquement et pour la conscience du prolétariat vers où mènent les mobilisations dévoyées par les syndicalistes et les gauchistes.
Le rôle de l’APPO a été exemplaire en ce sens. Ainsi, la dynamique et la nature d’une lutte prolétarienne se condensent dans la forme que prend la lutte et dans les objectifs qu’elle se propose. Sur ces deux plans, l’APPO a représenté une récupération du mécontentement authentique des travailleurs 1. Cette forme d’organisation n’a jamais favorisé l’indépendance politique du prolétariat, bien au contraire ; ce regroupement de syndicats, d’organisations "sociales" et populaires n’a été qu’un énorme front inter-classiste, une "union sacrée" qui a noyé la moindre expression de recherche de solidarité pour la lutte dans un océan de "leaders syndicaux et sociaux" parmi lesquels pullulaient des personnages connus pour être dévoués corps et âme à l’appareil de gauche du capitalisme.
Rappelons que l’APPO n’a pas surgi avec le mouvement des enseignants (début mai 2006) mais le 23 juin, après que se soit abattue la répression de l’Etat sur les grévistes dès le le 14 juin. L’APPO a servi à stériliser et à détourner, pour la rendre inoffensive, toute l’authentique solidarité qui se développait spontanément parmi les ouvriers et les autres couches exploitées en réaction à la brutalité avec laquelle l’Etat réprimait impunément les enseignants. Cette structure a été le couronnement d’une manœuvre pour parachever idéologiquement la répression physique qu’avaient subi les enseignants. Dès sa mise en place, les travailleurs se sont ainsi retrouvés noyés et liés à une structure qui décidait et négociait en leur nom tout en faisant croire que les décisions se prenaient "à la base". Dans la réalité, elle n’a été qu’une arme pour enfermer, contenir et contrôler l’énorme mécontentement que le capitalisme a provoqué dans cette région où la pauvreté la plus extrême et la marginalisation sont le lot quotidien de milliers d’êtres humains. Cette manœuvre s’est concrétisée immédiatement par le dévoiement de la lutte contre la misère et l’exploitation en "lutte" pour la destitution du gouverneur Ulyses Ruiz, mot d’ordre qui a servi à dévoyer les énergies vers un faux objectif et à obscurcir la conscience des véritables enjeux.
Les assemblées générales organisées par l'APPO, dont l'existence a été répercutée par les gauchistes comme une preuve du contenu révolutionnaire du mouvement d'Oaxaca du fait de «la dynamique assembléiste présente dans la région» n'ont rien été d'autre que l'expression des luttes de cliques au sein de la même APPO. Loin d'être des lieux de réflexion et de discussions ouvertes, ce sont les multiples pressions et marchandages entre les différents intérêts bourgeois que ces organisations représentent qui ont dominé et se sont imposées. Lors de ces assemblées étaient légitimés des leaders « éternels », petits chefs attachés à l’une ou l’autre des fractions bourgeoises.
Dans ce panier de crabes, au sein-même de l'APPO, le syndicat des enseignants (SNTE) et son dissident (CNTE 2) ont pu préparer la défaite totale de ceux qui étaient à l'origine du mouvement, les travailleurs de l'enseignement en vidant de leur substance la solidarité des autres secteurs ouvriers d'Oaxaca et d'ailleurs..
L’arrestation des "leaders" de l’APPO a suscité d’importantes discussions sur les "prisonniers politiques" et le "que faire ?" face à la répression. Il est juste et normal que la répression de l’Etat éveille la solidarité des opprimés avec tous ceux qui sont victimes de la répression. Il est aussi légitime et juste que l’indignation s’empare de nous quand on voit la démocratie et ses flics faire valoir leur supériorité "tactique et stratégique" en écrasant des manifestants et des êtres humains qui cherchent à lutter contre l’injustice, l’exploitation et la misère. La question ne se pose pas de savoir si nous devons réagir ou "faire quelque chose". Il faut faire quelque chose, mais nous devons d’abord discuter du contenu de ce quelque chose et de comment le faire.
L’éclairage de l’histoire nous montre que le prolétariat n’a pas beaucoup de chances de victoire dans une confrontation armée directe face à la police et autres sbires de l'Etat. D'une part, les pierres et les gourdins n'ont aucune efficacité contre les tanks, les armes à feu et les gaz de combat utilisés par les forces de répression. Mais d'autre part, ce qui constitue la force essentielle de la lutte ouvrière se trouve dans la conscience qu'elle a de ses buts et des enjeux pour lesquels le prolétariat se bat. La révolution prolétarienne mondiale ne sera pas gagnée par "celui qui cogne le plus fort" ; c’est l’action massive, déterminée et surtout consciente qui donne à la classe ouvrière toute sa force. C'est pour cela que le prolétariat doit se battre sur le terrain de ses revendications propres et que sa lutte ne doit pas être délayée au milieu des revendications démocratiques ou particularistes d'autres couches exploitées (encore moins au milieu de celles des représentants de la bourgeoisie, fussent-ils de gauche ou gauchistes). Dans son combat, la classe ouvrière intègre celui pour les intérêts de l'ensemble des exploités Elle se doit en ce sens de convaincre les couches non exploiteuses et marginalisées de la nécessité de détruire le capitalisme. Cependant, c'est sans concession par rapport à leur être de classe révolutionnaire, à leur situation de classe exploitée et à leur organisation propre que les ouvriers doivent développer leurs luttes.
Les révolutionnaires ne jugent ni ne méprisent la volonté, l’honnêteté et le courage de tous ceux qui, même quand ils agissent de façon volontariste, s’affrontent au système au nom de la défense des opprimés. En réalité, la "révolte" tant exacerbée par les gauchistes et les syndicalistes les poussent à un affrontement inutile et perdu d'avance contre les forces répressives de l'Etat, en leur faisant perdre toute conscience de pourquoi et comment se battre.
C'est pourquoi le destin de millions de marginalisés dépend directement de la capacité du prolétariat à ouvrir la voie de la destruction du capitalisme. C’est encore pourquoi il n’y a pas de lutte particulière, parcellaire (pour les prisonniers, pour les minorités raciales, pour les femmes, etc.) mais une lutte globale contre le capitalisme car c'est la destruction de la domination du capital qui détruira toutes les conséquences de ce système, et que seul le prolétariat peut imposer ce rapport de force.
Oaxaca nous a montré qu’il ne suffit pas d’avoir envie de lutter, encore faut-il que cette envie soit jointe à la conscience de qui sont les ennemis à affronter, des syndicats jusqu’à l’APPO. L’identification de ces ennemis est un grand pas en avant de la prise de conscience et est un moteur pour préparer les futurs combats.
D'après Revolucion Mundial (décembre 2006)
1 Lire le supplément en langue espagnole de Revolución mundial no 95, daté du 18 novembre 2006.
2 Son secteur le plus « radical », la Coordination centrale de lutte (CCL), même alors qu'il n'avait pas participé à la grève des enseignants, a totalement participé au scénario en focalisant sur la création d'une nouvelle centrale syndicale sans jamais remettre en cause l'APPO, au contraire.
Combien de fois au cours de sa longue histoire, les patrons et les gouvernants ont-ils répété à la classe ouvrière qu'elle n'existait plus, que ses luttes pour défendre ses conditions d'existence étaient anachroniques et que son but ultime, renverser le capitalisme et construire le socialisme, était devenu un vestige désuet du passé ? Suite à l'effondrement du bloc de l'Est et des régimes staliniens en 1989, les campagnes assourdissantes de la bourgeoisie sur la "faillite du communisme", la "victoire définitive du capitalisme libéral et démocratique", la "fin de la lutte de classe", voire de la classe ouvrière elle-même, ont provoqué un recul important du prolétariat, tant au niveau de sa conscience que de sa combativité. Ce profond recul a duré plus d’une décennie. Il a marqué toute une génération de travailleurs, engendrant désarroi et même démoralisation.
Au cours des années 1990, la classe ouvrière n'a pas renoncé totalement au combat. La poursuite des attaques capitalistes l'a obligée à mener des luttes de résistance mais ces luttes n'avaient ni l'ampleur, ni la conscience, ni la capacité à se confronter aux syndicats qui étaient celles de la période précédente. Ce n'est qu'à partir de 2003, notamment à travers les grandes mobilisations contre les attaques visant les retraites en France et en Autriche, que le prolétariat a commencé réellement à sortir du recul qui l'avait affecté depuis 1989. Depuis, cette tendance à la reprise des luttes de la classe et du développement de la conscience en son sein ne s'est pas démentie. A nouveau, on peut voir et reconnaître un développement des luttes prolétariennes.
Beaucoup de luttes ne sont pas connues ou sont complètement dénaturées. Ainsi, la lutte extrêmement importante des étudiants en France contre le CPE au printemps 2006 a d'abord été ignorée par les médias internationaux pour n'être présentée ensuite que comme une suite des épisodes de violence aveugle qui avaient eu lieu dans les banlieues françaises à l'automne précédent. En d'autres termes, les médias ont cherché à enterrer les leçons ( la solidarité ouvrière et l'auto-organisation) qu'avait apportées ce mouvement.
Durant l'année passée, en gros depuis que le mouvement massif des étudiants français a pris fin avec le retrait du CPE par le gouvernement, la lutte de classe dans les principaux pays capitalistes a cherché à répondre à la pression accélérée sur les salaires et les conditions de travail. Cela a souvent eu lieu à travers des actions sporadiques, dans beaucoup de pays et de différentes industries.
En Espagne, le 18 avril, une manifestation réunissait 40 000 personnes, des ouvriers en provenance de toutes les entreprises de la baie de Cadix, exprimant leur solidarité dans la lutte avec leurs frères de classe licenciés de l’entreprise Delphi. Le premier mai, un mouvement plus ample encore mobilisait des ouvriers en provenance des autres provinces d'Andalousie. Un tel mouvement de solidarité a en réalité été le résultat de la recherche active d'un soutien, à l'initiative des ouvriers de Delphi, de leurs familles et, notamment, de leurs femmes organisées pour la circonstance dans un collectif ayant pour but de gagner la solidarité la plus large possible.
Au même moment, il y a eu des débrayages spontanés en dehors de toute consigne syndicale dans les usines d'Airbus dans plusieurs pays européens pour protester contre le plan d'austérité de la compagnie.
Mais c'est dans les pays périphériques que nous avons assisté dans la période récente à la poursuite d'une remarquable série de luttes ouvrières explosives et étendues malgré le risque d'une répression brutale et sanglante.
Au Chili, les mineurs du cuivre, une des principales activités économiques du pays, se sont mis en grève. Au Pérou au printemps, une grève illimitée à l'échelle nationale des mineurs du charbon a eu lieu - pour la première fois depuis 20 ans. En Argentine, en mai et juin, les employés du métro de Buenos Aires ont tenu des assemblées générales et organisé une lutte contre l'accord sur les salaires concocté par leur propre syndicat. Au Brésil, depuis plusieurs semaines, un mouvement de grèves affectant en particulier la métallurgie, le secteur public et les universités, constitue le plus important mouvement de classe depuis 1986.
Au Moyen-Orient, de plus en plus ravagé par la guerre impérialiste, des grèves dans le secteur public ont eu lieu à l'automne 2006 en Palestine et en Israël sur une question similaire : les salaires non payés et les retraites. Une vague de grèves a touché de nombreux secteurs en Egypte au début de l'année. Dans l'industrie textile surtout, les ouvriers ont déclenché une série de grèves illégales contre la forte baisse des salaires réels et les réductions de primes. En Iran, une série de grèves a eu lieu à Téhéran et dans une vingtaine de grandes villes depuis l'automne dernier.
Le développement et l'élargissement des attaques contre la classe ouvrière dans le monde entier constituent l'une des principales raisons pour laquelle la lutte de classe a continué à se développer ces dernières années. La dernière période, principalement depuis l'entrée dans le 21e siècle, a remis à l'ordre du jour l'évidence de la crise économique du capitalisme, dissipant les illusions des années 1990 sur la "reprise" et sur la "révolution des nouvelles technologies". Près de quatre décennies de crise ouverte et d'attaques contre les conditions de vie de la classe ouvrière, notamment la montée du chômage et de la précarité, ont balayé les illusions que "ça pourrait aller mieux demain" : les vieilles générations de prolétaires aussi bien que les nouvelles sont de plus en plus conscientes du fait que "demain sera encore pire qu'aujourd'hui".
Dans l'automobile, aux Etats-Unis, General Motors projette 30 000 licenciements et Ford 10 000 ; en Allemagne, Volkswagen prévoit 10 000 nouveaux licenciements ; en France 5 000 sont prévus à Peugeot. L'avionneur Airbus a d'ores et déjà annoncé la suppression de 10 000 emplois et l'entreprise de télécommunication Alcatel-Lucent, le même nombre.
La situation sociale voit une augmentation de la richesse à un pôle de la société et de la pauvreté à l'autre. Non seulement les secteurs les plus pauvres de la classe ouvrière comme les jeunes, les chômeurs et les retraités sont réduits à une pauvreté abjecte, mais les secteurs un peu plus à l'aise financièrement qui font un travail qualifié et ont accès au crédit, sont de plus en plus affectés. Aux Etats-Unis, qui exhibent les meilleurs taux de profit officiels des pays capitalistes avancés, il y avait, en 2005, 37 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, soit 5 millions de plus qu'en 2001 quand l'économie était officiellement en récession. Le salaire des ouvriers américains a chuté de 4% entre 2001 et 2006.
Le boom immobilier, alimenté par des facilités d'accès au crédit, a permis jusqu'à présent de masquer la paupérisation croissante de la classe ouvrière américaine. Les crédits non remboursés et les saisies de logements sont légion. Le marché des emprunts à garantie minimale s'est effondré en même temps que beaucoup d'illusions sur la sécurité et la prospérité des ouvriers.
L'échelle internationale de la reprise de la lutte de classe est étroitement liée au fait que les ouvriers sont fondamentalement confrontés à la même évolution de leurs conditions économiques sur toute la planète. Aussi les tendances à l’œuvre dans les pays développés se reproduisent-elles pour les travailleurs des pays capitalistes périphériques, mais avec une application encore plus brutale et meurtrière de l'austérité croissante.
L'expansion de l'économie chinoise, loin de représenter une nouvelle ouverture du système capitaliste, dépend en grande partie du dénuement de la classe ouvrière chinoise, c'est-à-dire la réduction de ses conditions de vie en dessous du niveau où elle peut se reproduire et continuer à vivre en tant que classe ouvrière. Les compagnies occidentales font une forte pression contre toutes règles qui accroîtraient de façon substantielle les coûts du travail et réduiraient la flexibilité, menaçant de transférer leurs activités hors de Chine.
Mais au-delà de raisons purement économiques, d'autres facteurs poussent la classe ouvrière à réfléchir plus en profondeur sur son identité de classe et ses buts propres. La permanence des affrontements guerriers prend des formes de plus en plus barbares de même que la menace dès à présent sensible de la destruction de l'environnement engendrent la montée, encore sourde et confuse, du sentiment de la nécessité de transformer en profondeur la société. La dernière semaine de juin, celle où Gordon Brown a succédé comme premier ministre à Tony Blair, a été tout à fait caractéristique de la situation : la guerre en Irak a fait de nouvelles victimes dans les forces britanniques, 25 000 maisons ont été endommagées par les inondations à la suite de chutes de pluie sans précédent en Grande-Bretagne, et les employés des postes ont commencé, pour la première fois depuis plus d'une décennie, une série de grèves nationales contre la baisse des salaires réels et les menaces de réduction d'effectifs.
Il ne s'agit pas de parler d'une révolution imminente. Les luttes actuelles sont essentiellement défensives et, comparées aux luttes ouvrières qui ont eu lieu de mai 68 en France à 1981 en Pologne et toutes les autres luttes des années 1980, les apparaissent bien moins marquantes et plus limitées. Néanmoins, ces événements ont une signification mondiale ; ils sont indicatifs de la perte de confiance des ouvriers partout dans le monde vis-à-vis des politiques catastrophiques poursuivies par la classe dominante au niveau économique, politique et militaire.
En comparaison avec les décennies précédentes, les enjeux de la situation mondiale sont bien plus grands, l'ampleur des attaques bien plus vaste, les dangers contenus dans la situation mondiale bien plus accrus. L'héroïsme des ouvriers qui aujourd'hui défient le pouvoir de la classe dominante et de l'Etat, est de ce fait bien plus impressionnant, même s'il est plus silencieux. La situation actuelle demande des ouvriers une réflexion allant au-delà du niveau économique et corporatiste Ainsi, même si les luttes économiques de la classe sont pour le moment moins massives que lors de la première vague, elles contiennent, du moins implicitement, une dimension politique bien plus importante. Et cette dimension politique est déjà passée à une manifestation explicite comme le démontre le fait qu'elles incorporent de façon croissante la question de la solidarité, une question de premier ordre puisqu'elle est au cœur de la capacité du prolétariat mondial non seulement de développer ses combats présents mais aussi de renverser le capitalisme.
La grève générale des ouvriers français en mai 68 a mis fin à la longue période de contre-révolution qui a suivi l’échec de la révolution mondiale dans les années 1920. Cette reprise historique s’est manifestée par plusieurs vagues de luttes prolétariennes qui ont pris fin avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Aujourd’hui, un nouvel assaut mondial contre le système capitaliste se profile à l’horizon.
CCI, été 2007 (traduit de notre site Internet en langue russe : [35] ru.internationalism.org [35] )
Un certain Cleto, qui se présente comme un «camarade d’accord avec les positions du BIPR» 1, a fait dans le forum «Comunistas internacionales» 2 une critique a notre article «Notes pour une histoire de la Gauche communiste» 3 qu’avait aimablement publié le modérateur du forum 4.
Nous nous livrions dans cet article à une réflexion sur la première époque (de 1943 à 1948) du Parti communiste international, période au cours de laquelle cette organisation qui se réclame de la Gauche communiste commit à notre avis deux graves erreurs : celle d’établir des contacts avec des groupes de partisans 5 et celle de participer aux élections de 1948 en présentant une liste 6.
Cleto commence par nous accuser de «mensonges et de déformations». La lecture de son texte confirme cependant totalement tout ce que nous avançons : il reconnaît que le PCI participa aux groupes partisans, qu’une partie de la section de Turin participa à l’insurrection organisée par le Comité de libération nationale où étaient présentes toutes les forces bourgeoises italiennes à l’exception des fascistes qui n’avaient pas encore retourné leur veste, que le PCI participa aux élections de 1948.
Pour que le débat soit réellement enrichissant, il faut commencer par distinguer ce que sont les faits et l’interprétation politique que l’on peut en faire. Les faits sont clairs et évidents, et Cleto ne peut les nier. Cependant, et c’est un aspect différent, son analyse et son interprétations sont différentes de la notre. Cette différence ne l’autorise en rien à nous accuser de «mensonges et de déformations»… à moins de considérer que tous ceux qui ne partagent pas son interprétation sont des menteurs…
Entrons dans la question de fond. Cleto affirme que nous serions aveuglés par un «idéalisme dilettante», prisonniers de «fantaisies» qui n’auraient rien à voir avec la «véritable lutte de classe», que nous vivrions dans un «château enchanté», ce qui nous conduirait à «ne pas comprendre la dialectique des faits historiques» et à «discréditer l’activité de ceux qui risquèrent leur vie sur l’autel du militantisme communiste».
Staliniens et trotskistes ont l’habitude de justifier leurs politiques au nom du «réalisme» et de la sacro-sainte nécessité «d’être avec les masses», qualifiant toute position révolutionnaire «d’infantilisme théorique». Ils se présentent comme les champions du communisme pour finir par dire qu’ils sont «forcés» de soutenir toutes sortes de guerres impérialistes, de mouvements de «libération nationale» ou de fractions de la bourgeoisie «pour rester avec les masses».
Ce qui est pour le moins surprenant, c’est que ce type d’argument vienne de la part de quelqu’un qui se réclame de la Gauche communiste. Il faut alors remettre les choses à leur place, parce que ce qui différencie radicalement la Gauche communiste de tous les autres courants politiques est précisément la défense de la cohérence entre les principes proclamés et les moyens avec lesquels on les défends.
Cleto s’interroge : «Pendant que les masses sont en train de verser leur sang pour une perspective politique mystificatrice (le Front populaire ou la Résistance), que doivent faire les communistes ? Doivent-ils rester enfermés dans leur cercle et écrire scolastiquement de méticuleuses analyses sur les erreurs que commettent les masses ?».
Quand les ouvriers prennent parti pour une des bandes en conflit au cours d’une guerre entre fractions de la bourgeoisie, ils perdent toute leur force, deviennent des pions manipulables à souhait, ils versent leur sang pour leurs exploiteurs et oppresseurs. Face à une telle situation, seuls les principes révolutionnaires peuvent permettre aux ouvriers de retrouver leur autonomie de classe et de lutter de façon décidée contre le capitalisme. Accepter en 1944-45 le terrain de la lutte partisane, c’est-à-dire celui du nationalisme et de l’impérialisme, sous prétexte de «convaincre les masses», c’était contribuer à ce qu’elles restent enfermées dans le cercle infernal de la guerre et de l’exploitation capitaliste. Seul le «cercle fermé» des «analyses méticuleuses» pouvait aider les ouvriers à sortir du piège infernal dans lequel ils s’étaient laissé prendre.
En 1914, le capitalisme put déchaîner la Première Guerre mondiale grâce au soutien de la majorité de la social-démocratie et des syndicats, qui firent croire aux ouvriers qu’ils devaient accepter la mort sur le front et les sacrifices à l’arrière pour défendre une «juste cause» à géométrie variable. Pour les allemands, il s’agissait d’en finir avec la barbarie tsariste alors que pour la bande des Alliés, parmi lesquels figurait le sinistre régime tsariste, l’objectif était d’en finir avec la dictature germanique du Kaiser !
Que firent alors les révolutionnaires ? Ils acceptèrent le terrain de la défense nationale sous prétexte de «rester avec les masses» ? Non ! Mille fois non ! Ils livrèrent le combat pour défendre les principes internationalistes, préconisant la lutte intransigeante pour la révolution prolétarienne mondiale. La minorité internationaliste (Lénine, RosaLuxemburg, Trotski, Bordiga…) «s’éloigna des masses», resta «enfermée dans son cercle» et écrivit des «analyses méticuleuses» sur les erreurs des masses. Elle contribua grâce à cette activité à ce que les masses critiquent leurs erreurs, à ce qu’elles retrouvent leur force, leur solidarité et, ainsi, prépara les conditions de la vague révolutionnaire mondiale qui s'éleva en 1917.
Quand Lénine revint en Russie en avril 1917 et défendit le besoin d’orienter la révolution commencée en février vers la prise de pouvoir et la lutte pour le socialisme, il rencontra une forte opposition de la part du Parti bolchevique, que dirigeaient alors Staline, Kamenev et Molotov, qui soutenait le Gouvernement provisoire dont les objectifs déclarés étaient la poursuite de la guerre et l’enfermement de la révolution dans le carcan de la démocratie bourgeoise. Au cours de la polémique qui se développa dans le Parti au sujet des positions de Lénine, Kamenev accusa ce dernier d’être «idéaliste» et de se «séparer des masses». Lénine répondit : «Le camarade Kaménev oppose le "parti des masses" au "groupe de propagandistes". Or, aujourd'hui précisément, les "masses" sont intoxiquées par le jusqu'au-boutisme "révolutionnaire" 7. Ne conviendrait-il pas mieux, surtout à des internationalistes, de savoir à pareil moment s'opposer à cette intoxication "massive" plutôt que de "vouloir rester" avec les masses, autrement dit de céder à la contagion générale ? N'avons-nous pas vu dans tous les pays belligérants d'Europe les chauvins chercher à se justifier en invoquant leur désir de "rester avec les masses" ? Ne doit-on pas savoir rester un certain temps en minorité pour combattre une intoxication "massive" ? L'activité des propagandistes n'est-elle pas, surtout à l'heure actuelle, le facteur essentiel qui doit permettre à la ligne prolétarienne de se dégager de l'intoxication jusqu’au-boutiste et petite-bourgeoise où sont plongées les "masses" ?» 8.
Dans un autre document datant de la même époque 9, Lénine clôt la perpétuelle accusation d’idéalisme sur sa position en disant : «Travail de propagande “et rien de plus”, semblerait-il. C’est en réalité un travail révolutionnaire éminemment pratique10; car on ne saurait faire progresser une révolution qui s'est arrêtée, grisée de phrases, et qui “marque le pas”».
Cleto pense peut-être que Lénine aussi était un «idéaliste» qui «dédaignait descendre aux masses parce qu’elles ne seraient pas communistes». Nous pensons quand à nous que cet apport de Lénine est essentiel pour inspirer l’activité des révolutionnaires. Dans sa réponse à Kamenev citée plus haut, Lénine rappelle que «la bourgeoisie se maintient non seulement par la violence, mais aussi grâce à l'inconscience, à la routine, à l'abrutissement, au manque d'organisation des masses».
La classe ouvrière est la classe porteuse du communisme 11, mais c’est aussi une classe exploitée qui est maintenue la plupart du temps soumise à l’emprise de l’idéologie dominante. Sa nature communiste s’exprime, en particulier, par la capacité qu’elle a à sécréter en son sein des minorités communistes qui tentent d’exprimer ses buts et ses principes ainsi que les moyens pour y parvenir.
Ces minorités n’ont pas comme objectif de courir derrière les masses en les suivant dans toutes les situations multiples et contradictoires qu’elles traversent. Il s’agit d’être avec le prolétariat en tant que classe révolutionnaire et non de se coller au «prolétariat sociologique», qui passe par différents stades de conscience. Dans le texte déjà cité, Lénine rappelait qu’il valait mieux «rester seul, comme Liebchnecht –et rester seul ainsi c’est rester avec le prolétariat révolutionnaire– que d’avoir ne serait-ce qu’une minute l’idée d’une union avec le Comité d’organisation 12».
La classe ouvrière n’est pas une masse aveugle à qui il faudrait administrer sans qu’elle ne s’en aperçoive les recettes communistes. Ce tacticisme pragmatique recouvre dans le fond une vision manipulatrice, un profond mépris pour la classe ouvrière. Les ouvriers ne craignent pas la critique de leurs erreurs. Rosa Luxemburg disait du prolétariat que «ses erreurs sont aussi gigantesques que ses tâches. Il n'y a pas de schéma préalable, valable une fois pour toutes, pas de guide infaillible pour lui montrer le chemin à parcourir. Il n'a d'autre maître que l'expérience historique. Le chemin pénible de sa libération n'est pas pavé seulement de souffrances sans bornes, mais aussi d'erreurs innombrables. Son but, sa libération, il l'atteindra s'il sait s'instruire de ses propres erreurs. Pour le mouvement prolétarien, l'autocritique, une autocritique sans merci, cruelle, allant jusqu'au fond des choses, c'est l'air, la lumière sans lesquels il ne peut vivre.» 13
Cleto mentionne la position de la Gauche communiste d’Italie face au Front populaire et la Guerre d’Espagne de 1936 en affirmant : «Le problème que se posaient nos pères politiques –tant en ce qui concerne l’Espagne que la lutte partisane– et que jamais ne se pose le CCI (ni ses dérivés), car c’est totalement étranger à leur méthode (idéaliste) et à leur compréhension du militantisme communiste : comment faire pour que se rencontrent les principes avec les masses en mouvement, disposées à une lutte sans merci et aux pires sacrifices ?».
Ce passage semble laisser entendre que Bilan aurait maintenu en 1936 la même position que le PCI en 44-48. Rien n’est plus faux. On peut lire notre livre 1936, Franco y la República masacran a os trabajadores (Franco et la République massacrent les travailleurs) 14, qui se base sur les textes de Bilan, pour constater que Bilan maintint alors une politique «idéaliste» de défense intransigeante des principes.
Quelques années auparavant, Bilan avait polémiqué avec l’Opposition de gauche 15 qui évoquait elle aussi –comme malheureusement le firent aussi en 1948 les «parents politiques» de Cleto– le besoin de «ne pas se couper des masses». Le titre de l’article était significatif : «Les principes, armes de la révolution». Il dénonçait «le militant qui expose une position de principe dans une situation donnée et s’empresse d’ajouter que cette position serait valable si tous les ouvriers étaient communistes, qu’elle pourrait alors s’appliquer, mais qu’il se voit forcer de prendre en compte les situations concrètes et en particulier la mentalité des ouvriers» 16. Il met à nu les «arguments» avec lesquels on valide cette capitulation : «Le problème se posera de façon interrogative à chaque occasion : la question de principe est-elle en jeu ? Si on répond négativement, il faudrait se laisser conduire par les suggestions de la situation, se livrer à des conjectures sur les avantages que l’on peut tirer de la lutte puisqu’en définitive même Marx et Lénine, pour intransigeants qu’ils aient été sur les questions de principes, n’hésitaient pas à se lancer dans la lutte pour se gagner le plus grand nombre d’alliés possible, sans prendre en compte leur nature, sans établir préalablementsi leur nature sociale leur permettrait d’être un véritable appui à la lutte révolutionnaire».
Face à ces positions, Bilan défendait que «le Parti doit rester scrupuleusement fidèle aux thèses politiques qu’il a élaborées, car à ne pas le faire il s’interdirait d’avancer dans la lutte révolutionnaire», concluant catégoriquement que «pour préparer la victoire prolétarienne contribuent tant les antagonismes sociaux que le travail conscient des fractions de gauche : le prolétariat ne reprendra la lutte que sur la base de ses principes et de son programme».
C’est la Fraction communiste abstentionniste constituée en octobre 1919, qui précéda la Gauche communiste d’Italie, qui dénonça la mystification électorale et parlementaire. C’est un de ses militants les plus remarquables, Bordiga, qui apporta les enrichissements les plus clairs sur cette question 17 et qui livra un combat tenace contre la dégénérescence de l’Internationale communiste, s’attaquant à une de ses erreurs les plus graves, le «parlementarisme révolutionnaire».
C’est pour cela que le fait que le Parti communiste internationaliste jette par-dessus bord tout ce patrimoine et préconise la participation à la farce électorale, destinée à avaliser la configuration politique de l’Etat démocratique italien autour d’un gouvernement démocrate-chrétien et d’une opposition constituée par le parti stalinien, est une véritable régression.
Cleto défend néanmoins cette argumentation avec des arguments très peu convaincants : «Que dire des élections de 1948 ? Tout simplement que ce fut une tentative de s’insérer dans la grande excitation politique dans laquelle s’était faite piéger la classe ouvrière afin de mieux faire connaître nos positions en profitant de la vitrine qu’offrait la propagande électorale ; mais personne ne se faisait d’illusions sur une renaissance du parlementarisme révolutionnaire : quiconque affirme le contraire ment ou ne sait pas ce qu’il dit. Dans ses manifestes, dans sa presse, le Parti appelait à l’abstention en l’expliquant politiquement et il ajoutait “si vous ne pouvez éviter de voter, alors votez pour nous”».
Appeler en même temps les masses à l’abstention et à voter ne leur apportait pas la moindre clarté et ne pouvait que démontrer la propre confusion du Parti. Donner comme tâche au Parti de “s’insérer dans la grande excitation politique dans laquelle s’était faite piéger la classe ouvrière” (une excitation nourrie par la bourgeoisie pour que tout le monde accepte son Etat démocratique) ne peut que confirmer ce que nous disons : une organisation révolutionnairene peut se mettre à la remorque d’une «excitation» mais doit participer à développer la conscience des masses pour les aider à s’émanciper précisément de cette excitation.
Cleto dit aussi en passant qu’il faudrait profiter «de la vitrine qu’offrait la propagande électorale» et proclame avec une certaine arrogance que ce n’est pas du parlementarisme révolutionnaire, accusant ceux qui affirment le contraire d’être des menteurs ou des ignorants. Notre censeur ne connaît certainement pas la «Résolution sur le Parti communiste et le parlementarisme» adoptée par le IIe Congrès de l’Internationale communiste en mars 1920, celle qui proclama le «parlementarisme révolutionnaire». Il y est dit que «La participation aux campagnes électorales et la propagande révolutionnaire du haut de la tribune parlementaire ont une signification particulière pour la conquête politique des milieux de la classe ouvrière qui, comme les masses laborieuses rurales, sont demeurées jusqu’à présent à l’écart du mouvement révolutionnaire et de la politique» 18. Quelle différence y a-t-il entre la position de Cleto et celle de l’IC ? Quelle différence avec celle que défendent les trotskistes pour justifier leur participation dans la mystification électorale ? Pas la moindre.
«Nos camarades entrèrent en contact avec les groupes de partisans, risquant leur vie pour tenter de leur faire comprendre l’erreur politique dans laquelle ils étaient tombés ; Ils organisèrent et participèrent à des grèves contre la guerre –en pleine guerre !– et beaucoup payèrent de leur vie leur militantisme révolutionnaire, fusillés ou déportés dans les camps d’extermination nazis. Comment le CCI ose-t-il se permettre d’exprimer publiquement de telles aberrations sur la terrible expérience de nos camarades ?».
Ce qui est en cause, dans notre critique, ce n'est évidemment pas l'organisation et la participation à des grèves. Ce que nous rejetons catégoriquement, c'est la politique (pudiquement baptisée par Cleto "entrer en contact avec les groupes partisans") consistant à pratiquer "l'entrisme" au sein d'une organisation militaire contre-révolutionnaire de la pire espèce, constituée directement sous le contrôle des Alliés et, sur place, du PC et du PS. Une organisation militaire bourgeoise basée sur le volontariat et qui, à ce titre, n'offre aucun terrain propice à la diffusions des principes et tactiques révolutionnaires, ce qui la distingue de l'armée officielle dans laquelle les ouvriers sont mobilisés de force. C'est pourquoi, l’héroïsme des militants ainsi envoyés infiltrer les rangs des "partisans" de même que les persécutions dont ils ont été victimes de ce fait ne peuvent être des arguments justifiant une telle politique. Le seul critère pour analyser celle-ci est de déterminer si elle répond ou pas à la situation en restant en cohérence avec les principes et les moyens de lutte prolétariens. Mélanger tout ne peut qu’introduire la confusion.
Cleto devrait réfléchir sur le fait que les groupes d’extrême-gauche du capital justifient leur politique antifasciste, leur politique de libération nationale, leur politique de soutien à un camp impérialiste en invoquant les morts, les torturés, les détenus de ces causes bourgeoises. L’opposition chilienne à Pinochet n’a pas cessé de rappeler ses morts et ses torturés. Les péronistes, les montoneros, les trotskistes ont fait de même avec les disparus et les torturés de la dictature argentine. Ils profitent du sang versé comme d’un capital dont les intérêts servent à imposer une politique de misère et de répression envers les ouvriers et les exploités, comme l’illustrent Bachelet et le couple Kirchner. Le parti stalinien français se présentait partout dans l’après-guerre de 45 comme le parti «des 100.000 fusillés». Ce chantage émotionnel leur permit entre autre de saboter la grande grève de Renault en 1947 en proclamant que «la grève est l’arme des trusts». Les 100 000 fusillés furent utilisés par leur chef, Maurice Thorez, pour demander aux ouvriers français de «retrousser leurs manches pour relancer l’économie nationale».
La bourgeoisie traite de fanatisme et de fondamentalisme l’attitude intransigeante de défense des principes. Elle est, quand à elle, la classe du pragmatisme, des combines et des manoeuvres machiavéliques. La politique bourgeoise est devenue un spectacle repoussant d’alliances contre-nature, dans lesquelles les coups fourrés et les contorsions idéologiques les plus délirantes sont de mise. Elle a provoqué un dégoût général de «la politique».
Pour sa part, le prolétariat n’a aucun besoin d’occulter, ni de se cacher à lui-même, les principes et les moyens de sa lutte. Il n’existe pas pour lui de contradiction entre ses intérêts historiques et ses intérêts immédiats, entre ses principes et sa lutte quotidienne. L’apport des révolutionnaires réside dans une politique claire où principes et pratique sont cohérents et ne se contredisent pas à chaque moment. Pour le prolétariat, la pratique, c’est la défense intransigeante des principes de classe, car ce sont eux qui lui donnent une perspective pour sortir de l’impasse dans lequel le capitalisme plonge l’humanité, ce sont eux qui orientent ses luttes immédiates vers la perspective révolutionnaire. Comme l’affirmaient nos camarades de Bilan,les principes sont des armes de la révolution.
CCI 28-10-07
Salut à tous
Les camarades qui adhèrent aux positions politiques du Bureau international pour le Parti révolutionnaire (BIPR www.ibrp.org [36]) sont depuis longtemps habitués aux entorses, pour ne pas dire aux mensonges, répandus par le CCI. J’ai cependant décidé de ne pas laisser passer impunément les commentaires déversés par le CCI à la fin du compte rendu « Notes pour une histoire de la Gauche communiste » publié dans ce forum de discussion le 26 septembre. Je m’attends naturellement à une contre-réplique du CCI, mais je veux d’abord m’excuser auprès des membres de ce forum pour n’avoir pas répondu plus tôt : je dispose de peu de temps et je préfère le dédier à la véritable lutte de classe et non aux fantaisies du CCI. Celui-ci projette dans le passé son idéalisme dilettante, déformant l’histoire, justifiant son idéalisme caractéristique et, ce qui est pire, discréditant l’activité de ceux qui risquèrent leur vie sur l’autel du militantisme communiste.
Aveuglé par son idéalisme, le CCI n’est même pas capable de lire ce qui est pourtant écrit clairement, et encore moins de comprendre la dialectique des faits historiques. Comment peut-il dire que nos camarades en 43-45 avaient la même position que la minorité qui partit en Espagne ? Nos camarades tentaient de mettre en pratique un marxisme vivant et non un marxisme de recettes de cuisine, tentant d’amener les partisans (des prolétaires en grande partie, illusoirement convaincus de combattre le nazi-fascisme pour préparer la voie de la révolution prolétarienne) sur des positions de classe, ils ne versèrent donc pas leur sang pour une cause bourgeoise ; ils le firent en outre dans des conditions extrêmement difficiles, menacés à la fois par les fascistes et les staliniens. Le problème que se posaient nos pères politiques – tant en ce qui concerne l’Espagne que la lutte partisane – est celui que jamais ne se pose le CCI (nises dérivés), car il est totalement étranger à leur méthode (idéaliste) et à leur compréhension du militantisme communiste : comment faire pour que se rencontrent les principes avec les masses en mouvement, disposées à une lutte sans merci et aux pires sacrifices ? Quand les masses versent leur sang pour une fausse perspective politique mystificatrice (le Front populaire ou la Résistance), que doivent donc faire les communistes ? Doivent-ils rester enfermés dans leur cercle et écrire scolastiquement de méticuleuses analyses sur les erreurs que commettent les masses, dédaignant de s’abaisser à la lutte parce que les masses ne sont pas… communistes pures (si elles l’étaient, quel besoin auraient-elles du Parti ou même de la propagande… cciste ?), ou doivent-ils tenter de traduire en actions leurs principes pour les faire comprendre et assumer par les masses ?
Ils risquent bien sûr de commettre des erreurs, mais c’est le type d’erreurs de ceux qui vivent dans la vraie vie, et non dans la vie livresque d’un château enchanté où tout est forcément juste parce que jamais vérifié par la réalité.
Nos camarades entrèrent en contact avec les groupes de partisans, risquant leur vie pour tenter de leur faire comprendre l’erreur politique dans laquelle ils étaient tombés ; ils organisèrent et participèrent à des grèves contre la guerre – en pleine guerre ! – et beaucoup payèrent de leur vie leur militantisme révolutionnaire, fusillés ou déportés dans les camps d’extermination nazis. Comment le CCI ose-t-il se permettre d’exprimer publiquement de telles aberrations sur la terrible expérience de nos camarades ?
En avril 1945, quand le prolétariat de Turin participa à l’insurrection et qu’une partie de la section de Turin participa avec elles, en totale indépendance du CLN (Comitato diLiberazione Nazionale), sans aucune intention frontiste et sans illusions sur la lutte partisane, alors que la guerre s’achevait et que les Alliés étaient aux portes de Turin, c’était une erreur ? C’est peut-être le genre d’erreur que commettent ceux qui vivent dans la lutte de classe, c’est-à-dire le genre d’erreur que le CCI ne commettra jamais !
Que dire des élections de 1948 ? Tout simplement que ce fut une tentative de s’insérer dans la grande excitation politique dans laquelle s’était faite piéger la classe ouvrière afin de mieux faire connaître nos positions en profitant de la vitrine qu’offrait la propagande électorale ; mais personne ne se faisait d’illusions sur une renaissance du parlementarisme révolutionnaire : quiconque affirme le contraire ment ou ne sait pas ce qu’il dit. Dans ses manifestes, dans sa presse, le Parti appelait à l’abstention en l’expliquant politiquement et il ajoutait “si vous ne pouvez éviter de voter, alors votez pour nous”.
_________
1 - Bureau international pour le Parti révolutionnaire : www.leftcom.org [37]. Sur les origines du BIPR et de notre organisation et sur les diverses façons dont chaque groupe conçoit la continuité avec la Gauche communiste italienne, lire la polémique « A l’origine du CCI et du BIPR », Revue internationale nos 90 [38] et 91 [39].
2 - espanol.groups.yahoo.com/group/comunistasinternacionales
3 - Publié dans la Revue internationale no 9 [40].
4 - Lire la critique de Cleto traduite et publiée en annexe à cet article.
5 - Il s’agissait de groupes de guérilla impulsés par le Parti stalinien pour harceler les armées nazi-fascistes pour le compte du camp rival, celui des staliniens et des démocrates.
6 - Nous avons publié dans la Revue internationale nos 36 et 37 l’analyse du IIe Congrès du PCI (1948) faite par Internationalisme, organe de la Gauche communiste de France, groupe dont nous nous réclamons.
7 - Le “défaitisme révolutionnaire” ouvertement préconisé par les mencheviques et les socialistes-révolutionnaires – et indirectement soutenu parle Comité central bolchevique – consistait en poursuivre la participation de la Russie à la guerre impérialiste car « désormais, la situation avait changé et la Russie était une démocratie ».
8 - Lénine, « Lettres sur la tactique ».
9 - Lénine, Les tâches du prolétariat dans notre révolution (plus connu sous le titre les Thèses d’avril).
10 - Souligné dans l’original.
11 - Ce qui ne veut en rien dire que tous les ouvriers doivent se déclarer de “purs communistes”, ni que pour faire la révolution chacun d’entre eux doive se reconnaître comme communiste.
12 - Centre organisateur du Parti menchevique.
13 - Rosa Luxemburg, la Crise de la social-démocratie.
14 - Nous venons d’en faire une 4e édition. Il peut aussi être consulté sur notre site web [41].
15 - Qui donnera finalement naissance dans sa dégénérescence à ce que l’on a appelé le courant « trotskiste ».
16 - Bilan no 5, « Les principes, armes de la révolution ».
17 - Voir, par exemple, « Le principe démocratique ».
18 - Quatre premiers Congrès mondiaux de l’Internationale communiste – 1919-1923.
S'il faut en croire la bourgeoisie, ça va bien, ça va même mieux: les 200.000 emplois promis par Verhosftadt auraient été créés, le chômage aurait baissé, et même dans une telle mesure que les médias l'ont étalé pendant des semaines dans de nombreux articles allant jusqu'à titrer en première page que "presque toute la Flandre travaille" (De Standaard, 3.10.07). Egalement à Bruxelles, on noterait une diminution du chômage de 10 % parmi les moins de 25 ans qui se présentent sur le marché du travail. Des bonnes nouvelles donc, pourrait-on penser. Et pourtant, la bourgeoise continue à clamer haut et fort que "nous manquons la croissance économique" à cause du manque de personnel qualifié, du vieillissement de la population et surtout, des charges salariales trop élevées. Si nous voulons conserver notre travail, prétend la bourgeoisie, nous devons augmenter nos compétences et nos connaissances, il faut travailler plus pour moins d'argent. Après le "pacte de solidarité entre les géné-rations" de 2005, qui rallonge la durée de la carrière de travail et restreint les prépensions, nous devons maintenant avaler que "la modération salariale est une forme de solidarité", comme nous l'explique Van de Cloot, économiste chez ING, car "nous demandons à tout le monde de sacrifier un peu de pouvoir d'achat, mais moins de gens doivent partir" (De Standaard, 4.10.07). Avec cette logique de la bourgeoisie, nous comprenons beaucoup mieux cet autre gros titre des médias: "Toujours plus de Belges pauvres" (De Standaard¸17.10.07).
Quel cynisme! On demande à la classe ouvrière de se réjouir des statistiques du chômage, alors qu'en fait celles-ci dissimulent une paupérisation de l'ensemble de la classe ouvrière. Dans cet article, nous mettons côte à côte les faits et les plans d'avenir dans le but de démasquer cette duperie. Par-dessus tout, le discours de Van de Cloot symbolise très clairement la vision que la bourgeoisie veut nous imposer à propos de la "solidarité": celle avec son système et ses marges bénéficiaires. Et comme si cela n'était pas suffisant, de l'extrême gauche à l'extrême-droite, on appelle la classe ouvrière à se ranger une nouvelle fois derrière les intérêts régionaux de la bourgeoisie, ou à défendre l'Etat belge unitaire, au nom de "la solidarité". Comme si les intérêts de la bourgeoisie et ceux de la classe ouvrière étaient compatibles!? Dans le passé, les fascistes ont appelé ça le Solidarisme, les démocrates sont un peu plus hypocrites et disent solidarité.
Ce que la bourgeoisie omet de mentionner dans sa propagande mensongère, c'est que les statistiques officielles annoncent encore toujours 35 % de chômage chez les jeunes pour Bruxelles, 31 % en Wallonie. Mais même pour l'OCDE (Organisation pour la Coopération économique et le développement), la Belgique dans son ensemble compte toujours 21 % de chômeurs parmi les jeunes, contre 17 % dans l'ensemble de l'Europe. Les régions bruxelloise et wallonne sont même la lanterne rouge des statistiques européennes. Voilà pour ce qui concerne la situation "rose" des jeunes! Par rapport à un taux d'emploi de 60,9 %, un des plus bas d'Europe, le "pacte de solidarité entre géné-rations", conclu en 2005, a fixé la fin de carrière à 65 ans (en attendant les 67 ans comme en Allemagne, ou les 68 ans comme en Grande-Bretagne?) et a sévèrement limité les possibilités de prépensions avant 60 ans. Quarante-cinq ans d'activité devient la base de calcul.
Il faut rajouter à cela que ces vingt dernières années, les allocations sociales ne suivent plus le niveau de vie, parce que tant de gens sont contraints de vivre d'une allocation, et que cela serait trop cher de le faire. En conséquence, pensions et allocations en Belgique sont maintenant moins élevées qu'ailleurs, et se trouvent même souvent en deçà du seuil européen de pauvreté. Si en 1980, avec 12 % de pauvres par-mi les retraités, la Belgique était dans le peloton de tête de l'Europe, elle se trouve maintenant clairement en queue. "Une pension moyenne s'élève aujourd'hui à seulement 992 euros par mois" (De Standaard, 23.10.07). Une personne de plus de 65 ans sur cinq vit par conséquent au-dessous du seuil de pauvreté (20,6 %). Cette situation s'empire sans cesse, puisque les générations maintenant éligibles à la retraite sont aussi de plus en plus touchées par la crise et le chômage. Voilà une autre image des perspectives pour les aînés!
Mais peut-être le reste va-t-il mieux? "Toujours plus de Belges pauvres", comme on l'a déjà dit. En 2003 Eurostat comptait en Belgique 13% de la population vivant dans la pauvreté. Fin 2005 ils sont déjà 15%, soit plus d'1,5 million de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (1 Belge sur 7), ce qui veut dire en 2007 avec moins de 822 euros de revenus mensuels pour une personne isolée. Même que dans la région bruxellois, un habitant sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Les travailleurs de rue, les CPAS, études universitaires et autres sources officielles confirment l'aggravation de cette tendance. La pauvreté est de plus en plus masquée, la montagne de dettes s'accroît. Le rapport de la fédération belge des banques alimentaires nous apprend aussi qu'en 2005, 106.550 personnes ont fait appel aux distributions de nourriture, contre 70.000 en 1995.
De plus, on savait déjà qu'on utilise depuis des années toutes sortes de subterfuges pour minimiser les chiffres du chômage, en excluant des statistiques divers groupes comme les suspendus des droits, les allocataires du CPAS, les petits boulots, les prépensionnés, les illégaux, etc. Quelques exemples parlants pour mieux comprendre la réelle tendance: on comptait déjà 10.955 chômeurs encourant une suspension de leurs droits à une allocation dans les six premiers mois de 2006, en augmentation de 12% par rapport à 2005, rejoignant ainsi très vite l'armée des pauvres, ou encore les chiffres du chômage dans les quartiers ouvriers de grandes villes comme Charleroi, Liège, Bruxelles, Anvers ou Gand, approchant ou même dépassant les 30 %.
Et pour ce qui est des 200.000 nouveaux jobs de Verhofstadt, comme le disait JM. Nollet de Ecolo: " je prend acte mais il faut voir comment Guy Verhofstadt calcule ces 200.000 emplois. Il faut voir aussi quelle est la part des temps partiels dans ces statistiques? Je rappelle qu'entre juin 2003 et juin 2006 le nombre de travailleurs à temps plein a diminué. Leur proportion est passée de 71,98% à 68,71% du nombre total des travailleurs." (Le Soir, 3.11.2007).
En fait, ces mesures sont une attaque contre les conditions de vie et de travail, présentées comme une solution au problème du chômage, pour faire baisser sensiblement les chiffres officiels du chômage. Le contrat à temps plein et à durée indéterminée cède toujours plus de terrain face au développement de jobs précaires, souvent sous-payés et à temps partiel, qui représentent plus de 30 % des emplois. Ainsi, le gouvernement peut parler en toute hypocrisie de la perspective de "plein emploi", alors que dans la réalité, c'est la précarité, le travail à temps partiel et la misère à grande échelle. Même l'emploi n'est plus une garantie contre la pauvreté parce que parmi les travailleurs, on trouve de 4 à 6% de pauvres en 2005. Voilà des faits qui contrebalancent les discours triomphalistes et les promesses d'un lointain futur rayonnant afin d'occulter cette marche vers l'abîme.
En effet, malgré les discours sur la reprise économique et la baisse du chômage, la crise historique irréversible du système capitaliste comme un tout, le marché mondial saturé dont est prisonnière la bourgeoisie, ont forcé et continuent à forcer la bourgeoisie belge à lancer des attaques importantes pour l'avenir contre la classe ouvrière. Les lignes directrices de l'offensive de la bourgeoisie sont à la poursuite, mais aussi à l'approfondissement, comme cela a été clairement formulé au cours des conférences de 2003 pour l'emploi, qui avaient réuni l'ensemble des forces patronales, syndicales et politiques: "baisse des charges des entreprises, modération salariale, diminution des frais liés au chômage, rallongement de la semaine de travail et de la carrière, et finalement le financement alternatif de la sécurité sociale". C'est ce que nous avons vu par l'adoption du Plan Marshall wallon, du Pacte de solidarité entre les générations, du Pacte de compétitivité, de la concertation salariale, ou du financement alternatif de la sécurité sociale sous le précédent gouvernement.
Globalement, cela signifie:
- un abaissement encore plus important des charges des entreprises et l'assouplissement des procédures de licenciement;
- l'assainissement drastique des frais de production, délocalisation ou pure suppression de forces de travail qui sont et seront à la base des plans de restructuration, que ce soit dans le secteur privé ou public (ainsi VW, Gevaert, GM, Janssens Pharmaceutica,...). Exactement comme en France et aux Pays-Bas, où des centaines de milliers de fonctionnaires sont remerciés, la nouvelle équipe gouvernementale parle de 20.000 fonctionnaires fédéraux en moins (-10 %). De son côté, La Poste annonce qu'elle souhaite se séparer de 6.000 postiers, pour les remplacer par 12.000 jobs précaires, à temps partiel (pour des étudiants, des retraités ou des ménagères, comme une espèce de salaire d'appoint);
- l'augmentation de la productivité (déjà parmi les trois plus élevées du monde) par un accroissement important de la flexibilité sans frais supplémentaires et une diminution de l'absentéisme et des pauses, entraînant un rallongement effectif de la durée de travail et de la carrière. Les négociateurs gouvernementaux pensent aussi à comptabiliser le nombre d'heures travaillées par an, et non plus par jour, par semaine ou par mois. En 2006, le nombre d'heures de travail par an au-delà du temps de travail officiel est déjà passé de 65 à 130, soit une augmentation moyenne de deux heures par semaine;
- la révision à la baisse des normes salariales (réduction et suppression des barèmes d'ancienneté, des primes et suppléments). "L'indexation automatique des salaires" est elle-même devenue un mythe dans la mesure où l'index fait l'objet de nombreuses manipulations, par exemple, les produits pétroliers et les produits "nuisibles pour la santé" en sont exclus. Avec les prix pétroliers qui crèvent les plafonds, et dont seulement jusqu'à ce jour une fraction des aug-mentations est calculée (pensons seulement aux augmen-tations de prix différées au début 2008 pour l'électricité et le gaz), on peut s'attendre à un sérieux recul du pouvoir d'achat. En guise d'illustration, dans les prochaines semaines la livraison de gaz va être interrompue pour plus de 10.000 familles pour la seule Wallonie. De plus, depuis 1990, la bourgeoisie a mis en place une "norme salariale" pour encore limiter l'index, selon laquelle les augmentations de salaires ne peuvent en aucun cas dépasser la moyenne de celle qui est appliquée dans les pays voisins. Le pouvoir d'achat de l'ouvrier belge est par conséquent parmi les plus bas des pays industriels d'Europe, par exemple 25 % moins élevé qu'aux Pays-Bas (selon la Fédération européenne des entrepreneurs, citée dans De Morgen, 5.06.2006). Ainsi, la part des salaires dans le PIB (produit intérieur brut) diminue depuis des années suite aux mesures de la bourgeoisie; pour la première fois depuis 1971, elle est descendue sous les 50 %, ce qui est nettement moins qu'en France par exemple avec 51,9 %. "La masse salariale totale dans notre pays a donc augmenté moins vite que le PIB, alors que les profits des entreprises ont accroissé relativement plus vite" (De Tijd, 3.10.2007).
Avec en perspective une augmentation des prix de 4 à 30 % pour les produits de base, l'appel à une nouvelle baisse des charges salariales prend l'allure d'une gifle en pleine figure;
- enfin, la révision et réduction graduelles du système de la sécurité sociale, surtout au niveau du chômage, des frais de santé et des retraites. Ainsi, gouvernement et patronat veulent fermement diminuer les allocations de chômage en les limitant dans le temps, et des voix de plus en plus fortes se font entendre pour qu'on s'occupe des pensions "excessives" des fonctionnaires et autres régimes spéciaux, exactement comme ce qui se passe actuellement en France.
Pourquoi ce paquet de mesures ne mène-t-il pas à une plus grande unité, une plus grande solidarité dans la résistance à ces attaques? Comme le rappelle l'introduction de cet article, la bourgeoisie belge tente, comme dans les autres pays, de cacher le plus cyniquement du monde l'aggravation de la crise aux yeux de la classe ouvrière. En plus, les discours visent à présenter une fausse vision de la solidarité aux travailleurs. On détourne la solidarité entre parties de la classe ouvrière vers une collaboration avec les exploiteurs: au nom de l'équité sociale, au nom de l'intérêt collectif, des sacrifices doivent être consentis. De cette manière, on essaye d'enfoncer un coin entre fractions de la classe ouvrière pour déclencher d'autres attaques, encore plus lourdes. On souligne ce qui nous divise, pas ce qui nous unit. Culpabilisées, traitées de "fainéantes" et "d'assistées", les victimes sont taxées de "profiteurs du système". Ainsi, on présente tour à tour différentes catégories comme des privilégiées. Si à l'époque, toute sorte de systèmes spécifiques ont été mis en place pour mettre les ouvriers au travail dans les pires circonstances et avec le salaire le moins élevé possible (pour "se retrousser les manches" lors de la reconstruction après guerre, attirer des forces de travail pour des jobs sales et dangereux, avec des horaires difficiles, et pour des salaires de misère dans les services publics), maintenant tout ça est présenté comme des privilèges indéfendables. Systèmes de pensions, règlements de chômage, barèmes salariaux, primes et suppléments, règlements de congés, pauses de midi, barèmes d'ancienneté, couvertures en cas de maladie, etc., tout y passe dans cette spirale descendante. Et on le justifie par des raisonnements sur les "droits démocratiques", la "solidarité sociale", la "défense des acquis sociaux", la lutte contre les "profiteurs, fraudeurs, corrompus et abus de toutes sortes".
Plus encore: au nom de la démocratie, de la liberté individuelle, de la réconciliation entre travail et vie privée, la bourgeoisie crée une atmosphère de concurrence impitoyable entre travailleurs qui doit saper la solidarité, par un système de sous-traitance, de filialisation, d'îlots qui sont "autonomes" et "responsables" de leurs résultats et des moyens utilisés. De même, le système de rétribution dépendant des prestations (contre lequel les travailleurs de Ikea se sont récemment mis en grève), ou de projets rémunérés suivant le résultat, renforce la concurrence mutuelle et sape la solidarité entre ouvriers.
Enfin, nous sommes depuis des mois matraqués de campagnes nationalistes, une fois de plus sous le mot d'ordre de la "solidarité" qui doit lier les ouvriers à leurs exploiteurs. Les "régionalistes" et "séparatistes" d'une part, veulent nous convaincre que la classe ouvrière serait mieux et pourrait mieux défendre ses acquis sociaux si elle se range sous la bannière flamande, wallonne ou bruxelloise contre les exploiteurs et les profiteurs des autres régions; de leur côté, les "nationaux", avec les syndicats, les partis de gauche et diverses personnalités du monde des médias, de la culture ou des sports en tête, à grand coups de pétitions massives et d'actions du genre "Sauvons la solidarité", amalgament la solidarité avec la mobilisation de la classe ouvrière derrière l'Etat: "Nous sommes flamand, bruxellois ou wallon, nous sommes belges et citoyens du monde. Nous ne voulons pas construire de nouveaux murs entre les gens, les régions ou les pays. Nous ne voulons pas que le principe de solidarité soit remplacé par la concurrence et l'égoïsme" (début de la Pétition pour la solidarité entre Flamands, Bruxellois et Wallons).
Ces campagnes permanentes ne facilitent pas l'unité des forces de la classe ouvrière pour faire barrage aux attaques communes du gouvernement, du patronat et des syndicats. De plus, malgré le poids de ce qu'ils ont déjà subi, les travailleurs sont conscients que le plus dur reste à venir. Momentanément, cela empêche que la lutte soit menée avec une réelle solidarité de classe, qu'un mouvement survienne, s'élargisse, cherche et offre cette solidarité aux autres frères de classe qui subissent les mêmes attaques. C'est pourquoi à l'heure actuelle, l'unification des forces se fait encore avec difficulté et qu'on réussit à faire régner les divisions entre secteur public et privé, entre régions ou communautés, entre ouvriers au travail ou au chômage, entre malades et non-malades, entre aînés et jeunes, entre allochtones et autochtones. Mais cette difficile quête de l'unité et de la solidarité dans la lutte mène inévitablement à l'identification des mensonges et faux-fuyants de la fausse unité, de la fausse solidarité avec l'entreprise, la région ou la nation, avec l'Etat démocratique, et jette donc les bases de la construction d'une véritable solidarité de classe dans la lutte.
Lac / 7.11.07
Comme nous l'avons déjà dénoncé dans notre presse, l'attaque que subissent les ouvriers de la RATP, de la SNCF ou EDF contre les régimes spéciaux de retraites ne sont qu'une première étape des attaques contre les conditions de vie de la classe ouvrière. Demain, ce sera au tour de tous les ouvriers de voir leur régime de retraite remis en cause. En même temps, les attaques contre la protection sociale sont mises en place avec les franchises sur le remboursement des médicaments.
Les étudiants en lutte l'ont bien compris quand les grévistes élargissent leurs revendications, non seulement au retrait de la loi de réforme des universités,mais aussi pour la défense des régimes spéciaux et le retrait des franchises médicales qui sont mises en place.
Le spectre de la lutte contre le CPE réapparaît et les syndicats tant ouvriers qu'étudiants font tout leur possible pour qu'une telle dynamique ne puisse pas s'enclencher à nouveau, dynamique capable de donner une perspective au combat de toute la classe ouvrière en France mais aussi à l'échelle internationale.
Nous avons déjà rendu compte sur notre site de l'intimidation des syndicats (voir «un exemple de sabotage syndical dans les universités»). Notre intervention partout où nos forces nous l'ont permis, dans les AG ouvrières et dans les universités, a rencontré le soutien et la sympathie de beaucoup d'ouvriers et d'étudiants. C'est ainsi qu'en province, un groupe de jeunes étudiants 1] est venu discuter avec nos camarades et nous a transmis leur propre expérience du sabotage syndical de la lutte.
Ce que ces camarades ont vécu dans la lutte et nous ont transmis est révélateur du mépris de ces soit-disant «organisations ouvrières» pour le mouvement lui même. La seule chose qui compte est qu'il n'échappe pas à leur contrôle et ne puisse pas constituer une véritable force autonome qui permettrait aux ouvriers et aux étudiants de développer une véritable solidarité et une confiance accrue dans leur lutte commune.
Nous allons citer ce que ces camarades nous ont écrit :
Et les camarades concluent :
Contrairement aux apparences, donc, l'orientation du mouvement ne résulte pas, ici, de la volonté et des décisions des AG, mais des manoeuvres occultes de syndicats comme l'AGET-FSE, SUD Etudiant ou encore des organisations politiques comme la JCR.
Nous avons soutenu dans l'AG la proposition de ces camarades d'envoyer une délégation étudiante la plus large possible aux assemblées générales des cheminots. Cette proposition a été votée par l'AG. Mais déjà, le présidium autoproclamé a fait savoir qu'il n'était pas possible d'aller massivement aux AG des cheminots, en prétextant les nombreuses actions à mener simultanément. Au final, ce ne sont donc que 3 étudiants qui ont reçu mandat de l'AG pour cette délégation : un militant de l'AGET-FSE, un militant de la JCR et « une indépendante » comme l'écrive les camarades. Eux mêmes s'étaient présenté au vote de l'AG pour constituer la délégation, mais, n'étant pas connus face aux figures syndicales présentes dans l'AG, ils n'avaient aucune chance d'être mandatés.
Mais laissons la parole à ces camarades :
Pris la main dans le sac de ses magouilles, l'AGET-FSE n'a rien trouvé de mieux que de reprocher aux camarades d'avoir pris des initiatives, soi-disant au nom des AG étudiantes. C'est en leur nom propre que ces camarades sont allés aux assemblées générales des cheminots, où ils ont été bien accueillis et ont pu prendre la parole, proposant aux cheminots de venir dans les AG étudiantes (ce qui a été fait), proposant une distribution de tract commune au métro.
Comme le disent ces camarades :
La solidarité naissante entre ouvriers et étudiants, le fait que des retraités non cheminots aient pu prendre la parole dans les AG de cheminots, tout cela montre les avancées de cette lutte : le combat des cheminots n'est pas leur combat,mais celui de la classe ouvrière qu'elle soit encore sur les bancs de la fac ou qu'elle soit retraitée. Cela, les syndicats ne peuvent pas l'accepter et ont tout fait pour que de telles manifestations de solidarité ne se propagent pas plus largement.
Le 22 novembre, les camarades ont participé à la manifestation étudiante, dans les rues de Toulouse. Laissons leur encore la parole :
La force de la lutte c'est la lutte elle-même. Ces quelques éléments rapportés ci-dessus nous le montrent. D'un côté un mouvement qui commence à poser dans la pratique la nécessité de la solidarité dans la lutte de tous les ouvriers, des étudiants jusqu'aux retraités. Dans la continuité de luttes comme le CPE en France, seule l'unité la plus large des ouvriers peut permettre de constituer un rapport de force capable de faire reculer la bourgeoisie dans ses plans d'austérité et de misère qu'elle nous réserve.
Face à cela, la bourgeoisie et son Etat ont mis en place leurs syndicats et les organisations gauchistes comme les JCR.
Ces quelques exemples montrent que cette perspective est en marche. Une importante victoire pour la classe ouvrière sera de reconnaître quels sont ses véritables ennemis.
C'est ce qu'elle a commencé à faire dans cette lutte.
[1] - un membre de ce groupe se dit trotskiste bien que ne faisant pas partie d'une quelconque organisation et ils signent leurs écrits : Des communistes : branche Marx, Lénine, Trotsky.
[2] AGET -FSE : Association Générale des Etudiants de Toulouse, Fédération Syndicale Etudiante
[3] JCR : Jeunesses Communistes Révolutionnaires, organisation de jeunesse de la LCR, Ligue Communiste Révolutionnaire
Le lundi 19 novembre, dans une grande ville de province, un petit groupe d'étudiants venus à notre dernière réunion publique a amené une délégation de vieux travailleurs politisés, membres du CCI, dans deux AG de cheminots. Dans la mesure où les syndicats avaient pris soin de bien quadriller les AG par secteurs, nos camarades se sont séparés pour prendre la parole dans deux AG : une du personnel de la gare et une des conducteurs.
Dans les deux AG, l'accueil des cheminots a été très chaleureux. Dans celle du personnel de la gare, notre camarade s'est présenté en disant qu'il n'était pas cheminot, qu'il était travailleur retraité mais qu'il venait leur apporter sa solidarité, ajoutant que, si c'était possible, il aimerait prendre la parole pour exprimer ses idées concernant cette solidarité. La réponse des cheminots qui l'ont accueilli a été de le remercier d'être venu témoigner sa solidarité. Ils ont ajouté : « bien sûr, vous pourrez parler ».
L'AG a commencé vers 11h30 et s'est terminée vers 12h30. Pour diriger cette AG, une brochette de représentants des syndicats était là : FO, CFDT, CFTC, CGT, SUD... Chacun y est allé de son speech pour rappeler les revendications, pour dire qu'il fallait établir un rapport de forces de « haut niveau », pour présenter la négociation qui était annoncée comme une perspective de la lutte, pour affirmer que c'étaient les AG qui décidaient, mais le tout dans une enveloppe très corporatiste. En effet, non seulement c'était une AG de secteur, mais le souci de la situation des étudiants et des autres fonctionnaires pour envisager une lutte commune était totalement absent de leurs interventions. Un délégué syndical a même affirmé que la perspective était de lutter pour « obtenir des réformes » et non pas de lutter tous ensemble parce que l'orientation des syndicats n'était pas de tout « révolutionner ». Le représentant de la CFDT, quant à lui, a dit que la fédération départementale n'était pas d'accord avec l'échelon national qui avait appelé à arrêter la grève.
Suite à ces discours, un jeune cheminot s'est dirigé alors vers notre camarade retraité venu apporter sa solidarité et lui a dit : « Si vous voulez parler, vous pouvez. » Les porte parole des syndicats, comprenant l'enjeu de la situation, ont dit qu'il fallait attendre encore un peu avant de lui donner la parole car il fallait d'abord procéder au vote sur la reconduction de la grève et ensuite écouter encore des propositions d'actions (qui montrent que, à la veille de la manifestation du 20 novembre, les représentants syndicaux ont été obligés de « prendre le train en marche" à toute vitesse alors que dans les entreprises de la Fonction publique ils n'avaient fait aucun appel à engager la lutte en solidarité avec les cheminots)[1] : « aller aux guichets pour inviter ceux qui travaillent à aller à la manif de mardi, et leur dire qu'ils ne risquent rien à le faire », ou encore « distribuer un tract le lendemain matin de bonne heure au métro ».
Il est évident que les syndicats n'avaient nullement envie que cette "minorité" d'étudiants viennent "semer le désordre" dans leur chasse gardée, en ouvrant dans les AG de cheminots leur "boîte à idées", comme lors du mouvement contre le CPE au printemps 2006 (voir notre supplément "Quelles leçons de la lutte contre le CPE ?"). Ce type d'AG organisée, dirigée et sabotée par les syndicats ne prévoyait pas et ne permettait pas un réel débat, un véritable échange d'idées. Et pourtant, il y avait une vraie combativité et un réel mécontentement. Sur 117 votant, 108 cheminots se sont prononcés pour la reconduction de la grève.
C'est seulement après le vote que notre camarade retraité a donc pu parler au micro (car, bien sûr, pour les syndicats, les propositions faites par les "éléments extérieurs" qui ne sont pas concernés par la grève, n'ont pas à être discutées par les cheminots). Voici le contenu de son intervention :
« Je ne suis pas cheminot, je suis retraité. Mais je tiens à apporter ma solidarité à votre lutte. Vu de "l'extérieur", aujourd'hui, il y a plusieurs luttes contre des attaques qui toutes touchent les conditions de travail et de vie des travailleurs. Vous qui luttez pour préserver vos retraites, les étudiants, qui sont de futurs ouvriers, et qui luttent contre une réforme qui va transformer certaines universités en "facs poubelles", les travailleurs de la fonction publique (comme ceux de l'Éducation Nationale) vont manifester demain car leurs conditions de travail deviennent insupportables et de nombreux postes vont être supprimés. Toutes ces luttes sont une même lutte pour la défense de nos conditions de vie. Tout à l'heure, j'ai entendu dire qu'il fallait imposer un rapport de forces de "haut niveau", je suis bien d'accord. Mais comment faire ? Je pense qu'il faut lutter tous unis. C'est parce qu'il y a eu une grande solidarité des salariés avec les étudiants que, face aux manifestations massives contre le CPE, le gouvernement a fini par reculer. Demain, il faut aller nombreux à la manif ; mais aussi, je pense que ce serait bien s'il n'y avait qu'une seule banderole sur laquelle serait inscrit quelque chose comme "Cheminots, étudiants, fonctionnaires : tous unis dans la lutte !" Et puis, à la fin de la manif, au lieu de rentrer sagement à la maison ou d'aller au bistrot, il faudrait que les cheminots aillent discuter avec les étudiants, avec les fonctionnaires, les fonctionnaires avec les étudiants et les cheminots. Il faut discuter entre nous, cela nous permettra de commencer à construire l'unité dont nous avons besoin. Car, face aux attaques, la seule façon de nous défendre, c'est de construire cette unité ».
Cette intervention a été accueillie par des applaudissements chaleureux.
Avant que l'AG ne commence, notre camarade retraité avait un peu discuté avec les cheminots des mensonges des médias. Ces mensonges sont évidents pour tout le monde, sauf pour les aveugles et les sourds (et les manifestants du dimanche de "Liberté Chérie"). A la fin de l'AG, il a pu discuter de nouveau avec un petit groupe de jeunes cheminots. Il leur a demandé : « Que pensez-vous de l'idée d'une banderole unique ? ». La réponse de l'un d'eux a été : « A la base, on serait plutôt pour, mais ce sont les fédérations qui ne veulent pas. »
On ne saurait être plus clair sur les manoeuvres de division des syndicats. Néanmoins, bien qu'elle soit contrecarrée par les syndicats, l'idée des nécessaires unité et solidarité de toute la classe ouvrière fait son chemin.
Dans l'autre AG, celle des conducteurs, l'accueil de nos camarades accompagnés par des étudiants a également été chaleureux. Ils ont pu intervenir pour défendre la même orientation que celle mise en avant par notre camarade retraité. Les étudiants ont repris avec enthousiasme l'idée d'une banderole unique. Les interventions des étudiants et de nos camarades ont été bien accueillies malgré le fait que les conducteurs avaient encore l'illusion qu'à eux seuls ils peuvent se défendre efficacement parce qu'ils peuvent "bloquer" le trafic. C'est pourtant l'union des travailleurs et pas seulement un "blocage" qui fait la force de la classe ouvrière. Le fétichisme du "blocage" est aujourd'hui la nouvelle tarte à la crème des syndicats pour empêcher toute réelle extension et unification des luttes et permettre au gouvernement de faire passer ses "réformes".
Depuis le 18 octobre, la construction de cette unité se heurte en permanence au travail de division des syndicats. Mais, comme le disait ce petit groupe d'étudiants dans une discussion que nous avons eue après les AG, « les attaques de la bourgeoisie contre tous les secteurs de la classe ouvrière sont si globales que cette situation ne peut que favoriser la tendance vers l'unité des luttes ».
Ce petit groupe d'étudiants a parfaitement compris que, comme le disait un étudiant de l'université de Paris 3-Censier en 2006, « si on reste tout seuls, on va se faire manger tous crus ». Et c'est parce qu'ils ne voulaient pas que leurs camarades cheminots restent isolés et finissent par se faire eux aussi matraquer par les milices du capital qu'il sont allés chercher la solidarité des vrais communistes (dont certains ont connu les passages à tabac par les bonzes syndicaux du service "d'ordre" de la CGT dans les années 1970 et 1980). Mais il est vrai que depuis la chute du mur de Berlin, la CGT (et le P"C"F) s'est beaucoup "démocratisée". Ces étudiants qui ont été capables de déverrouiller les AG des cheminots (séquestrés dans la prison du "local syndical"), ont dit à nos camarades de la "vieille" génération : « c'est super d'avoir des parents comme vous ! ». C'est un état d'esprit qui se situe aux antipodes de celui de certains étudiants "contestataires" de la fin des années 1960 (marqué par le "conflit des générations") et qui, en rébellion contre leurs parents qui avaient vécu la terreur des régimes nazis et staliniens, voulaient parquer "tous les vieux dans les camps de concentration" ![2]
L'intervention de nos camarades n'avait pas pour but de venir faire de la pêche à la ligne et de vendre des "cartes du parti" car le CCI n'est pas une organisation qui (contrairement aux trotskistes et aux organisations de la "gauche plurielle") participe au cirque électoral bourgeois. Elle ne vise pas non plus à "récupérer le mouvement" comme se l'imaginent les doux rêveurs "anti-parti" et les vrais "récupérateurs" de tout bord.
Quant à ceux qui continuent encore à crier "Au loup !" en mettant en garde contre les "bolcheviks au couteau entre les dents", on ne peut que leur conseiller d'apprendre l'histoire réelle et non celle racontée de façon mensongère, depuis des décennies, par les idéologues patentés du capital et les plumitifs de la propagande bourgeoise (les médias et la petite bourgeoisie de l'intelligentsia républicaine). Les nouvelles générations de la classe ouvrière, qu'ils soient cheminots ou encore étudiants, découvrent ce qu'est la vraie "démocratie" et la vraie solidarité (même s'ils ont encore les illusions de la jeunesse et ne peuvent faire l'économie de l'expérience). Le courage dont ils ont fait preuve pour commencer à "contester" les directives des bonzes syndicaux et faire vivre la vraie culture de la classe ouvrière montre que l'avenir de l'humanité est bien entre leurs mains.
GM
[1] Ça vaut la peine de relever que, dans beaucoup de lieux de travail du secteur public (hôpitaux, ASSEDIC, etc.), les tracts syndicaux (notamment de le CGT) appelant à la grève et la manif du 20 novembre sont arrivés dans les services... le lendemain. En certains lieux, les panneaux syndicaux ont été nettoyés de tous les tracts sur la situation actuelle.
[2] Quarante ans après, il n'est pas étonnant que certains jeunes qui ont "mal vieilli" et sont devenus les serviteurs zélés de la bourgeoisie aient maintenant envie de "liquider" le spectre de Mai 68 en "gazant" les étudiants (qui revendiquent aussi le droit de rêver un peu) ou en les enfermant dans les geôles du capital. Mais il est vrai que les édu-castreurs qui veulent nettoyer la vitrine des universités françaises en cirant les bottes de Monsieur Le Pen, ont les idées bien courtes ...
Nous publions ci-dessous un compte-rendu adressé par un lecteur qui était présent au rassemblement organisé par des cheminots syndiqués et non syndiqués devant la direction de la SNCF le jour des négociations "tripartites" du 21 novembre (au lendemain de la grande manifestation des fonctionnaires) entre le gouvernement, les syndicats et la direction de l'entreprise.
Je vous remercie de publier ces quelques informations que j'ai pu recueillir en allant devant le siège de la SNCF à Paris (Montparnasse) le 21 novembre. D'après ce que j'ai pu comprendre en discutant avec les cheminot(e)s qui étaient là et en écoutant ce que les gens disaient autour de moi, ce rassemblement a été appelé par le syndicat SUD (opposé à la CGT) et les non syndiqués qui ont invité tous les usagers à y participer (mais comme les syndicats n'ont pas appelé à la grève dans la fonction publique après la manifestation du 20, il était difficile de pouvoir réunir davantage de monde). Il y avait un gros attroupement de cheminot(e)s, la plupart avec des badges et des drapeaux verts de SUD (c'étaient des cheminots des dépôts de Montparnasse et Austerlitz qui étaient au syndicat SUD ou non syndiqués ; certains avaient ou étaient sur le point de déchirer leur carte syndicale). Ils avaient l'air anxieux et attendaient la fin des négociations pour connaître le résultat. Il y avait aussi quelqu'un qui tenait un drapeau de FO et un autre qui essayait de distribuer des autocollants de la CNT. D'autres gens sont venus ensuite distribuer des tracts politiques. D'autres personnes, qui travaillaient dans l'Éducation nationale et la santé, sont aussi venues. Les gardes mobiles (pas agressifs) étaient là aussi pour protéger l'accès au siège de la SNCF où les négociateurs étaient en réunion.
Au début de l'après-midi, Bernard Thibault n'était toujours pas sorti de la réunion et les cheminots commençaient à trouver le temps long. Des cheminots ont dit en rigolant : "il est en train de prendre l'apéro avec les huiles de la direction". Des bruits ont circulé qu'il n'y avait pas de représentant du gouvernement dans ces négociations. Finalement, pour faire patienter les gens, le délégué de SUD a sorti un micro et a organisé une petite AG dans la rue en donnant la parole à tous ceux qui voulaient parler. Les cheminot(e)s étaient très en colère mais avaient une attitude très correcte. Ils ont été très dignes pendant tout le rassemblement (même si certains ont allumé des feux de Bengale à la fin, mais ce n'était pas dangereux). Le délégué de SUD a dit qu'il était contre la reprise du travail (car on ne peut pas reprendre le travail sans rien obtenir après neuf jours de grève). Le gars qui portait un badge de la CNT a pris le micro et a commencé à lever la tête vers les gardes mobiles qui étaient sur la balustrade, il s'est adressé à Sarkozy en criant : "On va t'enculer, le nabot des Carpates !" Les gardes mobiles ont gardé leur calme et ont observé tout ça de loin. Les cheminots étaient mal à l'aise et l'un d'entre eux a dit aux personnes présentes (qui ont demandé s'il y avait d'autres syndicalistes de la CNT ici) qu'il n'y avait pas de syndicat CNT chez eux. Pendant la discussion, quelqu'un a jeté une canette de bière en verre au milieu de l'AG. Un jeune homme qui s'est présenté comme cheminot (avec un badge SUD) a pris aussi longuement la parole et a dit que, vu la retraite qu'il allait toucher, il préférait aller "dealer de la cocaïne". Des cheminot(s) de SUD ont dit qu'ils ne l'avaient jamais vu chez eux.
C'était un peu la confusion et les cheminots avaient un air très grave. A ce moment, quelqu'un a sorti des canettes de bière et a commencé à faire un peu de bruit. Des usagers se sont demandé si ce n'était pas des provocations pour saboter l'AG (quelqu'un a dit : "ils sont venus faire du spectacle" car il y avait des gens qui filmaient et prenaient des photos). Les gardes mobiles étaient devant le rassemblement et il n'y a pas eu de débordement. Des cheminots ont compris qu'il y avait une nouvelle tentative de division et que le gouvernement cherchait à pourrir la grève. Un cheminot qui a compris le danger a dit assez fort à ses camarades : "on reprend le travail mais dans l'unité !". Une cheminote a dit à un usager : "si je reprends, ce sera la tête haute". Un autre, qui discutait avec quelques usagers, a dit qu'il valait peut-être mieux suspendre la grève pour garder les forces et remettre ça plus tard, à un moment plus stratégique. Il a dit aux usagers qu'il en avait marre de faire des grèves pour rien et de perdre à chaque fois autant d'argent en se battant pour les autres. "Il faudrait que les autres s'y mettent à leur tour". Il voulait raconter aux usagers son expérience et a dit des choses très intéressantes du style : "il faut compter à peut près une semaine. Si au bout de 6 à 8 jours, la grève ne s'étend pas, ce n'est pas la peine de continuer". Il y a eu des discussions où des usagers, et des étudiants (venus malgré la grève des transports), ont dit aux cheminots de ne pas se démoraliser. Les gens étaient scandalisés. Il y avait un fort sentiment de solidarité et de colère contre les syndicats car c'était évident pour tout le monde qu'ils étaient des traîtres et qu'il fallait que la fonction publique se mobilise. Mais quand et comment était la question.
L'idée d'une solidarité financière a aussi circulé si les cheminots n'obtiennent pas le paiement des jours de grève. Comme les cheminots en avaient un peu assez de faire le poireau, au bout d'un certain temps (au milieu de l'après-midi), le délégué syndical a annoncé l'arrivée du responsable de SUD qui était présent dans la réunion tripartite et allait donner des nouvelles. Étrangement, le micro avait disparu et tous les cheminots ont dû se rapprocher pour pouvoir entendre sa déclaration car il parlait très bas. Les usagers qui étaient à l'arrière n'ont presque rien entendu. Il a annoncé que SUD appelait à la reconduction de la grève et qu'il avait été décidé un calendrier de négociations jusqu'au 20 décembre. Bref, les cheminots étaient encore maintenus en haleine. Mais personne n'a cru à ce nouveau "calendrier" (dans le meilleur des cas, le gouvernement leur donnera une aumône). Des cheminots (et des usagers) ont dit qu'il fallait arrêter avec des "négociations"-magouilles dans le dos des grévistes. Ce rassemblement a eu lieu dans un climat assez tendu car, le matin même, la radio avait annoncé que des cheminots avaient fait des sabotages sur des voies ferrées du côté de Poitiers et les menaces de sanction étaient annoncées. Tout le monde était scandalisé et a compris que cette "nouvelle" était un avertissement aux cheminots qui voudraient encore faire reculer le gouvernement. Un cheminot a dit que ce n'était pas forcément une fausse nouvelle (c'est déjà arrivé qu'une petite minorité de cheminots désespérés et entraînés dans des actions "coups de poing" des syndicats fassent ce genre de chose).
A.
Ce témoignage est significatif de la méfiance et de la colère croissante contre les dirigeants syndicaux considérés comme des "traîtres", ceux qui "magouillent dans le dos des grévistes" et "prennent l'apéro avec la Direction". Il révèle aussi qu'une réflexion se fait jour sur la question "comment lutter ?" En particulier, la question de l'élargissement des luttes et de la solidarité entre différents secteurs (au sein de l'entreprise et en dehors) fait son chemin. L'idée que c'est rapidement que cet élargissement doit se réaliser avance également de même que celle qu'il est préférable de "reprendre dans l'unité" plutôt que de laisser la bourgeoisie pourrir le mouvement afin de démoraliser les ouvriers, de les dégoûter de la lutte et lui laisser les mains libres pour continuer à attaquer.
Cela dit, il est clair que le chemin est encore long car, pour le moment, une bonne partie de la colère contre les syndicats "traditionnels", particulièrement la CGT, est récupérée par un syndicat "radical" comme SUD.
Un contact nous a fait parvenir ces photos et cecommentaire que nous reproduisons tels quels ci-dessous comme témoignage vivantet parlant que la recherche de solidarité entre tous les secteurs en lutte faitson chemin parmi les jeunes générations de prolétaires.
Camarades,
Cematin, comme tous les matins, je me suis rendu au boulot sans grandenthousiasme et en traînant franchement des pieds... sans savoir qu'une surprise,et une belle, m'attendait à Fontainebleau.
J'aieu en effet le plaisir de découvrir la rue Grande,principale artère de la ville, jalonnée de slogans. Tous les abris-bus etquelques palissades étaient tagués : on pouvait y lire notamment « A bas les privilèges des riches - GREVE »,« STOP aux privilèges des riches -Vive la république sociale - GREVE », « GREVE - Ils nous respectent pas - GREVE »...
Déjà,ces messages témoignaient d'un esprit combatif... mais ce qui m'a donné le plusde baume au cœur pour le reste de lajournée, ce fut de lire un peu plus loin (je les ai mis en gras) : « Lalutte des cheminots est la nôtre - SOLIDARITE » et « La lutte des cheminots est la nôtre - MARREdes privilèges des riches » !!!!
Quelcontraste entre cet esprit de solidarité et les conneries propagandistes que maradio débitait au même instant dans ma bagnole, du type « regardez comment les cheminots, ces nantis,emmerdent et prennent en otage tous les pauvres travailleurs », etc.,etc.
Ensuivant la piste laissée par ce chemin de slogans (à la façon du Petit-Poucet),je me suis retrouvé devant... un lycée. J'ai essayé de me renseigner auprès desjeunes s'ils savaient qui avait fait ça (en saluant de tels actes)... ils n'ontpas voulu me répondre (fort logiquement)... mais leur très large sourire en disaitlong...
Oui !« La lutte des cheminots est la nôtre - SOLIDARITE » !!!
Jérôme,le 19 novembre.
PS :je vous joins aussi quelques photos que je me suis évidemment empressé deprendre.
Cheminots - solidarité!
Cheminots - marre des riches!
Cette prise de position sur le dernier tremblement de terre au Pérou nous a été envoyée par un contact de ce pays. Elle respire l'indignation face aux conséquences qui en résultent pour les ouvriers et, de façon générale, pour les miséreux alors que, en ce qui la concerne, la bourgeoisie étale son hypocrisie et sa cupidité. Nous partageons bien sûr la vision que le capitalisme est responsable de ces conséquences et que seule sa destruction pourra permettre d'instaurer et de développer des conditions de vie vraiment humaines.
Il est parfaitement évident que la bourgeoisie tire profit de cette « épreuve divine ». Ces derniers mois, la bourgeoisie locale a dû s'affronter à la combativité de millions de prolétaires mobilisés pour leurs revendications, une combativité qui a favorisé, surtout au sein du prolétariat des mines, le développement d'un haut niveau de solidarité prolétarienne.
Ces dix derniers jours, par le biais des gouvernements régionaux, la bourgeoisie provinciale, avec ses intérêts particuliers mais identiques à ceux de la bourgeoisie nationale, menaçait de paralyser quelques régions. Même certains secteurs de la police menaçaient de faire grève si leur syndicat n'était pas reconnu, et les médecins de « ESSALUD » (sécurité sociale) avaient cessé le travail depuis mercredi matin. La manœuvre de Alan Garcia ([1]) contre la bourgeoisie chilienne avait fait long feu et n'avait eu de résultats que dans la presse aux ordres et dans la bouche des intellectuels à la solde de l'État. Une nouvelle vague de luttes menaçait d'exploser sur divers fronts.
Mercredi dernier à 18 h 40, la terre a tremblé avec une puissance de 7,5 sur l'échelle de Richter à près de 60 kilomètres de Pisco, qui se trouve à près de deux heures de Lima. Des centaines de milliers d'habitants ont tout perdu en 70 secondes, en particulier à Pisco, Chincha et Ica. Ces villes ont été complètement détruites. A Lima, la capitale, l'onde de choc a causé des dommages importants. L'essentiel des dommages se situait par conséquent au nord de Lima et dans tout le département d'Ica et les limitrophes à celui-ci.
L'appareil de l'Etat paraissait en plein désarroi, il n'a pas réagi durant des heures. Négligeant sa fameuse élégance, le Président Garcia posait dans son bureau en manches de chemises, aux côtés de ses acolytes qu'il allait envoyer évaluer l'ampleur du désastre. Personne ne pouvait y arriver par voie de terre, la route panaméricaine étant impraticable à plusieurs endroits, mais quelques journalistes parvinrent à atteindre Chincha, Pisco et Ica, les principales villes dévastées, et ils commencèrent immédiatement à envoyer leurs reportages. A Ica, l'église du Seigneur de Luren s'était effondrée, écrasant des dizaines de fidèles sous les décombres. A Tambo de Mora (le port de Chincha), les murs de la prison se sont effondrés et 600 prisonniers ont pu s'échapper. Le jeudi matin, on comptait déjà 500 morts et plus de mille blessés. Ce même jour, le Président Alan Garcia fit son apparition, accompagné par le Premier ministre Jorge del Castillo, le ministre des Armées Alan Wagner et le Président du Congrès Gonzales Posada. Pendant la campagne électorale, ce dernier s'était engagé à reconstruire l'aéroport de Ica, promesse qu'il n'avait bien sûr pas tenue ; aujourd'hui, les secours ne peuvent toujours pas atteindre cette ville... inaccessible sinon par la voie des airs.
Les premiers signes de mécontentement se sont exprimés dans la population. Quelques exemples de manifestations de mécontentement ont pu filtrer malgré le chaos des informations et la mainmise des médias sur celles-ci, qui montrent la véritable et profonde raison à l'origine du désastre : la misère. Dans les endroits où les villes ont été dévastées, la population construisait ses habitations en torchis et bien sûr sans la moindre précaution antisismique. Par ailleurs, beaucoup de maisons étaient très vieilles et ne purent résister au séisme.
Voici un exemple illustratif : à Pisco, une ville qui possède un port proche et une station balnéaire pour millionnaires, Paracas, la portée de la catastrophe fut très inégale. Les constructions en dur et les villas de plage des riches résistèrent au séisme, alors que toute la ville de Pisco et le port furent totalement détruits. La nature ne fait pas de différences ni n'accorde de privilèges, c'est la division de la société en classes qui les perpétue. C'est cette perpétuation qui a provoqué la catastrophe actuelle dont l'ampleur ne cesse d'augmenter. C'est la misère provoquée par la société capitaliste qui a provoqué autant de destructions, car les pauvres ne pourront jamais vivre dans des maisons solides, construites avec du matériel de bonne qualité et suivant des plans tenant en compte les exigences des zones sismiques. Mais l'ignominie du capitalisme n'en reste pas là, la bourgeoisie se frotte les mains en pensant déjà aux bénéfices qu'elle pourra tirer de la reconstruction du pays.
L'armée, qui compte dans ses rangs des centaines d'ingénieurs experts en construction et possède le matériel lourd nécessaire, reste pour l'heure dans ses casernes car la spéculation financière sur la construction a déjà commencé. Les diverses fractions de la bourgeoisie se disputent en ce moment les prochains marchés. L'exemple le plus significatif a été donné par l'alliance entre la journaliste Cecilia Valenzuela et la compagnie d'assurances La Positiva qui souhaite reconstruire la région.
Les billets d'avion pour cette zone ont déjà augmenté de 400 %, et Alan Garcia s'est contenté de protester à la télévision, car tout doit s'incliner devant les règles du libre-marché. La Banque de Crédit, avec à sa tête Dioniso Romero, a ouvert un compte pour capter les fonds d'aide à la région, un nouveau revenu pour une banque qui veut montrer qu'elle est la plus performante du pays, qu'elle a le sens des affaires inscrit dans ses gènes. La Coopération Espagnole a aussi fait son apparition, de même que Pompiers sans Frontières, tout l'appareil d'aide sociale commence à montrer le bout de son nez alors que le gouvernement central, les gouvernements régionaux et locaux laissent la reconstruction aux mains des entreprises privées. Mais les prolétaires savent déjà que l'Etat, sous le capitalisme, ne peut être que l'Etat des capitalistes.
L'ONU a déjà envoyé un million de dollars et la Banque interaméricaine de développement (BID), qui avait prêté 80 millions à la corporation Wong avec l'aval du Fujimori, n'a envoyé pour sa part que 200 000 dollars. Caritas n'est pas en reste et a aussi mais tardivement ouvert son compte. Les affaires ne doivent bien sûr pas s'interrompre, c'est la leçon essentielle que les bourgeoisies locales ont tiré de la tragédie.
Celle que nous devons tirer pour notre part est que même si la force colossale de la nature peut causer de grands malheurs, la véritable puissance destructive se trouve dans les rapports sociaux auxquels sont soumis des millions d'êtres humains sur la terre. Ces rapports les condamnent à vivre misérablement, dans les pires conditions de logement. Ce n'est que leur disparition, la disparition des rapports sociaux bourgeois, la disparition du capitalisme au niveau mondial qui pourra permettre des conditions de vie décentes et humaines à toute la population de la planète, c'est la seule issue pour la survie que nous ayons dans le futur.
H. Lima, 17 août 2007
[1] L'Etat péruvien avait publié une carte affichant ses prétentions sur les eaux territoriales. La bourgeoisie chilienne avait saisi la balle au bond et envoyé immédiatement son armée effectuer des manœuvres au nord du Chili, dans la zone frontière avec le Pérou. On constate une fois de plus que les revendications nationalistes des Etats ne sont que des manœuvres pour prolonger et renforcer leur pouvoir au prix de millions de travailleurs qui pourraient être envoyés se battre contre leurs frères de classe d'un autre pays. L'ennemi des travailleurs péruviens, c'est la bourgeoisie péruvienne, comme la bourgeoisie chilienne est l'ennemie du prolétariat chilien.
Internationalisme / 2.3.07
A en croire la bourgeoisie, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les bourses battaient des records, la croissance était soutenue, les prix sous contrôle. Et puis, début juillet… patatras, une véritable tempête boursière s’est levée révélant l’aspect mensonger de tous ces beaux discours ! En quelques semaines, dans le sillage du Dow Jones, l’indice new-yorkais qui s’est replié de plus de 10 %, les principales bourses du monde ont toutes connu une chute brutale.
Pour endiguer momentanément cette crise, la FED et la BCE 1 ont déversé plus de 330 milliards de dollars sur les marchés ! Ces sommes colossales injectées par les différentes banques centrales témoignent, à elles seules, de l’amplitude du séisme et des craintes réelles de toutes les bourgeoisies.
Aujourd’hui, les “experts” et autres bonimenteurs essayent une nouvelle fois de nous bercer d’illusions par de jolis “comptes” à dormir debout : cette convulsion estivale ne serait que passagère ou, mieux encore, une “correction salutaire” des excès spéculatifs de ces dernières années ! Mais en réalité, ces secousses sont le signe d’une nouvelle phase d’accélération de la crise, la plus grave et la plus profonde depuis la fin des années 1960. Et c’est une nouvelle fois la classe ouvrière qui va en subir les terribles conséquences.
Dans les colonnes de la presse ou sur les plateaux télé de cet été, quand des millions de dollars partaient chaque jours en fumée, les économistes bourgeois n’avaient qu’un mot à la bouche : “Imprévisible”. La crise aurait éclaté sans coup de semonce, tel un éclair dans un ciel d’azur. Mensonges ! Les records boursiers, la flambée de l’immobilier, et même la croissance, tout ceci était bâti sur du sable et tout le monde le savait. Notre organisation, le Courant communiste international, affirmait déjà au printemps dernier que la prétendue bonne santé de l’économie mondiale, ne reposant que sur l’endettement, préparait un avenir sombre : “En réalité, il s’agit là d’une véritable fuite en avant, qui loin de permettre une solution définitive aux contradictions du capitalisme ne fait que lui préparer des lendemains plus douloureux et notamment des ralentissements brutaux de sa croissance” 2. Il ne s’agissait pas là d’une prémonition mais d’une analyse fondée sur l’histoire du capitalisme. La crise financière actuelle est une crise majeure de l’endettement et du crédit. Or cet endettement monstrueux ne tombe pas du ciel. Il est le produit de quarante années de développement lent et heurté de la crise mondiale.
En effet, depuis la fin des années 1960, le capitalisme se survit à lui-même par un recours, toujours croissant, à l’endettement. En 1967, l’économie mondiale a commencé à ralentir. Et depuis, décennie après décennie, la croissance est de moins en moins importante. La seule réponse de la bourgeoisie a été de maintenir son système sous perfusion, en injectant des sommes d’argent de plus en plus folles sous la forme du crédit et de la dette. L’histoire économique de ces quarante dernières années forme une sorte de spirale infernale : crise… endettement… plus de crise… plus d’endettement... Après les chocs pétroliers de 1973 et de 1979, il y a eu la récession ouverte de 1991-1993, la crise asiatique de 1997-98 et l’éclatement de la bulle Internet de 2000-2002. Chaque fois, ces convulsions sont plus violentes, les conséquences plus dramatiques.
Aujourd’hui, la crise éclate de nouveau alors que l’endettement a atteint des sommets inimaginables. La dette totale des Etats-Unis, première puissance militaire et économique du monde, est passée de 630 milliards de dollars en 1970 à 36 850 milliards en 2003. Et depuis lors, la machine s’est totalement emballée. Cette dette croît tout simplement de 1,64 milliards de dollars par jour ! Ces chiffres vertigineux mettent en lumière de manière éclatante le fait que la crise financière actuelle est autrement plus profonde que toutes celles qui l’ont précédée.
Depuis une décennie, la folie spéculative a envahi tous les secteurs d’activité. Comme jamais auparavant, l’écrasante majorité des capitaux ne trouvent plus à se placer avec suffisamment de profit dans l’économie réelle (les entreprises qui produisent des biens et des marchandises). Tout naturellement, ils se sont donc orientés vers la spéculation pure et simple. Banques, établissements de prêts, sociétés de spéculation plus ou moins spécialisées dans les placements à risques (les fameux hedge funds 3), partout on a assisté à une véritable ruée vers ce supposé nouvel Eldorado. L’argent, les crédits se sont alors mis à couler à flots. La bourgeoisie semblait n’avoir plus qu’une seule obsession, s’endetter et s’endetter encore.
C’est dans ce contexte totalement fou que les ménages aux Etats-Unis mais aussi, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne et en Espagne, ont été fortement encouragés à acheter appartements et maisons, sans en avoir réellement les moyens. Les organismes financiers se sont mis à prêter de l’argent à des familles ouvrières aux revenus extrêmement modestes sur la seule garantie de leur bien immobilier. Le principe de base de ces prêts hypothécaires (appelés subprimes) est le suivant : lorsque Mr X. veut acheter une maison à 100 000 $, un organisme de crédit, une banque par exemple, lui prête les fonds sans réserve et sans garantie autre que l’hypothèque de cette maison. Si Mr X. est surendetté et qu’il ne parvient plus à rembourser son prêt, l’organisme de crédit reprend la maison, la revend et récupère ses fonds soit 100 000 $. C’est là la seule garantie de la banque. C’est pourquoi ce sont principalement les hedge-funds (spécialisés dans les placements à risques) qui ont participé à ces subprimes. Les ouvriers, pouvant emprunter plus facilement furent donc plus nombreux à vouloir acquérir une maison bien à eux. Les prix immobiliers ont, par conséquent, commencé à monter (de 10 % l’an en moyenne). Ces ouvriers aux salaires extrêmement bas, n’ont finalement que l’endettement comme ressource pour acheter ; ils continuèrent donc à s’endetter au-delà de toute raison en hypothéquant leur maison qui venait de prendre de la valeur. Par exemple, notre Mr X., voyant la valeur de sa maison augmenter jusqu’à 120 000 $, peut de nouveau faire un crédit à la consommation par hypothèque à la hauteur de 20 000 $. Puis la valeur grimpe à 150 000 $. Mr X. peut encore hypothéquer les nouveaux 30 000 $ ! Et ainsi de suite. Mais ce cercle n’est pas sans fin. D’un côté, la classe ouvrière se paupérise (licenciements, gel des salaires…). De l’autre, les prêts aux Etats-Unis étant à taux variables croissants, les échéances sont, mois après mois, d’un montant de plus en plus élevé. Le résultat est aussi inexorable que fatidique. Lorsque trop d’ouvriers ne parviennent plus à rembourser leurs mensualités astronomiques, que les banques multiplient les réquisitions des biens hypothéqués, la crise éclate, et la bulle immobilière s’effondre, comme actuellement. En effet, trop de maisons se retrouvent en vente, les prix du logement chutent (ils pourraient tomber de 15 à 30 %). Effet pervers, le pouvoir d’achat de millions de familles ouvrières reposant justement sur le prix de leur maison et donc de leur capacité à s’endetter, cette chute de l’immobilier signifie pour eux la banqueroute. Ainsi, comme la valeur de la maison de Mr X. a chuté (110 000 $), les banques ne récupèrent plus leurs fonds. Non seulement Mr X. n’a plus de maison, non seulement il a remboursé des intérêts pendant plusieurs années, mais il doit encore la différence aux sociétés prêteuses, soit 40 000 $… plus les intérêts bien sûr ! Le résultat de tout cela ne s’est pas fait attendre : plus de trois millions de foyers devraient se retrouver à la rue cet automne.
Dans le même temps, les hedge-funds, en plus de prêter sous forme de subprimes, n’ont pas hésité eux aussi à se surendetter auprès des banques et autres organismes de crédit pour spéculer sur les biens immobiliers. Le principe, tout simple, est d’acheter un bien puis de le revendre quelques temps plus tard en misant sur la hausse du marché immobilier. Ainsi, l’éclatement de la bulle immobilière signifie aussi la faillite de tous ces fonds. En effet, même en récupérant les biens hypothéqués et en jetant des millions de personnes sur le trottoir, ces organismes héritent de maisons ne valant plus rien. Par effet domino, les banques et autres organismes de crédits sont tout autant touchés. Imaginez ! Ces institutions s’empruntaient les unes aux autres au point de ne plus savoir qui doit de l’argent et à qui ! Chaque jour qui passe nous apprend qu’une banque ou encore un établissement de crédit est au bord de la faillite. Tel est déjà le cas, par exemple de la banque Countrywide aux Etats-Unis ou encore de la Sachen LB et d’IKB en Allemagne. Leurs dettes correspondant à l’investissement dans les secteurs à risques représentent plus de 10 200 milliards de dollars ! C’est maintenant tout le secteur spéculatif et du crédit qui entre en crise ouverte.
La classe ouvrière ici encore paye les pots cassés : on a assisté au cours du mois d’août à une véritable ruée des petits épargnants vers les banques aux Etats-Unis et en Allemagne. Il en sera certainement de même demain en Grande-Bretagne, en Espagne, au Japon ou en Chine.
Une telle crise financière devient toujours une crise de l’économie réelle. La seule question que l’on puisse se poser aujourd’hui est celle de son ampleur. Avant même la crise financière de cet été, les spécialistes de la bourgeoisie commençaient déjà en catimini à revoir à la baisse les prévisions de la croissance mondiale. En janvier 2007, les Nations Unies annonçaient que celle-ci reculerait à 3,2 % cette année (après avoir affichée 3,8 % en 2006 et 4,5 % en 2005). Mais avec l’éclatement de la crise boursière, tous ces chiffres vont être une nouvelle fois revus à la baisse.
En effet, la profonde crise du crédit signifie inexorablement une baisse brutale d’activité pour toutes les entreprises. Plus personne ne veut ou ne peut prêter de l’argent aux entreprises pour investir. Or, les bénéfices records que celles-ci affichent parfois sont en réalité basés en très grande partie sur un endettement massif. Le robinet du crédit coupé, ces entreprises vont donc être, pour la plupart, en très mauvaise posture. L’exemple le plus frappant est sans nul doute le secteur du bâtiment. La bulle immobilière étant basée uniquement sur les prêts à risques, le nombre de constructions va plonger ; cette activité va se réduire fortement aux États-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne et dans bien d’autres pays développés, c’est ainsi toute la croissance qui va en être affectée. Et les répercussions vont encore bien au-delà : “comme aux États-Unis, un prêt immobilier finance au moins 80 % de la consommation, c’est toute la demande des ménages qui est touchée. La consommation américaine va donc fléchir et amputer d’un point à un point et demi, la croissance de l’an prochain qui au lieu d’atteindre 3,5 %, pourrait ne pas dépasser les 2 %” (Patrick Artuis La Tribune de l’Economie du 27/08/07). Et encore sommes-nous là dans le scénario le plus optimiste. Certains spécialistes s’accordent à dire que la croissance américaine devrait en fait se situer sous la barre des 1 % ! Cette récession américaine a, à l’évidence, une importance mondiale. L’Europe a une économie profondément liée à l’activité d’Outre-Atlantique. De plus, le ralentissement maintenant attendu de ces deux économies va avoir nécessairement de fortes répercutions en Chine, comme dans l’ensemble de l’Asie. L’Europe et les États-Unis représentent 40 % des exportations chinoises ! C’est donc toute la croissance mondiale qui va ralentir brutalement.
Mais il manque encore un facteur aggravant pour bien comprendre ce qui est en train de se passer : le retour de l’inflation. En Chine, ce pays prétendument béni des dieux capitalistes avec ses taux de croissance à deux chiffres, a un taux d’inflation s’établissant aujourd’hui à 5,6 % l’an (le plus haut niveau depuis dix ans) et il continue de grimper de mois en mois. Ce pays ne fait là encore que symboliser une tendance qui se développe maintenant internationalement. C’est dans le secteur des matières premières et de l’alimentation, que partout dans le monde, ce phénomène se développe. Les prix de l’alimentation de base devraient grimper de près de 10%. Effet boule de neige : la consommation de la classe ouvrière et de la grande majorité de la population va subir un coup d’arrêt, ce qui va aggraver en retour encore plus la situation des entreprises.
Depuis la fin des années 1960, bien des chutes boursières et des récessions se sont succédées. Chaque fois celles-ci sont plus brutales et profondes. Ce nouvel épisode ne dérogera pas à la règle, il représente un pas qualitatif supplémentaire, une aggravation sans précédent de la crise historique du capitalisme. C’est la première fois que tous les indicateurs économiques passent ainsi au rouge simultanément : crise du crédit et de la consommation, endettement pharaonique, récession et inflation ! Nous voilà face à la pire récession depuis plus de quarante ans. Les coups vont donc tomber sur le dos de la classe ouvrière ; seule la lutte unie et solidaire nous permettra d’y faire face !
Tino (30 août)
1) FED = Banque centrale américaine ; BCE = Banque centrale européenne.
2) Résolution sur la situation internationale adoptée à notre dernier congrès et publiée dans notre Revue internationale n° 130.
3) Les hedges funds gèrent environ 1300 milliards de dollars officiellement.
Links
[1] https://de.internationalism.org/content/1523/die-lehren-aus-dem-heissen-herbst-1977
[2] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/38/allemagne
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/questions-theoriques/terrorisme
[4] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/36/france
[5] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/luttes-classe
[6] https://fr.internationalism.org/files/fr/Tract_airbus3.pdf
[7] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/prises-position-du-cci
[8] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/situation-sociale-france
[9] https://fr.internationalism.org/en/tag/conscience-et-organisation/gauche-germano-hollandaise
[10] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/gauche-communiste
[11] https://www.dailymotion.com/video/x3gy59
[12] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/belgique
[13] https://fr.internationalism.org/ri380/bresil_les_controleurs_aeriens_en_greve.html
[14] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte
[15] https://fr.internationalism.org/rint124/gci.htm
[16] https://fr.internationalism.org/rinte94/parasitisme.htm
[17] https://fr.internationalism.org/ri/355_menaces.htm
[18] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/groupe-communiste-internationaliste
[19] https://es.internationalism.org/cci-online/200602/434/cuatro-intervenciones-publicas-de-la-cci-en-brasil-un-reforzamiento-de-las-pos
[20] https://fr.internationalism.org/en/content/octobre-1917-debut-revolution-mondiale-masses-ouvrieres-prennent-destin-main
[21] https://fr.internationalism.org/en/brochures/trotskysme
[22] https://es.internationalism.org/cci-online/200708/2006/estudiantes-en-venezuela-la-perspectiva-de-lucha-proletaria-el-camino-para-su
[23] https://es.internationalism.org/cci-online/200706/1928/chavez-explota-a-favor-del-capital-los-suenos-de-las-capas-mas-necesitadas
[24] https://es.internationalism.org/cci-online/200706/1934/acentuacion-de-la-precariedad-en-nombre-del-socialismo
[25] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/reunions-publiques
[26] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/52/amerique-centrale-et-du-sud
[27] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/41/espagne
[28] https://fr.internationalism.org/isme327/turquie
[29] https://libcom.org/forums/thought/kondopoga-a-popular-uprising-turned-to-a-pogrom
[30] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/60/russie-caucase-asie-centrale
[31] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/fascisme
[32] https://zh.internationalism.org
[33] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/interventions
[34] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/53/mexique
[35] https://ru.internationalism.org
[36] http://www.ibrp.org
[37] http://www.leftcom.org/en
[38] https://fr.internationalism.org/en/rinte90/bipr.htm
[39] https://fr.internationalism.org/en/rinte91/bipr.htm
[40] https://fr.internationalism.org/en/rinte9/italie
[41] https://es.internationalism.org/cci/200602/539/espana-1936-franco-y-la-republica-masacran-al-proletariado
[42] https://fr.internationalism.org/en/tag/conscience-et-organisation/gauche-italienne
[43] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/tci-bipr
[44] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/lutte-classe-france
[45] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/sncf
[46] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/courrier-des-lecteurs
[47] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/242/perou
[48] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/catastrophes
[49] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/lutte-classe-belgique
[50] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/crise-economique