Polémique : à l'origine du CCI et du BIPR, I - La fraction italienne et la gauche communiste de France

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Dans le précédent numéro de notre Re­vue nous avons publié une polémique en réponse à celle de Revolutionary Perspectives n°5 (publication de la Communist workers' organisation, CWO) « Sectes, mensonges et la pers­pective perdue du CCI ». Ne pouvant, faute de place, traiter de tous les as­pects abordés par la CWO, nous nous sommes cantonnés à répondre à une seule des questions : l'idée suivant la­quelle la perspective dégagée par le CCI pour la présente période historique au­rait totalement fait faillite. Nous avons mis en évidence que les affirmations de la CWO se basaient essentiellement sur une profonde incompréhension de nos propres positions et surtout sur une to­tale absence de sa part de cadre d'ana­lyse de la période présente. Une ab­sence de cadre qui est d'ailleurs fière­ment revendiquée par la CWO, et le BI­PR (Bureau International pour le Parti Révolutionnaire) auquel elle est affiliée, lorsqu'elle considère qu'il est impossible pour les organisations révolutionnaires d'identifier la tendance dominante dans le rapport de forces entre prolétariat et bourgeoisie, cours vers des affronte­ments de classe croissants ou bien cours vers la guerre impérialiste. En réalité, le refus du BIPR de considérer qu'il est possible, et nécessaire, pour les révolutionnaires d'identifier la nature du cours historique tire ses origines des conditions mêmes dans lesquelles s'est constituée, à la fin de la seconde guerre mondiale, l'autre organisation du BIPR et inspiratrice de ses positions politiques, le Partito Comunista Internaziona-lista (PCInt). Justement, dans le n°15 de la revue théorique en langue anglaise du BIPR, Internationalist Communist (IC), cette organisation revient, dans une nouvelle polémique avec le CCI, « Les racines politiques du malaise or-ganisationnel du CCI », sur la question des origines du PCInt et de celles du CCI. C'est essentiellement cette ques­tion que nous traiterons ici en réponse à cette polémique.

La polémique du BIPR traite du même thème que l'article de RP n° 5 : les causes des difficultés organisationnelles que le CCI a affrontées au cours de la dernière période. La grande faiblesse des deux textes, c'est qu'ils ne mentionnent nullement l'analyse que le CCI a faite pour sa part de ces diffi­cultés ([1]) : aux yeux du BIPR celles-ci ne peuvent surgir que de faiblesses d'ordre pro­grammatique ou dans l'appréciation de la situation mondiale actuelle. Incontestable­ment, ces questions peuvent être source de difficultés pour une organisation commu­niste. Mais toute l'histoire du mouvement ouvrier nous démontre que les questions liées à la structure et au fonctionnement de l'organisation sont des questions politiques à part entière et que des faiblesses dans ce domaine, plus encore que sur d'autre points programmatiques ou d'analyse, ont des con­séquences de premier plan, et souvent dra­matiques, sur la vie des formations révolu­tionnaires. Faut-il rappeler aux camarades du BIPR, qui pourtant se revendiquent des positions de Lénine, l'exemple du 2e Congrès du Parti Ouvrier Social Démocrate de Russie, en 1903, où c'est justement sur la question d'organisation (et nullement sur des points programmatiques ou d'analyse de la période) que s'est fait le clivage entre bol­cheviks et mencheviks ? En fait, à y regarder de plus près, l'incapacité actuelle du BIPR à fournir une analyse sur la nature du cours historique trouve en bonne partie ses origi­nes dans des erreurs politiques concernant la question d'organisation, et plus particuliè­rement sur la question des rapports entre fraction et parti. Et c'est justement ce que met en évidence une nouvelle fois l'article de IC. Afin que les camarades du BIPR ne puissent pas nous accuser de falsifier leur position nous donnons ci-dessous une longue citation de leur article :

« Le CCI a été formé en 1975 mais son his­toire remonte à la Gauche Communiste de France (GCF), un groupe minuscule qui avait été formé au cours de la seconde guerre mondiale par le même élément ("Marc") qui allait fonder le CCI dans les années 70. La GCF était fondamentalement basée sur le rejet de la formation du Parti Communiste Internationaliste en Italie après 1942 par les ancêtres du BIPR.

La GCF affirmait que le Parti Commu­niste Internationaliste ne constituait pas une avancée par rapport à la vieille Fraction de la Gauche Communiste qui été allée en exil en France durant la dictature de Mussolini. La GCF avait appelé les membres de la Fraction à ne pas rejoindre le nouveau Parti qui avait été formé par des révolutionnaires comme Onorato Damen, relâché de prison avec l'effondrement du régime de Mussolini. Il donnait comme argument que la contre-révolution qui s'était abattue sur les ou­vriers depuis leurs défaites dans les années 20 continuait encore et que, de ce fait, il n'y avait pas la possibilité de créer un parti ré­volutionnaire dans les années 40. Après que le fascisme italien se soit effondré et que l'Etat italien soit devenu un champ de ba­taille entre les deux fronts impérialistes la grande majorité de la fraction italienne en exil a rejoint le Parti Communiste Interna­tionaliste (PCInt) en misant sur le fait que la combativité ouvrière ne resterait pas limitée au nord de l'Italie alors que la guerre approchait de sa fin. L'opposition de la GCF n'eut aucun impact à cette époque mais c'était le premier exemple des consé­quences des raisonnements abstraits qui constituent un des traits méthodologiques du CCI aujourd'hui. Aujourd'hui le CCI va dire qu'il ne sortit aucune révolution de la seconde guerre mondiale et que c'est bien la preuve que la GCF avait raison. Mais cela ignore le fait que le PCInt était la création de la classe ouvrière révolutionnaire ayant eu le plus de réussite depuis la Révolution russe et que, malgré un demi siècle de do­mination capitaliste par la suite, elle conti­nue à exister et s'accroît aujourd'hui.

La GCF, d'un autre côté, a poussé ses abstractions "logiques" un cran plus loin. Elle a considéré que puisque la contre-révo­lution était toujours dominante la révolution prolétarienne n'était pas à l'ordre du jour. Et si cela était le cas, une nouvelle guerre impérialiste devait advenir ! Le résultat en fut que la direction s'en alla en Amérique du Sud et la GCF disparut durant la guerre de Corée. Le CCI a toujours été quelque peu embarrassé par la révélation des capacités de compréhension du "cours historiques" par ses ancêtres. Toutefois sa réponse a tou­jours été de le prendre de haut. Quand l'an­cienne GCF est revenue dans une Europe remarquablement préservée, au milieu des années 60, au lieu de reconnaître que le PCInt avait toujours eu raison quant a ses perspectives et à sa conception de l'organi­sation, elle a cherché à dénigrer le PCInt en affirmant qu'il était "sclérosé" et "opportuniste" et a dit au monde qu'il était "bordiguiste" (... Une accusation qu'elle a été obligée de retirer par la suite). Cepen­dant, même après qu'elle ait été contrainte à cette rétractation, elle n'en avait pas fini avec sa politique de dénigrement des possi­bles "rivaux" (pour reprendre les termes du CCI lui-même) et maintenant le CCI es­sayait de soutenir que le PCInt avait "travaillé dans les partisans" (c'est-à-dire avait appuyé les forces bourgeoises qui cherchaient à établir un Etat démocratique italien). C'était une calomnie lâche et écoeurante. En fait des militants du PCInt avaient été assassinés sous les ordres di­rects de Palmiro Togliatti (Secrétaire géné­ral du Parti Communiste Italien) pour avoir essayé de combattre le contrôle des stali­niens sur la classe ouvrière en gagnant une audience auprès des partisans. »

Ce passage, qui aborde les histoires respec­tives du CCI et du BIPR, mérite qu'on y ré­ponde sur le fond, notamment en apportant des éléments historiques. Cependant, pour la clarté du débat, il nous faut commencer par rectifier certains propos qui dénotent soit la mauvaise foi, soit une ignorance affligeante de la part du rédacteur de l'article.

Quelques rectifications et précisions

En premier lieu, la question des partisans qui provoque une telle indignation chez les camarades du BIPR au point qu'ils ne peu­vent se retenir de nous traiter de « calomniateurs » et de « lâches ». Effecti­vement nous avons dit que le PCInt avait « travaillé dans les partisans ». Mais ce n'est nullement une calomnie, c'est la stricte vérité. Oui ou non le PCInt a-t-il envoyé certains de ses militants et cadres dans les rangs des partisans ? C'est une chose qu'on ne peut cacher. Plus, le PCInt se revendique de cette politique, à moins qu'il n'ait changé de position depuis que le camarade Damen écrivait, au nom de l'Exécutif du PCInt, à l'automne 1976, que son Parti pouvait «se présenter avec toutes ses cartes en règle » en évoquant « ces militants révolutionnaires qui faisaient un travail de pénétration dans les rangs des partisans pour y diffuser les principes et la tactique du mouvement révo­lutionnaire et qui, pour cet engagement, sont même allés jusqu'à payer de leur vie. » ([2]) En revanche, nous n'avons jamais pré­tendu que cette politique consistait à « appuyer les forces qui cherchaient à éta­blir un Etat démocratique italien ». Nous avons abordé à plusieurs reprises cette question dans notre presse ([3]), et nous y re­viendrons dans la seconde partie de cet arti­cle, mais si nous avons critiqué impitoya­blement les fautes commises par le PCInt lors de sa constitution, nous ne l'avons ja­mais confondu avec les organisations trots­kistes, encore moins staliniennes. Plutôt que de pousser de hauts cris, les camarades du BIPR auraient mieux fait de donner les cita­tions qui provoquent leur colère. En atten­dant qu'ils le fassent, nous pensons qu'il est préférable qu'ils remettent leur indignation dans leur poche, et leurs insultes avec.

Un autre point sur lequel il nous faut appor­ter une rectification et une précision con­cerne l'analyse de la période historique faite par la GCF au début des années 1950 et qui a motivé le départ d'Europe d'un certain nombre de ses membres. Le BIPR se trompe lorsqu'il prétend que le CCI est embarrassé par cette question et qu'il y répond « en le prenant de haut ». Ainsi, dans l'article con­sacré à la mémoire de notre camarade Marc (Revue Internationale n° 66) nous écrivions : « Cette analyse, on la trouve notamment dans l'article "L'évolution du capitalisme et la nouvelle perspective" publiée dans Inter­nationalisme n° 46 (...). Ce texte rédigé en mai 1952 par Marc, constitue, en quelque sorte, le testament politique de la GCF. En effet, Marc quitte la France pour le Vene­zuela en juin 1952. Ce départ correspond à une décision collective de la GCF qui, face à la guerre de Corée, estime qu'une troi­sième guerre mondiale entre le bloc améri­cain et le bloc russe est devenue inévitable à brève échéance (comme il est dit dans le texte en question). Une telle guerre, qui ra­vagerait principalement l'Europe, risquerait de détruire complètement les quelques grou­pes communistes, et notamment la GCF, qui ont survécu à la précédente. La "mise à l'abri" en dehors d'Europe d'un certain nombre de militants ne correspond dons pas au souci de leur sécurité personnelle (...) mais au souci de préserver la survie de l'or­ganisation elle-même. Cependant, le départ sur un autre continent de son élément le plus expérimenté et formé va porter un coup fatal à la GCF dont les éléments qui sont restés en France, malgré la correspondance suivie que Marc entretient avec eux, ne parviennent pas, dans une période de pro­fonde contre-révolution, à maintenir en vie l'organisation. Pour des raisons sur lesquel­les on ne peut revenir ici, la troisième guerre mondiale n'a pas eu lieu. Il est clair que cette erreur d'analyse a coûté la vie de la GCF (et c'est probablement l'erreur, parmi celles commises par notre camarade tout au long de sa vie militante, qui a eu les conséquences les plus graves). »

Par ailleurs, lorsque nous avons republié le texte évoqué plus haut (dès 1974 dans le n° 8 du Bulletin d'étude et de discussion de RI, ancêtre de la Revue internationale) nous avons bien précisé : «Internationalisme avait raison d'analyser la période qui a suivi la 2e guerre mondiale comme une con­tinuation de la période de réaction et de re­flux de la lutte de classe du prolétariat (..). Elle avait encore raison d'affirmer qu'avec la fin de la guerre le capitalisme ne sort pas de sa période de décadence, que toutes les contradictions qui ont amené le capitalisme à la guerre subsistaient et poussaient inexo­rablement le monde vers de nouvelles guerre. Mais Internationalisme n'a pas perçu ou pas suffisamment mis en évidence la phase de "reconstruction" possible dans le cycle : crise-guerre-reconstruction-crise. C'est pour cette raison et dans le contexte de la lourde atmosphère de la guerre froide USA-URSS de l'époque qu'Internationalisme ne voyait la possibilité d'un resurgissement du prolétariat que dans et à la suite d'une 3e guerre.»

Comme on peut le voir, le CCI n'a jamais « pris de haut » cette question et n'a jamais été « embarrassé » pour évoquer les erreurs de la GCF (même à une époque où le BIPR n'était pas encore là pour les lui rappeler). Cela dit, le BIPR nous fait une nouvelle fois la preuve qu'il n'a pas compris notre analyse du cours historique. L'erreur de la GCF ne consiste pas en une évaluation incorrecte du rapport de forces entre classes mais dans une sous-estimation du répit que la reconstruction avait donné à l'économie capitaliste lui permettant pendant deux décennies d'échapper à la crise ouverte et donc d'atté­nuer quelque peu l'ampleur des tensions im­périalistes entre blocs. Celles-ci pouvaient alors rester contenues dans le cadre de guer­res locales (Corée, Moyen-Orient, Vietnam, etc.). Si à cette époque la guerre mondiale n'a pas eu lieu ce n'est pas grâce au proléta­riat (lequel était paralysé et embrigadé par les forces de gauche du capital) mais parce qu'elle ne s'imposait pas encore au capita­lisme.

Après avoir fait ces mises au point, il nous faut revenir sur un « argument » qui semble tenir à coeur au BIPR (puisqu'il l'employait déjà dans l'article de polémique de RP n° 5) : celui concernant la taille « minuscule » de la GCF. En réalité, la réfé­rence au caractère « minuscule » de la GCF renvoie à la « création de la classe ouvrière révolutionnaire ayant eu le plus de réussite depuis la Révolution russe », à savoir le PCInt qui, à l'époque, comptait plusieurs milliers de membres. Le BIPR veut-il par là nous démontrer que la raison de la plus « grande réussite » du PCInt était que ses positions étaient plus correctes que celles de la GCF ?

Si tel est le cas l'argument est bien maigre. Cependant, au delà de la pauvreté de cet ar­gument, la démarche du BIPR touche à des questions de fond où se situent justement certaines des divergences fondamentales entre nos deux organisations. Pour être en mesure d'aborder ces questions de fond, il nous faut revenir sur l'histoire de la Gauche communiste d'Italie. Car la GCF n'était pas qu'un groupe « minuscule », c'était aussi le véritable continuateur politique de ce cou­rant historique dont se réclament également le PCInt et le BIPR.

Quelques éléments d'histoire de la Gauche italienne

Le CCI a publié un livre, La Gauche com­muniste d'Italie, qui présente l'histoire de ce courant. Nous ne ferons ici qu'esquisser quelques aspects importants de cette his­toire.

Le courant de la Gauche italienne, qui s'était dégagé autour d'Amadeo Bordiga et de la fé­dération de Naples comme Fraction « abstentionniste » au sein du PSI, a été à l'origine de la fondation du PC d'Italie en 1921 au Congrès de Livourne et a assumé la direction de ce parti jusqu'en 1925. En même temps que d'autres courants de gauche dans l'Internationale Communiste (comme la Gauche allemande ou la Gauche hollan­daise), il s'est dressé, bien avant l'Opposition de gauche de Trotsky, contre la dérive op­portuniste de l'Internationale. En particulier, contrairement au trotskisme qui se réclamait intégralement des 4 premiers congrès de lie, la Gauche italienne rejetait certaines des positions adoptées lors des 3e et 4e Con­grès, et tout particulièrement la tactique de « Front Unique ». Sur bien des aspects, no­tamment sur la nature capitaliste de 1’URSS ou sur la nature définitivement bourgeoise des syndicats, les positions de la Gauche germano-hollandaise étaient au départ beau­coup plus justes que celles de la gauche ita­lienne. Cependant, la contribution au mou­vement ouvrier de la Gauche communiste d'Italie s'est révélée plus féconde que celle des autres courants de la Gauche commu­niste dans la mesure où elle avait été capa­ble de mieux comprendre deux questions es­sentielles :

- le repli et la défaite de la vague révolu­tionnaire ;

- la nature des tâches des organisations révo­lutionnaires dans une telle situation.

En particulier, tout en étant consciente de la nécessité d'une remise en cause des posi­tions politiques qui avaient été invalidées par l'expérience historique, la Gauche ita­lienne avait le souci d'avancer avec une très grande prudence, ce qui lui a évité de «jeter le bébé avec l'eau du bain » contrairement à la Gauche hollandaise qui a fini par considé­rer octobre 1917 comme une révolution bourgeoise et à rejeter la nécessité d'un parti révolutionnaire. Cela n'a pas empêché la Gauche italienne de reprendre à son compte certaines des positions qui avaient été élabo­rées antérieurement par la Gauche germano-hollandaise.

La répression croissante du régime mussolinien, notamment à partir des lois d'excep­tion de 1926, a contraint la plupart des mili­tants de la Gauche communiste d'Italie à s'exiler. C'est donc à l'étranger, principale­ment en France et en Belgique, que ce cou­rant a poursuivi une activité organisée. En février 1928 a été fondée à Pantin, près de Paris, la Fraction de Gauche du Parti com­muniste d'Italie. Celle-ci a essayé de partici­per à l'effort de discussion et de regroupe­ment des différents courants de Gauche qui avaient été exclus de 1’IC dégénérescente et dont la figure la plus connue était Trotsky. En particulier, la Fraction avait comme ob­jectif de publier une revue de discussion commune à ces différents courants. Cepen­dant, ayant été exclue de l'Opposition de Gauche internationale, elle s'était résolue à partir de 1933 à publier pour son propre compte la revue Bilan en langue française en même temps qu'elle poursuivait la publi­cation de Prometeo en langue italienne.

Nous n'allons pas ici passer en revue ni les positions de la Fraction ni l'évolution de celles-ci. Nous nous contenterons de rappe­ler une de ses positions essentielles qui fon­daient son existence : les rapports entre parti et fraction.

Cette position a été progressivement élabo­rée par la Fraction à la fin des années 1920 et au début des années 1930 quand il s'agis­sait de définir quelle politique il convenait de développer vis-à-vis des partis commu­nistes en voie de dégénérescence.

A grands traits, on peut résumer ainsi cette position. La Fraction de Gauche se forme à un moment où le parti du prolétariat tend à dégénérer victime de l'opportunisme, c'est-à-dire de la pénétration en son sein de l'idéo­logie bourgeoise. C'est la responsabilité de la minorité qui maintient le programme ré­volutionnaire que de lutter de façon organi­sée pour faire triompher celui-ci au sein du parti. Soit la Fraction réussit à faire triom­pher ses principes et à sauver le parti, soit ce dernier poursuit son cours dégénérescent et il finit alors par passer avec armes et ba­gages dans le camp de la bourgeoisie. Le moment du passage du parti prolétarien dans le camp bourgeois n'est pas facile à détermi­ner. Cependant, un des indices les plus si­gnificatifs de ce passage est le fait qu'il ne puisse plus apparaître de vie politique prolé­tarienne au sein du parti. La fraction de Gauche a la responsabilité de mener le com­bat au sein du parti tant que subsiste un es­poir qu'il puisse être redressé : c'est pour cela que dans les années 1920 et au début des années 1930, ce ne sont pas les courants de gauche qui ont quitté les partis de 1’IC mais ils ont été exclus, souvent par des manoeuvres sordides. Cela dit, une fois qu'un parti du prolétariat est passé dans le camp de la bourgeoisie, il n'y a pas de retour pos­sible. Nécessairement, le prolétariat devra faire surgir un nouveau parti pour reprendre son chemin vers la révolution et le rôle de la Fraction est alors de constituer un « pont » entre l'ancien parti passé à l'ennemi et le futur parti dont elle devra élaborer les bases programmatiques et constituer l'ossature. Le fait qu'après le passage du parti dans le camp bourgeois il ne puisse exister de vie prolétarienne en son sein signifie aussi qu'il est tout à fait vain, et dangereux, pour les révolutionnaires de pratiquer « l'entrisme » qui constituait une des « tactiques » du trotskisme et que la Fraction a toujours reje­té. Vouloir entretenir une vie prolétarienne dans un parti bourgeois, et donc stérile pour les positions de classe, n'a jamais eu comme autre résultat que d'accélérer la dégénéres­cence opportuniste des organisations qui s'y sont essayées et non de redresser en quoi que ce soit ce parti. Quant au « recrutement » que ces méthodes ont per­mis, il était particulièrement confus, gangre­né par l'opportunisme et n'a jamais pu constituer une avant-garde pour la classe ouvrière.

En fait, une des différences fondamentales entre la Fraction italienne et le trotskisme réside dans le fait que la Fraction, dans la politique de regroupement des forces révo­lutionnaires, mettait toujours en avant la né­cessité de la plus grande clarté, de la plus grande rigueur programmatique, même si elle était ouverte à la discussion avec tous les autres courants qui avaient engagé le combat contre la dégénérescence de 11C. En revanche, le courant trotskiste a essayé de constituer des organisations de façon pré­cipitée, sans une discussion sérieuse et une décantation préalables des positions politi­ques, misant essentiellement sur des accords entre « personnalités » et sur l'autorité ac­quise par Trotsky comme un des principaux dirigeants de la révolution de 1917 et de 11C à son origine.

Une autre question qui a opposé le trots­kisme à la Fraction italienne était celle du moment où il fallait former un nouveau parti. Pour Trotsky et ses camarades, la question de la fondation du nouveau parti était immédiatement à l'ordre du jour dès lors que les anciens partis avaient été perdus pour le prolétariat. Pour la Fraction, la question était très claire : « La transformation de la fraction en Parti est conditionnée par deux éléments intime­ment liés ([4]):

/. L'élaboration, par la fraction, de nouvel­les positions politiques capables de donner un cadre solide aux luttes du prolétariat pour la Révolution dans sa nouvelle phase plus avancée (...).

2. Le renversement des rapports de classe du système actuel (...) avec l'éclatement de mouvements révolutionnaires qui pourront permettre à la Fraction de reprendre la di­rection des luttes en vue de l'insurrection. » (« Vers l'Internationale 2 et 3/4 ? », Bilan n°l, 1933)

Pour que les révolutionnaires soient capa­bles d'établir de façon correcte quelle est leur responsabilité à un moment donné, il est indispensable qu'ils identifient de façon claire le rapport de forces entre les classes et le sens de l'évolution de ce rapport de forces. Un des grands mérites de la Fraction est justement d'avoir su identifier la nature du cours historique au cours des années 1930 : de la crise générale du capitalisme, du fait de la contre-révolution qui pesait sur la classe ouvrière, il ne pouvait sortir qu'une nouvelle guerre mondiale.

Cette analyse a fait la preuve de toute son importance au moment de la guerre d'Espa­gne. Alors que la plupart des organisations se réclamant de la gauche des partis com­munistes ont vu dans les événements d'Es­pagne une reprise révolutionnaire du prolé­tariat mondial, la Fraction avait compris que malgré toute la combativité et le courage du prolétariat d'Espagne, il était piégé par l'idéologie antifasciste promue par toutes les organisations ayant une influence en son sein (la CNT anarchiste, 1’UGT socialiste ainsi que les partis communiste, socialiste et le POUM, un parti socialiste de gauche par­ticipant au gouvernement bourgeois de la « Generalitat ») et qu'il était destiné à servir de chair à canon dans un affrontement entre secteurs de la bourgeoisie (la « démocratique » contre la «fasciste ») préludant à la guerre mondiale qui devait survenir inévitablement. A cette occasion, il s'est formé dans la fraction une minorité qui pensait qu'en Espagne la situation restait « objectivement révolutionnaire » et qui, au mépris de toute discipline organisationnelle et refusant le débat que lui proposait la ma­jorité, s'est enrôlée dans les brigades antifa­scistes du POUM ([5]) et s'est même expri­mée dans les colonnes du journal de ce parti. La Fraction est obligée de prendre acte de la scission de la minorité qui, à son retour d'Espagne, fin 1936 ([6]), va intégrer les rangs de l'Union Communiste, un groupe ayant rompu sur la gauche, au début des années 1930, avec le trotskisme mais qui rejoint ce courant pour qualifier de « révolutionnaires » les événements d'Espa­gne et promouvoir un « antifasciste criti­que ».

Ainsi, en compagnie d'un certain nombre de communistes de gauche hollandais, la Frac­tion italienne est la seule organisation qui ait maintenu une position de classe intransi­geante face à la guerre impérialiste qui se développait en Espagne ([7]). Malheureuse­ment, à la fin de 1937, Vercesi qui est le principal théoricien et animateur de la Frac­tion commence à élaborer une théorie sui­vant laquelle les différents affrontements militaires qui se sont produits dans la seconde partie des années 1930 ne constituent pas les préparatifs vers une nouvelle bou­cherie impérialiste généralisée mais des « guerres locales » destinées à prévenir par des massacres d'ouvriers la menace proléta­rienne qui se ferait jour. D'après cette « théorie » le monde se trouvait donc à la veille d'une nouvelle vague révolutionnaire et la guerre mondiale n'était plus à l'ordre du jour dans la mesure, notamment, où l'éco­nomie de guerre était sensée, par elle-même, surmonter la crise capitaliste. Seule une mi­norité de la Fraction, dont notre camarade Marc, est alors capable de ne pas se laisser entraîner dans cette dérive qui représentait une sorte de revanche posthume de la mi­norité de 1936. La majorité décide d'inter­rompre la publication de la revue Bilan et de la remplacer par Octobre (dont le nom est conforme à la « nouvelle perspective »), or­gane du Bureau International des Fractions de Gauche (italienne et belge), qu'elle veut publier en 3 langues. En fait, au lieu de «faire plus » comme la supposée « nouvelle perspective » l'exigeait, la Fraction est inca­pable de maintenir son travail d'auparavant : Octobre, contrairement à Bilan, paraîtra de façon irrégulière et uniquement en français ; de nombreux militants, déboussolés par cette remise en cause des positions de la Fraction tombent dans la démoralisation ou démissionnent.

La Gauche italienne durant la seconde guerre mondiale et la formation de la GCF

Lorsque la guerre mondiale éclate, la Frac­tion est désarticulée. Plus encore que la ré­pression policière, de la part de la police « démocratique », puis de la Gestapo (plusieurs militants, dont Mitchell, principal animateur de la Fraction belge, sont dépor­tés et meurent), c'est la désorientation poli­tique et l'impréparation face à une guerre mondiale sensée ne pas advenir qui sont responsables de cette débandade. Pour sa part, Vercesi proclame qu'avec la guerre le prolétariat est devenu « socialement inexis­tant », que tout travail de fraction est deve­nu inutile et qu'il convient donc de dissoudre les fractions (décision qui est prise par le Bureau International des fractions) ce qui contribue encore à la paralysie de la Frac­tion. Cependant le noyau de Marseille, constitué de militants qui s'étaient opposés aux conceptions révisionnistes de Vercesi avant la guerre, poursuit un travail patient pour reconstituer la Fraction, un travail par­ticulièrement difficile du fait de la répres­sion et de l'absence de moyens matériels. Des sections sont rétablies à Lyon, Toulon et Paris. Des contacts sont pris avec la Belgi­que. A partir de 1941 la Fraction italienne « reconstituée » tient des conférences an­nuelles, nomme une Commission Executive et publie un Bulletin international de dis­cussion. Parallèlement se constitue en 1942, sur les positions de la Fraction italienne, le Noyau français de la Gauche communiste auquel participe Marc, membre de la CE de la FI et qui se donne comme perspective de constituer la Fraction française.

Lorsqu'en 1942-43 se développent dans le Nord de l'Italie de grandes grèves ouvrières conduisant à la chute de Mussolini et à son remplacement par l'amiral pro-allié Badoglio (grèves qui se répercutent en Allemagne parmi les ouvriers italiens soutenues par des grèves d'ouvriers allemands), la Fraction es­time que, conformément à sa position de toujours, « le cours de la transformation de la Fraction en parti en Italie est ouvert » Sa Conférence d'août 1943 décide de reprendre le contact avec l'Italie et demande aux mili­tants de se préparer à y retourner dès que possible. Cependant ce retour ne fut pas possible en partie pour des raisons matériel­les et en partie pour des raisons politiques du fait que Vercesi et une partie de la Frac­tion belge y étaient hostiles considérant que les événements d'Italie ne remettaient pas en cause « l'inexistence sociale du proléta­riat ». A sa conférence de mai 1944, la Fraction condamne les théories de Vercesi ([8]). Cependant ce dernier n'est pas arrivé au bout de sa dérive. En septembre 1944 il participe, au nom de la Fraction (et en com­pagnie d'un autre membre de celle-ci, Pieri) à la constitution de la « Coalizione antifa-scista » de Bruxelles aux côtés des partis démocrate chrétien, « communiste », répu­blicain, socialiste et libéral et qui publie le journal L'Italia di Domani dans les colonnes duquel on trouve des appels à la souscrip­tion financière pour soutenir l'effort de guerre allié. Ayant pris connaissance de ces faits, la CE de la Fraction a exclu Vercesi le 20 janvier 1945. Cela n'a pas empêché ce dernier de poursuivre encore plusieurs mois son activité dans la « Coalizione » et comme président de la « Croce Rossa » ([9]).

Pour sa part, la Fraction maintenue poursui­vait un travail difficile de propagande contre l'hystérie antifasciste et de dénonciation de la guerre impérialiste. Elle avait maintenant à ses côtés le Noyau français de la Gauche communiste qui s'est constitué en Fraction française de la Gauche communiste et qui a tenu son premier congrès en décembre 1944. Les deux fractions distribuent des tracts et collent des affiches appelant à la fraternisa­tion entre les prolétaires en uniforme des deux camps impérialistes. Cependant, à la conférence de mai 1945, ayant appris la constitution en Italie du Partito comunista internazionalista avec les figures prestigieu­ses de Onorato Damen et Amadeo Bordiga, la majorité de la Fraction décide la dissolu­tion de celle-ci et l'entrée individuelle de ses membres dans le PCInt. C'était là une re­mise en cause radicale de toute la démarche de la Fraction depuis sa constitution en 1928. Marc, membre de la CE de la Frac­tion, et qui avait été le principal animateur de son travail durant la guerre, s'oppose àcette décision. Il ne s'agissait pas d'une dé­marche formaliste mais politique : il esti­mait que la Fraction devait se maintenir tant qu'elle ne s'était pas assurée des positions du nouveau parti qui étaient mal connues et vérifier si elles étaient bien conformes à celles de la Fraction ([10]). Pour ne pas être complice du suicide de la Fraction, il dé­missionne de sa CE et quitte la conférence après avoir fait une déclaration expliquant son attitude. La Fraction (qui pourtant n'est plus sensée exister) l'exclue pour « indignité politique » et refuse de reconnaître la FFGC dont il était le principal animateur. Quel­ques mois après, deux membres de la FFGC qui avaient rencontré Vercesi, lequel s'était prononcé pour la constitution du PCInt, scissionnent et constituent une FFGC-bis avec le soutien de cette organisation. Pour éviter toute confusion, la FFGC prend le nom de Gauche Communiste de France (GCF) tout en se réclamant de la continuité politique de la Fraction. Pour sa part, la FFGC-bis se voit « renforcée » par l'entrée dans ses rangs des membres de la minorité exclue de la Fraction en 1936 et du principal animateur de l'Union Communiste, Chazé. Cela n'empêche pas le PCInt et la Fraction belge de la reconnaître comme « seul repré­sentant en France de la Gauche commu­niste ».

La « minuscule » GCF a arrêté en 1946 la publication de son journal d'agitation, L'Etincelle, estimant que la perspective d'une reprise historique des combats de classe, telle qu'elle avait été mise en avant en 1943, ne s'était pas vérifiée. En revanche, elle a publié, entre 1945 et 1952, 46 numé­ros de sa revue théorique Internationalisme, abordant l'ensemble des questions qui se po­saient au mouvement ouvrier au lendemain de la seconde guerre mondiale et précisant les bases programmatiques sur lesquelles allaient se constituer Internacionalismo en 1964 au Venezuela, Révolution Internatio­nale en 1968 en France et le Courant Com­muniste International en 1975.

Dans la seconde partie de cet article, nous allons revenir sur la fondation du Partito Comunista Internazionalista, inspirateur du BIPR et « création de la classe ouvrière révolutionnaire ayant eu le plus de réussite depuis la Révolution russe » aux dires de celui-ci.

Fabienne.

Rectificatif

Le BIPR nous a demandé de rectifier la phrase suivante de notre article « Une politique de regroupement sans bous­sole » {Revue internationale n° 87, p. 22) : « A la 4e conférence [des groupes de la Gauche communiste], la CWO et BC ont relâché les critères afin de per­mettre que la place du CCI soit prise par le SUCM. » Le BIPR nous a dit qu'en réalité la 4e conférence s'est réunie sur les critères qui avaient été adoptés à la fin de la 3e, le SUCM ayant affirmé être d'accord avec ces critères. Nous prenons acte de ce fait. Nous sommes intéressés à ce que les polémiques entre le CCI et le BIPR, comme tous les débats entre révo­lutionnaires, s'appuient sur les questions de fond et non sur des malentendus ou des détails erronés.



[1] Voir l'article sur le 12e Congrès du CCI dans ce numéro.

[2] Lettre publiée dans la Revue Internationale n° 8 avec notre réponse : <r Les ambiguïtés sur les "partisans" dans la constitution du Parti Commu­niste Internationaliste en Italie ».

[3] Voir article de la Revue Internationale n° 8.

[4] Nous avons souvent abordé dans notre presse ce qui, conformément à la conception élaborée par la Gauche italienne, distingue la forme parti de la forme fraction (voir en particulier notre étude « Le rapport Fraction-Parti dans la tradition marxiste » dans la Revue Internationale n° 59, 61, 64 et 64). Pour la clarté de la question on peut rappeler ici les éléments suivants. La minorité communiste existe en permanence comme expression du devenir révolu­tionnaire du prolétariat. Cependant l'impact qu'elle peut avoir sur les luttes immédiates de la classe est étroitement conditionné par le niveau de celles-ci et du degré de conscience des masses ouvrières. Ce n'est que dans des périodes de luttes ouvertes et de plus en plus conscientes du prolétariat que cette mi­norité peut espérer avoir un impact sur ces luttes. Ce n'est que dans ces circonstances qu'on peut parler de cette minorité comme d'un parti. En revanche, dans les périodes de recul historique du prolétariat, de triomphe de la contre-révolution, il est vain d'espérer que les positions révolutionnaires puissent avoir un impact significatif et déterminant sur l'ensemble de la classe. Dans de telles périodes, le seul travail pos­sible, et il est indispensable, est celui d'une fraction : préparer les conditions politiques de la formation du futur parti lorsque le rapport de forces entre les clas­ses permettra à nouveau que les positions communis­tes aient un impact dans l'ensemble du prolétariat.

[5] Un membre de la minorité, Candiani, prend même le commandement de la colonne poumiste « Lenin » sur le front d'Aragon.

[6] Il faut noter que les événements d'Espagne ont provoqué des scissions dans d'autres organisations (l'Union Communiste en France, la Ligue des Com­munistes en Belgique, la Revolutionary Workers' League aux Etats-Unis, la Liga Comunista au Mexi­que) qui se retrouvent sur les positions de la Fraction italienne rejoignant ses rangs ou constituant, comme en Belgique, une nouvelle fraction de la Gauche Communiste internationale. C'est à cette époque que le camarade Marc quitte l'Union Communiste et re­joint la Fraction avec qui il était en contact depuis plusieurs années.

[7] La majorité de la Fraction, contrairement à la lé­gende qu'a entretenue la minorité ainsi que d'autres groupes, ne s'est pas cantonnée à observer de loin les événements d'Espagne. Ses représentants sont restés jusqu'en mai 1937 en Espagne, non pour s'enrôler sur le front antifasciste mais pour poursuivre, dans la clandestinité face aux tueurs staliniens qui ont failli les assassiner, un travail de propagande pour essayer de soustraire quelques militants à la spirale de la guerre impérialiste.

[8] Durant cette période, la Fraction a publié de nom­breux numéros de son bulletin de discussion ce qui lui a permis de développer toute une série d'analyses notamment sur la nature de l'URSS, sur la dégéné­rescence de la révolution russe et la question de l'Etat dans la période de transition, sur la théorie de l'économie de guerre développée par Vercesi et sur les causes économiques de la guerre impérialiste.

[9] A ce titre, il en est venu à remercier « son excel­lence le nonce apostolique > pour son « appui à cette oeuvre de solidarité et d'humanité » tout en se déclarant certain « qu'aucun italien ne se couvrirait de la honte de rester sourd à notre pressant ap­pel » {L'Italia di Domani n°l 1, mars 1945)

[10] En ce sens, la raison pour laquelle Marc s'oppose à la décision de la Fraction, en mai 1945, n'est pas celle donnée par IC : « que la contre-révolution qui s'était abattue sur les ouvriers depuis leurs défai­tes dans les années 20 continuait encore et que, de ce fait, il n'y avait pas la possibilité de créer un parti révolutionnaire dans les années 40 » puisqu'à ce moment-là, tout en soulignant les difficultés grandissantes rencontrées par le prolétariat du fait de la politique systématique des Alliés visant à dévoyer sa combativité sur un terrain bourgeois, Marc n'avait pas encore remis en cause explicitement la position adoptée en 1943 sur la possibilité de former le parti.