La fonction des organisations révolutionnaires : le danger du conseillisme

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Cet article a pour fonction d'exprimer la position du CCI sur le danger du conseillisme. Il porte vers l'extérieur le fruit de discussions internes  pour la clarification du milieu révolutionnaire.

Le CCI a toujours eu comme principe de porter à l'extérieur ses propres débats internes, dès le moment où la clarification était suffisante pour que s'exprime le point de vue de l'ensemble de l'organisation. Tout débat théorique et politique n'est pas réservé à usage interne, pas plus qu'il ne vise à la réflexion pour la réflexion. Une or­ganisation révolutionnaire digne de ce nom rejette aussi bien le monolithisme' qui enferme et étouffe les débats que l'esprit de cercle qui débouche sur la logomachie. Organisation militante du proléta­riat, l'organisation révolutionnaire se conçoit comme un corps politique sécrété par la classe, où celle-ci n'est pas seulement intéressée mais di­rectement impliquée dans la lutte théorique et po­litique des organisations qu'elle a fait surgir. Les débats d'une organisation révolutionnaire ne peuvent être secrets pour la classe, car une orga­nisation révolutionnaire n'a pas de secrets à dis­simuler au prolétariat. La politique du secret pouvait être le propre des sectes bakouninistes au 19ème siècle, mais jamais celui des organisations marxistes. Le caractère "secret" de ces sectes dé­bouchait inévitablement sur la politique de manoeuvres. L'organisation secrète de l'Alliance de la démocratie socialiste de Bakounine dans la 1ère Internationale ne faisait que manifester une atti­tude d'extériorité au prolétariat.

Les organisations marxistes ont toujours reflété dans leurs publications les divergences existantes afin de travailler dans le sens d'une prise de conscience toujours plus aigue du prolétariat de son combat pour son émancipation. Les bolcheviks, avant l'interdiction des fractions au sein de leur organisation en 1921, le KAPD et la gauche communiste italienne ont toujours eu cet objectif. Non point pour donner - à la façon des "conseillis­tes" dégénérés - des "points de vue" dont le pro­létariat n'aurait qu'à prendre passivement con­naissance, mais pour orienter et trancher de façon ferme les débats afin que la pratique de la classe soit  libérée de toute erreur ou hésitation.

Ce mode de fonctionnement de l'organisation mar­xiste découle tout naturellement de sa fonction dans la classe : être un facteur actif dans la praxis du prolétariat. Le CCI rejette aussi bien les groupes d'opinion des conseillistes dont l'aboutissement est l'éclectisme et la dissolution de l'organisation dans la passivité que les orga­nisations monolithiques du "bordiguisme" dont la vie interne est étouffée et figée par l'interdic­tion de toute position minoritaire. Dans les deux cas, cette incompréhension de la fonction de l'or­ganisation ne peut mener qu'à la désagrégation. La disparition des principales organisations conseillistes, puis l'éclatement du PCI, est finale­ment la sanction de cette incompréhension.

LE CCI N'EST PAS CONSEILLISTE.

Le CCI - contrairement aux affirmations gratui­tes de "Battaglia Comunista", puis du CWO qui, de­puis peu, rejette aux orties les acquis du KAPD et se découvre des "sympathies" bordiguistes après avoir été tiré à grand peine par le CCI du marais "conseilliste libertaire" de "Solidarity" - ne vient pas du "conseillisme". Il s'est formé contre lui. L'existence d'Internacionalismo au Venezuela a été possible et s'est consolidée dès la fin des années 60 par une lutte théorique et politique contre la tendance conseilliste de "Proletario" ([1]). La naissance de R.I. en France s'est ef­fectuée en montrant, face au milieu conseillo-libertaire particulièrement présent à l'époque, la nécessité d'une organisation révolutionnaire mili­tante et donc d'un regroupement des révolutionnai­res. Après quelques hésitations à reconnaître la nécessité d'un parti révolutionnaire ([2]) R.I n'a cessé de montrer l'importance d'un regroupement sans lequel ne pouvaient être posées les bases du parti. Le regroupement de 1972 entre R.I., l'orga­nisation conseilliste de Clermont Ferrand et les "Cahiers du Communisme des Conseils" n'a pas été un regroupement "conseilliste" mais un regroupement sur la base marxiste de la reconnaissance du rôle irremplaçable de l'organisation dans la classe. Il a été possible après de longues discussions grâce auxquelles ont été levées les confusions conseillistes des groupes de Clermont et Marseil­le. A l'époque, faute d'une continuité organique avec la gauche communiste allemande et italienne, il était inévitable que les groupes surgissant du bouillonnement de 1'après 68 soient des groupes en recherche des principaux acquis de la gauche. Face au stalinisme et au gauchisme, et sous l'influence du milieu contestataire "anti-autoritaire", ils subissent pleinement les effets de l’idéologie conseilliste anti-organisation et anti-bolchevik. Vis-à-vis de ces groupes en France, Puis en"Grande Bretagne et aux USA, R.I. (puis le CCI après 1975) a mené un patient travail contre cette idéologie qui pénétrait les groupes de discussion en recher­che et qui, en réaction au stalinisme, rejetait finalement toute l'histoire du mouvement ouvrier. C'est en reconnaissant la nature prolétarienne de" la révolution russe, en janvier 74, que le groupe "World Révolution" rompt avec le conseillisme. Le même cas se présente pour " Internationalism" aux USA, après discussions avec R.I. et "Internacionalismo".

Certes ; le CCI a eu à combattre jusqu'en son sein les idées bordiguistes sur la conception de l'organisation, sur le rôle du parti et ses rap­ports avec 1' Etat surgi de la révolution ([3]). De­puis le groupe "Parti de classe" en 1972 jusqu'à la tendance qui allait donner le jour au GCI en 79 le CCI a montré que sa lutte contre les fausses conceptions de l'organisation n'était pas plus une régression vers le conseillisme que vers un "néo­bordiguisme" façon "Battaglia Comunista" et ac­tuellement CWO. Si le combat politique et théori­que dans sa presse s'est surtout essentiellement dirigé contre le bordiguisme et le néo-bordiguisme c'est surtout parce que la disparition du milieu conseilliste - par nature anti-organisation -laissait le champ libre au courant du PCI, qui se développait en raison directe de ses capitulations opportunistes. En quelque sorte, le développement du "bordiguisme" était la rançon que devait payer le milieu révolutionnaire à la disparition pro­gressive des groupes d'orientation conseilliste disparus dans la tourbe de la confusion. Mais d'autre part aussi, le "bordiguisme", avec le PCI, constituait un véritable repoussoir pour les élé­ments nouveaux et groupes de discussion pouvant surgir. Ses conceptions d'un parti monolithique ("compact et puissant" suivant sa terminologie) devant exercer dans la révolution sa dictature et la "terreur rouge" ont eu pour effet de déconsidé­rer idée de parti. Incapable de faire, comme 1'avait fait "Bilan", le bilan de la contre-révolution et d'en tirer les implications sur la fonction et le fonctionnement de l'organisation, préférant dialoguer "avec les morts" et "avec Sta­line" ([4]), le PCI et les sous-produits du bordi­guisme n'ont fait qu'apporter de l'eau au moulin du conseillisme anti-organisation. Le bordiguisme, comme courant, véhicule les vieilles conceptions substitutionnistes qui avaient cours dans le mou­vement révolutionnaire du passé. Ces conceptions, le CCI les a toujours combattues et les combattra encore demain. Parce que le conseillisme, sur un plan théorique du moins à défaut de le faire poli­tiquement de façon organisée, combat le "substitutionnisme", cela ne signifie nullement que le CCI se trouve aux côtés du conseillisme.

Le CCI, en effet, a eu bien l'occasion de com­battre les erreurs et aberrations conseillistes, jusque dans son sein. Face à des conceptions acti­vistes-ouvriéristes, s'exprimant en particulier dans sa section en Grande-Bretagne, le CCI a été contraint de convoquer une conférence extra­ordinaire de toute l'organisation en janvier 82, afin de rappeler, et non d'établir, quelle était la conception du CCI de la fonction et du fonc­tionnement  d'une organisation  révolutionnaire.

Malheureusement les idées conseillistes conti­nuent à s'exprimer de façon indirecte - et cela est d'autant plus dangereux - jusque dans notre organisation. En effet, au début de l'année 84, s'est ouvert un débat sur le rôle de la conscience de classe en dehors des luttes ouvertes. Des hési­tations se manifestaient pour reconnaître alors la fin du recul de 1'après Pologne (1981-82), avec la reprise de la lutte de classe en automne 83. Cette reprise montrait de façon évidente une maturation de la conscience dans la classe, qui s'accomplis­sait de façon souterraine en dehors des périodes visibles de lutte de classe. ([5])

Bien que la question ne soit pas nouvelle pour le CCI, un débat s'est ouvert dans notre organisa­tion sur la conscience de classe. Il prolonge de façon militante le travail déjà accompli dans la brochure "Organisations communistes et conscience de classe". Reprenant la distinction classique du marxisme ([6]), le CCI distingue les deux dimensions de la conscience : sa profondeur et son étendue. De cette façon, le CCI veut souligner plusieurs points fondamentaux :

-     la continuité et le développement de la cons­cience dans la classe en étendue et en profondeur qui se manifeste par une maturation souterraine et s'explique par l'existence d'une conscience col­lective ;

-     la conscience de classe a nécessairement une forme (organisations politiques et unitaires) et un contenu (programme et théorie) ; elle trouve son expression la plus élaborée, à défaut d'être achevée, dans les organisations révolutionnaires sécrétées par la classe ;

-     cette conscience ne se développe pas chez les ouvriers pris comme entités individuelles mais collectivement ; elle ne se manifeste pas de façon immédiatiste mais historiquement ;

-     contrairement aux assertions mégalomaniaques des bordiguistes, la conscience de classe n'est pas la propriété exclusive du parti ; elle existe néces­sairement dans la classe, existence sans laquelle il n'existerait pas d'organisation révolution­naire ;

-     contrairement à la démagogie "ultra-démocratiste" du conseillisme, le CCI affirme que l'expres­sion la plus haute de la conscience n'est pas les conseils ouvriers - où elle se développe de façon heurtée et à travers bien des erreurs - mais l'or­ganisation politique révolutionnaire, lieu privilégié où se cristallise tout le trésor de l'expé­rience historique du prolétariat. Elle est la forme la plus élaborée, découlant de sa fonction, de concentrer la mémoire collective du prolétariat, qui n'existe qu'à l'état diffus dans la classe avant la période révolutionnaire, moment où la classe se la réapproprie avec le plus d'acuité.

Au cours de ce débat, le CCI a eu à combattre des positions qui soit rejetaient l'idée d'une maturation souterraine, soit (tout en reconnais­sant ce processus) sous-estimaient le rôle indis­pensable des organisations révolutionnaires, en rejetant les dimensions de la conscience de clas­se ([7]).

Réaffirmant que sans parti il ne peut y avoir de révolution, car la révolution engendre nécessaire­ment des partis révolutionnaires, la majorité du CCI réaffirme que ces partis ne sont pas à la queue des conseils ouvriers mais son avant-garde la plus consciente. Etre une avant-garde ne leur donne au­cun droit mais le devoir d'être à la hauteur de leur responsabilité, en raison de leur conscience théorique et programmatique plus élevées.

A la suite de ce débat - qui n'est pas terminé - le CCI a pu relever une tendance chez les camara­des "minoritaires"à la conciliation avec le conseillisme (oscillations "centristes" par rapport aux idées conseillistes) . Bien que ceux-ci pré­tendent le contraire, nous pensons que le conseillisme constitue le plus grand danger pour le milieu révolutionnaire dès aujourd'hui, et bien plus que le " substitutionnisme, il deviendra un très grand péril pour l'intervention du parti dans les luttes révolutionnaires futures.

LE SUBSTITUTIONNISME EST-IL LE PLUS GRAND DANGER DE DEMAIN ?

A- Les bases objectives du substitutionnisme.

Lorsque nous parlons de substitutionnisme, nous entendons par là la pratique de groupes révolu­tionnaires qui prétendent diriger la classe et prendre le pouvoir en son nom. Dans ce sens, les gauchistes ne sont pas des organisations substitutionnistes : leur activité ne vise pas à se substituer à l'action de la classe, mais à la dé­truire de l'intérieur pour perpétuer la domination de la classe capitaliste. En tant que telles, el­les ne commettent pas d1"erreurs" substitutionistes mais visent à prendre la direction de la lutte de classe pour la dévoyer et la soumettre à l'or­dre bourgeois (parlementarisme, syndicalisme). Le substitutionnisme est en fait une mortelle erreur qui s'est développée dans le camp ouvrier, avant 1914, puis après 1920 au sein de l'Internationale Communiste. De la prétention à diriger de façon militaire la classe (cf. la discipline confinant "à la discipline militaire" affichée au 2ème Con­grès) il n'y avait qu'un pas à la conception d'une dictature d'un parti unique vidant les conseils ouvriers de leur propre substance. Mais ce pas qui mène progressivement à la contre-révolution ne put être franchi que dans des conditions historiques déterminées. Les ignorer et oublier que de telles conceptions existaient jusque dans la gauche alle­mande, c'est ne pas comprendre les racines du substitutionnisme comme phénomène unique.

a) L'héritage de la conception social-démocrate du parti, unique porteur de la conscience qui devait être injectée de l'extérieur par des "intellec­tuels bourgeois" (cf. Kautsky et le "Que faire?" de Lénine) à 1'"armée disciplinée" des prolétai­res, a lourdement pesé sur le mouvement révolu­tionnaire. Il a pesé d'autant plus lourdement qu'il trouvait un terrain fertile dans les pays sous-développés - comme en Russie et en Italie - où le parti était conçu comme un "état-major" re­présentant les intérêts de la classe et donc amené à prendre le pouvoir en son nom ;

b) de telles erreurs ont pu prendre pied dans une période de croissance numérique du prolétariat, où ce dernier - à peine sorti des illusions petites-bourgeoises rurales et artisanales - était éduqué politiquement par l'action des organisations po­litiques du prolétariat. Faute d'une riche expé­rience révolutionnaire capable de le mûrir politi­quement et de lui donner une véritable culture po­litique, les tâches d'organisation et d'éducation des partis avant 1914 prenaient une place considé­rable. La conception que le parti est " l'état-major" de la classe et apporte aux ouvriers la conscience politique trouva un écho essentielle­ment dans les pays où le mouvement révolutionnaire manquait encore de maturité, et d'autant plus que son action se déroulait dans la plus stricte clan­destinité, avec la centralisation et la discipline la plus stricte.

c)      Les idées substitutionnistes, avant 1914, étaient encore une erreur au sein du mouvement ré­volutionnaire. Déjà les événements de 1905, où se manifestaient de façon incroyablement rapide la spontanéité créative du prolétariat, par la grève de masse, montraient la fausseté de telles con­ceptions. Lénine, lui-même, n'allait pas tarder à abandonner les thèses qu'il avait défendues dans "Que faire?". La révolution de 1905 entraîna dans la gauche communiste en Europe, et particulière­ ment chez Pannekoek, une remise en question de la conception kautskyste ; il montrait l'importance décisive de l'auto-organisation du prolétariat, que nul plan d'état major social-démocrate ou syn­dical ne pouvait susciter. Le change­ ment de tactique noté par Pannekoek dans les tac­tiques parlementaire et syndicale, qui passait dé­sormais au second plan, montrait un changement profond dans la fonction de l'organisation révolutionnaire.

d)    Il est faux de voir dans Lénine et les bolche­viks les théoriciens du substitutionnisme avant 1917, et même avant 1920. Les bolcheviks en 17 sont portés au pouvoir - avec les socialistes ré­volutionnaires de gauche - par les conseils ou­vriers. L'insurrection, à laquelle participent de nombreux anarchistes dans la Garde Rouge, se fait sous la direction et le contrôle des conseils ou­vriers. C'est beaucoup plus tard, avec l'isolement de la révolution russe et le début de la guerre civile, que commence à être théorisée - sous la forme de "léninisme" - la théorie d'une dictature de parti. Le substitutionnisme en Russie, où les conseils se vident de toute vie à mesure qu'ils sont vampirisés par le parti unique, est moins le résultat d'une volonté préexistante des bolche­viks que du tragique isolement de la révolution russe de la révolution en Europe occidentale.

e) Le courant de la gauche communiste italienne -contrairement aux assertions des conseillistes qui amalgament "léninisme" et "bordiguisme" (le "bordigo-léninisme") - a toujours rejeté en 1920 avec Bordiga la conception d'une conscience importée de l'extérieur dans le prolétariat par des "intellec­tuels bourgeois". Pour Bordiga,  le parti est d'abord une partie de la classe ; le parti est le résultat d'une croissance organique issue de lai classe où fusionnent en une même totalité le programme et une volonté militante. Dans les années! 30, "Bilan" a toujours rejeté la conception défendue au 2ème congrès de l'I.C. d'une dictature d'un parti. Il a fallu la profonde régression de la gauche italienne après 1945, sous l'influence de Bordiga lui-même, pour que s'opère un retour à la théorie du substitutionnisme, codifiée après 1923 sous le vocable de "léninisme". C'est justement le rejet de la conception d'une "dictature de parti" qui a été en automne 1952 l'une des raisons de la scission qui donna le jour au groupe actuel "Battaglia Comunista".

B- Un danger moindre.

Aujourd'hui, les conceptions substitutionnistes présentent un moindre danger que par le passé, en raison :

-    de la profonde réflexion théorique au sein des gauches communistes allemande, italienne et hollandaise dans les années 30, même si cela s'est fait partiellement au sein de chaque gauche, ré­flexion issue du bilan de la révolution russe et qui a permis de comprendre les racines de la con­tre-révolution y

-    de la contre-révolution stalinienne qui a déve­loppé au sein du prolétariat, dans les pays déve­loppés en particulier, un sens plus aigu de la critique à l'égard des organisations politiques surgies de son sein et qui peuvent être amenées à le trahir. Le prolétariat, fort de son expérience historique, n'accordera plus désormais aveuglément et"naïvement sa confiance aux organisations qui se réclament de lui;

-    de l'impossibilité d'une révolution dans les pays arriérés, tant que l'épicentre de la révolu­tion mondiale ne se sera pas manifesté au cœur des pays industrialisés d'Europe occidentale. Le schéma d'une révolution isolée surgissant de la guerre impérialiste dans un pays où la bourgeoisie se trouve dans un état de faiblesse comme en Rus­sie en 1917 ne se reproduira plus. C'est à l'issue d'une crise économique touchant tous les pays – et non plus les pays vaincus- là où le prolétariat est le plus concentré et le plus éduqué politique­ment que surgira de façon beaucoup plus consciente la révolution communiste. Le prolétariat ne pour­ra s'organiser qu'internationalement et ne se re­connaîtra dans ses partis que dans la mesure où ils seront une partie des conseils ouvriers inter­nationaux surgis non d'une révolution "française", "allemande", etc., mais véritablement internatio­nale. L'isolement géographique de la révolution dans un seul pays, facteur objectif du substitu­tionnisme, n'est plus possible. Le danger vérita­ble serait l'isolement sur un seul continent. Mais même dans ce cas, il ne pourrait y avoir prédomi­nance d'un parti national comme en Russie : l'in­ternationale (parti communiste mondial) se dévelop­pera pleinement au sein des conseils ouvriers internationaux.

Cela ne signifie pas, bien entendu, que le dan­ger de substitutionnisme a disparu à jamais. Dans les phases descendantes du cours révolutionnaire - qui sera étendu dans le temps, comme le montre l'exemple de la révolution allemande -, les hésitations inévitables et même l'épuisement momentané du prolétariat au cours d'une guerre civile longue et dévastatrice, peuvent être le terrain fertile où germe la plante empoisonnée du substitutionnisme ou du putschisme, bien proche de la conception substitutionniste blanquiste. D'autre part, la maturité du milieu révolutionnaire, où se sera opérée préalablement une décantation impitoya­ble des organisations prétendant être le "cerveau" ou l'"état major" de la classe sera un facteur dé­cisif pour lutter énergiquement contre ce danger.

CONDITIONS D'APPARITION ET CARACTERISTIQUES DU CONSEILLISME.

Mais si le substitutionnisme constitue un danger surtout en période de recul dans la vague révolu­tionnaire, le conseillisme est un danger bien plus redoutable, surtout dans la période de montée de la vague révolutionnaire et encore plus à son point culminant où le prolétariat a besoin d'agir rapidement et avec la plus grande décision. Cette rapidité dans sa réaction et son sens aigu de la décision culminent dans la confiance qu'il mani­feste aux programmes et mots d'ordre de ses partis. C'est pourquoi l'esprit d'indécision et le suivis­me des conseillistes qui se trouvent flatter la moindre action des ouvriers sont particulièrement dangereux dans cette période. Les tendances conseillistes qui se manifestèrent entre 1919 et 1921 au sein du prolétariat allemand ne sont pas une expression de force du prolétariat. Si elles ne sont pas responsables de la défaite, elles tradui­sent une grande faiblesse au sein de la classe. Faire de ces faiblesses une vertu, comme le font les conseillistes, est la voie la plus sûre pour mener demain la révolution à la défaite. Il impor­te donc de comprendre les réactions de type conseilliste au sein du prolétariat allemand au cours de ces années pour éviter la répétition de ces faiblesses.

Contrairement aux apparences, le conseillisme n'apparaît pas d'abord comme une variété d'anarchisme, lequel trouva son terrain d'élection d'a­bord dans les pays sous-développés où le proléta­riat était à peine sorti d'un état campagnard et artisanal. Il surgit au sein d'un prolétariat de longue souche, déjà aguerri par la lutte de classe et fortement politisé, agissant collectivement et débarrassé de l'individualisme petit- bourgeois.

Les tendances conseillistes surgirent d'abord dans le KPD (Spartakus) puis dans le KAPD, lors­qu'il se forma en avril 1920. Bien que Rühle (ex-IKD) fut le porte-parole de ces tendances, finale­ment assez isolé dans le KAPD, en dehors de la Saxe, l'écho des idées conseillistes se répercuta finalement dans l'ensemble du prolétariat radical allemand de toutes les régions. L'exclusion de Rühle et de ses partisans saxons par le XAP en dé­cembre 1920 n'empêcha pas un rapide développement des thèses conseillistes qui devinrent celles des Unions unitaires (AAU-E), regroupant à un moment donné quelques centaines de milliers d'ouvriers.

Les caractéristiques du conseillisme allemand qu'on retrouve aujourd'hui d'ailleurs en grande part, sont :

-   le rejet de tout parti politique du prolétariat comme "bourgeois". Selon Rühle : "le parti est d'es­sence bourgeoise. Il représente 1'organisation classique pour la représentation d'intérêts de la bourgeoisie. Sa naissance se fait à l'époque où la classe bourgeoise venait au pouvoir. Il naquit justement   avec   le parlementarisme..."

("Von der bürgerlichen zur prolatarischen révolu­tion", 1924). Ici, Rühle exprime la haine légitime du prolétariat contre le parlementarisme, sans comprendre que la fonction du parti révolutionnai­re change dans la décadence, ce que comprend par contre parfaitement le KAPD;

-   le rejet du centralisme comme expression de la dictature d'une classe : "L'essence bourgeoise est organisativement représentée par le centralisme." (Otto Rühle, op. cit.)

Les conseillistes ici s'attaquent aux formes en soi, croyant pouvoir éviter par ce moyen 1'appari­tion" d'une "caste de chefs". En préconisant la décentralisation et en cultivant "l’anti-autorité" ils ne font que favoriser l'absence de contrôle effectif des ouvriers des organisations qu'ils mettent en place. L'anti-centralisme affiché par les "unitaires" partisans de Rühle, n'empêcha pas que l'AAU-E tombe sous la poigne des intellectuels et artistes de "Die Aktion" (Franz Pfempfert en particulier), qui constituèrent véritablement des chefs auto-proclamés;

-    le localisme, corollaire de 1'anti-centralisme, débouché nécessairement sur l'usinisme ouvrié­riste. L'usine devient l'univers borné des unio­nistes (AAU proche du KAP, comme l'AAU-E) qui y voient une forteresse contre l'influence des par­tis. Le culte de l'ouvrier dans son entreprise s'accompagne d'un anti-intellectualisme, les non-ouvriers "intellectuels" militants dans le KAPD étant soupçonnés d'aspirer au rôle de "chefs" en se substituant a l'initiative spontanée des ou­vriers;

-    la confusion entre conseils ouvriers et organi­sations politiques ramène plusieurs décennies en arrière le mouvement ouvrier lorsque dans l'AIT on trouvait syndicats, partis, coopératives, etc. Ainsi, les Unions ont un programme révolutionnaire inspiré d'ailleurs de celui du KAP, mais sont mi-chèvres mi-chou, mi-politiques et mi-syndicales. Une telle confusion mena inévitablement à un néo­syndicalisme révolutionnaire. Ce n'est pas par ha­sard si l'AAU-E - proche de Rühle et de Pfemfert -collabora rapidement avec les anarcho-syndicalistes de la FAUD

-    finalement, le conseillisme politique glisse fa­talement vers un semi-anarchisme, dans sa pire forme, l'individualisme. Rühle lui-même glissa progressivement vers un anti-marxisme anarchisant, pour ne voir dans Marx qu'un bilieux impénitent face à Bakounine. Son culte de l'individualisme débouche sur la "pédagogie" de l'ouvrier indivi­duel, dont l'esprit est celui de "la cheminée d'usine", pour reprendre l'ironique expression du KAP définissant l'individualisme saxon.

DANGER "CONSEILLISTE"  DANS LA  REVOLUTION.

Le conseillisme ne fait qu'exprimer les faibles­ses de la classe ouvrière. Il est d'abord une réaction négative, alors que la classe passe d'un état de confiance aveugle dans ses anciennes organisations - gagnées progressivement par l'opportunisme pour sombrer finalement dans la contre-révolution - à un état de défiance à l'égard de toute organisation politique. Les tendances con­seillistes en Allemagne, pendant la révolution, furent directement proportionnelles à la naïve confiance qu'accordèrent en novembre-décembre 1918 les ouvriers allemands organisés en conseils à la social-démocratie, qui devait les massacrer pen­dant 3 années durant. Face à ce que les ouvriers croyaient n'être qu'une trahison des "chefs", cha­que organisation sécrétant le "poison" des chefs, se développèrent des tendances anti-parti et "anti-autoritaires" (anti-"bonzes"). Le repliement des ouvriers d'industrie dans des organisations d'entreprise  locales  (Betriebsorganisation des unions) et des unions corporatives (union des mineurs, union des marins en 1919) n'était pas l'expression d'une force croissante d'une classe se ressaisissant après le massacre de janvier 1919,[mais le produit d'une faiblesse énorme, sous le coup d'un terrible déboussolement.

Parce qu'elle se déroule dans un pays hautement industrialisé, clef de la révolution mondiale, la lutte de classe en Allemagne est beaucoup plus ca­ractéristique de la révolution communiste de de­main que celle qui se déroula en Russie. Les réac­tions de type conseilliste où le prolétariat dans les conseils manifestera la plus grande méfiance pour toute organisation révolutionnaire sont des réactions qu'un parti révolutionnaire devra affronter avec la plus grand fermeté

Ces réactions seront d'autant plus puissantes que la contre-révolution stalinienne et l'image du parti unique dans les pays de l'Est - à côté d'une certaine méfiance des ouvriers pour les partis poli­tiques de gauche - ont rendu la classe viscérale­ment méfiante à l'égard de toute organisation ré­volutionnaire. De telles réactions expliquent - conjuguées avec le totalitarisme de l'Etat qui rend impossible toute organisation révolutionnaire de masse - le manque d'engagement politique mili­tant dans la classe. Malgré l'écho grandissant de leurs positions et de leurs interventions, les mi­litants révolutionnaires inévitablement se heurte­ront à des préjugés tels : "la révolution avec des partis, même révolutionnaires, mène à la dictatu­re". Il est vrai que le bordiguisme, avec sa con­ception d'un parti unique exerçant la "dictature rouge" par la violence dans la classe, avec son soutien odieux du massacre des ouvriers et marins de Kronstadt, ne peut que renforcer les réflexes conseillistes au sein ae la classe. On peut même dire que le bordiguisme et le néo-bordiguisme sont les meilleurs sergents recruteurs du conseillisme.

Les organisations révolutionnaires, et le CCI en particulier, doivent être conscientes que leur action organisée dans les conseils de demain ne sera pas facile. Elles seront le plus souvent au début interdites de parole, car organisées en partis. La bourgeoisie d'ailleurs, à travers ses agents les plus dangereux que sont les syndicalistes de base, ne manquera pas d'attiser les sentiments anti-organisation des ouvriers, voire leurs réflexes ouvriéristes, en présentant les organisations révolutionnaires comme des organisations d'"intellectuels" voulant "diriger" la classe pour prendre le pouvoir. Comme Rosa Luxemburg en 1918, les mi­litants non ouvriers du parti pourront être exclus de toute prise de parole dans les conseils, sous prétexte qu'ils ne sont pas ouvriers.

Le danger de conseillisme dans les événements révolutionnaires ne doit donc pas être sous-estime, Il peut même être mortel. Dans la mesure où les idées anti-organisation prédominent, le proléta­riat peut être en proie aux provocations les plus délibérées de la bourgeoisie. Le culte des minori­tés agissantes "anti-autoritaires" peut mener au putschisme le plus dévastateur pour la classe. La méfiance pour le programme et la théorie révolutionnaires, censés violer la conscience de l'ouvrier individuel, ne peut que favoriser l'emprise de l'idéologie petite-bourgeoise individualiste véhiculée par la troupe innombrable des petits bourgeois prolétarisés par la crise et le chômages Pire, cette méfiance favorise l'emprise de l'idéo­logie bourgeoise qui est l'idéologie dominante.

UN  DANGER  REEL  DES  AUJOURD'HUI, DANS LE  MILIEU  REVOLUTIONNAIRE.

le danger du conseillisme - bien qu'il se mani­feste pleinement dans les événements révolution­naires - est un danger dès aujourd'hui. Il guette essentiellement le faible milieu révolutionnaire, faute d’une continuité organique avec les organisations révolutionnaires du passé (Gauches commu­nistes). Il se présente sous des formes diverses, toutes aussi négatives :

-   l'activisme immédiatisme qui mène fatalement au marais libertaire, sinon gauchiste. ICO en France, "Arbetarmakt" en Suède ont disparu finalement pour leur activisme ouvriériste proche du gauchisme. Un groupe comme "Arbetarmakt" finissait par tomber sous la pression de l'idéologie petite-bourgeoise, puis bourgeoise, en glissant dans un néo-syndica­lisme de base ;

-   la conception des groupes de travail et d'études mène à une remise en cause du rôle militant des révolutionnaires ; cénacles d'où l'on observe de haut la lutte de classe. Ces groupes mettent en cause finalement le rôle révolutionnaire du prolé­tariat et tombent très facilement dans le pessi­misme ou le modernisme. Les avatars issus du cer­cle de Barrot ("le mouvement communiste") en témoignent. De tels cercles n'ont rien à voir avec le milieu révolutionnaire ; ils ne font que pa­tauger dans la confusion distillée par une petite-bourgeoisie en pleine décomposition ;

-   l'idéologie "anti-bolchévik" - où tout le passé révolutionnaire des bolcheviks est volontairement nié - ne peut que mener à une remise en cause de] toute l'histoire du mouvement ouvrier et même à une remise en cause du marxisme. L'évolution dur groupe "Pour une Intervention Communiste" en Fran­ce (P.I.C.) est symptômatique. De l'activisme pri­mitif, il y a glissement vers l'esprit de cercle d'étude académique. Bientôt - à l'exception de la "Gauche polonaise"([8]), dada de certains militants du P.I.C. - l'ensemble du mouvement révolutionnai­re est considéré comme marqué par l'esprit de par­ti. Marx lui-même devient le grand responsable de tous les malheurs du mouvement ouvrier en "inven­tant" le concept (sic!) de parti. Pire encore, toute cette réaction "anti-bolchévik" ne peut me­ner qu'à des compromissions avec le socialisme de gauche (cf. la dissolution finale des membres du P.I.C. dans les "cahiers Spartacus", éditeurs de brochures de socialistes de gauche les plus di­vers) ;

-   la sous-estimation du rôle de l'organisation, et ne voyant plus que la conscience des ouvriers pris comme autant d'entités aussi - sinon plus - conscientes que l'organisation, mène à sa propre négation, comme partie militante de la classe. Cette sous-estimation est un véritable suicide pour les militants qui défendent dans des organi­sations ou cercles des positions conseillistes. C'est ce danger qui menace les groupes se récla­mant du "Communisme des Conseils".

Même si aujourd'hui le conseillisme s'est désa­grégé, principalement en Europe occidentale, étant un rassemblement hétéroclite de cercles aux posi­tions floues et viscéralement anti-organisation, son idéologie subsiste. Les groupes de discussion qui ont surgi ces dernières années en Scandinavie (Danemark) et au Mexique sont particulièrement vulnérables à ces conceptions. Il est évident que le CCI n'a pas à ignorer de tels groupes et à les laisser s'enfoncer dans leur confusion. Il est conscient que la rupture organique avec les orga­nisations de la Gauche communiste fera de plus en plus surgir des groupes très confus se réclamant du communisme des conseils, et marqués en fait par une idéologie conseilliste individualiste petite-bourgeoise. Le CCI a une responsabilité énorme - en étant devenu avec l'éclatement du PCI le seul véritable pôle révolutionnaire au niveau in­ternational - qui pèse sur ses épaules pour faire évoluer de tels cercles vers une conception mar­xiste militante. De tels cercles, qui bien souvent sortent de la petite-bourgeoisie avec ses préjugés et ses préoccupations académiques, dans le milieu estudiantin, sont particulièrement vulnérables à l'idéologie conseilliste. Le CCI ne pourra amener de tels éléments, comme il a pu le faire en Suède et en Hollande, à une conception révolutionnaire prolétarienne que s'il reste intransigeant dans sa conception d'une organisation centralisée et mili­tante et s'il combat avec la plus grande énergie, sans la moindre hésitation ou oscillation, les concept ions conseillistes.

Ce danger conseilliste ne guette pas seulement les groupes confus ou les cercles de discussion ; il peut se manifester jusque dans les rangs des groupes se revendiquant de la Gauche communiste italienne, tels "Battaglia Comunista" et mainte­nant l'anguille politique nommée CWO. Leur concep­tion d'une double organisation politique avec le "parti" (mégalomanie oblige) et les groupes d'usine" (groupes fantômes) n'est pas sans rappe­ler celle du KAPD avec ses organisations d'usine, avec le bluff en plus, et toutes proportions gar­dées puisqu'il est difficile de comparer des nains avec le géant que fut le KAPD. Demain, la logique du bluff des "groupes d'usine" pourrait les pousser à dissoudre, par pur suivisme, leur organisation politique en en faisant un simple appendice de ces groupes, pour peu qu'ils rencontrent un écho dans la classe. Bien qu'hostiles par principe - par ignorance ou opportunisme, ce qui vaut dans le premier cas pour "Battaglia Comunista" et dans le second pour la CWO champion tous azimuth des tour­nants politiques - au KAPD, ces deux petits groupes qui se gonflent d'importance feraient bien de mo­destement étudier l'histoire du KAPD. A force de prêcher la double organisation, le KAPD allait fi­nalement commencer à se désagréger en 1929, la plus grande partie s'organisant en une Union acti­viste (la KAU), tandis que les restes du KAPD maintenu - hostiles désormais à toute double orga­nisation - ne constituaient plus qu'un tout petit groupe. Le suivisme avéré de "Battaglia Comunista" et du CWO pour des organisations iraniennes natio­nalistes du type "Komala" ou "parti communiste d'Iran" n'augure rien de bon sur la capacité de ces organisations à maintenir fermement un cadre programmatique et organisationnel intransigeant.

Le danger du conseillisme ne se trouve donc pas seulement chez les négateurs de parti ; il peut menacer même une organisation révolutionnaire aus­si armée que le CCI. Il est d'autant plus dange­reux que bien souvent le conseillisme n'ose dire\son nom et se cache derrière une reconnaissance formelle du cadre programmatique et organisationnel centralisé.

Le CCI demeure plus que jamais vigilant pour remplir sa fonction militante dans la classe. Il est convaincu que sa fonction est irremplaçable et qu'il explique de la façon la plus 'élevée la cons­cience de classe. Son fonctionnement centralisé est décisif pour maintenir son cadre programmati­que légué par les gauches communistes.

Le CCI, comme le KAPD et "Bilan", est convaincu du rôle décisif du parti dans la révolution. Sans parti révolutionnaire, fruit d'un long travail de regroupement et de bataille politique, il ne peut y avoir de révolution prolétarienne victorieuse. Aujourd'hui, toute sous-estimation du rôle de l'organisation, toute négation de la nécessité d'un parti dans la révolution, ne peut que contri­buer à la désagrégation d'un milieu révolutionnaire déjà particulièrement faible.

Le danger conseilliste est un danger face auquel le CCI doit être particulièrement armé, jusque dans son sein. En soulignant le danger des oscilla­tions conseillistes, qui n'osent dire leur nom, le CCI ne tombe pas ou ne régresse pas vers une sorte de "bordiguisme" ou de "léninisme".

L'existence du CCI est le fruit de toutes les fractions communistes du passé. Il défendra leurs acquis positifs - à la fois contre les groupes de tendance conseilliste et les groupes bordiguistes, sans en reprendre les côtés négatifs : substitutionnisme dans la gauche russe, négation du parti dans la gauche hollandaise, double organisation dans la gauche allemande. Le CCI n'est pas une or­ganisation passéiste. Le CCI n'est ni "conseilliste" ni "bordiguiste", il est le produit actuel de la longue histoire de la gauche communiste in­ternationale. C'est par une lutte politique sans concessions contre toute hésitation touchant sa fonction et sa place dans la lutte de classe que le CCI pourra être à la hauteur de ses prédéces­seurs et même les dépasser dans le feu du combat.

Chardin.



[1] cf.   " Bulletin  d'études  et  de  discussions"  1974.

[2] Le 1er numéro de R.I. manifestait des tendances conseillistes. Mais en 1969, fut présenté à la confé­rence nationale d'ICO, un texte très clair sur la nécessité d'un parti (cf.  R.I. ancienne série n°3).

[3] Cf la brochure organisations communistes et conscience de classe,

[4] "Dialogue avec les morts" et "Dialogue avec Staline" (sic!) sont les titres de brochures de Bordiga

[5] Résolution du CCI en janvier 1984 : "Il existe entre les moments de lutte ouverte, une maturation souterraine de la conscience (la "vieille taupe" chère à Marx), laquelle peut s'exprimer tant par l'ap­profondissement et la clarification des positions politiques des organisations révolutionnaires, que par une réflexion et une décantation dans 1'ensemble de la classe, un dégagement des mystifications bourgeoi­ses.

[6] cf. Marx, "Idéologie Allemande" (La Pléiade, p. 1122) : Marx parle de la "conscience de la nécessité d'une révolution en profondeur". Cette conscience communiste est produite "massivement" par une transfor­mation" qui touche la masse des hommes, laquelle ne peut s'opérer que dans un mouvement pratique, dans un  révolution". (p. 1123).

[7] Nous donnons ici des extraits de la résolution adoptée en janvier 84 (et qui a provoqué des "réser­ves" et désaccords de la part de certains camarades) : "Même si elles font partie d'une même unité et agissent l'une sur l'autre, il est faux d'identifier la conscience de classe avec la conscience de la classe ou dans la classe, c 'est à dire son étendue à un moment donné... Il est nécessaire de distinguer ce qui relève d'une continuité dans le mouvement historique du prolétariat : 1'élaboration progressive de ses positions politiques et de son programme, de ce qui est lié aux facteurs circonstanciels : 1'étendue de leur assimilation   et de leur impact dans la classe."

[8] Ces militants font la preuve qu'ils ne connaissent pas grand chose à l'histoire ; le parti bol­chevik auquel ils reprochent d'être trop centralisé, l'était bien moins encore que cette Gauche Po­lonaise, la SDKPiL