Editorial - chaos impérialiste, désastre écologique : le capitalisme en perdition

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Il y a plus d'un siècle, Friedrich Engels prédisait que, laissée à elle-même, la société capitaliste plongerait l'humanité dans la barbarie. Et effectivement, durant ces cent dernières années, la guerre impérialiste n'a cessé d'apporter son lot croissant d'épisodes chaque fois plus abominables venant illustrer la façon dont cette prévision se réalisait. Aujourd'hui, le monde capitaliste a ouvert une autre voie vers l'apocalypse qui vient compléter celle de la guerre impérialiste : celle d'une catastrophe écologique "man-made" -"fabriquée par l'homme"- qui, en l'espace de quelques générations, pourrait transformer la terre en une planète aussi inhospitalière pour la vie humaine que la planète Mars. Bien que les défenseurs de l'ordre capitaliste soient conscients de cette perspective, ils n'y peuvent absolument rien, car c'est la perpétuation contre nature elle-même de leur mode de production agonisant qui provoque la guerre impérialiste tout comme la catastrophe écologique.

Guerre impérialiste = barbarie

Le fiasco sanglant auquel a abouti l'invasion de l'Irak par la "coalition" dirigée par les États-Unis en 2003, marque un moment fatidique dans le développement de la guerre impérialiste vers la destruction même de la société. Quatre ans après l'invasion, bien loin d'être "libéré", l'Irak s'est transformé en ce que les journalistes bourgeois appellent pudiquement "une société en panne", où la population, après avoir subi les massacres de la Guerre du Golfe de 1991, puis avoir été saignée à blanc pendant une décennie de sanctions économiques[1], est soumise quotidiennement aux attentats suicides, aux pogromes de divers "insurgés", aux assassinats des escadrons de la mort du Ministère de l'Intérieur ou à l'élimination arbitraire par les forces d'occupation. Et la situation en Irak n'est que l'épicentre d'un processus de désintégration et de chaos militarisés qui s'étend en Palestine, en Somalie, au Soudan, au Liban, en Afghanistan et menace sans cesse d'engloutir de nouvelles régions du globe dont ne sont pas exclues les métropoles capitalistes centrales comme l'ont montré les attentats terroristes à New York, Madrid et Londres pendant la première décennie de ce siècle. Loin de construire un nouvel ordre au Moyen Orient, le pouvoir militaire américain n'a fait que répandre un chaos militaire croissant.

En un sens, il n'y a rien de nouveau dans ce carnage militaire de masse. La Première Guerre mondiale de 1914-18 constituait déjà un premier pas majeur vers un "avenir" barbare. Le massacre mutuel de millions de jeunes ouvriers envoyés dans les tranchées par leurs maîtres impérialistes respectifs, fut suivi d'une pandémie, la "grippe espagnole", qui a emporté la vie de millions d'autres, tandis que les nations industrielles européennes les plus puissantes du capitalisme se retrouvaient économiquement à genoux. Après l'échec de la révolution d'Octobre 1917 et des révolutions ouvrières qu'elle avait inspirées dans le reste du monde au cours des années 1920, la voie était ouverte vers un épisode de guerre totale encore plus catastrophique, la Seconde Guerre mondiale de 1939-45. Ce sont alors les populations civiles sans défense qui devinrent la cible principale d'un massacre de masse systématique par les forces aériennes et qu'un génocide de plusieurs millions d'êtres humains fut perpétré au cœur de la civilisation européenne.

Puis la "Guerre froide" de 1947 à 1989 a produit toute une série de carnages aussi destructeurs, en Corée, au Vietnam, au Cambodge et à travers l'Afrique, tandis que l'antagonisme entre les États-Unis et l'URSS contenait la menace permanente d'un holocauste nucléaire global.

Ce qui est nouveau dans la guerre impérialiste aujourd'hui, ce n'est pas le niveau absolu de destruction, puisque les récents conflits militaires, tout en étant menés avec une puissance de feu bien plus mortelle qu'auparavant, au moins de la part des États-Unis, n'ont pas encore emporté dans l'abîme les principales concentrations de populations au cœur du capitalisme, comme ce fut le cas pendant les Première et Deuxième Guerres mondiales. Ce qui est différent, c'est que l'anéantissement de toute la société humaine qu'apporterait une telle guerre, apparaît aujourd'hui bien plus clairement. En 1918, Rosa Luxemburg comparait la barbarie de la Première Guerre mondiale au déclin de la Rome antique et aux années sombres qui ont suivi. Aujourd'hui, même cette comparaison dramatique semble inadéquate pour exprimer l'horreur sans fin que la barbarie capitaliste nous réserve. Malgré toute la brutalité et le chaos destructeur des deux guerres mondiales du siècle dernier, il existait toujours une perspective - même si elle était en fin de compte illusoire - de reconstruire un ordre social dans l'intérêt des puissances impérialistes dominantes. Les foyers de tension de l'époque contemporaine au contraire n'offrent aux protagonistes en guerre aucune autre perspective que de descendre encore plus dans la fragmentation sociale à tous les niveaux, dans la décomposition de l'ordre social, dans un chaos sans fin.

L'impasse de l'impérialisme américain est celle du capitalisme

La plus grande partie de la bourgeoisie américaine a été forcée de reconnaître que sa stratégie impérialiste d'imposition unilatérale de son hégémonie mondiale, que ce soit sur le plan diplomatique, militaire ou idéologique, a mal tourné. Le rapport du Groupe d'Étude sur l'Irak (Irak Study Group) présenté au Congrès américain ne cache pas ce fait évident. Au lieu de renforcer le prestige de l'impérialisme américain, l'occupation de l'Irak l'a affaibli quasiment à tous les niveaux. Mais quelle alternative à la politique de Bush proposent les plus sévères critiques au sein de la classe dominante américaine ? Le retrait est impossible sans affaiblir encore plus l'hégémonie américaine et accélérer le chaos. Une partition de l'Irak en fonction de groupes ethniques aurait aussi le même résultat. Certains proposent même de revenir à une politique d'endiguement comme pendant la Guerre froide. Mais il est clair qu'il ne peut y avoir de retour à l'ordre mondial des deux blocs impérialistes. Aussi le fiasco en Irak est-il bien pire que celui du Vietnam puisque, contrairement à cette dernière guerre, c'est le monde entier que les États-Unis essaient maintenant d'endiguer et pas seulement leur bloc rival, l'URSS.

Aussi, malgré les critiques acerbes du ISG et le contrôle du Congrès américain par le parti démocrate, le président Bush a été autorisé à augmenter d'au moins 20 000 le nombre des soldats en Irak et se lance dans une nouvelle politique de menaces militaire et diplomatique vis-à-vis de l'Iran. Quelles que soient les stratégies alternatives qu'étudie la classe dominante américaine, elle sera, tôt ou tard, contrainte de donner une nouvelle preuve sanglante de son statut de superpuissance avec des conséquences encore plus abominables pour les populations du monde, ce qui accélérera encore l'extension de la barbarie.

Cela n'est le résultat ni de l'incompétence ni de l'arrogance de l'administration républicaine de Bush et des néo conservateurs comme les bourgeoisies des autres puissances impérialistes ne cessent de nous le répéter. S'en remettre aux Nations Unies et au multilatéralisme ne constitue pas une option de paix comme ces bourgeoisies le proclament ainsi que les pacifistes de toutes sortes. Depuis 1989, Washington l'a très bien compris : les Nations Unies sont devenues une tribune pour contrecarrer les projets américains : un lieu où ses rivaux moins puissants peuvent retarder, délayer et même mettre leur veto à la politique américaine afin d'empêcher que leurs propres positions soient affaiblies. En présentant les États-Unis comme les seuls responsables de la guerre et du chaos, la France, l'Allemagne et les autres ne font que révéler la part pleine et entière qu'elles prennent à la logique destructrice actuelle de l'impérialisme : une logique où chacun joue pour soi et doit s'opposer à tous les autres.

Il n'est pas surprenant que les manifestations régulières sur le thème "Stop the War" - "Arrêtez la guerre" - dans les grandes villes des principales puissances apportent en général un soutien bruyant à de petits gangsters impérialistes du Moyen-Orient, comme les insurgés d'Irak ou le Hezbollah du Liban qui combattent les États-Unis. Ce que cela révèle, c'est que l'impérialisme est un processus dont aucune nation ne peut se tenir à l'écart et que la guerre n'est pas seulement le résultat de l'agression des plus grandes puissances.

D'autres proclament toujours, contre toute évidence, que l'aventure américaine en Irak est une "guerre pour le pétrole", obscurcissant ainsi complètement le danger posé par ses objectifs géostratégiques fondamentaux. C'est là une sous-estimation considérable de la gravité de la situation actuelle. En réalité, l'impasse dans laquelle se trouve aujourd'hui l'impérialisme américain en Irak n'est que la manifestation de l'impasse globale dans laquelle se trouve la société capitaliste. George Bush père avait annoncé qu'avec la disparition du bloc russe s'était ouverte une ère nouvelle de paix et de stabilité, un "nouvel ordre mondial". Rapidement, notamment avec la première guerre du Golfe puis avec le conflit barbare en Yougoslavie, au cœur de l'Europe, la réalité s'était chargée de démentir cette prévision. Les années 1991 n'ont pas été celles de l'ordre mondial mais celles d'un chaos militaire croissant. Ironiquement, il est revenu à George Bush fils d'être un acteur de premier plan dans un nouveau pas décisif de ce chaos irréversible.

La détérioration de la biosphère

En même temps que le capitalisme en décomposition attise son cours impérialiste vers une barbarie plus clairement perceptible, il a également accéléré un assaut contre la biosphère d'une telle férocité qu'un holocauste climatique artificiellement créé pourrait lui aussi balayer la civilisation et la vie humaines. Selon le consensus auquel sont arrivés les scientifiques en écologie du monde, dans le rapport de février 2007 du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC), il est clair que la théorie selon laquelle le réchauffement de la planète par l'accumulation de hauts taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère serait dû à la combustion à grande échelle d'énergies fossiles, n'est plus une simple hypothèse mais est considérée comme "très probable". Le dioxyde de carbone de l'atmosphère retient la chaleur du soleil réfléchie par la surface de la terre et l'irradie dans l'air environnant, menant à "l'effet de serre". Ce processus a commencé vers 1750, au début de la révolution capitaliste industrielle et, depuis, l'augmentation des émissions de dioxyde de carbone et le réchauffement de la planète n'ont cessé de croître. Depuis 1950, cette double augmentation s'est accélérée avec une pente beaucoup plus raide de la courbe de croissance, et de nouveaux records planétaires de température ont été atteints quasiment chaque année durant la dernière décennie. Les conséquences de ce réchauffement de la planète ont déjà commencé à apparaître à une échelle alarmante : une modification du climat conduisant à la fois à des sécheresses répétées et à des inondations à grande échelle, des vagues de chaleur mortelles en Europe du Nord et des conditions climatiques extrêmes d'une grande puissance destructrice qui, à leur tour, sont déjà responsables du développement de famines et de maladies dans le Tiers Monde et de la ruine de villes entières comme la Nouvelle Orléans après le cyclone Katrina.

On ne saurait bien sûr blâmer le capitalisme pour avoir commencé à brûler des énergies fossiles ou à agir sur l'environnement avec des conséquences imprévues et dangereuses. En fait, ceci a lieu depuis l'aube de la civilisation humaine :

"Les gens qui, en Mésopotamie, en Grèce, en Asie mineure et autres lieux essartaient les forêts pour gagner de la terre arable, étaient loin de s'attendre à jeter par là les bases de l'actuelle désolation de ces pays, en détruisant avec les forêts les centres d'accumulation et de conservation de l'humidité. Les Italiens qui, sur le versant sud des Alpes, saccageaient les forêts de sapins, conservées avec tant de soins sur le versant nord, n'avaient pas idée qu'ils sapaient par là l'élevage de haute montagne sur leur territoire; ils soupçonnaient moins encore que, ce faisant, ils privaient d'eau leurs sources de montagne pendant la plus grande partie de l'année et que celles ci, à la saison des pluies, allaient déverser sur la plaine des torrents d'autant plus furieux. Ceux qui répandirent la pomme de terre en Europe ne savaient pas qu'avec les tubercules farineux ils répandaient aussi la scrofule. Et ainsi les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu'un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein, et que toute notre domination sur elle réside dans l'avantage que nous avons sur l'ensemble des autres créatures, de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement." (Friedrich Engels, Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme)

Le capitalisme est néanmoins responsable de l'énorme accélération de ce processus de détérioration de l'environnement. Non à cause de l'industrialisation en soi mais comme résultat de sa recherche d'un profit maximal et de l'indifférence qui en découle vis-à-vis des besoins écologiques et humains sauf lorsqu'ils coïncident avec le but d'accumuler des richesses. De plus, le mode de production capitaliste a d'autres caractéristiques qui contribuent à la destruction effrénée de l'environnement. La concurrence intrinsèque entre capitalistes, en particulier entre chaque État national, empêche, en dernière instance au moins, toute coopération véritable à l'échelle mondiale. Et, en lien avec cette caractéristique, la tendance du capitalisme à la surproduction dans sa recherche insatiable de profit.

Dans le capitalisme décadent, dans sa période de crise permanente, cette tendance à la surproduction devient chronique. C'est apparu de façon particulièrement claire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale quand l'expansion des économies capitalistes a eu lieu artificiellement, en partie à travers la politique de financement des déficits, par une énorme extension de toutes sortes d'endettement dans l'économie. Ceci n'a pas mené à la satisfaction des besoins de la masse de la population ouvrière qui est restée embourbée dans la pauvreté, mais à un énorme gaspillage : à des montagnes de marchandises invendues, au dumping de millions de tonnes de nourriture, à l'obsolescence planifiée dès leur production d'une immense quantité de produits, depuis les voitures jusqu'aux ordinateurs qu'il faut rapidement mettre au rebut, à une masse énorme de marchandises identiques produites par des concurrents sans nombre pour le même marché.

De plus, tandis que le rythme du changement et de la sophistication technologiques s'accroît dans la décadence, les innovations qui en résultent, contrairement à la situation de la période d'ascendance du capitalisme, tendent à être stimulées principalement par le secteur militaire. En même temps, sur le plan des infrastructures : construction, système sanitaire, production d'énergie, systèmes de transport, nous assistons à très peu de développements révolutionnaires à une échelle comparable à celle qui a caractérisé l'émergence de l'économie capitaliste. Dans la période de décomposition capitaliste, la phase finale de la décadence, il y a une accélération de la tendance opposée, une tentative de réduire le coût de la maintenance, même des vieilles infrastructures, dans la recherche de profits immédiats. On voit la caricature de ce processus dans l'expansion actuelle de la production en Chine et en Inde où est largement absente toute infrastructure industrielle. Au lieu de donner un nouvel élan de vie au capitalisme, cette expansion donne lieu à des niveaux de pollution faramineux : la destruction de l'ensemble des systèmes fluviaux, d'énormes couches de smog qui recouvrent plusieurs pays, etc.

Ce long processus de déclin et de décomposition du mode de production capitaliste peut permettre d'expliquer pourquoi il y a eu une telle accélération dramatique des émissions de dioxyde de carbone et du réchauffement de la planète durant les dernières décennies. Il permet aussi d'expliquer pourquoi, face à une telle évolution économique et climatique, le capitalisme et ses "décideurs" seront incapables de renverser les effets catastrophiques du réchauffement climatique.

Ces deux scénarios apocalyptiques qui peuvent détruire la civilisation humaine elle-même, sont dans une certaine mesure reconnus et rendus publics par les porte-parole et les médias des dirigeants de toutes les nations capitalistes. Le fait qu'ils recommandent d'innombrables remèdes pour éviter ces issues fatales, ne veut pas dire qu'un seul d'entre eux ait une alternative réaliste aux perspectives barbares que nous avons esquissées. Au contraire. Face au désastre écologique qu'il génère comme face à la barbarie impérialiste, le capitalisme est également impuissant.

"Beaucoup de vent" autour du réchauffement climatique

Les gouvernements du monde ont généreusement financé à travers les Nations Unies la recherche du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) depuis 1990, et leurs médias ont largement divulgué ses conclusions récentes les plus affligeantes.

A leur tour, les principaux partis politiques de la bourgeoisie de tous les pays se parent de diverses nuances de vert. Mais à y regarder de plus près, la politique écologique de ces partis, aussi radicale qu'elle puisse paraître, obscurcit délibérément la gravité du problème parce que la seule solution à y apporter mettrait en cause le système même dont ils chantent les louanges. Le dénominateur commun de toutes ces campagnes "vertes" est d'empêcher le développement d'une conscience révolutionnaire dans une population horrifiée à juste titre par le réchauffement climatique. Le message écologique permanent des gouvernements, c'est que "sauver la planète est la responsabilité de chacun" alors que la vaste majorité est privée de tout pouvoir économique ou politique, de contrôle sur la production et sur la consommation, sur ce qui est produit et comment. Et la bourgeoisie qui, elle, a ce pouvoir de décision, a moins que jamais l'intention de satisfaire les besoins écologiques et humains aux dépens de ses profits.

Al Gore qui a manqué de peu devenir président démocrate des États-Unis en 2000, s'est porté à la tête d'une campagne internationale contre les émissions de carbone avec son film "Une vérité qui dérange" qui a gagné un Oscar à Hollywood pour la façon vivante dont il traite le danger de la montée des températures planétaires, de la fonte des glaces polaires, de la montée des mers et de toutes les dévastations qui en découlent. Mais le film est aussi une plateforme électorale pour Al Gore lui-même. Il n'est pas le seul vieux politicien à prendre conscience que la peur justifiée de la population vis-à-vis d'une crise écologique peut être exploitée dans la ruée pour le pouvoir qui caractérise le jeu démocratique des grands pays capitalistes. En France, les candidats à la présidence ont tous signé le "pacte écologique" du journaliste Nicolas Hulot. En Grande-Bretagne, les principaux partis politiques rivalisent pour être plus "verts" que les autres. Le rapport Stern commandé par Gordon Brown du New Labour a été suivi par plusieurs initiatives gouvernementales pour réduire les émissions de carbone. David Cameron, chef de l'opposition conservatrice, va en vélo au Parlement (pendant que son entourage arrive derrière en Mercedes).

Il suffit d'examiner les résultats des précédentes politiques gouvernementales pour réduire les émissions de carbone pour constater l'incapacité des États à faire preuve d'une quelconque efficacité. Au lieu de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990 en l'an 2000, ce à quoi les signataires du protocole de Kyoto s'étaient modestement engagés en 1997, il y a eu une augmentation de 10,1% des émissions dans les principaux pays industrialisés à la fin du siècle et il est prévu que cette pollution aura encore augmenté de 25,3% en 2010 ! (Deutsche Umwelthilfe)

Il suffit aussi de constater la totale négligence des États capitalistes envers les calamités qui se sont déjà abattues à cause du changement climatique pour juger de la sincérité des interminables déclarations de bonnes intentions.

Il y a ceux qui, reconnaissant que le mobile du profit constitue un facteur puissant de démotivation dans la limitation efficace de la pollution, croient qu'on peut résoudre le problème en remplaçant les politiques libérales par des solutions organisées par l'État. Mais il est clair, surtout à l'échelle internationale, que les États capitalistes, même s'ils s'organisent chez eux, sont incapables de coopérer entre eux sur cette question car chacun devrait faire des sacrifices économiques de son côté. Le capitalisme, c'est la concurrence, et aujourd'hui plus que jamais, il est dominé par le chacun pour soi.

Le monde capitaliste est incapable de s'unir autour d'un projet commun aussi massif et coûteux qu'une transformation complète de l'industrie et des transports afin de parvenir à une réduction drastique de la production d'énergie brûlant du carbone. Au contraire, la principale préoccupation de toutes les nations capitalistes est de chercher à utiliser ce problème pour promouvoir leurs propres ambitions sordides. Comme sur le plan impérialiste et militaire, sur le plan écologique le capitalisme est traversé par des divisions nationales insurmontables et ne peut donc pas répondre de façon significative aux besoins les plus pressants de l'humanité.

Tout n'est pas perdu pour les prolétaires, ils ont toujours un monde à gagner

Mais il serait tout à fait erroné d'adopter une attitude de résignation et de penser que la société humaine sombrera inévitablement à cause de ces puissantes tendances - l'impérialisme et la destruction écologique - à la barbarie. Face à la fatuité de toutes les demi-mesures que le capitalisme nous propose pour apporter la paix et l'harmonie avec la nature, le fatalisme est une attitude aussi erronée que la croyance naïve en ces cures cosmétiques.

En même temps qu'il sacrifie tout à la course au profit et à la concurrence, le capitalisme a aussi, malgré lui, produit les éléments de son dépassement comme mode d'exploitation. Il a produit les moyens potentiels technologiques et culturels pour créer un système de production mondial, unifié et planifié, en harmonie avec les besoins de l'humanité et de la nature. Il a produit une classe, le prolétariat, qui n'a pas besoin de préjugés nationaux ou concurrents, et qui a tout intérêt au développement de la solidarité internationale. La classe ouvrière n'a aucun intérêt dans le désir rapace de profit. En d'autres termes, le capitalisme a jeté les bases pour un ordre supérieur de la société, pour son dépassement par le socialisme. Le capitalisme a développé les moyens de détruire la société humaine mais il a aussi créé son propre fossoyeur, la classe ouvrière, qui peut préserver cette société humaine et lui faire accomplir un pas décisif dans son épanouissement.

Le capitalisme a permis la création d'une culture scientifique qui est capable d'identifier et de mesurer les gaz invisibles comme le dioxyde de carbone tant dans l'atmosphère d'aujourd'hui que dans celle d'il y a 10 000 ans. Les scientifiques savent identifier les isotopes de dioxyde de carbone spécifiques produits par la combustion des énergies fossiles. La communauté scientifique a été capable de tester et de vérifier l'hypothèse de "l'effet de serre". Pourtant, elle est loin l'époque où le capitalisme en tant que système social était capable d'utiliser la méthode scientifique et ses résultats dans l'intérêt du progrès de l'humanité. La plus grande partie des recherches et des découvertes scientifiques d'aujourd'hui est dédiée à la destruction, au développement de méthodes toujours plus sophistiquées de mort massive. Seul un nouvel ordre social, une société communiste, peut mettre la science au service de l'humanité.

Malgré les cent dernières années de déclin et de pourrissement du capitalisme et les sévères défaites qu'a subies la classe ouvrière, le soubassement nécessaire pour créer une nouvelle société est toujours intact.

Le resurgissement du prolétariat mondial depuis 1968 en est la preuve. Le développement de sa lutte de classe contre la pression constante sur le niveau de vie des prolétaires durant les décennies qui ont suivi, a empêché l'issue barbare promise par la Guerre froide : une confrontation totale entre les blocs impérialistes. Depuis 1989 cependant et la disparition des blocs, la position défensive de la classe ouvrière n'a pas permis d'empêcher la succession d'horribles guerres locales qui menacent de s'accélérer hors de tout contrôle et d'impliquer de plus en plus de régions de la planète. Dans cette période de décomposition capitaliste, le prolétariat n'a plus le temps pour lui, d'autant plus qu'une catastrophe écologique pressante doit maintenant être ajoutée à l'équation historique.

Mais nous ne pouvons pas dire encore que le déclin et la décomposition du capitalisme ont atteint "un point de non retour" - un point où sa barbarie ne pourrait plus être renversée.

Depuis 2003, la classe ouvrière a commencé à reprendre la lutte avec une vigueur renouvelée, après que l'effondrement du bloc de l'Est a mis momentanément un terme à son resurgissement depuis 1968.

Dans ces conditions de développement de la confiance de la classe, les dangers croissants représentés par la guerre impérialiste et la catastrophe écologique, au lieu d'induire des sentiments d'impuissance et de fatalisme, peuvent conduire à une plus grande réflexion politique et à une plus grande conscience des enjeux de la situation mondiale, à une conscience de la nécessité du renversement révolutionnaire de la société capitaliste. C'est la responsabilité des révolutionnaires de participer activement à cette prise de conscience.

 

Como, 3/04/2007.



[1] La mortalité infantile en Irak est passée de 40 pour 1000 en 1990 à 102 pour 1000 en 2005, The Times, 26 mars 2007.