Le communisme signifie l'élimination de la loi de la valeur et du cadre de l'entreprise

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Cher camarade,

Nous avons bien reçu ta dernière lettre et nous saluons à nouveau tes contributions sur la loi de la valeur et sur l’autogestion. Elles font partie de l’indispensable discussion entre communistes pour définir avec un maximum de rigueur le programme de la révolution prolétarienne. Voici comment tu abordes les problèmes :

- "Dans votre livre, La décadence du capitalisme, vous dites que sous le socialisme la production marchande sera liquidée. Mais il est impossible de liquider la production marchande sans abolir la loi de la valeur. D’après la théorie de Marx, sous le socialisme, les produits du travail seront échangés selon la quantité de temps de travail nécessaire (selon le travail), c’est-à-dire conformément à la loi de la valeur."

- "Dans votre brochure Plate-forme et Manifestes, le point 11 s’intitule : "L’autogestion, auto-exploitation du prolétariat". Qu’est-ce que ça veut dire auto-exploitation ? L’exploitation, c’est l’appropriation des produits du travail d’autrui. Si je comprends bien, l’auto-exploitation c’est l’appropriation des produits de son propre travail. Ainsi Robinson Crusoë s’auto-exploitait quand il consommait les produits de son propre travail. Robinson Crusoë s’exploitait lui-même."

Nous allons essayer de répondre à ces deux questions, tout en montrant comment elles sont liées.

 

Le caractère historique et transitoire de la loi de la valeur

Dans ta lettre du 26 décembre 2004, tu cites un passage de la Critique du programme de Gotha de Marx : "Il [le producteur individuel] reçoit de la société un bon certifiant qu’il a fourni telle somme de travail (après déduction du travail effectué pour les fonds collectifs) et, avec ce bon, il retire des réserves sociales exactement autant d’objets de consommation que lui a coûtés son travail. Le même quantum de travail qu’il a donné à la société sous une forme, il le reçoit en retour sous une autre. Évidemment, il règne ici le même principe que celui qui règle l’échange des marchandises, pour autant qu’il est échange d’équivalents."1

L’idée essentielle défendue par Marx ici, c’est, qu’après la révolution, alors que le prolétariat détient le pouvoir, il est encore nécessaire pendant toute une période d’aligner les "salaires" des ouvriers sur le temps de travail et, en conséquence, de calculer le temps de travail contenu dans les produits, afin d’arriver à une "valeur d’échange" des produits qui peut être exprimée en "bons de travail". La production marchande, la loi de la valeur, et donc le marché, subsistent encore, et nous sommes bien d’accord avec lui. Nous comprenons donc ta surprise lorsque, dans notre livre La décadence du capitalisme, tu as lu que dans le socialisme la production marchande aurait disparu. Il s’agit en fait d’un malentendu sur les termes. En effet, dans notre presse, nous utilisons toujours le mot socialisme comme un synonyme de communisme en tant que but final du prolétariat : une société sans classes et sans État où les produits du travail ne seront plus des marchandises, où la loi de la valeur aura été éliminée. Dès l’époque où il écrivit Misère de la philosophie (1847), Marx était très clair là-dessus, dans le communisme il n’y a plus d’échange, il n’y a plus de marchandises : "Dans une société à venir, où l’antagonisme des classes aura cessé, où il n’y aura plus de classes, l’usage ne sera plus déterminé par le minimum du temps de production ; mais le temps de production qu’on consacrerait aux différents objets serait déterminé par leur degré d’utilité sociale."2 À ce stade, la valeur d’échange aura été abolie. La communauté humaine réunifiée, au travers de ses organes administratifs chargés de la planification centralisée de la production, décidera quelle quantité de travail devra être consacrée à la production de tel ou tel produit. Mais elle n’aura plus besoin du "détour" de l’échange comme cela se passe dans le capitalisme puisque, ce qui importe, c’est le degré d’utilité sociale des produits. Nous serons alors dans une société d’abondance où non seulement les besoins les plus élémentaires de l’être humain sont satisfaits mais où ces besoins eux-mêmes connaissent un formidable développement. Dans cette société, le travail lui-même aura complètement changé de nature : le temps consacré à la création des besoins de subsistance étant réduit au minimum, le travail deviendra pour la première fois une activité vraiment libre. La distribution, comme la production, changeront également de nature. Peu importe désormais le temps consacré par l’individu à la production sociale, seul règnera le principe : "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins !"

L’identification et la défense de ce but final de la lutte prolétarienne – une société sans classes, sans État ni frontières nationales, sans marchandises – irriguent toute l’œuvre de Marx, d'Engels et des révolutionnaires des générations suivantes. Il est important de le rappeler puisque ce but détermine profondément le mouvement qui y mène, de même que les moyens nécessaires à mettre en œuvre.

Après l’expérience de la révolution russe, puis de la contre-révolution stalinienne, nous pensons qu’il est préférable pour la clarté politique de parler d’une "période de transition du capitalisme au socialisme" plutôt que de "socialisme" ou de "phase inférieure du communisme". Il est évident qu’il ne s’agit pas d’une simple question de terminologie. En effet, la dictature du prolétariat ne peut pas être conçue comme une société stable, ni comme un mode de production spécifique. C’est une société en pleine évolution, tendue vers la réalisation du but final, faite de bouleversements sociaux et politiques, où les anciens rapports de production sont attaqués et déclinent tandis qu’apparaissent et se renforcent les nouveaux. Dans la Critique du programme de Gotha, juste avant le passage cité au début de cet article, Marx précise bien que : "La société communiste que nous avons ici à l’esprit, ce n’est pas celle qui s’est développée sur ses bases propres, mais au contraire [nous soulignons], celle qui vient d’émerger de la société capitaliste ; c’est donc une société, qui, à tous égards, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancien ordre où elle a été engendrée."3 Quelques pages plus loin, il affirme très clairement : "Entre la société capitaliste et la société communiste, se situe la période de transformation révolutionnaire de l’une en l’autre. À cette période correspond également une période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat."

Notre lettre précédente avait permis, semble-t-il, de lever ce malentendu et ta réponse exprimait un accord sur le fond : "Comme je comprends le marxisme, cette période de transition s’appelle le socialisme. Je ne parle pas du communisme de marché, mais du socialisme de marché. (...) Avec l’augmentation des forces productives, la distribution en fonction du travail se transforme en distribution selon les besoins, le socialisme se transforme pas à pas en communisme et le marché disparaîtra avec le temps."

Dans ta lettre du 26 décembre 2004, tu soulignais qu’il n’existe que trois formes de distribution des produits basées sur le temps de travail socialement nécessaire contenu en eux :

- par l’intermédiaire de l’argent (A), auquel cas l’échange des marchandises (M) s’effectue sous la forme M-A-M ;

- par l’intermédiaire d’un bon de travail (B) dont parlait Marx : M-B-M ;

- directement sous la forme du troc : M-M.

Et tu remarquais que, dans les trois cas, nous avons affaire à un échange de marchandises, donc à l’existence du marché, c’est-à-dire à une société qui utilise un équivalent général, la monnaie, pour exprimer le temps de travail, même si la monnaie n'est pas nécessaire dans le cas archaïque du troc pour déterminer l'équivalence. Comme tu le dis : "L’argent et les bons sont presque la même chose, parce qu’ils mesurent la même chose – le temps de travail. La différence entre eux est la même qu’entre une règle graduée en centimètres et une autre graduée en pouces." Nous sommes d’accord avec toi pour dire que c’est à cette situation économique que sera confronté le prolétariat après la prise du pouvoir et qu’ignorer cela représente une régression par rapport au marxisme. Ceci d’autant plus que la guerre civile entre le prolétariat et la bourgeoisie à l’échelle mondiale aura provoqué de nombreuses destructions qui se traduiront par un recul de la production. Sans cesse, les communistes devront combattre les illusions sur une extinction rapide et sans problème de la loi de la valeur. La nécessité pour le prolétariat de mener à son terme la suppression de l’échange et de créer les conditions du dépérissement de l’État, fera de la période de transition une période de bouleversement révolutionnaire comme l’humanité n’en a jamais connue.


Malgré ces précisions, il est évident qu’un désaccord subsiste. Tu écris, par exemple, dans la même lettre : "Sous le socialisme, les produits du travail seront échangés selon la quantité de travail socialement nécessaire. Et là où les produits du travail sont échangés selon la quantité de travail, le marché et la production marchande continuent d’exister. Par conséquent, pour abolir la production marchande il faut abolir la distribution basée sur la quantité de travail. Donc, si vous voulez abolir la production marchande, vous devez abolir le socialisme. Si vous vous considérez comme marxistes, vous devez reconnaître que le socialisme, dans son essence, est basé sur le marché. Sinon, allez chez les anarchistes ! "

De ce que nous avons vu plus haut, nous supposons que tu désignes par "socialisme" la période de transition du capitalisme au communisme. Cette période reste, par son essence, instable : soit le prolétariat est victorieux, et "l’économie de transition" est transformée dans le sens du communisme, c'est-à-dire vers l’abolition de l’économie marchande ; soit le prolétariat perd du terrain, les lois du marché se réaffirment, et il y a le danger que la voie soit ouverte vers la contre-révolution.

 

L’ignorance des anarchistes

Encore dans la même lettre, tu écris qu’on retrouve cette ignorance chez les anarchistes. En effet, chez eux, l’émancipation de l’humanité repose uniquement sur un effort de volonté et, par conséquent, le communisme aurait pu voir le jour à n’importe quelle époque historique. Ce faisant, ils rejettent toute connaissance scientifique du développement social et, du coup, sont incapables de comprendre quel rôle peuvent y jouer la lutte de classe et la volonté humaine. Dans sa Préface au Capital, Marx répondait, sans les nommer, aux anarchistes qui nient l’inévitabilité d’une période de transition : "Lors même qu’une société est arrivée à découvrir la piste de la loi naturelle qui préside à son mouvement – et le but final de cet ouvrage est de dévoiler la loi économique du mouvement de la société moderne – elle ne peut ni dépasser d’un saut ni abolir par des décrets les phases de son développement naturel ; mais elle peut abréger la période de gestation, et adoucir les maux de leur enfantement."4

Selon Marx et Engels, la nécessité de la dictature du prolétariat, c’est-à-dire d’une période de transition entre les deux modes de production “stables” que constituent le capitalisme et le communisme, repose sur deux fondements :

- l’impossibilité d’un épanouissement du communisme au sein du capitalisme (contrairement au capitalisme qui prit naissance au sein du féodalisme) ;

- le fait que le formidable développement des forces productives obtenu par le capitalisme est encore insuffisant pour permettre la pleine satisfaction des besoins humains qui caractérise le communisme.

Cela, non seulement les anarchistes sont bien évidemment incapables de le comprendre mais, plus encore, leur "vision du communisme" ne dépasse en aucune façon l’étroit horizon bourgeois. On peut le constater déjà dans l’œuvre de Proudhon. Pour celui-ci, l’économie politique est la science suprême et il s’acharne à déceler dans chaque catégorie économique capitaliste les bons et les mauvais côtés. Le bon côté de l’échange, c’est qu’il met face à face deux valeurs égales. Le bon côté de la concurrence, c’est l’émulation. Et il trouvera immanquablement un bon côté à la propriété privée : "Mais il est évident que si l’inégalité est un des attributs de la propriété, elle n’est pas toute la propriété ; car ce qui rend la propriété délectable, comme disait je ne sais plus quel philosophe, c’est la faculté de disposer à volonté non pas seulement de la valeur de son bien mais de sa nature spécifique, de l’exploiter selon son plaisir, de s’y fortifier et de s’y clore, d’en faire tel usage que l’intérêt, la passion et le caprice vous suggèrent."5

On nous annonçait le règne de la liberté, on écope des rêves bornés et mesquins du petit producteur. Pour les anarchistes, la société idéale n’est qu’un capitalisme idéalisé où régneront en maître l’échange et la loi de la valeur, c’est-à-dire les conditions de l’exploitation de l’homme par l’homme. A contrario, le marxisme se présente comme une critique radicale du capitalisme qui défend la perspective d’une véritable émancipation du prolétariat et, du même coup, de l’humanité tout entière. Marx et Engels ont toujours combattu le communisme grossier qui cantonnait la révolution à la sphère de la distribution et qui aboutissait simplement à un partage de la misère. Ils lui opposaient le jaillissement des forces productrices libérées des entraves du capitalisme. Ils ne réclamaient pas seulement la satisfaction des besoins élémentaires de l’être humain mais encore l’accomplissement de celui-ci, le dépassement de la séparation entre l’individu et la communauté, le développement de toutes les facultés de l’individu actuellement étouffées par la pieuvre de la division du travail : "Dans la phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail et, par suite, l’opposition entre le travail intellectuel et le travail corporel ; quand le travail sera devenu non seulement le moyen de vivre, mais encore le premier besoin de la vie ; quand, avec l’épanouissement universel des individus, les forces productives se seront accrues, et que toutes les sources de la richesse coopérative jailliront avec abondance – alors seulement on pourra s’évader une bonne fois de l’étroit horizon du droit bourgeois, et la société pourra écrire sur ses bannières : ‘De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins !’ "6

Par là, le marxisme ne cède pas aux phrases ronflantes du radicalisme petit bourgeois et de l’utopie ; il sait que le seul moyen de sortir du capitalisme, c’est l’élimination du salariat et de l’échange qui résument toutes les contradictions du capitalisme, qui sont la cause ultime des guerres, des crises et de la misère qui ravagent la société. La politique économique mise en œuvre par la dictature du prolétariat est toute entière tournée vers ce but. Selon cette conception, il n’y a pas transmutation spontanée mais destruction des rapports sociaux capitalistes.

Ce rappel nous permet de souligner l’extrême confusion avec laquelle les anarchistes prétendent dépasser la séparation de l’ouvrier d’avec les produits de son travail. Dans leur esprit, en devenant propriétaires de l’usine où ils travaillent, les ouvriers deviennent forcément propriétaires des produits de leur travail. Ils les dominent enfin, ils en obtiennent même l’intégralité de la jouissance. Résultat : la propriété est devenue éternelle et sacrée. Nous sommes ici en présence d’un régime de type fédéraliste hérité des modes de production précapitalistes. C’est la même démarche chez Lassalle. Celui-ci a appris chez Marx que l’exploitation se traduit par l’extraction de plus-value. Réclamons dès lors pour l’ouvrier le produit intégral du travail et le problème est réglé. Ce faisant, comme dit Engels dans l’Anti-Dühring : "On retire à la société la fonction progressive la plus importante de la société, l’accumulation ; on la remet aux mains et à l’arbitraire des individus."7 Après les travaux de Marx, ces confusions sur le travail, la force de travail et le produit du travail sont devenues proprement inadmissibles. Ce galimatias théorique commun à Lassalle et aux anarchistes forme la base des conceptions autogestionnaires. Ici, on ne s’oriente plus vers l’abolition de l’échange et le communisme, on multiplie les obstacles sur son chemin. Voici comment Marx, toujours dans la Critique du programme de Gotha, conclut la critique acerbe de ces conceptions : "Je me suis plus longuement étendu sur le “fruit intégral du travail”, le “droit égal” et la “distribution équitable”, afin de montrer la faute commise par ceux qui veulent imposer derechef à notre parti, comme des dogmes, des conceptions qui ont pu avoir un sens à une certaine époque, mais qui ne sont plus aujourd’hui qu’une pacotille hors d’usage ; et aussi ceux-là qui dénaturent la conception réaliste enseignée à grand-peine au parti, et qui s’y est à présent bien enracinée ; ceux-là qui réapparaissent avec leurs finasseries d’idéologues, de juristes, ou que sais-je, si familières aux démocrates et socialistes français."8

De ce point de vue, il nous semble que tu t’arrêtes en chemin dans ton raisonnement. Tu es d’accord avec nous pour dire que, durant cette période, il n’y aura pas d’exploitation de la classe ouvrière, du fait que c’est le prolétariat qui exerce le pouvoir, du fait du processus de collectivisation des moyens de production, du fait que le surtravail n’a plus la forme d’une plus-value destinée à l’accumulation du capital mais est destiné (une fois défalqué le fond de réserve et ce qui est destiné aux membres improductifs de la société) à la satisfaction croissante des besoins sociaux. Tu dis très justement : "La différence entre le socialisme [période de transition] et le capitalisme consiste en ce que sous le socialisme la main-d’œuvre n’existe pas en tant que marchandise" (lettre du 23 janvier 2005). Mais tu affirmes dans la lettre suivante : "La loi de la valeur restera en vigueur complètement, non partiellement." Ce que renforce encore ton expression : "socialisme de marché". Tu vois bien la nécessité d’attaquer le salariat mais pas celle d’attaquer l’échange marchand. Or, les deux sont profondément liés.

La loi de la valeur découverte par Marx ne consiste pas seulement à élucider l’origine de la valeur des marchandises, elle résout l’énigme de la reproduction élargie du capital. Alors même que le prolétaire reçoit de la vente de sa force de travail un salaire qui correspond à sa valeur réelle, il fournit pourtant une valeur bien supérieure dans le processus de production. L'exploitation qui permet que soit ainsi extraite une telle plus-value du travail du prolétaire existait déjà dans la production marchande simple à partir de laquelle le capitalisme est né et s’est développé. Il n’est donc pas possible de supprimer l’exploitation du prolétariat sans s’attaquer à l’échange marchand. C’est d’ailleurs ce que nous explique clairement Engels dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État : "Dès que les producteurs ne consommèrent plus eux-mêmes directement leurs produits, mais s’en dessaisirent par l’échange, ils en perdirent le contrôle. Ils ne surent plus ce qu’il en advenait, et il devint possible que le produit fût employé quelque jour contre le producteur, pour l’exploiter et l’opprimer. C’est pourquoi aucune société ne peut, à la longue, rester maîtresse de sa propre production, ni conserver le contrôle sur les effets sociaux de son procès de production, si elle ne supprime pas l’échange entre individus."9

Si la loi de la valeur reste "en vigueur complètement", comme tu l’affirmes, alors le prolétariat restera une classe exploitée. Pour que l’exploitation cesse durant la période de transition, il ne suffit pas que la bourgeoisie ait été expropriée. Il faut encore que les moyens de production cessent d’exister en tant que capital. Au principe capitaliste du travail mort, du travail accumulé, qui se soumet le travail vivant en vue de la production de plus-value, il faut substituer le principe du travail vivant qui maîtrise le travail accumulé en vue d’une production destinée à la satisfaction des besoins des membres de la société. La dictature du prolétariat devra dans ce sens combattre le productivisme absurde et catastrophique du capitalisme. Comme le disait la Gauche Communiste de France, "La part de surtravail que le prolétariat aura à prélever sera peut-être au début aussi grande que sous le capitalisme. Le principe économique socialiste ne saurait donc être distingué, dans la grandeur immédiate, du rapport entre le travail payé et non payé. Seule la tendance de la courbe, la tendance au rapprochement du rapport pourra servir d’indication de l’évolution de l’économie et être le baromètre indiquant la nature de classe de la production."10

 

L’autogestion, un piège mortel pour le prolétariat

La deuxième question en discussion est traitée au point 11 de notre plate-forme : "L’autogestion, auto-exploitation du prolétariat". Tu affirmes ici un net désaccord avec notre position. Cela te paraît inconcevable que les ouvriers puissent s’exploiter eux-mêmes. "Mais je ne comprends pas du tout", écris-tu, "comment il est possible de s’exploiter, c’est à peu près la même chose que de se voler." Depuis les grandes luttes ouvrières de la fin des années 1960, la plupart de nos sections ont été confrontées concrètement à la question de l’autogestion par les ouvriers de "leur" entreprise au sein de la société capitaliste. Elles ont pu donc vérifier dans la pratique que sous le masque autogestionnaire se cache le piège de l’isolement tendu par les syndicats. Les exemples sont en effet nombreux : l’entreprise fabriquant les montres Lip en France en 1973, Quaregnon et Salik en Belgique en 1978-79, Triumph en Angleterre à la même époque et tout récemment dans la mine de Tower Colliery au Pays de Galles. À chaque fois le scénario est le même : la menace de faillite provoque la lutte des ouvriers, les syndicats organisent l’isolement de la lutte et finissent par obtenir la défaite en faisant miroiter le rachat de l’usine par les ouvriers et les cadres, quitte à verser, si nécessaire, plusieurs mois de salaire ou la prime de licenciement pour augmenter le capital de l’entreprise. En 1979, l’usine Lip, entre-temps devenue coopérative ouvrière, est obligée de fermer sous la pression de la concurrence. Lors de la dernière assemblée générale, un ouvrier exprime sa rage et son désespoir face aux délégués syndicaux qui étaient devenus en fait les véritables patrons de l’entreprise : "Vous êtes ignobles ! Aujourd’hui c’est vous qui nous foutez à la porte... Vous nous avez menti !"11 Faire accepter les sacrifices que la crise économique impose, exige d'étouffer dans l’œuf les luttes ouvrières de résistance, voilà l’utilité du mot d’ordre de l’autogestion.

Cette position de principe est pleinement conforme au marxisme. Il faut déjà remarquer que nous ne sommes pas les premiers à utiliser la notion d’auto-exploitation des ouvriers. Voici ce qu’écrivait Rosa Luxemburg en 1898 :

"Mais dans l’économie capitaliste l’échange domine la production ; à cause de la concurrence il exige, pour que puisse vivre l’entreprise, une exploitation impitoyable de la force de travail, c’est-à-dire la domination complète du processus de production par les intérêts capitalistes. Pratiquement, cela se traduit par la nécessité d’intensifier le travail, d’en raccourcir ou d’en prolonger la durée selon la conjoncture, d’embaucher ou de licencier la force de travail selon les besoins du marché, en un mot de pratiquer toutes méthodes bien connues qui permettent à une entreprise capitaliste de soutenir la concurrence des autres entreprises. D’où, pour la coopérative de production, la nécessité, contradictoire pour les ouvriers, de se gouverner eux-mêmes avec toute l’autorité absolue nécessaire et de jouer vis-à-vis d’eux-mêmes le rôle d’entrepreneurs capitalistes. De cette contradiction la coopérative de production meurt, en ce sens qu’elle redevient une entreprise capitaliste ou bien, au cas où les intérêts ouvriers sont les plus forts, qu’elle se dissout."12

Lorsque des ouvriers jouent "vis-à-vis d’eux-mêmes le rôle d’entrepreneurs capitalistes", c’est cela que nous appelons auto-exploitation. Ta défense de l’autogestion s’appuie sur l’expérience des coopératives ouvrières au 19e siècle et tu cites en particulier la "Résolution sur le travail coopératif", adoptée au premier congrès de l’AIT. En effet, Marx et Engels ont à plusieurs reprises encouragé le mouvement coopératif, essentiellement les coopératives de production, pas tellement pour leurs résultats pratiques mais plutôt parce qu’elles confortaient l’idée que les prolétaires pourront très bien se passer des capitalistes. C’est pourquoi ils se sont empressés d’en souligner les limites, les risques incessants qu’elles tombent plus ou moins directement sous le contrôle de la bourgeoisie. Leur souci était d’éviter que les coopératives ne détournent les ouvriers de la perspective révolutionnaire, de la nécessité de la prise du pouvoir sur l’ensemble de la société. Cette résolution stipule :

"a) Nous reconnaissons le mouvement coopératif comme une des forces transformatrices de la société présente, fondée sur l’antagonisme des classes. Son grand mérite est de montrer pratiquement que le système actuel de subordination du travail au capital, despotique et paupérisateur, peut être supplanté par le système républicain de l’association de producteurs libres et égaux.

b) Mais le système coopératif restreint aux formes minuscules issues des efforts individuels des esclaves salariés, est impuissant à transformer par lui-même la société capitaliste. Pour convertir la production sociale en un large et harmonieux système de travail coopératif, des changements généraux sont indispensables. Ces changements ne seront jamais obtenus sans l’emploi des forces organisées de la société. Donc, le pouvoir d’État, arraché des mains des capitalistes et des propriétaires fonciers, doit être manié par les producteurs eux-mêmes."13

Tu cites d’ailleurs la première partie de ce passage mais pas la seconde qui lui donne pourtant un éclairage fondamental et qui reflète beaucoup plus fidèlement la véritable pensée de Marx. On sait que dans la 1e Internationale, Marx était obligé de composer avec toute une série d’écoles socialistes confuses qu’il espérait faire progresser. En prenant conscience de lui-même, le mouvement ouvrier se débarrasserait des "recettes doctrinaires" et Marx y contribua activement. Les associations coopératives appartenaient à ce type doctrinaire et entendaient se substituer à la lutte de classe, à la protection des ouvriers, à la lutte syndicale et même au renversement de la société capitaliste. Pour Marx, il était indispensable que la classe ouvrière se hisse à la hauteur d’une compréhension théorique de ce qu’elle devait réaliser dans la pratique. Dans ce sens, la formule : "un large et harmonieux système de travail coopératif" désigne incontestablement dans son esprit la société communiste et non pas une fédération de coopératives ouvrières.

La première partie de cette résolution signifie pour toi que la lutte pour des réformes n’est pas contradictoire avec le renversement révolutionnaire du capitalisme, qu'elle en est complémentaire. Mais cette complémentarité n’était possible qu’à l’époque du capitalisme progressiste, époque où la bourgeoisie pouvait encore jouer un rôle révolutionnaire vis-à-vis des vestiges du féodalisme et où les ouvriers devaient participer aux luttes parlementaires et syndicales pour la reconnaissance des droits démocratiques, pour imposer de grandes réformes sociales afin de hâter l’apparition des conditions de la révolution communiste. Aujourd’hui, au contraire, nous vivons l’époque de la décadence du capitalisme. Avec l’éclatement de la Première Guerre mondiale, avec l’émergence d’une nouvelle période du capitalisme, celle de l’impérialisme, de la décadence, les réformes sont devenues impossibles. Sans cette démarche historique propre au marxisme, on finit par oublier l’avertissement de Lénine dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky : "L’une des méthodes les plus sournoises de l’opportunisme consiste à répéter une position valable dans le passé."

Tu affirmes que, d’après Marx, "le socialisme naît au sein de la société bourgeoise vieille et mourante." Si nous ouvrons le Manifeste communiste, par exemple, nous ne trouvons nulle part une telle idée. Marx et Engels y expliquent que la bourgeoisie avait développé de nouveaux rapports de production progressivement au sein du féodalisme et que sa révolution politique vient parachever la domination économique acquise auparavant. Ils montrent ensuite que le processus est inverse pour le prolétariat : "Toutes les classes qui, dans le passé, se sont emparées du pouvoir essayaient de consolider leur situation acquise en soumettant la société aux conditions qui leur assuraient leurs revenus propres. Les prolétaires ne peuvent se rendre maîtres des forces productives sociales qu'en abolissant leur propre mode d'appropriation d'aujourd'hui et, par suite, tout le mode d'appropriation en vigueur jusqu'à nos jours. Les prolétaires n'ont rien à sauvegarder qui leur appartienne, ils ont à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée antérieure" (Manifeste communiste, "Bourgeois et prolétaires"). La révolution politique du prolétariat représente la condition indispensable à l’émergence de nouveaux rapports de production. Ce qui naît au sein de la société bourgeoise, ce sont les conditions du socialisme, pas le socialisme lui-même.

 

Les lois cruelles de la concurrence

Pour appuyer ton argumentation, tu développes l’idée que "La décadence signifie la stagnation économique, la floraison de la délinquance, l’augmentation de la misère et du chômage, un pouvoir d’État faible et instable (un exemple frappant ce sont les empires militaires dans l’ancienne Rome qui ne se maintenaient que quelques mois), la lutte de classe aiguë. Et la chose principale que vous n’avez pas mentionné dans votre livre La décadence du capitalisme, c’est l’apparition de nouveaux rapports de classes au sein de l’ancienne société mourante. Dans l’Empire romain, c’était les colons, les esclaves dans les exploitations agricoles, donc des serfs dans leur essence. Dans la période de la destruction de la société bourgeoise, ce sont les entreprises autogérées, plus précisément les coopératives." Il est vrai que, dans le capitalisme décadent, la société bourgeoise est marquée par une grande instabilité. La bourgeoisie doit faire face à un affaiblissement économique sans précédent, la crise de surproduction exerce ses ravages du fait de l’insuffisance des marchés solvables à l’échelle internationale, les rivalités impérialistes s’exacerbent et débouchent sur la guerre mondiale. Précisément, la bourgeoisie répond à cette situation par un renforcement de l’État comme ce fut déjà le cas dans la décadence de l’Empire romain et, pour ce qui concerne le féodalisme, avec la monarchie absolue. L’aggravation de la concurrence, la nécessité d’une surexploitation du prolétariat, l’apparition d’un chômage massif, un État totalitaire qui étend ses tentacules à toute la société civile (et non pas un “État faible et instable”), voilà justement les raisons qui rendent désormais impossible la survivance des coopératives ouvrières.

Nous sommes tout à fait d’accord avec toi pour dire que ce sont "les communistes de Gauche qui avaient raison sur la question [du capitalisme d’État] et pas Lénine." Ils avaient compris intuitivement que le capitalisme se renforçait en Russie même en l’absence d’une bourgeoisie privée et que le pouvoir de la classe ouvrière était en danger. En effet, sous la pression de l’isolement de la révolution, les Conseils ouvriers ont perdu le pouvoir au profit de l’État auquel le parti bolchevique s’était totalement identifié. Mais nous ne sommes pas pour autant d’accord avec les remèdes proposés par l’Opposition ouvrière de Kollontaï. Réclamer que la gestion des entreprises et l’échange des produits passent sous le contrôle des ouvriers de chaque usine ne pouvait qu’aggraver le problème, le rendre encore plus compliqué. Non seulement les ouvriers n’auraient obtenu qu’un pouvoir symbolique mais ils auraient de plus perdu leur unité de classe qui s’était réalisée si magnifiquement par le surgissement des Conseils ouvriers et l’influence d’un réel parti d’avant-garde en leur sein, le parti bolchevique.

Tu penses au contraire que : "Il est beaucoup plus facile et commode pour les ouvriers de contrôler la production au niveau des entreprises. (...) Après Octobre 17, l’économie a été gérée d’une manière centralisée. Finalement, le socialisme s’est dégradé en capitalisme d’État, malgré la volonté des Bolcheviks. (...) Donc, sous le socialisme, les Conseils ouvriers n’auront pas pour fonction de gérer l’économie, ils ne planifieront pas la production ni ne distribueront les produits. Si on prête ces fonctions aux Conseils ouvriers, le socialisme évoluera inévitablement vers le capitalisme d’État." En ce qui nous concerne, nous sommes convaincus que la centralisation est fondamentale pour le pouvoir ouvrier. Si tu retires la centralisation du socialisme, alors tu obtiens les communautés autonomes anarchistes et une régression des forces productives. Ce qui s’est passé en Russie, c’est qu’une force centralisée, l’État, a supplanté une autre force centralisée, les Conseils ouvriers. D’où est donc venue la bureaucratie puis la nouvelle bourgeoisie stalinienne ? Elle est venue de l’État, pas des Conseils ouvriers qui ont, quant à eux, subi un processus de dépérissement qui les a conduits à la mort. Ce n’est pas la centralisation qui est la cause de la dégénérescence de la révolution russe. Si les Conseils ouvriers ont été affaiblis à ce point, si les Bolcheviks se sont faits eux-mêmes happer par l’État, c’est à cause de l’isolement de la révolution. Les mitrailleuses qui assassinaient le prolétariat allemand atteignaient, comme par ricochet, le prolétariat russe qui, sans tarder, ne devint qu’un géant blessé, affaibli, exsangue. Nouvelle confirmation de cette grande leçon de la révolution russe : le socialisme est impossible dans un seul pays !

Pour conclure, revenons à ta conception de l’autogestion des entreprises sous le capitalisme.14 Dans ces coopératives, les ouvriers décident collectivement la répartition du profit. Le salariat n’existe plus, "les ouvriers reçoivent la valeur d’usage et non pas la valeur d’échange de leur force de travail." D’abord, nous pensons qu’il y a ici une confusion entre "valeur d’échange" et "valeur d’usage" : cette dernière exprime l’utilité de ce qui est produit, l’usage qu’on peut en faire. Et justement, une des spécificités fondamentales, par rapport aux autres époques de l’histoire, du processus de production mis en œuvre par le prolétariat moderne, c’est précisément que les valeurs d’usage qu’il produit ne peuvent être appropriées que par la société toute entière : contrairement aux chaussures (par exemple) produites par l’artisan cordonnier, les centaines de millions de puces électroniques produites par les ouvriers d’Intel ou AMD n’ont aucune valeur d’usage "en soi" ; leur valeur d’usage n’existe qu’en tant que composants d’autres machines produites par d’autres ouvriers dans d’autres usines et qui rentrent eux-mêmes dans la chaîne de production d’autres usines encore. La même chose est vraie y compris pour les "cordonniers" modernes : les ouvriers de Jinjiang en Chine produisent 700 millions de chaussures par an : on a du mal à imaginer qu’ils pourraient les porter toutes ! De même, on imagine mal telle usine autogérée rétribuer les ouvriers en moissonneuses-batteuses, par définition indivisibles et telle autre en stylos à bille.

Mais admettons, comme tu le dis, que les ouvriers reçoivent l’équivalent à la fois du capital variable et de la plus value produite. Ils ne peuvent cependant consommer intégralement le profit de l’entreprise mais seulement une partie relativement faible, le reste devant être transformé en nouveaux moyens de production. En effet, les lois de la concurrence (puisque nous sommes bien ici dans une situation de concurrence) sont ainsi faites que toute entreprise doit s'agrandir et augmenter sa productivité si elle ne veut pas périr. Une partie du profit est donc accumulée et transformée à nouveau en capital. Et nécessairement une partie quasiment aussi importante que dans une usine non autogérée, sinon l'entreprise autogérée ne s'agrandira pas aussi rapidement que les autres et finira aussi par dépérir. Au minimum, les prix de revient de l’usine autogérée doivent être aussi bas que ceux du reste de l’économie capitaliste, faute de quoi elle ne trouvera pas d’acheteurs pour ses produits. Ce qui veut dire inévitablement que les ouvriers des usines autogérées devront aligner leurs salaires et leur rythme de travail sur ceux des ouvriers employés par des entreprises capitalistes : en un mot, ils devront s’auto-exploiter.

Plus encore, nous nous retrouvons dans les mêmes conditions d’exploitation que dans toute autre entreprise puisque la force de travail reste soumise, aliénée au travail mort, au travail accumulé, au capital. Tout au plus peuvent-ils récupérer cette fraction du profit qui, dans l’entreprise capitaliste traditionnelle, va à la consommation personnelle du patron ou constitue les dividendes des actionnaires. Les ouvriers qui s’étaient réjouis d’avoir obtenu un supplément à leur salaire devront vite déchanter. Les chefs qu’ils avaient élus en toute confiance, sauront vite les convaincre de rendre ce supplément et même de consentir des réductions de salaire.

"Ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété d’État, [ni la transformation en entreprises autogérées, pourrions-nous ajouter] ne supprime la qualité de capital des forces productives", dit Engels dans l’Anti-Dühring. La transformation du statut juridique des entreprises ne change rien à leur nature capitaliste. Car le capital n’est pas une forme de propriété, il est un rapport social. Seule la révolution politique du prolétariat, en imposant une nouvelle orientation à la production sociale peut éliminer le capital. Mais il ne peut l’obtenir en reculant par rapport au niveau de socialisation internationale atteint sous le capitalisme. Il doit au contraire parachever cette socialisation en brisant le cadre national, le cadre de l’entreprise et la division du travail. Le mot d’ordre du Manifeste communiste prendra alors tout son sens : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !".

En attendant de te lire, reçois nos salutations fraternelles et communistes.


Le C.C.I., le 22 novembre 2005


1 Karl Marx, Œuvres, Économie I, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Partie I.3 des Gloses marginales, p. 1419.

2 Karl Marx, Misère de la philosophie, Œuvres, Économie I, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Chapitre premier : Une découverte scientifique ; Deuxième partie : La valeur constituée ou la valeur synthétique, p. 37.

3 Karl Marx, Op. Cit., p. 1418.

4 Karl Marx, Préface de la première édition du Livre Premier du Capital, Œuvres, Économie I, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 550.

5 Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ? cité dans Claude Harmel, Histoire de l’anarchie, Éditions Champ Libre, Paris, 1984, p. 149.

6 Karl Marx, Critique du programme du parti ouvrier allemand, Œuvres, Économie I, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1420.

7 Friedrich Engels, Anti-Dühring, Éditions Sociales, Paris, 1977, Troisième partie, Chapitre IV : La répartition, p. 348.

8 Critique du programme du parti ouvrier allemand, op. cit., p. 1421.

9 Friedrich Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Chapitre V : "Genèse de l’État athénien" Éditions Sociales/Messidor, Collection Essentiel, Paris, 1983, p. 202.

10 "L’expérience russe", Internationalisme n°10, mai 1946, republié dans la Revue Internationale n°61, 2e trimestre 1990.

11 Révolution Internationale n°67, novembre 1979.

12 Rosa Luxemburg, Réforme ou révolution, Petite Collection Maspero, Paris, 1976, deuxième partie, chapitre 2 : "Les syndicats, les coopératives et la démocratie politique", p. 61

13 Karl Marx, Résolutions du Premier Congrès de l’A.I.T. (réuni à Genève en septembre 1866), in Œuvres, Économie I, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1469.

14 Pour citer ta lettre :

"L’autogestion (dans le plein sens du terme), c’est lorsque les ouvriers gèrent eux-mêmes leur entreprise, y compris en se partageant les profits. En fait, l’entreprise est devenue la propriété des ouvriers."

"Pour moi, les entreprises coopératives ont les caractéristiques suivantes :

1  l’absence complète du salariat,

2) l’élection de tous les responsables,

3) la distribution des profits par le collectif des travailleurs de l’entreprise."

"Dans les entreprises où le salariat n’existe pas, c’est-à-dire lorsque les ouvriers reçoivent la valeur d’usage [le capital variable + la plus-value] et non pas la valeur d’échange de leur force de travail [le capital variable], la production est dix fois plus efficace."

"Les ouvriers fabriquent des produits, ils les vendent sur le marché. Avec ce qu’ils ont gagné, ils peuvent acheter l’équivalent de la même quantité de travail à d’autres ouvriers. Il y a bien eu une distribution effectuée sur la base de la quantité de travail. Ensuite, une partie de la valeur va au renouvellement des moyens de production, tandis que l’autre va à la consommation individuelle des ouvriers."