Jeunes et vieux opprimés, principales victimes de la crise économique en Europe

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En Europe, la violence de la crise économique et des politiques d’austérité entraîne une paupérisation accrue de la population. Selon l’organisme statistique officiel européen, Eurostat, 16,4  % de la population de l’Union européenne (80 millions de personnes) vivent désormais sous le seuil de pauvreté en 2010 1, les plus touchés étant les jeunes de moins de 25 ans 2.

La jeunesse d’Europe est durement frappée...

Selon l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), “dans l’Union européenne, l’emploi des jeunes a reculé davantage que l’emploi total et l’activité économique entre 2007 et 2010. (…) Après quatre années, la crise s’est aussi traduite par une progression des emplois temporaires et des temps partiels, une augmentation du chômage et du chômage de longue durée, une hausse de la proportion des jeunes sans emploi et hors de toute forme d’éducation et de formation (les “NEET”) 3, et plus généralement par une importante dégradation de la situation économique et sociale des jeunes”  4. À tout ceci s’ajoute, dans certains pays comme le Royaume-Uni, le poids énorme de l’endettement privé des étudiants nécessaire au financement de leur formation et les difficultés de remboursement en découlant, faute d’emploi stable à la fin de leurs études. Cela a pour conséquence que, “confrontés à la dégradation du marché du travail, une partie des jeunes l’a quitté ou n’y est pas entré, ayant souvent cédé au découragement, soit en se réfugiant dans le système éducatif et en prolongeant leurs études, soit en restant inactifs.” Résultat, les jeunes quittent leur pays en espérant trouver loin de chez eux un emploi pour pouvoir vivre : “Les chiffres provisoires sont incertains, mais plusieurs sources confirment une forte émigration de jeunes, en particulier des diplômés. (…) En Italie, (…) on estime qu’il y a 60 000 jeunes émigrants chaque année, dont 70 % sont diplômés de l’université”  5.

Parmi tous les pays de l’UE, seule la jeunesse d’Allemagne est pour l’instant relativement épargnée par la paupérisation.

… en France...

Question paupérisation de la jeunesse, la France se situe à un niveau médian, comparée aux autres pays de l’Union européenne. Concrètement, “sur quatre jeunes sur le marché du travail, un est au chômage, un second en emploi précaire et les deux derniers occupent un emploi normal. Et pour y parvenir ils ont, pour la plupart, dû accepter des stages ou des emplois temporaires. Même avec un diplôme, l’insertion dans l’emploi des jeunes est difficile. (…) Ainsi, 29  % des jeunes n’arrivent pas à se loger convenablement ou à se chauffer et 17  % ne parviennent pas à payer leurs factures et se retrouvent par dizaines de milliers en situation de surendettement. Avant 25 ans, les jeunes n’ont toujours pas droit à un revenu minimum, sauf conditions draconiennes”  6. Et la situation est encore pire pour les jeunes dans les “zones urbaines sensibles”, dont le taux de chômage officiel s’élève à 43  %  !

… comme en Espagne

Mais l’Irlande, l’Espagne et la Grèce sont actuellement les pays où les conditions de vie des jeunes se sont, de loin, le plus dégradées entre 2007 et 2011 : “Très forte baisse de l’emploi des jeunes, trop peu atténuée par une hausse de l’inactivité, provoquant hausse du travail précaire, explosion du temps partiel subi et du chômage, en particulier du chômage de longue durée, explosion de la proportion de jeunes pauvres ou en danger d’exclusion, forte émigration” 7.

La situation en Espagne est une illustration concrète de ce que signifie cette dégradation ; dans ce pays, “700 000 jeunes de 15 à 29 ans étaient au chômage mi-2007, soit un taux de 14  %, le plus bas des trente années précédentes. En un peu plus de trois ans, on est revenu aux niveaux les plus élevés connus : le nombre de jeunes chômeurs a atteint au 2 trimestre 2011 près de 1,6 million, soit un taux de chômage de 32 %. Le nombre de jeunes chômeurs de longue durée a été multiplié par six dans la période 2007-2011. Aujourd’hui, 42  % des jeunes chômeurs sont de longue durée, alors qu’ils n’étaient que 15  % en 2007”  8, et la dégradation de la situation au premier trimestre 2012 vient même de porter le taux de chômage officiel des moins de 25 ans au-delà de 52  %  9  ! En conséquence, “on assiste à un recul de la part des jeunes quittant le domicile de leurs parents : le taux de décohabitation s’est réduit de près de 5  % chez les 18-34 ans, descendant à 45,6  %. Cette baisse est encore plus accentuée chez ceux de  à 29 ans, pour lesquels ce taux baisse de 10  %10.

Quelle est la réponse du gouvernement espagnol face à cette misère croissante  ? Encore plus d’austérité  ! Ainsi, suite aux mesures prises le 20 avril par le gouvernement conservateur, les étudiants devraient bientôt voir leurs frais d’inscription universitaire s’envoler, passant de 1000 à 1500 € en moyenne 11.

Retraites de misère et mort prématurée attendent la vieillesse

Ces dernières mesures du gouvernement espagnol touchent également les retraités, qui avaient jusqu’ici un accès gratuit aux médicaments et qui devront désormais payer, en fonction de leurs revenus, jusqu’à 18 € par mois pour s’en procurer 12.

De fait, même si, à l’échelle de toute l’UE, les vieux sont bien moins touchés que les jeunes par la paupérisation, leur situation se détériore dramatiquement dans les pays ayant déjà adopté de sévères plans d’austérité.

Ainsi, au Portugal, “près de 11 600 personnes sont mortes en février dernier, selon la Direction générale de la santé portugaise (DGS), soit 10  % de plus qu’à la même période l’année passée. La plupart des victimes avaient plus de 75 ans”  13. De nombreux médecins dénoncent les mesures d’austérité et leurs conséquences sur les maigres pensions : dénutrition liée à la hausse du prix de l’alimentation, hypothermie liée à la hausse du prix de l’électricité et aux tentatives de réduire les factures de chauffage, logements insalubres, incapacité de payer transports, frais hospitaliers et médicaments. Des vieux résument ainsi la situation : “Nous pouvons acheter soit de la nourriture, soit des médicaments, mais pas les deux”  14.

En clair, la bourgeoisie portugaise laisse désormais crever de faim, de froid et de maladie les vieux les plus misérables, ces improductifs d’un point de vue capitaliste, impossibles à exploiter. Et avec l’aggravation de la crise économique et l’austérité croissante en résultant, nul doute que cette pandémie de misère et de mort qui commence à frapper la vieillesse du Portugal se propagera bientôt en Europe.

Toutefois, les chiffres mentionnés ici sont en partie trompeurs. D’un côté, certains chiffres, comme ceux du chômage, sont systématiquement falsifiés par les organes étatiques chargés de les produire, via de complexes manœuvres statistiques. De l’autre, ces mêmes organes étatiques rassemblent dans le même panier statistique “les jeunes” ou “les vieux”, comme s’il s’agissait de catégories populationnelles non divisées en classes sociales. Il résulte de tout ceci qu’au sein des classes opprimées, qui représentent l’immense majorité de la population, la situation sociale est encore pire que ce que nous laissent entrevoir ces chiffres !

Le prolétariat ne trouvera d’issue que dans la lutte !

Mais gardons-nous de ne voir “dans la misère que la misère, sans y voir le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne”  15.

La classe ouvrière, sa jeunesse en particulier, n’a pas l’intention de subir sans combattre. C’est ce qu’ont montré les mouvements sociaux qui ont parcouru la planète en 2011, au cours desquels les jeunes prolétaires, encore étudiants, déjà au travail ou au chômage, ont été parmi les éléments les plus combatifs  16.

Car chez les ouvriers, jeunes ou vieux, se développe progressivement la conscience que la possibilité d’une vie meilleure ne peut passer que par la lutte.

DM (29 avril)

 

1 Le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du revenu médian national. En France par exemple, ce seuil correspond à un revenu mensuel de 876 € pour une personne seule, selon les estimations d’Eurostat.

3 NDLR : NEET (“Not in Education, Employment or Training”) signifie “ni étudiant, ni employé, ni stagiaire”.

4 Dossier de presse, no spécial 133 de la Chronique internationale de l’Ires, “Les jeunes dans la crise – Principaux résultats”,

http ://www.ires-fr.org/images/pdf/IresDossierConferencePresseLesJeunesdanslaCrise.pdf

5 Idem.

7 “Les jeunes dans la crise”, op. cit.

8 Idem.

10 “Les jeunes dans la crise”, op. cit.

12 Idem.

14 Idem.