Élections présidentielles: quelles leçons pour les travailleurs ?

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Les élections présidentielles occupent l’espace médiatique depuis des mois. Au lendemain de ce scrutin, quelles en sont les principales leçons  ?

La prétendue victoire des travailleurs

Qui a gagné  ? Les travailleurs, les exploités  ? Certainement pas  ! Contrairement à ce que prétend le PS, sa victoire n’est pas la nôtre. Les expériences de la gauche au pouvoir sont sans appel  : seuls ou dans le cadre de la cohabitation, les gouvernements de gauche successifs depuis 1981 et sous l’ère Mitterrand ont appliqué sans discontinuer des plans de rigueur, de licenciements, ou des gels de salaire sans le moindre état d’âme. Et avec l’accélération de la crise mondiale, ceux-ci seront même beaucoup plus rudes encore. Les prolétaires vont subir dès demain les coups redoublés de l’austérité assénés cette fois par la gauche au pouvoir  ! L’euphorie et l’illusion d’une victoire seront sans doute comparables à celles qu’avait provoquées l’élection de Mitterrand en mai 1981 mais la période a changé  : elle sera de très courte durée et les effets de cette “gueule de bois” vont se dissiper dès le lendemain des législatives. Il n’y aura pas cette fois le moindre “état de grâce”. Car l’ampleur de la crise mondiale va faire très vite l’effet d’une douche froide (voir notre éditorial). Et les exploités d’aujourd’hui le seront encore bien davantage demain  !

Le poids des illusions électorales

Dans ce cirque électoral, dopé par une polarisation et un matraquage médiatique intense, le scrutin du premier tour a clairement démontré l’ampleur des illusions électorales (à peine 20,5  % d’abstentions), en particulier dans les jeunes générations (19  % chez les 18-25 ans) même si celle-ci progresse dans les grandes agglomérations, chez les ouvriers et les employés.

La montée du populisme d’extrême droite et le poids de la décomposition sociale

Il est vrai aussi que la polarisation autour du score de Marine Le Pen à 18  %, ralliant plus de 6 millions d’électeurs, soit le plus grand nombre de voix jamais atteint par le FN, traduit la montée générale du populisme qui n’est que le produit des effets d’une décomposition sociale grandissante et du désarroi, d’un no future de beaucoup face à un avenir bouché.

L’illusion d’avoir élu “le moins pire”

Du moins, nous dira-t-on, cette élection aura permis que “Sarko dégage”. S’exprime ainsi surtout l’illusion dans cette élection d’avoir choisi “le moins pire”. Ce sentiment s’est même renforcé dans l’entre deux tours face aux discours nauséabonds de Sarkozy et sa drague effrénée envers les électeurs de la candidate d’extrême-droite présentée tantôt comme “compatible avec la République” (Sarkozy), tantôt comme une “interlocutrice plus présentable que son père” (dixit le ministre Longuet). Sarkozy n’a pas hésité à emprunter sans vergogne l’arsenal idéologique ultra-populiste du FN, tiré des égouts de la société, sur l’immigration et l’insécurité… ce qui a de quoi écoeurer. Cela a finalement été un puissant repoussoir, y compris pour bon nombre des électeurs potentiels de la droite “modérée” et du “centre” 1.

Mais dire que le choix s’est porté sur le “moins pire”… pas sûr, car de toutes façons, tant que l’enfer de l’exploitation capitaliste subsistera, les lendemains seront toujours pires.

Les prolétaires ne peuvent que se faire piéger sur le terrain électoral

C’est pourquoi les exploités n’ont rien à gagner en participant au grand cirque électoral où chacun d’entre nous se retrouve atomisé, impuissant, isolé... précisément dans l’isoloir. Au contraire  ! Car c’est là que nos exploiteurs et leur gouvernement parviennent à nous démobiliser du seul terrain où nous pouvons nous affirmer, nous retrouver et nous reconnaître comme une force sociale collective, unie, solidaire, capable de remettre leur pouvoir en cause  : la lutte de classe  ! A la veille des législatives, nous devons réaffirmer avec énergie  que les prolétaires n’ont rien à faire sur le terrain électoral, qui est par excellence celui de notre ennemi de classe.

PS/UMP  : le même programme, attaquer nos conditions de vie

Si le PS se retrouve aujourd’hui au pouvoir, le candidat Hollande n’a, contrairement à l’époque de l’élection de Mitterrand en 1981, fait aucune promesse inconsidérée  : aucune remise en cause d’ensemble sur la réforme des retraites (le principal “acquis” dont se vante Sarkozy), renforcement annoncé des effectifs de la police et des mesures de sécurité, engagement à poursuivre la politique de son prédécesseur sur la restriction des flux migratoires et les expulsions des immigrés clandestins, maintien des camps de rétention, etc. Il n’y a, sur le fond, pas de vraies différences entre le programme du PS et celui de l’UMP  2.

Une évidente volonté de toute la bourgeoisie de renforcer les syndicats...

Le discours de Sarkozy au Trocadéro, qui était le 1 mai anti-syndical, a en réalité permis de lancer une campagne de réhabilitation des syndicats comme pôle oppositionnel  3. Pourquoi  ? Parce que la bourgeoisie française sait parfaitement que les syndicats vont devoir jouer un rôle crucial d’encadrement des luttes à venir. Les mois futurs vont être marqués par de lourdes attaques, surtout que les syndicats ont discrètement passé des accords avec le patronat et le gouvernement pour bloquer l’annonce de tous les nouveaux plans de licenciements prévus dans de très nombreuses entreprises (chez PSA, notamment à Citroën-Aulnay, chez sous-traitants de l’automobile, à Air France, à la SNCM, dans les télécoms, chez Areva, à Carrefour, dans le secteur bancaire et beaucoup d’autres...). Et cela jusqu’à la fin des élections législatives, donc pour que soit respectée “la paix sociale” pendant la période électorale. Tous savent donc bien que des annonces tomberont durant les vacances estivales. De même, les syndicats et le patronat (MEDEF) ont décidé en avril d’un commun accord de suspendre les négociations avec le gouvernement jusqu’après les présidentielles (elles devraient reprendre “discrètement” dès le 13 mai) sur les accords de “compétitivité/emploi” qui vont porter un sérieux coup de canif dans les règles des contrats de travail. En effet, ces “accords” prévoient une flexibilité accrue du temps de travail et des salaires. Il est prévu que cette plus grande “souplesse” puisse permettre aux entreprises d’ajuster le temps de travail et les salaires à la conjoncture sans l’accord individuel du salarié et de déroger à la durée légale de travail, en échange de la vague promesse d’un maintien des emplois.

… et la gauche de la gauche…

De même, la percée électorale de Mélanchon et de son Front de Gauche (bien qu’elle reste inférieure à la prévision des sondages), ne représente pas une réelle alternative sur le plan électoral, car il s’agit d’une mayonnaise montée artificiellement autour de la vieille sauce stalinienne, historiquement condamnée à jouer un rôle d’appoint qui, en plus, n’a fait que rabattre purement et simplement “sans conditions” ses voix vers Hollande pour “barrer la route à Sarko”. Néanmoins, cette fraction est appelée à jouer un autre rôle de premier plan tout à fait essentiel pour l’appareil bourgeois.

… pour encadrer et saboter les luttes ouvrières inévitables à venir

Il est clair que dans l’après-élection, il y aura des luttes face à la recrudescence très forte des attaques. Et le Front de Gauche de Mélenchon, comme le NPA du candidat Poutou et LO de la candidate Arthaud, le savent bien. C’est pour cela qu’ils se présentent comme une gauche oppositionnelle, parlant tous trois à l’unisson d’un “troisième tour social”, et mettant en avant la pression sociale à venir. Ils ont martelé comme jamais le message qu’ils seront bel et bien présents dans ces luttes. Le but est clair  : les luttes ouvrières ne doivent surtout pas se développer librement, en-dehors du contrôle idéologique des syndicats et des gauchistes.

A aucun de tous ceux-là nous ne devons faire confiance. Nous devons prendre en mains nous-mêmes nos luttes, qui sont le seul moyen de nous défendre et d’imposer la défense de nos intérêts propres en créant un rapport de forces pour pouvoir abolir les rapports d’exploitation.

W. (6 mai 2012)

 

1  dont M. Bayrou, représentant de ce centre mou toujours acoquiné et rallié traditionnellement aux gouvernements de droite que les discours très “bleu Marine” de Sarkozy a rejeté dans les bras de Hollande.

2  C’est d’ailleurs pourquoi les “commentateurs” des médias aux ordres ont tellement insisté, notamment lors du fameux “débat télévisé” de l’entre-deux tours sur “l’agressivité de la confrontation” et sur les différences de “personnalité entre les deux candidats.

3  Alors qu’en réalité Sarkozy a reçu pendant ces cinq années très régulièrement tous les syndicats, CFDT et CGT en tête, officiellement ou pas, à l’Elysée.