Equateur : la “révolution citoyenne”, c’est cogner toujours plus sur la classe ouvrière

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Nous publions ci-dessous la traduction d’un article réalisé par notre nouvelle section en Equateur.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Correa 1 en Equateur, les attaques contre la classe ouvrière n’ont cessé de pleuvoir, et se sont au contraire intensifiées. Le “corréisme” s’est révélé bien plus efficace que d’autres gouvernements dans sa besogne anti-prolétarienne. Le “corréisme” est ainsi la continuation de tous les gouvernements qui l’ont précédé depuis 1979, quand les militaires, associés aux partis de gauche comme de droite, se répartirent à huis clos les rôles dans le nouveau scénario destiné à gérer le mieux possible la crise du capitalisme enclenchée à la fin des années 1960 et qui s’est exprimé essentiellement à travers la fuite en avant dans l’endettement généralisé des Etats.

Face à l’impasse dans lequel se trouve le capitalisme décadent, marqué par une décomposition galopante qui rend le futur toujours plus incertain, même aux yeux des économistes les plus optimistes, la bourgeoisie ne peut que recourir avec une passion démente à l’endettement et à l’application de politiques économiques d’austérité qui ont comme conséquence de plonger la classe ouvrière dans la misère la plus noire.

L’Etat équatorien n’échappe pas à cette tendance, lui dont les exportations ont tendu à décroître ces trois dernières années. La prétendue santé de l’économie repose sur le montant des revenus nationaux en dollars, basés sur le prix du pétrole qui génère apparemment une expansion des revenus de l’ordre de 13 %. Il s’agit en réalité d’un mirage dû à ce que les réserves mondiales s’épuisent et que la spéculation se déchaîne, mais l’essentiel des mesures pour faire face à l’instabilité se trouve dans le serrage de ceinture des travailleurs. C’est ainsi que tend à disparaître la part de salaire indirect représentée par la réduction des dépenses de santé et d’éducation qui provoquent aussi des licenciements dans la classe ouvrière, comme le font Obama, Sarkozy, Angela Markel, Rajoy ou n’importe quel gouvernement dans le monde.

Correa, protégeant les intérêts de la classe dominante, impose des politiques de flexibilité de l’emploi, de licenciements brutaux, de gel des salaires, de suppression des conventions collectives tout en évitant le “traumatisme” des manifestations de rues… grâce aux enjolivements des discours axés sur la défense de la démocratie et de lois imposées au nom du “pouvoir populaire”.

Quelques exemples concrets de ce que nous venons d’avancer :

– le 30 avril 2008, l’imposition de “l’ordonnance n 8” destinée à normaliser la “Tercerización e Intermediación Laboral” a signifié le licenciement de 39 200 travailleurs, dont une partie seulement fut réembauchée par les entreprises où ils travaillaient auparavant, mais en sous-traitance ;

– à partir du 30 avril 2009 fut appliqué le “décret 1701” destiné à limiter les “privilèges” donnés par les conventions collectives signées par les fonctionnaires publics et l’Etat : des milliers de travailleurs furent aussitôt mis à la retraite anticipée et d’autres, après avoir subi des “évaluations” de leurs capacités, furent forcés de démissionner ; dans l’enseignement, pas moins de 2957 enseignants furent amenés à suivre ce “chemin de croix” ;

– dès le 7 juillet 2011 fut appliqué le “décret exécutif 813”, qui réformait la réglementation du service public et instituait “l’achat de démissions obligatoires2” ; 7093 postes ont ainsi été éliminés depuis 2011, sapant particulièrement le secteur de la santé qui a souffert le plus des licenciements.

Parmi la population active de l’Equateur (qui atteint 55,5 % de la population totale), 57 % n’a pas de travail stable, c’est-à-dire qu’elle est ballottée entre le travail informel (vendre n’importe quoi dans la rue), le travail précaire et la zone des traîne-misère privés de tout…

Mais même les travailleurs qui ont un travail fixe n’ont pas de revenus suffisants pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Le salaire d’un travailleur “qualifié” (bac technique ou autre qualification professionnelle) est de 280 dollars par mois, celui d’un médecin issu de l’université après sept années d’études varie entre 500 et 700 dollars mensuels. Les seuls qui ont vu leurs salaires augmenter sont les forces de police. Correa a décrété une augmentation de salaires des militaires qui varie de 5 à 25 %. Aujourd’hui, un simple soldat issu des casernes d’instruction militaire, entraîné à tuer, touche un salaire de 900 dollars mensuels.

C’est là l’essence du “corréisme”, enveloppé dans cette aberration baptisée “révolution citoyenne”, qui fait partie de cette ignoble et abominable idéologie du “socialisme du xxi siècle” cher à Chavez.

Les promesses de Correa et des idéologues du “socialisme du xxiee siècle” ne sont pas des options valables pour les travailleurs, seule leur lutte peut tracer une perspective propre contenant un vrai futur.

Internacionalismo-Equateur (mars 2012)

 

1 Rafaël Correa Delgado, ancien professeur d’économie politique, formé en Europe et aux Etats-Unis, est issu du sérail de la bourgeoisie. Devenu conseiller du président puis ministre des Finances sous le régime Palacio, se présentant comme “chrétien de gauche et humaniste”, il se fait remarquer par sa brève “croisade” idéologique contre les diktats du FMI et de la Banque mondiale. Porté à la tête d’une coalition entre différents partis de gauche, il est élu au 2e tour des élections présidentielles d’octobre 2006 et se retrouve à la tête de l’Etat équatorien depuis mars 2007. Il réforme la Constitution et se fait réélire dès le 1er tour de nouvelles élections présidentielles anticipées qu’il a provoquées en avril 2009 (NDLR).

2 “Compra de renuncias obligatorias”, facilitant les licenciements.