Le "socialisme bolivarien" est une version gauchiste du "capitalisme sauvage"

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Le texte ci-dessous s’appuie en grande partie sur un article d’Internationalismo, organe de presse du CCI au Venezuela, publié sur notre site en espagnol cet été. Les faits que nous rapportent ici nos camarades montrent une nouvelle fois que dans tous les pays la même crise économique et les mêmes mesures d’austérité font rage. Les fractions au pouvoir peuvent bien se prétendent “libérales”, “progressistes” ou “révolutionnaires”, le même capitalisme sauvage et barbare attaque les travailleurs aux quatre coins du globe.

La crise économique mondiale frappe aussi le “Socialisme du xxie siècle”

L’Etat de Chavez nie en bloc l’existence de la crise économique au Venezuela, mais cela n’empêche pas la dure réalité d’y frapper impitoyablement la population. La politique “socialiste” menée dans ce pays ne fait pas moins de dégâts que le “libéralisme” américain. Et il n’y a là rien d’étonnant puisqu’il s’agit en réalité, dans les deux cas, du même capitalisme d’Etat ; seul le masque change. Au Venezuela, le capitalisme d’Etat est seulement plus caricatural qu’ailleurs et… moins performant puisqu’il réussit le tour de force d’affaiblir autant le capitalisme privé que le capital étatique.

Le pays doit aujourd’hui importer pratiquement tous les biens de consommation courante, ce qui est assez paradoxale pour un pays qui prétend développer une “révolution” continentale en exportant son label “Socialisme du xxie siècle”. Mais il y a encore plus ironique : pour la galerie, Chavez mène des affrontements permanents avec les Etats-Unis désignés comme le grand Satan capitaliste mais, dans les coulisses, les deux Etats entretiennent des liens économiques très étroits. Les Etats-Unis sont ainsi le principal client commercial du Venezuela (1).

Les chiffres officiels eux-mêmes et ceux de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine) et du FMI, sont tous obligés de reconnaître la gravité de la crise économique du pays : le Venezuela et Haïti (l’un des pays les plus pauvres au monde !) ont été les seuls d’Amérique latine et des Caraïbes à ne pas avoir eu de croissance en 2010. Il s’agit même pour le Venezuela de la troisième année de décroissance du PIB. Le pays a l’inflation la plus élevée de la région et une des plus élevées du monde : pour chacune des trois dernières années, elle a été de 27 % en moyenne et on estime que, pour 2011, elle dépassera 28 %. Voilà des taux d’inflation qui transforment en “sel et eau” les salaires et les pensions des travailleurs, ainsi que les aides que l’Etat octroie par le biais des plans sociaux !

Evidemment, le Venezuela subit là la crise économique mondiale. Mais les mesures prises par Chavez n’ont rien à envier à celles des droites les plus “dures et réactionnaires” de la planète :

Les revenus pétroliers, qui ont portant augmenté considérablement en 2011 suite à la crise libyenne, ne sont pas suffisants pour assouvir la voracité de l’Etat ; ils se volatilisent dans des budgets “alternatifs” au budget national, manipulés directement et de façon arbitraire par l’Exécutif (avec l’excuse de rendre plus agile “l’investissement social”). Voilà une forme de gestion du régime qui a facilité la création d’un vaste réseau de corruption qui embrasse plusieurs niveaux de fonctionnaires publics et militaires.

Alors qu’une bonne partie des travailleurs survit avec tout juste un peu plus du salaire minimum (équivalent à 150 $ par mois), la haute bureaucratie de l’État, autant civile que militaire, touche de très hauts salaires et “profits” pour ainsi garantir sa loyauté au régime.

Les dépenses militaires ont continué d’augmenter, avec l’excuse de contrer la menace d’invasion de “l’impérialisme yankee” pour s’emparer des ressources énergétiques.

Et comme les autres économies du monde, le Venezuela voit l’endettement de l’État exploser. Cette dette de 150 milliards de dollars, un peu plus du 40 % du PIB, est aujourd’hui encore gérable mais les experts en économie signalent que si elle continue d’augmenter au rythme actuel, il y a un risque de défaut de paiement (impossibilité de rembourser le service de la dette) dans les trois ans ! Ainsi, le Venezuela pourrait se retrouver dans une situation identique à celle de la Grèce, situation qui a exigé le secours de l’Union européenne et entraîné une politique d’austérité inouïe.

Le chavisme a recours au même “remède” que toutes les autres bourgeoisies du monde : l’austérité !

Voici la réalité de la politique “socialiste” de Chavez :

– dévaluation du bolivar [monnaie nationale] de 65 % en janvier 2011, après une autre de 100 % au début de 2010 ;

– agression permanente contre les salaires et les aides sociales ;

– réduction drastique des plans d’alimentation et de santé ;

– augmentation des tarifs électriques avec la justification de stopper “le gaspillage d’électricité”, ce qui va affecter dramatiquement le coût de la vie ;

– augmentation des prix de l’essence, de la TVA et divers autres impôts.

A cause de l’inflation, les salaires ont souffert d’une forte détérioration. D’après la CEPAL et l’Organisation internationale du travail (OIT), les salaires des travailleurs vénézuéliens sont tombés, en termes réels, de plus de 8 % le premier trimestre de cette année par rapport à la même période en 2010. Comme dans beaucoup d’autres pays, l’emploi précaire n’a fait qu’augmenter autant dans le public que dans le privé : selon une étude récente réalisée par l’Université catholique “Andrés-Bello”, 82,6 % de la force de travail vénézuélienne a un emploi précaire. Bref, malgré la détermination du régime chaviste à maquiller les chiffres, la réalité est que la pauvreté continue de s’aggraver.

Au niveau social, même les “Missions”, ces plans sociaux inventés par le chavisme pour essayer de faire croire aux “conquêtes du socialisme” en distribuant des miettes aux secteurs le plus paupérisés, ont été réduits. Aujourd’hui, les plans de santé, d’éducation, de distribution d’aliments, etc., sont en train d’être abandonnés ou sont très affaiblis. C’est un fait que la totalité des services publics se dégrade à grande vitesse. Voilà une réalité qui vient s’ajouter à la pénurie quasi permanente de plusieurs produits alimentaires de base, à l’augmentation constante des prix alimentaires et des produits de première nécessité.

Le plus révoltant est sans nul doute le fait que, comme toujours sous le capitalisme, cette terrible réalité quotidienne est subie par les prolétaires et les secteurs les plus pauvres alors que les grands caciques du régime et leurs proches vivent dans la plus grande opulence. Toute ressemblance avec certains pays arabes ou africains n’est pas du tout fortuite !

Une croissance importante des luttes et des protestations sociales

Mais il y a quelques rayons de soleil qui percent les nuages et qui sont source d’espérance pour l’avenir. Le prolétariat au Venezuela participe lui-aussi à la poussée, lente mais perceptible, de la combativité à l’échelle internationale. La bourgeoise vénézuélienne ne s’y est d’ailleurs pas trompée, puisqu’elle a suspendu temporairement une grande partie de ses attaques après avoir vu les travailleurs se dresser en Bolivie. En effet, en décembre dernier, dans cet autre pays d’Amérique latine, le gouvernement d’Evo Morales, après avoir décrété l’augmentation du prix de l’essence, a dû revenir en arrière face à l’ampleur des protestations qui ont mis à mal sa popularité.

Au Venezuela, le prolétariat de l’industrie pétrolière, qui avait subi un dur contrecoup avec le licenciement de presque 20 000 employés en 2003, a mené des mobilisations contre le non-respect de la convention collective. Il y a eu aussi des mobilisations des employés publics, dans le secteur de la santé et de l’administration centrale, pour exiger des augmentations de salaire et des améliorations des conditions de travail.

Plus importantes encore sont les luttes menées depuis plus de deux ans par les ouvriers de la Zone du fer dans la Guyane vénézuélienne, au Sud du pays, région où se concentrent une vingtaine d’entreprises de l’industrie lourde d’Etat et plus de 100 000 travailleurs. Pour essayer de mystifier les travailleurs de cette zone et dévoyer leur combativité, le gouvernement a essayé de mettre en place plusieurs schémas de production “socialiste” : après avoir essayé “l’autogestion” dans l’ALCAS (entreprise productrice d’aluminium), et avoir nationalisé la sidérurgique Sidor, il essaye maintenant d’introduire le “contrôle ouvrier” de la production.

Tout cela montre l’augmentation significative des protestations sociales en 2011 qui, sans le moindre doute, vont dépasser les 3000 actes de protestation comptabilisées en 2010, qui avaient pourtant elles-mêmes déjà battu tous les records des années précédentes. Ceci entraîne une importante érosion dans le soutien à Chavez, étant donné que ces protestations ont surtout lieu au sein des couches les plus appauvries, qui étaient la base principale de soutien de ce régime. Un exemple récent et dramatique de ces protestations a été celle des familles des prisonniers de plusieurs prisons du pays, qui ont été impitoyablement réprimées par les forces de l’Etat lorsqu’elles ont manifesté contre l’entassement des prisonniers et la répression au sein même des établissement. La barbarie que l’on vit dans les prisons n’est que l’extension de celle que l’on vit, quotidiennement, dans le pays tout entier, surtout dans les quartiers pauvres. Ce pays cumule plus de 140 000 assassinats durant les 12 années de “révolution bolivarienne”. Et Chavez, avec un aplomb indécent, ose appeler tout cela la “jolie révolution” !

Les luttes et les mobilisations menées par le prolétariat sont le meilleur démenti à la prétendue “révolution” que dirigent les nouvelles élites bourgeoises qui gouvernent le Venezuela. Seule la résistance des travailleurs contre les attaques de l’État, dans la défense de leurs conditions de vie, en se basant sur des assemblées qui tendent à unifier les travailleurs de différents secteurs, pourront devenir une référence pour ces masses paupérisées qui commencent déjà à perdre leurs illusions sur les propositions des chavistes comme de l’opposition.

Et ainsi, ces mouvements s’inscriront dans le sillon ouvert par les prolétaires et les masses exploitées d’Afrique du Nord, de Grèce ou d’Espagne, avec le mouvement des “Indignés”.

D’après Internacionalismo (30 juillet)

 

1) Les exportations aux Etats-Unis ont même augmenté de 27,7 % pendant le premier trimestre 2011 par rapport à la même période de 2010. Elles représentent aujourd’hui 49 % du total des exportations du Venezuela.

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