Réformes de la santé : le capitalisme nous condamne à mourir à petit feu

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Sera-t-il encore possible de se soigner  ? Voilà une question angoissante que se posent de plus en plus de travailleurs. Et ils ont raison de se la poser  ! Sans grand tapage médiatique, et avec la plus grande discrétion, l’Etat vient de prendre, depuis le début de l’année 2011, une série de mesures pour réduire le déficit abyssal de la Sécurité Sociale dont les conséquences seront catastrophiques pour des milliers voire des millions de personnes, mesures qui viennent s’ajouter à la longue liste de celles qui ont été prises depuis plusieurs décennies par des gouvernements qu’ils soient de gauche ou de droite. Avec la brutale accélération de la crise de 2008, le trou de la Sécurité Sociale a explosé, en une année il a doublé, passant de 10 milliards d’euros à 20 milliards.

 L’objectif budgétaire de l’Etat est clair : réduire les dépenses de santé de 7.2 milliards d’euros, comme cela a été annoncé à la fin de l’année 2010, en catimini, en plein mouvement contre la “réforme de la retraite”. Et n’en doutons pas, d’autres mesures suivront, encore plus dures que les précédentes.

Une pluie d’attaques contre nos conditions de vie1

Voici ce que la bourgeoisie nous a concocté :

Fin de la gratuité des chambres individuelles dans les Hôpitaux Publics, maintenant il faudra débourser 45 euros par jour pour en bénéficier en plus des 18 euros de forfait journalier, cela fait chère l’hospitalisation  !

D’après une ordonnance de la ministre de la “santé” Bachelot, les infirmières n’auront plus le droit de pratiquer des prélèvements sanguins comme cela se faisait jusqu’à maintenant. Les laboratoires d’analyses médicales, pour subsister, devront passer une certification assez contraignante et compliquée exigeant, entre autres, qu’ils se portent garants de leurs infirmières, c’est-à-dire qu’elles soient formées et agréées par le laboratoire dans lequel le prélèvement est analysé. Ce qui veut dire qu’ils ne pourront plus embaucher des infirmières remplaçantes ou intérimaires. De ce fait, les prélèvements à domicile seront interdits : les patients devront se rendre par leurs propres moyens, quel que soit leur état de santé, au laboratoire  ! Alors que les cotations de leurs actes seront revues à la baisse, les laboratoires seront tenus de s’équiper de moyens matériels performants avec un personnel réduit. Pour continuer à fonctionner, ils vont donc devoir se regrouper. Pour la ministre, l’objectif est d’avoir 1 à 2 laboratoires par département, ce qui veut dire que certains hôpitaux de taille moyenne seront obligés de fermer leurs propres laboratoires. Les personnes qui auront besoin d’analyses particulières seront obligées de se déplacer vers un grand plateau technique qui peut être distant de plusieurs kilomètres  ; étant les seuls à accueillir une grande partie des examens à réaliser, il faudra attendre plusieurs jours supplémentaires pour avoir les résultats  ! De plus cette ordonnance précise qu’il n’est plus besoin d’être biologiste pour ouvrir un laboratoire, de grands établissements financiers ou des groupes industriels sont sur la ligne de départ pour racheter une grande partie des laboratoires, la rentabilité financière s’imposera au détriment des objectifs médicaux.

Augmentation du nombre de médicaments qui verront leurs taux de remboursement baisser voire même ne plus être remboursés, reconnus “inefficaces” par la communauté médicale. La campagne médiatique sur le scandale du Médiator a permis à l’Etat de pointer du doigt la surconsommation, et de publier une liste de 77 médicaments inefficaces ou ayant des effets secondaires plus ou moins dangereux, voilà comment passer en douce au déremboursement du Diantalvic, très utilisé contre la douleur.

Face à cette avalanche de déremboursements, les mutuelles emboitent le pas en utilisant le chantage : afin d’éviter l’augmentation des cotisations, elles ne “rembourseront plus à l’aveuglette”, sauf les médicaments reconnus comme efficaces, les autres passeront à la trappe, ce qui est le cas des vignettes orange, remboursés à 15  % par la Sécu (comme le Gaviscon pour les brûlures d’estomac). Ces mêmes médicaments, nous les retrouvons sur le marché 2 à 3 fois plus chers  !

Les frais d’optique et les appareils auditifs seront moins remboursés.

La consultation des médecins généralistes augmente de 22 à 23 euros.

Taxer les assurés qui ne présentent pas leur carte vitale au moment des actes médicaux quand on sait qu’il faut attendre 3 ou 4 mois pour avoir ce précieux sésame  !

Jusque là gratuite, il faudra, pour les immigrés non titulaires d’une carte de séjour ou d’un récipissé délivrés par la Préfecture, débourser 30 euros pour avoir droit à l’Aide Médicale d’Etat qui leur permet de se soigner gratuitement, en attendant une éventuelle régularisation. Ce qui veut dire que bon nombre d’entre eux, fuyant la misère dans leur pays, seront incapables de se soigner.

Depuis le 1er janvier, les indemnités journalières accident de travail et maladies professionnelles doivent être déclarées aux Impôts. Et cela dans un contexte où les maladies professionnelles liées au stress ou à l’utilisation de produits dangereux (l’amiante en est l’exemple le plus significatif) connaissent une très nette augmentation alors que les accidents de travail, eux, connaissent une diminution en trompe-l’oeil, et cela pour 2 raisons : d’une part un nombre important de salariés ne déclarent pas de “petits accidents de travail” et d’autre part, c’est la conséquence de la désindustrialisation.

Quant à la prise en charge des soins liés aux affections de longue durée, qui en 20 ans, de 1990 à 2010, sont passées de 600 000 à près de 1 200 000 (augmentation importante des cancers), et qui représentent 60  % des dépenses de santé), ordre est donné aux médecins-conseil d’en limiter le nombre.

La réduction des effectifs dans la Sécurité sociale entraîne d’une part un retard, qui peut atteindre plusieurs mois, dans le paiement des indemnités journalières ou le remboursement des soins, et d’autre part une impossibilité des employés d’informer correctement les assurés sociaux sur leurs droits, facteurs aggravant la précarité de milliers de salariés.

Enfin, cerise sur le gâteau, renforcer la chasse à la fraude. Les sommes récupérées sont ridicules, mais là n’est pas le réel message. Il faut culpabiliser, montrer du doigt et traquer les fraudeurs comme des boucs émissaires, responsables du trou de la Sécurité sociale  !

L’extension de la précarité sanitaire

Les dernières statistiques démontrent que 25  % de la population française ne peut plus se soigner pour des raisons financières. Et la situation ne peut qu’empirer.

Pour les conseillers de l’Etat qui travaillent sur les comptes de la Sécurité Sociale, la logique est de réduire les soins assujettis au régime général et obligatoire. Il faut donc transférer cette prise en charge sur les ménages et sur les organismes complémentaires. En 2008, 20  % du budget des familles sont consacrés aux dépenses de soins, les mutuelles en remboursent 10  %. A partir de ce constat, et dans le but d’appliquer encore des mesures qui visent à réduire le déficit de la Sécurité Sociale, il est dans les objectifs de l’Etat d’augmenter les cotisations sociales, et pour les mutuelles de participer plus à la prise en charge des soins, ce qui veut dire qu’elles augmenteront aussi leurs cotisations. Voilà en perspective de nouvelles attaques : alors qu’ils sont obligés d’acheter de plus en plus de médicaments non remboursables, les travailleurs subiront de nouvelles ponctions sur des salaires qui depuis des années sont gelés  ! La conséquence c’est que, même en travaillant, il deviendra plus difficile de se soigner, surtout quand on est jeune, et que le salaire d’embauche c’est juste le SMIG avec des charges de loyers, nourriture, etc. qui ne diminueront pas. Quant aux précaires, aux invalides, aux chômeurs, aux étudiants, aux retraités, aux immigrés, pour qui tout espoir de voir une perspective d’amélioration de leur situation matérielle s’amenuiser du fait de la crise économique, exclus pour la plupart de la C.M.U., contracter une mutuelle est impossible. Toute cette frange de la classe ouvrière va grossir les rangs de ceux qui ne peuvent plus se soigner.

Ce sont les conditions de l’exploitation capitaliste qui génèrent toutes ces maladies, tous ces accidents, et c’est ce même capitalisme qui aujourd’hui nous condamne à pouvoir de moins en moins nous soigner  !

Antoine (22 février)

 

1) Voir notre article dans Révolution Internationale n°417 “Après les retraites : la santé”.