Après les retraites : la santé

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Alors que la loi sur la réforme des retraites occupe encore une large place dans l’actualité et dans les esprits, l’Etat prépare déjà une nouvelle attaque sur nos conditions de vie ou, dirait-on, de survie. Comme chaque année en cette période, le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) vient d’être présenté. “Budget de la Sécu : du sang et des larmes”, titrait la Dépêche du 26 octobre, pour reprendre une célèbre citation de Churchill employée par Yves Bur, le rapporteur du PLFSS qui annonce tout de suite la couleur. Si pour bon nombre de travailleurs, d’étudiants, de retraités et même de chômeurs, l’accès aux soins en France parait être “un des meilleur au monde”, cette réputation n’a cessé d’être entachée par diverse réformes depuis près de 50 ans. Rappelons seulement quelques grandes lignes :

– dans les années 1960 les remboursements dentaires et optiques ont été fortement réduits ;

– le remboursement des soins courants est passé progressivement de 80 % à 65 % (augmentation du ticket modérateur) ;

– un forfait hospitalier a été mis en place et régulièrement augmenté ;

– des médicaments de confort ont vu leur taux de remboursement réduit ou supprimé ;

– une participation forfaitaire (laissée à la charge de certains assurés) a été mise en place pour chaque visite chez le médecin et pour chaque acte médical de radiologie ou biologie ;

– une franchise a été instituée sur le remboursement de chaque boîte de médicaments, d’un acte paramédical ou d’un transport sanitaire.

Toutes ces attaques ont été menées alternativement, et sans le moindre état d’âme, par le droite ET la gauche !

Aujourd’hui, dans un contexte où le capitalisme connaît une crise économique mondiale d’une rare brutalité, l’heure est partout à la politique de rigueur et d’austérité. Le PLFSS pour l’année 2011, s’y inscrit pleinement. Dès les premières pages du dossier de presse on peut lire : “Les régimes sociaux ont été affectés par la crise économique avec une ampleur jusqu’ici inconnue : (…) pour la première fois depuis la création de la sécurité sociale, le déficit du régime général a doublé en un an, de 10 milliards d’euros en 2008 à plus de 20 milliards d’euros en 2009”. Face à cette situation catastrophique, le projet de loi annonce “le début du redressement” ! Concrètement, il s’agit pour la classe dirigeante de diminuer le déficit de plus de 25 % et donc d’économiser 7,2 milliards d’euros en 2011. Pour atteindre cet objectif, les projets de la classe dirigeante sont clairs : établir un contrôle drastique et une “rationalisation” des dépenses de l’Etat. Ainsi, derrière une volonté affichée de “diminution des niches sociales et fiscales”, c’est toute la classe ouvrière, qui voit ses conditions d’accès aux soins se dégrader lamentablement :

– fin de la prise en charge systématique des dépenses de transports pour les patients en ALD (1) ;

– baisse de 35 à 30 % des médicaments remboursés ;

– baisse également de 5 points du niveau de prise en charge des dispositifs médicaux ;

– augmentation de 4 % à 6 % du forfait social sur l’épargne salariale ;

– passage de 91 euros à 120 euros du plancher au-delà duquel les patients de paient plus 20 % de la facture à l’hôpital.

Fondamentalement, ce projet de loi se donne comme orientation une politique de contrôles plus systématiques des dépenses de la sécurité sociale en faisant le plus souvent des études du besoin au “cas par cas”. En clair, le système de santé s’oriente vers des prises en charge de soins uniquement en cas d’extrême nécessité, laissant les cas “moins graves” à la charge du patient qu’il en ait ou non les moyens. Dans une situation où déjà “26 % des Français renoncent à des soins pour des raisons économiques” (2), c’est un pas en avant vers la misère pour de plus en plus d’ouvriers.

Si aujourd’hui le capitalisme peine à prendre en charge ceux qu’il exploitait férocement hier, les retraités, demain, il ne pourra même plus ­maintenir en “état de travailler” sa main-d’œuvre !

Rodrigue, le 2 novembre

 

1 Affection de longue durée.

2 Déclaration de Catherine Lemorton, député socialiste, le 28/10/2010.

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