En 2010, l'inflation... des catastrophes

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2010 a été reconnue par la presse bourgeoisie elle-même comme l’année “record” des catastrophes. Pourtant, de tsunamis en ouragans, de pollutions massives en catastrophes écologiques, le siècle dernier et bien plus encore le début du xxie siècle n’ont pas été avares de morts comme de dégradations ahurissantes de l’environnement, aux côtés des massacres en tous genres dus aux “prodiges” des prétendus “faiseurs de paix” de par le monde. La première décennie de ce siècle qu’on nous promettait avec les festivités grandioses qui avaient ouvertes l’an 2000 comme une ère nouvelle, de modernité, de changements, etc., s’achève donc sur ce constat : le nombre invraisemblable de catastrophes, “naturelles” ou non, survenues un peu partout à travers le monde. Tremblements de terre, tempêtes, canicules, inondations… faire la listes de toutes ces catastrophes serait presque impossible. La liste déborde même déjà sur 2011 ! C’est le cas pour l’Australie par exemple, avec les deux vagues de tempêtes successives qui s’étaient abattues sur le pays, les 13 et 22 mars 2010, détruisant de nombreuses habitations et installations électriques. Et voici que depuis début janvier, ce même pays connait les pires inondations depuis 40 ans, qualifiées de “bibliques” par les autorités australiennes. On parle déjà d’une trentaine de morts, avec une surface inondée plus vaste que la France et l’Allemagne réunies. Au Brésil également, l’année commence très fort, avec des pluies torrentielles qui ont fait plus de 250 morts en 2 jours (1) !

Ainsi, pour ne rappeler que les grandes lignes des catastrophes 2010 :

– Le 12 janvier 2010 à Haïti, un séisme de magnitude 7.3 fait 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abris, semant le chaos et la maladie dans un pays déjà en proie à la misère (2).

– A partir du 27 février, la tempête Xynthia sévit sur la côte atlantique, en France où elle fait 47 morts et détruit de nombreuses habitations. Elle laissera deux victimes au Portugal et trois en Espagne.

– Au Chili, le même jour, un séisme de magnitude 8.8 tue 521 personnes et détruit près de 500 000 logements.

– En juin, la Russie connaîtra une canicule sans précédent qui fera 15 000 victimes et ravagera de nombreuses forêts et champs de céréales.

– Le 4 septembre, c’est au tour de la Nouvelle Zélande de connaître un séisme d’une magnitude proche de celui d’Haïti (7,1) mais cette fois, les réglementations antisismiques permettent de limiter à deux blessés graves le nombre de victimes.

Tous ces évènements sont particulièrement dramatiques et l’on ne peut qu’en déplorer les terribles conséquences. Aussi, nous exprimons notre solidarité avec les victimes de ces catastrophes meurtrières. Toutefois, si des phénomènes “naturels”, qu’ils soient météorologiques, géologiques ou autre, en sont souvent à l’origine, les conséquences désastreuses qu’ils entraînent n’ont, quant à elles, rien de naturel ou de fatal. Comme nous le montrions dans notre article sur le drame d’Haïti, ce sont toujours les mêmes qui payent le plus cher les conséquences de ces catastrophes : la classe exploitée et ses couches les plus pauvres. On se rappelle encore le cynisme avec lequel l’administration Bush avait tardé à porter secours à la population de la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina en août 2005.

Hélas, le bilan 2010 ne s’arrête pas là. Nous devons encore dénoncer deux autres grandes catastrophes pour lesquelles le capitalisme est bien le seul responsable :

• L’explosion de la plateforme pétrolière “Deepwater” dans le golfe du Mexique, le 20 avril, qui a provoqué une marée noire d’une ampleur sans précédent dans l’histoire déjà “riche” de la pollution due à l’irresponsabilité des compagnies pétrolières et des Etats, producteurs ou non, qui tirent de phénoménaux bénéfices de l’or noir. Pendant près de 5 mois, 780 millions de litres de pétrole se sont déversés dans le golfe, sans compter les 11 employés tués lors de l’explosion (3).

• Puis, en octobre, la rupture d’un barrage d’une usine de bauxite-aluminium à proximité d’Ajka en Hongrie provoque la pire catastrophe écologique qu’ait connue le pays et fait de nombreuses victimes. 1,1 million de litres de boue toxique (alcaline) sont déversés dans la Marcal, transformant cette rivière en rivière morte. “Le taux alcalin très élevé a tout tué” déplore Tibor Dobson avant de poursuivre : “Tous les poissons sont morts et nous n’avons pas pu sauver la végétation non plus” (4).

Pour ces véritables désastres écologiques et humains, dont les effets restent par ailleurs encore à venir, la cause ne se trouve bien évidemment pas dans ce que la classe dominante aimerait faire passer pour des “méfaits” quasi-inéluctables de “Mère Nature”. Cette dernière est une victime directe des conséquences de la course au profit du capitalisme et des contradictions de plus en plus monstrueuses que cela génère, et avec elle les 6 milliards d’êtres humains qui peuplent la planète. Aujourd’hui, pour la classe dominante, plus rien ne compte que la survie du système capitaliste, qu’il se nomme “démocratie” ou bien “dictature”. Aucune région du monde n’est à l’abri, des plus “nanties” aux plus pauvres. A n’importe quel prix, il faut que le monstre fasse du profit, et donc qu’il produise, jusqu’à vomir sa propre surproduction. Qu’importe la vie de ceux qui produisent : les ouvriers. Qu’importe la vie des populations frappées de plein fouet par ce système en pleine décomposition. S’ils ne sont pas solvables, “qu’ils crèvent !” Voilà le discours clair et net que tiennent nos exploiteurs en voix off, quand ils ne sont pas devant les caméras, leurs larmes de crocodiles ne servant à peine qu’à masquer leur avide cupidité et à compléter leur costume de clown humanitaire dont ils font usage pour justifier les plus bas appétits (5).

Aujourd’hui, le capitalisme prend l’humanité dans son étau : d’un côté, il détruit la planète pour la plier aux lois de la concurrence, ce qui tend à augmenter les catastrophes naturelles, et de l’autre, il appauvrit l’immense majorité des exploités et nous rend tous plus vulnérables. “Les phénomènes naturels ne devraient jamais être que des phénomènes, aussi spectaculaires soient-ils. Mais ils resteront des catastrophes tant que les lois capitalistes régiront le monde.” (6)

Maxime (18 janvier)

 

1) Sur lemonde.fr, le 14/01/2011. Le bilan est aujourd’hui de plus de 500 morts.

2) Lire RI n° 409 : “En Haïti, l’humanitaire comme alibi”.

3RI no 413 : “Marée noire dans le golfe du Mexique : le capitalisme est une catastrophe”.

4) Déclaration de Tibor Dobson, chef régional des services anti-catastrophes. Ses services avaient tenté de déverser du plâtre et de l’acide pour diminuer le taux alcalin de la Marcal. En vain.

5RI no 409 : “En Haïti, l’humanitaire comme alibi”.

6) Voir notre article à propos d’une énième catastrophe : “Coulées de boues en Amérique latine : le capitalisme est une catastrophe meurtrière permanente”.

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