La campagne sécuritaire est un épouvantail destiné à désamorcer la colère sociale

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Le mécontentement et la colère se sont fortement accumulés dans les rangs ouvriers. Face à l’austérité, l’inquiétude est devenue palpable. Quelle est la réponse du gouvernement et des médias   ?

La classe dominante sait très bien que polariser excessivement l’attention sur le dossier des retraites et sur les nombreuses attaques en général peut mettre de l’huile sur le feu. Ne pouvant pas passer le sujet sous silence, elle tente de faire diversion. Ainsi, encore une fois, “le problème de la sécurité” fait la Une des médias et des discours gouvernementaux.

Après les assauts xénophobes contre les Roms et la ligne politique nauséabonde du bouc émissaire, l’hystérie du gouvernement se poursuit donc impitoyablement. Brice Hortefeux continue sa croisade.

Peu après le moment où un attentat aurait été déjoué sous la Tour Eiffel, le ministre du clan présidentiel s’est ainsi jeté sur l’occasion pour immédiatement alerter tout le monde : un faisceau d’indices datant de ces derniers jours et de ces dernières heures démontre que la menace terroriste est à un niveau élevé” (1). Il est intéressant de noter en passant l’avis d’un spécialiste qui s’interroge sur le sens de cette intervention en ces termes : “Les autorités déjouent en moyenne deux attentats par an. Quand le gouvernement évoque le risque d’une attaque terroriste, il a raison. Mais est-il plus élevé aujourd’hui qu’hier   ? A ma connaissance, non” (2).

Si la menace terroriste existe, les déclarations subites du ministre Hortefeux ne peuvent rien y changer. Généralement, lorsqu’une menace est sensible, les services spécialisés œuvrent plutôt avec discrétion pour plus d’efficacité. En instrumentalisant grossièrement les questions de sécurité, les objectifs du gouvernement et du ministre sont donc ailleurs :

– occuper les esprits, tenter de détourner momentanément l’attention de la question sociale et du dossier des retraites en cours   ;

– terroriser la population en essayant de briser momentanément la réflexion ouvrière, en cherchant à paralyser la combativité   ;

– rendre plus méfiant à l’égard des transports en commun pour dissuader par exemple de se rendre aux manifestations   ;

– créer un climat de suspicion favorisant la criminalisation de ceux qui protestent ou contestent l’ordre public.

Ce n’est pas la première fois que l’écran de fumée qu’est la menace terroriste est utilisé. Au même titre d’ailleurs que les réponses de l’opposition qui ne sont qu’autant de nuisances destinées à occuper la scène médiatique. A vrai dire, depuis 2003, avec le développement des luttes, l’alibi sécuritaire a été constamment mis à contribution pour essayer de paralyser les mouvements sociaux. Avec le maintien du plan Vigipirate renforcé, c’est au quotidien que l’Etat est parvenu à habituer les ouvriers au quadrillage policier et à la présence forte de militaires armés sur les lieux publics (comme dans les grandes gares). On a même droit maintenant aux flics à l’école !

En cela, il a commencé à préparer les esprits à la répression pour de futures grèves et les conflits sociaux d’ampleur qui seront inévitables. Mais les questions qui taraudent les prolétaires ne pourront s’effacer facilement. La bourgeoisie continuera bien à faire flèche de tout bois et utilisera encore tout l’arsenal classique de sa propagande : du mensonge à la calomnie, de l’hyper-médiatisation au black-out sournois ou total. Face à cela, le prolétariat ne doit pas se laisser intimider. Il doit comprendre que tous les politiciens gangstérisés et les charlatans qui paradent dans les médias ne cherchent qu’une chose essentielle à travers la propagande sécuritaire continuelle : soumettre, museler, apeurer. Un bon travailleur étant un exploité docile et obéissant aux yeux du capital.

WH (23 septembre)

1) http ://www.europe1.fr/France

2) François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique et auteur d’Après al-Qaida (2009)