Sarkozy est le président du capital, les autres chefs d’Etat aussi

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L’hebdomadaire Marianne est un habitué des “Unes” consacrées à Nicolas Sarkozy. En général, pas pour en parler gentiment. Dans son numéro du 7 août, il atteint même le point culminant en le présentant comme “le voyou de la République”.
Mais un mois après, le 4 septembre, le président revient en première page avec cette fois-ci un titre tout autre : “M. le Président, vous êtes formidable !”. Suit tout un dossier à la “gloire” du chef de l’Etat avec des articles comme “Hymne à un immense chef d’Etat”, “Un puits de culture”, “Il est si bien élevé”, “Un grand séducteur”, “Le sauveur de la presse”, “Les yeux de Carla” ou encore “Eloge du courtisan”.
Evidemment, la ligne éditoriale du journal de Jean-François Kahn n’a pas changé, et ce numéro spécial consacré au “sarkozysme primaire” est un savant mélange d’ironie et de satire, plutôt réussi. C’est vrai que la matière première est un pur cadeau pour cet exercice : entre ses sorties agressives en public, ses familiarités avec ses homologues étrangers, son sens de la formule plutôt déroutant et ses méthodes pour le moins étonnantes à ce niveau de responsabilités, il y avait de quoi faire et Marianne ne s’en est pas privé.
Alors qu’avec Mitterrand et ses écoutes sordides ou Chirac et ses emplois fictifs comme ses discours infâmes, on avait fini par se faire à l’idée que les chefs d’Etat pouvaient à peu près tout se permettre. Avec Sarkozy. On peut dire que le style est totalement renouvelé, et la barre placée beaucoup plus haut encore. Quand Chirac flattait la croupe d’une vache limousine au salon de l’agriculture, Sarkozy, lui, insulte son propriétaire. Quand Mitterrand cachait tant bien que mal sa fille illégitime, Sarkozy, lui, piquait ouvertement la femme de son copain dont il avait lui-même célébré le mariage en tant que maire. Quand Chirac évoquait le bruit et l’odeur subis par les voisins d’immigrés, Sarkozy, lui, les qualifie ouvertement de Français de deuxième catégorie et s’engage à les nettoyer au Kärcher. Et il y a tant d’autres exemples !
Mais c’est aussi là que réside le piège dans cette approche. Car on pourrait aisément en tirer la conclusion que c’est le style “Sarko” (car il n’appartient qu’à lui !) qui est la cause centrale de tout ce que nous subissons ces dernières années. Et finalement, on ne serait pas loin de penser qu’il serait plus que temps de fermer la parenthèse Sarkozy et retrouver une gestion plus sérieuse et saine du pays.
Hélas ! Non. Si bien sûr, en 2012, se présenteront face à lui beaucoup de candidats à la stature et au comportement plus en accord avec la fonction de chef d’Etat (tous, en fait), le fond ne changera pas. Ce ne sont pas les “casse-toi pauv’ con” et autres stigmatisations populistes des Roms qui sont au coeur du problème, mais ce sont bien les attaques portées sur les conditions de vie et de travail des exploités, comme les coupes claires dans les dépenses de santé, la réforme des retraites, les baisses de salaire, l’insuffisance de logements décents, le chômage galopant, etc. Et ces attaques sont portées en France depuis bien avant Sarkozy, et ailleurs dans le monde par des chefs d’Etat et de gouvernement bien plus “présentables” que le président français !
Derrière la critique centrée sur Sarkozy, aussi juste et drôle soit-elle, on essaie de faire passer l’espoir qu’avec un autre que lui les choses ne pourront qu’aller mieux. Non seulement cet espoir ne pourra qu’être déçu mais plus important encore, la combativité et l’envie d’en découdre du prolétariat risquent de se déporter sur cette illusion et l’enfermer dans un des pires pièges qui puissent lui être tendu : celui de l’alternance démocratique.
GD (24 septembre)