Coulées de boues en Amérique Latine : le capitalisme est une catastrophe meurtrière permanente

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Ces dernières semaines, des vies ont encore été laissées dans des catastrophes dites “naturelles”. Au Pérou, début avril, les fortes pluies habituelles de la saison ont entraîné une coulée de boue et de pierres qui a fait 20 morts, 25 disparus et une cinquantaine de blessés. Les 120 habitations endommagées (une soixantaine a carrément été détruite) appartenaient à un village andin et principalement à un bidonville situé à flanc de colline (1). Les rescapés ont fini dans des tentes.

Au Brésil, quelques jours après, d’autres coulées de boue ont fait 205 morts dans la région de Rio, et laissé dehors des milliers de sans-abri. Là aussi, ce sont des bidonvilles, les fameuses favelas, qui ont été emportés. Là aussi, ces baraques étaient “construites” à flanc de colline, que la colline soit naturelle ou non (l’une des favelas était sur une ancienne décharge) (2).

Les maigres secours mobilisés ont été vite dépassés et n’ont pas permis de dégager tous les corps. Le chaos s’est installé dans ces régions et les pouvoirs publics, dans la panique, n’ont eu comme réflexe que d’évacuer de force les habitations situées dans des zones estimées dangereuses.

Tout cela a un air de déjà-vu, et pas seulement en rapport avec les inondations récentes sur le littoral français. Le fait est que ce ne sont pas les premiers éboulements que la région doit affronter, notamment au Pérou. Bien au contraire, “les glissements de terrain dus aux précipitations sont fréquents pendant la saison des pluies dans les régions andines du Pérou” (3). Pourtant, à chaque fois, la bourgeoisie reste inerte et impuissante face au danger. Elle fait preuve de la plus totale incurie quand la catastrophe survient.

Les populations les plus pauvres de ces pays n’ont pas d’autre choix que de s’amasser dans des abris de fortune là où le capital laisse la terre inexploitée. C’est-à-dire là où le risque est trop grand de voir disparaître ses investissements dans une coulée de boue ou un éboulement de pierres.

Pourquoi la bourgeoisie irait-elle sacrifier des zones constructibles ou cultivables pour loger en sécurité la population désœuvrée qui se tasse dans les favelas ? Quel intérêt en tirerait-elle ?

Les larmes de crocodile versées sur les cadavres, les mesures d’expulsion d’urgence (mais pour aller où ?) et les grands projets de relogement annoncés sur les corps encore chauds des victimes ne font pas longtemps illusion : il n’y a pas un sole, pas un real, encore moins un dollar à mettre dans le moindre de ces projets. L’aide internationale est, comme à chaque catastrophe, l’expression profondément cynique de positions et d’appétits impérialistes, et rien d’autre (4). D’ailleurs, sitôt les bulldozers passés, la population n’en voit plus la couleur.

A la prochaine saison des pluies, le sol glissera de nouveau, emportant d’autres victimes. Et encore une fois, la bourgeoisie nous promettra la main sur le cœur que tout sera fait pour se prémunir de ces “coups du sort”.

Mais le sort n’a pas grand chose à faire là-dedans. Eviter un glissement de terrain est difficile, certes, mais il est beaucoup plus facile d’éviter qu’il ne fasse des victimes, simplement en évitant que des populations s’installent sur les zones connues comme instables. Le souci est que le coût d’un tel dispositif est contraire aux lois du capitalisme qui veulent que ce qui n’est pas source directe ou indirecte de profit n’a pas à être pris en charge.

Les phénomènes naturels ne devraient jamais être que des phénomènes, aussi spectaculaires soient-ils. Mais ils resteront des catastrophes tant que les lois capitalistes régiront le monde.

GD (23 avril)

1Lemonde.fr, 3 avril.

2Lepoint.fr, 10 avril.

3Lemonde.fr, 3 avril.

4) Voir à ce sujet nos articles sur le récent séisme en Haïti.

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