De nouvelles catastrophes humanitaires à venir en Haïti

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

 

Les grands de ce monde, en costumes et tailleurs chics, se sont échangé des politesses lors du dernier forum de Davos qui s’est déroulé du 27 au 30 janvier en Suisse. Armés de leur bonne éducation et de leur grande culture, ils ont ainsi su trouver les mots justes pour parler du terrible séisme qui a ravagé Haïti le 12 janvier. Ecoutons par exemple les paroles du très respecté Bill Clinton, l’ancien président des Etats-Unis : “C’est une opportunité pour réinventer le futur du peuple haïtien et je vous invite à faire partie de l’aventure.” Voilà comment parlent ces messieurs. Plus de 210 000 morts, des centaines de milliers d’orphelins et de sans-abri, et ils osent nous parler “d’opportunité” et “d’aventure” !

Ces paroles cyniques et abjectes diffusent, qui plus est, un message propagandiste et mensonger. Les médias, les personnalités politiques, les gouvernements, tous prétendent qu’Haïti va se relever grâce à l’aide de la “communauté internationale” (1). En réalité, il n’y aura pas de “reconstruction”, de “renaissance de l’île martyre” ou de “formidable aventure”. L’avenir pour la population qui vit en Haïti est d’une insoutenable noirceur et cela aussi longtemps que survivra ce système d’exploitation inhumain qu’est le capitalisme !

Il n’y a là aucun doute à avoir. Des catastrophes, toutes plus horribles les unes que les autres, ont déjà endeuillé l’humanité à de multiples reprises ces dernières années et jamais n’a surgi une “société nouvelle” sur ces cadavres, ces décombres et ces cendres. La population vivant en Haïti en sait d’ailleurs quelque chose :

“… avant le tremblement de terre du 12 janvier, Haïti était encore le théâtre de plusieurs chantiers de reconstruction “post-désastre” inachevés, voire oubliés. Pour mémoire, la ville des Gonaïves, qui a subi les graves conséquences des cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike (2008) est encore proche d’une situation apocalyptique. Les dix mille maisons détruites ou endommagées sont encore bien visibles dans cette ville pratiquement en ruine et ses habitants se sont appauvris. Il en est de même pour les habitants de la localité de Fonds-Verettes, détruite par des pluies torrentielles en mai 2004. Ils continuent d’errer dans un village fantôme car peu a été fait depuis pour les reloger” (2).

Cette fois-ci, le contraste entre les promesses et la réalité est peut-être encore plus fort et révoltant. Tous les Etats, Chine, Canada, France et Etats-Unis en tête, n’ont cessé de se vanter de leur réactivité et de leur mobilisation “pour le peuple haïtien”. Chaque don et chaque action humanitaire ont été médiatisés à grands renforts de publicités. Mais sur le terrain, ce même “peuple haïtien” continue de souffrir et de mourir. Aujourd’hui, la saison des pluies torrentielles commence et, avec elle, arrive son lot d’inondations, de coulées de boues et de glissements de terrain. Or, depuis le séisme, il y a près de 1,5 millions de sans-abri et au moins autant de personnes qui vivent dans des baraques faites de planches, de tôles et de toiles. Alors, qu’offrent tous ces Etats sauveurs ? “Paris mettra notamment 1000 tentes et 16 000 bâches à disposition des Haïtiens” (3). Oui, vous avez bien lu, pour toute aide, la grande et si généreuse “communauté internationale” offre aux habitants d’Haïti des tentes et des bâches pour se protéger des cyclones. Pourquoi pas des parapluies ?

En réalité, tous ces Etats qui ont pourtant su mobiliser sur place des milliers de soldats de l’ONU au nom du “maintien de l’ordre public”, sont même incapables de fournir suffisamment de ces abris de misère. “Environ 50 000 tentes ont jusqu’ici été livrées aux sinistrés. Il en aurait fallu plus de 200 000 pour les 1,2 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent dans des camps de fortune” (4). Pourquoi n’y a-t-il pas assez de tentes ? “La livraison massive aux sinistrés de tentes, un temps envisagée, a été écartée, ces dernières ayant été jugées trop grosses, coûteuses et inefficaces” (5). Eh oui, même ces bouts de toile ont été jugés trop “coûteux”. La vie humaine des laissés-pour-compte ne vaut décidément pas grand chose aux yeux du capitalisme !

Il ne faut donc pas se raconter d’histoires. Avec ce séisme, les habitants d’Haïti se sont enfoncés un peu plus profondément encore dans la misère. Et cette descente aux enfers va se poursuivre inexorablement. Il n’y aura jamais de vraie reconstruction, mise à part peut-être quelques bâtiments symboliques comme le palais présidentiel, la base de l’ONU, les hôtels et quelques “maisons-témoins”. Les grands bourgeois le savent parfaitement et l’avouent même parfois à demi-mot dans un langage très diplomatique. Le Premier ministre canadien, Stephen Harper, a ainsi “lâché” qu’effectivement, la reconstruction du pays prendrait “au moins dix années”, autrement dit jamais.

Ces souffrances sont insupportables et intolérables. Tous ceux dont le cœur saigne devant de telles horreurs pensent souvent : “il faut faire quelque chose”. Ce “quelque chose”, c’est mettre à bas cette société d’exploitation. Seule la fin du capitalisme et la naissance d’une autre société, le communisme, mettra véritablement un terme à toutes les plaies qui s’abattent sur l’humanité !

Pawel (20 février)

 

1) En fait, cette “communauté internationale” n’est autre qu’un banc de requins impérialistes qui, tous, utilisent la notion “d’aide humanitaire” pour défendre leurs sordides intérêts nationaux. Lire nos deux articles à ce sujet : “Séïsme en Haïti : Les Etats capitalistes sont tous des charognards” et “En Haïti, l’humanitaire comme alibi”.

2) Le site du Monde du 17 février.

3) Le site du Figaro du 17 février.

4) Radio Canada, le 14 février.

5) Idem.

See also :