tract d'EKS contre l'opération de l'armée turque

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Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mailLe tract publié ci-dessous a été distribué en Turquie par le groupe révolutionnaire EKS (1) contre l'actuelle opération de l'armée turque au Kurdistan. Nous saluons fortement cette initiative internationaliste de ces camarades, initiative d'autant plus courageuse qu'elle a lieu dans un pays soumis à la répression permanente et sanglante.

Nous ne pouvons qu'appuyer vivement l'appel fort et clair du tract à la solidarité de tous les ouvriers, au-delà des critères de races ou d'ethnies, pour développer la lutte ouvrière et combattre côte à côte leurs exploiteurs, ainsi que la dénonciation de la propagande bourgeoise qui cherche à entraîner les ouvriers dans des combats sanglants qui ne sont pas les leurs.

L'armée turque a lancé une opération militaire pour éradiquer le PKK, c'est-à-dire, en d'autres termes, une nouvelle guerre. On voit une nouvelle fois se répéter ce cycle sanglant depuis que la Turquie est intervenue en Irak pour la première fois en 1983.

Pourquoi cette guerre ?

Le discours qui consiste à dire que cette guerre est destinée à arrêter la "terreur" n'est qu'un mensonge. Si cela était vrai, les différentes interventions militaires depuis 1983 auraient réglé la question. Aussi, l'Etat turc a agi comme si ce problème n'avait pas existé ces dernières années lorsque le PKK (2) était faible, et Tayyip Erdogan (3) avait dit lui-même à la télévision que la terreur était sur le point s'être éradiquée. De plus, Talabani (4) et Barzani (5), qui sont à présent des ennemis déclarés, ont coopéré militairement et ont été des alliés de la Turquie de longue date. La Turquie a mené des actions militaires avec ces derniers et continue à le faire sans problème. La vraie raison de cette guerre n'est autre que la tentative d'établir un nouveau contrôle au Moyen-Orient selon la nouvelle alliance formée par l'impérialisme turc et les Etats-Unis. Ce que cette alliance, conduite par le MPH (6) entre la haute bureaucratie "séculaire" et le démocratique AKP (7), exprime sous le "voile" est que la Turquie a choisi son camp dans l'arène impérialiste. C'est celui des Etats-Unis qui cherchent à mettre les alliés indisciplinés de Washington au pas et essayent de maintenir leur contrôle du pétrole contre les Etats impérialistes rivaux comme la Chine, la Russie et l'Iran. L'AKP, qui est resté longtemps hésitant, a finalement déclaré que c'était le choix qu'il faisait en poussant dans le parlement à l'autorisation de lancer la guerre. Aussi, ce conflit est simplement le premier pas des préparatifs de l'impérialisme turc pour la prochaine guerre et la polarisation pour cette guerre.

C'est le résultat du cycle de guerres dans lequel se trouve le capitalisme. L'Etat capitaliste a créé cette guerre non pas en-dehors de son propre choix mais à cause de l'impasse désespérée dans laquelle il est entré. Depuis la Première Guerre mondiale, le capitalisme n'a fait que créer des guerres dans le monde entier. Toutes les "guerres de libération nationale", chaque guerre entre pays qui a lieu pour telle ou telle raison est menée pour détruire le capital accumulé et bien sûr la population ouvrière du pays ennemi (8)

Les prétendus défenseurs de la "paix"

Les appels hypocrites à la paix faits par le DTP (9) et les libéraux de gauche depuis leurs confortables sièges de députés ne serviront en rien à arrêter la guerre. Parce que la guerre n'est pas due au manque d'application de la "solution démocratique" ou aux mauvaises intentions de la bureaucratie mais au désespoir du capitalisme. Ce qui est pire, c'est que les appels à la démocratie faits par ces cercles ne servent qu'à affaiblir une possible opposition de la classe ouvrière face à la guerre, en attirant les ouvriers qui s'opposent à celle-ci vers le terrain du combat pour les Etats impérialistes qui sont présentés comme plus "démocratiques", "de bon cœur" et "pacifiques", contre les autres "diaboliques", "bureaucratiques" et "agressifs". Tous ces rêves capitalistes "démocratiques" ne servent pas à arrêter la guerre mais à tirer les ouvriers du côté de ceux qui ont "raison".

La guerre de classe est la seule solution

Cette guerre n'est pas la guerre de ceux qui cherchent à survivre en travaillant. Cette guerre n'est pas la guerre de ceux dont le niveau de vie a plongé avec la crise économique, de ceux qui sont frappés par le chômage, de ceux qui travaillent jusqu'à la mort dans les chantiers navals et sur les échafaudages, de ceux qui attendent de rentrer chez eux entre 9 heures du soir et 6 heures du matin ou de ceux qui luttent désespérément pour vivre dans les taudis des villes où ils ont été traînés depuis leurs villages. Cette guerre n'est ni la guerre des ouvriers, des sans-travail, des ménagères et des étudiants qui sont soit des futurs ouvriers ou des futurs chômeurs, ni celle des soldats qui meurent au front. Tout au contraire, la guerre aggrave la misère, le chômage, la pauvreté et la décomposition sociale créée par les crises du capitalisme. L'effet de cette "opération" va se trouver dans les villages bombardés, chez les soldats mourant au front ou dans les attentats à venir au sein des villes, et se montrera dans l'aggravation de la misère au nom du nationalisme et dans celle de la décomposition sociale.

Ce qui arrêtera la guerre, c'est la solidarité des ouvriers turques et kurdes qui sont trompés, pour les intérêts de leurs patrons et du capital, depuis 25 ans. Ce qui a mit fin à la Première Guerre mondiale, c'est la vague révolutionnaire mondiale, les soldats au front et les ouvriers à l'arrière se levant contre leurs propres exploiteurs et non pas contre leurs frères et leurs sœurs de classe des autres pays. Ce qui a empêché une troisième guerre mondiale dans les années 1960 a été, de la même façon, la détermination et l'esprit de lutte de la classe ouvrière du monde entier. Aujourd'hui encore, la classe ouvrière ne peut rester silencieuse face à la barbarie capitaliste qui se développe contre elle !


Contre tous les exploiteurs
qui soutiennent la "paix",

Vive la solidarité de classe !

Vive la solidarité internationale
des ouvriers !

 

1) EKS - Enternasyonalist Komünist Sol (Gauche communiste internationaliste) - est un jeune groupe prolétarien en Turquie. Pour contacter EKS, écrire à [email protected]

2) PKK (Parti "ouvrier" du Kurdistan), principal groupe nationaliste kurde armé, agissant en Turquie.

3) Actuel Premier ministre et dirigeant de l'AKP.

4) Jalal Talabani est le fondateur de l'Union patriotique du Kurdistan, l'un des deux principaux partis politiques kurdes, mais également le président actuel de l'Irak et proche allié des Etats-Unis dans leur opération militaire en Irak.

5) Barzani est le président du gouvernement autonome kurde en Irak et le chef du Parti démocratique du Kurdistan depuis 1979.

6) MHP (parti du mouvement nationaliste), parti fasciste qui a obtenu 14% aux dernières élections, connu également sous le nom des "Loups gris".

7) AKP (Parti pour la justice et le développement), parti dirigeant de centre-droit en Turquie, qui a ses racines dans un parti islamique parlementaire marginalisé.

8) Note de la rédaction : Nous signalons que nous ne partageons pas cette formulation. Pour nous, la raison fondamentale de cette invasion militaire du Kurdistan irakien est principalement stratégique. Il s'agit d'une opération de basse police impérialiste, son but essentiel étant de mettre au pas un nationalisme kurde qui dérange et de profiter de la situation de chaos actuel au nord de l'Irak pour avancer ses pions en direction de l'Irak, du sud du Caucase et également de l'Iran.

9) DTP (Parti démocratique de la société), vitrine politique légale et parlementaire du PKK sur le même modèle que le Sinn Fein par rapport à l'IRA en Irlande du Nord.