Campagne anti-terroriste en Grande-Bretagne : Protéger la population ou renforcer l'État policier ?

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Selon Lord West, la Grande-Bretagne serait dorénavant le leader mondial des mesures anti-terroristes, "à l'avant-garde de tous les pays du monde sur le front de la protection". De nouvelles mesures proposées par le gouvernement travailliste viennent consolider cette position.

La sécurité doit être renforcée dans les gares, les ports et les aéroports, avec de nouvelles barrières de sécurité, des zones où les véhicules sont interdits et des bâtiments résistant aux explosions. L'effectif des services de sécurité qui était de 2000 en 2001 va passer à plus de 4000 employés. Il y aura une nouvelle police et de nouveaux pouvoirs d'expulsion. Une nouvelle force à la frontière du Royaume-Uni ayant le droit d'arrestation et de détention des suspects va avoir plus de 25 000 employés ; 2000 supplémentaires travailleront dans des unités régionales anti-terroristes. Toute personne prenant l'avion pour sortir ou entrer en Grande Bretagne devra fournir 90 documents d'informations aux services de sécurité. Il y aura de la propagande contre les "influences terroristes".

Quand le Parti travailliste est arrivé au pouvoir, on ne pouvait être mis en garde à vue que quatre jours ; depuis lors, la durée de celle-ci peut aller jusqu'à 20 jours, ce qui est la plus longue durée en Europe, avec la possibilité d'être doublée et d'atteindre 8 semaines ou plus (L'État Turc, qui est en guerre contre les Kurdes dans le Sud-Est du pays, n'autorise que 7 jours et demi de garde à vue).

L'infrastructure des services de "sécurité" en Grande-Bretagne a plus de 4 millions de caméras de surveillance, le nombre le plus élevé du monde. La base de données britannique ADN, qui aura 4,25 millions d'êtres humains dans ses fichiers à la fin de 2008, est la plus grande du monde. Les demandes officielles (émanant d'environ 800 organismes y ayant droit) d'écoutes téléphoniques, de surveillance du courrier électronique avoisinent les 30 000 par mois. En 2005, le Parti travailliste a introduit les ordres de contrôle qui sont utilisés pour mettre certaines personnes en résidence surveillée quand il n'y a pas assez de preuves pour les mettre en accusation.

Pour renforcer son appareil de répression, l'État ne met en avant qu'une seule raison. Le Directeur Général du MI5[1] dit que dans ce pays, il y a 30 groupes actifs et 200 autres représentant 2000 personnes actuellement ou potentiellement impliquées dans le terrorisme. Lord West dit qu'il faudra 30 ans pour arriver à éradiquer le terrorisme.

Oui, le terrorisme est une préoccupation réelle pour la classe dominante, qu'il soit le fait d'individus isolés ou de groupes qui opèrent pour le compte des États impérialistes hostiles à l'État britannique. A ce niveau, les mesures anti-terroristes ne sont qu'une autre partie des dispositions militaires d'un État.

Cependant, si on regarde l'éventail des mesures qui ont été introduites par le gouvernement ces dernières années, on voit qu'elles ne sont pas seulement destinées à contrer les ennemis impérialistes (ceux qui sont derrière "une petite minorité d'extrémistes violents") mais aussi son ennemi de classe : la classe ouvrière et spécialement les militants révolutionnaires.

Le volume énorme d'enregistrements téléphoniques et d'e-mails (quelques 400 0000 pendant les 15 derniers mois) n'a pas seulement comme cible les 2000 "personnes les plus recherchées" par le MI5, mais clairement toute une série de personnes que l'État estime nécessaire d'espionner. En d'autres termes, si on considère les droits d'arrestation et de recherche disponibles du fait de la législation anti-terroriste, sur 400 recherches, il n'y a qu'une arrestation (et une proportion encore plus réduite conduisant à des poursuites ou des condamnations). Ces pouvoirs existent en partie pour collecter de l'information et en partie pour intimider. L'intimidation des individus, le contrôle social, la surveillance de groupes soupçonnés d'être une menace, sont bien sûr le but de l'activité des services de la "sécurité" d'État.

Les querelles entre les supporters du gouvernement et les membres d'associations de défense des libertés civiques se sont concentrées sur l'extension de la durée de la garde à vue. C'est une dispute purement académique, puisque le gouvernement a même des pouvoirs beaucoup plus étendus s'il choisit de proclamer l'état d'urgence. L'État affirme, effectivement, qu'il utilisera les pouvoirs normalement utilisés en temps de guerre sans que les hostilités ne soient formellement déclarées. Mais il n'a pas besoin de couvrir tous ses agissements par le biais de sa "législation". Après tout, la politique du "tirer pour tuer" utilisée en Irlande du Nord et à la station de métro de Stockwell[2] n'avait besoin d'autorisation (ni de sanction) "légale".

Pourquoi la Grande-Bretagne est-elle autant à l'avant-garde dans le renforcement de son appareil de répression ? Est-ce parce que le parti travailliste aurait un "réflexe autoritaire" ? Est-ce parce qu'il y aurait quelque chose de particulièrement menaçant dans le situation actuelle en Angleterre ?

Non. Le fait que la bourgeoisie britannique soit si en avance dans ses préparatifs de répression (idéologiques, législatifs ou technologiques) montre la vision qu'a cette fraction nationale de la classe dominante. Alors que la lutte de la classe ouvrière est en dernière analyse une menace au niveau international pour le système capitaliste, chaque État capitaliste doit fourbir ses propres armes au niveau national. En Grande-Bretagne, l'État veut saper toute possibilité de futures confrontations de classe, mais se préparer aussi à la possibilité d'un échec de ce sabotage du développement de la riposte prolétarienne. D'autres pays se préparent déjà à suivre le "modèle" de la Grande-Bretagne en ce domaine.

Car (24 novembre 2007)

[1] Service secret intérieur, équivalent de la Direction de la Surveillance du Territoire française.

[2] Evoque le meurtre par la police d'un jeune ouvrier électricien brésilien, tiré à vue comme un lapin dans une station de métro lors de son "ratissage" après la dernière vague "d'attentats déjoués" à Londres le 21 juillet 2005.

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