Expulsion de sans-papiers : quand la gauche prête main-forte à la droite

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Les lois anti-immigrés de Sarkozy sont simples à saisir comme la consigne du ministre de l’Intérieur à ses préfets en février dernier, “ il faut accroître le nombre de reconduites à la frontière ”.

La chasse aux travailleurs clandestins et à leurs familles se fait donc plus impitoyable et l’été 2006 en porte déjà les premiers stigmates. Ainsi, le mois de juillet, avec la fin de l’année scolaire, s’est ouvert sur l’expulsion de lycéens sans papiers tandis que le mois d’août se termine avec l’évacuation de 500 squatters, d’origine africaine, du bâtiment F de la cité universitaire de Cachan (Val-de-Marne) dont la moitié se trouve être en situation irrégulière. Les 900 policiers mobilisés à cette occasion ont réalisé un véritable tri sélectif pour attraper dans leurs filets 66 clandestins immédiatement escortés vers les centres de rétention de la région parisienne.

Bien évidemment, devant ce sinistre spectacle, la gauche associative, syndicale et politique s’est dressée comme un seul homme et d’une seule voix a crié toute son indignation contre cette “ honteuse politique ”. Mieux…n’écoutant que leur “ bon cœur ” et leur “ courage ”, plusieurs militants et élus dont le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, et le président PCF du conseil général du Val-de-Marne, Christian Favier, ont (d’après le récit du journal Libération) “ tenté de s’interposer entre les forces de l’ordre et les familles ” lors de l’évacuation du campement de fortune que 200 ex-squatters avaient installé sur le trottoir.

Le show humaniste et médiatique de la gauche “ sociale ”, ayant revêtu pour l’heure ses habits de “ défenseur farouche ” des immigrés sans-papiers, nous offre surtout le spectacle grandiose de son hypocrisie. Ces gens-là semblent vraiment croire que notre mémoire ne vaut guère mieux que celle d’un poisson rouge ! Et pourtant on se souvient parfaitement qu’il y a dix ans, la gauche plurielle (PS, PC, Verts) promettait la suppression des lois Pasqua/Debré suscitant ainsi l’espoir chez beaucoup de clandestins et le dépôt de nombreuses demandes de régularisation. Seulement, une fois au gouvernement, Jospin, selon ses termes de l’époque, “ n’a pas choisi de donner des papiers à tous ” et 100 000 dossiers ont été refusés, soit autant de clandestins fichés par les services de police. Le piège est facile et la gauche en use à merveille.

Aujourd’hui, Besancenot peut bien railler “ une gauche gênée aux entournures ”, il n’empêche que la “ gauche de la gauche ” dont il se revendique fait exactement la même chose en se servant de son image de “ protecteur ” des clandestins et de son capital confiance auprès d’eux pour les faire sortir du bois d’où ils se cachent.

Les lois Sarkozy dites “ d’immigration choisie ” portent bien leur nom. Il s’agit pour la bourgeoisie de faire venir d’autres pays des ouvriers de tel ou tel secteur selon les besoins de l’économie et de les renvoyer “ chez eux ” une fois le travail accompli tout en les maintenant dans un “ statut ” de clandestin qui les oblige à accepter les pires conditions d’exploitation. Evidemment, tout cela implique un système de fichage policier digne du Big Brother de Georges Orwell. C’est pourquoi, depuis la fin du mois d’août, un nouveau fichier nommé ELOI est chargé de recenser les “ étrangers en situation irrégulière en voie d’expulsion ” avec leur nationalité, photographie, situation professionnelle, indications sur la “ nécessité d’une surveillance particulière au regard de l’ordre public ”, etc…

Mais comment les services de police peuvent-ils obtenir une telle quantité d’informations et de documents sur des individus par définition condamnés à la discrétion ? Trop simple…il suffit de demander !

Ainsi, la circulaire ministérielle du 13 juin, ouvrant jusqu’au 13 août la possibilité pour les sans-papiers ayant des enfants scolarisés de déposer une demande de régularisation, a permis à notre gauche “ bienfaitrice ” d’inciter un maximum de familles, fort naturellement rétives à toute mise en relation avec les services de police, à constituer un dossier en bonne et due forme !

L’association Réseau Education Sans Frontière (Resf), dont les membres ne sont autres qu’ATTAC, DAL, MRAP, CNT, FSU, SUD, CGT, Alternative Libertaire, LCR, PC, Verts…, a finalement permis le dépôt en préfecture de 30 000 dossiers familiaux dont 24 000 ont été refusés au titre de la régularisation mais fort bien acceptés pour nourrir le bon ELOI…Belle récolte !

Le médiateur officiel du ministère de l’Intérieur, Arno Klarsfeld, l’a d’ailleurs exposé sans fard le 21 août sur France2 : “ Les associations, comme Resf, ont une responsabilité vis-à-vis des familles qu’elles ont poussées à se déclarer à la préfecture alors qu’elles savaient qu’elles étaient hors champs de la circulaire. Alors, ces gens qui n’étaient pas repérés par les services de police, maintenant ils vont avoir un arrêté de reconduite à la frontière. ” Voilà qui est clair…trop clair au goût de la presse gauchiste qui s’est abattue à bras raccourcis sur l’avocat parisien. En effet, M. Klarsfeld est un novice en politique, bien maladroit il n’a pas encore retenu la vieille leçon social-démocrate : “ ces choses là se font mais ne se disent pas ! ”

C’est donc avec la plus infecte hypocrisie que les associations de gauche, les syndicats et les trotskistes se sont servis de la détresse des clandestins en leur faisant miroiter le sésame de la régularisation pour les conduire tout droit vers les guichets des préfectures.

Sarkozy, “ ministre des expulsions ” a trouvé dans cette gauche “ sociale ” et “ humaine ” les plus fidèles adjoints de sa politique anti-ouvrière.

Azel (31 août)