Le maoïsme, un pur produit de la contre-révolution

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Il y a trente ans mourait Mao Zedong. Pour ce trentième anniversaire de la mort du "Grand Timonier", pas de grandes pompes organisées par le gouvernement chinois. Tout au contraire, c'est la discrétion qui est de mise pour les caciques de l'Empire du Milieu. Et, paradoxalement, ce sont surtout les médias occidentaux qui ne manquent pas de rappeler l'existence du leader de la "Longue Marche" et "père de la nation chinoise". Mais bien évidemment, ce rappel sert deux objectifs : celui d'alimenter le mesonge selon lequel Mao serait un authentique combattant du prolétariat révolutionnaire et celui de lier son itinéraire politique prétendument prolétarien avec les dizaines de millions de morts dont il est responsable, que ce soit du fait de la répression ou encore de l'exploitation éhontée ou des famines qu'il a fait supporter à la classe ouvrière et à la population durant son règne. Nous publions ci-dessous un article paru dans le n° 269 de juin 1997 de Révolution Internationale qui dénonçait une fois encore ce genre de campagne que la classe dominante ne cesse de sortir de son chapeau pour amalgamer stalinisme et lutte prolétarienne. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la stalinisation du Parti Communiste Chinois dont Mao fut un des plus forts artisans, ils peuvent se référer à trois articles du Courant Communiste International parus dans les numéros 83, 84 et 85 de notre Revue Internationale à lire sur www.internationalism.org

La bourgeoisie ne rate jamais une occasion de perpétuer et semer le mensonge énorme de l'amalgame entre stalinisme et communisme. Elle veut ainsi nous faire croire que, mal­gré l'effondrement de l'URSS, il reste encore certains pays "communistes", dont la Chine, patrie de ce prétendu "grand révolutionnaire", Mao Zedong. Cette classe de menteurs est passée maître dans l'art de falsifier l'histoire et voudrait inculquer aux prolétaires que, comme le stalinisme, le maoïsme est un produit du mou­vement ouvrier. Une telle mystifica­tion est un véritable poison contre la conscience prolétarienne. Pour les révolutionnaires, le maoïsme n'a jamais cessé d'être un courant idéo­logique et politique bourgeois, né de l'écrasement du mouvement ouvrier en Chine, nourri de la contre-révolu­tion stalinienne et des plus sordides intérêts impérialistes.

Le PCC à sa création : une expression du mouvement révolutionnaire international

Le Parti Communiste Chinois (PCC) fut créé en 1920 et 1921, à partir de petits groupes marxistes, anarchistes et socialistes, sympathi­sants de la Russie soviétique. Comme d'autres partis, le PCC naquit direc­tement en tant que composante de l'Internationale Communiste (IC) et sa croissance fut liée au développe­ment international des luttes ouvriè­res, produit de la période historique qui avait elle-même donné naissance à la Révolution russe et aux mouve­ments insurrectionnels en Europe centrale et occidentale. De 1921 à 1925, le PCC passa de 4000 membres à 60 000, exprimant ainsi la volonté et la détermination du prolétariat qui menait un combat acharné contre la bourgeoisie chinoise depuis 1919, principalement dans les zones les plus industrialisées. Certes, dans ce grand pays colonisé à dominante agraire, le prolétariat constituait une très petite minorité. Il subissait en outre des influences idéologiques particulièrement archaïques et arrié­rées, n'avait qu'une expérience très réduite de la lutte de classe et possé­dait de ce fait une conscience faible et extrêmement hétérogène. Mais il était très concentré, ce qui lui permet­tait de développer une com­bativité d'une rare vitalité. Ses luttes tendaient dans cette période à se situer de plus en plus sur le terrain de la défense de ses intérêts propres et à sortir des pièges bourgeois telle la résistance aux différentes puissances impérialistes installées en Chine ou aux "seigneurs de la guerre" chinois, derrière lesquels s'efforçaient de l'enfermer et de l'entraîner la bour­geoisie. Aussi, il tendait de plus en plus à diriger ses luttes contre le Guomindang (incarné par le général Tchiang-Kai-shek), qui incarnait l'aile "progressiste" de la bourgeoisie chinoise, et poussait à l'édification d'un Etat unifié depuis 1910 sous l'impulsion de Sun-Yat-Sen.

L'opportunisme montant de l'IC, en lien avec ses conceptions erronées sur le "droit des nations à disposer d'el­les mêmes" l'amena à lancer, en 1922, un mot d'ordre aux conséquences dramatiques pour le prolétariat : réa­liser un "front unique anti-impéria­liste entre le PCC et le Guomindang". En 1923, le PCC est pratiquement absorbé au sein d'un Guomindang qui est ensuite accepté comme membre sympathisant de l'IC, en 1926, à la veille même de la sanglante répres­sion de la Commune de Shanghaï. Prise dans une implacable dynamique de dégénérescence, l'IC, sous la férule d'un Exécutif à la botte de Staline, devient l'instrument direct de la poli­tique impérialiste de l'URSS. Fort de son alliance avec l'IC, le Guomindang, avec la complicité tacite des impérialismes occidentaux, se lance alors dans une répression féroce contre le prolétariat durant les grandes grèves de l'été 1925, assassi­nant et harcelant les meilleurs mili­tants du PCC qu'il avait auparavant chassés de son organisation. Sourd aux critiques des éléments révolu­tionnaires du PCC et malgré les exactions anti-ouvrières de Tchiang-Kai-shek, l'Exécutif de l'IC ne renon­çait pourtant pas à son alliance avec un Guomindang dont l'unique objectif était de prendre le pouvoir et d'écra­ser son ennemi mortel, le prolétariat. Le massacre de la Commune de Shanghaï en 1927, mené par Chiang-Kai-shek (avec l'aide précieuse et active des puissantes sociétés secrè­tes implantées dans le prolétariat comme la Bande Verte), l'écrasement des insurrections de Nanchang puis de Canton, sonna le glas du combat prolétarien et du PCC comme Parti du prolétariat.

Le PCC dans la contre-révolution : une des pires caricatures de parti stalinien

Alors que les meilleurs éléments révolutionnaires du PCC étaient pourchassés et exécutés, sa fraction la plus stalinisée, à laquelle appartenait Mao Zedong, chargé spécialement des liens entre le PCC et le Guomindang, soutenait et justifiait ce bain de sang par la politique de col­laboration avec la bourgeoisie "progressiste" qui correspondait aux besoins de l'Etat russe.

Vidé de sa base prolétarienne, le PCC, tout en poursuivant la politique anti-prolétarienne prônée par le Komintern dans les centres ouvriers, se mit à théoriser, en particulier sous la plume de Mao, le "rôle révolution­naire" de la paysannerie, exprimant ainsi la transformation radicale de sa nature de classe. Il se fit alors le défenseur des paysans, mais aussi des couches de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie hostiles à l'autorita­risme du nouveau maître de la Chine, Chiang-Kai-shek. Les nouveaux ca­dres du Parti étaient soigneusement choisis par Staline, qui utilisait le PCC comme instrument de l'expan­sion impérialiste russe et comme moyen de pression et de tractations avec le Guomindang. L'affluence massive d'éléments contre-révolu­tionnaires, d'aventuriers de toutes sortes, de petits bourgeois et bour­geois en rupture avec Chiang-Kai-shek, transforma le PCC en un véri­table cloaque d'intrigues et de ma­noeuvres, où s'opposaient violemment pour le contrôle du Parti différentes cliques adverses.

L'épisode de la "Longue Marche", loin d'être l'épisode héroïque de "résistance communiste" sous la direction du "grand timonier" Mao, eut comme objectif essentiel d'unifier les nom­breux foyers de guérilla existant en Chine sous un commandement unique et centralisé, afin de constituer une armée bour­geoise digne de ce nom, pour le compte du grand frère stalinien qui contrôlait étroitement ses cadres. Les appétits impérialistes russes deve­naient en effet de plus en plus pres­sants et avaient de ce fait provoqué un refroidissement de son alliance avec le Guomindang. Dans ce but, les masses des paysans pauvres furent embrigadées et utilisées comme chair à canon : la "Glorieuse Longue Marche", qui dura d'octobre 1935 à octobre 1936, fit plusieurs centaines de milliers de morts parmi eux. Et si ce fut la ligne du "grandiose com­mandant en chef" Mao qui l'emporta durant cette campagne, ce n'est même pas grâce à ses talents de stratège militaire, réputés être particulièrement médiocres. C'est surtout grâce à sa capacité de jouer et profiter des discordes existantes, et de celles que lui même attisait, pour asseoir son pouvoir au sein d'une Armée rouge chinoise où se mêlaient, aux côtés de combattants sincères, bureaucrates staliniens et arrivistes de tous poils.

Mais au moins une chose était sûre, c'est que toutes ces cliques, que ce soient celles du PCC ou celles du Guomindang, étaient unies sur l'es­sentiel : la défense du capitalisme chinois. C'est ainsi que lors du conflit sino-japonais de 1936, le PCC, allié à nouveau au Guomindang, se distin­gua encore comme le principal four­nisseur de chair à canon de la guerre impérialiste. En 1941, alors que l'ar­mée allemande entrait en URSS, Staline, menacé sur deux fronts, signa un pacte de non- agression avec le Japon. La conséquence immédiate fut la rupture du PCC avec Moscou et la victoire de la ligne maoïste contre la ligne pro-russe. Le PCC va donc collaborer d'autant plus, les Etats-Unis entrant en guerre contre le Japon en 1942, à une alliance avec le Guomindang aux ordres de l'oncle Sam. Au sein du Parti, de 1943 à 1945, les grandes purges anti-stali­niennes atteignirent alors leur apo­gée, le maoïsme devenant dès lors la doctrine officielle du Parti.

Le maoïsme : une doctrine capitaliste d'Etat

Les historiens et intellectuels bour­geois entretiennent tout un mythe autour du maoïsme, "communisme à la sauce chinoise",  porté par Mao Zedong, prôné mensongèrement comme un des fonda­teurs du PCC, celui qui allait instaurer le "socialisme" dans ce grand pays. Les idéologues de la bourgeoisie présentent l'arrivée du "grand timo­nier" à la tête de la Chine comme le produit d'une "révolution populaire, paysanne et ouvrière", mais la réalité est radicalement différente : le PCC est arrivé au pouvoir à la suite de sordides tractations impérialistes. En effet, c'est en monnayant son retour dans le giron de Moscou, contre les Etats-Unis et après les accords de Yalta, que le PCC va pouvoir défini­tivement éliminer son rival direct, le Guomintang, en 1949, et fonder la "République populaire chinoise".

Une fois les rênes de l'Etat en mains, il pourra donc, avec Mao à sa tête, donner libre cours à une exploi­tation féroce des ouvriers et des paysans pour tenter de reconstruire ce pays immense, totalement exsangue après des décennies de guerre civile et de guerres impérialistes.

En son sein, la lutte à mort entre les différentes fractions rivales va plus que jamais s'exacerber. C'est encore sur le dos des couches exploitées, de la classe ouvrière et de la paysanne­rie, que vont se régler de la façon la plus sanglante les féroces luttes pour le pouvoir auxquelles s'adonnent Mao et consorts. Et alors que tous les historiens bourgeois nous présentent toutes ces étapes comme un renfor­cement du "socialisme", elles n'ont au contraire fait que montrer la même férocité et la même impuissance du capitalisme d'Etat façon "maoïste".

Le célèbre discours de Mao Zedong de 1957 proclamant la "Révolution des Cent Fleurs" représenta une première tentative de la part de celui-ci pour consolider son emprise idéo­logique sur les masses et tenter de les mobiliser contre ses rivaux dans le Parti. Dans sa continuité, et sous couvert de libérer de "nouvelles for­ces productives", le lancement du "Grand bond en avant", moins d'un an plus tard, avait pour but de prouver que le "leader suprême" était in­faillible dans le gouvernement du pays. Ce "Grand bond" fut un bond extraordinaire dans la catastrophe économique (catastrophe annoncée par les dirigeants du Parti eux-mê­mes). Le seul résultat économique fut une famine effroyable, faisant des dizaines de milliers de morts en à peine plus d'un an, et, à travers la constitution de "Communes populai­res", la mise au pas de la paysanne­rie, puis l'accentuation de l'exploita­tion de la classe ouvrière par la nais­sance embryonnaire d'une industrie lourde au service de l'économie de guerre. Mais il précipita aussi la mise à l'écart de Mao par l'ensemble du Parti en 1959.

Cependant, ce dernier, que ces ri­vaux comme le nouveau président Liu Shao-qi pensaient avoir neutra­lisé, oeuvra patiemment durant sept ans dans l'ombre pour provoquer en 1966 le vaste mouvement de la pré­tendue "Révolution culturelle". Cet événement donna lieu à une des pires falsifications de l'Histoire, à laquelle participèrent avec une rare ferveur les idéologues bourgeois de tous bords. Animé d'une incroyable soif du pou­voir, Mao va jouer sur deux tableaux. D'un côté, en fonction du coup d'Etat prévu, il s'appuiera sur les cadres d'une armée habilement réorganisée par le ministre de la Défense pro-maoïste, Lin Biao, et abondamment abreuvée du "Petit Livre Rouge" ; de l'autre côté, il appellera à la forma­tion des fameux "Gardes rouges", recrutés dans les couches de la petite-bourgeoise estudiantine, excitée et appâtée par des postes dans l'Etat. Ces deux forces se trouveront de plus en plus face à face, entraînant de larges fractions du prolétariat, plon­geant tout le pays dans la guerre civile et la misère, dans un chaos indescriptible, ce qui était justement le but recherché par Mao afin d'en rejeter la faute aux dirigeants et en tirer tout le bénéfice. C'est ce qu'il fera d'ailleurs au bout de trois ans d'horreurs sous la direction du "grand timonier", de massacres dans la popu­lation, de purges massives dans le PCC, jusqu'après son retour au pou­voir en 1968 qui signera l'arrêt de mort physique de ces "Gardes rouges" qui s'étaient fait berner par son mot d'ordre "N'oubliez pas la lutte des classes". Le nombre de morts résul­tant des combats et de la famine est incalculable. Mais, des centaines de milliers avancés comme chiffre par les médias occidentaux, Mao, avec un cynisme achevé, dira lui-même à la fin de sa vie qu'ils étaient bien en deçà de la réalité !

Alors que le maoïsme poursuivait sans relâche son oeuvre destructrice sur le sol national chinois, son action impérialiste ne connaissait pas non plus de repos. C'est pour cette raison que l'Etat chinois, marchant sur les plates-bandes russes en Mongolie par exemple, rompait vers 1960 avec l'URSS. L'invasion du Tibet, sa par­ticipation active dans la guerre du Viêt-Nam, son soutien de premier plan aux Khmers rouges de Pol Pot au Cambodge avec la bénédiction des Etats-Unis, la création de multiples groupes armés tel le Sentier Lumineux jusqu'en Amérique du Sud, sous prétexte de soutenir les "luttes de libération nationale", ont émaillé la montée de la Chine impérialiste "reconnue" par les "Grands". Et si le mensonge du caractère "révolutionnaire" de l'Etat chinois maoïste (qui avait applaudi la ré­pression de l'insurrection ouvrière de 1956 en Hongrie par les troupes rus­ses) a été perpétué et amplifié à grands coups de trompettes par toutes les fractions de la bourgeoisie occi­dentale, c'est parce qu'il a été un puissant facteur de mystification et de confusion dans les luttes ouvrières au coeur du capitalisme et à sa périphé­rie.

Aujourd'hui, la bourgeoisie continue à présenter Mao et ses successeurs comme de véritables et inflexibles représentants du communisme. En perpétuant un tel mensonge, la classe dominante ne vise qu'un seul objec­tif : pourrir la conscience des prolé­taires et dénaturer la perspective historique de leurs combats de classe, la destruction du capitalisme mondial et l'instauration d'une véritable so­ciété communiste.

AK

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