Du Darfour au Tchad : Les confrontations sanglantes des puissances impérialistes

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Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail Les confrontations armées qui se déroulent actuellement au Tchad résultent directement du chaos sanglant du Darfour. Le gouvernement soudanais et le régime tchadien poursuivent ici leurs règlements de comptes criminels. Et comme à chaque fois, de grandes puissances impérialistes comme la France et les Etats-Unis portent une belle part de responsabilité dans ces massacres, en attisant les conflits ou en y participant directement.
 Depuis le 30 mars, le Tchad est le théâtre d’affrontements armés sanglants dont l’objet est le contrôle du pouvoir central. L’offensive militaire menée par des rebelles et leurs soutiens soudanais vise à renverser le régime du président Idriss Déby. Quinze jours après le première offensive, on dénombre déjà entre 400 et 1000 morts alors que les combats se poursuivent dans tous les coins du pays. Encore une fois les populations civiles se retrouvent au milieu d’une guerre chaotique où s’affrontent tous azimuts les multiples bandes armées rivales.
En effet, le caractère hétéroclite, fait de bric et de broc, de la coalition armée contre le président Déby ne peut qu’accentuer le désordre et la barbarie. Pas moins de 10 groupes qui forment la coalition dite "Front uni pour le changement" (FUC). D’ailleurs, certains d’entre eux s’affrontaient militairement au Darfour jusqu’à ces derniers jours (par exemple, les "zaghawas" tchadiens et les "janjawids" soudanais). Toutes ces alliances ne sont qu’éphémères, se faisant le jour et se défaisant la nuit. L’existence de tous ces groupes (les FUC, SCUD, RDL, etc.) montre le degré d’éclatement de ces bandes de tueurs sur lesquels divers Etats impérialistes viennent s'appuyer, sans pouvoir pour autant les contrôler. Ce qui veut dire que rien ne peut brider ces assassins et que le risque est grand de les voir mettre à feu et à sang toute la région (Soudan, Tchad, Centrafrique, Congo, Ouganda, Cameroun et Nigeria).

La responsabilité de la France dans le chaos tchadien

 "Si la France maintient une forte présence militaire au Tchad (1 350 soldats, 6 avions de chasse Mirage et 3 hélicoptères), c’est pour des raisons historiques, stratégiques et diplomatiques. A deux reprises, de 1980 à 1984 et en 1985-1986, elle a décidé de se retirer et à chaque fois, elle a dû renvoyer un contingent militaire à N’Djamena. Depuis l’indépendance en 1960, tous les présidents tchadiens, de François Tombalbaye au général Malloum, d’Hissène Habré à Idriss Déby, ont entretenu des rapports étroits avec Paris" (Le Monde du 17 avril).
 Autrement dit, la France est au Tchad pour défendre ses intérêts impérialistes. C’est la vraie raison qui la pousse à être au cœur du conflit, en décidant de s’opposer par tous les moyens à tous ceux qui veulent mettre en cause son influence dans ce pays. Voilà pourquoi le Tchad est à feu et à sang, un pays qui n’a jamais connu de "paix" depuis son indépendance, il y a plus de 40 ans, qui n’a jamais cessé d’être un jouet des puissances impérialistes, et particulièrement de la France qui porte une lourde responsabilité dans la ruine du pays et la misère de la population.
 Mais malgré l’importance des moyens guerriers déployés et sa détermination à conserver sa zone d’influence par tous les moyens, y compris les massacres, la France est dans une situation extrêmement difficile. D’abord, parmi les puissances régionales, l'implication militaire de la Centrafrique dans ce conflit n'est pas sans inquiéter Paris qui se retrouve dans une situation cornélienne où deux de ses poulains (centrafricain et tchadien) sont face à face. Ensuite, pour compliquer le tout, la France se heurte au Tchad à diverses formes de concurrences impérialistes, notamment soudanaise et libyenne qui appuient la rébellion. Enfin, un adversaire de poids participe à cette danse macabre. La puissance américaine soutient en effet activement certains opposants tout en contrôlant la production du pétrole tchadien. La France a ainsi été particulièrement alertée par la tentative de coup d’Etat du 14 mars dernier, derrière lequel se cache l’ancien ministre de l’intérieur de Déby et de son chef de cabinet… tous deux réfugiés aux Etats-Unis. Dans le même temps, et ce n’est certainement pas un hasard, le président de la Banque mondiale a décidé de sanctions contre le Tchad pour le "non respect de certaines clauses" liées à la production du pétrole. Derrière ce type de manœuvre se déroule, à peine voilée, la confrontation entre Paris et Washington pour le contrôle de cette zone stratégique

L’hypocrisie des grandes puissances (France/Etats-Unis)

Tout le monde sait donc que l’armée française participe directement aux massacres en prêtant main-forte à l’armée tchadienne. C’est elle qui a repoussé hors de la capitale les forces rebelles. Pourtant, les autorités françaises proclament leur "innocence" en n’admettant qu’ "un tir de semonce" par un mirage F1. De même, on connaissait déjà le rôle de la France dans le conflit du Darfour qui s’est cachée derrière le régime tchadien, principal soutien des rebelles en lutte contre le pouvoir soudanais. Et dans les deux cas, la France nie son implication.  De l’autre côté, on sait que les Etats-Unis sont les principaux "parrains" du régime soudanais depuis la signature des "accords de paix" de Nairobi (janvier 2005) entre le gouvernement soudanais et les anciens rebelles sudistes (APLS). Donc, c’est en tant que "garants de la paix" au Soudan, que la bourgeoisie américaine a pu laisser le pouvoir de Khartoum perpétrer des dizaines milliers de morts chaque année (plus de 300 000 en 3 ans) au Darfour.
Le summum de l’hypocrisie, c’est l’attitude de la France et des Etats-Unis, membres du Conseil permanent de sécurité, qui en tant que membres de l'ONU, votent régulièrement des "résolutions de paix" sur le Darfour, mais sur le terrain arment et protègent les Etats membres qui massacrent les populations.
Comme on le voit de façon très claire en Afrique, la dynamique du chaos guerrier n'est ni plus ni moins que la dynamique du capitalisme à l'heure actuelle

Amina, (20 avril)