Face aux attaques capitalistes, il faut reprendre la lutte, mais pas derrière les syndicats

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Depuis l'attaque énorme contre les retraites en France au printemps dernier, cela n'arrête pas. C'est une véritable déferlante ininterrompue d'attaques que la bourgeoisie et son gouvernement lancent contre toute la classe ouvrière. Déjà, ces attaques n'ont pas cessé pendant tout l'été et elles ont continué en redoublant encore de violence depuis la rentrée de septembre. Elles se sont succédées en n'épargnant aucune catégorie d'ouvriers, ni aucun secteur. Le gouvernement ne prend même plus de gants pour faire passer ses mesures anti-ouvrières. Jamais encore les prolétaires n'avaient dû subir si brutalement de tels coups de massue à répétition. Cela signifie, en premier lieu, que la crise économique mondiale connaît une telle accélération qu'elle ne laisse plus d'autre choix à la classe dominante que de cogner durement, de manière frontale et massive, à visage découvert. Mais c'est surtout la nature même des attaques que porte la bourgeoisie qui démontre que le système capitaliste se trouve dans une impasse, qu'il exprime sa faillite et révèle toutes ses contradictions en impliquant une détérioration dramatique des conditions de vie de toute la classe ouvrière.

 

Une nouvelle plongée dans la misère pour la classe ouvrière

Déjà, depuis plus de deux décennies, la montée inexorable du chômage est le principal révélateur de la faillite du capitalisme. L'attaque contre les retraites du printemps en constituait une confirmation édifiante. Aujourd'hui, l'attaque directement portée contre les ouvriers licenciés et réduits au chômage signifie non seulement que le capitalisme jette une masse croissante de prolétaires à la rue mais qu'en plus, elle les affame et les réduits à la misère, ouvrant la voie à une paupérisation massive.
Des centaines de milliers de familles ouvrières vont se retrouver brutalement plongées dans la misère noire. Dès janvier 2004, 850 000 chômeurs seront directement frappés. Entre 130 et 250 000 perdront immédiatement leurs droits de toucher leur allocation Assedic et, à terme, ce sont non seulement tous les chômeurs mais toutes les futures victimes des licenciements qui seront concernées.
En décembre 2002, un accord cosigné par le patronat et les syndicats CGC, CFDT et CFTC avait réduit la durée des allocations chômage dans le but "d'équilibrer les comptes de l'Unedic" (la caisse d'indemnisation des chômeurs), variables selon les catégories et l'âge des chômeurs (de 30 à 23 mois pour les moins de 50 ans, de 45 à 36 mois au-delà) en même temps qu'il augmentait les prélèvements sur les salaires réservés au chômage de tous les salariés. Mais ce n'est pas tout, car pour la première fois, la bourgeoisie se permet une mise en application rétroactive à cette attaque qui ne s'appliquera pas seulement aux nouveaux chômeurs mais à tous ceux qui percevaient déjà leur allocation sous le régime précédent qui perdront du même coup entre 7 et 15 mois d'allocations.
Aujourd'hui, c'est, à son tour, l'allocation de solidarité spécifique (ASS) qui servait de complément à l'Assedic (jusqu'ici versée sans condition de durée au-delà de l'indemnisation de l'Unedic aux chômeurs en fin de droits) que le gouvernement prévoit de limiter à deux ans pour ceux qui vont tomber dans cette catégorie à partir de 2004 et à trois ans pour ceux qui bénéficiaient déjà de l'ASS auparavant tandis que les plus âgés vont perdre les 40% de majoration dont ils bénéficiaient jusque là.
Cette allocation complémentaire, désormais plafonnée à 925 euros de revenu par personne ou à 1500 euros pour un couple, indemnisant les ménages pouvant justifier d'une activité salariée de cinq ans dans les 10 années précédant la mise au chômage, allait de 13,56 euros par jour pour les moins de 55 ans à 19,47 euros pour les autres et était perçue par 420 000 personnes sur les 2,5 millions de chômeurs encore indemnisés. Cette nouvelle mesure va condamner les chômeurs concernés à vivre du seul RMI et à la clochardisation directe. Le gouvernement ne va pas s'arrêter là. A l'horizon, se prépare une refonte des organismes de chômage et plusieurs ministres, de Sarkozy à Fillon ont déjà annoncé qu'une fusion entre les agences pour l'emploi (ANPE, où les chômeurs doivent à la fois pointer et se voir contrôler) et les caisses d'allocation-chômage (les Assedics regroupés dans l'Unedic) était à l'étude, dans le but d'effectuer un filtrage encore plus serré des chômeurs indemnisés.
Dans la foulée, le gouvernement se prépare à modifier la législation du travail rendant les contrats à durée déterminée (CDD) plus "flexibles" et accentuant fortement leur précarité. Au lieu de contrats d'une durée de 18 mois, ce seront désormais des contrats de "mission" ou de "projet", autrement dit des contrats à durée indéterminée, limités à l'accomplissement d'un chantier, d'un programme précis ou d'une opération ponctuelle. Les titulaires de ces contrats déjà largement sous-payés pourront maintenant être débauchés du jour au lendemain par n'importe quelle entreprise publique ou privée.
En même temps, les restrictions annoncées dans le budget 2004 poursuivent et intensifient les coupes claires chez les fonctionnaires : 5000 emplois seront supprimés dans les ministères, sans parler du blocage des salaires. Face à cela, le gouvernement exerce un chantage de plus en plus ouvert : il revient à la charge pour instaurer un salaire "au mérite" indexé sur la notation des chefs de service qui conditionnera également les promotions dans l'administration. Les coups pleuvent tous azimuts : 900 bureaux de poste dans des zones rurales sont en passe d'être supprimés tandis qu'à la SNCF les recrutements sont à nouveau gelés et 2000 emplois seront supprimés.
Les plans de licenciements continuent de plus belle. Dans tous les secteurs, dans toutes les branches, dans toutes les régions, les entreprises de toutes tailles ferment ou licencient, jetant chaque mois dehors de nouvelles dizaines de milliers de prolétaires. Au cours du 1er semestre 2003, 28 410 entreprises ont été déclarées en faillite en France et quelque 60 000 emplois dans le seul secteur de l'industrie ont officiellement disparu. Ce sont autant de prolétaires qui vont grossir les rangs des chômeurs et se retrouvés exposés rapidement au sort de la majeure partie d'entre eux, à la rue, sans abri.

 

La fin de la "sécurité sociale" révèle la faillite du capitalisme

Mais ce qui attend aussi les prolétaires, ce n'est pas seulement de crever de faim, de froid ou de chaud en plus grand nombre, c'est aussi de crever de maladie. C'est la perspective ouverte par le projet de réforme de la Sécurité Sociale, qui a déjà commencé à se traduire concrètement par une série de mesures drastiques.
L'étalement des chiffres et des statistiques concernant le déficit de la Sécurité Sociale a permis au gouvernement de relancer une grande campagne idéologique, aidé par un rapport de la Cour des Comptes qui pointe "la dérive des dépenses de santé", visant à conditionner "l'opinion publique" pour faire admettre la nécessité et l'inéluctabilité de cette attaque. On pointe du doigt l'irresponsabilité et les abus, le gaspillage des patients et des médecins, les arrêts de travail trop fréquents qui seraient complaisamment délivrés par les médecins, et, également, le coût du vieillissement de la population.
Dès aujourd'hui, sont imposées "des mesures d'urgence" censées combler une partie du "trou". On voit aussitôt émerger l'augmentation du forfait hospitalier de 10%, forfait institué en 1983 par le "camarade ministre PCF de la Santé", Jack Ralite et dont la dernière hausse remontait à 1996, ainsi que la poursuite de la politique de "déremboursement" des médicaments. La hausse du prix du tabac de 20% le 20 octobre (qui sera suivi d'une autre de 1 euro par paquet au 1er janvier 2004) est également présentée comme une mesure en faveur de la Sécurité Sociale. On nous prévient déjà : cela ne suffira pas et de nouvelles mesures sont envisagées. Le gouvernement s'arrange pour nous dire : vous échappez à pire puisqu'on vous épargne -pour l'instant- d'autres mesures comme la taxe de 50 cents par boîte de médicament délivrée, la taxe d'un euro par feuille de soin, ou une augmentation de la CSG.
De façon concomitante, la bourgeoisie exploite cyniquement les méfaits de la canicule. La grande campagne lancée et qui doit se traduire par un "plan gouvernemental" en octobre fustige le comportement des familles envers les parents âgés, qu'on abandonne chez elle, dans les maisons de retraite ou dans les hôpitaux au lieu de les prendre en charge et de les soigner dans un cadre familial. Mais la "trouvaille" la plus percutante du programme de solidarité en faveur du troisième âge est la suppression d'un jour férié par an pour les salariés (probablement le lundi de Pentecôte).
Non seulement la bourgeoisie démontre son incapacité à entretenir les ouvriers à la retraite comme ceux qu'elle licencie mais elle ne tolère plus les ouvriers malades et les met dans l'impossibilité de se soigner. Ainsi, elle n'est même plus capable de veiller à la reproduction de la force de travail des ouvriers alors que, depuis l'aube du capitalisme, le souci "social" le plus élémentaire de son système d'exploitation était de veiller à ce que l'ouvrier reste physiquement apte à revenir travailler le lendemain pour assurer sa productivité.

 

Le gouvernement cogne avec la complicité des syndicats

La bourgeoisie profite actuellement de la moindre occasion pour grappiller ici et là sur le dos des salariés. Déjà, durant l'été, elle a profité de la période estivale pour décider une série de hausses sur tous les principaux services publics (eau, gaz, électricité, téléphone, transports,...) et sur les loyers.
Tous les moyens sont bons et on assiste à une attaque directe au porte-monnaie : augmentation de 2,5 % de le taxe d'habitation, hausse de 3 cents par litre du gazole et de l'essence, amendes majorées pour des "infractions" de toute nature etc.
Le gouvernement étale avec le plus grand cynisme et une arrogance sans bornes son mépris du sort des prolétaires. Mais s'il adopte une telle attitude, s'il cherche à afficher au grand jour sa toute puissance et à habituer la classe ouvrière à courber l'échine sous les coups, c'est parce qu'il profite de la cuisante défaite infligée à la classe ouvrière au printemps dernier. Et cette défaite n'a été rendue possible qu'avec la complicité des syndicats avec lesquels le gouvernement s'est partagé le travail. Ce sont eux qui sont les vrais responsables de la défaite, ayant épuisé et dévoyé la combativité ouvrière, notamment dans le secteur de l'Education nationale (voir notre précédent numéro et notre tract diffusé fin juin et reproduit dans RI 338) 1. Ces mêmes syndicats n'avaient pas cessé de brailler pendant les mois d'été que "la rentrée serait chaude" tout en baladant les ouvriers avec la lutte des intermittents du spectacle et les rassemblements "citoyens" des altermondialistes. Le fait qu'au plus fort des attaques ils soient aujourd'hui remarquablement absents du devant de la scène est une nouvelle preuve édifiante de leur complicité avec le gouvernement.
Voilà ce qui attend la classe ouvrière quand elle accepte de lutter derrière les syndicats. Face aux attaques massives de la bourgeoisie, les ouvriers n'auront pas d'autre choix que de riposter massivement. Mais pour pouvoir se battre efficacement la classe ouvrière ne peut pas faire l'économie de tirer les leçons de sa défaite du printemps dernier et comprendre quels sont tous les ennemis auxquels elle devra se confronter.

Wim (24 sept.)



1 Il n'est pas surprenant d'ailleurs que le gouvernement puisse enfoncer le clou de la défaite la plus amère pour les salariés dans le secteur de l'Education avec le prélèvement intégral des jours de grève sur leur paie, y compris les samedis. Pour couronner le tout, le gouvernement se permet d'annoncer la suppression pour l'année prochaine de 2500 postes de professeurs stagiaires et de 1500 postes de titulaires dans les établissements secondaires.