Attentat à Manchester : le terrorisme montre la putréfaction du capitalisme

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L’attentat à la bombe contre un concert d’Adriana Grande au Manchester Arena, avec un dispositif rempli d’écrous et de boulons devait tuer ou blesser un grand nombre de jeunes. L’État islamique, dans une déclaration, se vante de ce qu’ “un soldat du califat a été capable de déposer un engin explosif au milieu d’un rassemblement d’Infidèles”, car il a revendiqué “la légitimité de terroriser” les descendants des Croisés dans “une salle de concert indécent”, comme une vengeance contre “leurs violations (par les Infidèles) des terres de l’Islam”.

Ces “Croisés” étaient généralement des jeunes de 14 ou 16 ans. Une des victimes était une petite fille de 8 ans. A l’heure actuelle, il y a 22 morts (parmi lesquels dix avaient moins de 20 ans) et 116 blessés.

De même que la tuerie de masse de novembre 2015 au théâtre du Bataclan à Paris (où 89 personnes ont été tuées), cet attentat visait délibérément des jeunes gens et même des enfants à Manchester. Aujourd’hui, il est de plus en plus évident que ce ne sont pas seulement les adultes mais aussi les enfants qui sont pris dans l’engrenage des conflits impérialistes et pas seulement en Syrie, en Libye, au Yémen, mais aussi à Manchester, Londres, Paris et Nice. Les révolutionnaires condamnent sans équivoque ces actes de terreur, qu’ils soient perpétrés par les plus grandes forces militaires dans le monde ou qu’ils soient le fait d’un conducteur de camion isolé ou d’un kamikaze.

De plus, nous pouvons nous attendre à toujours plus d’expressions du terrorisme en Europe, dans la mesure où des forces militaires (comme Daech), confrontées à des revers militaires en Syrie, déclenchent de nouvelles attaques. Cela fait partie de la logique de l’impérialisme aujourd’hui, dans laquelle terreur et terrorisme font partie intégrante de l’arsenal impérialiste.

Bien que le service de sécurité du M15 ait dit qu’il allait revoir ses procédures, parce que le terroriste de Manchester était dans leur collimateur, l’attentat de Manchester a donné l’opportunité à l’État de durcir le niveau de sécurité et d’ajouter des troupes armées dans les rues aux côtés d’une police renforcée. Les politiciens, qui étaient en pleine campagne électorale générale, se sont unis pour déclarer leurs intentions de “protéger” le peuple britannique, de défendre les “valeurs démocratiques” et ont affirmé qu’ils ne céderaient jamais au terrorisme.  Les Tories ont insinué que Jeremy Corbyn, le dirigeant travailliste, n’avait pas été intransigeant sur les questions de sécurité et de terrorisme. Corbyn a riposté en critiquant les Tories sur la suppression de 37 000 postes dans la police et les services de sécurité. Il a affirmé qu’il dépenserait des millions de livres pour développer les services de sécurité et embaucher davantage de policiers et de garde-frontière, montrant par là sa continuité avec les dirigeants du Labour depuis plus de cent ans de militarisme et de répression d’État.

L’hypocrisie de la bourgeoisie internationale

A travers le monde entier, des figures importantes, de Trump à Poutine, ont ajouté leur voix au concert anti-terroriste. Ils ont tous condamné le fait de tuer des enfants comme une expression de la barbarie. L’hypocrisie de ces gangsters impérialistes ne connaît pas de limites. Combien d’enfants ont été tués lors de l’invasion de l’Irak en 2003 ? Une campagne basée sur l’utilisation d’une puissance démesurée et la mise en scène de cette force ont tué un nombre incalculable de personnes, à tel point que les États-Unis et la Grande-­Bretagne n’avaient aucun intérêt à les dénombrer. Là, les États-Unis et leurs alliés pouvaient semer la terreur avec des bombes mortelles beaucoup plus sophistiquées que l’arsenal d’un kamikaze solitaire.

Aujourd’hui, de vastes zones ont été détruites par la guerre impérialiste dans des endroits tels que la Syrie, où les protégés des pouvoirs impérialistes, incluant les États-Unis, la Russie, l’Iran, la Turquie et l’Arabie Saoudite parmi d’autres, ne manifestent aucun remord dans le fait de tuer et de mutiler des milliers de personnes, que ce soit à l’appui de la Syrie d’Assad ou dans les multiples milices des nombreuses oppositions.

Nous ne devons pas oublier l’hypocrisie de l’État britannique, après son intervention militaire en Libye, aux côtés de la France, qui a laissé le pays dans un état de chaos et de guerre civile – la famille du kamikaze de Manchester est originaire de Libye. Il semble que son père ait travaillé d’abord dans l’appareil de sécurité de Kadhafi et plus tard, dans une filiale d’Al-Qaïda – ce dernier a à la fois usé l’Intelligence britannique et a été abusé par elle.

Pour donner un autre exemple de l’hypocrisie de nos dirigeants, il suffit de regarder les dernières ventes d’armes par les États-Unis à l’Arabie Saoudite (110 milliards de dollars livrables immédiatement et 350 milliards dans les dix ans). Ce contrat a été annulé par Trump au moment où le bombardement saoudien des rebelles houthis au Yémen continuait et visait particulièrement les hôpitaux et utilisait des bombes à fragmentation contre les civils.

Comment comprendre ce qui est en train de se passer

Comme partout ailleurs face aux attaques ou aux désastres, l’humanité des résidents de Manchester a brillé dans le noir de l’attentat. Les hôtels ont ouvert leurs portes aux victimes, les chauffeurs de taxi ont assuré des transports gratuits, les hôpitaux ont levé les restrictions d’accueil, les gens ont ouvert leurs maisons, offert des tasse de thé et de café, les passants se sont arrêtés pour aider. Cependant, dans les conversations, dans les entrevues télévisées, il y avait beaucoup de confusion sur où va la société. Est-ce que cela va toujours être comme cela ? Peut-on trouver une solution ? Les slogans “Manchester ne perdra pas” ou “le terrorisme ne parviendra jamais à nous diviser” ne sont pas des réponses satisfaisantes.

La guerre et le terrorisme existent partout dans le monde. Mais le rôle des grandes nations capitalistes dans cette barbarie est bien souvent occulté. La période de “paix” qui a suivi la Seconde Guerre mondiale était en réalité une période de guerres locales entretenues en sous-main par les blocs impérialismes de l’Ouest et de l’Est qui défendaient leurs positions par procuration. Pourtant, l’équilibre des forces entre les deux blocs a créé une certaine stabilité dans les relations internationales pendant la Guerre Froide, avec la règle de l’assistance mutuelle de destruction. Avec la fin du Bloc de l’Est en 1989, le monde s’est retrouvé sens dessus-dessous. La stabilité relative qui avait accompagné l’existence des deux blocs s’est trouvée désintégrée et on a commencé à voir la multiplication de crises et de guerres de plus en plus porteuses de chaos. Cette période est la période de décomposition du système capitaliste. La “guerre contre le terrorisme” actuelle et la prolifération des groupes terroristes trouvent leurs racines dans le conflit meurtrier entre les impérialismes américain et russe en Afghanistan. Après l’invasion russe en décembre 1979, les Américains et leurs alliés ont envoyé et soutenu les moudjahidines, en tant que combattants délégués. Les talibans et Al-Qaïda se sont développés au sein des moudjahidines. Ainsi, les groupes terroristes actuels ne constituent pas un quelconque bizarre anachronisme du passé, même s’ils se revendiquent du fondamentalisme religieux, mais ils sont une partie intrinsèque du capitalisme actuel et des conflits impérialistes porteurs de chaos. Un nouveau pas a été franchi après le 11 septembre 2001  : l’invasion d’abord de l’Afghanistan puis de l’Irak a entraîné la déstabilisation de pans entiers du globe, en particulier au Moyen-Orient et a favorisé l’émergence de forces telles que l’auto-proclamé “État islamique”. Les groupes terroristes ont proliféré, créés par la guerre, maintenus en vie par des alliances sordides et la manipulation des grandes puissances. Toutes ces guerres ont mis sur les routes des vagues de réfugiés fuyant les zones de conflits et risquant leur vie pour gagner des endroits relativement protégés en Europe, aux États-Unis et dans d’autres pays riches. A ces réfugiés, se sont ajoutés ceux qui fuyaient la répression consécutive à l’échec du “Printemps arabe” ou la guerre en Syrie ; des réfugiés économiques ont également été jetés sur les routes. Ces personnes, victimes du capitalisme, sont utilisées par les politiciens comme boucs émissaires des exactions des groupes terroristes, qui les rendent également responsables de la chute du niveau de vie depuis les dix dernières années. En réalité, celui-ci est dû à la crise économique de 2007-2008, qui a vu une énorme instabilité du monde économique avec des effondrements boursiers et des faillites bancaires. Cette crise a ruiné des millions d’épargnants et a sapé la confiance dans l’argent (qui, sous le capitalisme, assure la cohésion du tissu social). Cela a généré une crainte et une méfiance énormes entre les gens ainsi qu’une peur de l’avenir. “Face à cette barbarie, dans une zone géographique étendue, du Mali à l’Afghanistan, en passant par la Somalie et jusqu’à la pointe sud de la Turquie, des millions d’êtres humains, mois après mois, ont été forcés de fuir pour seulement rester en vie. Ils sont devenus des “ réfugiés”, qui sont, soit parqués dans des camps, soit raccompagnés à la frontière. Ils arrivent au moment où la crise économique s’aggrave, et au moment où les actes terroristes s’intensifient, ce qui exacerbe fortement la xénophobie. Et, par-dessus tout, alors que le capitalisme s’enfonce dans la décomposition et la désintégration des liens sociaux, la classe ouvrière est incapable d’offrir à l’humanité une autre perspective. Incapable de développer sa conscience et son esprit combatif, son sens de la solidarité internationale et de la fraternité, elle est absente pour l’instant, comme classe, de la situation mondiale1. Le danger de cette putréfaction ne doit pas être sous-estimé : si on laisse le capitalisme continuer sur sa lancée, il entraînera l’humanité tout entière dans la destruction. La seule réponse possible est le développement des luttes de la classe ouvrière, et avec elles, de la solidarité qui est une part importante de ces luttes. Cela commence avec le questionnement de la société telle qu’elle est actuellement aussi bien qu’avec la lutte pour nous défendre contre le capitalisme et son État, et non avec des doléances auprès de l’État pour lui demander de bien vouloir nous défendre contre les effets les plus néfastes de la décomposition du capitalisme.

Mx, 29 mai

1 Lire sur le site internet du CCI : “Attentats en France, Allemagne, États-Unis... Le capitalisme porte en lui la terreur comme la nuée porte l’orage” (août 2016), Révolution internationale n° 460.

 

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