Élections et démocratie: l’avenir de l’humanité ne passe pas par les urnes

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Élection après élection, gouvernement après gouvernement, depuis des décennies, aux belles promesses d’un avenir meilleur succède une situation sociale toujours plus rude. Et pourtant, les 23 avril et 7 mai prochains, environ 35 millions de Français vont se rendre une nouvelle fois aux urnes pour élire le futur Président de la République. Pourquoi ? Une large partie de ces “citoyens” vont, sans grand enthousiasme, essayer “d’éviter le pire” et de “défendre les acquis démocratiques”, en éprouvant alors la sensation d’avoir accompli leur devoir.

Voter pour éviter le pire ?

L’extrême-gauche et la gauche se différencient de la droite et de l’extrême-droite tout particulièrement par l’humanisme de leur discours. La solidarité, l’accueil et le partage sont autant de valeurs qui leur sont attribuées. Cette image est d’autant plus tenace qu’est ancré dans les mémoires le passé glorieux de ses partis et militants. La figure de Jean Jaurès, par exemple, entraîne aujourd’hui encore un véritable élan de sympathie. Ainsi, malgré l’expérience de la gauche au pouvoir qui partout dans le monde depuis des décennies rime avec austérité 1, par millions, des ouvriers (salariés, chômeurs, retraités, étudiants précaires) vont régulièrement voter, sans véritable enthousiasme, sans croire à l’embellie, simplement pour éviter le pire, la droite arrogante, sexiste et souvent raciste, et l’extrême droite haineuse. Ce fut ainsi le “Tout sauf Sarkozy !” qui, en tout premier lieu, donna la victoire au socialiste François Hollande en 2007. Seulement, cette illusion d’éviter ainsi le pire ne tient pas face à la véracité des faits historiques. En voici quelques-uns parmi une liste interminable. “Je pense qu’il y a trop d’arrivées, d’immigration qui ne devrait pas être là. (…) On les fait parler français, et puis arrive un autre groupe, et il faut tout recommencer. Ça ne s’arrête jamais (…). Donc, il faut à un moment que ça s’arrête.” Le Pen ? Non… Hollande ! 2. Et de joindre le geste à la parole : expulsions, reconduites et blocages à la frontière records, démantèlement de la jungle de Calais et de multiples camps de Roms, traques d’enfants jusque dans les écoles (dont l’affaire Léonarda)3... Autre exemple : sous Hollande, les expulsions locatives ont bondi de plus de 35 % ! Et contrairement à ceux qui prétendent que Hollande a trahi la gauche, sa politique s’inscrit au contraire en parfaite continuité avec l’œuvre de ses prédécesseurs. Les lois de 1998 et 2000 de la socialiste Aubry sur les 35 heures étaient un masque pour généraliser la flexibilité du travail. C’est le socialiste Rocard qui a publié en 1991 le “livre blanc” sur les retraites, véritable bible de tous les gouvernements de droite comme de gauche depuis lors pour justifier la perpétuelle dégradation du niveau des pensions. C’est le même gouvernement qui a institué la Contribution Sociale Généralisée au nom de la “solidarité nationale”. C’est un ministre “communiste” qui a introduit en 1983 le paiement obligatoire d’un forfait hospitalier. La gauche plus sociale et humaine ? Souvenons-nous que c’est Mitterrand qui affichait le pire des cynismes dans sa défense des intérêts de l’impérialisme français en Afrique quand il déclarait, après avoir poussé au déclenchement des massacres au Rwanda en 1994 : “Les génocides dans ces coins-là, ça n’a pas tellement d’importance.” Là encore, Hollande a marché dans les pas (de bottes) de ses illustres prédécesseurs en armant l’Arabie saoudite qui, ces derniers mois, assassine, décapite et lapide la population au Yémen. Et que dire face aux 20 millions de personnes menacées actuellement de mourir de faim en Afrique de l’Est principalement à cause des guerres sordides auxquelles les États-Unis d’Obama et la France de Hollande ont grandement participé ? Décidément non, la gauche n’est pas un “moindre mal”. Ses discours prétendument humanistes ne servent qu’à ensevelir sous un tombereau de mensonges et d’hypocrisie la même barbarie capitaliste que celle de la droite.

Voter pour défendre la démocratie ?

Si, de l’extrême-droite à l’extrême- gauche, les différents gouvernements à travers la planète et depuis un siècle ont démontré maintes et maintes fois l’inhumanité de leur politique, demeure une idée chevillée au corps et à l’esprit de chaque “citoyen” : voter c’est défendre et faire vivre la démocratie. Your voice, your vote. Ta voix, ton vote. Ce message est omniprésent. Mais qu’en est-il de la réalité du pouvoir de ce petit bout de papier nommé bulletin de vote ?

La démocratie est une mystification car elle présuppose une humanité unifiée, telle qu’elle n’a jamais existé, que ce soit au cours des dernières 5000 années de société de classes ou durant la société primitive, divisée en tribus et en clans. La cohésion sociale, tout au long de l’Histoire, a été assurée par le pouvoir de la classe dominante et de sa machine d’État, au détriment de la masse impuissante des exploités et des opprimés. Dans une de ses premières expressions, le pouvoir d’État a pris la forme sophistiquée de la démocratie, comme dans la Grèce antique, d’où le mot est originaire. La Cité-État athénienne a pu adopter cette forme de gouvernement grâce à l’accroissement de la richesse apportée par un afflux d’esclaves, en lien avec le pillage impérialiste des pays voisins. Le demos, c’est-à-dire le peuple, de la démocratie grecque, ce n’était pas l’ensemble de la population, mais uniquement les citoyens habitant la polis. La masse des esclaves, qui représentait la majorité de la société, ainsi que les femmes et les étrangers, n’avaient pas droit à la citoyenneté. La démocratie, dans la Grèce antique, c’était l’arme de l’État au bénéfice des propriétaires d’esclaves. La démocratie bourgeoise, par essence, n’en est pas tellement différente. Les régimes parlementaires bourgeois du xixe siècle, excluent ouvertement du droit de vote la classe ouvrière par le régime censitaire (il faut être propriétaire pour pouvoir voter). Et quand le suffrage universel est octroyé à l’ensemble de la société, il reste encore à la bourgeoisie de nombreux moyens pour exclure la classe ouvrière de ses affaires politiques : les nombreux liens qui unissent les partis politiques à la bourgeoisie et à l’État, le système de suffrage direct, qui atomise les classes en des individus isolés et prétendument égaux, le contrôle des médias, et donc des campagnes électorales, par l’État, etc. C’est la raison pour laquelle aucune élection organisée par un État démocratique ne donna jamais une majorité aux Partis des classes exploitées. Bien au contraire ! Pendant la Commune de Paris, par exemple, l’Assemblée nationale élue en 1871 fut surnommée : “la Chambre introuvable”, en référence à la Chambre royaliste de 1815, tant la bourgeoisie n’aurait pu rêver meilleur résultat pour ses intérêts, alors même que Paris et une partie de la France étaient emportées par le torrent révolutionnaire.

La démocratie, quelle que soit la période historique où elle a surgi, a toujours été une méthode de gouvernement assurant la domination violente de la minorité sur la majorité, et non l’inverse, comme son nom le laisse croire. Elle n’a jamais été, et ne pourra jamais être un moyen d’autorégulation et de contrôle par l’ensemble de la société. La démocratie est l’organisation politique la plus sophistiquée d’une classe pour dominer la société :

• Elle permet de façon plus efficace et durable, de résoudre les différends au sein de la classe dominante et d’atténuer les luttes pour le pouvoir.

• Elle donne aux masses exploitées la meilleure illusion que les exploiteurs et l’État dirigent dans l’intérêt de l’ensemble de la population.

• Elle donne aussi aux exploités l’illusion qu’ils peuvent, au moins théoriquement, réaliser leurs intérêts au moyen de l’État tel qu’il existe, sans avoir besoin de le renverser.

• Enfin, pour ce qui concerne le futur, face à la menace que représente le prolétariat révolutionnaire, la démocratie répond au besoin de la bourgeoisie de proposer un avenir mythique et idéal qui ne nécessite pas le renversement de l’ordre établi concrètement. Si la “vraie” démocratie n’a jamais existé nulle part, ce serait, dit la bourgeoisie, parce que l’Homme, cette conception philosophique abstraite, hors du temps et de l’Histoire, n’a pas suffisamment essayé de la mettre en œuvre.

Ce n’est donc pas un hasard si les grandes démocraties sont les plus anciens pays capitalistes, là où la bourgeoisie comme le prolétariat ont tous deux une longue expérience de luttes. Plus la classe ouvrière est forte, plus sa conscience et son organisation sont développées, plus la bourgeoisie a besoin de son arme politique la plus efficace. Si l’arrivée de Hitler au pouvoir fut possible, démocratiquement d’ailleurs et soutenu par tous les grands industriels d’Allemagne, lors des élections de 1933, c’est justement que la classe ouvrière avait été préalablement écrasée physiquement et idéologiquement par la social-démocratie allemande pendant la vague révolutionnaire de 1918-1919. Ce n’est pas le délaissement des urnes par les “citoyens” qui a engendré l’arrivée du nazisme au pouvoir mais la défaite dans le sang de la classe ouvrière, vaincue militairement et politiquement par la très démocratique social-démocratie !

La bourgeoisie fait croire que sa bataille la plus importante et la plus longue sera toujours celle de “la démocratie contre la dictature”. Ainsi, la principale justification de l’impérialisme des Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale contre le fascisme, c’est la lutte de la démocratie contre la dictature. Des millions d’êtres humains sont massacrés au nom de la démocratie. Après 1945, la démocratie est le principal thème mobilisateur de la Guerre froide menée contre le bloc impérialiste stalinien par le bloc dirigé par les États-Unis. Des pays entiers ont été ravagés au nom de la lutte contre l’expansion du totalitarisme. Après 1989, l’effondrement du bloc de l’URSS marque le début de toute une série d’aventures militaires colossales menées par les États-Unis pour maintenir leur hégémonie mondiale, sous la bannière de la démocratie et des droits de l’Homme, contre les dictateurs fous (guerre du Golfe, intervention en Yougoslavie) ou contre les terroristes démoniaques (guerre en Afghanistan). Ainsi, durant les conflits impérialistes qui ont ravagé la planète depuis plus d’un siècle, la force des “démocraties libérales” a constamment été de faire croire aux prolétaires qui servaient de chair à canon, qu’en se battant pour la démocratie, ce n’était pas les intérêts d’une fraction capitaliste qu’ils défendaient, mais un idéal de liberté face à la barbarie de systèmes dictatoriaux. Et c’est sans honte, avec le cynisme qui les caractérise, que ces mêmes démocraties ne se sont jamais gênées pour soutenir, utiliser ou même mettre en place telle ou telle dictature lorsque cela correspond à leurs besoins stratégiques. Les exemples ne manquent pas : ainsi les États-Unis en Amérique latine ou bien la France dans la plupart de ses ex-colonies africaines. Cette bataille éternelle de la démocratie contre la dictature est donc un mythe idéologique. Le capitalisme dans son ensemble, quel que soit son masque et son organisation politique, est une dictature, un système d’une minorité privilégiée exploitant l’écrasante majorité de l’humanité.

Voter au nom des combats passés ?

Il peut rester encore une raison qui pousse, malgré tout, à aller voter : le suffrage universel a été arraché de haute lutte, à travers des combats souvent sanglants, par la classe ouvrière au XIXe siècle : en Angleterre, avec le mouvement chartiste, en Allemagne entre 1848-49, en Belgique et les immenses grèves de 1893, 1902 et 1913... En France, ce n’est qu’après le bain de sang de la Commune de Paris en 1871 que les travailleurs ont obtenu définitivement le suffrage universel. Cette revendication se trouve même dans Le Manifeste communiste écrit par Marx et Engels en 1848. Mais se pose alors une question : pourquoi cette même bourgeoisie qui, au siècle dernier, réprimait violemment les ouvriers qui demandaient le suffrage universel, fait tant d’efforts aujourd’hui pour que le maximum d’entre eux aillent voter ? Pourquoi ces publicités payées par l’État et martelant : “Votez, votez, votez !” sur toutes les chaînes de télévision, dans la presse et les manuels scolaires ? Pourquoi sur tous les plateaux télés, les “abstentionnistes” sont culpabilisés et désignés comme des citoyens irresponsables mettant en péril la démocratie ? Pourquoi cette différence flagrante entre le xixe siècle et les xxe et xxie siècles ? Pour répondre, il est nécessaire de distinguer deux époques du capitalisme : l’ascendance et la décadence. Au xixe siècle, le capitalisme connaît sa phase d’apogée. La production capitaliste se développe à pas de géant. C’est dans cette période de prospérité que la bourgeoisie assoit sa domination politique sur l’ensemble de la société et élimine le pouvoir de l’ancienne classe régnante : la noblesse. Le suffrage universel et le parlement constituent un des moyens les plus importants de lutte de la fraction radicale de la bourgeoisie contre la noblesse et contre les fractions rétrogrades de celle-là. A ce titre, la démocratie bourgeoise et son idéologie libérale représentent une prodigieuse avancée historique par rapport à l’obscurantisme religieux de la société féodale. La lutte que mène le prolétariat, durant cette période, est directement conditionnée par cette situation du capitalisme. En l’absence de crise mortelle de celui-ci, la révolution socialiste n’est pas à l’ordre du jour. Pour le prolétariat, il est question de renforcer alors son unité et sa conscience en combattant pour des réformes durables, pour tenter d’améliorer ses conditions de vie attaquées en permanence. Les syndicats et les partis parlementaires lui permettant de se regrouper indépendamment des partis bourgeois et démocratiques et de faire pression sur l’ordre existant, au besoin en faisant tactiquement alliance avec des fractions radicales de la bourgeoisie, sont les moyens qu’il se donne pour l’obtention de réformes. Le parlement étant le lieu où les différentes fractions de la bourgeoisie s’unissent ou s’affrontent pour gouverner la société, le prolétariat se doit d’y participer, sous conditions, pour tenter d’infléchir son action dans le sens de la défense de ses intérêts. Avec le xxe siècle, le capitalisme entre dans une nouvelle phase : celle de son déclin historique. Le partage du monde est terminé entre les grandes puissances. Chacune d’entre-elles ne peut s’approprier de nouveaux marchés qu’au détriment des autres. Avec l’agonie du capitalisme s’ouvre, comme dit l’Internationale communiste, “l’ère des guerres et des révolutions”. D’un côté, la Première Guerre mondiale éclate. De l’autre, en Russie (1905 et 1917), en Allemagne (1918-1923), en Hongrie (1919), en Italie (1920), le prolétariat fait trembler le vieux monde par une vague révolutionnaire internationale. Pour faire face à ses difficultés croissantes, le capital est contraint de renforcer constamment le pouvoir de son État. De plus en plus, l’État tend à se rendre maître de l’ensemble de la vie sociale en premier lieu dans le domaine économique. Cette évolution du rôle de l’État s’accompagne d’un affaiblissement du rôle du législatif en faveur de l’exécutif. Plus concrètement, comme le dit le deuxième congrès de l’Internationale communiste : “Le centre de gravité de la vie politique actuelle est complètement et définitivement sorti du Parlement”. Aujourd’hui, en France, comme ailleurs, il est patent que l’Assemblée nationale n’a plus aucun pouvoir, c’est tout au plus une chambre d’enregistrement : la grande majorité (80 %) des lois qu’elle vote est présentée par le gouvernement et une fois votée cette loi doit être promulguée par le Président de la République et, pour prendre effet, doit encore attendre que soit signé le décret d’application par ce même Président. Ce dernier peut d’ailleurs se passer carrément du parlement pour légiférer en ayant recours aux ordonnances ou encore, en France, à l’aide de l’article 16 de la constitution qui lui octroie les pleins pouvoirs. Ce rôle insignifiant du Parlement se traduit par une participation ridicule des députés à ses séances : la plupart du temps, ils ne sont pas plus d’une vingtaine à suivre ses débats, alors qu’il était, au xixe siècle, le lieu de luttes âpres et enflammées, et de discours parfois brillants, comme ceux de Jean Jaurès en France ou de Karl Liebknecht en Allemagne.

En même temps que s’amenuise la fonction politique effective du parlement, la fonction mystificatrice grandit et la bourgeoisie ne s’y trompe pas qui, dès 1917 en Russie et 1919 en Allemagne, brandit l’assemblée constituante contre la révolution prolétarienne et ses conseils ouvriers. Désormais, la démocratie parlementaire sera le meilleur moyen dont disposera la bourgeoisie pour domestiquer le prolétariat.

L’avenir de l’humanité passe par la lutte de classe

La bourgeoisie exerce le pouvoir non dans son ensemble mais en le déléguant à une fraction minoritaire en son sein, regroupée dans les partis politiques. Cela est valable aussi bien dans les démocraties (concurrence entre plusieurs partis) que dans les régimes totalitaires fascistes ou staliniens (parti unique). Ce pouvoir d’une minorité de spécialistes de la politique n’est pas seulement le reflet de la position minoritaire de la bourgeoisie au sein de la société ; il est également nécessaire pour préserver les intérêts généraux du capital national face aux intérêts divergents et concurrents des différentes fractions de cette bourgeoisie. Ce mode de pouvoir par délégation est donc inhérent à la société bourgeoise et se reflète dans chacune de ses institutions et principalement dans le suffrage universel. Celui-ci est même le moyen privilégié par lequel “la population”, en fait la bourgeoise, “confie” le pouvoir à un ou plusieurs partis politiques. Pour l’action révolutionnaire du prolétariat, ce n’est pas à une délégation minoritaire de la classe que revient le rôle d’agir et de prendre le pouvoir mais à l’ensemble de la classe. C’est là la condition indispensable du succès de tout mouvement prolétarien. Le suffrage universel ne peut donc, de quelque façon que ce soit, servir de cadre pour l’engagement révolutionnaire du prolétariat contre l’ordre existant. Loin de favoriser la mobilisation et l’initiative des plus larges masses, il tend au contraire à maintenir leurs illusions et leur passivité. Mai 68, la plus grande grève depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a débouché un mois après sur la plus grande victoire électorale que la droite ait connue en France. La raison de ce décalage réside dans le fait que l’élection d’un député se trouve dans une sphère totalement différente de celle de la lutte de classe. Cette dernière est une action collective, solidaire, où l’ouvrier est accompagné d’autres ouvriers, où les hésitations des uns sont emportées par la résolution des autres, où les intérêts en cause ne sont pas particuliers mais ceux d’une classe. Par contre, le vote fait appel à une notion totalement abstraite, en dehors de cette réalité d’un rapport de forces permanent entre deux classes sociales aux intérêts diamétralement opposés : le citoyen, qui se retrouve seul dans l’isoloir face à un choix pour quelque chose d’extérieur à sa vie quotidienne. C’est le terrain idéal pour la bourgeoisie, celui où la combativité ouvrière n’a aucune possibilité de se manifester réellement. Ce n’est pas par hasard que celle-là fait tant d’efforts pour faire voter. Les résultats électoraux sont justement le terrain où ne s’exprime pas du tout la combativité des masses ouvrières. Au contraire, en France par exemple, la proposition par certains candidats d’une VIe République et d’une nouvelle Constitution pousse à enfermer le raisonnement de l’individu-citoyen dans le cadre étroit des frontières nationales et de la reproduction des rapports sociaux mortifères de concurrence et d’exploitation capitalistes.

La réponse aux contradictions de ce système et aux souffrances croissantes qu’il engendre ne peut être apportée que par la dimension internationale de la lutte du prolétariat et sa pratique mondiale de la solidarité. Afin de libérer la société des conséquences destructrices de la production capitaliste, le communisme doit abolir les classes et la propriété privée, ce qui entraîne un dépérissement de l’État et de la démocratie : “on oublie constamment que la suppression de l’État est aussi la suppression de la démocratie, que l’extinction de l’État est l’extinction de la démocratie. Une telle assertion paraît, à première vue, des plus étranges et inintelligibles ; peut-être certains craindront-ils que nous souhaitions l’avènement d’un ordre social où ne serait pas observé le principe de la soumission de la minorité à la majorité ; car enfin, la démocratie n’est-elle pas la reconnaissance de ce principe ? Non. La démocratie et la soumission de la minorité à la majorité ne sont pas des choses identiques. La démocratie, c’est un État reconnaissant la soumission de la minorité à la majorité ; autrement dit, c’est une organisation destinée à assurer l’exercice systématique de la violence par une classe contre une autre, par une partie de la population contre l’autre partie. Nous nous assignons comme but final la suppression de l’État, c’est-à-dire de toute violence organisée et systématique, de toute violence exercée sur les hommes en général. Nous n’attendons pas l’avènement d’un ordre social où le principe de soumission de la minorité à la majorité ne serait pas observé. Mais, aspirant au socialisme, nous sommes convaincus que dans son évolution il aboutira au communisme et que, par suite, disparaîtra toute nécessité de recourir en général à la violence contre les hommes, toute nécessité de la soumission d’un homme à un autre, d’une partie de la population à une autre ; car les hommes s’habitueront à observer les conditions de la vies élémentaire en société, sans violence et sans soumission.” (Lénine, L’État et la Révolution). La démocratie ne signifiera plus rien dans une société communiste qui aura remplacé le gouvernement des gens et la gestion capitaliste par “l’administration des choses”, dans un monde qui, contrairement au capitalisme, s’accommode et profite de la diversité des besoins et des capacités des individus.

Sandrine, 3 mars 2017

1 Sur le passage des partis socialistes dans le camp bourgeois dans les années 1910 et celui des partis communistes dans les années 1930, lire nos brochures disponibles sur notre site internet.

2 Propos tenus aux journalistes Davet et Lhomme, le 23 juillet 2014.

3 La gauche du capital a une longue expérience de traitement inhumain et barbare des immigrés. L’ensemble de la social-démocratie européenne a, par exemple, soutenu les décisions “courageuses” du gouvernement socialiste espagnol de Zapatero qui en 2005 avait donné l’ordre de tirer sur les migrants, d’en abandonner dans le désert au Sud d’Oujda, de lancer des coups de filet massifs dans les villes marocaines, de multiplier les vols charter de rapatriement vers le Mali et le Sénégal avec des hommes et des femmes entassés dans des autobus de la mort vers le désert du Sahara. Et il ne s’agit pas là d’une spécialité de la gauche démocratique européenne. Aux États-Unis, si l’annonce de Trump d’expulser sous sa présidence entre 2,5 et 3 millions d’immigrés clandestins a fait scandale, le très populaire Obama a fait expulser en catimini, entre 2009 et 2015, 2,5 millions de “clandestins” !