Résolution sur la situation sociale en France (XXIe Congrès de RI)

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Nous publions ci-dessous la “Résolution sur la situation sociale en France”, adoptée au XXIe congrès de Révolution internationale. Ce document permet de revenir sur l’analyse du rapport de forces entre les classes, en particulier pour dégager une meilleure compréhension des causes profondes du relatif calme social qui existe depuis le mouvement contre la réforme des retraites de l’automne 2010.

1. L’analyse de la situation de la lutte de classe en France, du rapport de forces entre bourgeoisie et prolétariat ne peut être comprise que dans le contexte de la situation mondiale actuelle, même si, évidemment, le prolétariat de chaque pays est confronté à des spécificités économiques, politiques et idéologiques propres à ce pays. En ce sens, il est nécessaire d’analyser les grandes lignes de cette situation mondiale, notamment pour comprendre les difficultés que rencontre le prolétariat en France pour faire face et répondre aux attaques de plus en plus violentes que lui porte la classe dominante.

2. Dès septembre 1989, le CCI avait prévu que l’effondrement des régimes staliniens allait porter un coup très rude à la conscience du prolétariat mondial : “Avec le stalinisme, c’est le symbole et le fer de lance de la plus terrible contre-révolution de l’histoire qui disparaissent. Mais cela ne signifie pas que le développement de la conscience du prolétariat mondial en soit facilité pour autant, au contraire. Même dans sa mort, le stalinisme rend un dernier service à la domination capitaliste : en se décomposant, son cadavre continue encore à polluer l’atmosphère que respire le prolétariat. Pour les secteurs dominants de la bourgeoisie, l’effondrement ultime de l’idéologie stalinienne, les mouvements “démocratiques”, “libéraux” et nationalistes qui bouleversent les pays de l’Est constituent une occasion en or pour déchaîner et intensifier encore leurs campagnes mystificatrices. L’identification systématiquement établie entre communisme et stalinisme, le mensonge mille fois répété, et encore plus martelé aujourd’hui qu’auparavant, suivant lequel la révolution prolétarienne ne peut conduire qu’à la faillite, vont trouver avec l’effondrement du stalinisme, et pendant toute une période, un impact accru dans les rangs de la classe ouvrière. C’est donc à un recul momentané de la conscience du prolétariat (...) qu’il faut s’attendre. Si les attaques incessantes et de plus en plus brutales que le capitalisme ne manquera pas d’asséner contre les ouvriers vont les contraindre à mener le combat, il n’en résultera pas, dans un premier temps, une plus grande capacité pour la classe à avancer dans sa prise de conscience. En particulier, l’idéologie réformiste pèsera très fortement sur les luttes de la période qui vient, favorisant grandement l’action des syndicats” 1.

Le quart de siècle qui vient de s’écouler a amplement confirmé cette prévision avec, en particulier, le maintien d’un poids très fort des illusions démocratiques et un renforcement de l’emprise des syndicats, alors que ces derniers tendaient à être de plus en plus contestés au cours des luttes ouvrières des années 1980. Ainsi, les grèves lancées par les syndicats dans le secteur des transports en France, en Belgique et en Allemagne en 1995 avaient clairement participé, comme nous l’avions souligné à l’époque, à un regain de l’influence de ces organismes de contrôle de la classe ouvrière. De plus, le recul de la conscience de classe au sein du prolétariat s’est doublé d’un recul très marqué de sa combativité et de sa confiance en soi, de son identité de classe, phénomène qui a été aggravé par la disparition de larges secteurs industriels traditionnellement parmi les plus combatifs dans beaucoup de pays d’Europe occidentale (comme la sidérurgie, la métallurgie ou l’automobile). Enfin, les difficultés que rencontre la classe ouvrière, tant dans sa prise de conscience que dans sa confiance en elle-même, ont été aggravées par le poids croissant de la décomposition de la société capitaliste qui instille de façon de plus en plus délétère le poison du désespoir, du “no future”, du “chacun pour soi” et de l’atomisation.

3. En 1989, nous avions établi que : “… le rythme de l’effondrement du capitalisme occidental (...) va constituer un facteur déterminant du moment où le prolétariat pourra reprendre sa marche vers la conscience révolutionnaire. En balayant les illusions sur le “redressement” de l’économie mondiale, en mettant à nu le mensonge qui présente le capitalisme “libéral” comme une solution à la faillite du prétendu “socialisme”, en dévoilant la faillite historique de l’ensemble du mode de production capitaliste, et non seulement de ses avatars staliniens, l’intensification de la crise capitaliste poussera à terme le prolétariat à se tourner de nouveau vers la perspective d’une autre société, à inscrire de façon croissante ses combats dans cette perspective” 2.

Effectivement, depuis 1989, la bourgeoisie française, à l’image de ses consœurs européennes, a porté des attaques croissantes contre la classe ouvrière poussant cette dernière à résister et à soulever la chape de plomb qui pesait sur elle depuis la fin des années 1980. Un des moments de cette tendance du prolétariat à redresser la tête a été constitué par les mouvements sociaux qui ont eu lieu en 2003, notamment pour la défense des retraites en France et en Autriche. Ces mouvements ont été marqués par une reprise de la solidarité entre prolétaires, en particulier dans le secteur de l’automobile en Allemagne et même à New York, dans les transports. Ces luttes ouvrières n’étaient, bien évidemment, qu’un petit pas, encore très insuffisant, d’une dynamique vers le dépassement du profond recul subi par la classe ouvrière à partir de 1989. Le rythme lent du dépassement de ce recul de la lutte de classe (il s’est écoulé plus de 13 ans entre l’écroulement du bloc de l’Est et les grèves du printemps 2003) s’explique en bonne partie par le rythme encore lent du développement de la crise insurmontable de l’économie capitaliste, du fait de la capacité de la bourgeoisie, à freiner l’effondrement historique de son système économique. De plus, ces mouvements sociaux ont révélé l’extrême habileté de l’appareil politique et syndical de la classe bourgeoise, sa capacité à faire passer ses attaques et à démoraliser la classe ouvrière pour lui faire entendre que “ce n’est pas la rue qui gouverne” (comme l’avait dit le premier ministre Raffarin en 2003), à travers tout un arsenal de manœuvres sophistiquées, avec un partage du travail systématique et une étroite coopération entre le gouvernement qui cogne et les syndicats qui sabotent la riposte de la classe ouvrière.

Ainsi, les grèves du printemps 2003 dans le secteur public en France se sont heurtées à une stratégie de la classe dominante qui avait fait ses preuves en 1995 : à côté d’une attaque générale contre toute la classe ouvrière, la bourgeoise avait porté une attaque plus spécifique contre un secteur particulier qui était destiné, de ce fait, à constituer une sorte “d’avant-garde” du mouvement :

– en 1995, le plan Juppé attaquant la Sécurité sociale pour l’ensemble des salariés était doublé d’une attaque spécifique contre les régimes de retraite des travailleurs des transports ferroviaires ;

– en 2003, l’attaque contre les retraites de l’ensemble de la Fonction publique a été accompagnée d’une attaque spécifique visant les travailleurs de l’Éducation nationale.

Dans le premier cas, après plusieurs semaines de blocage complet des transports et une succession de manifestations massives, le gouvernement avait retiré sa mesure visant les régimes spéciaux des cheminots et des travailleurs de la RATP. Avec la reprise du travail dans ces secteurs, suite à ce retrait qui a été présenté comme une “victoire” par les syndicats, un coup fatal a été porté à la dynamique du mouvement, ce qui a permis au gouvernement Juppé de faire passer l’attaque générale contre la Sécurité sociale.

Dans le second cas, les travailleurs de l’Éducation nationale qui étaient entrés massivement en grève et constituaient la “référence” de la fonction publique, ont été conduits à poursuivre pendant des semaines un mouvement qui s’était épuisé dans les autres secteurs, et cela sous les “encouragements” des syndicats les plus “radicaux”, ce qui a provoqué un sentiment profond d’amertume et de découragement avec un message pour tous les travailleurs : non seulement “ce n’est pas la rue qui gouverne” mais aussi “ça ne sert à rien de lutter”.

4. Ce sentiment d’impuissance a pu, cependant, être surmonté 3 ans plus tard, au printemps 2006, par la mobilisation massive des jeunes générations de la classe ouvrière contre le Contrat première embauche (CPE) du gouvernement Villepin. Une mobilisation qui, cette fois-ci n’avait pas été prévue et planifiée par le gouvernement et les syndicats. Ces derniers ont fait le “service minimum” contre une mesure qui visait à accentuer encore plus la précarité des jeunes prolétaires (et que d’ailleurs le patronat estimait superflue). C’est la jeunesse scolarisée dans les universités et les lycées qui a engagé le combat, c’est-à-dire les masses immenses de futurs chômeurs et travailleurs précaires. Comme nous l’avions mis en évidence, ce mouvement contre le CPE fut un mouvement exemplaire. Il a su faire face (grâce notamment à ses assemblées générales quotidiennes ouvertes à toute la classe ouvrière, aux manifestations de rue massives et à l’incapacité des syndicats à les contrôler), aux différents pièges tendus par la bourgeoisie. Ce mouvement exemplaire risquait d’entraîner les secteurs de la classe ouvrière en activité, en particulier les ouvriers de l’industrie. C’est pour cette raison que, sur les conseils de Laurence Parisot (la patronne des patrons), le gouvernement a fini pas retirer le CPE. Ce recul du gouvernement Villepin a apporté un démenti à la déclaration de Raffarin en 2003 puisque, cette fois-ci, c’est la rue qui a eu le dernier mot. En plus de l’importance des assemblées générales massives et souveraines, ce mouvement contre le CPE avait mis en avant un autre élément essentiel du combat prolétarien : la solidarité entre les secteurs et entre les générations de la classe exploitée. La bourgeoisie française devait donc impérativement effacer les leçons de ce mouvement à l’occasion des nouvelles attaques rendues nécessaires par l’aggravation de la crise économique.

5. Cet “effacement” du “mauvais exemple” donné par le mouvement contre le CPE a comporté deux étapes décisives, accompagnant des attaques contre les retraites :

– les grèves de l’automne 2007 contre la suppression des régimes spéciaux ;

– le mouvement de l’automne 2010 contre le report de l’âge de la retraite.

Dans le premier cas, les syndicats ont joué à fond la carte de la division au sein de l’intersyndicale, division qui avait déjà été employée (en particulier en 1995 où la CFDT avait appuyé le “plan Juppé” contre la Sécurité sociale). Cette fois-ci, on a assisté à une destruction en règle du mouvement : dans un premier temps, le gouvernement, tout en maintenant l’ensemble de l’attaque, a donné satisfaction au syndicat corporatiste des conducteurs de train qui ont voté majoritairement pour la reprise du travail. Ensuite, c’est la CFDT qui a appelé à la reprise du travail, puis la CGT (ce qui a valu à Bernard Thibault, ancien cheminot, d’être traité de “traître” par les adhérents de base de la CGT). Quant à FO et SUD, leur rôle a consisté à appeler à la “poursuite de la lutte” afin d’écœurer les travailleurs les plus combatifs. Cette défaite a constitué une claque pour des millions de travailleurs puisque le mouvement bénéficiait de la sympathie de l’ensemble des secteurs de la classe ouvrière (notamment du fait que les cheminots réclamaient non seulement le maintien des 37 ans et demi pour eux-mêmes mais aussi le rétablissement de ces 37 ans et demi pour tous les secteurs). Mais la bourgeoisie a dû payer un prix pour obtenir cette victoire et faire passer cette attaque : celui d’une forte méfiance des travailleurs envers les syndicats jugés responsables de la défaite à cause de leur division et de leurs “querelles” dans les assemblées de l’intersyndicale.

La deuxième étape, la plus décisive, de “l’effacement” des leçons du CPE a été la décision du gouvernement Sarkozy de s’attaquer à un des “acquis” les plus significatifs des années de l’Union de la Gauche sous Mitterrand : la retraite à 60 ans. Pour la bourgeoisie française, il fallait “déverrouiller” cette échéance symbolique et commencer à rattraper le retard qu’elle avait pris sur les autres bourgeoisies européennes dans les attaques contre la classe ouvrière (du fait notamment de la crainte d’un retour à une situation sociale semblable à celle de Mai 68). De plus, la bourgeoisie française devait également alléger les déficits de l’État qui, comme partout ailleurs, s’étaient aggravés considérablement avec les mesures adoptées pour prévenir l’effondrement du système financier en 2008 et affronter la très forte récession qui a déferlé à partir de cette date. Il y avait donc pour la bourgeoisie française un double enjeu, économique et politique. La tactique employée par la classe dominante pour faire passer la mesure économique a été différente de celle utilisée lors des attaques précédentes. Il ne fallait surtout pas que les travailleurs sortent de l’affrontement avec une méfiance accrue envers les syndicats. C’est pour cela que ces derniers, y compris le syndicat des cadres, la CGC, ont joué jusqu’au bout la carte de l’“unité syndicale” en mettant en avant le slogan “Tous ensemble, tous ensemble !”. En même temps, au cours des journées d’action successives auxquelles ils ont appelé à l’automne 2010, ils ont polarisé l’attention sur un thème essentiel : la participation de plusieurs millions de travailleurs dans les manifestations de rue. Au final, la bourgeoisie n’a pas reculé, elle a fait passer intégralement son attaque économique (moyennant quelques aménagements pour les ouvriers ayant effectué un travail pénible) en même temps que son attaque politique et idéologique avec deux messages essentiels :

– “ce n’est pas la rue qui gouverne” ;

– lutter ne sert à rien, même quand les travailleurs sont des millions à manifester et même quand les syndicats sont unis.

Ainsi, les syndicats, cette fois-ci, ont réussi à épuiser la combativité de la classe ouvrière sans y laisser de plumes. De plus, puisque “lutter ensemble tous ensemble” ne sert à rien, c’est l’exigence de la solidarité qui a été atteinte.

C’est donc une défaite cuisante sur tous les plans qu’a subie la classe ouvrière en France à la fin 2010. L’épuisement de la combativité et la démoralisation de la classe ouvrière, suite à cette défaite, explique en partie le calme social depuis quatre ans et la très faible implication, en France, des jeunes générations dans le mouvement des Indignés qui s’est développé quelques mois plus tard dans toute l’Espagne et s’est propagé au niveau international.

Bien évidemment, dans cette offensive contre la classe ouvrière en France, la bourgeoisie de ce pays a pu bénéficier du plein soutien de ses consœurs européennes et en particulier de la bourgeoisie allemande, du fait de l’expérience historique de lutte du prolétariat en France 3.

6. Comme nous l’avons souvent signalé, le mouvement des Indignés a constitué la principale réaction prolétarienne aux soubresauts qui ont frappé l’économie capitaliste mondiale à partir de 2008. Cette réaction n’a pas pris la forme “classique” des grèves ouvrières ou même des manifestations de rue, à l’exception des pays européens les plus violemment touchés par la crise économique comme la Grèce ou le Portugal. Cette brutale aggravation de la crise capitaliste a eu pour conséquence une montée en flèche du chômage qui continue d’agir comme un facteur de paralysie de la grève : à quoi peut servir l’arrêt du travail quand l’entreprise ferme ses portes ? Par ailleurs, les campagnes idéologiques qui ont accompagné la crise des “subprimes” ont constitué un autre facteur de confusion des exploités et de leur sentiment d’impuissance. En fait, le vent de panique largement propagé par les médias sur la crise financière au cours des années 2008-2009, et qui a été clairement alimenté par les discours des “experts” et des autorités, a eu pour conséquence, quand ce n’était pas carrément son objectif, de provoquer un sentiment de sidération dans les masses ouvrières. Le message essentiel était le suivant : “Il faut se serrer la ceinture, accepter des sacrifices, car il n’y a pas d’autre issue pour pouvoir s’en sortir”. Enfin, un des messages essentiels était que la grande responsable de la crise était “la finance internationale”, et non le système capitaliste lui-même. Le Président Hollande n’avait-il pas dit, peu avant son élection, “Mon véritable adversaire [...] c’est le monde de la finance” 4. Le mouvement des Indignés, avec souvent beaucoup d’illusions démocratiques et de confusions sur “la Finance responsable de tous les maux” portait avec lui un rejet radical du capitalisme en faillite et affichait clairement la nécessité de la remplacer par une autre société (c’est pour cela que ce mouvement a été la proie des réformistes “altermondialistes” d’ATTAC avec leur slogan mystificateur : “un autre monde est possible”). Il exprimait le fait qu’il n’y a pas un trait d’égalité entre la conscience de classe et l’identité de classe du prolétariat. Les Indignés, dans leur revendication d’une autre société, n’avaient pas conscience que cette revendication appartenait exclusivement à la seule classe capable de construire cette autre société, le prolétariat. La majorité d’entre eux n’avait même pas le sentiment d’appartenir à la classe ouvrière. Pourtant, ce mouvement a constitué une étape importante sur le chemin de la prise de conscience du prolétariat mondial, une étape qui a laissé des traces dans le cerveau de millions de jeunes travailleurs. Et c’est justement cette étape que le prolétariat en France n’a pu franchir suite à la défaite que lui ont infligé la bourgeoisie et ses syndicats à l’issue des journées d’actions et des manifestations organisées par les syndicats de l’automne 2010.

7. à l’heure actuelle, les attaques que subit la classe ouvrière en France et qui sont assénées par un gouvernement de gauche rencontrent une résistance pratiquement nulle malgré le très fort mécontentement social. C’est d’ailleurs le cas dans pratiquement tous les pays. Pour le moment, la bourgeoisie réussit à conserver un certain contrôle à la fois sur son appareil économique et sur la situation sociale grâce à la reprise en main des syndicats qui parviennent encore à enfermer les ouvriers dans des simulacres de lutte, insignifiantes et hyper corporatistes (et même très impopulaires pour monter les prolétaires les uns contre les autres, comme la grève de la SNCF de juin dernier pour la défense du statut des cheminots). Il faudra une dégradation encore plus importante des conditions générales d’existence et d’exploitation de la classe ouvrière pour que celle-ci puisse surmonter sa paralysie. Avec l’aggravation de la crise économique, ces attaques sont inévitables tout comme sont inévitables les réactions du prolétariat. Celui-ci doit affronter des obstacles considérables, à la hauteur des enjeux historiques qui se présentent devant la société. Elle doit faire face à une bourgeoisie très expérimentée pour affronter la lutte de classe, à des illusions démocratiques tenaces au sein du prolétariat, même si les institutions officielles de la démocratie bourgeoise sont particulièrement déconsidérées comme le montrent, entre autres, la progression des taux d’abstention aux élections, la côte de popularité nulle du président Hollande et le succès du Front national aux dernières élections européennes.

Ce succès du FN est une des manifestations de la décomposition, du pourrissement sur pied de la société capitaliste qui constitue une difficulté supplémentaire que le prolétariat doit affronter sur le chemin de son émancipation. L’avenir n’est pas écrit ; malgré les énormes difficultés que rencontre la classe ouvrière, en France comme partout, elle n’a pas subi de défaite décisive comme celle qu’elle a connue après la vague révolutionnaire des années 1917-23. Même si elle est pour le moment paralysée, elle n’est pas embrigadée derrière des drapeaux bourgeois comme elle l’était dans les années 1930, les drapeaux nationaux ou de l’antifascisme. De plus, et fondamentalement, tant le mouvement contre le CPE que celui des Indignés a révélé un processus de réflexion en profondeur et de maturation de la conscience de classe, parmi les jeunes générations de la classe ouvrière, sur la faillite du capitalisme qui ne peut leur offrir comme perspective que le chômage, la destruction de l’environnement, la guerre et la barbarie sous toutes ses formes. Cette réflexion porte évidemment avec elle la recherche d’une autre perspective pour la société ouvrant la voie pour le surgissement, à terme, d’une prise de conscience révolutionnaire, même si le chemin en est encore long.

RI

1 “Thèses sur la crise économique et politique en URSS et dans les pays de l’Est”, Revue Internationale no 60.

2 Idem.

3 Journées de Juin 1848, Commune de Paris de 1871 et Mai 68.

4 Discours du Bourget, 22 janvier 2012.