Une contribution sur les événements de Ferguson, Etats-Unis (débat sur le forum du CCI)

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La contribution, dont nous publions ci-dessous de larges extraits (1, a été postée sur notre forum de discussion (en langue anglaise), suite aux protestations et aux troubles qui ont éclaté après l’assassinat de Michaël Brown à Ferguson (Missouri) au début du mois d’août.

L’assassinat d’un jeune homme noir par la police, suivi de manifestations, n’est pas un phénomène rare aux Etats-Unis. Le texte fait d’ailleurs référence à l’assassinat de Trayvon Martin à Sanford (2012 en Floride) et à celui d’Oscar Grant (Oakland en 2009). En fait, les derniers chiffres disponibles montrent que 96 personnes noires sont tuées chaque année en Amérique par un policier blanc. Au total, les polices locales déclarent plus de 400 meurtres par an au FBI (ce chiffre auto-déclaré est sans doute largement sous-estimé).

Le texte a ainsi raison de s’indigner face à la violence de la répression étatique. Des voitures blindées et des tireurs d’élite ont été massivement déployés dans Ferguson. Dans tous les États-Unis, la police locale et les milices paramilitaires se procurent du matériel provenant des surplus de l’armée.

Le texte souligne aussi à juste titre la nécessité d’élever le niveau de conscience pour lutter contre ce système. Il reconnaît que le pillage, les incendies volontaires et les explosions de colère incontrôlée ne mènent nulle part. Le même phénomène s’est produit en Grèce avec le meurtre d’Alexandros Grigoropoulos en décembre 2008 et les protestations qui ont suivi.

La nécessité de “réfléchir et discuter davantage” exige un effort sérieux pour comprendre le capitalisme, ce qu’il est devenu et comment la classe ouvrière peut lutter.

Le texte demande ce qui se passerait “si, un jour, nous nous réveillions tous et disions juste : ‘non !’” En réalité, le processus qui mène à la révolution implique le développement de la conscience de classe, tirant les leçons des échecs, développant une réflexion sur l’expérience historique de la classe ouvrière, ainsi que l’identification du but final du communisme.

A ce titre, la question de la répression par la bourgeoisie se pose au niveau mondial, dans la mesure où fondamentalement la classe ouvrière est une classe internationale qui ne peut menacer la domination capitaliste que par une lutte mondiale. Comme le dit le texte, “les ouvriers doivent s’unir au-delà des différences raciales afin de sauver la société et peut-être toute la civilisation humaine de la destruction”.

Bien que le texte dénonce avec justesse l’impasse du nationalisme noir ou de la lutte pour les “libertés civiles” dans le cadre de l’ordre social existant, nous sommes en désaccord avec certaines formulations. Par exemples, l’idée que “le riche capitaliste américain ne peut pas tolérer l’existence d’une nation noire prospère” ou que le racisme est le fondement de la répression étatique laisse traîner l’idée que la lutte des classes prendrait en Amérique la forme de la lutte des races.

CCI

Un incendie est allumé dans la maison du Maître

Juste à l’extérieur d’un complexe d’immeubles gisait le corps sans vie d’un jeune adolescent. Son corps a été laissé dans la rue pendant quatre heures. Il avait été touché six fois par l’arme de l’officier de police de Ferguson, Darren Wilson. Ce jeune homme n’avait pas de casier judiciaire et la police n’avait pas de mandat pour l’arrêter. Il s’appelait Michael Brown. Il avait 18 ans.

Ainsi, Ferguson s’ajoute à la liste qui comprend Sanford, Money, San Francisco, New York, Londres (…).

La réponse de la communauté afro-américaine, qui est en contact avec beaucoup de personnes qui travaillent dans le comté de Saint-Louis, a été plutôt significative. Cependant, les discours et les protestations des personnes allaient du nationalisme noir au “libéralisme de gauche” en passant par les thèses libertaires. L’idée principale véhiculée dans la polémique était que la race et les droits humains sont les enjeux principaux de la mort de Michael Brown.

(…) Parmi les nombreuses questions posées, il y avait : pourquoi y a-t-il tant de jeunes Noirs tués dans des conditions similaires aux États-Unis ? La vie d’un jeune Afro-américain a-t-elle moins de valeur que celle des autres ? Pourquoi est-ce que les droits des Afro-américains ne sont pas mieux respectés dans le système “démocratique” en Amérique ?

Le système capitaliste exploite tous les ouvriers. Les ouvriers, partout en Amérique, sont soumis aux mêmes types de répression, même si l’ampleur et la gravité de chaque situation varient.

En Amérique, il existe une longue tradition du gouvernement, consistant à réprimer violemment les manifestations de rue et les réunions ouvrières ! Et aussi partout dans le monde !

Le racisme en est la base, fondé sur les divisions ethniques-nationales. La classe dominante utilise la police et les forces paramilitaires (payées par nos impôts), qui tuent nos enfants sous de faux prétextes parce qu’elles sont elles-mêmes intrinsèquement racistes. Le capitalisme engendre le racisme. Le riche capitaliste américain ne peut pas tolérer une nation noire prospère, au Missouri, en Californie en Afrique ou ailleurs. Le capitalisme signifie la concurrence entre les nations, les races, les économies et repose sur l’huile de coude de tous les travailleurs et travailleuses.

Ferguson, Missouri, ressemble maintenant davantage à la Cisjordanie qu’aux Etats-Unis. C’est un sentiment partagé par les manifestants, qui ont eu des contacts avec les Palestiniens et les Égyptiens sur la meilleure façon d’éviter les gaz lacrymogènes et les balles en caoutchouc.

Pourquoi les manifestants à Gaza et en Israël ont-ils vécu des événements similaires à ceux qu’a vécus la classe ouvrière de la Première puissance mondiale ? Pourquoi de tels événements ont-ils lieu dans un pays “développé” comme les États-Unis ? Parce que les travailleurs n’ont pas de frontières, pas de pays. Peu importe où nous vivons, nous sommes tous soumis à la volonté du gouvernement de l’État “démocratique” ou autre. Il ne faut donc pas s’étonner d’apprendre que le chef de la police de Ferguson lui-même, ainsi que beaucoup d’autres officiers de police du comté de Saint-Louis ont vraiment fait une formation aux armes de combat et aux tactiques de guérilla en Israël au cours des dernières années.

N’est-ce pas ironique ? Non, c’est juste le capitalisme !

Les travailleurs doivent continuer à se défendre contre la répression brutale de la classe dirigeante qui utilise l’État capitaliste, qu’il s’agisse de la répression économique, de la violence contre la dignité de la personne ou de la brutale répression qui consiste à assassiner nos jeunes.

Mais nous devons faire attention à nos tactiques, nos méthodes et leur efficacité. La colère non canalisée ne mène nulle part. La réflexion approfondie et la discussion sont toujours nécessaires. Mettre le feu aux poubelles et lancer des cailloux sur des véhicules blindés et des chars urbains n’est pas la solution pour faire cesser les meurtres d’enfants noirs. Pas plus que le pillage des galeries marchandes.

La seule solution est une révolution sociale, qui ne peut être réalisée que par des travailleurs comme vous et moi. Il ne sert à rien d’implorer nos gestionnaires, la classe dirigeante, d’améliorer nos conditions de vie, il est fondamentalement dans leur intérêt de ne pas nous aider. Ce système décadent peut à peine rester à flot dans son état actuel. Et demander au gouvernement et aux gens qui nous contrôlent de respecter nos “droits démocratiques” et nos besoins de base mettrait en surcharge les capacités du système. A moins d’aller tous ensemble se jeter à l’eau, les travailleurs doivent s’unir, sans tenir compte des différences raciales, afin de sauver la société et peut-être toute la civilisation humaine de la destruction.

Quels droits peuvent-ils nous donner, démocratiques ou non, qui empêcheraient nos patrons de nous prendre une partie de notre travail et de nos salaires à leur profit ? Tant que durera l’exploitation des travailleurs, tant que durera l’extorsion de profit du travail des ouvriers, aucun acte de désobéissance “civile” ne pourra empêcher la pauvreté ! Le capitalisme nous tape sur la tête. Cela ne nous aide pas de savoir que le bâton a été démocratiquement élu.

Nous devons jeter le bâton.

(…)

Jamal, 20 août 2014

1) L’intégralité de cette contribution est disponible sur notre site Internet.