De Valls à Montebourg, le Parti socialiste contre la classe ouvrière

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Nous venons d’assister à un des miracles du “changement maintenant” : celui de la nomination du gouvernement Valls II… quelques semaines après celle du premier du nom. Une nouvelle équipe dont l’orientation est piteusement rappelée par l’Élysée : “il faut garder le cap” ! C’est donc la même politique de fond que nos “frondeurs”, désormais libérés de leurs responsabilités gouvernementales, ont partagé et assumé depuis le début de l’ère Hollande, cautionnant une série de décisions qui n’ont fait qu’accentuer la pression de l’exploitation, multiplier les attaques contre la classe ouvrière, garantissant l’austérité et le développement du chômage. Toutes la bande des “frondeurs”, prétendus pourfendeurs des “décisions de Bruxelles”, du “diktat de l’Allemagne” et de la “finance”, sont ainsi tout à fait responsables de la politique du PS et des “réformes” gouvernementales (en particulier le fameux “pacte de responsabilité” qui accroît encore la flexibilité, la charge de travail et la misère des masses ouvrières).

Parmi ces grands chevaliers défenseurs des “vraies valeurs de la gauche”, Arnaud Montebourg n’a fait que précipiter le scandale, poussant les rats à quitter le navire par ses grands “coups de gueule” hypocrites, lui qui n’a œuvré qu’à distiller un sentiment nationaliste et patriotique chez les ouvriers en détresse, notamment en arborant sa ridicule marinière. Le champion du “made in France”, comme le furent les staliniens du PCF qui prônaient un vulgaire “produisons français” durant les années 1980, n’est qu’un pantin bouffon de la bourgeoisie. Il en va de même pour Benoît Hamon. Il prend aujourd’hui lui aussi la tangente après avoir été grandement utile au gouvernement en tant que caution “socialiste” et représentant de l’aile gauche. Son image lui a ainsi permis de faire passer sans aucune vague de nouvelles attaques dans l’Education nationale, en imposant par exemple lui aussi la fameuse réforme des rythmes scolaires ou en maintenant le lancement de la réforme du statut des enseignants. Quant à Aurélie Filippetti, il suffit d’évoquer le conflit très dur des intermittents du spectacle pour se rappeler les mesures scélérates prévues au sujet des allocations chômage portant atteintes aux précaires et aux chômeurs ! De cette nouvelle nébuleuse qui se dessine vaguement autour de Montebourg, on retrouve en embuscade une figure comme Martine Aubry, celle qui a mené la grande bataille de la flexibilité avec le chantage aux 35 heures à la fin des années 1990 ainsi que l’expérimenté Henri Emmanuelli, celui qui durant toutes les années 1980 sous Mitterrand avait contribué à la dégradation des conditions de vie de la classe ouvrière.

Il serait facile d’ironiser sur la situation de crise que connaît le Parti socialiste. En réalité, il connaît là une situation qui tend à se généraliser un peu partout ailleurs, celle que partagent à des degrés divers et selon des expressions variables la plupart des gouvernements dans le monde. Les comportements irrationnels, le chacun pour soi, la voyoucratie et les clivages s’accentuent, tendant à rendre de plus en plus difficile le contrôle de la vie politique et publique. En effet, face à la décadence de son système, la classe dominante n’a aucune solution ni aucune perspective à offrir autre que celle des sacrifices et de l’insécurité. Partout, elle attaque de plus en plus brutalement les conditions de vie et de travail sans pour autant réussir à endiguer la dégradation de la situation économique mondiale. Partout donc, ou presque, les gouvernements sont décrédibilisés, voire rejetés. Mais si la bourgeoisie est impuissante, la classe ouvrière ne parvient pas, elle non plus, à dégager sa propre perspective politique, celle de la révolution mondiale. Par conséquent, face à l’absence d’avenir, la société se décompose en pourrissant sur pied.

Les forces centrifuges et les miasmes gangrènent de plus en plus la politique bourgeoise. Ce diagnostic se vérifie partout : en Grande-Bretagne où les dissensions autour de Cameron empoisonnent l’atmosphère ; en Italie où l’ère Berlusconi faisait figure de caricature ; aux Etats-Unis mêmes où les difficultés croissantes et la contestation du président Obama se renforcent. Un peu partout se multiplient les “affaires”, la “peopolisation”, la perte du “sens de l’Etat”. La France n’échappe pas à la règle et devient presque un cas d’école. Alors que la droite et l’UMP sont en ruine, minés par la “guerre des chefs” et les scandales à répétitions, le PS se retrouve également dans une situation déplorable. De l’affaire Cahuzac, spécialiste de l’évasion fiscale, à celle récente du député Thévenou récemment nommé au gouvernement puis aussitôt remercié pour avoir “oublié” pendant deux ans de payer ses impôts (cela ne s’invente pas!), du livre règlement de compte de Valérie Trierweiler – ex-compagne du Président Hollande – à la récente fronde de plusieurs parlementaires et ministres, la tempête a soufflé sur un exécutif discrédité. La “synthèse” politique permettant de canaliser jusqu’ici les courants du PS a vécu et s’avère un échec cuisant. Face à la crise historique de son système capitaliste et à sa phase ultime de décomposition, le “cap” de la bourgeoisie, même si elle n’a pas d’autre choix, s’apparente finalement à celui du Titanic.

C’est dans ce contexte de difficultés et face à l’approfondissement de la crise économique que la partie la plus lucide du PS tente de préserver l’avenir face à la montée inexorable du populisme, en particulier contre l’influence croissante du FN. En resserrant son équipe derrière Valls pour accentuer et redoubler les attaques anti-ouvrières, appuyé et encouragé en cela par toutes les bourgeoisies européennes, dont l’Allemagne, le gouvernement se positionne pour tenter de répondre à la hauteur des exigences du capital en essayant de préserver ses arrières. En dégageant par la force des choses une gauche afin de ne pas torpiller l’ensemble le PS, il s’agit d’éviter une catastrophe aux prochaines élections, tant est redouté le syndrome de 2002 (où le FN s’était qualifié pour le second tour des présidentielles en éliminant le socialiste Jospin, alors Premier ministre sortant et donc responsable des attaques menées entre 1997 et 2002). A plus long terme, la bourgeoisie et le PS se préparent en permettant de repositionner une force à “gauche” au moment où les tentatives de Mélenchon et du NPA de Besancenot s’avèrent des échecs. A plus longue échéance encore, le PS se prépare à contrer et à pourrir les futures ripostes de la classe ouvrière.

Il n’y a jamais rien de bon à attendre des exploiteurs ! Ceci, d’autant plus lorsque ce sont de “faux-amis” comme le sont le PS et les “frondeurs” d’aujourd’hui. Les exploités devront rester sur leurs gardes. Ils devront se méfier comme de la peste de ceux qui restent des ennemis acharnés du prolétariat.

Faber, 6 septembre 2014