Les élections ne servent que les intérêts de la bourgeoisie

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Avec l’automne, voici le retour du carnaval électoral, cette fois-ci sur le plan communal ; et avec lui,  le cortège inépuisable de bluff, de ma­gouil­les politiciennes, de men­songes, d'illusions. Une fois de plus on nous appellera à remplir notre ‘devoir de citoyen’, à participer par notre vote au choix d’une bonne gestion du système, cette fois-ci sur le plan communal, à nous mobiliser pour la ‘défense de la démocratie’. En réalité, les dés sont pipés d'avance : c'est toujours la bourgeoisie qui gagne les élections. Sur ce terrain pourri, les ouvriers n'ont rien à défendre. L'expérience est déjà faite depuis longtemps pour les prolé­taires : que la gauche ou la droite l'emporte, tel candidat ou tel autre, cela signi­fie pour eux la même politique d'at­ta­ques in­cessantes de toutes les conditions de vie ou­vrière.

C'est pourquoi, aujourd'hui encore, les ré­volutionnaires appel­lent les ouvriers à déser­ter toute par­ticipation électorale au nom de la défense de leurs intérêts immédiats et his­toriques. Ce n'est qu'en développant leurs luttes sur leur propre ter­rain de classe, contre la misère, sur les lieux de travail, dans les grèves et manifestations qu'ils peuvent réellement ex­primer leur co­lère.

Cette attitude des révolutionnaires n'est pas spécifique aux élections communales qui se dérouleront en octobre en Belgique. C'est depuis le début du siècle précédent que, contrairement au 19ème, les ou­vriers n'ont plus aucune possibilité d'utiliser les élections pour défendre leurs in­térêts.

Au 19ème siècle, tout au long de la période ascendante du capitalisme, la lutte ouvrière contre l'exploi­tation et l'oppression de la bourgeoi­sie passe nécessairement par une lutte pour des ré­­formes, par d'âpres batailles revendica­tives pour conquérir et arracher des amélio­rations pos­sibles, réelles et durables des condi­tions de travail et d'existence des ou­vriers sur le terrain économique et politique. A cette époque, le parlement pouvait être utilisé comme une tribune grâce à laquelle la classe ou­vrière pouvait faire entendre sa voix, s'aménager une place dans un capitalisme en­core florissant. De ce fait, tout en combattant les illusions sur la possibilité de parvenir au so­cialisme par des voies démocratiques, paci­fiques, réformistes, les révolu­tion­naires étaient néanmoins partie prenante du combat pour l'obtention du suffrage universel. Ils appelaient les ou­vriers dans certaines circonstances à participer aux élections et au parlement bourgeois pour favoriser l'obtention de telles réformes en jouant sur les oppositions entre frac­tions progressistes et réactionnaires de la classe dominante qui s'y affrontent.

A la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle par contre, le capitalisme ayant désormais étendu sa domination à l'ensemble de la planète, il ne peut plus être un système pro­gressiste. Il ne peut plus parvenir à sur­monter les contradic­tions économiques qui l'assaillent, il ne peut plus résoudre ses crises cycliques de surproduction car il se heurte aux li­mites d'un marché mon­dial de plus en plus saturé. Tous les rapports sociaux de pro­duction, propriété privée, sala­riat, nation, qui avaient constitué le cadre à partir duquel le ca­pitalisme a pu se généraliser à toute la pla­nète et qui avaient permis un formidable dé­veloppement des forces produc­tives, se trans­forment en autant d'entraves à ce développe­ment.

Le capitalisme entre définitivement dans une crise historique permanente. Il ne peut désormais survivre qu'à travers un cycle in­fernal de crise, guerre, reconstruction, nou­velle crise plus aiguë..., entraînant avec lui l'ensemble de l'humanité dans une barbarie et une misère toujours plus grandes.

Ces contradictions insurmontables qui as­saillent le capitalisme depuis le début du 20ème siècle acquièrent de par leur intensité, leur durée, leur généralisation à tous les pays, une di­mension qualitativement nouvelle. Elles pla­cent la classe ouvrière de­vant la nécessité et la possibilité d'oeuvrer directement au ren­versement du capitalisme.

Désormais, la survie du capitalisme, compte tenu de l'âpreté de la concurrence entre les dif­férentes fractions nationales de la bour­geoisie qui se disputent les débouchés de plus en plus rares sur le marché mondial, im­plique une intensification de l'exploitation et des attaques con­tre toutes les conditions de vie ouvrière. Désormais, il est hors de ques­tion pour la bourgeoisie d'accorder dans quelque domaine que ce soit, éco­nomique ou politique, des réformes réelles et durables à la classe ouvrière. C'est l'inverse qu'elle lui impose : toujours plus de sacrifices, de mi­sère, d'exploitation et de barbarie.

Dans ces conditions, il n'est plus possible pour le proléta­riat de se défendre sur le ter­rain des ins­titutions bour­geoises. Sa seule tâche est maintenant de se préparer à affirmer sa propre pers­pective révolutionnaire afin de détruire ce système agonisant de fond en comble.

Pour y parvenir, il doit rejeter toutes ses méthodes de lutte passées, devenues désor­mais ca­duques : la lutte dans les syn­dicats et sur le terrain électoral. Ces moyens qui, au 19ème siècle, lui avaient permis de s'affirmer et de se constituer en classe sont devenus des armes de la bour­­geoisie, des forces de mystification qui ne servent qu'à désarmer les ouvriers, à les dé­tourner du ter­rain réel de leurs luttes contre le capital.

Ainsi, aujourd'hui la classe ouvrière n'a pas le choix. Ou bien elle se laisse entraîner sur le ter­rain électoral, sur le terrain de l'Etat bour­geois qui organise son exploitation et son op­pres­sion, terrain où elle ne peut être qu'ato­misée, donc sans force pour résister aux at­taques du ca­pitalisme en crise. Ou bien, elle développe ses luttes collectives, de façon soli­daire et unie, pour défendre ses conditions de vie. Ce n'est que de cette façon qu'elle pourra développer sa for­ce de classe, s'unifier et s'or­ganiser en dehors des institutions bour­geoises pour mener le combat en vue du ren­versement du ca­pitalisme. Ce n'est que de cette façon qu'elle pourra, dans le futur, édi­fier une nouvelle société débarrassée de l'ex­ploitation, de la misère et des guerres.

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