Massacre de Newtown aux États-Unis: la descente du capitalisme dans la barbarie.

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Nous publions, ci dessous, la traduction de larges extraits d'un article publié par notre section aux États-Unis suite à  la tuerie dans la ville de Newtown aux États-Unis.
Comme lors des drames précédents, l'horreur de ce massacre sans mobile de 27 enfants et adultes par une seule personne nous a tous glacé le sang, or, c'est le treizième événement de ce genre dans ce pays pour la seule année 2012. Et les États-Unis ne sont pas le seul pays à connaître de telles abominations : En Chine, par exemple, le jour même du massacre de Newtown, un homme a blessé avec un couteau 22 enfants dans une école.
Il existe de plus en plus d'individus, qui se sentent tellement écrasés, isolés, incompris, rejetés que les tentatives de suicide des jeunes s'accroissent de plus en plus ; et le fait même du développement de cette tendance montre que face à la difficulté qu'ils ont de vivre, ils ne voient aucune perspective de changement qui leur permettrait d'espérer une évolution positive de leurs conditions de vie.
Cela provoque de telles souffrances et de tels troubles chez certains qu'ils en rendent responsables l'ensemble de la société et en particulier l'école qui doit normalement ouvrir sur la possibilité de trouver un emploi et qui n'ouvre souvent que sur le chômage et qui est devenu le lieu où se créent de multiples frustrations et où s'ouvrent bien des blessures ; le meurtre aveugle – suivi par leur suicide –, leur apparaît alors le seul moyen de montrer leur existence et leur souffrance.
Les différents aspects de la décomposition, et notamment l'horrible massacre de Newtown,  constituent un levier dont la bourgeoisie se sert contre toute recherche d'une alternative au système de mort dans lequel nous vivons. Derrière la campagne sur le fait de poster des policiers à la porte des écoles, l'idée qui est instillée est celle de la méfiance à l'égard de tout le monde, ce qui vise à empêcher ou détruire tout sentiment de solidarité au sein de la classe ouvrière. D'un autre côté, cela signifie que l'on ne peut avoir confiance que dans l’État et dans la répression qu'il mène alors qu'il est le gardien du système capitaliste qui est la cause des horreurs que nous sommes en train de vivre.



Le massacre de vies innocentes à l’école élémentaire de Sandy Hook à Newtown (Connecticut) est un rappel horrible de la nécessité d’une transformation révolutionnaire complète de la société. La propagation et la profondeur de la décomposition du capitalisme ne peuvent qu’engendrer d’autres actes aussi barbares, insensés et violents. Il n’y a absolument rien dans le système capitaliste qui puisse fournir une explication rationnelle à un tel acte et encore moins rassurer sur le futur d'une telle société (...).
Au lendemain de la tuerie dans l’école du Connecticut, et comme cela a également été le cas pour d’autres actes violents que nous avons en mémoire, tous les partis de la classe dirigeante ont suscité un questionnement : comment est-il possible qu'à Newtown, réputée pour être la ville « la plus sûre d'Amérique », un individu dérangé ait trouvé le moyen de déchaîner tant d’horreurs et de terreurs ? Quelles que soient les réponses proposées, la première préoccupation des médias est de protéger la classe dirigeante et de dissimuler son propre mode de vie meurtrier.
La justice bourgeoise réduit le massacre à un problème strictement individuel, suggérant en effet que le geste d’Adam Lanza s’explique par ses choix, sa volonté personnelle de faire le mal, penchant inhérent à la nature humaine. Elle prétend que rien de psychologique, ni de comportemental explique l’action du tireur. Nancy J. Herman, professeur agrégée de sociologie à l’Université de Central Michigan explique même qu' « aujourd’hui, la médicalisation du comportement déviant ne nous permet pas d’accepter la notion de ‘Mal’. La disparition de l’imagerie religieuse du péché, la montée en puissance des théories déterministes du comportement humain et la doctrine de la relativité culturelle nous ont amené à exclure la notion de mal de nos discours. » En conséquence, la justice avance comme solution le renouveau de la foi religieuse et la prière collective !
De cette façon, la justice nie tous les progrès réalisés depuis de nombreuses décennies par les études scientifiques sur le comportement humain qui, pourtant, permettent de mieux comprendre l’interaction complexe entre l’individu et la société (...). C’est également ainsi que la justice justifie sa proposition d’emprisonner tous ceux qui relèvent d’un comportement déviant, en réduisant leurs crimes à un acte immoral. (…)
La nature de la violence ne peut pas être comprise si on la dissocie du contexte social et historique où elle s’exprime. Les maladies mentales existent depuis longtemps, mais il semble que leur expression ait atteint leur paroxysme dans une société en état de siège, dominée par le « chacun pour soi », par la disparition de la solidarité sociale et de l’empathie. Les gens pensent qu’ils doivent se protéger contre… contre qui, d'ailleurs ? Tout le monde est un ennemi potentiel et c’est une image, une croyance renforcée par le nationalisme, le militarisme et l’impérialisme de la société capitaliste.
Pourtant la classe dirigeante se présente comme le garant de la « rationalité » et contourne soigneusement la question de sa propre responsabilité dans la propagation des comportements anti-sociaux. Ceci est encore plus flagrant lors des jugements par la cour martiale de l’armée américaine des soldats ayant commis des actes atroces, comme dans le cas de Robert Bales qui a massacré et tué 16 civils en Afghanistan dont 9 enfants. Pas un mot, naturellement, sur sa consommation d’alcool, de stéroïdes et de somnifères pour calmer ses douleurs physiques et émotionnelles, ni sur le fait qu’il a été envoyé sur l’un des champs de bataille les plus violents d'Afghanistan pour la quatrième fois !
Si les médias, les films et les jeux violents enseignent et renforcent l'idée que la rixe et le meurtre sont des moyens acceptables pour résoudre un conflit, ils ne sont cependant pas à l’origine des comportements anti-sociaux, comme le proclament les politiciens de gauche. C’est à la fois la concurrence au cœur du fonctionnement du mode capitaliste et ses expressions militaristes qui alimentent les médias et le contenu des jeux vidéo.
Lorsque les enfants grandissent dans une culture qui célèbre la violence comme un moyen acceptable de « gagner » et quand la société enseigne qu’il faut « gagner » à tout prix, ils sont parfaitement susceptibles d’acquérir ces « valeurs ». Sous le capitalisme, ces « valeurs » sont omniprésentes et ce que nous voyons dans les médias et les jeux vidéo n’en est que le reflet.
(…) La société développe une dangereuse culture de la suspicion et de la peur des autres en préconisant le « chacun pour soi. » Beaucoup de personnes finissent par privilégier le meurtre plutôt que la solidarité humaine comme solution aux différents, aux conflits et aux problèmes personnels.
Tout ceci est à l’origine de l’obsession  de la mère d’Adam Lanza pour les armes à feu et de son habitude d’emmener ses enfants, y compris son fils, sur les stands de tir. Nancy Lanza est une « survivaliste ». L’idéologie du « survivalisme » est fondée sur le « chacun pour soi » dans un monde pré et post-apocalyptique. Elle prône l’autonomie, ou plutôt la survie individuelle, en faisant des armes un moyen de protection permettant de mettre la main sur les rares ressources vitales. En prévision  de l’effondrement de l’économie américaine, qui est sur le point de survenir selon les survivalistes, ces derniers stockent des armes, des munitions, de la nourriture et s'enseignent des moyens de survivre à l’état sauvage. (...) Est-ce si étrange qu’Adam Lanza ait pu être envahi par ce sentiment de « no future » ? Ou peut-être a-t-il vu dans ces enfants pleins de vie des concurrents futurs à éliminer ? Quel que soit le véritable état mental attribué à Adam Lanza, il est certain qu’il ne disposait pas d’un esprit serein, lucide et rationnel.
(…) N’écoutant que ses intérêts politiques répugnants, la faction de la classe dirigeante au pouvoir n’hésite pas à se servir de l’horreur suscitée par le massacre de l’école du Connecticut pour affaiblir la partie adverse (...). Pour sa part, la droite propose de renforcer l’appareil répressif afin que tout individu potentiellement dangereux puisse être enfermé. Dans leurs délires, ils voient les écoles comme des prisons où les professeurs  deviendraient des policiers, transformant un lieu comme l’école en univers carcéral.
Il est naturel d’éprouver de l’horreur et une très grande émotion face au massacre d’innocentes victimes. Il est naturel de chercher des explications à un comportement complètement  irrationnel. Cela traduit un besoin profond d’être rassuré, d’avoir la maîtrise de son destin et de sortir l’humanité d’une spirale sans fin d’extrême violence. Mais la classe dirigeante profite des émotions de la population et utilise son besoin de confiance pour l’amener à accepter une idéologie où seul l’État serait capable de résoudre les problèmes de la société.
Les révolutionnaires doivent affirmer clairement que c’est le maintien de la société divisée en classes et l’exploitation du capitalisme qui sont les seuls responsables du développement de comportements irrationnels qu’ils sont incapables d'éliminer ou seulement maîtriser.


Ana, (21 décembre 2012)