En Grèce, les plans d’austérité se heurtent à la résistance de la classe ouvrière

See also :

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Nous publions ci-dessous un article de World Revolution, organe de presse du CCI en Grande-Bretagne. Ce texte a été écrit juste après la proposition puis l'immédiat renoncement de Papandréou d'organiser un référendum et avant la formation d’une nouvelle l’équipe gouvernementale autour de Lukas Papademos  pour imposer un énième plan antiouvrier et de nouvelles manifestations.

Après que le Premier ministre Georges Papandreou a proposé puis renoncé à l’idée d’un referendum, le prix des actions s’est globalement stabilisé. Après avoir obtenu un vote de confiance, mais qui signifiait que ce dernier devait quitter le pouvoir, les marchés financiers s’attendaient à la possibilité que ce soit Evangelos Venizelos qui conduise l’équipe qui devait rencontrer la troïka UE, FMI, BCE, pour négocier les conditions du prochain renflouement. La réalité économique, c’est beaucoup plus qu’une simple visite au gérant de la banque. Les enjeux sont énormes pour la Grèce, pour la zone Euro et l’économie mondiale.

Si la Grèce ne peut pas rembourser les prêts, cela aura un impact bien au delà de ses frontières. De fait, la Grèce a déjà été exemptée de milliards de dettes. Les créanciers de la Grèce ont été d’accord pour annuler 50 % de ce qu’elle leur doit, détruisant de fait 106 milliards d’Euros d’un coup. Cela a été présenté comme une perte substantielle. Le capitalisme n’a aucune solution à sa crise historique, sinon accroître l’austérité. Aucune des mesures alternatives proposées par les différentes factions de la bourgeoisie n’offre de perspective de reprise de l’économie. Cela vaut tout autant pour la fabrication de monnaie, le recours à l’endettement et au « quantitative easing », que pour les coupes budgétaires brutales répétées, comme cela se fait vicieusement, sans aucune préoccupation pour l’impact que cela va avoir sur toute possibilité de croissance.

La seule perspective est l’austérité

En mai 2010, après le premier renflouement massif de 110 milliards de l’économie grecque, il y a eu une diminution de 10 % des salaires dans le secteur public avec toute une série de mesures. Cela s’est ajouté à un plan d’austérité qui était déjà en cours. Ce « plan de sauvetage » s’est avéré complètement inefficace et un second train de mesures d’austérité a été négocié en juillet dernier, entraînant encore plus de restrictions.

Comme prévisible, ça n’a pas eu non plus d’effet positif sur l’économie. Aussi, en octobre, il y a eu une nouvelle table ronde de négociations. Les banques peuvent bien avoir subi une « perte substantielle », mais 30 000 travailleurs du secteur public de plus ont perdu leur emploi et des diminutions de salaires et de pensions ont été proposées. Les leaders européens ont dit qu’il n’y aurait plus d’argent si la Grèce n’est pas intégrée dans l’Euro. Il n’y a pas réellement de choix, pour la Grèce ou l’Europe, puisque toutes les voies prises tendent à exacerber plutôt qu’à ralentir la crise. L’opposition conservatrice Nouvelle Démocratie en Grèce a été très sévère dans ses discours contre le gouvernement PASOK de Papandreou, mais ne fait en réalité qu’ergoter sur des détails. Elle acceptera en définitive le dernier plan d’austérité. Après tout, avant que le PASOK ne vienne au pouvoir en mai 2009, le gouvernement de droite  précédent avait déjà commencé à mener les attaques contre les conditions de vie qui allaient s’intensifier sous Papandreou.

La résistance ouvrière aux attaques

C’est sous le précédent gouvernement Nouvelle Démocratie, en décembre 2008 et début 2009, qu’il y a eu une vague de protestation combative contre le meurtre par la police d’un étudiant de 15 ans. Dans les occupations et les assemblées qui ont eu lieu pendant ce mouvement, les potentialités de lutte se révélaient clairement.

L’ampleur et la combativité de la plupart des grèves générales en Grèce en 2010 montraient que la classe ouvrière dans ce pays n’était pas prête à baisser la tête face à une attaque frontale de ses conditions de vie. Néanmoins, le degré de contrôle exercé par les syndicats a finalement limité l’impact de ces actions ouvrières.

En Grèce, en 2011, à côté des grèves appelées par les syndicats en réponse à la véritable colère ressentie dans toute la classe ouvrière, il y a eu aussi un écho du mouvement des « Indignados » en Espagne, avec des réunions d’assemblées dans de nombreuses villes. Entre autres préoccupations, y était envisagée les perspectives du développement de la lutte.

Quand de nouvelles mesures du gouvernement ont été annoncées, proposées, ou ont  été l’objet de rumeurs, il y a eu de nouvelles grèves et de nouvelles manifestations. Celles-ci ont concerné des secteurs particuliers d’ouvriers ou, comme la grève générale du 5 octobre, tout le secteur public. La grève générale de 48 heures des 19-20 octobre a provoqué les manifestations les plus larges depuis des décennies. Il y a eu plus d’occupations, plus d’initiatives au-delà des actions proposées par les directions syndicales, et tous les niveaux de protestations et l’éventail des participants à ces manifestations massives ont été cyniquement rapportées, par exemple, par la presse internationale. Les bureaux, les édifices gouvernementaux, les banques, les écoles et les tribunaux étaient fermés. Seules les urgences étaient assurées dans les hôpitaux  . Les transports publics étaient paralysés.

Dans une très grande manifestation devant le parlement grec, le KKE stalinien et le syndicat PAME stalinien ont voulu défendre le parlement. Ce n’était pas simplement une garde de cérémonie, mais cela  a signifié aussi taper sur  les manifestants et les intimider Non contents d’attaquer ceux qui étaient venus manifester, ils les donnaient à la police. Cela a inévitablement conduit à des bagarres avec ceux qui voulaient investir le parlement. Ce n’était pas une explosion de violence isolée puisque les staliniens ont attaqué des manifestants dans bien d’autres endroits.

Le nationalisme est toujours l’ennemi

Chaque année, le 28 octobre, il y a des défilés en Grèce à la date anniversaire du jour de 1940 où le dictateur Metaxas a refusé l’ultimatum de Mussolini. Cela a entraîné une invasion de la Grèce par l’Italie et le début de la participation de ce pays dans la Seconde Guerre mondiale. D’habitude, cette fête du nationalisme grec est marquée par une inflation de drapeaux grecs et de discours rituels, mais cette année, il y a eu des manifestations contre le régime d’austérité. Partout en Grèce, des projectiles ont été jetés, des défilés ont été bloqués, les députés des principaux partis étaient conspués, et en quelques occasions, les défilés ont été annulés.

A Thessalonique, deuxième ville de Grèce, le Président grec a été accueilli par 30 000 manifestants. La police a été incapable de les disperser, le défilé a été annulé et les manifestants ont occupé le podium. Ces manifestations n’étaient pas organisées par les syndicats et semblent avoir été, par bien des côtés, spontanées. Le Président a dit que le choix était entre participer aux manifestations ou aux élections. Papandreou a dénoncé « l’insulte » aux « luttes nationales et aux institutions » et le leader de Nouvelle Démocratie s’est plaint de ce que les manifestations « avaient gâché notre jour férié national ».

Cependant, alors que c’est vrai que bouleverser la commémoration du 28 octobre est plus ou moins du jamais vu, les manifestations n’étaient pas complètement dépourvues de nationalisme. Il y avait, en particulier, un certain niveau de ressentiment anti-allemand qui s’est exprimé, en partie sur la base du rôle de l’Allemagne dans l’Union Européenne. Une banderole en Crète disait « Non au quatrième Reich !». Papandreou a aussi été dénoncé comme « traître » d’une manière qui ne peut être interprétée que comme nationaliste. Mais, globalement, les manifestations les plus récentes confirment que, plutôt que de courber l’échine respectueusement devant ses maîtres, la classe ouvrière ne plie pas devant les attaques.

La bourgeoisie ne peut s’attendre à ce que la classe ouvrière reste passive

La bourgeoisie n’a pas de solution à ses problèmes économiques. En plus, elle fait face à une situation sociale difficile, dans laquelle les travailleurs, à certains endroits, résistent aux tentatives de leur faire payer la crise du capitalisme. Les mesures d’austérité brutales n’entraînent pas inévitablement des luttes ouvrières. Par exemple, en Irlande, jusqu’à maintenant les réactions à la dégradation des conditions de vie ont été très discrètes.

La bourgeoisie s’attend donc tôt ou tard à des réactions à ses mesures car elle n’a rien d’autre à offrir. En Espagne, par exemple, le Parti Socialiste au pouvoir a déjà augmenté les impôts, réduit les salaires et diminué radicalement les investissements. S’il perd le pouvoir lors des élections du 20 novembre, le nouveau gouvernement a promis d’accroître encore les restrictions de budget. Cela ne va pas contribuer à une relance économique et augmentera encore plus le cours à la récession globale. En retour, comme un rapport de l’Organisation Internationale du Travail le souligne, cela va contribuer à généraliser les troubles sociaux.

Les manœuvres de Papandreou autour du referendum sont aussi une démonstration du fait que la classe dominante grecque sait qu’elle ne peut pas simplement enfoncer les ouvriers jusqu ‘au cou dans l’austérité, quelles que soient les exigences de l’UE et du FMI. Mais les leaders eux-mêmes de ces derniers vont aussi voir, « dans leurs propres pays », les travailleurs se comporter de façon aussi « violente et inacceptable » dans le futur proche.

Car (octobre 2011)